Comment les médias font le jeu du FN

 C’est une histoire comme beaucoup d’autres, que j’ai lue de Gilles Balbastre. Elle est représentative d’un état de la société, à la fois dans son caractère de spectacle, mais aussi dans la profonde misère humaine qu’elle organise au quotidien.

Elle révèle le profond mépris de ceux qui se battent dans l’ombre et la connivence de ceux qui façonnent l’opinion publique avec la montée en flèche des idées réactionnaires… Le désarroi que le libéralisme crée dans les consciences collectives fait du frère l’ennemi et de l’ennemi un frère. Comme du compost, elle laisse moisir la frustration de destins brisés bientôt fertiles aux noires idées qui rongent l’humanité.

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Il était une fois, à Dunkerque

Dunkerque, voilà un nom qui ne fait pas rêver. Spontanément, on pense au climat hostile de la mer du Nord, au ciel gris, aux trottoirs gris, aux bâtiments gris. Ça ne fait pas très carte postale. Mais c’est surtout le destin des ouvriers face à la désindustrialisation qui crève le cœur. Le chômage est la préoccupation quotidienne, le grand débat de la région, comme beaucoup d’autres en France.

La fermeture de la raffinerie Total en 2010 est une pierre de plus qui s’écroule de l’édifice. Elle fait l’objet d’une lutte, de certaines victoires administratives, et finalement d’une reconversion du site. « Reconversion » : ce mot sonne rarement comme une bonne nouvelle dans la bouche d’industriels. 350 salariés sont licenciés, mais la création d’une centaine d’emplois est annoncée sur le chantier par Sarkozy en 2011. Le compte reste négatif, mais le coup de com’ fait ses effets.

Une filiale locale d’EDF est maîtresse d’œuvre, les demandeurs d’emploi affluent. Jusque-là, le scénario est sans accroc…

Mais qui sont ces travailleurs ?

Sauf que voilà, quelques mois plus tard, ce ne sont pas les mêmes travailleurs que l’on voit pointer à Loon-Plage. L’opération vantait les mérites de l’emploi local. Elle sentait l’air frais du bout du tunnel pour de nombreuses familles. Elle l’a été sans doute pour certaines, mais le chantier prend des accents qui interrogent.

Les travailleurs détachés sont en effet nombreux, très nombreux (60%). Qu’est-ce que c’est ? Des ouvriers venus d’autres pays européens, payés et protégés en fonction des lois de leur pays d’origine. Une aubaine pour le maître d’œuvre, des économies garanties par une directive européenne construite dans l’ombre des couloirs de la Commission et qui, à chaque rediscussion, devient plus libérale encore. Une main-d’œuvre étrangère faute de pouvoir la trouver en France d’après le discours officiel. On peine à le prendre au sérieux.

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Photo : Askatom

Le droit du travail, lui, reste celui de la France, du moins en théorie, encore faut-il que les travailleurs le connaissent. La CGT s’active, non contre la présence d’étrangers qui sont dans le même bateau de la recherche de l’emploi par tous les moyens, mais contre le dumping social déguisé derrière cette pratique. Ils éditent des tracts en plusieurs langues sur les droits des travailleurs. Se font sacrément chahuter par la direction. Devant le site, des bus affrétés spécialement emmènent des convois d’ouvriers depuis les campings où ils logent, bien à l’écart de la cité, jusqu’à leur lieu de travail. Avoir un échange relève du défi. Même au rond-point public devant l’entrée, la direction fait tout pour qu’aucun dialogue n’ait lieu.

Pourtant, des soupçons très lourds pèsent sur les conditions de travail. Des travailleurs avouent faire certaines semaines de 50 heures. Les inspecteurs du travail tirent la sonnette d’alarme sur l’opacité qui les empêche de faire leur travail.

Une affaire qui fait du bruit ?

Les grands médias ne se pressent pas au portillon. Après la CGT, la CFE-CGC (syndicat des cadres), alerte à son tour, la presse locale commence à s’interroger. Mais ce ne sont que 15 pauvres militants FN, déployant une banderole sur le toit de la CCI, qui vont attirer l’attention des médias nationaux. La banderole dit « Emploi, les nôtres d’abord ». Le ton est donné, la question ne porte pas sur les conditions de travail, mais sur le rejet des travailleurs étrangers.

Sauf qu’on ne parle que de ça. Les syndicalistes présents depuis des semaines ont été méprisés et ignorés. On leur préfère le discours simpliste et haineux d’une poignée de nazillons reprenant les slogans d’avant-guerre alors dirigés contre les juifs. Une absurdité économique, une horreur philosophique, mais peu importe, ce qui compte c’est l’audience.

L’écœurement des milliers de chômeurs est plus que compréhensible. Le matraquage leur donne une cible toute simple, à leur hauteur, sans plus d’appel à l’esprit critique. Le FN surfe sur la vague avec la bénédiction du PAF. Comme un navire sans équipage que le courant mène à bon port.

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Photo : Askatom

Et la suite ?

La suite on la devine. Michel Sapin a fait la démonstration de l’inaction du gouvernement. Suite à des alertes d’agents de l’État, il fait une visite surprise annoncée la veille. Oui, c’est un nouveau concept. La direction prend le soin de laisser la plupart des salariés au repos. Rien à signaler donc.

La suite c’est aussi les élections européennes. Plutôt que de détricoter le mécanisme libéral du travailleur détaché, les médias ont offert un boulevard au FN qui fera une campagne à l’image de l’idiotie de son discours. Anti-Europe, anti-européen, anti-euro. Le terrain aura parfaitement été préparé pour que la population vote contre ses semblables étrangers au lieu de s’en prendre à ceux qui organisent le dumping social.

Les militants syndicaux font encore régulièrement le pied de grue devant l’entrée, loin des projecteurs. Les fachos dans leur canapé n’ont plus qu’à observer la mayonnaise monter à coup de grandes déclarations publiques. Voilà comment les médias ont choisi leur camp dans cette bataille.

