Un coup d’état permanent

La mondialisation est souvent prétexte aux discours pompeux sur l’impuissance croissante des États. Il m’apparaît donc important d’aborder un phénomène qui découle de cette domestication de l’État par notre divin marché : « l’état d’exception permanent »

J‘entends déjà certaines de vos réactions : « qu’est-ce qu’il nous raconte encore ? », « il va encore nous sortir ses théories fumeuses venues tout droit de récits d’anticipation! » .

Mais je commencerai pas répondre à :

« Mais c’est quoi ce truc ? »

« L‘état d’exception » nous vient d’un concept remontant à l’antiquité romaine : « la dictature », évoquée notamment par K. Marx lorsqu’il parle de « dictature du prolétariat ». Je vous vois déjà, là, à frissonner dernière vos écrans d’ordinateur, en imaginant les chasses à l’homme orchestrées par Sylla, les têtes coupées sous la dictature du populiste Marius ou les majestueux procès staliniens. Mais n’ayez crainte cher(e)s ami(e)s, en dehors de ces phénomènes folkloriques, il y a eu de multiples exemples beaucoup moins sanglants de ces suspensions de l’ordre constitutionnel tout au long du XX ème siècle. L’exemple le plus connu est d’ailleurs la seule utilisation de l’article 16 de la Constitution lors de la crise dite du « putsch des Généraux» de 1961, lorsque des militaires partisans de l’Algérie française ont tenté de renverser le Général de Gaulle

Proscriptions sous la dictature de Sylla

Il y a, il ne faut pas l’oublier, un second élément dans cette définition. Il s’agit du côté anecdotique et provisoire de « l’état d’exception », (hé oui s’il y a ex-cep-tion !!! c’est pas pour les chiens). Donc, pour ceux qui ont Alzheimer, la dictature (ou « l’état d’exception »), c’est une suspension provisoire de l’ordre constitutionnel pour répondre à un péril imminent. Tout comme « le droit de résistance », « l’état d’exception » s’oppose au droit, au nom du droit.

Une république qui faiblit, qui coule et qui fait « blic blic blic »

Le problème est que ce phénomène, est devenu un « paradigme de gouvernement ». Émancipé des contraintes temporelles, il est aujourd’hui un concept politico-juridique durable. Accentué par les attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, qui n’ont laissé aucune législation intacte, le phénomène a en réalité été amorcé dès la première guerre mondiale lorsque les belligérants ont dû mettre en place des lois d’exception.charb5-10939698blvuv

C‘est à partir de cette époque que l’on a assisté à un effondrement progressif de la division des pouvoirs. Ce qui nous permet aujourd’hui d’observer conflits d’intérêts sur conflits d’intérêts. Les comptes helvétiques de Cahuzac, les magouilles de notre Tapie hexagonal, etc… etc… sont parfaitement révélateurs du système dégueulasse qui s’est mis en place. Le pouvoir exécutif ayant pris petit à petit le pas sur les pouvoirs législatif et judiciaire, notre 5ème République a finalement donné naissance à un machine politique clientéliste, pour ne pas dire mafieuse.

J‘espère que vous ne m’en voudrez pas mais j’aimerais passer les arguments maintes et maintes fois ressassés autour de l’hyper-présidentialisation de notre régime. Oui et oui, c’est un problème. Mais ce qui m’inquiète depuis quelques temps, c’est la normalisation du « gouvernement par décret ». Le décret (norme émanant de l’exécutif ayant force de loi) est devenu sans que personne ne s’en offusque, une manière comme une autre de légiférer ; puisqu’il faut être capable de répondre le plus rapidement possible aux injonctions du Grand Marché Tout Puissant. Et même si les décrets sont validés par le parlement, la banalisation de cette pratique a eu pour effet de transformer les assemblées en de simples chambres d’enregistrement à la botte de l’exécutif. Alors fini les longs débats et les fastidieux discours de l’Assemblée Nationale qui sont pourtant nécessaires à la vie démocratique d’un pays. Face à l’impératif économique, les débats ne peuvent avoir lieu. Certains vous diront d’ailleurs qu’ils sont inutiles, puisqu’une seule politique est possible. Il nous devient donc impossible de proposer des politiques alternatives.

Comme bel air de Wagner 

Laissons de côté pour l’instant cet aspect pour en venir à des considérations un peu plus matérielles.

