Jeudi 21 mars : La surprise masculiniste !

Depuis des années, un groupe d’hommes travaille dans l’ombre pour ce qu’ils appellent le « Le grand soir jour ». Une vraie révolution selon certains, un cataclysme social qui rebattra toutes les cartes et permettra enfin aux hommes de prendre le pouvoir !

Pour l’Art et la Manière, nous avons suivi les préparatifs d’une journée pas comme les autres…

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Un plan com’ digne de Euro-RSCG

« Aujourd’hui, tout repose sur la médiatisation. On peut être des millions d’hommes à souffrir sans que personne ne le sache. » explique Alain, 33 ans. La communication de l’événement a donc fait l’objet d’une attention toute particulière. Les militants ont pris le soin de rencontrer un à un les patrons des principaux médias de l’hexagone, s’assurant d’un traitement tout à fait neutre des flash-mob en préparation.p

Le coup d’envoi a été sonné par ces deux pères célibataires montant en haut d’une grue. « Ce sont deux victimes tout à fait représentatives du mal profond qui traverse notre société. Les femmes contrôlent la famille et particulièrement les enfants. Elles règnent sans partage et préparent les générations futures à perpétrer cette domination ». Quoi qu’il en soit, le message est passé en boucle sur toutes les chaînes TV, révélant à l’opinion la condition souvent difficile des hommes dans notre pays.

L’idée a évidemment fait tâche d’huile. Un autre père opprimé est monté jusqu’à Evry, ancienne ville de Manuel Valls, la journée du 8 mars, où les femmes descendaient dans la rue pour défendre leurs droits. Un symbole qui n’a pas échappé aux organisateurs : « C’est très courageux de sa part, peu d’hommes auraient osé agir ce jour là, quand on sait la capacité des p6femmes à nous nuire. » Francis parle en connaissance de cause, l’année dernière, il a dû payer une lourde amende pour avoir tenté de coucher de force avec une jeune femme ivre : « elle ne demandait que ça, vu comment elle s’était habillée… Faut pas qu’elle s’étonne après ».

Surtout, ne rien oublier !

Une fois le contexte favorable installé. Le plan des « masculinistes » n’avait plus qu’à s’exécuter. Durant des années, le groupe s’est entendu avec les dirigeants économiques, politiques et médiatiques du pays pour faire de ce jour un jour historique.

Le MEDEF, organisation partenaire de l’événement, a promis de payer les hommes 27% de plus que les femmes ce 21 mars. Les femmes se verront imposer des temps partiels ou ne seront tout simplement pas embauchés par peur de leur futur grossesse. Decaux et les différentes régies publicitaires sont également à l’œuvre. Partout dans le pays seront affichées des femmes dénudées pour vendre toute une variété de produit, des haricots verts à lap4 voiture de sport. Les principaux partis politiques ont aussi joué le jeu en envoyant 73% d’hommes à l’Assemblée nationale pour l’occasion. L’association des maires de France a également frappé fort en ne laissant que 8% de femmes à la tête des mairies et en donnant aux hommes toutes les délégations les plus stratégiques (budget, développement économique…)

Le monde de la culture et des médias s’est également engagé dans l’opération. Les principaux théâtres et opéras n’ont programmés que des spectacles réalisés par des hommes. Les musiciens sur les grandes scènes nationales seront masculins, les films projetés produits, réalisés et joués par la gente masculine. Les femmes ne seront que les bagages accompagnés ou les récompenses des différents héros. Les chaînes de télévision mettront essentiellement en scène des hommes quand il s’agira de présenter des sujets sérieux et des femmes pour la mode, le maquillage, les enfants ou simplement pour faire les potiches.

Les forces de l’ordre sont évidemment sur le coup. Les plaintes pour viol seront quasi-systématiquement mises en cause et les agresseurs essentiellement pardonnés. Une femme sera violée toutes les 7 minutes. Dans les couples de la France entière, de nombreux p2hommes ont promis d’insulter de frapper ou simplement de mettre des pressions psychologiques fortes sur leurs femmes. De hordes d’hommes seront également installées sur les trottoirs pour draguer subtilement toutes les femmes dans la rue.