Des cas comme Loon-Plage, il y en a de nombreux en France. Le libéralisme crée le chômage de masse, le système médiatique le goût du scandale et la simplification à outrance. Le désarroi politique de la corruption alimente la suspicion du collectif. Chez soi, à l’abri des autres, on devient la cible idéale.

Libérons-nous de ces chaînes.

Romain JAMMES

Pour en savoir plus, l’émission Là-bas si j’y suis sur le sujet

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Comment Hollande applique le programme du MEDEF…

Je sais pas pour vous, mais moi j’ai sérieusement l’impression que la poignée de réactionnaire qui s’est baladée à Paris ce dimanche a sacrément occulté un partie incroyable de l’actualité. Certes leur capacité à se compter a de quoi étonner, mais rappelons nous que la plupart d’entre eux pensent dur comme fer qu’une femme vierge a accouché du fils de Dieu et que Eve est sortie de la côte d’Adam.

G5 PATRONAL DU MEDEF

Pourtant une chose très grave c’est passé cette semaine. C’est l’accord emploi signé par le MEDEF, la CFDT, la CFTC et la CFE/CGC. Oui, en général ce genre d’accord ça sent pas bon, ça rappelle quelques douloureux souvenirs. Et « Oh surprise ! » on s’est pas trompé !

La méthode : laisser le Medef gouverner

Bon moi, Hollande, j’ai voté pour lui qu’au second tour. N’empêche que quand on élit un Président ou une Assemblée, en règle générale, c’est pour qu’ils gouvernent. Vous savez gouverner genre : « avoir un programme et des projets politiques, faire des arbitrages, défendre l’intérêt général » tout ça tout ça,… Mais y a aussi la méthode capitaine de pédalo. Enfin c’est la méthode : « je vais faire la réforme que le patronat attend depuis des années mais si je l’annonce comme ça je vais me faire cartonner la gueule ». Dans ce cas, le capitaine lâche la barre, et les vagues lui donnent le cap.

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Donc méthode simple : on fout les syndicats et le MEDEF ensemble avec une petite règle du jeu. Y a un ultimatum, c’est le MEDEF qui écrit la première trame de discussion, puis si y a la moitié des syndicats qui vend son âme au diable, on enferme tous les salariés. Sciemment, cette méthode écarte la CGT et FO pour donner la décision aux traitres qui ont signé ledit torchon. Pour résumer, on fait des accords entre le MEDEF sans la CGT, ni FO. Qui peut croire que ça va aller dans le sens des salariés ? Ils sont même pas représenté à majorité par le cartel des jaunes pisse ! Bref, le capitaine lâche la barre mais il sait le sens du courant… On me la fait pas !

Le résultat ? Un recul historique

L’arrangement trouvé ferait pâlir un social-démocrate. Ce qui a été obtenu par les salariés ? Quelques broutilles. L’élargissement des droits rechargeables à l’assurance chômage ne se fera pas tout de suite, elle ne coûte rien, et elle pré-suppose que les chômeurs attendent volontairement la fin de leurs indemnités avant de retrouver (en claquant20061101102305_precarite-650 des doigts) un emploi. L’extension des complémentaires santé va dans le sens inverse de l’ambition de la sécurité sociale. C’est surtout le pactole pour les assurances privées, et celles choisies par l’employeur, histoire qu’il y ait copinage. L’encadrement du temps partiel est un immense écran de fumée avec 1000 dérogations et une modulation à l’année à la discrétion de l’employeur. Le droit à la formation ne change quasiment rien, par rapport à l’état actuel des choses et on a du mal à voir à quoi sert la mobilité volontaire. Enfin, la taxation des CDD courts est minimale et se fait en échange de 150 millions d’exonération sur certains CDI.

Côté patronat, par contre, on s’est gavé. On compte une facilitation hypocrite de la mobilité imposée et la création de barèmes d’indemnisation des salariés en cas de conciliation aux prud’hommes. Le patronat fait des économies sur le licenciement et encadre même la contestation des plans sociaux. Sans dec’.

Hiérarchie des normes et CDI

Mais le pire, c’est ça. Depuis des années, le MEDEF rêve de pouvoir imposer des accords aux les salariés : des accords qui puissent déroger à la loi. Évidemment c’était déjà le cas si l’accord était plus favorable au salarié auquel cas il s’applique à tous les travailleurs. Déjà Sarkozy avait enfoncé une brèche. Hollande fini magnifiquement le travail. Un accord pourra s’imposer aux salariés à travers un processus aussi représentatif que celui qui accouche de 21_10_11_emploi_precarite_CDD_CDIcette plaisanterie. Si un salarié le refuse, il sera licencié sans aucun des droits du licenciement économique. Le rapport de force local du patronat permet d’effacer le code du travail. Si c’est pas un retour à l’âge de pierre

Enfin, le Second totem renversé, c’est le CDI. Dans une « situation exceptionnelle » (je vous rappelle qu’on nous parle de crise depuis les années 80)… Donc je disais, dans une « situation exceptionnelle » l’entreprise pourra faire des « accords » (ce mot me fait rire maintenant) sur la durée et la rémunération du travail. En gros, il pourra, avec la CFDT, décider que vous travaillerez plus, pour moins cher. Mais comme ils sont cool, on pourra quand même pas gagner moins que le SMIC ni travailler plus de 48h par semaine. C’est adorable, ils respectent la loi…

Ah, et l’emploi au fait ?

Je vous ai pas raconté. Non mais ça paraît pas logique comme ça mais ces accords, c’est aussi pour créer de l’emploi. C’est vrai que quand le MEDEF demande à licencier plus facilement, on a du mal à comprendre que c’est pour créer de l’emploi. Détrompez-vous : Precaritedorénavant, avant toute fermeture de site rentable, la direction pourra envisager éventuellement, si le cœur lui en dit, la recherche d’un repreneur.