« L‘état d’exception » s’incarne concrètement sur le territoire. La prison de Guantánamo en est un exemple particulièrement criant. Les États-Unis y enferment des individus sous le titre de « combattants illégaux » et non de prisonniers de guerre. Ils n’ont donc pas de statut juridique clairs, ce sont des êtres juridiquement inclassables. Et sans vouloir marquer des points Godwin, cette situation ressemble étrangement à celle des Juifs des Lagers nazis. Dans les deux cas les individus ne sont pas seulement privés de droit mais sont considérés extérieurs à toutes juridicité. Et comme en France, nous produisons un certain nombre d’Eichmann en puissance (policards et fonctionnaires complètement aliénés), nous faisons la même chose avec les roms et les sans-papiers. C’est notamment en ça, que « l’état d’exception » est devenu un paradigme de gouvernement, transcendant à la fois les partis et les frontières.

A part ça, ce phénomène politique s’explique par l’avènement de l’ère atomique. Le nucléaire en termes d’infrastructures, de gestion de risque, a obligé à un accroissement du pouvoir de l’Etat. Cela était inévitable pour pouvoir mettre en place correctement les structures organisant la production et la circulation de l’énergie nucléaire que ce soit dans le civil ou le militaire. Et vous comprendrez, qu’il a aussi insinué une extension du secret d’État, limitant par la même l’espace publique. Les conflits ont alors été modifiés par l’équilibre de la terreur, ce qui a laissé place à une augmentation des conflits secondaires (guerres civiles, terrorisme, antiterrorisme). Nous avons par conséquent vu s’estomper la frontière entre guerre et paix, justifiant l’avènement d’un état de violence permanent.

« L’état d’exception permanent », vous le comprendrez bien, n’est donc pas le résultat de restes monarchiques ou absolutistes, ni la persistance cafardesque de l’Ancien Régime. Ce phénomène est un pur produit de nos systèmes démocratiques occidentaux. Quelles conclusions devrions nous donc en tirer ?

« L‘état d’exception » a suivi comme son ombre la construction démocratique, mais cette ombre s’étend aujourd’hui au point d’éclipser nos démocraties. Cela relève du lien intime entretenu entre la violence et le droit. En délimitant la violence légitime et celle qui ne l’est pas, le droit porte en son sein la violence dont « l’état d’exception » est l’incarnation. Pour cela, seule une activité révolutionnaire, visant à transformer les institutions, peut trancher ce lien étroit. Il s’agit donc de faire advenir un réel « état d’exception », c’est à dire l’élection d’une assemblée constituante, pour mettre fin à ce système politique où le peuple est écarté, et les chambres méprisées.

YAGOUBI Florian

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Non au futur plan social de l’oligarchie !!

Chères lectrices, chers lecteurs. C’est avec la plus grande gravité que je m’adresse à vous en ces heures si sombres. La boite de pandore a été ouverte ! C’est celle qui annonce l’Armageddon politique : la fin d’un monde aussi prospère qu’un saucisson à une convention de vegans.cahuzac

Cahuzac risque de mettre fin au conte de fée que nos dirigeants connaissent depuis des dizaines d’années. Celui de la sécurité de l’emploi, comme base d’un droit au bonheur. Cette erreur humaine risque définitivement de plonger la pays dans le chaos…

De l’instabilité politique

Vous le savez bien, nous sommes farouchement opposés à cette politique qui plonge des millions de gens dans la misère. C’est celle de l’austérité qui précarise le travail et, à travers le travail, l’ensemble de l’existence des individus. Quelle horreur, cette massification de la misère, cette destruction organisée des services publics, cette répression musclée des travailleurs défendant leurs emplois.

