On a testé pour vous : avoir un pote qui se marie…

Tout le monde s’est fait une sorte de rétro-planning de sa vie d’adulte un jour ou l’autre. C’était enfant quand on se demandait ce qu’on ferait quand on serait « grand ». C’était à nos premiers amours de récréation où on projetait notre vie familiale avec chien, chat et grosse voiture. C’était avec la première, allongés dans les hautes herbes à choisir les prénoms de nos enfants, et se raconter notre vie comme un conte de fée qui n’a jamais existé.

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Moi j’ai adoré, j’adore toujours d’ailleurs. Je me prends toujours à imaginer ce que je ferais quand je serais grand, à penser une vie de famille avec cette fille dont le souffle paisible et endormi soulève à rythmes réguliers les draps colorés de ma chambre. Le hic, c’est que j’ai 25 ans, et que cette fille, c’était pas la même la semaine dernière, et il y a toutes les chances pour que ce soit pas la même la semaine suivante. Jusque-là, tout va bien sauf que… j’ai un pote qui nous annonce :

« On va se marier !

Tout le monde – putain cool ! » Grand silence

Une pote : « merde ça fait flipper…

Tout le mondeGrave, c’est ouf’, on en est où nous ? »

Le grand flash-back

Ça fait comme un électrochoc, on s’imagine sur la table de réanimation avec Perry Cox de Scrubs qui vous dit « bienvenu dans la réalité chéri ». Le réveil est rude et la machine à (trop) penser recompose les éléments de ces dernières années. Cette fille, mon pote l’a rencontré à la fac, je m’en souviens comme de ma première cuite. Depuis ils se sont jamais quittés. On le voyait moins aux soirées, généralement pas seul, et il restait dans un état étonnamment correct. Ma copine de l’époque, j’ai dû la quitter parce que je voulais changer, ou parce qu’elle voulait m’accaparer et que j’étais pas vraiment prêt. C’est peut-être même pour des raisons 258996_4JGWSEGMXJHAXVOZQKH7K2B7QII7S7_1938_pd1_H193026_Lpurement sexuelles, quand ça colle plus ça colle plus non ? Eux, ils ont résisté à tous les tsunamis. Ils avaient p’tete raison en fait.

Depuis, nos chemins s’étaient séparés, un appart à deux, un master qui l’a éloigné, quelques « j’aime » sur facebook histoire de se rappeler que l’on s’oublie pas. Toutes ces années, le couple a survécu, j’en suis presque impressionné. Elle finit ses études, lui, a décroché son CDI il y a un an après des études sans accroc. Moi depuis, j’ai changé 3 fois d’orientation, j’ai vogué entre salarié étudiant, précaire, hyper-précaire, travailleur pauvre, chômeur ou volontaire en service civique… J’ai été le roi du mode Parisot : travail précaire et amour précaire. Les courants d’air sous ma couette me glacent soudainement les pieds. C’est que parfois j’aurais voulu qu’elles y restent, et que parfois j’ai été trop exigeant.

Avec cette claque j’ai l’impression d’être plus proche de la trentaine que de mes 20 ans. Ah putain ! Mais c’est le cas… Est-ce que je suis un vieux con ?

Avoir 25 ans et toutes ses dents

À 25 ans, j’ai vieilli à géométrie variable. J’ai fini mes études mais j’ai le travail en dent de scie. J’ai quitté y a bien longtemps le foyer familial, mais je suis toujours en colloc’ et j’ai emménagé à Toulouse sur un coup de tête. J’ai mon permis mais ça fait quelques mois, une voiture depuis quelques jours grâce à mon premier revenu au-dessus du SMIC. J’ai l’impression d’être le roi du pétrole, mais je sais que ça durera pas.