À part ça rien, si ce n’est plus de précarité, donc une consommation en dent de scie, donc moins de travail, moins d’investissement, et donc plus de chômage. Idem pour les salaires en baisse dans les « cas exceptionnels ». Le modèle est toujours le même, se serrer la ceinture en espérant vendre à l’extérieur. C’est inefficace, c’est dangereux, c’est idiot mais ça rapporte à une poignée d’actionnaires. Comme quoi la crise à bon dos, quand il s’agit simplement de dynamiter le droit du travail. Puis c’est encore plus savoureux quand les socialistes collaborent.

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Le divorce idéologique est consommé. Michel Sapin disait sur le JDD pour expliquer que la « flexibilité » ne le « gêne pas » : « Si une entreprise est obligée de licencier, pourquoi retarder l’inéluctable au risque de perdre davantage de postes ? » On y avait pas penser, c’est pour le bien des salariés, qu’on veut pouvoir les virer plus facilement…

Romain JAMMES

Mais au fait, c’est quoi la dette ?

Allez je me lance dans ce sujet épineux parce qu’il y a besoin de remettre les points sur les i. Sinon c’est moche un i, on dirait un l atrophié. Il se ferait sacrément avoir, un peu comme nous quand les médias ou les libéraux nous expliquent la dette.

Europe debt crisis

Le bel exemple, c’était Cahuzac face à Mélenchon. Je suis loin du trip groupie ou de la bataille de tweets qui s’organise à chaque émission. Mais c’est effarant de voir comment les plus grosses bêtises passent comme une lettre à la poste dans ce genre d’émission. Ainsi du haut de son perchoir le ministre du budget entonne le refrain suivant : « Votre voisin vous demande 10F, vous lui donnez. Un jour 20F, vous lui donnez. Un jour 50F, 100, 200 ou 1000, vous lui donnez. Et puis si un jour il vient vous voir en vous disant qu’il vous rendra pas tout ça mais qu’il a besoin de 5000 euros. Vous lui donnez ? Non et vous aurez raison ! »

Ce résumé du problème de la dette est séduisant… parce qu’il est simplissime. Mais il est aussi complètement faux. Et je vais essayer de vous expliquer pourquoi…

Au début, était l’argent

Bon, pour comprendre le principal élément de la dette en France et dans beaucoup de pays, il faut revenir à ce qu’est la monnaie dans l’économie. Prenons l’économie la plus simple du monde, allez disons 2 personnes. L’un fabrique des vêtements, l’autre fait pousser des fruits et légumes. Chacun a besoin de l’autre et ils échangent des pulls contre des tomates. Là, pas besoin d’argent. Évidemment, les choses se compliquent quand dans l’économie s’intègre une personne qui fait des outils, l’autre des maisons et disons une dernière qui est médecin. FAIRE-DU-TROC-SANS-DEPENSER-D-ARGENTComment on évalue combien de chaussette vaut une maison ? Ou combien de tomates vaut une visite médicale ? Pour simplifier, on créer de l’argent qui étalonne la valeur de chaque produit. Ainsi, plus besoin de troc, l’argent, en circulant, équilibre les échanges. Evidemment, cela suppose une autorité supérieure qui fixe des règles et qui émet cette monnaie pour que tout le monde ait confiance. Donc l’Etat a un rôle non négligeable dans l’économie, sans même aborder la question des services publics et de la répartition des richesses.

Évidemment, vu la petitesse de l’économie, 100 euros en circulation peuvent largement suffirent à chacun, l’argent circulant entre tous, pour pouvoir participer à l’économie. Mais l’économie grandissant, à la fois dans le nombre d’acteur mais aussi dans la productivité de chacun de ces acteurs (avec les innovations techniques tout ça tout ça), les 100 euros vont très vite être insuffisants pour fluidifier les échanges. Ca s’appelle un manque de liquidité. À ce moment, l’Etat peut émettre de la monnaie pour accompagner le développement de l’économie. Il peut le faire à travers des investissements publics, des grands travaux, des services publics, ou à travers la distribution d’aides sociales diverses. Avoir plus de masse monétaire en circulation stimule les échanges, donc la production. Puis ça enrichit l’Etat via l’impôt également.

veritable-part-dette-budgetCe système contient évidemment quelques biais, parfois les Etats ont immodérément créé de la monnaie pour faire varier sa valeur relative et exporter davantage. Ils ont souvent dévalué brutalement leur monnaie pour éponger une grande part de leur dette etc… Mais rien de fondamentalement grave, excepté quelques exemples isolés. Cette politique a rendu plus de services qu’elle n’a coûté aux populations. Les principaux acteurs qui en pâtissaient étaient les rentiers et les créanciers de l’Etat (souvent les mêmes).

La monnaie-dette

Bon jusque là vous suivez ? Evidemment, la situation n’est pas restée ainsi, pour de bonnes mais surtout pour de mauvaises raisons. En 1973, les Etats mettent volontairement fin à cette pratique. Les banques centrales deviennent progressivement indépendantes et la création monétaire devient essentiellement un acte privé. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Aujourd’hui, les banques centrales comme la BCE sont largement minoritaires dans la création monétaire : autour de 15%. L’essentiel de la création monétaire se fait via les crédits que les banques accordent. Sauf que cette monnaie, elle a 2 inconvénients : elle disparaît, à mesure qu’on rembourse sa dette, et elle génère des intérêts. Or depuis 73, l’économie s’estdettes-sans-interet sacrément développée et les intérêts des dettes publiques, comme privées, ont explosé, au grand bonheur des banquiers. Le résultat ? Au lieu que la création monétaire permette de financer le développement de l’économie, elle sert aux banques à faire du crédit, y compris pour les Etats. La BCE prête aux banques à 1% et les banques prêtent ensuite aux Etats entre 6-7 ou 17% comme en Grèce. Un joli pactole à la clef bien sur !