Jusque là, bienheureux étaient ceux qui échappaient à ce bulldozer néolibéral. Seulement voilà, rien n’est impossible. Aujourd’hui, l’affaire Cahuzac vient ébranler les consciences et plonge avec fracas le monde politique dans l’incertitude. Les cotes de popularité plongent comme des pigeons paraplégiques, des offensives idéologiques percent le mur de défense travaillé depuis des années. Rien de pire que ces appels au non-cumul des mandats et à l’arrêt de ces collusions avec les grands industriels. La sécurité de l’emploi d’élu ne doit pas être sacrifiée sur l’autel d’une pseudo-éthique petite-bourgeoise et antiparlementariste. Combattons ces infâmes condamnations de comptes cachés en Suisse, à Singapour, aux îles Caïmans, ou que sais-je ! Ne laissons pas le populisme piétiner les compléments de salaires des élus méritants.

assemblée

Nous sommes au bord du précipice, à l’aube d’un fascisme nouveau : celui qui écarte l’inamovibilité (et donc le bon travail) des élus, celui qui les met sous la surveillance de la vindicte populaire à la moindre erreur, pourtant si humaine. Heureusement, certaines personnes ont conscience du danger qui nous guette et tentent d’éteindre l’incendie. Le PS propose un référendum, peut-être un « êtes-vous pour ou contre la morale en politique ?», histoire de reprendre la ficèle de Sarkozy sur le capitalisme, mais en plus gros. Ce parti a  de toute façon l’habitude de faire voter des choses qu’ils n’appliquent pas ensuite, en interne comme en externe, on peut toujours compter sur leur savoir-faire pour étouffer les revendications qui gênent.

Mais ces bonnes âmes auront malheureusement fort à faire face au Front de Gauche qui prépare déjà sa marche du 5 mai. Si le soutien d’Eva Joly fait la démonstration de la démarche unitaire, le saccage en règle dont elle fait l’objet de la part des dirigeants de son parti depuis ce matin est plutôt rassurant. Mais EELV ayant intégré la VIe République dans son programme, tout porte à croire que les militants seront attirés par l’initiative. Restons donc prudents et attaquons-nous rapidement à celui qui est la figure de proue de ce mouvement : Mélenchon !

De l’effondrement de la presse

Mais voilà justement une autre conséquence inquiétante de l’affaire Cahuzac. La presse, si soucieuse d’offrir une certaine stabilité au système financier, et donc de protéger les collusions, se retrouve face à un scandale révélé par des « confrères » ne jouant pas le jeu. Cette trahison, digne de Saroumane dans le Seigneur des Anneaux (ou de Soljenitsyne dans un registre quasi-similaire)…cette trahison donc, ébranle une fois encore la scène sur laquelle se jouait un magnifique théâtre kafkaïen.aphatie

Libération aura beau taper, tel Loki, sur Mélenchon, à coup de jeux de mots pourris, sous-entendu avec point-Godwin bonus et manipulation de haut vol d’un mec qui se retourne contre eux, le mal semble fait. Pourtant, elles sont douées ces petites crapules. Transformer « purifier l’atmosphère politique » en « purification » éthique, et avec guillemets, siouplait. Pour compléter, une photo nullissime, déformée, genre grosse trace de doigt sur l’objectif, à croire que le journaliste a fait ça avec son smartphone. Ca fait rêver. Et enfin ce petit encadré magique « l’Enjeu : jusqu’où ira la violence de Mélenchon », comme le retour obsessionnel à cette peur de se faire découper la tête. C’est sur qu’Aphatie a dû l’avoir mauvaise devant cette double page, lui qui revendique la couronne de lèchage de cul et s’est brûlé la langue sur Cahuzac.

L’ancien journal Anar’ (et oui l’eau, les ponts, tout ça tout ça…) a donc tenté de se dédouaner en donnant quelques gages à la population. Un peu comme quand un instit’ regarde un élève qui ne fout rien, et que celui-ci se met à faire semblant de bosser. Le jeu est simple : on prend une rumeur, on fait 6000 signes dessus, genre l’air sérieux, indigné, et je me prends pour un journaliste d’investigation. Et on passe pour le premier de la classe quand on est un cancre. C’est aussi crédible que quand Moscovici dit qu’il ne savait rien sur les comptes de l’ancien ministre du Budget, mais c’est quand même bien essayé.

Bref, vous l’aurez compris, on est dans la merde. Alors que demain les salariés se battent contre la précarisation et le contournement du droit du travail qu’annonce l’ANI, les élus sont bien désarmés face à ce plan social qui se prépare dans l’Oligarchie.