Des copines, j’en ai eu beaucoup, parfois ça a duré quelques mois, d’autres quelques semaines, souvent même ça n’a jamais vraiment commencé. J’arrive à m’imaginer des années avec certaines, les autres, j’espère qu’elles s’imagineront rien le lendemain. Les trentenaires m’ont souvent l’air de vieillards, les étudiants de gamins. Il m’arrive de proposer « ce soir on fait une bouffe tranquille à la maison avec des amis ? » Mais 3 fois sur 4 ça fini à 6h du mat’ sur Sexy Sushi. On met toujours la misère aux jeunes qu’on croise en soirée question endurance. Et j’arrive pas à prévoir mes fêtes plus de 3 jours à l’avance.quand_je_serai-51aa2

Bref, je sais plus vraiment ce que je suis, un vieux qui n’a pas grandi ou un jeune qui a déjà vieilli. J’ai 25 ans, l’âge qui ne veut plus rien dire. Et le mariage de mon pote me rappelle que je nage en plein océan sans savoir où est la côte.

Question de modèle

Mais tout ça, c’est une question de modèle. La famille prend des nouvelles à chaque rendez-vous. « Alors, une copine ? » « Oui, non, peut-être, je suis pas sûr, ça dépend. » la réponse change à chaque fois et laisse tout le monde sur sa faim, moi compris. La pression est gentillette aujourd’hui, on sait que ça n’a pas toujours été le cas. Mais les cousins, cousines et petite sœur ont l’air de s’y conforter en bons élèves. Au fond on aimerait voir la fierté de nos grands-parents, leur offrir une certaine confiance sur notre avenir avant qu’ils n’aient plus l’occasion de le voir. On aimerait redonner l’amour qu’on nous a donné enfant, partir dans une nouvelle aventure qui rompt avec la boucle sans fin du jour le jour.

D’un autre côté, la vie nous lance le défi de l’insouciance. Le modèle qui fait sauter les cadres mais qui est parfois un cadre tout aussi oppressant. C’est l’enivrement de l’inconnu qui se renouvèle en permanence, l’anti-modèle de nos parents qui nous a semblé si ennuyeux des années durant. C’est se défouler jusqu’à l’aube, se lever après 2 heures de sommeil pour profiter de la journée et recommencer le soir même. C’est la tête qui 2009-04-26_lecrapaud-liniger_serai-vivanttourne quand on danse avec une inconnue, les rires à en pleurer avec beaucoup de nouveaux amis.

Mais c’est aussi se sentir seul dans une immense fourmilière, manquer d’appui en pleine montagne russe. Ne rien prévoir ce n’est pas qu’un choix, c’est aussi la contrainte du quotidien dans ce monde qui va à mille à l’heure, qui précarise tout et tout le temps, du monde du travail à la vie privée. Ralentir c’est risquer de tomber, voir le train passer, rester au bord de la route. Il y a l’horreur de cette hypocrisie quotidienne, ceux qui ne vivent que pour montrer qu’ils mordent leurs journées à pleine dent : le trip « m’as-tu vu ? » parfois plus conformiste que la famille catho-proprette. Elle se mêle à la peur du regret qu’on voit dans les yeux de beaucoup. Le regret d’avoir déjà cette vie derrière, de ne penser « au bon temps » qu’au passé et de s’aliéner au dépend de ces plaisirs si simples.

 

Le mariage de mon pote, c’est une merveilleuse nouvelle. Lui a trouvé sa voie et ça me fait vraiment plaisir. Plus que la liberté d’être au milieu de l’océan, j’ai l’impression que les jeunes d’aujourd’hui sont tiraillés entre deux modèles très restrictifs. Ils sont pris entre deux feux nourris et les prises de conscience sont déstabilisantes.

Finalement mes rétro-plannings ont eu tout faux. Mais c’est pas bien grave. Des déclics me feront bouger d’un côté ou de l’autre, des rencontres peut-être. L’essentiel c’est de kiffer ces repas entre une dizaine d’ami-e-s et ces soirées qui laissent de très vagues souvenirs sans compter ni les années devant, ni celles derrière. Mêlons les soirées Playstation, aux réunions interminables, les litres d’alcool avec les pièces de théâtre.

On a testé pour vous, avoir l’âge de ne pas en avoir.

Romain JAMMES

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Les Chroniques des Luttes : Besoin d’une troisième voie ?

