On a testé pour vous : le harcèlement !

J’ai un truc qui me démange, sur la langue un goût étrange, comme une crampe à la phalange. Hey ! Oui je me plains tout le temps. Déjà, il paraît que c’est un sport national,  ensuite, c’est quand même la base quand on est de gauche. Par ailleurs, c’est nécessaire, voire épidermique, quand on est féministe. C’est vous dire si j’ai des circonstances atténuantes.

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Alors je fais pas la tête dure pour faire genre. C’est que, quand même, nous sommes doués, nous les mecs, pour donner toutes les raisons aux féministes de monter au plafond. Je crois qu’on ne perçois pas la chance que l’on a que ne soit pas (encore) légale l’émasculation pour propos sexistes.

« Bon il s’est passé quoi (encore) ? » Bah ce qui se passe tous les jours pour des milliers de femmes. Le harcèlement quotidien, le matraquage pour les réduire à un bout de viande de la part des hommes, cette impression diffuse qu’il existe aucun refuge pour en échapper.

Une histoire banale

C’est l’histoire banale d’une jeune femme, Alex (j’ai changé le nom), dans les rues de Toulouse. L’histoire ne dit pas si elle est belle ou pas. Vous savez pourquoi ? Parce que ce n’est pas la question, malgré ce que certains s’obstinent à croire. Alex, comme toutes les toulousaines elle l’a un peu mauvaise qu’on ait eu un printemps de merde. Donc comme le soleil pointe son nez ces derniers jours. Ni une ni deux, elle a eu l’outrecuidance de sortir une jupe.

L’histoire ne raconte pas non plus la taille de la jupe. Vous savez pourquoi ? Parce que c’est pas la question, malgré ce que certains s’obstinent à croire. Pourtant, mettre une jupe c’est légal non ? C’est pas plus immoral qu’un short, ou qu’un jean. Ce serait une provocation, ça n’en ferait pas un argument pour ne pas en mettre, mais quand même, on est civilisés maintenant…

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Comme on s’y attend, cette femme se baladant dans la rue se prend des remarques qu’elle tente tant bien que mal d’ignorer. C’est dur, car ça fait mal. Étrangement, on pourrait croire qu’au bout d’un moment il y a une sorte d’anesthésie. Mais là non. L’histoire ne s’arrête pas là. Alex se fait soudainement agripper par un homme qui cherche à l’emmener quelque-part. Elle ne comprend pas, elle ne lui a rien fait. Il la tient fermement par le poignet, puis fini par lâcher prise, comme s’il s’étonnait qu’elle se débatte. Un flot d’insulte se déverse de sa bouche haineuse, Alex fuit la larme à l’œil. Dès l’instant la culpabilité la bouffe de l’intérieur. Elle se demande se qui cloche chez elle. Si elle n’envoie pas des signes à son insu.

Elle pense à sa jupe, naturellement. Elle hésite, puis décide de rentrer se changer. Allez, ça suffit, si c’est pour passer une journée comme ça. Alex enfile un pantalon, et met une écharpe pour cacher son décolleté. « La prochaine fois ce sera un voile intégral ? » se demande-t-elle. Elle a conscience que c’est capituler, mais elle veut aussi la paix, pouvoir se promener tranquillement.

Mais ce que l’histoire n’aurait pas dû dire non plus c’est sa tenue. Vous savez pourquoi ? CADA JOUEParce que ce n’est pas la question. Et oui, couverte « bien comme il faut » Alex pensait être convenir aux codes cette société patriarcale. C’est sous-estimer l’oppression masculine. Un peu plus tard dans la journée elle se fait suivre pendant un certain temps par un homme. Paniquée, elle fini par le perdre en entrant dans un métro de justesse. Sur place, un autre vient rapidement l’aborder. Cette fois c’est trop ! Alex rentre en sanglot se coucher. Il est 16h00.

C’est quoi ton problème ?

Alex appelle un ami, elle cherche du soutien. Elle sait que ce n’est pas normal, mais elle se sent physiquement illégitime à s’habiller comme elle veut, à marcher même en public. On lui fait comprendre que ce n’est pas sa place. Elle est bien à la maison quoi.

Pour partager sa colère, Alex post un statut facebook. Un mec lui répond « Tu es trop jolie Alex, c’est pour ça ». Elle tombe des nues. Que dire, que faire ? Même ici un mec vient la réduire à son physique. Elle éteint son ordinateur, se tait et s’endort. Son silence, c’est celui de la colère et de l’impuissance. Ce n’est pas qu’elle n’a rien à dire. Dans sa tête sa réponse se compose toute seule

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« Petite Merde » (NDLR : En général, les 2 premiers mots d’un conversation sont particulièrement adaptés à une mise en situation. Cela permet d’être assez clair quand au ton utilisé pour l’échange. Ici on devine facilement l’hostilité du propos qui va suivre) « C’est quoi ton problème putain ? T’as que ça à foutre ? Est-ce que comprend ce que tu es en train de dire ? Je me fais harceler, à la limite de l’agression, je me fais suivre et aborder à longueur de temps. Et toi, ton explication dans ton petite crâne de mec c’est que je suis trop jolie ? Ca veut dire que le problème il est pas dans ces connards il est à trouver chez moi ? C’est à moi de m’adapter, d’être « moins belle » ? J’en crois pas un mot. Ou est-ce que vous avez des pulsions animales irrépressibles ? Foutaises.

Alors rigolade, compliment ou pas j’en ai rien à foutre, tu as pas à dire ça. D’ailleurs, message à tous les vieux cons libidineux sur Facebook qui font des commentaires mielleux et à vomir sur mes photos dès que j’en ajoute. Allez vous faire foutre. Allez lécher d’autres culs, vous êtes les premiers à aimer mes publications féministes, dès que c’est dans la pratique, y a un truc qui bloque, comme une testicule qui s’est glissée dans un canal de réflexion primaire et qui empêche l’utilisation de 90% de votre cerveau. »6

Solidarité

L’histoire ne dit pas si le mec en question aurait compris. Ce qu’elle dit, c’est qu’il n’était pas forcément mal intentionné. Il pensait peut-être sincèrement réconforter Alex. Pourtant il est complice de la même violence globale à laquelle participe ceux qui ont harcelé la jeune femme toute la journée. Seulement voilà, cet homme ne le comprend pas, il ne veut pas le comprendre. Pour lui c’est un compliment, un simple compliment. Il aimerait bien qu’on lui dise à lui, au fond.

Consciente ou non, la solidarité existe avec les agresseur et elle se fait à différents degrés et différentes échelles. C’est cet homme qui réduit l’affaire au physique d’Alex, c’est ceux qui vont dire que le problème c’est l’accoutrement : il faut pas provoquer non plus. Plus loin, il y a ce mec (véridique) qui va t’expliquer qu’au fond les petites tenues c’est aussi une forme de violence à l’égard des hommes. Il y a La Dépêche qui va minimiser un viol, ou qui va conclure qu’il faut rester chez soi. Personne ne nie le problème, mais chacun s’attache à démontrer qu’au fond, c’est surtout les femmes…

Romain JAMMES

PS : C’est un histoire vrai, et si j’écris ça, c’est en partie pour soutenir cette amie qui le mérite…

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Un coup d’état permanent

La mondialisation est souvent prétexte aux discours pompeux sur l’impuissance croissante des États. Il m’apparaît donc important d’aborder un phénomène qui découle de cette domestication de l’État par notre divin marché : « l’état d’exception permanent »

J‘entends déjà certaines de vos réactions : « qu’est-ce qu’il nous raconte encore ? », « il va encore nous sortir ses théories fumeuses venues tout droit de récits d’anticipation! » .

