L’improbable engagement des hommes féministes

Il y a des bourgeois trotskos, des ouvriers de droite et des humains d’extrême droite. L’histoire connait bon nombre de traîtres à leurs classes et les médias ne se lassent pas de nous rabattre les oreilles de ces cas isolés. Et pourtant, la question du militantisme féministe du point de vue masculin n’est que trop rarement envisagé. Pourtant bien des hommes (traites à leur genre) tentent difficilement de trouver leur place dans ce mouvement.

Il y a plein de filles et moi je me sens comme un macabé.

A première vue le tableau est idyllique, deux hommes et près de vingt femmes merveilleuses. Merveilleuses ? N’ont pas pas parce qu’elles correspondent certains critères de beauté mais parce qu’elles sont dans une démarche d’émancipation collective qui nous prend aux tripes. Mais en fait, si nous admettons l’idée que nous vivons dans un système social qu’on l’appelle domination masculine, phallocratie, etc… où l’homme serait dominant et la femme dominée, l’engagement masculin dans la lutte contre un système qui le laisse largement bénéficiaire, entraîne donc forcément une certaine méfiance.

Nos paroles et nos actes font l’objet d’attention particulière de la part de militantes soucieuses d’éviter la reproduction du rapport de domination que nous souhaitons combattre. Au point parfois, de subir une vague de reproches plus ou moins musclés, pour la moindre incohérence entre notre engagement dans ce mouvement d’émancipation et nos actions. Vous comprendrez bien que les associations féministes sont des milieux où les hommes ne sont pas autant valorisés que dans notre société. Et si l’on considère la dimension affective et relationnelle du militantisme, l’engagement en tant qu’homme (habitué à être valorisé) dans un combat où il sera jugé en permanence demande un sacré courage politique. Pour l’anecdote, mon premier rapport avec le féministe fut assez musclé puisque lors d’une soirée me fut renvoyé en pleine face, la masse incroyable de comportements machistes que j’avais gentiment pris soin d’intérioriser. La claque fut si violente que j’ai encore parfois peine comprendre l’intérêt qu’éveille en moi ce combat.

Mais qu’est-ce que je fous là ?

Certains concepts développés par le corpus idéologique du mouvement politique de libération des femmes, attirent particulièrement notre attention phallocentrée. Notamment sur les questions d’identité de genre ou de « rapports sociaux genrés » qui nous invite à inventer une autre masculinité, à essayer de vivre en homme sans être oppresseur. Le but étant de refuser ce que l’on pourrait appeler « la virilité obligatoire » qui nous imposerait de nous comporter de telle où telle manière pour ne pas être discriminer par autrui. Le problème, c’est que certains hommes auraient tendance à basculer dans une thérapie larmoyante pour ne pas dire zemourienne, en s’apitoyant sur la difficulté d’être homme aujourd’hui et de tenir sa position (de dominant), sans se soucier de la question principale qui est l’émancipation des femmes. Vous concéderez de toute évidence, que la question du mal être de l’esclavagiste en manque d’autorité est certes moins importante que la libération des esclaves.

Cachez moi ce nombril que je ne saurais voir !

La démarche de certains hommes est ainsi quelque peu nombriliste. Puisqu’en individualisant leur vécu pour se détacher des structures du patriarcat, ils nient tout effet de ces structures sur leur comportement. En disant que « le privé est politique », le but n’est pas de se transformer soi-même, mais plutôt d’essayer par la parole de désindividualiser notre vécu afin se rendre compte que nous ne sommes pas façonnés par quelques problèmes psychologiques, mais par des structures sociales. Ce qui nous permettrait de comprendre que nous ne sommes pas des individus isolés mais bien les produits de ces structures. Que l’on soit de sexe masculin ou féminin, nous avons donc tout intérêt à lutter ensemble contre ces structures oppressives.

Et si l’on écoutait les femmes pour une fois ?

