Les 343 Connards

Je la sentais venir celle-là. Vous savez la prostitution c’est un débat assez virulent. J’avoue que personnellement, le3 fait que ça fasse débat me dépasse complètement. Depuis que j’ai une conscience de gauche et que j’ai réfléchi à la question, et même bien avant d’être féministe (et de savoir réellement ce que ça voulait dire), j’étais abolitionniste. Mais bon voilà, y a débat. Et je me disais, avec la loi qui se prépare doucement sur l’abolition du système prostitutionnel, ça m’étonne de voir presque aucune riposte si ce n’est quelques gesticulations minoritaires du STRASS.

Et bah voilà, ils se cachaient gentiment car ils se sentaient pas vraiment en danger. Ils avaient savamment infiltré le ministère pour faire capoter les plans. Maintenant les loups sortent sans les masques : une poignée de connards réac’ qui viennent pleurer parce qu’il se pourrait bien qu’on leur confisque leur jouet.

La subtile référence

Vous avez pas dû passer à côté, cette poignée de connard a décidé de s’appeler « 343 salauds : touche pas à ma pute ». De premier abord, comme j’ai le cœur sur la main, je leur conteste pas le terme de « salauds ». J’ai ouvert un dico, ça veut dire « homme méprisable et abject ». Je trouve qu’il y a une part d’honnêteté qu’il faut leur reconnaître. Néanmoins, la référence est aussi subtile qu’un ouragan qui traverse le pacifique.1

C’est qu’en 1971 (mais ça vous le savez sûrement tou-te-s), un manifeste rédigé par Simone de Beauvoir et signé par 343 femmes qui affirment avoir avorté. Ce n’est pas anodin car l’avortement les expose à des poursuites pénales. Cet acte est un des grands symboles des luttes pour les droits des femmes en France. Il est à la croisée de nombreux combat.

C’est d’abord la liberté de disposer de son corps. Choisir si on veut ou non rester enceinte. C’est aussi et par conséquent la liberté de choisir sa vie et son destin. Parce que vous savez, réduire les femmes à leur destin de mère. C’est une constante impression de la société patriarcale. On la retrouve dans les tâches ménagères, dans les stéréotypes de genre ou dans la lutte, qu’on a connu dans notre histoire, contre les plaisirs sexuels des femmes .

Les biens nommés2

Bref, ce manifeste était un acte de résistance dans une lutte pour l’émancipation des femmes, pour réclamer le droit à la liberté. Bref, un combat noble, courageux et progressiste ! (Et surtout un combat toujours d’actualité)

Aujourd’hui, ces 343 connards proposent diamétralement l’inverse, tout en s’en réclamant. Zemmour et compagnie (bien connus pour leur engagement progressiste) réclament le maintien d’un privilège. Quel privilège ? Celui que la société patriarcale leur offre : disposer du corps d’une femme pour ses besoins. De toute évidence, comme les harems d’esclaves ne passent pas trop dans notre société actuelle, il y a un semblant de marchandisation au profit d’un proxénète. Bref, le patriarcat combiné au capitalisme a trouvé son parfait rejeton.

Maintien du privilège donc, et surtout maintien d’un système tortionnaire qui organise la traite et les violences faites aux femmes. Le « touche pas à ma pute » pourrait presque passer pour un acte paternaliste de protectio4n. Mais on en est loin. Tout comme les clients de ce site (attention, les estomacs sensibles sont priés de ne pas cliquer…. Bon trop tard, vous êtes têtus hein !)… Je disais, tout comme ces enflures de clients habituels, les hommes n’en ont rien à carrer des prostituées qu’ils « consomment », c’est leur plaisir le centre de leurs préoccupations.

D’ailleurs, pour la petite histoire. Face aux conditions intolérables de la prostitution dans les maisons closes allemandes, le gouvernement a eu un jour la magnifique idée de demander aux clients d’alerter les autorités si jamais les droits des prostituées étaient atteints. Genre un droit tout con, le droit d’avoir des rapports protégés. Gros flop ! Pourquoi ? Parce que les clients ne sont pas là pour faire du social.

Tout ça pour dire que ce manifeste est à gerber, mais qu’il montre que les loups sont de sortie pour défendre leur système de domination. Pour ceux qui se posaient encore la question « à qui profite le crime ? »

Romain JAMMES

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IMPORTANT : Pour harceler ces connards, RDV sur ce site http://343connards.fr/

UMP 31 : le problème de la prostitution, c’est le voisinage

On n’arrête pas le progrès. Vous savez, Toulouse, c’est la ville de l’aéronautique, voire même de l’aérospatiale en France. Des progrès spectaculaires ont été réalisés. Et là ça y est, alors que personne ne l’attendait, tous ces efforts ont permis à un groupe d’individus de franchir le mur du çon ! (ndlr : merci le canard).

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Ah on avait déjà quelques pistes des performances incroyables des membres de cette organisation. Son « responsable départemental » (ouais les titres tout ça), s’était distingué dans la discipline en réduisant le féminisme à un simple corporatisme. (Alors il faut dire que c’est nomé « féminisme » hein, donc ils ont dû croire je ne sais quoi. Mais bon c’est l’UMP, ils sont plutôt du genre à lire les titres que les bouquins hein). Donc, un coup de génie qui lui a probablement valu les félicitations de la fédération des demeurés de Haute-Garonne. Mais comme rien n’arrête un bourrin en pleine charge, la récidive a frappé encore plus fort.

La prostitution c’est mal… dans ma rue.

C’est une surprise pour personne : je suis abolitionniste. Je considère que la prostitution est un esclavage. L’organisation d’un viol de masse pour être plus précis. Mais au delà de ce débat qui traverse les mouvements féministes, chacun s’accorde à dire que quand il y a proxénétisme, c’est la prostituée qui en est victime, notamment à travers des contraintes physiques, sociales, ou économiques qui l’obligent à être prostituée. Ça c’est ok. Je veux dire que ça ne fait pas trop débat, c’est assez évident. Sauf que voilà, les « jeunes » (mouais) UMP 31 ont une autre version du phénomène. Elle vaut le détour.