Le système fonctionne tant et si bien que l’essentiel du problème de la dette publique actuelle, ce sont les intérêts. Comme le montre les schémas, ce sont les intérêts qui plombent l’économie publique, cette obligation stupide d’aller demander aux banques pour un prêt. Donc contrairement à ce que Cahuzac raconte : la France et les pays européens ont largement remboursé leur dette, le reste n’est que le résultat d’un système économique construit pour engraisser une poignée de financiers sur le dos des pays et des ménages.

La dette, c’est chouette aussi

Bien sur, cette partie de la dette, il ne faut pas la payer. Faire un gros « fuck » à ces banquiers pour qui la droite et le gouvernement actuel sacrifient le peuple. C’est la plus grosse partie, mais ce n’est pas la seule. Une partie non négligeable de la dette est directement liée aux politiques fiscales néolibérales qui permettent aux plus riches et aux grandes entreprises d’échapper à une grande partie de l’impôt…Celle là, on peut la payer, mais on peut aussi faire une réforme fiscale d’ampleur pour y remédier. Mais genre une bonnedette-publique-marianne réforme fiscale, pas celle dont Cahuzac dit qu’elle a déjà été faite mais qu’on l’a pas vu. Comme si on avait passé une partie de l’année camés au point d’avoir un trou noir dans le débat budgétaire.

En vrai, il y a également une dette chouette. Elle est chouette parce qu’elle fait avancer la société. C’est l’investissement pour le bien commun. Construire des routes, des lignes de chemin de fer, des centres de production d’énergie renouvelable, des écoles, des hôpitaux,… Tout ça, ça coûte un max de tune, et donc on emprunte. On emprunte, c’est vrai, mais on fait avancer la société et au final, on a un retour humain, démocratique et économique. Donc cette dette chouette, nous elle nous gêne pas trop. Pourtant bizarrement, c’est la seule à laquelle s’attaque les libéraux (socio- comme néo-). À croire qu’ils roulent pour les banquiers et les riches…

Voilà ce qu’est la dette selon moi. Et les solutions sont simples : la dette illégitime, on ne la paye pas et on permet à la BCE de prêter directement aux états ; la dette fiscale, on l’endigue à travers une fiscalité plus juste ; la dette chouette, bah on se gêne pas…

Romain JAMMES

Ce que l’on doit à ces riches exilés fiscaux…

Bon cette fois ci c’en est trop. Ca fait plusieurs semaines que j’hésite à écrire sur ce sujet. Mais devant les rebondissements, le tapage incessant, le chantage et les idioties qui s’enchainent, je ne peux plus me contenir. Je sentais déjà cette bosse au niveau de la carotide, celle qui accumule la frustration de ne pas pouvoir tabasser quelqu’un à mort. J’ai déjà deux doudous qui y sont passés. Dans mon sommeil, je rêve que j’étrangle l’amas graisseux qui se dessine sous le chapeau haut-de-forme de ces connards.

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Il est temps d’en finir, de leur dire une bonne fois pour toute, aux riches et à leur garde rapprochée, à quel point ils pourrissent en profondeur notre société !

« Les riches créent l’emploi »

C’est la plus grosse blague que j’ai jamais entendu. On dirait du Bigard tiens ! Pas la viande hein, enfin si d’une certaine manière : un gros bœuf avec autant d’humour que Pinochet avait de compassion. Alors pour quelle raison ces parasites de riches créeraient de l’emploi à votre avis ? La bouffonnerie repose sur l’équation riche = chef d’entreprise.

Outre le fait qu’elle est très largement contestable (la plupart des chefs d’entreprise s’en sortent avec 4000€ en moyenne, c’est confortable mais pas encore criminel) sa conclusion est de toute façon une foutaise. Elle sort complètement l’entreprise de sa composition riches2collective comme du contexte économique. Elle suppose que du moment que le sacrosaint chef d’entreprise se barre, l’entreprise se barre dans sa valise. Or un chef d’entreprise, sans salarié, il est chef de lui-même. Allez, au mieux il est auto-entrepreneur, au pire il crée autant d’emplois qu’un môme qui joue aux poupées dans sa chambre en se prenant pour un tyran. Des ouvriers sans chef d’entreprise, bah ça peut faire une coopérative, et ça, ça produit, ça partage et ça fait avancer la démocratie dans l’appareil de production.

Bon ensuite revenons sur l’équation riche = chef d’entreprise. Il me semble que les derniers événements, et notamment l’exemple de ce bouffon à grand nez ou à moustache (putain je m’y perds !), montre que c’est loin d’être vrai. Les sportifs les plus médiatiques, grassement payés, sont aussi un bel exemple de foutage de gueule. Je m’amuserais bien à compter combien d’emplois crée une petite entreprise dont le chiffre d’affaire équivaut à leur salaire. Ça aurait le mérite de montrer la vraie face de ces parasites.

Conclusion : le riche ne crée pas d’emploi. D’ailleurs c’est l’inverse, en se couvrant d’or, les grands patrons du CAC 40 et leurs actionnaires pillent littéralement la production des travailleurs. Du coup, on compresse toujours la « masse salariale » et le « coût du travail » pour cette poignée de pourritures. Donc on licencie pour payer ces connards tout en disant que si on a encore un peu de travail, c’est grâce à eux. Faut pas se foutre de la gueule du monde. Donc si le riche veut se barrer, bah tant mieux, son entreprise, si il en a une, on la gardera et on en fera une coopérative ou un service public avec des objectifs un peu plus constructifs qu’engrosser le gratin qui a déjà les dents du fond qui baignent depuis la naissance.riches3

« Les riches font marcher l’économie »

L’autre argument, c’est que ces raclures de riches, comme ils sont pétés de pognon, bah ils consomment. Et comme ils consomment, bah ça fait marcher l’économie. Cet argument est d’une stupidité incroyable. Ca pourrait venir de FOG tiens ! Evidemment, ça n’interroge pas d’où vient l’argent que possède les riches. C’est évident, ils doivent le chier. Bien sûr, comme tu as lu le paragraphe précédent, tu sais que c’est en pillant la richesse que créent les travailleurs que les riches s’enrichissent. C’est aussi en touchant ce que papa/maman a accumulé et ce parfois de génération en génération. Même le néo russo-belge, s’il était moins payé, ça permettrait au balayeur du plateau de toucher un peu plus que le SMIC.

