« Pas ce soir chéri, j’ai la migraine… »

Ce mythe, tout le monde le connaît. La migraine, la fatigue, on se lève tôt le matin, on a la flemme, il fait trop chaud, trop froid, trop moyen… Bref, dans un couple, parfois, bah on n’a pas trop envie de faire l’amour. Ça arrive, ça peut ne pas paraître grave avec du recul.

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Seulement voilà, dans une société patriarcale, nous, les mecs, on a envie donc on doit être satisfait. C’est comme ça, c’est la domination masculine. Alors comme il faut bien convaincre notre partenaire de passer au billot (avec des formes franchement moyennes parfois), on invente une culture de soumission volontaire. Alors Elle, grand magazine progressiste, s’est donc essayé à l’exercice. Un article, Faut-il se forcer à faire l’amour ?, qui est un exemple du genre. Et oui, ils sont bons élèves chez Elle !

Un curieux déséquilibre

Elle annonce tout de suite la couleur. On va vous parler de femmes. Oui parce que, je sais pas si vous étiez au courant, mais en fait le plaisir, pour Elle, c’est surtout un truc d’homme. Donc forcément, avoir envie de sexe c’est un truc masculin. Rassurez-vous, on n’en est pas au premier. On a toujours convaincu les hommes qu’ils avaient des besoins irrépressibles et qu’il fallait qu’ils les assouvissent. D’un autre côté, on a toujours pris soin de ne pas apprendre aux femmes l’étendue du plaisir qu’elles pouvaient avoir. On s’est même entêté jusqu’à leur ôter le clitoris, c’est vous dire si on est con.2

Bref, cette construction culturelle a plusieurs conséquences. On retrouve l’idée selon laquelle les femmes vont faire une faveur en couchant avec un homme. On a le droit à des variantes comme les femmes qui couchent par intérêt pour que leur cher et tendre répare l’étagère du salon. Plus dur, il y a l’idée que c’est un devoir (« Après tout, on est mariés merde ! »). Ou son corollaire : « Pour le maintien de mon couple, il faut bien que je me force un peu… »

Seulement, entre le « pour mon couple », « pour lui faire plaisir », « parce que c’est un devoir » et « pour pas qu’il me foute sur la gueule » y a parfois des nuances assez floues.

La culture normative

Alors l’article analyse un peu ce phénomène. Enfin, ce sont surtout des hommes scientifiques qui interrogent des témoignages de femmes. Histoire de  rien faire de travers. Pour couronner le tout, on a le droit à des psychologues-psychanalystes. De là à dire qu’on fait l’amour parce qu’on a envie de manger son caca il n’y a qu’un pas. Du coup, ce qui est sympa, c’est qu’on y apprend plein de choses très utiles :

  • Entre toutes les raisons pour se forcer, la moins grave, c’est « par amour ». Comme étude scientifique on a fait mieux. Une bonne petite pilule par amour ça passe tout de suite mieux hein. C’est un élément normatif qui n’a souvent pas d’autre rôle. Et il ne marche souvent que dans un sens : « Il m’a tapé dessus mais c’est parce qu’il m’aime ! » Oh c’est mignon…
  • « Dire non très clairement peut souvent dégénérer en une dispute », « C’est une manière de ne pas vexer mon fiancé ». On sort bien du cadre du plaisir ou de l’amour, c’est clairement pour ne pas subir une forme de répression même si l’article l’aborde de manière anodine. On lit même que c’est « pour ne pas blesser son partenaire plus que par abnégation » hum… C’est quoi la différence ?
  • « Si j’ai parfois la flemme de m’y mettre, je ne regrette jamais après », « L’appétit vient en mangeant ». Traduction pour les hommes : Ne vous en faites pas, si elles disent NON au début, ce sera OUI après. Traduction pour les femmes : allez quoi, ça fait mal au début, après ça va mieux !
  • Si ce sujet est « tabou » c’est que nous sommes dans « une société qui érige la libido en valeur maîtresse » dans le couple. Marrant comme l’article réduit la portée d’une pratique qui a plusieurs siècles (voire millénaires).
  • « La femme ne se refuse pas mais dit à son mari : “Dépêche-toi, qu’on en finisse”, ce qui est encore plus violent que de dire non. » D’après l’article, c’est le refus qui est violent, pas la fatalité de la femme qui est forcée. Entre nous, quand on sait qu’on va être torturée, on veut que ce soit le plus court possible.3

