La Valls continue, l’hypocrisie aussi.

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Ça on peut le dire, Manu est un sacré danseur. Il sait nous faire tourner la tête. Un pas à gauche, un autre à droite et nous voilà embarqué dans cette incroyable Valls. Au premier temps, (de la) Valls nous explique la montée de l’insécurité et du terrorisme par la politique sécuritaire et xénophobe du précédent gouvernement. Au deuxième temps (de la) Valls impose de nouveaux critères pour la régularisation des sans-papiers. C’est à se demander s’il ne se foutrait pas un peu de notre gueule.

La Valls : un coupé décalé du gouvernement Sarkozy

012nbJe me rappelle avoir dit à un journaliste après avoir mis le petit bulletin François Hollande dans l’urne, que je ne croyais pas que son élection bouleverserait notre système économique mortifère, mais que la politique xénophobe du dernier gouvernement prendrait fin. Je dois donc avouer avoir pris une belle claque lorsque j’ai pris connaissance de la dernière circulaire de l’héritier incontesté de Nicolas Sarkozy : Manuel Valls. Il avait déjà sacrément déconné tout l’été en sonnant la chasse aux Roms, mais là, Manu nous a sorti le grand jeu. Après six mois de discussions avec différentes associations, voilà que le deuxième flic préféré des français (oui le premier, c’est l’inspecteur Barnabi selon un sondage Pif magazine) décide de faire un beau sieg heil à tout le monde. Avec sa nouvelle circulaire, Valls affirme qu’il ne marquera pas de rupture avec les politiques sécuritaires et racistes d’hier et que la politique du chiffre continuera de plus belle. Ce sera 30 000 régularisations par an, alors que le nombre de sans papiers est estimé à 350 000. De quoi laisser perdurer, l’exploitation de bon nombre de travailleurs sans-papiers qui se voient dépouiller de leurs droits par leurs employeurs. Et tout ça pourquoi? Pour satisfaire une poignée de xénophobes qui n’ont toujours pas compris que si leurs entreprises étaient propres le matin, cela avait toutes les chances d’être l’œuvre « d’impitoyables terroristes » résidant, travaillant, consommant et cotisant sur le territoire français.

La Valls : Une main tendue à l’extrême droite

Alors qu’hier soir, Manu était envoyé sur France 2 pour jouer les contradicteurs face à la grosse Marine, sa politique est en complet accord avec les discours du Fhaine. La circulaire Valls entérine l’idée que l’immigration est responsable du chômage en France. L’obstination de ce gouvernement à ne pas s’attaquer au véritable problème qu’est la finance et l’austérité, met notre super flic dos au mur. Si ce n’est pas la confiscation de la richesse produite par la finance qui détruit notre économie, il lui faut bien trouver un responsable. Alors quoi de plus facile de s’attaquer à celui qui ne peut se défendre, celui qui n’aurait soi-disant pas le droit d’être là. Et cela qu’en bien même celui-ci ne soit responsable de ce qu’on lui reproche : « nous coûter trop cher ».

Les sans papiers et l’immigration, ne l’oublions pas, rapportent bien plus qu’ils ne coûtent. Je vous passerai le topo sur la conception républicaine de la nation et l’intérêt sur le plan intellectuel d’intégrer des individus venant d’ailleurs. Mais puisque, aujourd’hui, il faut des chiffres et parler d’argent pour faire sérieux, je suis bien désolé de rappeler aux ignorants que l’immigration rapporterait à la France 12,4 milliards d’euros. Selon Xavier Chojnicki, Maitre de Conférence à Lille 2 (on peut pas faire mieux comme référence), « comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques ».

Si l’on considère ce point de vue, notre père fouettard national aurait peu être dû revoir sa copie, avant de danser la gigue toujours plus à droite en fredonnant les méfaits économiques de l’immigration sur l’air de « maréchal nous voilà », pour ne pas laisser l’extrême droite savourer une nouvelle victoire.

3 millions de chômeurs : le salariat semble à l’aube de sa disparition.