Enfin, surprise de dernière minute, même les réseaux mafieux ramèneront pour l’occasion 25 000 prostituées venues de diverses origines pour un défouloir général au services des hommes. Un élan populaire général que le gouvernement n’a pas manqué de saluer en promettant lui-même d’accentuer les politiques d’austérité condamnant de nombreuses femmes dans l’austérité.

Évidemment , l’événement fait polémique dans les milieux féministes. « Des réactions hystériques qui montrent qu’on a touché juste, dans les fondements de leur domination. » précise Alain. Il ne nous reste plus qu’à leur souhaiter un peu de patience, après tout, ce n’est pas comme si c’était tous les jours ce Printemps des pères

Romain JAMMES

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Pourquoi les homosexuels dérangent ?

Ce débat sur le mariage commence à être lourd. La question est importante, mais quand on soulève ce genre de problématique, y a beaucoup de merdes qui remontent : notamment l’homophobie latente de nombreux réac’. Hollande fait moins que le minimum sur le mariage et se prononce contre la PMA. Les cathos et les fascistes, soutenus par l’UMP, remuent ce qu’ils peuvent pour sauver quelques traditions désuètes. Dassault prévoit l’apocalypse et Marie-Sol Touraine refuse toujours que les homosexuel-le-s donnent leur sang…

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Décidément l’homosexualité, ça dérange. Pourtant, avec un peu de recul, on a du mal à comprendre pourquoi. Qu’est-ce que ça peut foutre à tous ces gens l’orientation sexuelle de leur voisin ? Ça fait pourtant de mal à personne ! Alors qu’est-ce qui dans l’inconscient donne l’impression que c’est sale ?

La connerie essentialiste

Évidemment, un des refrains habituels derrière lequel se cache l’homophobie, c’est l’essentialisme. Le genre est un instrument savamment organisé pour bien distinguer l’homme et la femme, et pour leur donner des attributs soit disant complémentaires. La femme est douce, intellectuelle, maternelle et émotive. L’homme est fort, protecteur, rationnel et sage. Évidemment, c’est par PUR hasard si ces caractéristiques structurent une domination de l’homme sur la femme. La théorie du complot, tout ça tout ça… sur la construction du genre. C’est un truc anti-homme inventé par une poignée de gouines hystériques. Les essentialistes, eux, se basent sur les pionniers des sciences humaines (par pionniers il faut comprendre que c’est très vieux).1

Reprenons donc. L’homme et la femme sont donc complémentaires dans leur comportement comme pour la conception d’un enfant. Il est donc clair, comme 1 + 1 = 2, que l’équilibre d’un enfant repose sur l’apport de douceur, de maternité etc… de la part de la mère ainsi que de fermeté et de rationalité de la part du père. Suivant ce raisonnement il y a aujourd’hui une bonne part des enfants de ma génération, et encore plus de la suivante, qui sont potentiellement des dégénérés. Pour moi je savais, mais à cette échelle ça devient très inquiétant.

Donc cette foutue complémentarité justifie l’impossibilité d’avoir deux mamans ou deux papas. Pourtant, à bien y regarder (comme c’est fait ICI), il n’y a rien de naturel auxdits comportements. Et passé l’accouchement et l’allaitement (que beaucoup de femmes ne pratiquent pas), il n’y a aucun lien entre la mère et l’enfant qui ne puisse avoir lieu entre le père et l’enfant. Dingue ? Il n’y a rien de naturel non plus à la structure familiale mère + père + enfants qui est en fait assez récente au regard de nos civilisations. Par ailleurs, il n’y a rien de contre-nature dans l’homosexualité, d’autres espèces animales ne se contentent pas des rapports hétéro et si on prend les choses par ce bout, je n’ai vu aucune autre espèce que l’être humain construire bêtement des gros monuments vides pour prier un truc dont on voit jamais la couleur.

Le pouvoir du pénis

En fait j’enfonce des portes ouvertes, il faut le dire. Mais ce qui est nettement plus intéressant dans le rejet de l’homosexualité c’est la question du pouvoir sacré du pénis. Plus prosaïquement, c’est la question du « qui encule qui ? ».

woman-phallusD’abord, les hommes considèrent (consciemment ou non) que leur pénis a un pouvoir magique. En effet, sitôt qu’une personne ne correspond pas à ses caractéristiques de genre (femme musclée, homme maniéré ou émotif,…) elle est suspectée d’être homosexuelle. Et oui, comme le monde tourne autour de notre phallus, les comportements sociaux des individus sont structurés par le rapport qu’ils entretiennent avec lui. Si vous avez des caractéristiques de genre féminin c’est que vous êtes pénétré-e-s. Si vous avez les caractéristiques du genre masculin c’est que c’est vous qui pénétrez (ou du moins que vous n’êtes pas pénétré-e-s).