Je suis pas en train de dire que l’article fait consciemment l’apologie du viol. Le phénomène est en recul et pris isolement n’est pas si grave. Moi qui ne subis pas la domination masculine et les injonctions qui l’accompagnent, qui ne suis pas pornographié au quotidien et réduit à mon physique comme un outil pour baiser, il m’est arrivé de me forcer sans traumatisme psychologique. Mais prendre uniquement le cas de femmes, sans préciser pourquoi et en décontextualisant, c’est trop gros pour ne pas être une grossière manipulation.

Bref, un article très joyeux qui se conclut sur deux notes qui encensent tout le message. Il faut fermer sa gueule comme dit Lucie : « Mon mot d’ordre ? N’avoue jamais ! Pour préserver un peu de magie, il faut bien garder une part de mystère et d’intime, non ? » et le mot de la fin pour Docteur Nasio : « C’est un acte de maturité ». Vous kiffez ?

Romain JAMMES


Vous avez un problème avec l’égalité ?

Bon c’est pas tout ça les vacances, mais faudrait peut-être s’y remettre. Au-delà du petit carnet de voyage improvisé que je vous ai fait partager, il faut que je vous raconte. L’été, c’est un espace concentré de rencontres en tous genres. Des gens qu’on ne rencontre pas d’habitude. Soit ils habitent à l’autre bout de la terre, soit on a soigneusement fait en sorte de ne pas trop les croiser. Mais bon, là, c’est les vacances. Alors…

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Bref, entre le premier et le dernier contact (de nature aussi variée comme quand c’est les vacances quoi), il se passe plein de trucs passionnants. Et vous commencez à me connaître, au bout de quelques minutes, le mot obus, celui qui n’aurait pas dû s’inviter dans la conversation (d’après certain-e-s), vient interrompre un monde qui, jusque-là, tournait parfaitement rond : le féminisme.

« Ah, ouais non le féminisme c’est pas trop mon truc… »

Le militant-e-s féministes ne seront pas surpris-es. En général, le féminisme c’est « le truc » de pas grand monde. Ça surprend pas comme ça, pourtant on pourrait se dire : « ah toi, ton truc, c’est de piétiner les femmes ? » Mais on est (parfois) trop poli-e-s. Au-delà des réactions classiques que j’ai déjà décrites et qui sont une nouvelle fois apparues, j’ai quelques perles à vous offrir. Ce sont parfois des interrogations intéressantes, parfois de vrais horreurs. Je vous laisse juger.

  • « Le féminisme c’est juste du paraître, faire semblant d’être parfait. » 

C’est peut-être la moins stupide des interrogations. Même si ça révèle une connaissance très partielle du mouvement féministe. Est-ce que le féminisme est une police du comportement ? Pas vraiment. Mais une chose est certaine, nous avons toutes, et surtout tous, des comportements déterminés par la société patriarcale et qui relaient une certaine domination. Quand on est féministes, on essaye de les limiter. Et à l’inverse, quand quelqu’un a un comportement sexiste, on ne va pas se gêner pour lui faire remarquer. Hein ?!! Quand même ! Mais de là à réduire le mouvement féministe à ça…

  • « Mais t’es maso non ? »images

Evidemment : si je suis féministe, c’est parce que j’aime souffrir. D’ailleurs, j’ai hésité un moment entre le féminisme et fakir (non pas le journal, le mec qui s’allonge sur des pics et travers des allées de braises chaudes). Plus sérieusement, on a tous un avantage, en tant qu’être humain, à vivre dans une société féministe. Déjà parce que moins de domination c’est plus d’apaisement général et ensuite parce qu’on est aussi sacrément déterminés, en tant qu’homme, à avoir un comportement irréprochable de mâle dominant.