Bref, quand on paye moins les riches, l’argent ne disparaît pas, il va à moins riche. Or, dans la vie, ceux qui consomment la plus grande part de ce qu’ils touchent, bah ce sont les pauvres. C’est simple, c’est souvent 100%, allez même parfois c’est 110 ou 120% avec notre société qui pousse à la consommation même quand on a peau de balle. Donc si on prend 1000 euros d’un trou du cul de riche, et qu’on les passe à un chômeur ou un smicard, bah ils vont bien davantage servir à l’économie. Puis si en plus on peut lui permettre d’acheter des produits moins nocifs pour sa santé, on aura fait progresser notre société non ?

Donc, pour résumer, les riches, en accumulant l’argent (en capitalisant quoi), ils ne font pas marcher l’économie, c’est l’inverse ! D’ailleurs les riches n’ont jamais autant consommé, au vu de la croissance du marché du luxe, et l’économie se casse la gueule. Si c’est pas une preuve…

« Taxer les riches ça repousse les talents »

Évidemment, celle là est la plus triste. Faut être un sacré enfoiré pour en venir à là. Déjà faut s’imaginer que ce qui anime le talent, au plus profond de l’humanité, c’est le fric. C’est vrai que des illuminés ont bâti tout un monde autour de ça. Bon, comme ils ont du mal à voir plus loin que leur nombril, pour eux, faire quelque chose sans vouloir casser la banque, ça les dépasse. Je me demande combien de grandes créations de l’humanité se sont basées sur leurriches4 genre de cupidité. Combien au contraire, ont été animées par la beauté de l’art, par la passion, par les convictions des personnes qui les ont portées. Oh, je ne nie pas qu’un travail mérite salaire, mais de là à dire que si une personne ne touche pas des millions avec ses idées, elle va cesser d’en avoir, il y a une certaine marge.

D’ailleurs, l’argent en arrive à ce point d’aliénation de notre société, que la recherche absolue du profit d’une poignée de demeurés tue dans l’œuf des milliers de magnifiques projets. Prenons un domaine qui fait unanimement progresser la société : la médecine. Pour qu’un médicament sorte, il doit passer plusieurs barrages d’actionnaires qui vérifient s’il y a moyen d’en faire un truc rentable, c’est ce que dénoncent les Sanofi par exemple. Dans le cas contraire, le projet s’arrête. Qui repousse le talent ? La sangsue avide de fric ou ceux qui veulent mieux répartir les richesses ?

Bref, si le talent c’est de créer un monde qui marche sur la tête. Qu’ils dégagent, j’en veux pas !

« Les riches … bah non je sais plus »

Là on arrive au point où ils ont plus grand chose à dire. Ou ils ont peur qu’on leur coupe la langue peut-être. Mais qu’ils se rassurent, ce n’est pas fini. En plus de pourrir notre économie, d’atrophier nos capacités créatrices et de créer un monde qui ne marche que sur le fric, les riches détruisent la planète.riches 5

Sans blague ? Oui sans blague ! Et je ne parle pas que de ceux qui sont responsables de massacres comme les p’tits cons qui ont déclenché la première guerre mondiale. Je ne parle pas non plus des philanthropes / vendeurs d’arme aux sympathiques dictatures (On dit dictature sympathique pour une dictature qui ne s’oppose pas aux États-Unis). Je parle de la vie quotidienne des riches : de leur villa qui pourrissent des écosystèmes, de leur 4×4, de leur jet-privé… Vous voyez souvent un riche prendre le métro ?  L’emprunte carbone de ces connards elle est pas belle à voir et c’est pas pour m’dame Martin qui touche le SMIC qu’on veut foutre un aéroport à Notre-Dame-Des-Landes.

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AAAAAAaaaaaah ça m’a fait du bien ! Je m’excuse pour les enfants, tout ça, tout ça… Mais quand je vois comment une poignée de gens se croient tout permis, je me dis qu’il manque un détail dans notre rapport de force. C’en est au point qu’ils vont pleurnicher d’être riches, comme si c’était un calvaire !

J’ai bien une solution à leur proposer, mais ils en auraient des boutons. Cela dit, je leur conseille vivement d’y penser. Les riches fuient comme les nobles d’il y a un peu plus de 2 siècles. Je voudrais pas qu’un accident de parcours les raccourcisse…

Romain JAMMES

Sanofi : comme une envie de nationaliser

Je roulais à 180 km/h sur la troisième voie du périphérique toulousain. Grisé par la symbolique de mon acte irresponsable, je me suis mis à entonner l’air d’un chant révolutionnaire qui comptait la glorieuse histoire d’ouvriers voulant se saisir de leur outil de production. C’est alors que je fus brusquement interrompu par le ralentissement de la circulation. La révolution ne pouvant attendre, je me suis défoulé sur mon klaxon de la manière la plus courtoise que pouvait le permettre mon état d’excitation. Une fois mes ardeurs calmées par la berceuse que jouaient les véhicules immobiles, je me suis mis en quête des raisons de cet emmerdement. Et quelle quête ! Il me fut impossible d’obtenir la moindre information avant l’apparition d’une jeune femme qui déambulait à pied au milieu de la rocade. Les vitres de ma voiture étant ouvertes, elle me salua par un grand sourire puis me tendit un bout de papier. Elle me jeta brièvement à la figure : « On est là pour manifester contre le plan de restructuration chez Sanofric » et continua son chemin pour faire de même avec toutes les voitures qui daignaient s’ouvrir à son approche.