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En effet, la prostitution déchaine ces enragés de fauteuils en velours. Ils sont prêts à tendre le poing et à agiter les banderoles : la prostitution révulse…le voisinage. Non vous ne rêvez pas. Ce ne sont pas les jeunes du PMU mais bien de l’UMP qui se sont fendus d’un communiqué vibrant sur les nuisances sur le voisinage liées à la prostitution. Un magnifique pamphlet de nombrilisme comme les hommes de droites savent le faire (souvent les hommes tout court quand il s’agit de féminisme). On les croirait presque victime d’une oppression.

Les conditions de vie des femmes, les violences, la précarité, la traite d’être humain ? Non, ça n’intéresse pas l’UMP. D’ailleurs, si on a parlé de pénalisation du client sous le mandat Sarkozy, on a surtout fait du racolage passif un délit. En gros, pour combattre la prostitution la droite a attaqué… les prostituées. Bravo ! Belle démonstration de la politique de l’autruche. Non pas celle qui court vite et fait des gros œufs, celle qui comme solution au problème veut cacher le problème.

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La misère discrète

Ce qu’il y a de bien avec ces gens, c’est la certaine cohérence qu’on retrouve. D’ailleurs au fond elle n’est pas si surprenante. Déjà en général, quand on est con c’est dans tous les domaines. Mais il y a aussi que la droite, c’est l’individu qui prime sur le collectif, c’est l’antinomie des droits humains parce que les libertés individuelles sont garanties par les structures collectives. Donc, quand on est individualiste et qu’on n’aime pas la misère, la solution la plus simple, pour s’en débarrasser, c’est de la foutre ailleurs. Changer le monde, améliorer les conditions de vie des êtres humains, tout ça tout ça, c’est des trucs de hippies.

Cacher la misère, pour la droite, c’est interdire de fouiller dans les poubelles comme l’a fait le maire UMP de Nogent-sur-Marne. C’est mettre tous les pauvres dans un quartier périphérique comme c’est dans toutes les grandes villes de France. C’est pousser les camps de Roms là où on les voit pas (ça le PS sait bien le faire aussi). Bref, s’il y avait encore de l’esclavage, l’UMP se plaindrait du bruit des chaînes.

Moi, moi, moi

La démonstration était si belle que l’article a été retiré au bout de quelques jours. L’ennui, c’est que cette approche de la prostitution, et cette approche des problèmes dans la vie quotidienne, c’est celle de beaucoup de monde. Nul doute que le matraquage culturel individualiste joue son rôle.ump4

Personne ne veut de roms dans SON quartier ou SA commune. On ne veut pas de mendiant devant SA porte ou SA banque. Pire, une fille de droite m’a soutenue à une soirée que les transports en commun faisaient venir des banlieusards dans SON quartier bourgeois et que c’était plus aussi sûr depuis. La résignation à trouver des solutions a conduit à une fuite à grande vitesse. L’envie de vivre hors sol. Pour se soulager de la culpabilité de croiser la misère en bas de chez soi, on se grillage dans des résidences privées, on « nettoie » des quartiers et bien d’autres choses.

Finalement cet article est un révélateur de ce à quoi aspire la droite. La dissociété qui détricote la solidarité, et répand la peur de l’autre mais qui accepte les violences et l’exploitation. Au final, le mur du çon, y a un paquet de gens qui le passent. Et si je dois trouver un sens à l’engagement collectif c’est bien de renverser la vapeur.

Romain JAMMES

L’invention masculine du mois : la pornographie philanthropique

Ah qu’ils sont doués ces hommes. Je vous en parlais pas plus tard que la dernière fois, on a des idées lumineuses, mais le pire de tout ça, c’est qu’on les applique ! Loin de moi l’idée de nier un quelconque génie émanant de certains de mes congénères mais je me demande pourquoi aucun n’a pensé à inventer ce truc salutaire, cette petite conscience qui vous dirait « Non franchement arrête, t’es en train de faire de la merde ».

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Sauf que voilà : ça existe pas. Donc depuis le mec qui s’est pris pour le fils de Dieu, jusqu’à ces fins personnages coupant les clitoris pour ne plus qu’ils existent (et dire qu’on se moque de l’autruche) on a fait un sacré paquet de conneries. Et comme la domination masculine est une source inépuisable d’inspiration, on va pas s’arrêter en si bon chemin.

De l’exploitation caritative

Y’a un mec,… mais genre un mec malin tout ça, tout ça. Il a dû se dire : y’a des gens, ça doit être un peu des militants dans l’âme – genre je file un peu à une association, je signe une pétition – mais pas non plus bézef, juste ce qu’il faut pour se sentir bien dans sa peau. Mais à côté de ça, les conditions des femmes, ils en ont un peu rien à foutre. Et c’est vrai, y’en a un paquet, je peux pas lui retirer. Seulement le moment où le p’tit robot, s’il existait, aurait dû lui dire « non, là, abstiens toi » c’est quand il décide de créer un site porno… caritatif. La vidéo vaut son pesant d’or.

Alors évidemment, le porno ça fait débat. J’en ferai pas tout un plat bien sûr. Y’a ceux qui parlent de libre choix, d’autres qui invoquent la clause artistique. Quoi qu’il en soit, une partie écrasante du porno reprend les archétypes de la domination masculine dans les rapports sociaux. Les femmes sont souvent infériorisées socialement, soumises, voire brutalisées. Bien souvent elles disent non, mais l’homme insistant lourdement elle finit par s’y résoudre : quelle leçon ! Comment s’étonner d’une culture du viol avec ça.

On s’en douterait mais le schéma sexuel est largement centré autour du plaisir masculin. Le fameux triptyque fellation/pénétration/éjaculation sur une partie de la femme, fait souvent office de règle générale. Bref, tout ça ne sent pas le progressisme à plein nez. Mais pire encore, le site met en avant le « sexcam », en gros une femme qui se tord dans tous les sens comme dans une cage, entourée (virtuellement pour le coup), d’un paquet de mecs qui se soulagent pour l’occasion. Bref, une femme réduite en bête de foire, et une sacrée boule au ventre quand on est féministe.

Bref, déguiser cette exploitation derrière les dons à des associations, c’est quand même une sacrée hypocrisie. C’est comme si un site raciste proposait de faire un don au Planning Familial. Je sais pas pour vous mais moi j’aurais quelques doutes sur ses valeurs (euphémisme – Oui maintenant je fais un guide parce que certains ne saisissent pas toutes les figurent de style de ce blog).