Mais je commencerai pas répondre à :

« Mais c’est quoi ce truc ? »

« L‘état d’exception » nous vient d’un concept remontant à l’antiquité romaine : « la dictature », évoquée notamment par K. Marx lorsqu’il parle de « dictature du prolétariat ». Je vous vois déjà, là, à frissonner dernière vos écrans d’ordinateur, en imaginant les chasses à l’homme orchestrées par Sylla, les têtes coupées sous la dictature du populiste Marius ou les majestueux procès staliniens. Mais n’ayez crainte cher(e)s ami(e)s, en dehors de ces phénomènes folkloriques, il y a eu de multiples exemples beaucoup moins sanglants de ces suspensions de l’ordre constitutionnel tout au long du XX ème siècle. L’exemple le plus connu est d’ailleurs la seule utilisation de l’article 16 de la Constitution lors de la crise dite du « putsch des Généraux» de 1961, lorsque des militaires partisans de l’Algérie française ont tenté de renverser le Général de Gaulle

Proscriptions sous la dictature de Sylla

Il y a, il ne faut pas l’oublier, un second élément dans cette définition. Il s’agit du côté anecdotique et provisoire de « l’état d’exception », (hé oui s’il y a ex-cep-tion !!! c’est pas pour les chiens). Donc, pour ceux qui ont Alzheimer, la dictature (ou « l’état d’exception »), c’est une suspension provisoire de l’ordre constitutionnel pour répondre à un péril imminent. Tout comme « le droit de résistance », « l’état d’exception » s’oppose au droit, au nom du droit.

Une république qui faiblit, qui coule et qui fait « blic blic blic »

Le problème est que ce phénomène, est devenu un « paradigme de gouvernement ». Émancipé des contraintes temporelles, il est aujourd’hui un concept politico-juridique durable. Accentué par les attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, qui n’ont laissé aucune législation intacte, le phénomène a en réalité été amorcé dès la première guerre mondiale lorsque les belligérants ont dû mettre en place des lois d’exception.charb5-10939698blvuv

C‘est à partir de cette époque que l’on a assisté à un effondrement progressif de la division des pouvoirs. Ce qui nous permet aujourd’hui d’observer conflits d’intérêts sur conflits d’intérêts. Les comptes helvétiques de Cahuzac, les magouilles de notre Tapie hexagonal, etc… etc… sont parfaitement révélateurs du système dégueulasse qui s’est mis en place. Le pouvoir exécutif ayant pris petit à petit le pas sur les pouvoirs législatif et judiciaire, notre 5ème République a finalement donné naissance à un machine politique clientéliste, pour ne pas dire mafieuse.

J‘espère que vous ne m’en voudrez pas mais j’aimerais passer les arguments maintes et maintes fois ressassés autour de l’hyper-présidentialisation de notre régime. Oui et oui, c’est un problème. Mais ce qui m’inquiète depuis quelques temps, c’est la normalisation du « gouvernement par décret ». Le décret (norme émanant de l’exécutif ayant force de loi) est devenu sans que personne ne s’en offusque, une manière comme une autre de légiférer ; puisqu’il faut être capable de répondre le plus rapidement possible aux injonctions du Grand Marché Tout Puissant. Et même si les décrets sont validés par le parlement, la banalisation de cette pratique a eu pour effet de transformer les assemblées en de simples chambres d’enregistrement à la botte de l’exécutif. Alors fini les longs débats et les fastidieux discours de l’Assemblée Nationale qui sont pourtant nécessaires à la vie démocratique d’un pays. Face à l’impératif économique, les débats ne peuvent avoir lieu. Certains vous diront d’ailleurs qu’ils sont inutiles, puisqu’une seule politique est possible. Il nous devient donc impossible de proposer des politiques alternatives.

Comme bel air de Wagner 

Laissons de côté pour l’instant cet aspect pour en venir à des considérations un peu plus matérielles.

« L‘état d’exception » s’incarne concrètement sur le territoire. La prison de Guantánamo en est un exemple particulièrement criant. Les États-Unis y enferment des individus sous le titre de « combattants illégaux » et non de prisonniers de guerre. Ils n’ont donc pas de statut juridique clairs, ce sont des êtres juridiquement inclassables. Et sans vouloir marquer des points Godwin, cette situation ressemble étrangement à celle des Juifs des Lagers nazis. Dans les deux cas les individus ne sont pas seulement privés de droit mais sont considérés extérieurs à toutes juridicité. Et comme en France, nous produisons un certain nombre d’Eichmann en puissance (policards et fonctionnaires complètement aliénés), nous faisons la même chose avec les roms et les sans-papiers. C’est notamment en ça, que « l’état d’exception » est devenu un paradigme de gouvernement, transcendant à la fois les partis et les frontières.

A part ça, ce phénomène politique s’explique par l’avènement de l’ère atomique. Le nucléaire en termes d’infrastructures, de gestion de risque, a obligé à un accroissement du pouvoir de l’Etat. Cela était inévitable pour pouvoir mettre en place correctement les structures organisant la production et la circulation de l’énergie nucléaire que ce soit dans le civil ou le militaire. Et vous comprendrez, qu’il a aussi insinué une extension du secret d’État, limitant par la même l’espace publique. Les conflits ont alors été modifiés par l’équilibre de la terreur, ce qui a laissé place à une augmentation des conflits secondaires (guerres civiles, terrorisme, antiterrorisme). Nous avons par conséquent vu s’estomper la frontière entre guerre et paix, justifiant l’avènement d’un état de violence permanent.

« L’état d’exception permanent », vous le comprendrez bien, n’est donc pas le résultat de restes monarchiques ou absolutistes, ni la persistance cafardesque de l’Ancien Régime. Ce phénomène est un pur produit de nos systèmes démocratiques occidentaux. Quelles conclusions devrions nous donc en tirer ?

« L‘état d’exception » a suivi comme son ombre la construction démocratique, mais cette ombre s’étend aujourd’hui au point d’éclipser nos démocraties. Cela relève du lien intime entretenu entre la violence et le droit. En délimitant la violence légitime et celle qui ne l’est pas, le droit porte en son sein la violence dont « l’état d’exception » est l’incarnation. Pour cela, seule une activité révolutionnaire, visant à transformer les institutions, peut trancher ce lien étroit. Il s’agit donc de faire advenir un réel « état d’exception », c’est à dire l’élection d’une assemblée constituante, pour mettre fin à ce système politique où le peuple est écarté, et les chambres méprisées.

YAGOUBI Florian

Prostitution : combattre l’abolition fragilise la lutte contre le patriarcat !

Ça faisait longtemps. Comme vous êtes nombreux à venir consulter ce blog (plus de 19 000 visites le mois dernier) et qu’on est pas plus intelligents que les autres, on ouvre nos modestes pages à des amis.sacha

Celui-ci c’est un compagnon de route depuis quelques années. Et pour de nombreuses encore j’espère. Comme nous, il est abolitionniste. Et on laisse ce sujet sensible à sa plume affutée. Merci à toi Sacha Tognolli.