Un peu laissé sur ma faim par cette intervention éclair, je me suis alors penché pour ramasser le papier qu’elle m’avait gentiment offert . Je le lus et compris ce que cette femme avait voulu exprimer. Sanofric ( euh Sanofi) qui enregistrait 6 milliards de profit en 2011, était toujours décidé à supprimer des postes sur le site de Toulouse. Malgré le sourire imbécile d’Arnaud Montbourg en couverture du parisien magazine, l’avenir des salariés de Sanofi Toulouse était toujours incertain. Au mieux 200 emplois seraient supprimés par « un plan de départs volontaires ». « Volontaire » voulait dire : « Nous allons muter des salariés bien loin de chez eux et ceux qui refuseront l’exil, seront licenciés ». Ce qui était, selon le ministre d’un redressement productif à la dérive, une victoire comparé au plan social annoncé au début de l’été.

Docteur Jekill or Mister Hyde ?

Une fois sorti de ce bordel provoqué par la légitime colère des employés de ce grand groupe pharmaceutique, je pris l’initiative d’aller me renseigner sur cette histoire ubuesque. Comment une entreprise si soucieuse de la santé publique, pouvait-elle être aussi cynique ? Était ce philanthrope Docteur Jekyll où ce monstrueux Mister Hyde ? A première vue, le groupe Sanofi communiquait largement sur la responsabilité sociétale de son activité. En gentil colon, il formait des médecins pour des campagnes de vaccination en Afrique. En bon chrétien, il offrait avec charité son aide au Samu Social ainsi qu’à Médecin Du Monde pour sa lutte contre la pauvreté. Le comble de la bonté, il sponsorisait sans arrière pensée, bon nombre d’associations de patients. En somme c’était un beau conte de fées que m’offrait le site internet de Sanofi. Mais, il n’a pas fini en : « ils firent du fric et rendirent les gens heureux ».

Quelques recherches plus loin, et je tombais sur un article du Canard enchainé datant du 30 avril 2008. Celui-ci révélait que la direction de l’entreprise faisait circuler un document mentionnant la nécessité de « neutraliser la grande presse ». Le Canard parlait d’invitations au soleil, d’agréables cadeaux ainsi que nombreuses pages de publicité achetés par le groupe dans divers magazines afin d’éviter un scandale pouvant être provoqué par une petite pilule dénommée « Acomplia ». Sanofi avait alors trouvé la solution au problème de l’obésité grandissante. En effet le médicament provoquant de grave dépression, amenait certains malades jusqu’au suicide. Ce qui nous aurait permis de nous débarrasser de manière radicale des formes disgracieuses mouvant sur les trottoirs de nos villes. L’entreprise cherchait à dégraisser à n’importe quel prix pour pouvoir s’engraisser.

« Dégraisser pour s’engraisser » : un nouveau leit-motiv

 

Le problème, c’est que l’idée a dû inspirer Christopher Viehbacher qui est arrivé à la tête de l’entreprise en 2008. Et en bon fanatique de la compta, c’est ce qu’il fit. Il lança en 3 ans 2 plans d’économie et de restructuration, en coupant essentiellement dans la recherche et le développement. Là il vient d’attaquer son troisième plan de réduction des dépenses. Et même s’il prétexte d’un plan de rénovation de la recherche dans l’entreprise, le but est évidemment de maximiser les revenus des actionnaires qui n’en n’auront jamais assez. Cet abandon de la recherche et de l’innovation au profit d’une logique strictement financière pourrait alors nous paraître complètement stupide pour l’avenir de l’entreprise.

Mais il s’agit en réalité d’une stratégie d’externalisation de la recherche. Le groupe veut se concentrer sur ce qui fait le plus de fric. C’est à dire, les vaccins, les biotechnologies non réglementées et enfin les médicaments plus ou moins inutiles vendus sans ordonnance. Et puis tant pis pour les malades qui ne sont pas assez rentables, et tant pis l’avenir de l’entreprise, un actionnaire a pour but de faire le plus d’argent le plus rapidement. Et quand l’entreprise coulera, parce qu’elle aura tué des gens avec ses médicaments très chers qui ne servaient à rien, ou qu’elle n’aura plus les moyens d’acheter les brevets des autres, l’actionnaire se sera déjà carapaté des dividendes pleins les poches.

Mais attendez ! La recherche pharmaceutique ne serait elle pas d’utilité publique ?

 Oui vous savez, un truc qu’on fait sans en attendre une large contrepartie, juste parce que c’est nécessaire à la vie. Dans ce cas là, il serait peut être temps, après les petits problèmes du « Médiator » et d’« Acomplia », de considérer l’industrie pharmaceutique comme remplissant une mission de service publique. Son rôle pour la santé publique étant cruciale, nous ne pourrions laisser la gestion de ce genre d’entreprises aux taupes de la finance qui ne raisonnent qu’à court terme. Rappelons nous, qu’encore récemment les principales entreprises qui composaient Sanofi, étaient toutes sous contrôle public. Nationaliser Sanofi afin de créer un pôle public pharmaceutique, pourrait donc être la solution. Étant donné que les 150 millions d’euros de crédits d’impôt recherche alloués à l’entreprise, ne permettent pas de sauvegarder la recherche pharmaceutique dans les domaines qui ne semblent pas assez rentables pour la finance, cette oisive finance ne pourrait elle donc pas aller loger ailleurs ?

YAGOUBI Florian

Ce que PSA a à nous apprendre

Ah elle nous faisait rêver (ou pas) cette victoire de François Hollande ! On y a vu la perspective de changements, sinon radicaux, au moins à coup de dose homéopathique et de pansements qui sont bons à prendre même s’ils nous laissent sur notre faim. Mais il faut bien le reconnaître, la succession des plans sociaux montre toute l’ampleur de la tâche pour qui veut faire du « redressement productif » et de la « croissance ».