Allons plus loin

Au fond, ce qui me dérange le plus, c’est pas qu’un illuminé ait eu cette idée. C’est que son truc, ça peut éventuellement fonctionner. Alors j’ai pas fait d’étude de marché, mais je vois un bon paquet d’abrutis, toutes tendances confondues qui, une fois le mouchoir plein, auront l’impression d’avoir fait une bonne action. Si c’est pas magnifique la vie.

Alors j’ai un pote qui me dit : « La prochaine fois ils feront ça à des prostituées ». Improbable ? Pas tant que ça : régularisation de la prostitution, quelques maisons closes et une concurrence féroce comme en connaissent quelques pays. En plus de tirer les conditions de travail vers le bas, ça peut bien créer des concepts originaux. Après Gauche-Rencontre et Benevidz, découvrez gauche-prostituée. Vous payez 30 euros votre gâterie ? 2 euros sont reversés pour faire un puits en Afrique ou soigner les pandas. (Quoi ? Non j’ai rien contre les pandas. Enfin, avouez qu’ils sont énervants… Non ?)

Tout ça pour dire que :

  • Le caritatif se fout parfois (on me souffle « toujours ») bien de la gueule du monde.
  • Qu’on a beau avoir le cœur sur la main, on n’en est pas pour autant féministe.

C’est à croire qu’il faudrait rappeler que les femmes sont des êtres humains…

Romain Jammes


Prostitution : combattre l’abolition fragilise la lutte contre le patriarcat !

Ça faisait longtemps. Comme vous êtes nombreux à venir consulter ce blog (plus de 19 000 visites le mois dernier) et qu’on est pas plus intelligents que les autres, on ouvre nos modestes pages à des amis.sacha

Celui-ci c’est un compagnon de route depuis quelques années. Et pour de nombreuses encore j’espère. Comme nous, il est abolitionniste. Et on laisse ce sujet sensible à sa plume affutée. Merci à toi Sacha Tognolli.

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La prostitution : au cœur de la domination masculine et non à sa marge

Si je prends le clavier pour écrire cet article, c’est que la question de l’abolition ou non de la prostitution est au cœur de notre combat contre le patriarcat. Pourtant, elle divise profondément, non pas le mouvement féministe tout de même majoritairement abolitionniste, mais l’espace politique que nous occupons au Parti de Gauche : la gauche radicale. Ces derniers temps, de nombreux camarades – en réaction à l’audience accrue de la position abolitionniste en France et au sein du parti – ont fait le choix de combattre publiquement cette position tout en s’affirmant féministes (ainsi de ma camarade Julie Del Papa). Si je les remercie de leur apport au débat, et que je ne remets nullement en question leur attachement à la lutte féministe, je suis obligé de considérer qu’ils fragilisent ce combat.

Certes, on peut être féministe et voilée, certes, on peut être pro-féministe et consommer du porno représentatif d’une sexualité sexiste, certes, on peut être féministe et pour la réglementation – et donc la reconnaissance – de la prostitution. Nous sommes des produits de la société, personne ne peut donc se dire pleinement exempt des rapports de dominations qui s’y déploient. En revanche, théoriser et légitimer chacune de ces pratiques fragilise, à mon sens, le combat féministe. La prostitution étant au cœur du fondement patriarcal de notre société, c’est là que se nouent tous les aspects et contradictions de la domination masculine. J’oserais donc dire que c’est par là qu’il faut commencer pour la combattre ! En effet, ce sont toujours à partir des questions les plus conflictuelles et difficiles à traiter qu’on peut tirer petit à petit le fil rouge d’une lutte, quelle qu’elle soit. Ainsi, qui pros’opposera explicitement à l’égalité femmes-hommes – mis à part deux ou trois zemmouriens ? Bref, n’évacuons pas le débat de la prostitution !

Allons même plus loin dans la difficulté : mon propos ne s’intéressera pas principalement aux conditions matérielles de la prostitution actuelle – majoritairement dans des réseaux de proxénétisme et avec violence – mais à la prostitution en soi, ce qui donne forcément un aspect théorique à cet article que certains peuvent juger un peu décalé par rapport à la réalité sordide du quotidien d’une prostituée. Pourtant, je pense qu’en tout sujet il est bon de prendre du recul, le stylo à la main. Cette question de la pratique majoritaire de la prostitution est largement utilisée par le camp abolitionniste, ses (nos) arguments sont donc déjà connus de ce point de vue.

La loi au service des plus faibles

Cependant, je tiens à préciser que s’appuyer sur cette dimension d’une pratique majoritaire peut être suffisant pour abolir la prostitution, quand bien même on considérerait que le fait de se prostituer en soi ne pose aucun problème. La loi doit servir à protéger les plus faibles, c’est pourquoi je suis en désaccord avec Julie quand elle affirme « le problème de la prostitution forcée n’a rien à voir avec l’abolition de celle-ci ». Ainsi, bien que je ne sois pas philosophiquement contre la polygamie – en effet, pourquoi la société imposerait-elle une relation limitée à deux personnes ? – je m’opposerai à sa légalisation tant que nous n’aurons pas réussi à construire une société pleinement égale entre femmes et hommes ; sinon, une telle légalisation reviendrait à fragiliser la situation des femmes.

Mener un projet de transformation sociale, c’est en assumer les conséquences !

Évacuons également la question des conséquences immédiates d’une abolition de la prostitution par le biais de la pénalisation des clients. Selon Julie, « abolir la prostitution en France créera alors une clandestinité plus importante car il a déjà été montré que la prohibition augmente le trafic illégal et favorise l’émergence de mafias ». Elle n’a pas forcément tort bien que certains de mes camarades plus experts en la matière me rapportent que la comparaison entre l’Allemagne et la Suède dément un tel argument : en Allemagne, pays réglementariste, la légalisation a entrainé une augmentation du trafic légal ET illégal (parmi lequel figure celui des mineurs), les réseaux mafieux se sont également développés et trouvent même appui dans la partie légale de leur activité ; en Suède, pays réellement abolitionniste, les réseaux mafieux n’ont pas disparu mais ils sont moins développés et moins puissants que dans le cas précédent. Mais admettons tout de même que Julie puisse avoir raison.