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La prostitution : au cœur de la domination masculine et non à sa marge

Si je prends le clavier pour écrire cet article, c’est que la question de l’abolition ou non de la prostitution est au cœur de notre combat contre le patriarcat. Pourtant, elle divise profondément, non pas le mouvement féministe tout de même majoritairement abolitionniste, mais l’espace politique que nous occupons au Parti de Gauche : la gauche radicale. Ces derniers temps, de nombreux camarades – en réaction à l’audience accrue de la position abolitionniste en France et au sein du parti – ont fait le choix de combattre publiquement cette position tout en s’affirmant féministes (ainsi de ma camarade Julie Del Papa). Si je les remercie de leur apport au débat, et que je ne remets nullement en question leur attachement à la lutte féministe, je suis obligé de considérer qu’ils fragilisent ce combat.

Certes, on peut être féministe et voilée, certes, on peut être pro-féministe et consommer du porno représentatif d’une sexualité sexiste, certes, on peut être féministe et pour la réglementation – et donc la reconnaissance – de la prostitution. Nous sommes des produits de la société, personne ne peut donc se dire pleinement exempt des rapports de dominations qui s’y déploient. En revanche, théoriser et légitimer chacune de ces pratiques fragilise, à mon sens, le combat féministe. La prostitution étant au cœur du fondement patriarcal de notre société, c’est là que se nouent tous les aspects et contradictions de la domination masculine. J’oserais donc dire que c’est par là qu’il faut commencer pour la combattre ! En effet, ce sont toujours à partir des questions les plus conflictuelles et difficiles à traiter qu’on peut tirer petit à petit le fil rouge d’une lutte, quelle qu’elle soit. Ainsi, qui pros’opposera explicitement à l’égalité femmes-hommes – mis à part deux ou trois zemmouriens ? Bref, n’évacuons pas le débat de la prostitution !

Allons même plus loin dans la difficulté : mon propos ne s’intéressera pas principalement aux conditions matérielles de la prostitution actuelle – majoritairement dans des réseaux de proxénétisme et avec violence – mais à la prostitution en soi, ce qui donne forcément un aspect théorique à cet article que certains peuvent juger un peu décalé par rapport à la réalité sordide du quotidien d’une prostituée. Pourtant, je pense qu’en tout sujet il est bon de prendre du recul, le stylo à la main. Cette question de la pratique majoritaire de la prostitution est largement utilisée par le camp abolitionniste, ses (nos) arguments sont donc déjà connus de ce point de vue.

La loi au service des plus faibles

Cependant, je tiens à préciser que s’appuyer sur cette dimension d’une pratique majoritaire peut être suffisant pour abolir la prostitution, quand bien même on considérerait que le fait de se prostituer en soi ne pose aucun problème. La loi doit servir à protéger les plus faibles, c’est pourquoi je suis en désaccord avec Julie quand elle affirme « le problème de la prostitution forcée n’a rien à voir avec l’abolition de celle-ci ». Ainsi, bien que je ne sois pas philosophiquement contre la polygamie – en effet, pourquoi la société imposerait-elle une relation limitée à deux personnes ? – je m’opposerai à sa légalisation tant que nous n’aurons pas réussi à construire une société pleinement égale entre femmes et hommes ; sinon, une telle légalisation reviendrait à fragiliser la situation des femmes.

Mener un projet de transformation sociale, c’est en assumer les conséquences !

Évacuons également la question des conséquences immédiates d’une abolition de la prostitution par le biais de la pénalisation des clients. Selon Julie, « abolir la prostitution en France créera alors une clandestinité plus importante car il a déjà été montré que la prohibition augmente le trafic illégal et favorise l’émergence de mafias ». Elle n’a pas forcément tort bien que certains de mes camarades plus experts en la matière me rapportent que la comparaison entre l’Allemagne et la Suède dément un tel argument : en Allemagne, pays réglementariste, la légalisation a entrainé une augmentation du trafic légal ET illégal (parmi lequel figure celui des mineurs), les réseaux mafieux se sont également développés et trouvent même appui dans la partie légale de leur activité ; en Suède, pays réellement abolitionniste, les réseaux mafieux n’ont pas disparu mais ils sont moins développés et moins puissants que dans le cas précédent. Mais admettons tout de même que Julie puisse avoir raison.

Gérer les conséquences de son projet politique doit être quelque chose que tout militant-e politique doit avoir en tête. Cher-es camarades, ne croyez pas que le jour où le Front de Gauche sera au pouvoir, tout-le-monde-il-sera-bô-il-sera-gentil ! C’est pourquoi le jour où le Parlement votera un véritable plan d’abolition réelle de la prostitution, celui-ci s’inscrira dans un contexte plus général de transformation de la société et comprendra donc pêle-mêle (ce n’est pas exhaustif, n’étant pas un spécialiste) : la régularisation des sans-papiers, une politique de relance économique, un plan de formation et de requalification continues, un plan égalité femmes-hommes, un accompagnement social des prostituées mais aussi une branche de la police – spécifiquement formée et accompagnée par des travailleurs sociaux – attachée à faire appliquer sur tout le territoire (et pas uniquement sur les grandes avenues) l’abolition réelle de la prostitution. barcode-elements_k10502591

Tout cela signifie-t-il que du jour au lendemain, plus aucune mafia n’existera ? Bien sûr que non, mais comment un-e militant-e politique se revendiquant de la République, donc de la consécration de la loi issue de la volonté générale, peut-il abandonner toute volonté de transformation sociale pour cette raison ? C’est toute la difficulté de l’art politique, et je demande aux camarades utilisant sans cesse cet argument de se rendre compte qu’il s’agit d’un des arguments principaux des libéraux sur tous les sujets : ainsi à New-York, lorsque les loyers étaient plafonnés (n’est-ce pas une partie de notre programme ?), il existait un véritable marché noir, avec toute une mafia, et donc une partie du territoire n’appliquant pas la loi (avec tous les problèmes de sécurité et d’hygiène qui vont avec). Et rappelons-nous de nos conquêtes sociales passées : l’interdiction du travail de nuit des enfants a eu comme conséquence concrète,  pour des millions de familles déjà pauvres, une réduction de leur revenu global. De même, lorsque l’on s’indigne, à juste titre, du process de fabrication des i-phones dans lequel des enfants asiatiques sont exploités, gardons en tête que pour ces enfants et familles locales, c’est souvent leur seul moyen de survivre. Pour autant, doit-on légaliser et légitimer cette pratique ?

Tout cela étant dit, je vais m’atteler au caractère condamnable en soi de la prostitution quelles que soient ses conditions matérielles d’exécution.

Les limites à la libre disposition de soi

Les tenants de la reconnaissance de la prostitution se basent, à l’instar de Julie, sur « la liberté de tous les êtres humains à disposer de leur corps ». Il s’agit de la libre disposition de soi qui reconnaît à la personne humaine la maîtrise exclusive de soi. Ce principe est en effet fondamental, particulièrement dans la lutte pour les droits des femmes : c’est sur son fondement qu’ont été consacrés le droit à l’avortement, la reconnaissance du crime de viol conjugal, ou encore la liberté de choisir sa sexualité. Cependant, cette liberté fondamentale peut rentrer en conflit avec d’autres principes importants de notre République : celui de l’indisponibilité du corps humain et celui de la dignité de la personne humaine.