Depuis la limitation des déficits publics imposée par le traité de Maastricht, donnant aux gouvernements européens un prétexte pour mener des politiques d’austérités qui contractent nos économies, (note au lecteur : c’est là qu’il faut respirer) nous faisons face depuis des années à la baisse progressive du pouvoir d’achat et une baisse notable de la croissance dans l’ensemble des pays de la zone euro. Et pourtant nous avons fait des efforts, pour « fléxibiliser » le marché du travail à coût de contrats de plus en plus précaires. Nous avons aussi fait une croix sur les revenus du capital et les larges bénéfices des multinationales, en leurs offrants de douillettes niches fiscales. Pour pouvoir suivre l’exemple de la grande et compétitive économie allemande, certains ont même eu la brillante idée de supprimer petit à petit l’exception française qu’est la sécurité de l’emploi permise par le Contrat à Durée Indéterminée. Et nous y voilà, après près de 30 années de politiques libérales nous avons enfin réussi, nous sommes à l’aube de l’abolition du salariat. Nous avons atteint la merveilleuse barre des … 3 millions de chômeurs.

« Et oui, encore un peu plus d’individus se voient libérés de l’esclavage moderne qu’est le salariat. Ces ex-prolétaires vont enfin avoir le temps de consommer pour pouvoir relancer nos économies. » C’est ce que nous aurions pu se dire ce matin, mon colocataire et moi,  en regardant une des chaines d’information en continue, notre café à la main. Mais nous avons malheureusement reçu cette nouvelle ahurissante comme un coup de poing dans la figure. Mais d’ailleurs, Pourquoi ? C’est vrai, quand j’y repense, nous n’avions pas perdu nos  emplois dans la nuit et les universités n’avaient pas été fermées. Et même, si nous ne gagnons pas bien nos vies, la débrouille nous permet encore de prendre un peu l’air. Pourtant le malaise a persisté toute la journée, mes collègues n’avaient que cette nouvelle à la bouche, oubliant leurs longues et insouciantes conversations à propos des nouveaux smart phones. La nouvelle sembla inquiéter jusqu’à ma banquière, qui a accueilli le chèque rémunérant mon job d’été comme une libération. Une chape de plomb semblait avoir recouvert la ville de Toulouse. Elle qui est habituellement si lumineuse et vivante, grâce à l’inébranlable joie dont s’affuble sa jeunesse, s’est éteinte dans l’incertitude et le doute. Tant de questions nous ont alors envahis. Si bien que fumer cigarettes sur cigarettes à en crever, pouvait nous paraître comme le seul projet à notre portée, le seul que nous puissions encore contrôler. Devrons nous laisser nos rêves de côtés, pour être boucher, ou que sais-je , charcutier ? Devrais-je retourner travailler dans la restauration qui n’a que faire du droit du travail ? Mon job d’été sera-t-il mon cercueil ? Voilà bien, les seules angoissantes questions soulevées par nos brillants journalistes télé. Et dans ces conditions comment pourrions nous faire des projets quand ils sont rongés par l’angoisse ?

Dans ce climat social délétère, relancer l’économie ne semble pas une mince affaire. Mais d’ailleurs, je n’ai pas l’impression que notre gouvernement souhaite faire autre chose que rassurer les marchés financiers et continuer la politique qui nous a mené dans cette situation pathétique. Nous sommes bien loin de l’époque où Pompidou mettait en garde Jacques Chirac contre une révolution si l’on dépassait les 500 milles chômeurs. Aujourd’hui, à des kilomètres de ce genre de considération, les socialistes sont prêts continuer la saignée dans les dépenses publiques amorcée par la droite. Alors que cette politique a fait ses preuves, que ce soit en Amérique du sud, en Grèce et Espagne, en terme d’explosion du chômage et par conséquence de la misère. Mais non, aujourd’hui, il n’y avait pas un journaliste pour parler du nouveau traité européen, que notre président souhaite faire passer tranquillement par le parlement. Alors que celui ci, dans la lignée des politiques austéritaires précédentes, obligera les États a réduire leurs déficits publique à 0,5 % du PIB, sans se soucier qu’il engendrera nécessairement un effondrement des nos économies et donc une augmentation du chômage. Ainsi, j’ai bien peur que notre gouvernement ne veuille nous laisser plus de temps libre, sans moyens pour l’occuper.

YAGOUBI Florian

On a testé pour vous : faire des études pour rien !