J’espère qu’ils descendront aussi dans la rue, j’ai quelques slogans pour eux :

  •  « C’est facile, de pas être corrompu, quand t’es même pas foutu d’être élu… »
  • « Laissez-nous, nos fauteuils en cuir ! »
  • « La précarité, c’est pour les salariés ! Elus à vie, on restera ici ! »
  • « Tout est à nous, rien n’est à eux ! Tous les pots-de-vins on s’est goinfré ! Le partage des richesses, ça se fait sous la table, ou alors on va gicler, ON VA GICLER ! »

Romain JAMMES

danger

Au pied, mes petits députés !

« Nous devons collectivement être à la hauteur des enjeux ! » « J’ai besoin de votre soutien indéfectible ! » Ces mots résonnaient dans la bouche du secrétaire général du gouvernement comme un grand « Fermez vos gueules ! Rangez le socialisme dans vos tiroirs pour le ressortir aux prochaines élections ». Et pourquoi ? J’ai bien peur que cet affreux n’y ait jamais pensé. D’ailleurs s’il est à cette place, c’est qu’il est tout à fait disposé à parler sans trop rien dire. Il aurait pu s’appeler monsieur Ducon ( pardon Dupont) mais c’est Jean marc Ayrault. Alors J.M. du haut de son pupitre aux journées parlementaires socialiste de Dijon, en appelait avec verve à la « retenue » et à la « cohérence » de ses petits copains et de ses petites copines afin qu’ils adoptent le nouveau traité européen sans trop broncher. Bien triste, le reste de socialistes qui justifiaient encore que le « P.S. » ne soit amputé d’une de ses lettres, allaient devoir se faire à l’idée que l’Europe se faisait, sans eux et surtout sans débat. Et moi dans tout ça, j’espérais un brusque soubresaut, une sortie héroïque, une chevauchée des derniers mohicans socialistes. Je m’étais tapi en bon investigateur à l’affut du moindre cri, du moindre son venant de cette espèce en voie de disparition. Mais rien… Les MJS faisaient campagne sur le contrôle au faciès, Marie-Noël Lienemann était complètement muselée, Benoit Hamon resserrait sa cravate de ministre pour faire de beaux sourires aux caméras.

Atterré, je déambulais donc sur les pavés parisiens vibrant sous le choc des pantoufles de milliers de manifestants venus demander un référendum sur ce traité. C’est alors qu’au détour d’une pancarte bricolée à la hâte pour l’occasion, j’aperçus un vieux camarade de lutte. Lui, était allé au P.S. en 2007 et y était resté. Faut dire qu’ayant fait l’expérience du borgne au second tour, l’argument « vote utile ! Si tu ne veux pas du fascisme » avait assez bien pris sur lui. Mais là, il était méconnaissable. Déjà que faire campagne pour « Flamby » comme il l’appelait, l’avait quelque peu échaudé, le gugusse avait littéralement pété les plombs. Lui qui était habituellement tout en retenue, me sauta au cou. C’est alors qu’il me tint un discours d’une violence incroyable sur les dirigeants de son parti, l’Europe et le capitalisme. « Tout ça se finira dans le sang », « Je ne supporterai pas que l’on touche à l’avenir de mes enfants. Et pour ça tu vois, je serais prêt à tuer ! » s’exclama-t-il pour conclure sa démonstration gesticulée. Abasourdi par le désespoir et l’indignation sonore de mon ami, je n’ai malheureusement pas trouvé la force de me lancer dans l’éloge d’une action politique courageuse mais non violente. J’ai écourté la conversation prétextant d’un impératif quelconque et suis rentré chez moi aussi désabusé que lors de ma montée à Paris.

La semaine qui suivit, j’appris avec stupeur que le gouvernement prétendument socialiste s’apprêtait à faire passer ce traité d’une importance considérable en urgence. Le but : éviter tout débat que ce soit au parlement ou dans la société. Je me suis alors rappelé que les mêmes procédés avaient été utilisés par le précédent gouvernement afin de faire passer ce genre de réformes libérales s’attaquant directement à la souveraineté des États au profit des instances financières. A vouloir suivre le rythme imposé par les marchés, les gouvernements successifs ont remis petit à petit en cause les conditions nécessaires au bon fonctionnement de notre démocratie. En sabordant les débats, en réduisant au silence les forces voulant élaborer un projet alternatif, ceux qui se sentent aujourd’hui légitime à donner des leçons de liberté d’expression à Monsieur Chavez, ont réduit notre démocratie à peau de chagrin. L’exécutif ayant pris le pas sur les parlements, la démocratie parlementaire s’est vu vidée de toute substance, au point que les assemblées sont devenues de simples chambres d’enregistrements. Résultat : à l’image de mon ami croisé lors de la manifestation, la grogne des citoyens grandit face à système parlementaire qui ne serait plus capable de résoudre de manière pacifique les conflits découlant des intérêts antagonistes de notre société.

