Une liste aléatoire, pas rangée, évolutive (et à compléter) des choses qu’on a
(aussi)
Le DROIT* de faire quand on est une femme
(Rappel !)

 

 

1. Ne pas être en retrait
2. Ne pas se laisser mettre en retrait
3. Ne pas porter de talons-hauts (pour s’enfuir/aller plus loin/avoir moins mal aux pieds)
4. Etre vulgaire et injurieuse (relire le titre de l’article)
5. Parler fort
6. Couper la parole
7. Dire des conneries ou des choses intelligentes hein avec aplomb (beaucoup d’aplomb)
8. Soutenir le regard
9. Ne pas rire (par complaisance, pour faire plaisir, pour mettre à l’aise, pour créer le désir)
10. Ne pas sourire (pareil)
11. Ne pas avoir le sentiment d’obligation de séduire (par le vêtement, par le parfum, par la chaussure, par le sous-vêtement, par la coiffure, par le maquillage, par l’attitude)
12. Porter des trucs vachement lourds (re-re-lire le titre de l’article)
13. Aider un homme à porter sa valise à la gare, et puis une femme aussi
14. Etre galante (Payer l’addition, tenir la porte)
15. Ne pas se faire les ongles (gain de temps, d’argent, pour plein d’autres trucs)
16. Ne pas s’épiler (temps, souffrance, argent, domination masculine, séduction forcée intériorisée, reproduction inconsciente des désirs masculins imposés)
17. Ne pas avoir les cheveux longs
18. Ne pas suivre les modes
19. Débattre, réagir, commenter, râler, critiquer, s’indigner, contredire
20. Gagner plus que son/sa/ses compagn/e/s/ons
21. Ne pas se soucier des autres avant soi
22. Ne plus faire ce que l’on ne veut pas faire (Ne plus)
23. N’avoir jamais mis et avoir pour projet de ne jamais mettre les pieds dans une cuisine ni les mains dans un évier
24. Ne pas regarder de tuto YouTube qui nous disent comment il faut être, comment il faut faire
25. Faire rire
26. Ne pas être « arrangeante »
27. Ne pas trop être d’accord
28. Ne pas être douce, délicate et appliquée
29. Ne pas se mettre en colère contre son corps
30. Ne pas avoir peur ni du risque, ni de se tromper
31. Etre brute
32. Etre confiante
33. Ouvrir les huîtres à Noël plutôt que d’installer le chemin de table (ou les deux)
34. Boire trop de vin à table
35. Ne pas compter les calories
36. Rire trop fort
37. Faire des monologues en public (beaucoup, et très longs)
38. Ne pas faire de régime
39. Ne pas s’intéresser à a nutrition
40. Ne pas avoir peur de vieillir
41. Etre autoritaire
42. Avoir de l’ambition
43. Etre et faire pour soi, pas pour les autres
44. Etre casse-cou
45. Ne pas être trop sage
46. Ne pas être mince
47. Etre fière
48. Ne pas avoir peur quand la nuit tombe
49. Ne pas être gracieuse
50. Ne pas se laisser définir
51. Regarder du porno (féministe !)
52. « Exister sans son corps »*
53. Penser, écrire, ne pas être d’accord
54. Etre forte ou s’en convaincre
55. Ne pas scroller les tableaux Pinterest suivants : Flat belly, Weekly abs, Green smoothie, SuperFood, Low calorie diet, military diet, Makeup tutos, cooking tips, Amazing tips for a healthy and glowing skin, crafts
56. Ne pas suivre cette liste
57. Ne pas ne pas suivre cette liste
58. Etre tout ce que l’on est, et surtout tout ce que l’on ne s’autorise pas à être
59. Ne pas se laisser dicter sa conduite par des listes qui nous somment de le faire

« Non, décidément, il n’y a pas de mal à « vouloir être belle ». Mais il serait peut-être temps de reconnaître qu’il n’y a aucun mal à vouloir être.»*

A décliner au masculin…

*Mona Chollet, Beauté Fatale (2012), Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, La découverte, Zones, Paris

 

Julia

Je ne donne plus mon sang…

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La première fois que j’ai donné mon sang, c’était à la fac d’Evry. Je crois que ça fait 10 ans. Merde, ça passe vite 10 ans. J’avais 18 piges, les dents qui vont avec, et le petit pécule que me donnait ma mère pour bouffer le midi. Le don du sang, c’était pour moi un sandwich gratos, donc de quoi se payer une bière le soir. Faire un beau geste, finalement, ça tient à peu de choses.

