Au pied, mes petits députés !

« Nous devons collectivement être à la hauteur des enjeux ! » « J’ai besoin de votre soutien indéfectible ! » Ces mots résonnaient dans la bouche du secrétaire général du gouvernement comme un grand « Fermez vos gueules ! Rangez le socialisme dans vos tiroirs pour le ressortir aux prochaines élections ». Et pourquoi ? J’ai bien peur que cet affreux n’y ait jamais pensé. D’ailleurs s’il est à cette place, c’est qu’il est tout à fait disposé à parler sans trop rien dire. Il aurait pu s’appeler monsieur Ducon ( pardon Dupont) mais c’est Jean marc Ayrault. Alors J.M. du haut de son pupitre aux journées parlementaires socialiste de Dijon, en appelait avec verve à la « retenue » et à la « cohérence » de ses petits copains et de ses petites copines afin qu’ils adoptent le nouveau traité européen sans trop broncher. Bien triste, le reste de socialistes qui justifiaient encore que le « P.S. » ne soit amputé d’une de ses lettres, allaient devoir se faire à l’idée que l’Europe se faisait, sans eux et surtout sans débat. Et moi dans tout ça, j’espérais un brusque soubresaut, une sortie héroïque, une chevauchée des derniers mohicans socialistes. Je m’étais tapi en bon investigateur à l’affut du moindre cri, du moindre son venant de cette espèce en voie de disparition. Mais rien… Les MJS faisaient campagne sur le contrôle au faciès, Marie-Noël Lienemann était complètement muselée, Benoit Hamon resserrait sa cravate de ministre pour faire de beaux sourires aux caméras.

Atterré, je déambulais donc sur les pavés parisiens vibrant sous le choc des pantoufles de milliers de manifestants venus demander un référendum sur ce traité. C’est alors qu’au détour d’une pancarte bricolée à la hâte pour l’occasion, j’aperçus un vieux camarade de lutte. Lui, était allé au P.S. en 2007 et y était resté. Faut dire qu’ayant fait l’expérience du borgne au second tour, l’argument « vote utile ! Si tu ne veux pas du fascisme » avait assez bien pris sur lui. Mais là, il était méconnaissable. Déjà que faire campagne pour « Flamby » comme il l’appelait, l’avait quelque peu échaudé, le gugusse avait littéralement pété les plombs. Lui qui était habituellement tout en retenue, me sauta au cou. C’est alors qu’il me tint un discours d’une violence incroyable sur les dirigeants de son parti, l’Europe et le capitalisme. « Tout ça se finira dans le sang », « Je ne supporterai pas que l’on touche à l’avenir de mes enfants. Et pour ça tu vois, je serais prêt à tuer ! » s’exclama-t-il pour conclure sa démonstration gesticulée. Abasourdi par le désespoir et l’indignation sonore de mon ami, je n’ai malheureusement pas trouvé la force de me lancer dans l’éloge d’une action politique courageuse mais non violente. J’ai écourté la conversation prétextant d’un impératif quelconque et suis rentré chez moi aussi désabusé que lors de ma montée à Paris.

La semaine qui suivit, j’appris avec stupeur que le gouvernement prétendument socialiste s’apprêtait à faire passer ce traité d’une importance considérable en urgence. Le but : éviter tout débat que ce soit au parlement ou dans la société. Je me suis alors rappelé que les mêmes procédés avaient été utilisés par le précédent gouvernement afin de faire passer ce genre de réformes libérales s’attaquant directement à la souveraineté des États au profit des instances financières. A vouloir suivre le rythme imposé par les marchés, les gouvernements successifs ont remis petit à petit en cause les conditions nécessaires au bon fonctionnement de notre démocratie. En sabordant les débats, en réduisant au silence les forces voulant élaborer un projet alternatif, ceux qui se sentent aujourd’hui légitime à donner des leçons de liberté d’expression à Monsieur Chavez, ont réduit notre démocratie à peau de chagrin. L’exécutif ayant pris le pas sur les parlements, la démocratie parlementaire s’est vu vidée de toute substance, au point que les assemblées sont devenues de simples chambres d’enregistrements. Résultat : à l’image de mon ami croisé lors de la manifestation, la grogne des citoyens grandit face à système parlementaire qui ne serait plus capable de résoudre de manière pacifique les conflits découlant des intérêts antagonistes de notre société.