Si je vous donne les chiffres vous allez me dire que c’est une catastrophe. (hop hop hop, quelques recherches et voilà les plus spectaculaires). Entre 1980 et 2007, 1 900 000 emplois ont été détruits et seulement dans l’industrie. (Vous noterez que la crise financière ne commence qu’en 2007). Parce qu’entre 2009 et 2011 c’est 55 769 suppressions dans le même secteur. En somme, c’est un « plan social » généralisé qui est mis en œuvre dans l’ensemble de notre pays. L’ambiance nous rappelle un certain jeudi d’octobre 1929. Déjà 3 millions de chômeurs et une dynamique qui ne laisse pas présager de glorieux lendemains. Les économies locales sont asphyxiées par les plans sociaux successifs des grosses entreprises qui faisaient « vivre nos pays ». Les petites boites, elles, coulent les unes après les autres, puisque leurs activités dépendaient des commandes générées par la présence de plus grosses firmes. Dans tout ça, les familles qui voyaient déjà leur pouvoir d’achat fondre d’année en année, accueillent le chômage et la précarité dans leur quotidien. Avec ça, c’est l’angoisse, la peur qui s’installe progressivement dans les foyers. L’angoisse de ne plus pouvoir vivre convenablement, la peur de ne plus avoir le minimum vital. Pour beaucoup, il ne reste et ne restera que la rage dévorant leurs entrailles pour tenir l’hiver qui s’annonce. La rage, de n’être qu’une « variable d’ajustement » pour ceux qui ont retiré et retirent encore les fruits de leur labeur. La rage, d’avoir vu leurs exploits collectifs passer derrière le « juste profit ». La rage, de voir l’humain réduit en poussière par le triomphe de la cupidité. Que peut il nous rester d’autre que l’envie de lutter pour notre survie, alors que le gouvernement ne veut plus rien pour nous face aux financiers ? Ce gouvernement de couards et de masochistes qui en votant le dernier traité européen, s’est lié les mains pour justifier son inaction. Que de belles promesses et de ministères aux grands noms. Pas un kopec n’ira au redressement productif, pas un n’ira pour le développement de l’économie sociale et solidaire. Leurs annonces et leurs bonnes intentions ne suffiront pas, s’ils ne se donnent pas les moyens juridiques et financiers d’enrailler la fuite en avant du capitalisme.

Un gouvernement voulant défendre l’intérêt général, devrait embrasser les intérêts des travailleurs. Mais quel baiser recevons nous, si ce n’est un baiser empoissonné ? Un baiser pour nous faire accepter nos conditions. Un baiser pour nous faire culpabiliser de ne vouloir travailler pour rien. Nous serions de puérils enfants gâtés refusant de lâcher leurs jouets. Des « privilégiés » disent-ils. Et de quels privilèges parlons-nous ? Des droits que nos aïeux ont obtenus et qu’ils auraient voulu nous léguer pour que nous ayons une vie meilleure. Ces droits acquis au prix des corps meurtris ou des organes tuméfiés par les journées passées à l’usine ou dans les bureaux pourris par l’amiante. Devrions nous aussi passer nos vies à produire pour en crever? Pour certains, nous serions aujourd’hui tous de jeunes fainéants, des fainéants responsables de la montée du chômage. Des fainéants de travailleurs parce que nous ne travaillons pas assez et que nous coûtons trop cher ou des fainéants de chômeurs, parce que nous ne travaillons pas et que nous coûtons trop cher. Tout cela me fait sourire. Le coût du travail, n’est trop élevé que dans la tête de ceux qui veulent des rendements à deux chiffres sans se retrousser les manches. Le coût du travail doit être au dessus du coût de la vie. Si, nous ne pouvions plus manger, nous soigner, nous loger correctement, nous ne pourrions plus consommer les produits fabriqués par leur main d’œuvre dite « bon marché ».