Le pénis est donc intimement (lol) lié à la question du pouvoir masculin. D’ailleurs, la pénétration est un symbole de force et le fait d’être pénétré un symbole de faiblesse ou de soumission. Quand dans un rapport social vous vous faites (métaphoriquement) « enculer », on ne peut pas dire que vous en sortiez gagnants. Plus généralement, c’est l’homme qui « baise » ou « prend » la femme, c’est lui qui l’a « possède » dans la littérature. Bref, la pénétration est bien, dans notre culture, un acte de domination !

Alors évidemment, dans une société patriarcale, le fait même qu’un homme puisse être « enculé », « possédé », « baisé » etc… ça fout grave la frousse. Ca remet en cause la domination « naturelle » de l’homme. Bien sur, cette peur est décuplée quand c’est une femme qui peut opérer cette pénétration. D’où la phobie encore plus développée envers les transexuel-le-s. Forcément ça fout un froid.

La sexualité autonome des femmes

La lesbophobie prend également des chemins intéressants. L’homme considère (inconsciemment) que sa position dominante est directement liée à son pénis. Il considère ce pénis comme déterminant dans les rapports sociaux mais aussi comme incontournable dans le plaisir des femmes. Evidemment, l’éducation tout comme les pratiques sexuelles ont un mal fou à s’extirper de cette représentation.

De cette considération ô combien grotesque découle des scènes assez hilarantes devant lesquels on est (presque) tous tombés quand un homme naïf est confronté à une lesbienne :

  • « Tu as eu une mauvaise expérience avec un homme ? » Évidemment, être lesbienne c’est forcément un second choix par défaut quand un home dégoute une femme.
  • « C’est parce que tu n’as pas connu de VRAI plaisir avec tes hommes ! » L’auteur de cette phrase sous-entend surement qu’avec lui ça changera tout
  • « Mais alors comment vous faites pour… » Là, l’homme étant persuadé que la sexualité est un pénis qui pénètre un vagin, il ne comprend pas comment deux femmes peuvent faire l’amour.

Il y a évidemment la cerise sur le gâteau : ces nombreuses scènes de cul où deux femmes se chauffent jusqu’à ce qu’un homme, tel superman, vienne les délivrer de TOUS leurs désirs et de cette frustration qui les envahissait jusque-là. Quel brave homme ! Aller au bout du plaisir était simplement impossible sans l’arrivée de son puissant membre.2

Rien de plus facile (oui, même pour toi) de comprendre que la sexualité autonome des femmes puisse apparaitre comme un obstacle social à la domination masculine. La lesbophobie a également ceci de particulière qu’elle est cachée, même au sein d’une homophobie déjà cachée. Les lesbiennes sont encore plus niées par la société que peuvent l’être les gays.

Dépasser l’orientation sexuelle

Évidemment, ce ne sont que mes quelques impressions. Rien n’est exhaustif dans tout ça. Mais on peut au moins noter le lien très étroit entre l’homophobie et la domination masculine. Avancer dans chacune de ces causes fait avancer l’autre.

Plus généralement, on peut revendiquer l’abolition du genre comme une des asymptotes du combat féministe (et des LGBT d’ailleurs). On peut aussi considérer que la notion même d’orientation sexuelle est à dépasser. Elle l’est évidemment comme identifiant d’une personne, mais plus généralement elle met un cadre où il ne devrait pas y en avoir. En somme, pour libérer la sexualité dans notre société, est-ce qu’il ne faudrait pas tous se considérer comme potentiellement bi et laisser la préférence dans le domaine du goût, comme un ou unetelle préfère les brun-e-es, les blond-e-s, les intellos, les timides ou les grandes gueules ?

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Une piste à discuter donc… Mais on est loin d’en être là puisque aujourd’hui une poignée de réac’ suffit à ce que le gouvernement recule sur la seule égalité des droits. Histoire que tu es cruelle…

Romain JAMMES