Gérer les conséquences de son projet politique doit être quelque chose que tout militant-e politique doit avoir en tête. Cher-es camarades, ne croyez pas que le jour où le Front de Gauche sera au pouvoir, tout-le-monde-il-sera-bô-il-sera-gentil ! C’est pourquoi le jour où le Parlement votera un véritable plan d’abolition réelle de la prostitution, celui-ci s’inscrira dans un contexte plus général de transformation de la société et comprendra donc pêle-mêle (ce n’est pas exhaustif, n’étant pas un spécialiste) : la régularisation des sans-papiers, une politique de relance économique, un plan de formation et de requalification continues, un plan égalité femmes-hommes, un accompagnement social des prostituées mais aussi une branche de la police – spécifiquement formée et accompagnée par des travailleurs sociaux – attachée à faire appliquer sur tout le territoire (et pas uniquement sur les grandes avenues) l’abolition réelle de la prostitution. barcode-elements_k10502591

Tout cela signifie-t-il que du jour au lendemain, plus aucune mafia n’existera ? Bien sûr que non, mais comment un-e militant-e politique se revendiquant de la République, donc de la consécration de la loi issue de la volonté générale, peut-il abandonner toute volonté de transformation sociale pour cette raison ? C’est toute la difficulté de l’art politique, et je demande aux camarades utilisant sans cesse cet argument de se rendre compte qu’il s’agit d’un des arguments principaux des libéraux sur tous les sujets : ainsi à New-York, lorsque les loyers étaient plafonnés (n’est-ce pas une partie de notre programme ?), il existait un véritable marché noir, avec toute une mafia, et donc une partie du territoire n’appliquant pas la loi (avec tous les problèmes de sécurité et d’hygiène qui vont avec). Et rappelons-nous de nos conquêtes sociales passées : l’interdiction du travail de nuit des enfants a eu comme conséquence concrète,  pour des millions de familles déjà pauvres, une réduction de leur revenu global. De même, lorsque l’on s’indigne, à juste titre, du process de fabrication des i-phones dans lequel des enfants asiatiques sont exploités, gardons en tête que pour ces enfants et familles locales, c’est souvent leur seul moyen de survivre. Pour autant, doit-on légaliser et légitimer cette pratique ?

Tout cela étant dit, je vais m’atteler au caractère condamnable en soi de la prostitution quelles que soient ses conditions matérielles d’exécution.

Les limites à la libre disposition de soi

Les tenants de la reconnaissance de la prostitution se basent, à l’instar de Julie, sur « la liberté de tous les êtres humains à disposer de leur corps ». Il s’agit de la libre disposition de soi qui reconnaît à la personne humaine la maîtrise exclusive de soi. Ce principe est en effet fondamental, particulièrement dans la lutte pour les droits des femmes : c’est sur son fondement qu’ont été consacrés le droit à l’avortement, la reconnaissance du crime de viol conjugal, ou encore la liberté de choisir sa sexualité. Cependant, cette liberté fondamentale peut rentrer en conflit avec d’autres principes importants de notre République : celui de l’indisponibilité du corps humain et celui de la dignité de la personne humaine.

L’indisponibilité du corps humain

Commençons par l’indisponibilité du corps humain. Selon ce principe, le corps humain, ses éléments et ses produits sont hors commerce. 5611594783_8e9a533564Ils ne peuvent pas être vendus (ni loués), tout commerce avec des produits du corps humain est illégal. En effet, les camarades qui proclament à tort et à travers la libre disposition de son corps comme ultime et seul horizon émancipateur devraient, au moins par cohérence, être pour le droit de vendre un de ses organes ou, pour prendre un exemple moins définitif, le droit de vendre son sang. Chacun voit là le système vers lequel leur raisonnement nous conduit.

A l’inverse de ce positionnement, l’indisponibilité du corps humain est un principe légal signifiant qu’il existe des limites à la libre disposition de soi et qu’ainsi le corps humain n’est pas une chose qui peut faire l’objet d’un contrat ou d’une convention. Pour être plus précis, nous devrions plutôt parler de « non-patrimonialité du corps humain », plutôt que d’indisponibilité, puisqu’il s’agit plutôt d’interdire les conventions lucratives sur le corps humain (ainsi le don du sang est légal et encouragé !). Ici, Julie répliquerait ainsi : « Dans chacun des métiers que nous faisons, nous avons soit besoin de penser, réfléchir, raisonner, ou alors utiliser sa force physique. On se sert de notre intelligence, de notre corps… Alors pourquoi ne pourrait-on pas se servir de notre sexe si des hommes et des femmes en ont envie ? ». Ainsi, le principe de l’indisponibilité du corps de s’appliquerait pas à la prostitution. Les camarades utilisant cet argument font, veuillez me pardonner, du marxisme de comptoir en essayant de s’appuyer sur la notion de « force de travail ». Certes, on pourrait faire cette équation facile, un ouvrier mobilise ses muscles pour produire un objet manufacturier, tout comme un intellectuel mobilise ses neurones pour écrire un essai, tout comme une prostituée mobilise son corps pour donner du plaisir sexuel. Cependant, à l’inverse de l’ouvrier ou de l’intellectuel, la prostituée, outre le fait de vendre sa force de travail, loue son corps en ce qu’il est en soi, et non juste pour un usage. C’est là qu’entre en jeu notre deuxième principe : la protection de la dignité de la personne humaine.

La protection de la dignité de la personne humaine

Cette dignité de la personne humaine est un principe à valeur constitutionnelle, elle est ainsi considérée comme une partie intégrante des droits de la personnalité, droits qui, je le rappelle, sont inaliénables, c’est-à-dire qu’un individu ne peut pas les céder. L’arrêt du Conseil d’État du 27 octobre 1995, dans l’affaire de « lancer de nains » de Morsang-sur-Orge, est célèbre pour avoir inclut la notion de « dignité humaine » en tant que composante de l’ordre public.[] Le Conseil d’État a en effet jugé que le maire avait le droit d’interdire un spectacle de « lancer de nains » au motif de trouble à l’ordre public — et ce, même si le nain en question était volontaire et consentait à cette activité d’ordre commercial, vu que la dignité est censée être inaliénable. Les juges ont considéré qu’un tel spectacle attentait à la dignité de la personne humaine, et que celle-ci faisait partie intégrante de l’ordre public.