L’indisponibilité du corps humain

Commençons par l’indisponibilité du corps humain. Selon ce principe, le corps humain, ses éléments et ses produits sont hors commerce. 5611594783_8e9a533564Ils ne peuvent pas être vendus (ni loués), tout commerce avec des produits du corps humain est illégal. En effet, les camarades qui proclament à tort et à travers la libre disposition de son corps comme ultime et seul horizon émancipateur devraient, au moins par cohérence, être pour le droit de vendre un de ses organes ou, pour prendre un exemple moins définitif, le droit de vendre son sang. Chacun voit là le système vers lequel leur raisonnement nous conduit.

A l’inverse de ce positionnement, l’indisponibilité du corps humain est un principe légal signifiant qu’il existe des limites à la libre disposition de soi et qu’ainsi le corps humain n’est pas une chose qui peut faire l’objet d’un contrat ou d’une convention. Pour être plus précis, nous devrions plutôt parler de « non-patrimonialité du corps humain », plutôt que d’indisponibilité, puisqu’il s’agit plutôt d’interdire les conventions lucratives sur le corps humain (ainsi le don du sang est légal et encouragé !). Ici, Julie répliquerait ainsi : « Dans chacun des métiers que nous faisons, nous avons soit besoin de penser, réfléchir, raisonner, ou alors utiliser sa force physique. On se sert de notre intelligence, de notre corps… Alors pourquoi ne pourrait-on pas se servir de notre sexe si des hommes et des femmes en ont envie ? ». Ainsi, le principe de l’indisponibilité du corps de s’appliquerait pas à la prostitution. Les camarades utilisant cet argument font, veuillez me pardonner, du marxisme de comptoir en essayant de s’appuyer sur la notion de « force de travail ». Certes, on pourrait faire cette équation facile, un ouvrier mobilise ses muscles pour produire un objet manufacturier, tout comme un intellectuel mobilise ses neurones pour écrire un essai, tout comme une prostituée mobilise son corps pour donner du plaisir sexuel. Cependant, à l’inverse de l’ouvrier ou de l’intellectuel, la prostituée, outre le fait de vendre sa force de travail, loue son corps en ce qu’il est en soi, et non juste pour un usage. C’est là qu’entre en jeu notre deuxième principe : la protection de la dignité de la personne humaine.

La protection de la dignité de la personne humaine

Cette dignité de la personne humaine est un principe à valeur constitutionnelle, elle est ainsi considérée comme une partie intégrante des droits de la personnalité, droits qui, je le rappelle, sont inaliénables, c’est-à-dire qu’un individu ne peut pas les céder. L’arrêt du Conseil d’État du 27 octobre 1995, dans l’affaire de « lancer de nains » de Morsang-sur-Orge, est célèbre pour avoir inclut la notion de « dignité humaine » en tant que composante de l’ordre public.[] Le Conseil d’État a en effet jugé que le maire avait le droit d’interdire un spectacle de « lancer de nains » au motif de trouble à l’ordre public — et ce, même si le nain en question était volontaire et consentait à cette activité d’ordre commercial, vu que la dignité est censée être inaliénable. Les juges ont considéré qu’un tel spectacle attentait à la dignité de la personne humaine, et que celle-ci faisait partie intégrante de l’ordre public.

Arrivé-es à ce point de notre argumentation, nos camarades favorables à la reconnaissance de la prostitution n’ont plus qu’une arme : porter un coup bas, dénué malheureusement de toute réflexion. Pour eux, coucher avec quelqu’un pour de l’argent ne serait nullement une atteinte à la dignité de la personne humaine. «  Le sexe serait-il plus « sacré » ? » s’offusque Julie, qui plus loin, souhaiterait nous dépeindre comme « plus pudibonds que les mères patronnesses du XIXème ? ». Je parle de coup bas pour l’utilisation de ce genre d’expressions car elles ne visent qu’à ironiser sur l’intimité même de leur détracteur, ou à laisser penser que le point de vue abolitionniste serait sous-tendu par un sentiment religieux. J’aimerais que ces camarades s’interrogent réellement sur ce que signifient leurs provocations. Sans utiliser le mot de « sacré », j’affirme cependant que la sexualité est un pan de la construction de la personne humaine qui est « à part ». Je ne suis pas un animal, dès lors je ne rejette pas tout construit de la société. C’est le principe même de toute société humaine de se rassembler sur certaines valeurs voire même parfois sur certains interdits sociaux (ex : l’inceste). Je reviens plus particulièrement sur la sexualité, loin de dénoncer la place spécifique qu’occupe la sexualité au sein de notre société, je dirais même que je soutiens cette place « à part » de la sexualité. Nier cette configuration revient à nier sa propre construction personnelle : pour vous camarades, passer son permis est aussi structurant humainement qu’avoir son premier rapport sexuel ? Je vous plains… (mais peut-être suis-je mal placé, moi qui n’ai pas encore le permis, je ne peux pas comprendre…). Vous pourriez me dire « chacun se construit comme il le souhaite, la loi n’a rien à faire là-dedans et n’a donc pas à « sacraliser » le sexe ». Très bien, très bien… mais assumez toute la cruauté de la cohérence de votre propos : selon vous, le viol serait une agression comme une autre ! Il n’y aurait aucune différence entre une pénétration forcée et un coup de poing, et donc aucun besoin d’avoir une infraction légale spécifique ! A moins, que vous ne soyez d’accord avec cette affirmation, vous ne pouvez plus (et ne devez plus, par respect pour les victimes d’un viol) nier ni la situation « à part » de la sexualité, ni la reconnaissance légale de cette situation. Ainsi, marchander sa sexualité peut donc bien être pensé comme une atteinte à la dignité de la personne humaine, légitimant une limite à la libre disposition de son corps et donc l’abolition de la prostitution par la pénalisation des clients, si miséreux soient ils.

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Le droit à la sexualité n’est pas un droit-créance !

En effet, les camarades souhaitant reconnaître la prostitution s’intéressent également aux clients des prostituées. Ainsi, Julie nous interroge : « Mais la misère n’est pas qu’économique et un parti de gauche doit s’intéresser à toutes les misères. Il y a aussi la misère sexuelle. En interdisant la prostitution, quels recours auraient celles et ceux qui n’ont que ça pour satisfaire leurs désirs pour le moins naturels et légitimes ». Je ne nie pas le fait qu’une telle misère sexuelle puisse exister, mais la question est : la puissance publique doit-elle la satisfaire en légalisant la prostitution ? Certes, la sexualité est un droit. Mais nous devons être plus précis sur le caractère de ce droit. Il s’agit d’un droit en cela que chacun est libre d’avoir une sexualité, personne ne peut lui en interdire une. Il s’agit ainsi d’un droit-liberté, c’est-à-dire d’un « droit de » impliquant une abstention de l’Etat, sans implication positive de sa part. En revanche, la sexualité n’est pas un droit-créance, c’est-à-dire un « droit à », une prérogative que l’individu peut faire valoir auprès des pouvoirs publics.