« En même temps, à quoi bon de longs débats quand il n’y a pas d’alternative au système économique libéral et capitaliste. Toute opposition et contre-projet aux politiques allant dans ce sens, seraient donc de simples chicaneries électoralistes, pour ne pas dire populistes. L’État aurait alors tout intérêt à l’accélération des processus de décisions afin de tenir le rythme des banques et des bourses au risque de froisser quelques citoyens, encore attachés à la démocratie. » Voilà comment certains économistes et politiciens néolibéraux font leurs adieux à la démocratie parlementaire qu’ils ont eux même mise en faillite. Nous ( c’est à dire toute personne ne vivant pas essentiellement de revenus issus du capital), nous ne pouvons céder à cette croyance quasi religieuse, qu’il n’y aurait pas de politique possible en dehors de la toute puissante économie mondialisée. Il nous est donc impératif en tant que citoyen de redonner du poids aux actions politiques, et de rappeler à toutes et à tous qu’une politique courageuse pourrait se dresser face à la prééminence d’une économie mortifère, de la même manière que l’ont fait certains pays d’Amérique Latine après avoir été victimes des mêmes politiques austéritaires que nous vivons aujourd’hui.

Il est vrai que le concept thatcherien : « There is no alternative » en dehors d’une politique au profit du capital, a fait son chemin au parti socialiste ainsi que chez les dirigeants d’Europe Écologie. Il reste malgré tout, quelques irréductibles gauchistes dont nous faisons partie qui courageusement tentent de faire entendre un contre-projet au service des populations et non des banques. C’est dans cette optique que nous nous battons pour une 6ème République mettant le citoyen au cœur des processus démocratiques ainsi que pour de nouvelles formes de solidarités aussi bien nationales qu’internationales. Nous ne cherchons pas à « améliorer la rapidité des décisions politiques », mais nous souhaitons mettre la démocratie au service d’améliorations sociales concrètes. Hollande et ses petits caniches de ministres et de députés, en se laissant paralyser par la toute puissance des marchés, s’apprêtent à enterrer définitivement notre démocratie parlementaire. Et c’est à notre grand regret que ce gouvernement que nous avons contribué à élire, se couche devant un adversaire à qui il aurait fallu briser les reins.

Résultat des courses : 477 députés viennent de voter le nouveau traité européen sans qu’il y ait pu avoir de réel débat. C’est à se demander s’il était vraiment utile de leur demander leurs avis.

 YAGOUBI Florian

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6 réflexions sur “Au pied, mes petits députés !

  1. Pingback: Le cri du peuple » Contre l’austérité dans les rues de Paris, hier, ce soir, demain…

  2. Ce parti est une vaste blague. Jean-Marc Ayrault – et tous ceux qui viennent de Nantes comme moi et on travaillé avec lui, comme un de mes parents – le savent bien, c’est un opportuniste et carriériste de première, qui n’a à gauche que sa main dans sa poche, agrippée à son porte-monnaie au cas où un pauvre aurait le mauvais goût de lui demander une piécette. Je n’ai jamais été radicale dans mes choix politiques, mais je me suis tournée vers J.L. Mélenchon, qui incarne mieux la gauche à mes yeux que tout ce ramassis de fumistes. Maintenant chacun ses goûts, je te l’accorde. En tout cas merci pour cet article, fort bien écrit et qui reflète ma pensée.

  3. En même temps, les députés sont là pour voter en notre nom, c’est pour ça que NOUS les avons élus, sachant à quel partis ils étaient liés. Si pour tous les questions on doit faire un référendum, supprimons l’Assemblée Nationale, elle ne servira plus à rien.

    • et quand ton député te répond carrément à la question: »pourquoi n’êtes vous pas pour un référendum sur le traité européen? » « parce que 70% des français voterait contre » tu crois que c’est vraiment en notre nom qu’il vote ?……

  4. Pingback: Qui a le Nobel de la paix prépare la guerre… « L'Art et La Manière

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