Je laisse le feat à Lordon qui décrit bien la situation : « Dès l’annonce de son portefeuille à l’intitulé ronflant, il faut bien le dire, on souffrait par anticipation pour ce pauvre Arnaud Montebourg. On ne sait s’il faut le mettre sur le compte de sa naïveté personnelle ou d’une redoutable perversité de François Hollande, ou encore d’un radieux accord des deux sur le pouvoir magique des morts, mais rarement on aura vu ministère proclamant par son nom même, des ambitions si impressionnantes et par ailleurs doté de ressources si indigentes ».

PSA : symbole d’une contradiction

Au fond, sans faire de procès d’intention, on aurait pu y croire à cette histoire. Montebourg n’a pas dit que des conneries dans son épopée des primaires en prenant le vide béant laissé par la Gauche du PS qui s’est fait Harakiri. Mais de Sanofi à Technicolor on pouvait deviner la complexité de la situation. Les premiers annoncent 1200 à 2500 suppressions et affichent pourtant 6 milliards de profits en 2011. Plus 1,3 milliards de dividendes versés (certes contre 3,1 en 2010, c’est la crise quoi !) ainsi que le rachat d’actions pour 1 milliards (augmentant le bénéfice pour chacune des autres). C’est tellement gros que ça ferait dire à Parisot qu’il s’agit là de l’œuvre de « patrons voyous ». Mais pour PSA c’est une autre paire de manche. Un des symboles de l’industrie française annonçant un plan social touchant plusieurs dizaines de milliers d’emplois (8000 directs à Peugeot), ça m’a tout l’air d’une claque dans la gueule.

Car si l’entreprise n’est pas exempte de tout reproche dans sa gestion, elle n’affiche pas pour autant un tableau à la Sanofi. Elle met donc en évidence un autre phénomène bien plus global : les conséquences des règles économiques néo-libérales imposées par les marchés, notamment via le truchement de l’Union européenne. Ces règles (budgétaires, monétaires,…) placées sous l’égide de la sacro-sainte « concurrence libre et non-faussée » enfoncent les états européens dans la récession dont sont directement issues les difficultés de PSA. Or, on ne peut pas dire que le Parti Socialiste (et d’autant moins ce qu’en représente Hollande) ait vaillamment combattu cette Europe austéritaire. Au contraire, les socialistes l’ont largement accompagnée, qu’il s’agisse de leurs représentants internationaux comme Pascal Lamy (à l’OMC), Strauss-Kahn (au FMI) ou nationaux comme Hollande himself, notamment à travers les « négociations » (lol) sur le Traité de stabilité européen.

Le plan social annoncé par PSA met donc en évidence la dure contradiction des socialistes. Prisonniers entre de jolis intitulés ministériels sauce « redressement productif » et l’évidente collaboration avec la finance mondiale à des fins diamétralement opposées. Vous savez ce qu’on dit de la barricade…

Bon et on s’en sort comment ?

C’est vrai, ce serait trop facile de s’arrêter là. Alors qu’est-ce qu’on fait, une fois au pouvoir comme le PS, pour pas tout laisser partir en fumée ? On remet en cause les règles :

  • on augmente les salaires pour relancer la machine,
  • on reconvertit écologiquement l’industrie (et sur l’automobile c’est un beau chantier),
  • on remet à plat cette stupide dette dont une bonne partie n’est faite que de fiscalité injuste et de taux d’intérêt dus à l’idée absurde qu’il ne faudrait emprunter qu’au marché,
  • on met en place une fiscalité aux frontières (oui un protectionnisme) en fonction de la distance et des conditions de production des marchandises, et on y associe, sinon l’Europe entière, tous les pays européens (et plus ?) qui se rendent bien compte que le dogme néo-libéral nous pousse dans un précipice
  • on remet à plat le rôle de la Banque Centrale Européenne, et si certains ne veulent pas, on trouve des alliés pour en faire une autre, ou on réquisitionne la Banque Centrale de France qui imprime toujours des euros.

Le pavé dans la mare est jeté. Une bataille s’annonce, qui risque d’être rude mais qui a le mérite de se faire au nom du peuple et croyez bien que si la France s’y lance elle emportera du monde…

Une dernière idée ?

Et pour les abus à la Sanofi ? Le droit de préemption des salariés en cas de délocalisation peut être un frein à ce genre de plan sociaux. Mais d’autres leviers existent également, et frappent fort au porte-monnaie. La Bourse doit cesser ses cotations en continu pour limiter son impact sur les emplois. Sa fermeture se défend même mais cela mériterait un article dédié. Un revenu actionnarial maximum au-delà duquel l’Etat taxe à 100% doit également être imposé. Ainsi la finance ne pourra plus ponctionner toute la richesse créée par une entreprise.

Et enfin, il faut obliger toutes les entreprises à cotiser à un fond qui prendra entièrement en charge les plans sociaux (formation, mobilité et insertion professionnelle de tout le personnel licencié) et qui sera sous contrôle des salariés eux-mêmes. Peut-être que la peur du coût que peut occasionner une délocalisation pour ces admirables comptables les ferait revenir à la réalité. Qui faute paie, après tout…

Romain JAMMES

Le SMIC : coup de pouce ou doigt d’honneur ?

Vous en pensez quoi, vous, de ce coup de pouce au SMIC ? Je ne suis pas du genre à faire des procès d’intention, alors naïvement, j’ai davantage pensé au gros pouce de la Société Générale qu’au doigt d’honneur auquel on a eu le droit. Déception, forcément, mais colère surtout, devant le mépris d’une si ridicule augmentation (2%, ce qui, ramené à l’inflation, fait 0,6% d’augmentation effective). C’est que le SMIC, c’est pas la folie des grandeurs ces temps-ci… À peine à 100 € de plus que le seuil de pauvreté (pour ceux qui ont la chance de bosser à plein temps), croyez bien que pour beaucoup c’est le 2 que commence la fin du mois…

Mais pour certains, la gauche au pouvoir, ça veut dire l’augmentation des salaires. Ça parait logique, c’est validé par l’histoire, mais surtout c’est un besoin absolu. L’augmentation des loyers ne connait pas d’égal, et plus largement encore, l’ensemble des dépenses de contraintes aspire une part de plus en plus importante des bas revenus. Des dépenses de contraintes ? Oui, vous savez, les luxes du genre un toit avec de l’eau, de l’électricité, un téléphone, Internet et une assurance. En bref, tout ce qu’on dépense avant de s’acheter un bifteck parce que c’est prélevé directement. Dans l’océan de misère que cela génère, on peut noter toutefois la portée révolutionnaire du retrait brutal d’une telle somme sur les comptes d’autant de monde. C’est Cantona qui doit être content !