Arrivé-es à ce point de notre argumentation, nos camarades favorables à la reconnaissance de la prostitution n’ont plus qu’une arme : porter un coup bas, dénué malheureusement de toute réflexion. Pour eux, coucher avec quelqu’un pour de l’argent ne serait nullement une atteinte à la dignité de la personne humaine. «  Le sexe serait-il plus « sacré » ? » s’offusque Julie, qui plus loin, souhaiterait nous dépeindre comme « plus pudibonds que les mères patronnesses du XIXème ? ». Je parle de coup bas pour l’utilisation de ce genre d’expressions car elles ne visent qu’à ironiser sur l’intimité même de leur détracteur, ou à laisser penser que le point de vue abolitionniste serait sous-tendu par un sentiment religieux. J’aimerais que ces camarades s’interrogent réellement sur ce que signifient leurs provocations. Sans utiliser le mot de « sacré », j’affirme cependant que la sexualité est un pan de la construction de la personne humaine qui est « à part ». Je ne suis pas un animal, dès lors je ne rejette pas tout construit de la société. C’est le principe même de toute société humaine de se rassembler sur certaines valeurs voire même parfois sur certains interdits sociaux (ex : l’inceste). Je reviens plus particulièrement sur la sexualité, loin de dénoncer la place spécifique qu’occupe la sexualité au sein de notre société, je dirais même que je soutiens cette place « à part » de la sexualité. Nier cette configuration revient à nier sa propre construction personnelle : pour vous camarades, passer son permis est aussi structurant humainement qu’avoir son premier rapport sexuel ? Je vous plains… (mais peut-être suis-je mal placé, moi qui n’ai pas encore le permis, je ne peux pas comprendre…). Vous pourriez me dire « chacun se construit comme il le souhaite, la loi n’a rien à faire là-dedans et n’a donc pas à « sacraliser » le sexe ». Très bien, très bien… mais assumez toute la cruauté de la cohérence de votre propos : selon vous, le viol serait une agression comme une autre ! Il n’y aurait aucune différence entre une pénétration forcée et un coup de poing, et donc aucun besoin d’avoir une infraction légale spécifique ! A moins, que vous ne soyez d’accord avec cette affirmation, vous ne pouvez plus (et ne devez plus, par respect pour les victimes d’un viol) nier ni la situation « à part » de la sexualité, ni la reconnaissance légale de cette situation. Ainsi, marchander sa sexualité peut donc bien être pensé comme une atteinte à la dignité de la personne humaine, légitimant une limite à la libre disposition de son corps et donc l’abolition de la prostitution par la pénalisation des clients, si miséreux soient ils.

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Le droit à la sexualité n’est pas un droit-créance !

En effet, les camarades souhaitant reconnaître la prostitution s’intéressent également aux clients des prostituées. Ainsi, Julie nous interroge : « Mais la misère n’est pas qu’économique et un parti de gauche doit s’intéresser à toutes les misères. Il y a aussi la misère sexuelle. En interdisant la prostitution, quels recours auraient celles et ceux qui n’ont que ça pour satisfaire leurs désirs pour le moins naturels et légitimes ». Je ne nie pas le fait qu’une telle misère sexuelle puisse exister, mais la question est : la puissance publique doit-elle la satisfaire en légalisant la prostitution ? Certes, la sexualité est un droit. Mais nous devons être plus précis sur le caractère de ce droit. Il s’agit d’un droit en cela que chacun est libre d’avoir une sexualité, personne ne peut lui en interdire une. Il s’agit ainsi d’un droit-liberté, c’est-à-dire d’un « droit de » impliquant une abstention de l’Etat, sans implication positive de sa part. En revanche, la sexualité n’est pas un droit-créance, c’est-à-dire un « droit à », une prérogative que l’individu peut faire valoir auprès des pouvoirs publics.

Si on peut envisager qu’un parti de gauche doive s’intéresser à la réduction de toutes les misères, y compris de la misère sexuelle (après tout pourquoi pas), cela ne signifie pas qu’il doive impliquer une action directe de la puissance publique – à l’instar de l’offensive réactionnaire de certains pour créer un service public d’assistant sexuel pour les personnes en situation de handicap. Si l’on veut réduire cette misère sexuelle, alors nous devons faire en sorte que la puissance publique se concentre sur son périmètre d’action : donner la possibilité à chacun de vivre matériellement sans avoir peur du lendemain, et lui donner de plus la possibilité d’être émancipé intellectuellement (par l’école et la culture) et socialement (par la fraternité). Voilà qui construirait une société où chacun aurait la possibilité d’être émancipé sexuellement (y compris pour les personnes en situation de handicap – qui pour beaucoup, je le rappelle, sont déjà émancipées sexuellement, ce qu’oublient nos détracteurs – car la société serait composée d’individus moins superficiels). C’est exactement le même raisonnement que pour le droit d’exercer la spiritualité de son choix, et j’invite les camarades – qui pourtant sont de fier-es militant-es de la laïcité – à se replonger dans les écrits de Henri Pena-Ruiz. 71nkx0Acy5L

Certes, on peut reconnaître le fait que, par exemple, les citoyens de confession musulmane n’ont pas les mêmes possibilités matérielles d’exercer leur religion en comparaison avec les citoyens de confession catholique et leurs milliers d’églises. Soit, mais cela ne signifie pas qu’il faudrait faire abstraction du principe de laïcité en subventionnant un culte pour « rattraper son retard ». La puissance publique qui se consacrerait à son périmètre d’action en permettant à chacun de vivre matériellement, permettrait en même temps aux citoyens souhaitant subventionner un culte (pour construire une mosquée par exemple) de le faire sans avoir à manger des pâtes une fois la quinzaine du mois passée. C’est ainsi que doivent se penser ces questions d’un point de vue socialiste républicain.

Le produit de la pornographie est la représentation de l’acte sexuel

Subsidiairement, Julie s’intéresse à la question de la pornographie. « Et si le problème de la prostitution est celui du travail et de la sexualité, comment envisager le porno, les strip-tease, etc…? Un parti de gauche voudrait-il aussi interdire toutes les représentations sexuelles tant qu’elle ne concerneront que les femmes ? ». La réponse est explicitement dans la question en fait ! Julie a bien raison de parler de « représentations ». A la différence de la prostitution qui implique de louer son corps pour lui-même (comme on l’a vu ci-dessus), la pornographie est une « représentation », c’est-à-dire que l’objet du contrat est l’image du corps et non le corps lui-même.