Bon, ce coup-ci c’est trop. Depuis que je suis tout petit j’ai respecté toutes les règles. J’ai travaillé « comme il faut » à l’école. Je n’ai jamais été premier mais j’ai toujours été méritant. Je n’ai pas mâché de chewing-gum devant ma prof, je me suis levé quand le CPE entrait dans la classe, j’ai fait la plupart de mes devoirs et je retirais ma casquette avant les cours. Je n’ai jamais (trop) foutu le bordel, ou j’avais de très bonnes raisons (que je développais longuement pour justifier mes heures de colles). Et pourtant…

Un parcours du combattant

Au fond, j’ai fait de mon mieux pour être ce que la société et mes parents attendaient de moi. Mais si ces derniers sont plutôt fiers, la société, elle, n’en a pas grand-chose à foutre. Elle m’a appris les valeurs de la citoyenneté, je les applique et m’engage en politique. En conséquence, de nombreuses portes se ferment, je suis même stigmatisé dans certains milieux. Elle m’a demandé de faire des études. C’est fait, grâce à mes parents et des boulots à mi-temps, j’ai obtenu mon Master 2 pro en Science Politique.

Alors tout ça n’a pas été un fleuve tranquille. Et les projets iniques de la droite sur le CPE comme sur la réforme des universités n’ont pas aidé à cela. À côté de l’enrichissement intellectuel (c’est bien le minimum) et personnel de mes années étudiantes cette période a aussi rimé avec beaucoup de sacrifices. Les dernières années n’ont pas été particulièrement faciles. Cumuler petits boulots, études et engagement politique ça relève du sacerdoce. Mais enchainer l’année suivante, puis la suivante encore, ça frise le masochisme. Et la cerise sur le gâteau vient quand votre prof vous explique que si vous voulez être pris en M2 il faut arrêter de travailler. 6 mois sans revenus (ou presque) et 6 mois de stages payés 600€. Vivre dans la dèche, ça aussi j’ai testé pour vous.

Et après ?

Arrivé à Toulouse, je ne m’attends pas à trouver un boulot d’un claquement de doigt. J’ai entendu mille fois l’histoire de mon père démarché par une entreprise avant même d’avoir son diplôme mais je sais que le monde a changé. J’ai envoyé une cinquantaine de CV sans réponse positive. Une fois arrivé j’ai commencé le tour des divers structures qui m’intéressent, rien de mieux. Ce n’est que le début mais on commence parfois à se dire qu’on a un truc qui ne va pas ou qu’on aurait peut-être pas dû militer si on voulait manger autre chose que des pâtes.

Mais miracle le téléphone sonne ! Une institution qui m’avait refusé faute de poste me propose… un Service Civique ! De l’avis de tous les professionnels du milieu, c’est la seule solution. Je m’appelle Romain, j’ai 25 ans, j’ai un BAC + 5 en Science Politique. Aujourd’hui, on me propose de travailler à 35h, payé 550 € par mois. Petit calcul… C’est 250€ de moins que le seuil de pauvreté. J’ai bien fait de faire des études !

WTF ?

Alors France (tu permets que je te tutoie), c’est quoi ton problème ? Pourquoi après toutes ces années à compter mes sous, à refuser régulièrement les soirées dans les bars, à ne plus aller au théâtre ou à réduire mes voyages au simple Noël en Famille… après des années à frauder les transports en commun ou voler au supermarché, tu me dis que dorénavant, vu que j’ai mon diplôme, ce sera comme auparavant. Pourquoi tu me fais ça ? J’ai fait ce que tu m’as demandé non ? Pourquoi tu me proposes un vrai boulot (c’est de la communication et de la stratégie de développement siouplait !) à peine assez rémunéré pour me loger et me nourrir ?

Dis moi France, t’as pas l’impression que tu te fous un peu de ma gueule ? Tu crois que j’en ai pas ma claque de cette oppression quotidienne de l’argent qui prend à la gorge et me rappelle constamment à ma condition ? Tu penses qu’en m’assommant avec ton enclume économique je vais accepter n’importe quelle circonstance de travail ?

Pourtant France, comme beaucoup dans ma situation voire même dans pire situation (j’en connais), on a joué ton putain de jeu… Tu vas finir par tester pour nous « prendre un grand coup pied au cul » !

Romain JAMMES