  • « J’ai rien contre les femmes mais… » et sa variante plus connue : « j’aime les femmes mais… »

Quelle horreur ! La suite de la phrase ne sert plus à rien, la première partie en dit déjà trop. Le « mais » qui conclut suppose en plus que ce qui suit va être encore pire. Vous savez, je suis le genre de mec qui ne cherche pas trop à avoir à tout prix un casier judiciaire (bon si c’est pour coup et blessure sur misogyne ce sera presque une médaille). Donc, par un élan pacifiste, mon cerveau bloque comme un fusible évite la catastrophe. Je tiens à ma santé merde. Bref, le mec (en général) en prend quand même pour son grade. Je ne suis pas sûr que beaucoup perçoivent que je me retiens, en plus.

  • « Mais y a des différences quand même ! »

Derrière cette remarque, se cache un grave problème de langue française. Bon, en réalité, c’est une rhétorique de mauvaise foi relayée par la propagande patriarcale. Défendre l’égalité, c’est combattre les inégalités. Egalité et inégalités, c’est le contraire (ne riez pas ce n’est pas si évident pour tout monde apparemment). L’inverse d’inégalité, ce n’est pas « uniformité ». Donc, tous les individus continuent d’être différents et bien plus d’ailleurs puisque le but et d’arrêter de les enfermer dans des rôles en fonction de leur genre.

  • « Mais les femmes elles aiment se faire dominer au fond ! »

Mon sang ne fait qu’un tour. Non, la personne que vous avez devant vous n’est pas en train de dire qu’il y a une intégration des valeurs patriarcales de la part de nombreuses femmes. Sinon, il serait le premier à dire qu’il faut d’autant plus combattre la culture dominante. En 2810720570_1général, elle se base sur des sérieuses idées reçues alimentées par une ou deux interprétations biaisées de son vécu relationnel (ou celui de ses proches). Est-ce qu’une femme aime se faire frapper par son mari ? Non. Est-ce qu’elle peut aimer devoir demander une autorisation pour sortir, travailler, avoir un compte en banque, des loisirs, bref, pour vivre ? Non. Est-ce qu’elle aime être dépendante d’un mari qui amène toute la tune à la baraque pendant qu’elle se tue aux tâches ménagères ? Non. C’est ça la domination pourtant. Je suppose que, dans certains esprits, elle se résume au fait que, parfois (et loin de moi l’idée que c’est anodin), elles aiment être plaquées brusquement contre le mur pour un baiser fougueux (ou plus), elles aiment ces jeux qui, à tout moment, peuvent s’arrêter ou se renverser. En somme, elles peuvent aimer ce semblant de domination qui cesse dès qu’elle dit « non ». Sauf que ça, ce n’est pas de la domination.

L’égalité, question de référentiel

Mais la plus régulière, et la plus chiante des réponses d’une certaine manière, c’est celle qui considère le féminisme comme un corporatisme d’activistes anti-hommes. Vous savez la vision à peine exagérée d’un groupuscule d’amazones qui errent dans les rues pour couper les couilles à ceux qui en ont encore. En fait, c’est la vision zémourienne de l’apocalypse.

Le féminisme c’est uniquement défendre les femmes en s’en prenant aux hommes. Ce qui défend des valeurs universelles devient une jalousie du pouvoir masculin, voire une recherche de l’inversion du schéma de domination. Ça donne des conversations de cet ordre :

« – C’est trop anti-hommes quoi, ça veut juste le pouvoir des femmes.

– Bah non ! On défend l’égalité, ni plus ni moins.

– Bah, en tout cas, certaines sont anti-hommes.feminist1

– Moi je n’en ai pas rencontrées. Tu t’y connais surement plus. Tu parles de qui ?