Un consommateur d’un film porno représentant un couple coucher ensemble n’achète pas le corps de ces individus, mais leur image. Cette situation différenciée implique une réponse différenciée, voilà pourquoi la pornographie ne peut être abolie légalement (ce qui ne signifie pas qu’il ne doit pas y avoir de réglementation comme par exemple l’obligation pour les acteurs et actrices de se protéger, un accès encadré selon le public, une réflexion sur le contenu de la représentation du rapport sexuel…).

En conclusion, les camarades qui s’opposent de bonne foi à l’abolition de la prostitution fragilisent le combat féministe. En pensant protéger les prostituées, ces camarades légitiment la prostitution, au cœur du patriarcat.

Sacha Tognolli

Zoom sur le Prosti’lib : un marché d’avenir !

Notre société change. Non, vous ne rêvez pas. Après le libre-service des super-marchés, le succès national des différentes formes de V’lib dans les principales villes françaises, Paris se lance dans une nouvelle idée avant-gardiste : les Prosti’lib ! Pour l’Art et la Manière, j’ai décidé d’en savoir plus ce cette nouvelle révolution…

Une idée de génie

Tout a commencé ce 25 janvier, à la parution des résultats d’une étude de marché concernant la prostitution : un domaine fleurissant depuis de nombreuses années mais sous-exploité de l’avis de ses principaux acteurs professionnels. Un constat à l’origine d’une idée de génie signée Mickaël Thomac, récemment diplômé d’une des plus grande école de commerce de la capitale : « Le principe du libre-service dans la rue a un réel avenir et il doit être étendu au maximum. D’un autre côté, la prostitution a encore injustement une image assez négative auprès de certains habitants. Je me suis donc dit que des bornes automatiques pour les prostituées permettraient à la fois de rendre plus accessible le service qu’elles proposent et de démocratiser une pratique encore trop minoritaire dans notre pays. »

Ni une ni deux, l’entreprise De(k)aux s’est immédiatement lancée sur l’affaire, en collaboration avec les plus grands proxénètes de l’hexagone et le Strass afin que chacun y trouve son compte : de meilleures conditions de travail pour les unes et un potentiel de développement du marché important pour les autres. À peine la filiale créée à cet effet, les agences Moody’s et Standars & Poors ont jeté l’onction du triple A, ouvrant la porte aux plus grands investisseurs de la planète… Le début d’une grande réussite…

Ils ont pensé à tout

Aujourd’hui, le service fonctionne à plein, et pour cause, rien n’est plus simple à utiliser. Chacun peut se rendre aux Prosti’lib près de son quartier et choisir, aux bornes de paiement, le modèle de son choix. Tout est fait de manière transparente. Vous pouvez étudier les pratiques, les mensurations ainsi que les statistiques quotidiennes de chacun des modèles pour ne pas vous tromper. En témoigne Robert, un client régulier : « On peut, par exemple, savoir le nombre de fois où elle a été utilisée dans la journée. Ça permet d’avoir une idée de la fraîcheur du produit. » Les commentaires postés par les clients permettent également d’en savoir plus sur la atout et les défaut qui pourraient décider votre choix.

Une fois le modèle choisi, le paiement en liquide ou par carte bleue facilite beaucoup les choses par rapport au système traditionnel. Il suffit ensuite de décrocher le porte-jarretelle de la borne correspondant au numéro choisi et de la ramener dans l’heure pour éviter une légère sur-taxe. Simple comme bonjour.

Un brillant avenir

Ce nouveau service commence donc à intéresser les principales villes européennes. Un brevet qui risque fort d’enrichir encore son heureux inventeur, déjà à l’affût de nouvelles évolutions. L’entreprise travaille, en effet, à la création d’abonnements et de cartes de fidélité devant le succès de l’opération. De même, l’éventail des produits devrait s’élargir progressivement, jusqu’à ce que tout le monde trouve, si je puis dire, chaussure à son pied…

Affaire à suivre donc.

Romain Jammes

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PS : Est-ce qu’on peut réellement tout marchandiser ? Moi je pense que non, et vous ?

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Promotion : 2 immigré(e)s pour le prix d’un(e) !

Je sais pas si vous saviez, mais avec quelques verres, entre amis, on est particulièrement créatifs. N’y voyez pas le mal, la désinhibition permet surement de faire sauter ce verrou qu’inflige notre société sur notre capacité à être producteur de notre propre culture. Enfin, l’essentiel étant qu’un bon nombre de projets nous passe par la tête, et voici le dernier…

Est-ce qu’on peut tout marchandiser ?

La montée du fascisme doit interroger le capitalisme sur l’opportunité de se faire un peu de tune. Alors l’idée qu’on a eu est simple. Force est de constater que les raids fascistes dans certains quartiers pour aller se défouler sur les immigrés se multiplient. S’appuyant sur ce constat et celui du chômage grandissant, l’ouverture d’un nouveau marché s’impose.

En effet, de tels actes étant inévitables car inhérents à toute société humaine, nous pensons nécessaire la création d’entreprises mettant en relation des immigrés cherchant à gagner leur vie et des fascistes cherchant à se défouler. L’organisation d’une telle filière pourra permettre de sortir de la clandestinité les descentes régulières et de permettre ainsi que les violences se fassent de manières propres, contrôlées, sur des immigrés munis d’un vrai statut de travailleur.

Cette filière de service peut-être un outil déterminant dans la relance de l’économie. Elle offrirait un débouché professionnel aux immigrés et cesserait d’exacerber une pseudo-concurrence entre français et étrangers sur le marché du travail. La perspective du développement de filiales chargées de sécuriser et de développer le passage des frontières par des populations désireuses de travailler dans ce secteur peut également être envisagée. N’y voyez là aucune pratique de l’ordre de la traite d’êtres humains évidemment.

Nous offrons bien sûr toute la garantie à notre clientèle, comme à l’Etat, que chaque immigré travaillant pour les entreprises concernées s’y engagera volontairement. Il appartient à chacun d’eux de juger librement s’ils veulent ou non vendre leur corps pour de telles pratiques. Nous tenons à avertir nos futurs clients que l’idée selon laquelle les contraintes économiques et sociales pourraient altérer le libre arbitre de ces individus émancipés n’a aucune valeur scientifique et n’est répandue qu’à des fins très peu recommandables par des groupes de gaucho-trosko-socialo-anarcho-syndicalistes. La liberté individuelle ne se brade pas avec des valeurs morales d’un autre temps.