« En même temps, à quoi bon de longs débats quand il n’y a pas d’alternative au système économique libéral et capitaliste. Toute opposition et contre-projet aux politiques allant dans ce sens, seraient donc de simples chicaneries électoralistes, pour ne pas dire populistes. L’État aurait alors tout intérêt à l’accélération des processus de décisions afin de tenir le rythme des banques et des bourses au risque de froisser quelques citoyens, encore attachés à la démocratie. » Voilà comment certains économistes et politiciens néolibéraux font leurs adieux à la démocratie parlementaire qu’ils ont eux même mise en faillite. Nous ( c’est à dire toute personne ne vivant pas essentiellement de revenus issus du capital), nous ne pouvons céder à cette croyance quasi religieuse, qu’il n’y aurait pas de politique possible en dehors de la toute puissante économie mondialisée. Il nous est donc impératif en tant que citoyen de redonner du poids aux actions politiques, et de rappeler à toutes et à tous qu’une politique courageuse pourrait se dresser face à la prééminence d’une économie mortifère, de la même manière que l’ont fait certains pays d’Amérique Latine après avoir été victimes des mêmes politiques austéritaires que nous vivons aujourd’hui.

Il est vrai que le concept thatcherien : « There is no alternative » en dehors d’une politique au profit du capital, a fait son chemin au parti socialiste ainsi que chez les dirigeants d’Europe Écologie. Il reste malgré tout, quelques irréductibles gauchistes dont nous faisons partie qui courageusement tentent de faire entendre un contre-projet au service des populations et non des banques. C’est dans cette optique que nous nous battons pour une 6ème République mettant le citoyen au cœur des processus démocratiques ainsi que pour de nouvelles formes de solidarités aussi bien nationales qu’internationales. Nous ne cherchons pas à « améliorer la rapidité des décisions politiques », mais nous souhaitons mettre la démocratie au service d’améliorations sociales concrètes. Hollande et ses petits caniches de ministres et de députés, en se laissant paralyser par la toute puissance des marchés, s’apprêtent à enterrer définitivement notre démocratie parlementaire. Et c’est à notre grand regret que ce gouvernement que nous avons contribué à élire, se couche devant un adversaire à qui il aurait fallu briser les reins.

Résultat des courses : 477 députés viennent de voter le nouveau traité européen sans qu’il y ait pu avoir de réel débat. C’est à se demander s’il était vraiment utile de leur demander leurs avis.

 YAGOUBI Florian

Quand les cumulards nous prennent pour des ânes…

Je sais pas si vous avez remarqué mais y en a qui se foutent bien de notre gueule… Vous allez me dire que c’est pas nouveau, il y a comme qui dirait un mépris assez traditionnel du peuple et de toutes ses remuades gauchistes de la part des élites auto-proclamées. Mais comme j’en perds pas une pour me plaindre je peux pas laisser passer celle-là, d’autant qu’elle me tient particulièrement à cœur.

« Être sérieux »

Je ne ménage pas les critiques à l’attention du parti de gauche « responsable », « réaliste » ou que d’aucun appellerait le parti dit « sérieux ». Je me fais répondre toute sorte de leçon, vous vous en doutez, et notamment sur la bonne foi des élus socialistes qui ne demandent qu’à faire le Grand Soir si toutefois ils en avaient l’opportunité. Pour le cumul des mandats, c’est un peu la même musique. On vient avec des gros sabots dire « hey dis donc m’sieur, (parce que en général c’est un m’sieur) ça f’rait-y pas 15 ans que tu serais député et 20 ans que tu s’rais maire en même temps ? » Et ça c’est la version courte pour ceux qui sont pas Président d’agglo, ou de Conseil Général… Et les roquets de l’UMA de nous répondre : « Venez critiquer de l’intérieur, on a jamais pesé autant, regardez ils se sont même engagés à arrêter de cumuler ».