Si on peut envisager qu’un parti de gauche doive s’intéresser à la réduction de toutes les misères, y compris de la misère sexuelle (après tout pourquoi pas), cela ne signifie pas qu’il doive impliquer une action directe de la puissance publique – à l’instar de l’offensive réactionnaire de certains pour créer un service public d’assistant sexuel pour les personnes en situation de handicap. Si l’on veut réduire cette misère sexuelle, alors nous devons faire en sorte que la puissance publique se concentre sur son périmètre d’action : donner la possibilité à chacun de vivre matériellement sans avoir peur du lendemain, et lui donner de plus la possibilité d’être émancipé intellectuellement (par l’école et la culture) et socialement (par la fraternité). Voilà qui construirait une société où chacun aurait la possibilité d’être émancipé sexuellement (y compris pour les personnes en situation de handicap – qui pour beaucoup, je le rappelle, sont déjà émancipées sexuellement, ce qu’oublient nos détracteurs – car la société serait composée d’individus moins superficiels). C’est exactement le même raisonnement que pour le droit d’exercer la spiritualité de son choix, et j’invite les camarades – qui pourtant sont de fier-es militant-es de la laïcité – à se replonger dans les écrits de Henri Pena-Ruiz. 71nkx0Acy5L

Certes, on peut reconnaître le fait que, par exemple, les citoyens de confession musulmane n’ont pas les mêmes possibilités matérielles d’exercer leur religion en comparaison avec les citoyens de confession catholique et leurs milliers d’églises. Soit, mais cela ne signifie pas qu’il faudrait faire abstraction du principe de laïcité en subventionnant un culte pour « rattraper son retard ». La puissance publique qui se consacrerait à son périmètre d’action en permettant à chacun de vivre matériellement, permettrait en même temps aux citoyens souhaitant subventionner un culte (pour construire une mosquée par exemple) de le faire sans avoir à manger des pâtes une fois la quinzaine du mois passée. C’est ainsi que doivent se penser ces questions d’un point de vue socialiste républicain.

Le produit de la pornographie est la représentation de l’acte sexuel

Subsidiairement, Julie s’intéresse à la question de la pornographie. « Et si le problème de la prostitution est celui du travail et de la sexualité, comment envisager le porno, les strip-tease, etc…? Un parti de gauche voudrait-il aussi interdire toutes les représentations sexuelles tant qu’elle ne concerneront que les femmes ? ». La réponse est explicitement dans la question en fait ! Julie a bien raison de parler de « représentations ». A la différence de la prostitution qui implique de louer son corps pour lui-même (comme on l’a vu ci-dessus), la pornographie est une « représentation », c’est-à-dire que l’objet du contrat est l’image du corps et non le corps lui-même.

Un consommateur d’un film porno représentant un couple coucher ensemble n’achète pas le corps de ces individus, mais leur image. Cette situation différenciée implique une réponse différenciée, voilà pourquoi la pornographie ne peut être abolie légalement (ce qui ne signifie pas qu’il ne doit pas y avoir de réglementation comme par exemple l’obligation pour les acteurs et actrices de se protéger, un accès encadré selon le public, une réflexion sur le contenu de la représentation du rapport sexuel…).

En conclusion, les camarades qui s’opposent de bonne foi à l’abolition de la prostitution fragilisent le combat féministe. En pensant protéger les prostituées, ces camarades légitiment la prostitution, au cœur du patriarcat.

Sacha Tognolli

La rage qui nous anime…

Ah ça faisait longtemps, c’est reparti, la politesse bourgeoise vient encore s’indigner frontalement contre ceux qui osent un peu lever le ton et botter des fesses. Des « outrances », des « injures », des « éructations » même : comme si nous étions de vulgaires animaux lâchés en plein Fouquet’s. Allons manger avec doigt, boire au goulot et lécher nos assiettes. Puisque les claques sont interdites, faisons de nos mots les coups de fouet que certains méritent depuis longtemps.

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Évidemment, c’est une longue mer de nuages tranquilles dans laquelle vogue les socialistes, un petit coup de vent fait donc office de bourrasque. Sauf que l’ouragan qu’on leur prépare, il ne vient pas de rien, et ça va faire très mal.

Un rejet épidermique

Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, la politique, c’est une affaire de tripes. Ah ce n’est pas que ça n’a rien de cérébral, je suis pas un génie mais je fais mon possible. Non… la politique c’est une affaire d’indignation, d’une force qui vous prend au ventre et vous donne envie de vous battre. Ce n’est pas l’analyse statistique des inégalités qui me pousse à me lever le matin. Ce n’est pas le calcul stratégique de mon investissement pour un foutu fauteuil ou pour montrer gratuitement l’étendard nombriliste de mon parti à la face monde. C’est une rage bien plus puissante, et un espoir qui me booste comme de l’adrénaline en intraveineuse.

C’est ma cocaïne quotidienne qui m’aide à vivre tous les jours. C’est le café du matin autant que le Jack Da du soir. L’indignation c’est l’essence de mon moteur et l’azur de mon océan d’énergie. Car la société dans laquelle nous vivons est insupportable. Elle me dégoûte, me débecte, me fout la gerbe comme la pire des maladies. C’est un rejet physique comme un corps étranger à expulser, épidermique comme la plus virulente des allergies. Elle concentre l’opulence et la richesse dans une poignée d’individus qui se gavent à trois fois le plein. Elle organise la généralisation de la misère, la traite de millions d’êtres-humains, le viol de millions de femmes, des violences contre 1 milliard d’entre-elles.a

Elle l’organise, mais pas toute seule. Fini le tripe des malheurs désincarnés, les responsables ont des noms et des adresses. Chaque minute qu’ils passent sans harcèlement est un crachat à la gueule du monde entier. Ils se gavent sur la misère, détruisent méticuleusement notre système social et rongent notre république de l’intérieur. Et nous devrions rester calmes, à contempler le désastre ?

Le gouffre tranquille

Qu’elles aillent se faire foutre, ces belles personnes pleines de politesse, de mots compliqués qui noient le poisson. J’emmerde leurs airs supérieurs quand ils me disent avec placidité de me calmer. Ah c’est facile, pour eux tout baigne dans leur  fauteuil de cuir et leurs pantoufles. Ils pensent au rythme de leurs mandats, dans la gestion quotidienne des morceaux à ramasser devant l’édifice qui se casse la gueule. Ils pavanent avec leur sourire idiot, leur fausse joie coupable alors que nous avançons tranquillement dans le gouffre. Ce ravin du fascisme qui boit comme un vampire toute la haine que les peuples intériorisent.

Elles sont belles ces pourritures, celles qui font les révolutionnaires de salon, les insurgés des canapés, qui votent l’interdiction des licenciements boursiers, manifestent contre les retraites puis poignardent les salariés une fois au pouvoir. Dans leur beau monde bien lissé la révolte se fait la bouche en cul-de-poule, dans les tactiques politicardes à 15 bandes, les stratégies nombrilistes et la confiscation du pouvoir.

Je pisse sur les connards de la belle société, ces ultra-riches qui s’offusquent de leur pouvoir d’achat, ces patrons et actionnaires qui menacent le peuple français s’il a le malheur de lever la tête. C’est eux le pire crime contre l’humanité, c’est eux qu’il faut foutre au bagne au lieu de répandre votre fiel en osant accuser Mélenchon d’antisémite. Quel naufrage idéologique, quelle honte devant ces résistants au fascisme que vous encensez à leur mort en combattant leurs idées.