C‘est vrai, la révolution 1917 n’a pas débouché sur l’émancipation collective promise. Mais le système économique libéral et capitaliste n’a t-il pas encore prouvé sa capacité  à détruire le vivant  ? N’est il pas le moment de mettre en place un projet politique innovant ? Une troisième voie doit être trouvée entre le néo libéralisme de Milton Friedman et de l’économie soviétique, pour qu’enfin l’humain soit mis au centre du système. Cette alternative est possible et de nombreuses personnes tentent aujourd’hui de la défendre. Et c’est ce que nous tenterons de faire dans les chroniques des luttes en donnant la paroles aux femmes et aux hommes combattant le cynisme de notre économie mondialisé.

YAGOUBI Florian

A suivre : Sanofi : Comme une envie de nationaliser.

3 millions de chômeurs : le salariat semble à l’aube de sa disparition.

Depuis la limitation des déficits publics imposée par le traité de Maastricht, donnant aux gouvernements européens un prétexte pour mener des politiques d’austérités qui contractent nos économies, (note au lecteur : c’est là qu’il faut respirer) nous faisons face depuis des années à la baisse progressive du pouvoir d’achat et une baisse notable de la croissance dans l’ensemble des pays de la zone euro. Et pourtant nous avons fait des efforts, pour « fléxibiliser » le marché du travail à coût de contrats de plus en plus précaires. Nous avons aussi fait une croix sur les revenus du capital et les larges bénéfices des multinationales, en leurs offrants de douillettes niches fiscales. Pour pouvoir suivre l’exemple de la grande et compétitive économie allemande, certains ont même eu la brillante idée de supprimer petit à petit l’exception française qu’est la sécurité de l’emploi permise par le Contrat à Durée Indéterminée. Et nous y voilà, après près de 30 années de politiques libérales nous avons enfin réussi, nous sommes à l’aube de l’abolition du salariat. Nous avons atteint la merveilleuse barre des … 3 millions de chômeurs.

« Et oui, encore un peu plus d’individus se voient libérés de l’esclavage moderne qu’est le salariat. Ces ex-prolétaires vont enfin avoir le temps de consommer pour pouvoir relancer nos économies. » C’est ce que nous aurions pu se dire ce matin, mon colocataire et moi,  en regardant une des chaines d’information en continue, notre café à la main. Mais nous avons malheureusement reçu cette nouvelle ahurissante comme un coup de poing dans la figure. Mais d’ailleurs, Pourquoi ? C’est vrai, quand j’y repense, nous n’avions pas perdu nos  emplois dans la nuit et les universités n’avaient pas été fermées. Et même, si nous ne gagnons pas bien nos vies, la débrouille nous permet encore de prendre un peu l’air. Pourtant le malaise a persisté toute la journée, mes collègues n’avaient que cette nouvelle à la bouche, oubliant leurs longues et insouciantes conversations à propos des nouveaux smart phones. La nouvelle sembla inquiéter jusqu’à ma banquière, qui a accueilli le chèque rémunérant mon job d’été comme une libération. Une chape de plomb semblait avoir recouvert la ville de Toulouse. Elle qui est habituellement si lumineuse et vivante, grâce à l’inébranlable joie dont s’affuble sa jeunesse, s’est éteinte dans l’incertitude et le doute. Tant de questions nous ont alors envahis. Si bien que fumer cigarettes sur cigarettes à en crever, pouvait nous paraître comme le seul projet à notre portée, le seul que nous puissions encore contrôler. Devrons nous laisser nos rêves de côtés, pour être boucher, ou que sais-je , charcutier ? Devrais-je retourner travailler dans la restauration qui n’a que faire du droit du travail ? Mon job d’été sera-t-il mon cercueil ? Voilà bien, les seules angoissantes questions soulevées par nos brillants journalistes télé. Et dans ces conditions comment pourrions nous faire des projets quand ils sont rongés par l’angoisse ?