Il va de soi également que le développement d’un tel secteur ne peut avoir aucune incidence sur celui des mouvements d’extrême-droite. De toute évidence, l’existence de tels massacres au vu et su de tout le monde ne peut, non plus, véhiculer la moindre norme sur la société. Il n’y a aucune raison qui laisserait à penser qu’un individu grandissant dans un pays doté d’une telle filière se mette à penser que le corps d’un immigré puisse être légitimement utilisé comme défouloir. De la même manière, penser que de telles pratiques participerait à une représentation négative de l’immigré relève du fantasme. Au contraire, les mêmes entreprises pourraient tout à fait offrir, pour les immigrés qui le souhaitent, le même service sur des Français « pure souche ».

Mais plus que tout, l’ouverture d’un tel secteur est une mesure de santé publique. En effet, le stress quotidien des Français ne peut perdurer plus longtemps. La nature humaine est faite d’équilibres émotionnels, l’être humain a besoin d’exprimer sa haine pour être stable psychologiquement. Nous devons penser non seulement à l’ensemble de l’humanité et ses besoins, mais particulièrement aux gringalets, handicapés ou autre dispensés de sport, qui n’auront peut-être jamais l’occasion de taper un arabe de leur vie si nous n’agissons pas.

Belle idée non ? Elle ne vous rappelle rien ?

Aujourd’hui un secteur mondial de vente du corps sévit : la prostitution. La majorité des prostituées en France viennent de l’étranger dans ce qui peut être assimiler à de la traite d’être humains. 90% des prostituées sont sous la coupe d’un proxénète et se retrouvent pour des raisons économiques dans une impasse, condamnées à coucher avec une vingtaine d’homme chaque jour, qu’elles le veuillent ou non.

Les arguments pour régulariser la prostitution, ou son abolition, sont régulièrement les mêmes que ceux que j’ai proposé à propos des immigrés plus hauts :

  • Ce phénomène existera toujours, il faut le légaliser pour le faire sous certaines règles et avec un statut de travailleuse du sexe
  • chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps, y compris de le vendre.
  • la prostitution répond à des besoins sexuels irrépressibles des hommes notamment qui n’ont pas la chance de pouvoir plaire aux femmes ou sont handicapés moteurs.

L’idée selon laquelle la prostitution est un instrument de la domination masculine n’est pas évoquée, tout comme la légitimité qu’elle donne au fait de s’accaparer le corps d’une femme pour ses besoins. Il y aurait matière à s’offusquer de cela au moins autant que si le secteur de tabassage d’immigré existait vraiment. Le hic ? Il s’agit du « plus vieux métier du monde ». Ou peut-être de la plus vieille domination, si ancrée qu’elle transforme nos représentations des violences et des discriminations… Hein ? Qui sait ?

Romain JAMMES

Archive : « Le plus vieux métier du monde » ? Débat sur la prostitution…

Retour du débat

Le rapport sur la prostitution remis à l’assemblée nationale par les députés Guy Geoffroy (UMP) et Danielle Bousquet (PS) est l’occasion d’ouvrir le débat sur une question importante. Il a le mérite de poser les choses clairement et de remettre en cause la représentation patriarcale de ce qu’est la prostitution (le « plus vieux métier du monde ») pour en faire voir d’autres facettes : elle « doit être considérée comme une violence, en majorité subie par des femmes ». Ces constats en appellent à un renouvellement de la législation pour mieux lutter contre ce phénomène. Mon propos n’étant pas de vous re-pondre le rapport je vous invite donc à le découvrir vous même.

Mais ce qui est de loin le plus étonnant dans ce débat c’est à quel point il divise ceux qui se réclament féministes. Car « le plus vieux métier du monde » n’est que le témoin de la plus vieille et la plus enracinée des dominations dans notre société : la domination masculine. Si la position en faveur de l’abolition la plus absolue me paraît assez naturelle, il n’en va pas de même pour tous. Le refrain pseudo-libertin qui nie la réalité de la prostitution et l’intériorisation de la domination fait des adeptes. L’idée du mal nécessaire ou du besoin pour l’homme d’évacuer régulièrement sa substance procréatrice (ou dit autrement de se vider les couilles) fait aussi son chemin. Je veux donc revenir brièvement sur le débat en présentant les différents points de vue sur la manière de traiter ce phénomène…

La réalité de la prostitution

La prostitution, tout le monde connaît, notamment les représentations véhiculées par l’éducation ou les médias. Mais sa réalité globale est assez peu connue. Aujourd’hui, dans le monde, 98% des des prostituées sont des femmes ou des fillettes. On perçoit aisément ici le rapport entre la prostitution et la domination masculine. 75% de ces femmes ont entre 13 et 25 ans, les plus touchées sont donc les jeunes femmes et les adolescentes. D’ailleurs, l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 14 ans. C’est une moyenne, donc il y en a des plus vieilles mais aussi des plus jeunes ! Le nombre d’enfants prostitués augmente d’un million chaque année. La prostitution est un commerce, au même titre que le commerce d’esclave. Sans que cela atteigne les proportions du commerce triangulaire de l’Ancien Régime, les logiques de traite et de marchandise sont les mêmes. Ce commerce est très lucratif puisqu’une prostituée rapporte en moyenne 107 000 € par an à son proxénète.

En France, plus particulièrement, 80% des prostituées sont étrangères. 85 à 90% des personnes prostituées sont sous le joug de proxénétisme. La quasi-totalité des clients sont des hommes, 37% sont en couple, 29% sont cadres, 25% sont ouvriers. Chaque jour, une prostituée rapporte en moyenne entre 300 et 800 euros à son proxénète mais n’en touche que 50. Le Livre noir de la prostitution de Elizabeth Coquart et Philippe Huet (2000) montre qu’une prostituée sur deux a eu des contacts avec la prostitution dès son enfance, un tiers d’entre elles ont une mère ou une parente qui est ou a été prostituée. Dans cette enquête, un tiers des prostituées mineures ont été victimes de viol par des adultes connus d’elles entre l’âge de 3 et 15 ans. Au total, 80% des prostituées ont subi des abus sexuels au cours de l’enfance.