– (réponse vague)

– Donc, non seulement, tu ne sais pas de qui tu parles, mais en plus tu réduits tout le mouvement féministe à ça ? Est-ce que tu ne te dis pas que, dans une société de domination masculine, dès qu’on demande l’égalité on a l’air de défendre uniquement les femmes ? »

Ça pourrait ne pas être si grave si, derrière, les médias ne se permettaient pas de dire que c’est un scoop de rencontrer « un féminisme qui ne veut pas émasculer les hommes » Bref, l’égalité c’est une question de référentiel. C’est au point que ça nous rassure quand quelqu’un-e nous dit qu’on exagère. C’est à ce moment qu’on se dit qu’on est sur la bonne voie.

Comme on dit, «  le féminisme est un mode de pensée extrémiste qui consiste à croire que les femmes sont des êtres humains… »

Romain JAMMES

Le 5 mai pour une république féministe

Je trouve enfin le temps d’écrire quelques mots. J’ai l’impression de griffonner des notes sur du papier humide au fond d’une tranchée. On entend les obus siffler, le paysage politique est un champ éclaté et boueux, les gens y courent dans tous les sens. D’autres s’organisent, mais ce qui est perceptible c’est que la grande masse s’y perd.

Dans ce contexte, difficile d’avoir le cerveau disponible pour écrire. La créativité est aspirée dans la bataille, c’est une arme redoutable mais épuisante et c’est le blog qui en a fait les frais.

Le blog oui, mais pas son objet.

AgnesBihl

It happens again

Il se passe quelque-chose. On ne sait pas foncièrement quoi mais ça gronde comme un bruit sourd qui vient de partout. Un ronronnement qui fait monter la tension et alourdit l’atmosphère. On dirait ce silence avant le déluge, ce creux avant que la vague ne déferle et passe la digue. C’est comme la dernière inspiration avant l’effort.

Ce quelque-chose, ce n’est pas qu’une nostalgie de la Bastille du 18 mars qui refait surface comme un vieux film à la télé. C’est d’abord et surtout le fruit mûr d’un système politique qui a assit son identité en piétinant la souveraineté populaire. Gorgé de sucre, il n’a cessé de grossir durant ces années où un gouffre se creusait entre les citoyens et les élus, où la défiance grandissait à l’égard des institutions. Il s’est gavé de la sève d’une Europe autoritaire et brutale, parangon de la théorie du choc et des non-sens économiques. Trésor caché d’une poignée de financiers et d’élites politiques biberonnées au Friedman.

Il a grossit avec opulence narguant l’univers entier, pétrit de supériorité et de concupiscence. Convaincu de son invincibilité, le lourd poids de sa démence a cassé la branche qui le tenait. Maintenant, il chute en panique devant le destin qui se scelle.

De l’air !

On nous a souvent entendu dire que le pire n’était pas la crise, ce serait que nous n’arrivions pas à en faire un monde nouveau. Mieux, cela va de soi. Cette force qui monte des profondeurs n’est pas celle des timorés qui accrochent leur siège au train-train ministériel. Ce n’est pas celle de ceux qui grattent par-ci par-là des demi-demis (oui on dit quart)… je disais, demi-demi mesure en échange des plus grandes compromissions. Des logements contre la fin du droit du travail ? Quelques profs pour de syndicalistes en prison ?

Ce moment appartient à cette personne (nous tou-te-s) à qui trop de fois on a fait la promesse des lendemains qui chantent. Trop de foi moquée, méprisée, niée jusqu’à ne plus croire personne. Elle chie sur ces menteurs, et ces gestionnaires de force politique comme s’ils géraient un troupeau de chèvres à ne pas disperser.

Il faut de l’air ! Qu’ils dégagent. C’est son tir d’alarme qui sonne trop souvent comme un désespoir. Elle s’en est gorgée comme une biscote dans du café, dans l’anesthésie de la 5e République. Pas de pseudo moralisation, pas d’entente cordiale entre dirigeants politique sur des mesurettes de façade. Encore moins un référendum sur des questions bidons, vous y croyez vous ?