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Pourritures

Hypocrites et menteurs, godillots du patronat qui allez parader avec le MEDEF et vous faites siffler par la CGT. Vous agissez comme nos pires ennemis politiques, saccagez les constructions collectives et abattez l’enclume de la répression contre les salariés. Honte à vous qui démantelez à coup de force les camps de Roms, encouragez les haines organisées et expulsez les sans-papiers par dizaines de milliers.

Il est revenu le temps des rafles, le temps des tyrans intouchables et cumulards. Ceux qui vous promettent le jardin d’Eden et vous jettent sur le bitume. Ça sent les promesses fumeuses, celles des noms de magnifiques arbres pour appeler les forêts de tours grises et crasseuses. Celle des « sacrifices » des « emplois » truc ou « emploi » machin, qui cachent la fuite accélérée de nos droits.

Elle est omniprésente cette propagande abjecte qui explique qu’il faut baisser les yeux, se remettre au travail et se taire. Nous sommes les bagnards de la guerre de classes, ceux qui n’en font jamais assez, qui sont méprisés pour leur travail, culpabilisés une fois jetés à la rue et pointés du doigt quand ils osent venir d’un autre pays.

Comment ne pas parler avec  force ? Comment ne pas frapper avec nos mots cette belle société et son chemin tout tracé ? Nous nous faisons des ennemis ? Tant mieux ! Nous en avons et nous les combattons, mais au moins nous frappons sans cesse, sans louvoyer, sans se cacher, et en tenant ce drapeau qui ébranlera les idées dominantes en faisant réfléchir sur ce qui, jusque-là, allait de soi…

 Romain JAMMES

On a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain

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Salut les amis! Me revoilà après une absence prolongée par une actualité politique qui m’a plongé comme les membres du gouvernement dans une sorte de mort cérébrale.

Pour dire vrai, je ne m’étais pas trop bercé d’illusions sur ce que l’élection du dernier grand calife allait entraîner dans le domaine économique. Je n’espérais pas non plus une révolution, ni même la lueur d’une réflexion sur des perspectives de réforme des politiques migratoires en France. Mais je m’étais naïvement laissé aller à croire que les prétendus socialistes auraient une attitude moins violente à l’égard des étrangers que le précédent gouvernement.

Il m’a donc semblé que les sociaux-libéraux n’avaient plus besoin de moi pour s’enfoncer. L’immonde de leur politique sécuritaire xénophobe et l’indécence de leur inaction sur le plan économique, étaient bien trop visibles pour que tout ceux qui avaient un QI plus élevé qu’une huitre n’en tirent pas des leçons adéquates. Mais un petit tour sur les chaînes d’informations ce matin, m’a vite remis les idées en place. A la vue de médias monopolisés par la vie de personnes bien différentes de nous (ne cliquez pas ici, ni ici, ici non plus). Par contre remercions Johnny de nous apprendre que Sardou est un gros con réactionnaire. Allez, on arrête de déconner et on ouvre sa gueule. Disons le, on s’est bien fait enfler.

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Le gouvernement derrière une flopée de bons sentiments dégoulinants la philanthropie, perpétue la bonne vieille tradition xénophobe des temps de crise. Et même si quelques membres de la majorité nous ont fait part de leurs remords, cela n’a pas empêché le P.S. d’apporter un soutien sans faille au principal responsable de cette politique de dégueulasse. Vous savez ? Oui ! Le seul successeur incontesté de Nicolas Sarkozy. Oui ! Manuel Valls, notre grand ami. Celui qui en toute tranquillité organise le harcèlement des Roms, maintient le quota arbitraire des 30 000 régularisations et continue les expulsions.

 2012, l’année de tous les records

Il y a de quoi être un peu déçu. C’est pas comme si notre président ne s’était pas engagé à mettre fin à la politique du chiffre pendant la présidentielle. En 2012 Manu a fait mieux que tout ses prédécesseurs, 36 322 expulsions d’étrangers en situation irrégulière contre 33 000 et 28 000 en 2011 et 2010. Ils s’en sont défendus comme d’habitude avec la phrase qui a sûrement été la plus prononcée de l’année dernière : « C’est pas nous, c’est ceux d’avant ! ». Mais il faut pas trop se foutre de la gueule du monde. Le gouvernement précédent était déjà obligé de gonfler les chiffres en expulsant des vacanciers (ne cliquez pas ici), Manu a donc dû bien mettre la précision aux forces de l’ordre pour qu’ils en arrivent à ce résultat astronomique.

En tout cas, pour cette belle réussite, le gouvernement pourrait remercier la Roumanie et la Bulgarie. Ils sont bien gentil d’avoir bien voulu récupérer leurs exilés, puisqu’un tiers « des candidats au départ » faisant parti de la communauté la mieux lotie là bas : les Roms. Pas sûr qu’on veuille bien récupérer un jour, le gros Gérard et la petit Mireille. En tout cas, il y a toutes les raisons de penser que Manu subisse des précisions de la part du lobby des éleveurs de poules. Monsieur n’a pas lésiné sur les moyens tout l’été pour établir un autre record, en faisant subir à 7 594 personnes la démolition de leurs camps.

Par contre quand il s’agit de respecter leurs engagements à deux balles, c’est tout de suite un peu plus compliqué. Le dispositif visant à réduire les contrôles d’identités discriminatoires a été rangé au placard. Le ministre de l’intérieur s’est tout simplement assis sur l’invalidation par la Cour de Cassation, de la garde à vue relative aux étrangers en situation irrégulière. Et ne parlons du droit de vote des étrangers pour ceux qui sont en situation régulière. Même si j’y suis opposé parce que cette réforme créerait des sous-citoyens alors qu’il faudrait élargir l’accès à la citoyenneté. Premièrement, les électeurs de François Hollande sont en droit de l’attendre et deuxièmement cela marquerait très symboliquement une rupture avec les années racistes de Sarkozy.

Haïr pour retrouver l’amour

Mais suis-je bête ? J’avais complètement oublié. Selon un sondage consultant les téléspectateurs de M6 (ne pas cliquez ici), 30 % des français auraient voté Heinrich Himmler s’il s’était présenté à la dernière présidentielle. Manu aurait pu se dire: « Heureusement qu’il est mort et qu’on ne donne pas encore la nationalité française à n’importe qui. Beaucoup de nazis auraient débarqué pour tenter leurs chance en 2017. » Ça aurait été très drôle mais le gouvernement préfère satisfaire quelques blaireaux aux réflexes synaptiques datant des années 30. A défaut de convaincre les instits avec cette réforme des rythmes scolaire caduque et inégalitaire, de défendre les travailleurs en lutte de toutes ces entreprises qui licencient, il faut bien allez chercher les voix de toutes ces masses informes étalées devant le spectacle des faits divers médiatisés.

Cette dérive regrettable de nos représentants est tout aussi dangereuse que pathétique puisqu’elle induit implicitement que l’étranger, l’autre que nous est un ennemi. L’État peut alors jeter aux oubliettes toute décence, tout droits fondamentaux pour nous protéger de « l’adversaire ». La xénophobie devient donc un principe d’État qui perdure quelque soit la couleur politique du gouvernement.

Merci, grâce à toi Manu, on a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain.

YAGOUBI Florian

Retour sur le tape à l’œil sécuritaire.