Je ne dresse pas ce tableau pour susciter l’émotion afin de faire adhérer à mon propos mais pour qu’on en tire des conclusions préliminaires importantes dans le raisonnement que nous allons tenir ensuite. La prostitution est un commerce extrêmement lucratif pour quelques-uns. Il est exercé quasi-uniquement par des femmes dont une écrasante majorité ne l’a pas choisi ou s’y est retrouvée précisément suite à une somme de vulnérabilités notamment sexuelles. Les clients sont quasi-uniquement des hommes. En proportion les cadres sont plus « consommateurs » que les ouvriers. Pour ce qui est des prostituées, les femmes touchées viennent des milieux les plus précaires, sont souvent issues de l’étranger et de pays pauvres où elles ont subi des violences dès leur enfance. VOILÀ CE QU’EST LA PROSTITUTION !

Prohibition et réglementation

La prohibition est une position d’entre-deux qui n’existe plus en Europe aujourd’hui mais continue d’être pratiquée aux Etats-Unis notamment. La prostitution est interdite, les prostituées sont poursuivies ainsi que les proxénètes mais ce sont surtout les premières qui subissent les condamnations pour atteinte à l’ordre public. La pratique est donc clandestine et criminalisée.

La réglementation refait surface depuis un certain temps. C’est une théorie pourtant vieille puisqu’elle date de la première moitié du XIXe siècle, notamment avec le médecin Alexandre Parent-Dûchatelet qui considère la prostitution comme « d’utilité sociale » et élément indispensable à la sexualité masculine « normale ». La réglementation implique donc la création de lieux clos et contrôlés par l’administration médicale et policière. Aux Pays-Bas ou en Allemagne, c’est cette position qui a été choisie. Mais dans ces pays, les conséquences néfastes sont nombreuses. La Tippelzone d’Amsterdam est devenue le refuge des trafiquants et est un véritable danger pour les femmes. En 5 ans, le nombre d’enfants prostitués a triplé. Pour un pays qui compte 17 millions d’habitants, les Pays-Bas ont 2 fois plus de prostituées que la France. En Allemagne, entre 2002 et 2010, le trafic d’êtres humains a augmenté de 70%.

Plus généralement, la réglementation revient à faire du proxénète un chef d’entreprise et faire de la prostitution un métier comme les autres : proposé par pôle emploi, organisé par la main invisible du marché qui fera, à n’en pas douter, assez vite des supermarchés de femmes, avec le marketing et les stratégies commerciales qui vont avec. Des collections printemps-été jusqu’aux soldes sur les gros seins. Une fois que le verrou de la marchandisation de la femme a été ouvert tout est à redouter. Ou préférera-t-on en faire un service public, avec recrutement sur concours car la sexualité « normale » de l’homme est d’intérêt général après tout. Au fond, pensons aussi les valeurs transmises à nos bambins qui grandiront en ayant en tête qu’ils pourront, impunément, louer le corps de certaines femmes.

L’abolitionnisme et le néo-abolitionnisme

L‘abolitionnisme est un courant qui tolère la prostitution mais cherche à réprimer toute son organisation qu’il s’agisse de proxénétisme, de maisons closes ou de racolage. En France, cette pratique est de mise depuis la loi du 13 avril 1946 qui interdit les maisons closes, surprime le fichage et renforce les sanctions contre le proxénète. En 1949, la convention de Genève « pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui » déclare que « la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine ». Elle est signée par plus de 70 pays, dont le nôtre en 1960. Toutefois, aucune réflexion n’a été menée en France pour permettre une réelle abolition avant ce rapport qui pointe peut-être un retour de cette question.

Le néo-abolitionnisme est un courant relativement récent. L’idée consiste en la pénalisation du client et non plus de la prostituée qui est considérée comme une victime du système « prostitutionnel » contrairement au premier qui en est un des maillons. La Suède, qui adopte ce mode de répression a enregistré une baisse de 50% de la prostitution de rue, un recul net de la traite et de 80% de la clientèle. Il n’y a, au final, que quelques centaines de prostituées dans ce pays de 9 millions d’habitants.

Ma position

Dans notre système patriarcal, la domination masculine touche tous les champs sociaux et même celui du privé ou de la famille (tâche ménagère, revenu, mais également sexe). Considérer que le corps d’une femme est à vendre renforce l’idée d’une libido irrépressible des hommes et de leur droit à pouvoir disposer de ce corps pour l’assouvir. Il faut, par ailleurs, des mesures sociales pour arracher les prostituées de leur système. Or la précarité plonge d’autant plus de femmes à se réfugier dans cette branche. Permettons donc aux prostituées d’avoir accès à la CMU, de payer des cotisations pour la retraite et accompagnons financièrement leur ré-insertion sociale. Il faut renverser la pénalisation pour la porter sur le client. Si en Suède, la peine légale est de 6 mois de prison, dans les faits les condamnations sont des amendes plus ou moins importantes. Mais l’effet normatif de la loi à un impact important sur les mentalités.

Pour moi, la prostitution n’est pas compatible avec la dignité humaine. La pénétration et autres services sexuels pratiqués sans désirs et à répétition dans une journée s’apparentent à de la violence faite à la femme. Le client est roi et choisit la prostituée, le service, les positions etc… Il n’y a aucune forme de droit donné à la prostituée.

Par ailleurs, un viol laisse en général un traumatisme bien plus important qu’une agression physique. Cela montre bien que l’acte sexuel n’est pas un acte de même nature que tout acte physique. À ce titre, la marchandisation du corps comme elle se pratique dans la prostitution ne peut s’apparenter à la vente de la force de travail par un ouvrier. Qu’il s’agisse de vente d’organe, gestation pour autrui ou prostitution, cette marchandisation est inacceptable d’autant plus qu’il serait illusoire de la considérer en dehors d’un système de domination contraignant. Notamment, dans la mesure où 99% de la richesse et des capitaux mondiaux sont aux mains des hommes. La possibilité d’acheter des services sexuels est de fait un instrument de domination de l’homme.

Lémancipation des individus implique leur liberté sexuelle et passe par l’égalité dans le rapport : désir et plaisir partagé, acte choisi en dehors de toute nécessité. La prostitution est l’arme du patriarcat pour mettre la sexualité de la femme au service de ses propres impulsions.

Je suis donc pour l’interdiction absolue de la prostitution et pour son éradication la plus stricte. La pénalisation des clients est une étape qui ne se suffit pas. Elle doit s’accompagner par l’arrachement, sur le terrain, des femmes emprisonnées dans ce système. Enfin c’est toute une éducation sur l’égalité sexuelle qui pourra renverser à terme ce phénomène…

Romain JAMMES