  • Êtes-vous pour la morale en politique ?
  • Est-ce que vous préférez que les politiques tiennent leurs promesses ?
  • Est-ce que vous voulez que les dirigeants politiques, bah genre ils s’occupent de vous ?

Non, il faut faire le ménage ! Et comme un symbole de l’asservissement domestique des femmes. Elles en sont des actrices centrales !

Une République féministe

La 5e République, c’est un peu le modèle familial patriarcal appliqué à la France. D’ailleurs la droite dit qu’il faut la « gérer en bon père de famille », c’est vous dire. Une poigne de fer, une logo_feminismegrosse paire entre les jambes et on essaye de garder la face quoi qu’il arrive. Mais pire que ça, c’est surtout une République d’hommes, en chaire et en os. Les hommes ont été et sont toujours omniprésents et inamovibles.  Ils cumulent 2, 3 ou 4 mandats, certains depuis 35 ou 40 ans. Ils sont entre couilles à l’assemblée, entre couilles au conseil des ministres, entre couilles dans les cabinets ministériels, entre couilles dans toutes les assemblées élues au suffrage uninominal. Les exécutifs importants sont des hommes, les présidents de conseil régionaux, conseils généraux et les maires sont des hommes. Les grands patrons d’entreprises publiques sont des hommes, les conseillers constitutionnels sont des hommes et j’en oublie.

Le coup de balai, c’est socialiser la richesse et socialiser le pouvoir. Foutre dehors ceux qui le tiennent depuis des années, imposer des scrutins qui permettent l’accession de femmes au pouvoir et globalement des institutions plus représentatives. Le coup de balai, c’est aussi prendre le taureau par les cornes et supprimer toutes les subventions aux partis qui ne respectent pas la parité, menacer toutes les grandes et moyennes entreprises de dissolution ou d’expropriation en cas de CA non-paritaire ou d’inégalités salariales. C’est sanctionner le sexisme ordinaire comme la publicité, aussi durement que le racisme. C’est refondre une école qui n’apprend pas un modèle de domination masculin ou hétéro-normé.

Faire table rase et refonder un monde nouveau, c’est l’affaire de tou-te-s donc c’est l’affaire des femmes !

Romain JAMMES

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos soeurs séparées.

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble, on nous opprime, les femmes
Ensemble, Révoltons-nous !

Dernier refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !

La mini-jupe et le viol

Bon c’est les fêtes mais faut pas déconner, le champagne ça monte vite à la tête et ça donne pas que des idées lumineuses. Je ne parle pas spécialement que de Boutin qui, au lieu de se noyer dans l’eau bénite, a renvoyé d’un revers de mains l’idée d’un mariage pour tou-te-s. Après tout, les homosexuel-le-s peuvent, comme tout le monde, se marier avec une personne de l’autre sexe, alors pas de faux débat.

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Mais comme je le précisais il ne s’agit pas de ça, mais d’une chose plus grave que l’illumination d’une décérébrée. Cette fois, ce sont des mecs, ils sont plusieurs, ils ont le pouvoir, et ils vivent dans un monde enchanté (pour les hommes) où c’est la fautes des femmes si elles se font violer.

Non, vous ne rêvez pas, au Swaziland, on a décidé de  réactiver une vieille loi coloniale(oui on est doués pour inventer ce genre de trucs) datant de 1889 qui puni le port de la jupe parce qu’il « facilite le viol ». Sinon tout va bien ?

La femme et le patriarcat

Qu’on se mette d’accord tout de suite. Je ne vais pas vous faire le coup de l’Afrique folklorique comme nos bons journalistes sont capables de le faire. La culpabilisation de la femme en cas de viol est un phénomène récurrent dans notre société. Sa parole est toujours très largement mise en cause. Tout est bon :

  • Elle a été aguicheuse,
  • Elle n’a pas vraiment dit non,
  • Elle ment tout simplement pour se venger
  • Ça fait quelques années, il y a prescription.