Vous comprendrez donc qu’on se fâche tout rouge, mais aussi qu’on ait une peur bleue pour la suite car si en 1981 l’augmentation était de 20%, en 2012 de 2%, je vous laisse deviner ce qui se passera en 2017. Alors je ne pense pas inutile (sinon arrêtez-vous là hein !) de faire ce petit rappel : pourquoi l’augmentation du SMIC ?

Vivre de son travail

Figurez-vous qu’il y a des gens particulièrement malins qui ont vachement réfléchi à notre système démocratique, à commencer par les philosophes des Lumières et les socialistes des XIXe et XXe siècle. Leur idée était assez simple, pour garantir l’égalité politique, il faut limiter les inégalités économiques et notamment permettre à chacun d’être indépendant et de pouvoir vivre décemment de son travail. De vrais gauchistes ! Une indépendance qui permet d’éviter un phénomène assez répandu : la domination sociale du vote.

Alors le SMIC, c’est un peu l’aboutissement de tout ça, matérialisé par le CNR dans son programme et gravé dans le marbre peu après la libération. Alors les analyses des libéraux selon lesquelles le SMIC créerait du chômage et contracterait l’échelle des salaires c’est de la flûte : la question d’un salaire minimum est celle d’une vision de la société, les calculs pingres des bourgeois n’ont pas à y intervenir…

Une mesure féministe

J‘imagine que la plupart d’entre-vous le sait (si je vous l’apprend c’est que je n’ai pas servi à rien), les femmes sont bien moins payées que les hommes dans le monde du travail. Le SMIC est donc déjà relativement efficace en ce qu’un smicard gagnera par heure la même somme qu’une smicarde. De manière général, la contraction de l’échelle des salaires ne peut être qu’une bonne nouvelle pour l’égalité aussi…

Par ailleurs, on ne peut nier le fait que les smicards sont en majorité des smicardes. Et qu’il s’agit d’un salaire horaire. Or, dans notre belle société, les tâches ménagère n’étant pas toujours réparties de manière hyper-progressiste (80% pour les femmes), une écrasante majorité des temps partiels, qui plus est au SMIC, est jalousement accaparée (oh la chance !) par des femmes. L’augmentation du SMIC est donc un des leviers les plus rapides et les plus efficaces pour augmenter le revenu des femmes et leur permettre une plus grande indépendance. Plutôt pas mal non ?

Relancer l’économie, sortir de la crise tout ça tout ça

Là on touche une autre corde sensible. En effet, c’est le moment où ça bloque chez beaucoup de gens qui croient encore que les chroniques économiques de BFM-TV sont faites par des économistes (oh putain l’erreur !) ou que Elkabach a toute sa tête (encore plus grosse erreur !). En effet, pour ces idolâtres libéraux, la logique de l’austérité fait loi. Et pour cause, son principe est simple, garantir et développer les profits des grands investisseurs. Pour cela, rien de plus efficace que de payer à coup de lance-pierre ses salariés et de conquérir de nouveaux marchés grâce aux privatisations. La perte du pouvoir d’achat liée au gel des salaires et à la réduction des minimas sociaux engendre une dégringolade de la consommation, et par là même du chiffre d’affaire de nombreuses entreprises, elle-même obligées de licencier et ainsi de baisser encore le pouvoir d’achat. Les recettes fiscales sur le revenu et la consommation s’effondrent et plombent les comptes publics. La fiscalité injuste des libéraux n’arrange rien et le pays a recours a davantage de prêts ce qui lui coûte d’autant plus en intérêts. La « confiance des marchés » (lol !) tangue et les taux d’intérêt s’envolent, tout comme la dette publique qu’ils emportent avec eux… Pour résoudre tout ça, le FMI et la commission européenne proposent de renflouer les banques détentrices de titres de la dette publique du pays en échange… de plus d’austérité, ce qui aggrave le problème…

Nous, de gauche (ah mais quelle horreur !), on augmente le SMIC en voulant prendre le processus inverse. Augmenter le SMIC c’est augmenter le pouvoir d’achat (oui un smicard augmenté ne met pas son argent sous son matelas). Donc cela augmente la consommation, les carnets de commandes se remplissent et permettent, ô miracle, aux entreprises d’embaucher et d’augmenter ainsi encore le pouvoir d’achat. L’augmentation des recettes fiscales liées aux revenus et à la consommation permet le financement de protections sociales et de services publics ( et résorbe la dette publique, tant qu’à faire). Chacun vit un peu mieux sauf… les actionnaires et les gros salaires car c’est eux la variable d’ajustement. Peut-être aussi les chroniqueurs économiques quand on s’apercevra qu’ils récitaient des conneries depuis le début.

Il ne s’agit donc pas d’augmenter le SMIC malgré la crise mais plutôt comme une solution à la crise. Subtil raisonnement qui est lié à notre capacité à avoir du bon sens. Ça alors !

Vous l’aurez compris, l’augmentation du SMIC, elle est salvatrice pour la gauche. Alors vouloir l’augmenter de si peu c’est se moquer du monde et surtout de cette masse miséreuse qui galère à vivre dans de bonnes conditions. Il n’y a aucune raison, autre que de vouloir lécher le cul au système financier, de ne pas augmenter bien plus les bas salaires. Comme je disais, je ne fais pas de procès d’intention. Alors j’espère que d’ici demain, le gouvernement se rappellera ce qu’est la gauche.

Romain JAMMES