Dans ce climat social délétère, relancer l’économie ne semble pas une mince affaire. Mais d’ailleurs, je n’ai pas l’impression que notre gouvernement souhaite faire autre chose que rassurer les marchés financiers et continuer la politique qui nous a mené dans cette situation pathétique. Nous sommes bien loin de l’époque où Pompidou mettait en garde Jacques Chirac contre une révolution si l’on dépassait les 500 milles chômeurs. Aujourd’hui, à des kilomètres de ce genre de considération, les socialistes sont prêts continuer la saignée dans les dépenses publiques amorcée par la droite. Alors que cette politique a fait ses preuves, que ce soit en Amérique du sud, en Grèce et Espagne, en terme d’explosion du chômage et par conséquence de la misère. Mais non, aujourd’hui, il n’y avait pas un journaliste pour parler du nouveau traité européen, que notre président souhaite faire passer tranquillement par le parlement. Alors que celui ci, dans la lignée des politiques austéritaires précédentes, obligera les États a réduire leurs déficits publique à 0,5 % du PIB, sans se soucier qu’il engendrera nécessairement un effondrement des nos économies et donc une augmentation du chômage. Ainsi, j’ai bien peur que notre gouvernement ne veuille nous laisser plus de temps libre, sans moyens pour l’occuper.

YAGOUBI Florian

Ces jeunes qui nous emmerdent

Je crois que mon installation à Toulouse, rue Pargaminière (oui vous savez la rue où tous les étudiants se rassemblent la nuit pour s’évader de leurs train-train par la consommation de stupéfiants plus ou moins légaux dans l’ambiance tumultueuse me rappelant mes tendres et sonores cours de récrée)… donc, cette rue m’a fait comprendre que les jeunes (tout comme moi) sont tout simplement des emmerdeurs. Au bout de deux semaines à ne plus dormir mes sept heures par nuits, je suis à bout, fatigué par ce bordel incessant. Alors voilà, c’est fini, il n’y a plus de langues de bois qui tiennent, je vais tout déballer le crasseux, l’indécent. Et même si pour cela, je dois m’opposer à cette société où la tolérance est devenue une marque de fabrique, je ne m’émerveillerai plus devant cette jeunesse bruyante et les nommerai « petits cons » comme il se doit. Il est grand temps de montrer du doigt cette catégorie de population particulièrement dangereuse car foncièrement irresponsable. Et s’il nous faut la discriminer, l’entraver voire la contrôler, « c’est bien évidemment pour son bien » comme me l’expliquait mon incroyable et misanthrope grand père tout en rajoutant «  tu le comprendras plus tard ». Et je t‘ai enfin compris Papi et c’est pour cela que j’ai décidé de m’opposer à cette société qui a fait de la jeunesse éternelle son porte drapeau pour justifier la consommation irresponsable.

Mais d’ailleurs ces jeunes qui picolent en bas de chez moi, n’ont ils pas de maison ? Et s’ils en ont une, nous pourrions peut être les faire rentrer chez eux ? Les faire s’affaler tranquillement sur leurs canapés qu’ils allument comme tout le monde leurs télévisions mais le son pas trop fort pour ne pas réveiller la grand mère du septième. Pour cela, nous avons su rivaliser d’ingéniosité afin d’écarter cette catégorie de population ayant une tendance naturelle à venir troubler la quiétude des espaces publiques et marchands. Dans cette optique, la Grande Bretagne a été capable d’incroyables innovations en matière d’anti-jeunisme. Poussée par le déferlement brutal d’une multitude de jeunes dénués de valeurs dans leur espace public en 2011, elle a su se munir de dispositifs visant à éloigner ces individus aux comportements nihilistes et parasitaires. Parmi les différents mécanismes nous connaissions déjà l’alarme Mosquito, émettant des sons suraigus seulement audibles par les humains de moins de 25 ans dans le but de les faire détaler comme de vulgaires chiens errants. Mais certains centres commerciaux ont eu la grandiose idée de diffuser de la musique classique afin de se débarrasser de ces agitateurs plus habitués aux musiques de voyous (solution alliant l’élégance et la noblesse d’une grande musique pour une incroyable efficacité ). Ainsi les jeunes renvoyés devant leurs télévisions sous la coupe de leurs familles n’entravent plus nos lieux publics. La famille devient alors responsable de tout comportement anti-sociaux, rendant la sanction de ces dites familles possible, magistrale idée capable de réveiller le plus sénile de nos sénateurs : Serge Dassault.