Mais aujourd’hui ça a changé. Bon j’ai de quoi me payer la bouffe le midi, mais c’est pas ce qui m’a détourné de la pompe à hémoglobine. Manifestement, depuis mes 18 ans, mon sang est devenu impur. Tant qu’il n’abreuve les sillons de personnes…

Qu’un sang impur

Tout d’abord, il faut rappeler une chose, le don du sang, comme beaucoup de trop de choses dans notre pays, c’est régi par une bureaucratie. Une bureaucratie, ça fait pas dans le détail, un peu comme les colons avec le découpage de l’Afrique. C’est chirurgical, précis, mais ça n’a pas grand rapport avec la réalité. Comme si un immense quadrillage tombait sur la France et décidait de la découper en 13 régions qui n’ont pas le moindre sens… Ah ah, heureusement, on en est loin…

Donner du sang étranger à un corps, ça comporte forcément un certain nombre de risques. Certes moins que de lui en enlever en espérant qu’il guérisse mieux, il y a quelques progrès en médecine. Mais rien n’est 100% sûr. Parmi les risques, il y a évidemment celui d’un sang du donneur infecté. On parle du VIH, mais ça peut concerner plein d’autres virus/maladies.

Donc le principe de la bureaucratie, dans ces cas-là, c’est de fixer un taux. Parfois ça sort de nulle part, parfois c’est plus scientifique. Pour ce cas je ne sais pas, j’espère que c’est plus scientifique que les 3% de déficit autorisé par Bruxelles par exemple. Ce taux de contamination chez une population divise ainsi les donneurs volontaires en deux catégories : ceux qui sont «  à risque » et les autres.

Vous l’aurez compris, les homosexuels… Du moins tout homme ayant été pénétré par un pénis (ce qui est en soi une définition contestable de l’homosexualité)… Donc les homosexuels, dans cette définition, ont un taux de contamination au-dessus dudit taux accepté. A priori rien de moral, la simple froideur de l’administration, si je ne considère pas les raisons qui ont amené à fixer ce taux en particulier (que j’ignore). Si on ne considère pas non plus la trouvaille du gouvernement qui consiste à donner l’autorisation au bout d’un an d’abstinence. Peut-être une manière de dire « ok, mais seulement si vous regrettez ! » Soyons un peu sérieux…

Seulement voilà, moi qui n’ai jamais eu d’expérience homosexuelle (dans la stricte définition de l’EFS), je ne suis pas pour autant assez « safe » pour partager mes globules rouges. Amis pédés, frères d’impureté… je vous salue.

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Question de mœurs

Je peux comprendre qu’il faille un moment fixer un taux, quitte à le revoir régulièrement. Mais mon expérience du refus a été loin de ce qu’on peut s’imaginer de l’extérieur. Jusque-là, j’avais répondu assez innocemment aux questions. Puis un jour la médecin (Mme. Quinn disons) s’arrête, me regarde, et me dit « Vous avez changé de partenaire sexuel les 4 derniers mois ? »

Ah oui, je vous avais pas dit. À 18 ans, j’étais jeune, je tombais amoureux, si bien que mes premières relations ont été plutôt… durables disons. Je ne dis pas ça avec mépris pour ce que j’étais, simplement je respectais bien les cadres que la société m’avait fixé en terme de mœurs sexuelles. Les temps ont changé, on grandit on fait ses expériences. On a 20 ans, puis quelques brouettes, et plus ça va, plus j’ai l’impression d’avoir pris le chemin vers la stabilité du couple en sens inverse. Mais bon j’avance en me disant que, si ça se trouve, c’est une boucle.

Revenons au docteur Quinn : « Vous avez changé de partenaire sexuel les 4 derniers mois ? ». C’était la première fois que ce critère me sautait à la gueule.

Hum, bah oui, mais je me protège quand même.

Je suis désolé mais ça va pas être possible ».

La discussion qui a suivi a été pire. Je suis ressorti avec un sentiment assez mitigé, entre la sensation d’avoir inconsciemment une vie Rock’n Roll et celle d’être un débauché. Pour la première fois de ma vie, on m’expliquait que je n’avais pas un mode de vie sain, que j’étais dans une « population à risque », avec un certain mépris qui m’a glacé. Ça doit faire 5 ans à peu près. Et depuis je ne suis jamais plus rentré dans les cases.

Une pote était venue avec moi ce jour. Même refus, une première pour elle aussi, le choc en sortant : « j’ai l’impression d’être une pute ». Tout était dit.