L‘incident s’est produit mardi dernier. L’intervention du député UMP Eric Ciotti sur l’augmentation « catastrophique » des chiffres de la délinquance, a quelque peu échaudé notre nouveau super flic. Sa réponse mettant en cause les politiques sécuritaires des précédents gouvernements, nous a alors particulièrement surpris. « L’esbroufe c’est vous, l’échec c’est vous, la hausse de la délinquance c’est vous, la suppressions de policiers et de gendarmes c’est vous, le retour du terrorisme dans ce pays c’est vous , la division des français c’est vous ! » osa-t-il conclure. Que lui était il arrivé à notre ministre friand d’esbroufe sécuritaire ? S’était il rendu compte de l’inefficacité de ses propres politiques ? Eh bien non. Tout comme ce gouvernement pétochard, Manu (comme on aime l’appeler par chez nous) s’est gentiment excuser en admettant qu’il s’était laissé emporter par la chaleur de l’assemblée. Le problème, c’est que cette petite incartade soulève des vraies questions.

Depuis près de 20 ans, nous assistons à une surenchère sécuritaire des gouvernements successifs (celui-ci ne faisant pas exception). Le but est simple : répondre aux attentes d’un électorat gavé par des émissions caricaturales sur les banlieues, la délinquance, etc … qui se sent menacé par l’augmentation de la criminalité. Et pour satisfaire les habitants des pavillons aux pelouses verdoyantes situés bien loin des zones sensibles, les gouvernements n’ont pas chômé. Des politiques pénales plus sévères ont été mises en place sans même que l’on se se soucie de leur application, la vidéo surveillance est venue parsemer notre espace publique et une véritable chasse aux sans papiers ainsi qu’aux petits délinquants (mendiants, prostitués, consommateurs de stupéfiants, etc …) a été ouverte. Ainsi, puisque la criminalité qui avait diminué dans les années 90′ semble de retour sous une nouvelle forme, il apparait normal de s’interroger sur l’efficacité des politiques dîtes de « Tolérance zéro ».

Pour l’anecdote, cette politique nous vient tout droit du cerveau de Rudolph Giuliani, un mafioso républicain maire de New York qui fit face à une forte hausse de la criminalité dans sa ville. Comme le retour à la fessée comme outil éducatif, l’idée était que plus on était sévère avec les délinquants moins la délinquance proliférait. Sa politique sera importée en France comme la panacée en matière de lutte contre la délinquance. Mais il s’est avéré qu’elle n’avait que la capacité de satisfaire une partie de l’électorat à court terme, les inconvénients étant loin d’être négligeables.

Le retour à la fessée n’a pas été responsable de la diminution de la délinquance.

Il y a pourtant eu une diminution de la délinquance pendant quelques temps, mais celle-ci, n’a pas été la conséquence de la sévérité de nos élites bien pensantes. Dans le livre « Disorder and decline » de Wesley Skogan si souvent cité par les partisans de la « Tolérance Zéro », la pauvreté et la ségrégation spatiale et raciale sont désignées comme les principaux facteurs de l’augmentation de la criminalité. L’amélioration des conditions matérielles d’existence de la population des quartiers dans les années 90′ a donc entraîné une diminution de la criminalité. A l’inverse, la précarité des emplois accessibles aujourd’hui expliquerait le nouveau regain que connait la délinquance, l’insécurité sociale engendrant nécessairement l’insécurité.

La démographie a elle aussi, joué un rôle dans la baisse du taux de criminalité des années 90′. La légalisation de l’avortement et son accessibilité aux populations les plus modestes, ont largement permis la diminution du nombre d’enfants non désirés délaissés par des familles (souvent mono-parentales) accaparées par un travail précaire.

Le changement de forme du trafic de stupéfiants y est aussi pour beaucoup. Les trafics se cantonnant aujourd’hui dans des réseaux de connaissances et les quartiers, ceux-ci ont alors engendré beaucoup moins de violence. La police a d’ailleurs laissé perdurer les petits trafics dans les quartiers dans le but d’acheter une certaine paix sociale. La récente affaire de la BAC de Marseille est révélatrice de ce phénomène. Je l’avais d’ailleurs observé à Évry, où la police laissait tranquille les dealers de mon quartier et se concentrait essentiellement dans la traque des petits consommateurs.

A cette même époque, je me rendis aussi compte de la quasi-disparition des conflits inter-quartier. Suivant une sorte de « loi de Newton du crime », la violence qui avait atteint de telle proportions au début des années 90′, ne pouvait que redescendre. Les nombreux morts que ces conflits avaient engendré, ont laissé des marques tellement profondes dans la jeunesse des quartiers que les conflits n’ont pas été reproduit.

Bien qu’inutile, la fessée a eu des effets secondaires.

Certes l’augmentation de la présence policière et des contrôles plus ou moins abusifs ont entrainé une baisse de la petite délinquance. Mais la plus grande partie s’est déplacée à la recherche d’environnements moins hostiles où les contrôles ne sont pas systématiques.

De plus la focalisation des forces de police sur cette petite délinquance a eu l’effet de gaspiller les moyens policiers. D’où les problèmes que l’on connait aujourd’hui pour lutter contre la vraie criminalité (gangs, meurtres, trafics de drogues et d’armes etc …). Ceci explique en partie le développement de groupes criminels organisés.

Nous avons aussi vu, ces dernières années, une augmentation des violences policières et des bavures concernant des populations considérées comme « à risques », c’est à dire des jeunes pauvres sûrement issus de l’immigration. Les tensions entre cette frange de la population et la police étant grandissantes, les représailles contre tout ce qui pouvait représenter l’État se sont accrues. Ceci a par ailleurs créé des tensions entre la partie de la population stigmatisée et le reste de la société. L’ostracisation d’une partie de la population a institutionnalisé une forme de racisme. Ce qui fait que dans l’inconscient collectif, tout espace fréquenté par des jeunes, des pauvres ou des populations non blanches est un environnement forcément hostile et dangereux et cela même pour les populations discriminées.

Ainsi le but de cette politique du « m’as tu vu sécuritaire » n’a été que de satisfaire quelques électeurs bien blancs se sentant en danger. Cette politique qui s’appuie déjà sur un diagnostic erroné de la situation, ne propose que des remèdes inappropriés. Ceux -ci n’ont eu que pour résultat d’exclure une frange de la population avec ces réactions (émeutes, replis communautaire, etc…). Alors oui, la droite est responsable de la récente augmentation de la délinquance, mais vous aussi, vous le serez Monsieur Valls, si vous persistez sur cette même voie.

YAGOUBI Florian

Le nombrilisme des hommes face au féminisme

Si vous suivez régulièrement ce blog vous avez peut-être remarqué chaque polémique que provoque nos articles féministes. C’est un p’tit bonheur pour nous parce que c’est un peu l’objectif. Tout ce qui est iconoclaste bouscule et il y a forcément des réactions (plus ou moins intelligentes). Ces réactions sont si systématiques et parfois si violentes qu’on croirait à une réaction du système patriarcal défendant ses intérêts. Je dis ça…

Bien sur, le grand classique, celui que TOUTES les féministes ont eu le VERITABLE bonheur de croiser, c’est le mec (oui c’est toujours un mec) qui est obligé de tout rapporter aux hommes. Vous le connaissez aussi ?