Mais alors s’ils n’emmerdent plus leurs mondes, que pouvons nous attendre de ces « petits cons »? Ou plus simplement, que pouvons nous attendre d’irresponsables ? C’est pourquoi il est très important de faire la distinction entre deux catégories d’irresponsables. Ne soyons pas négatifs, il y a des bons et des mauvais jeunes. Le bon jeune est beau, il sourit, il danse au rythme des sons endiablés des soirées du Macumba et surtout il ne pense pas, non monsieur, il ne pense pas, il consomme. Et si vous n’avez pas encore l’image en tête, je vous invite à regarder une des nombreuses séries de télé-réalité dans lesquelles évoluent quelques jeunes ingénu(e)s parfois aussi touchant qu’Amélie Poulain par la simplicité de leurs rapports au monde. Affublé d’une imbécile fraîcheur, le bon jeune est alors désireux d’obtenir un travail à n’importe quel prix, acceptant ainsi les offres les plus farfelues les unes que les autres tel que travailler à la communication de l’armée avec pour seul salaire : l’hébergement. Le jeune est ainsi capable de voir dans l’effrayante banalité d’un travail précaire, l’exceptionnelle possibilité de se sentir utile.

Le mauvais jeune quand à lui est une véritable menace pour notre grande est belle société de la juste jouissance. Dealer, chômeur, communiste, parfois même adepte de cet art obscure qu’est la psychanalyse (liste évidemment non exhaustive), cette mauvaise graine n’accepte qu’à contre cœur les joies de l’angoissante précarité. On dit souvent qu’il arrive chez nous, qu’il est dans nos maisons et surtout qu’il n’est pas de chez nous. Les médias nous le dépeignent souvent comme fainéant, voir même un peu voleur ou obsédé ; à squatter nos cages d’escaliers casquettes à l’envers, le jeans laissant apparaître le scintillement de sa douce et heureuse lune. Alors qu’il pourrait tout simplement mettre son costard, voter à droite et gentiment fermer sa gueule. Pour tout vous dire, le problème : c’est que le mauvais jeune l’ouvre un peu trop. Il s’indigne, il s’insurge contre un ordre social qu’il ne trouve pas si sécurisant. Et c’est bien c’est revendication tonitruante sous-entendant une volonté d’égalité qui irrite les tenants du système. Ainsi toutes contestations, toutes revendications émanant de la jeunesse sont facilement discrédité et qualifié de « chahut de gamin ». La réaction paternaliste de la droite lors de l’implication massive des lycéens contre la réforme des retraites en 2010 nous en dis long sur la question. De cette manière Eric Zemmour expliquait à la jeunesse qu’elle était manipulée par de malfaisant syndicaliste et qu’en descendant dans les rues elle s’opposait à une réforme qui malgré les apparences étaient faites pour son bien. Enfin bon on en revient toujours aux même laïus : « c’est pour ton bien mon enfant » , « tu comprendras plus tard ». Mais en fait j’en ai ras les ovaires, alors je ne répondrais plus qu’une seule chose à ces pantouflards acariâtres, pédants voir incompétents : « dégagez les vieux cons ».

En réalité nous représentons une catégorie de nouveaux entrant dans le monde. Nous revendiquons le droit au travail et à la jouissance d’une vie au moins aussi paisible que nos aïeux. Et c’est donc naturellement que nous nous heurtons à la résistance de ceux qui sont déjà bien installés et qui ne souhaitent en aucun cas voir leurs situations contestées. La définition de jeunes et de vieux est alors complètement étrangère à la notion d’âge : le premier tente de s’intégrer à la société, le second refuse de partager le capital social et culturel qu’il a accumulé. La jeunesse est donc intrinsèquement liée à une remise en cause de l’ordre établi. L’idée de jeunesse est par conséquence liée à une évolution de nos structures sociales et donc à une sorte de « révolution ». Sortie des clichés nous représentant comme d’irresponsables hurluberlus, aux comportements anti-sociaux, nous sommes avant tout les acteurs d’un mouvement permettant à nos société de progresser. C’est donc pour cela que les jeunes « emmerdent tout le monde », et nous allons continuer. C’est pour votre bien, vous le comprendrez plus tard, si vous êtes encore vivant Monsieur Dassault.