Mais moi, je suis pas fou, j’attends de voir les actes. Parce que sitôt que la résolution a été votée dans le parti « responsable », une levée de boucliers « réalistes » a repoussé la mesure à la saint glain glain de l’année 2011 pour être sur de prendre le Sénat. Bon mettons que c’est un argument audible pour certains. On repousse à 2012 ensuite ? Allez soit, comme ces décérébrés ont toujours tout fait pour couper les têtes qui dépassent même dans leur propre camp, il faut leur laisser le temps (2 ans en l’occurrence) pour préparer la succession de leur Majesté. Et maintenant « it’s time to go » comme dirait Helloween (celle là c’est pour toi Nath). Or, au rappel de l’échéance, tels des pays sur-endettés devant des taux d’intérêts à 18%, les cumulards se dégonflent, lèvent de nouveau le pavois avec les mêmes arguments qu’il y a 2 ans pour reculer l’application en 2014 :

  • C’est un « désarmement unilatéral » : Tiens ? Depuis quand c’est une arme de concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’une poignée de phallocrates ? Puis avoir moins de quinquagénaires blancs et cadres ça ne peut que aider à être plus représentatif non ?
  • Il faut ajuster le curseur en fonction du nombre d’habitants sur la ville concernée : C’est vrai qu’au jeu « qui a la plus grosse ? » être maire d’une ville de 3000 habitants c’est pas terrible. Puis on passe si peu à la télé…
  • Il faut du temps pour préparer : Ah ? Parce que le mec pensait qu’il était éternel ? Il fait tout dans sa ville ? C’est l’irremplaçable super-héros ? Est-ce qu’il avoue que vu son bilan minable y a que son joli minois qui peut faire reconduire sa liste ?
  • C‘est un peu démago : Ah ? Vouloir partager le pouvoir, pour la gauche, c’est démago ? Il va falloir sérieusement que tu réfléchisses à une reconversion à la Besson.

Bref, tous les arguments sont bons pour garder son fauteuil et malheureusement à Gauche ça concerne aussi le PCF et les Verts… Alors il serait p’tetr temps de s’y mettre sérieusement.

Jusqu’où marche la carotte ?

Donc il est temps qu’on arrête de nous prendre pour des cons. Aujourd’hui les ¾ des députés sont des cumulards, une spécificité française qui donne pas envie de chanter la Marseillaise, si ce n’est pour reparler des propriétaires du sang impur dont nos sillons s’abreuvent. En 2014, à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle (2 x lol). Il faudra bien un ou deux ans pour que le maire/conseiller général/député cumulard démissionne et passe la main en toute « responsabilité ». Comptons donc 2016! Ah mais pensez-vous, à un an des élections présidentielles et législatives ce n’est pas pensable ! Attendons Juin 2017…

J‘arrête là, vous avez compris. Comme nous ne sommes pas des ânes il serait temps qu’on arrête de marcher à la carotte, et qu’on pousse dehors les illuminés qui squattent le pouvoir depuis des années. Ça fera un bien fou, non seulement à nous mais plus largement à notre démocratie…

Changer de règle

Ma position, c’est de changer radicalement de règle. Il ne faut aucun cumul entre un exécutif municipal et un mandat national, départemental ou régional. Donc si t’es parlementaire tu n’es ni adjoint, ni conseiller régional, ni conseiller général ; si tu es adjoint ou maire tu n’es ni conseiller régional ni conseiller général ; si tu es conseiller général tu n’es pas conseiller régional. Les mandats ne doivent être renouvelable qu’une fois.

Mais putain pourquoi ?

  • c’est une mesure féministe : car le cumul est une des manières pour les hommes de squatter le pouvoir
  • ça rapproche l’élu des citoyens car il ne s’enferme pas dans son monde d’élu et a plus de temps à consacrer à son seul mandat
  • ça diversifie les élus
  • ça dépersonnalise la politique locale

Mais au fond, si on veut être logique il faut aller plus loin. Car le cumul du mandat est aussi une conséquence de la 5e République. Un député est élu sur une circonscription et s’efforce donc d’avoir une légitimité locale qu’il construit à travers un mandat local justement. Donc cela biaise immédiatement cette élection qui est éminemment nationale. Alors soyons cohérent, un petit retour à la proportionnelle s’impose ! J’en parlerais prochainement…

Romain Jammes