On a bien sur vu pire : puisque Banon a ressorti son histoire avec DSK pour toucher le pactole et être médiatisée ou que Diallo a trouvé le bon filon pour se mettre à l’abri de tout ennui financier. Ne levez pas les yeux, tout ça je l’ai entendu dans les médias mais aussi très largement autour de moi.clementine-autain-viol-nouvel-obs

Évidemment notre société condamne officiellement le viol (même s’il l’accepte quand est payant mais ça c’est un autre débat). Mais évidemment à 2% des accusés réellement condamnés il y a une certaine marge. Et les condamnations sont parfois à la hauteur de l’affaire du viol collectif de septembre dernier. Vous savez, celle où les journalistes parlaient de tournante, comme au ping-pong ! Ça a l’air tellement ludique.

Le phénomène général qui se cache derrière tout ça est stupéfiant. Il existe un monde dans lequel nous évoluons et qui pour nos fabuleux hommes est tellement immuable que toute subversion tient du contre nature. Évidemment, comme dirait Didier Super, quand on est convaincus qu’on a raison, on a plus besoin de se casser le cul à réfléchir. Revenons-en à nos moutons. Nous vivons dans un monde où naturellement les hommes ont des envies irrépressibles de femmes et c’est comme ça.

Donc il faut bien que les femmes s’adaptent à nous, infâmes prédateurs, et arrêtent de nous montrer leurs seins et leur cul à tout bout de champ. Ou alors seulement quand on veut bien : c’est toujours agréable de voir une paire de nichon sur une pub pour un yaourt. Il nous vient plein d’idées hyper-catholiques. Donc comme c’est naturel, ça ne peut pas vraiment être de la faute de l’homme s’il y a désir ou viol, mais de la faute de la femme qui n’a pas suffisamment caché son corps. Que ce soit clair, la solution c’est le voile intégral ou la robe de nonne pour tout le monde !

CFCV_CHAMBRE_HDCette logique est évidemment omniprésente dans la société patriarcale puisque nous sommes persuadés que si les femmes occupent 80% des tâches ménagères c’est en grande partie par goût. Goût pour s’occuper d’un enfant (leur fonction naturelle), goût artistique pour la décoration, goût de la cuisine ou autres foutaises… De toute évidence il ne faut pas y voir l’exercice d’une domination culturelle mais un fait naturel qui contente bien mes homologues à phallus.

L’homme dans tout ça

Il y a des hommes qui rappellent toujours la condition dans laquelle les met notre société patriarcale. Parfois c’est hypocritement les exceptions qui confirment la règle comme les viols ou la prostitution d’hommes de la part de femmes. Bien sûr il ne s’agit pas tant de confirmer que de combattre les analyses féministes. Parfois c’est un nombrilisme patenté quand on pleurniche sur les inconvénients des caractéristiques du genre masculin.

Je ne suis pas dans cette optique, néanmoins, cette loi au Swaziland et la logique qu’elle soulève ne sont pas vraiment reluisantes pour les hommes. Évidemment, certains s’accommodent bien de l’autorisation à violer qu’offre la solidarité masculine de la justice patriarcale. Mais elles nous repeignent, au passage, comme des gros bœufs incapables de se contrôler et pour qui le moindre bout de chair nous fait tout oublier de ce qu’il y a entre les deux oreilles.

La jupe et le viol, c’est donc un grand symbole de l’émancipation des femmes. Il y a du boulot parce que les forces réactionnaires se défendent, ici comme au Swaziland, ceux qui vous pornographient sur les pubs comme ceux qui vous enferment derrière un voile.