YAGOUBI Florian

Photos de William Gonnet

Archive : Pourquoi je fraude les transports…

Après plusieurs discussions avec des amis nous avons pris l’initiative d’écrire ensemble cet article. Aujourd’hui, pour une grande part des jeunes, la fraude des transports publics est devenue un acte banal. Il l’est à ce point que nous n’en sommes plus à ne pas nous offusquer d’un tel acte mais plutôt à s’étonner chaque fois que l’un d’entre nous est dans la légalité.

Nous pourrions avec la plus grande habileté en faire un geste militant. Affirmer que c’est parce que nous considérons que le transport public doit tendre à être gratuit que nous faisons de la résistance civique. Mais pour être tout à fait honnête, ce n’est pas le cas. À y penser plus sérieusement, frauder un service public nous fend le cœur à nous, militants de gauche, alors que nous sommes les premiers à vouloir le défendre. Il faut donc trouver autre-part la raison de notre geste.

Cette autre-part, elle n’est pas bien compliqué. Nous sommes jeunes, étudiant/salarié (à mi-temps) pour l’un, jeune précaire pour l’autre (également à mi-temps). Nous habitons non-loin de nos lieux de travail et d’étude et n’avons ni de voiture ni de permis. Et habitons en collocation à Corbeil-Essonnes. Cela plante le décor de l’état de nos revenus et explique certainement notre attitude. Car c’est bien pour des raisons économiques que nous ne voulons pas payer le train. De nombreuses rencontres, à travers nos études, nos emplois ou nos loisirs nous pousse à aller régulièrement vers Paris. C’est de plus en plus souvent le cas, d’autant que les activités manquent en lointaine banlieue, en semaine comme le week-end, pour des jeunes qui cherchent à s’amuser à moindre frai.

Actuellement, un billet de RER vers Paris nous coûte plus de 6€. Ce qui veut dire 12€ l’aller-retour. Une somme qui dépasse déjà le budget d’une soirée moyenne pour nous. Nous pourrions rester chez nous dans la légalité, uniquement voir nos connaissances locales. Nous pourrions venir les mains vides chez nos amis parisiens, sans bouteille à partager ou sans possibilité de prendre un verre au comptoir. Nous pourrions boycotter les nombreux concerts gratuits, les rassemblements festifs ou militants. Il n’est pas difficile de mesurer l’exclusion sociale regrettable que conduirait l’un de ces actes. Nous considérons comme un droit le fait de pouvoir circuler, s’épanouir et s’émanciper dans toutes ces activités.

Mais en toute considération cette situation ne peut plus durer. Voilà des années que plusieurs fois par semaine nous sommes des délinquants. Voilà des années que nous regardons derrière nous au moment d’enjamber les bornes. Des années à mentir aux contrôleurs, en leur donnant un faux nom, une fausse adresse : une humiliation pour des jeunes qui ne cherchent que la liberté.

Cette situation, nous la vivons comme des milliers de jeunes. Elle n’a pas de sens, la société ne doit plus être si hypocrite, elle ne doit plus cloisonner ainsi les espaces, rendre la mobilité difficile. Elle met en place toutes les conditions pour que chacun reste enfermé chez soi, ferme un à un les espaces de rencontre près de chez nous, en transformant nos villes en dortoirs, et en dressant des murs pour nous empêcher d’en sortir…

Une politique du transport doit donc pouvoir répondre à ce problème, soit en augmentant les salaires, soit en rendant les transports gratuits pour les plus modestes, et pourquoi pas pour tous. Ce n’est pas une question annexe, c’est un choix de société : permettre à tous de vaincre la barrière de la distance et l’enclavement de certains quartiers. C’est favoriser l’échange, l’éveil culturel et intellectuel et le lien social. Nous ne désespérons pas que cela arrive un jour chez nous…

Florian Yagoubi & Romain Jammes