Je me retrouve donc très bien dans ce qu’Arria Ly a écrit dans le premier numéro du Combat féministe : « Les hommes féministes sont nos frères d’armes, et dans la grande arène, nous combattrons ensemble la main dans la main, eux par réparation et nous pas dignité ». Le féminisme est selon moi, un mouvement politique pouvant être porté à la fois par les hommes que par les femmes. Et même si je ne considère pas qu’il soit nécessaire de d’adopter une posture rédemptrice, il est tout à fait clair pour moi que nous ne pouvons faire fis des inégalités hommes/femmes quand nous souhaitons les combattre. Le mouvement a donc vocation a être pris en main par les femmes puisque nous ne sommes pas sollicités par des intérêts aussi immédiats que ces dernières. Cette lutte ne bouscule pas autant notre quotidien car nous ne subissons pas ces inégalités en permanence.

Si l’on s’en tient à la définition du MLF, nous ne serions donc que de simples « compagnons de routes » des féministes, étant donné que le féminisme est la politisation de l’expérience d’être une femme dans un monde social dominé par les hommes. Mais les titres ont bien peu d’importance dans ces luttes caractérisées par l’action. Il s’agit donc dans nos actes, de ne pas reproduire des rapports de domination masculine dans les groupes militants, où elle se calque sans problème. Nous devons donc intégrer des groupes féministes mixtes tout en sachant que nous n’avons pas à avoir accès au pouvoir décisionnel. Quant aux groupes féministes non-mixtes, ceux-ci sont tout à fait légitimes, les inégalités étant criantes, il est tout à fait normal que des femmes se réunissent entre elles pour faire émerger leurs priorités politiques.

YAGOUBI Florian

Dur, dur d’être un garçon…

Parceque

Comme tous les deux mois, le magazine Parceque vient bousculer votre quotidien ! Je vous en ai déjà parlé plusieurs fois, mais c’est qu’il en vaut la peine. Alors tous à vos cliccs pour commander le nouveau numéro !

En attendant, voici mon article, que vous retrouverez p.18 du magazine !

Dur, dur d’être un garçon

Ça dure depuis des milliers d’années et on ne voit pas le bout du tunnel. La domination masculine est probablement la plus ancienne et la plus ancrée des dominations de notre société. Un rang qui n’est pas tous les jours facile à tenir…

JE NE SAIS PAS POUR VOUS, mais moi la condition masculine, elle commence doucement à me courir. Après des millénaires de domination implacable, le statut d’homme dans notre société n’est pas à la portée de tout le monde. Il y a une réputation à tenir et la politiquedu chiffre n’arrange rien, car nos ancêtres ont tellement bien fait leur travail qu’on a du mal à ne pas faire pâle figure.

Pensez-y seulement : 99% de la richesse mondiale appartient aux hommes. Alors avec mes 900 € mensuels, je suis la risée du genre masculin. Car pour continuer à gagner 25% de plus que mes collègues du « sexe faible » en France j’ai beaucoup d’effort à faire… Pourtant toutes les conditions étaient réunies : un système éducatif sexiste orientant davantage les hommes vers les filières les plus rémunératrices ou simplement une culture dominante savamment orchestrée pour convaincre les petites filles de leur destin de princesse au foyer. Mais rien à faire, j’ai étudié l’Histoire et malgré l’omniprésence d’hommes dans nos livres je n’ai jamais su rabaisser suffisamment mes camarades d’amphi… Quel gâchis !

Être un homme, croyez-moi, ça demande un sacré savoir-faire. Avec 75 000 viols par an, on a de sacrés stakhanovistes dans nos rangs. J’ai compté : ça fait un viol toutes les deux minutes en France ! Il y a vraiment du pain sur ma planche. Faut dire qu’on nous convainc, depuis nos premiers poils (avant, même) que notre sexualité débordante est irrépressible et que finalement, c’est un peu à la femme de se mettre en quatre pour nous soulager. Si elle refuse (ou pas d’ailleurs), la société à mis en place un très ingénieux marché du corps. Des femmes dans la misère, dans la détresse sociale et des étrangères pour la plupart, sont mises à notre disposition pour une modique somme. Un moyen de se rattraper, et croyez bien que si cela vous rebute, vous passez souvent pour un réac’, une « sainte-ni-touche », ou simple un-e opposant-e farouche à la liberté sexuelle… Tellement libre d’ailleurs qu’elle coûte 50 € la pipe !

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Romain JAMMES