Romain JAMMES

Le nombrilisme des hommes face au féminisme

Si vous suivez régulièrement ce blog vous avez peut-être remarqué chaque polémique que provoque nos articles féministes. C’est un p’tit bonheur pour nous parce que c’est un peu l’objectif. Tout ce qui est iconoclaste bouscule et il y a forcément des réactions (plus ou moins intelligentes). Ces réactions sont si systématiques et parfois si violentes qu’on croirait à une réaction du système patriarcal défendant ses intérêts. Je dis ça…

Bien sur, le grand classique, celui que TOUTES les féministes ont eu le VERITABLE bonheur de croiser, c’est le mec (oui c’est toujours un mec) qui est obligé de tout rapporter aux hommes. Vous le connaissez aussi ?

  • « Ouais tu sais y a plein de mecs violés aussi ! »
  • « Non mais le harcèlement sexuel, c’est aussi des mecs qui le subissent… »
  • « C’est affreusement dur d’être un homme aussi. D’être obligé d’être viril et dominant »
  • « Non mais regarde maintenant y a aussi des mecs à poil sur les pubs. »
  • « Y a des hommes prostitués aussi, rien à voir avec la domination masculine donc… »
  • « Non mais y a des féministes, on dirait qu’elles veulent juste éradiquer les hommes. » (Parfois je les comprends).
  • Et j’en passe… (vous pouvez compléter dans les commentaires.

C‘est agaçant, forcément. Surtout pour qui se bat contre l’omniprésence des hommes dans la culture, la politique, l’économie,… Enfin dans tout ce qui est le plus valorisant socialement et économiquement en fait. Donc pour une fois qu’on parle de femmes, on aimerait bien que les nombrilistes la mettent en veilleuse.

L’empathie masculine

Je crois que la chose que je trouve la plus extraordinaire (ou je peux dire pathétique pour ceux qui ont du mal avec le second degré) c’est la capacité des hommes à être empathiques… avec eux-mêmes. En effet, toute critique du comportement « des hommes » est prise pour une critique personnelle. Ça donne souvent du…

  • « Non mais quand je drague ce n’est pas une violence machiste moi, donc tu peux pas faire de généralités. » Là l’homme en question ne se rend simplement pas compte qu’il participe à son échelle à la domination masculine. C’est touchant.
  • On a bien sûr également « Tu peux pas dire que les hommes sont violents, regarde, je ferais pas de mal à une mouche. » Là, l’homme, même quand il a fait des études, oublie qu’on étudie des phénomènes sociologiques de masses. Même si lui n’est pas violent, force est de constater que dans l’ensemble de l’humanité, la violence est un moyen assez classique, pour l’homme de rappeler à la femme son statut de dominée. De même, l’homme se disant non-violent oublie qu’il n’y a pas que de la violence physique…
  • à compléter…

À l’inverse, dans notre société, l’empathie envers les femmes victimes de la violence masculine a du mal à passer. On sous-entend une certaine responsabilité en cas d’agression ou de viol. Une manière de dédouaner l’homme qui reste profondément ancré dans notre société. On ne comprend pas qu’une femme puisse considérer comme une violence le fait qu’on lui dise qu’elle est belle. On ne comprend pas l’exaspération de se faire renvoyer ses ovaires à la gueule sur des sujets qui n’ont strictement rien à voir… L’homme a une empathie à échelle variable, comme une conscience de classe peut-être.

Les violences sexistes

Pour autant, ne nions pas l’évidence. Oui : des hommes subissent des violences (cap’tain obvious!). 9% des victimes de viols sont des hommes. Évidemment ce chiffre ne précise pas que même dans ce cas la plupart des violeurs sont quand même des hommes. Il cache également la régularité des viols chez de nombreuses femmes : jusqu’à plusieurs fois par jour. Au final, sur les 206 viols quotidiens ça fait pas lourd. Pourtant, alors que les féministes analysent à raison le viol comme les résultats et un outil de la domination masculine, certains se sentent tout de même légitimes à exhiber une petite minorité. Parfois, c’est simplement par rejet irrationnel du fait que l’on ne parle que de femmes (on est pas habitués merde!). D’autre fois c’est pour invalider le lien (même inconsciemment) entre la violence dénoncée et la domination masculine. Le viol est un phénomène de masse qui est massivement subi par des femmes et fait par des hommes.