Au fond, ce qui ressort de cette expérience, c’est que le critère n’a pas été aussi violent que la relation humaine. C’est aussi, qu’à une échelle infime, j’ai pu ressentir ce qu’on fait quotidiennement subir aux femmes quand elles ne rentrent pas dans les cadres réactionnaires. Elles le subissent dans ce cas, chez leur gynéco parfois, mais plus largement dans la production culturelle, dans leur famille, auprès leurs ami-e-s et leurs collègues…

Je ne donne plus mon sang, du moins toujours pas. Et au fond, quand j’y réfléchis je n’arrive pas bien à savoir si la raison est vraiment bureaucratique, ou si elle fait sens, encore, avec une société en décalage avec les libertés que nous nous sommes octroyées…

C’est peut-être de la que vient ma fierté, parfois, d’avoir un sang impur…

Romain JAMMES

Cachez ce clito que je ne saurais voir !

Ah c’est la rentrée, ces cartables, ces crayons, ces retours d’émissions débiles que tout le monde regarde, ces magazine sexistes qui font un rebirth d’enfer avec le complicité des potes du PAF et ces statistiques de l’UNICEF…

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Ah ouais, on vous a parlé de France-Géorgie (ce n’est pas pour critiquer les amateurs de foot, je serais surement devant mon écran comme un débile vendredi)… Je disais quoi ? Ah oui : on vous a parlé des ptits bleus mais pas des statistiques sur les mutilations génitales et les excisions. Allez, on va en vouloir à personne, après tout, le clito a l’habitude de rester dans l’ombre. Mais à L’Art et la Manière on est têtus et on s’est vite lassé de Pernaut. Du coup on va vous raconter une histoire…

Femmes, mamans, plaisir, tout ça…

J’en ai déjà parlé sur ce blog (mais la pédagogie du matraquage a un charme irrésistible), les hommes ont un certain nombre d’obsessions qui structurent pas mal leur comportement avec les femmes. Il y a la bite, ouais notre sexe, le truc qui pendouille entre nos cuisses (voir les trucs qui pendouillent en dessous puisque dès qu’on voit un poisson avec des dents on commence à flipper). Puis y a la génétrice, la moman, celle qui donnera la fière descendance : ces femmes que l’on réduit constamment à leur utérus.ex1

Alors le pénis d’abord, c’est un peu un mode de pensée structurant pour l’homme. On a construit des pénis géants en guise d’édifices et on généralise une espèce concurrence qui m’a tout l’air d’un « qui a la plus grosse ? » dans tous les domaines de la société. On a aussi structuré l’ensemble de la sexualité autour de cet étrange membre (et tous les comportements sociaux genrés, après tout, si un homme est « efféminé » c’est qu’il a été pénétré). Le pénis donc, c’est celui qui permet la pénétration, qui fait d’une fille une femme, c’est autour du plaisir masculin (et encore plaisir très hétéro-normé) que la sexualité a lieu, tout ce qu’il y avant est mis en bloc dans le panier des préliminaires. Évidemment celui qui a été le grand oublié de l’histoire, c’est le plaisir des femmes. Enfin c’est les femmes en général, et par conséquent leur plaisir. C’est sur qu’aujourd’hui il y a peu de demeurés qui iront jusqu’à nier le fait que les femmes prennent du plaisir au sexe, mais beaucoup sont encore persuadés qu’il se structure autour de leur phallus, et au moins autant n’ont qu’une vague idée de ce qu’est un clitoris. Et pour cause, il a longtemps été caché, enfoui voire censuré. Ah ces hommes.

Ce qui est marrant, c’est que ce phénomène est en étroite relation avec la 2e obsession : les femmes sont des mères. Un doux refrain qu’on entend plus ou moins subtilement au quotidien. Instinct maternel, sensibilité, patience, douceur et toutes ces conneries qu’on attribue aux femmes ne sont que des corollaires de l’équation sexiste femme =  utérus = mère. C’est bien simple, les hommes prennent du plaisir, les femmes font des enfants. Vision eucharistique du sexe assez tenace pour alimenter les manifs homophobes qui ont animé l’année dernière et ravivé ce qu’on travaille à enterrer dans les oubliettes réactionnaires de l’histoire.

Et donc ?

Et donc si ça s’arrêtait à quelques mots, une culture qu’on s’attache à combattre comme on peut, et quelques allumés dans des manifs. On en ferait pas tout un foin. C’est pas qu’on est du genre a laisser faire mais c’est que quand, en plus, les répercussions matérielles de ces visions primaires sexont effroyables, on a tendance à monter au plafond.