  • « Ouais tu sais y a plein de mecs violés aussi ! »
  • « Non mais le harcèlement sexuel, c’est aussi des mecs qui le subissent… »
  • « C’est affreusement dur d’être un homme aussi. D’être obligé d’être viril et dominant »
  • « Non mais regarde maintenant y a aussi des mecs à poil sur les pubs. »
  • « Y a des hommes prostitués aussi, rien à voir avec la domination masculine donc… »
  • « Non mais y a des féministes, on dirait qu’elles veulent juste éradiquer les hommes. » (Parfois je les comprends).
  • Et j’en passe… (vous pouvez compléter dans les commentaires.

C‘est agaçant, forcément. Surtout pour qui se bat contre l’omniprésence des hommes dans la culture, la politique, l’économie,… Enfin dans tout ce qui est le plus valorisant socialement et économiquement en fait. Donc pour une fois qu’on parle de femmes, on aimerait bien que les nombrilistes la mettent en veilleuse.

L’empathie masculine

Je crois que la chose que je trouve la plus extraordinaire (ou je peux dire pathétique pour ceux qui ont du mal avec le second degré) c’est la capacité des hommes à être empathiques… avec eux-mêmes. En effet, toute critique du comportement « des hommes » est prise pour une critique personnelle. Ça donne souvent du…

  • « Non mais quand je drague ce n’est pas une violence machiste moi, donc tu peux pas faire de généralités. » Là l’homme en question ne se rend simplement pas compte qu’il participe à son échelle à la domination masculine. C’est touchant.
  • On a bien sûr également « Tu peux pas dire que les hommes sont violents, regarde, je ferais pas de mal à une mouche. » Là, l’homme, même quand il a fait des études, oublie qu’on étudie des phénomènes sociologiques de masses. Même si lui n’est pas violent, force est de constater que dans l’ensemble de l’humanité, la violence est un moyen assez classique, pour l’homme de rappeler à la femme son statut de dominée. De même, l’homme se disant non-violent oublie qu’il n’y a pas que de la violence physique…
  • à compléter…

À l’inverse, dans notre société, l’empathie envers les femmes victimes de la violence masculine a du mal à passer. On sous-entend une certaine responsabilité en cas d’agression ou de viol. Une manière de dédouaner l’homme qui reste profondément ancré dans notre société. On ne comprend pas qu’une femme puisse considérer comme une violence le fait qu’on lui dise qu’elle est belle. On ne comprend pas l’exaspération de se faire renvoyer ses ovaires à la gueule sur des sujets qui n’ont strictement rien à voir… L’homme a une empathie à échelle variable, comme une conscience de classe peut-être.

Les violences sexistes

Pour autant, ne nions pas l’évidence. Oui : des hommes subissent des violences (cap’tain obvious!). 9% des victimes de viols sont des hommes. Évidemment ce chiffre ne précise pas que même dans ce cas la plupart des violeurs sont quand même des hommes. Il cache également la régularité des viols chez de nombreuses femmes : jusqu’à plusieurs fois par jour. Au final, sur les 206 viols quotidiens ça fait pas lourd. Pourtant, alors que les féministes analysent à raison le viol comme les résultats et un outil de la domination masculine, certains se sentent tout de même légitimes à exhiber une petite minorité. Parfois, c’est simplement par rejet irrationnel du fait que l’on ne parle que de femmes (on est pas habitués merde!). D’autre fois c’est pour invalider le lien (même inconsciemment) entre la violence dénoncée et la domination masculine. Le viol est un phénomène de masse qui est massivement subi par des femmes et fait par des hommes.

La remarque est la même pour d’autres violences sexistes. Les hommes représentés nus sur des pubs répondent-ils au même phénomène sociologique que les femmes dans ce cas ? Est-ce que ce sont les hommes qu’on soupçonne de coucher avec le patron dès qu’ils réussissent ? Ce sont les hommes qu’on réduit à des bouts de viande dès le plus jeune âge ? Ce sont les hommes qu’on identifie enfant à des princesses potiches attendant le prince charmant ? Ce sont les hommes qu’on matraque de « compliments » (lol) dans la rue ? Ce sont les hommes à qui on dit « soi beau et tais-toi » ? C’est bien la masse des violences qui fait sens, toute violence est condamnable, mais ne nous laissons pas détourner de l’organisation de la violence quotidienne dont son victimes les femmes.

Subir le genre

Sur les questions de genre aussi, les hommes ont des choses à dire. Il ne faut pas être énarque (au fond ça doit pas aider) pour deviner que si les femmes sont façonnées par la société à correspondre à certains critères de genre, c’est le cas aussi pour les hommes. Par là, c’est un peu le cas de tout individu d’être associé à un rôle dans la société en fonction de son origine sociale, nationale, sa couleur de peau, son parcours scolaire etc… ça s’appelle l’habitus. Donc nécessairement les hommes sont dans ce cas. Et comme dans tout rôle social, il y en a un certain nombre qui ne s’y retrouvent pas. Le tripe viriliste de l’homme qui démontre en permanence sa supériorité sur les autres, qui protège sa femme et se place dans une compétition malsaine dans la société, ça fait franchement pas rêver. D’ailleurs quand on ne respecte pas ces critères on est vite soupçonné d’homosexualité. Car l’homme nombriliste est persuadé que le comportement social d’un individu est déterminé par le rapport qu’il a au tout puissant pénis de son conjoint. Plus vulgairement, si t’es pénétré tu es efféminé.

Bref, tout ça, les féministes le savent. D’autant que la question du genre est souvent une lutte commune avec les mouvements LGBT. Alors quand on parle de genre (comme dans cet article !) une question ne doit pas être écartée pour aller à l’essentiel. Quelle détermination de genre construit un statut de dominé ? Quel critère de genre entérine et valide a posteriori des inégalités ? Quel genre véhicule une image dévalorisante des être humains qui le composent ? Quel genre enferme les individus dans leur statut de géniteur ? Quel genre est, COMME PAR HASARD, associé aux métiers les moins valorisés socialement et économiquement ?

Bref, des déterminations sociales, il y en a partout. Mais, excusez du peu, le mouvement féministe a-t-il davantage à se concentrer pour lutter contre la détermination à être dominé ou à être dominant ?

  • Vous imaginez des slogans du mouvement ouvrier : « Parfois c’est dur d’être un gosse de riche ! » ou « J’ai fait Polytechnique mais c’est mon père qui m’a obligé ! » ?
  • Ou pendant la Révolution Française : « Solidarité avec les Nobles qui sont obligés de se ruiner en fringues de luxe ! », ou encore « Pour que les Nobles aient le droit de choisir leurs conjoints ! »

——

On pourrait étendre l’analyse à l’ensemble des combats féministes. Très certainement, il y a des hommes qui subissent le patriarcat. C’est ce qui nous fait dire aussi que l’homme a sa place dans le mouvement féministe. Mais il ne subit pas cette domination à l’échelle de masse, c’est l’ACTEUR de cette domination, y compris Florian, moi ou d’autres hommes féministes car nous gardons profondément ancrés des réflexes sexistes appris depuis l’enfance. Alors que les hommes se permettent en permanence de rappeler ce que subissent leurs congénères dans un combat qui pointe JUSTEMENT ce qu’ils font subir aux femmes, c’est au mieux du nombrilisme, au pire une volonté de sabotage pour défendre un groupe d’intérêt. À bon entendeurs !

Romain JAMMES

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