La remarque est la même pour d’autres violences sexistes. Les hommes représentés nus sur des pubs répondent-ils au même phénomène sociologique que les femmes dans ce cas ? Est-ce que ce sont les hommes qu’on soupçonne de coucher avec le patron dès qu’ils réussissent ? Ce sont les hommes qu’on réduit à des bouts de viande dès le plus jeune âge ? Ce sont les hommes qu’on identifie enfant à des princesses potiches attendant le prince charmant ? Ce sont les hommes qu’on matraque de « compliments » (lol) dans la rue ? Ce sont les hommes à qui on dit « soi beau et tais-toi » ? C’est bien la masse des violences qui fait sens, toute violence est condamnable, mais ne nous laissons pas détourner de l’organisation de la violence quotidienne dont son victimes les femmes.

Subir le genre

Sur les questions de genre aussi, les hommes ont des choses à dire. Il ne faut pas être énarque (au fond ça doit pas aider) pour deviner que si les femmes sont façonnées par la société à correspondre à certains critères de genre, c’est le cas aussi pour les hommes. Par là, c’est un peu le cas de tout individu d’être associé à un rôle dans la société en fonction de son origine sociale, nationale, sa couleur de peau, son parcours scolaire etc… ça s’appelle l’habitus. Donc nécessairement les hommes sont dans ce cas. Et comme dans tout rôle social, il y en a un certain nombre qui ne s’y retrouvent pas. Le tripe viriliste de l’homme qui démontre en permanence sa supériorité sur les autres, qui protège sa femme et se place dans une compétition malsaine dans la société, ça fait franchement pas rêver. D’ailleurs quand on ne respecte pas ces critères on est vite soupçonné d’homosexualité. Car l’homme nombriliste est persuadé que le comportement social d’un individu est déterminé par le rapport qu’il a au tout puissant pénis de son conjoint. Plus vulgairement, si t’es pénétré tu es efféminé.

Bref, tout ça, les féministes le savent. D’autant que la question du genre est souvent une lutte commune avec les mouvements LGBT. Alors quand on parle de genre (comme dans cet article !) une question ne doit pas être écartée pour aller à l’essentiel. Quelle détermination de genre construit un statut de dominé ? Quel critère de genre entérine et valide a posteriori des inégalités ? Quel genre véhicule une image dévalorisante des être humains qui le composent ? Quel genre enferme les individus dans leur statut de géniteur ? Quel genre est, COMME PAR HASARD, associé aux métiers les moins valorisés socialement et économiquement ?

Bref, des déterminations sociales, il y en a partout. Mais, excusez du peu, le mouvement féministe a-t-il davantage à se concentrer pour lutter contre la détermination à être dominé ou à être dominant ?

  • Vous imaginez des slogans du mouvement ouvrier : « Parfois c’est dur d’être un gosse de riche ! » ou « J’ai fait Polytechnique mais c’est mon père qui m’a obligé ! » ?
  • Ou pendant la Révolution Française : « Solidarité avec les Nobles qui sont obligés de se ruiner en fringues de luxe ! », ou encore « Pour que les Nobles aient le droit de choisir leurs conjoints ! »

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On pourrait étendre l’analyse à l’ensemble des combats féministes. Très certainement, il y a des hommes qui subissent le patriarcat. C’est ce qui nous fait dire aussi que l’homme a sa place dans le mouvement féministe. Mais il ne subit pas cette domination à l’échelle de masse, c’est l’ACTEUR de cette domination, y compris Florian, moi ou d’autres hommes féministes car nous gardons profondément ancrés des réflexes sexistes appris depuis l’enfance. Alors que les hommes se permettent en permanence de rappeler ce que subissent leurs congénères dans un combat qui pointe JUSTEMENT ce qu’ils font subir aux femmes, c’est au mieux du nombrilisme, au pire une volonté de sabotage pour défendre un groupe d’intérêt. À bon entendeurs !

Romain JAMMES

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