Parce que oui, l’homme ne se contente pas d’avoir de brillantes idées, il les met en application, le con. Donc le clitoris, comme il est inutile, vu que les femmes ont pas de plaisir, et bah on veut pas le voir. C’est un peu l’appendice de l’aine vous voyez ? Comme on voudrait qu’il arrive malheur à personne et que c’est une sérieuse entrée vers les portes de l’enfer, y a pas mal de bougs qui ont décidé d’ôter la face émergée de l’iceberg clitoridien. C’est arrivé un peu partout à toutes les époques, sauf que y a des endroits où ça reste. Et c’est sacrément bien ancré. Ainsi, le rapport de l’UNICEF a étudié plus de 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient. (Bon soit dit en passant, je ne doute pas que le phénomène existe toujours dans de nombreux autres pays, y compris en France). Dans ces pays, 125 millions de filles et de femmes portent les stigmates de mutilations génitales ou excisions. Ce sont 30 millions de filles qui risquent de subir la même torture dans les 10 ans qui viennent. Le tableau donne un aperçu de l’ampleur du phénomène. Il n’a rien d’anecdotique : c’est une culture traditionnelle qui accompagne la pensée et les représentations décrites plus haut. Une véritable honte pour l’humanité.

Mais ce que cette culture provoque dans ces pays, elle n’oublie pas de le faire aussi à la maison. L’excision a existé comme phénomène important en France, mais cette culture a aussi d’autres manières de s’exprimer qui sont dangereuses etex3 brutales. Ainsi, si une femme a pour principal destin d’être une mère, la contraception et l’avortement sont des enfants du diable. Ainsi nos petits soldats réactionnaires ont ici leur cheval de bataille qui, faute d’ôter le clitoris aux femmes, veut leur déposséder le droit à disposer de leurs corps, en somme leur droit d’être libre et de choisir leurs destin. On se contente de ce qu’on a, disent les plus sages, mais ce qui chagrine dans ce tableau, c’est que l’histoire leur donne de sérieuse raisons d’avoir le smile jusqu’à l’auréole. Entre 2002 et 2012, 180 centre IVG ont été fermés. Austérité et normes comptables du privé importé au système de santé sans doute. Mais néanmoins un répit bienfaiteurs pour ces connards qui vivent manifestement des douleurs qu’ils infligent aux autres.

Bref, réactionnaires de tous les pays, crevez !

Romain JAMMES

On a testé pour vous : les bienfaits du sperme !

Vous en avez rêvé ? Ils l’ont fait ! Quelle énergie, mais QUELLE ÉNERGIE… doit on dépenser, quand on est un homme, pour convaincre encore et encore (et encore ?) les femmes (allez je devrais dire LA femme) des bienfaits de la répartition actuelle des tâches. Argumenter et argumenter pour ne pas avoir à cogner pour se faire entendre (on y a pas encore renoncé) devient un sport national.

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Heureusement pour nous, pauvres hommes opprimés par cette nécessité constante de devoir justifier notre domination, il existe l’homo-phallo-scientificus. Cet être est un dérivé de l’homo-phallo-sapiens qui tire son nom des étapes successives de son processus cérébral. Cet homo-phallo-scientificus, comme nous l‘avons déjà vu sur L’Art et la Manière, s’est révélé fort utile. Il a très pragmatiquement démontré l’intérêt pour les femmes de faire le ménage, et a vaillamment permis aux hommes de s’esquiver au nom de la survie du couple. Mais que serait tout ce travail si on ne rappelait pas aux femmes qu’elles sont hystériques, puis surtout en période d’ovulation, histoire de leur jeter leur utérus à la gueule dès qu’on en a l’occasion.

Et le sexe dans tout ça ?

Seulement voilà, une femme qui ne fait que le ménage, c’est pratique mais ça fait pas bezef. L’homo-phallo-sapiens a des besoins, du moins c’est ce qu’il pense. Et même si ça faisait plaisir aux réglementaristes, il ne peut pas tous les quat’ matins aller se vider dans un corps loué à la sauvette pour l’occasion. Mais il ne peut pas non plus expliquer à sa femme la source de son plaisir et lui donner envie de faire l’amour. Il ne l’a pas cachée, voire mutilée pendant toutes ces années pour rien. Le caractère subversif du clito risque de le souffler dans un torrent dévastateur d’émancipation. sp4

Non, non… L’homo-phallo-sapiens a plusieurs tactiques. Pendant longtemps il y a eu le « devoir conjugal », c’est d’ailleurs toujours un motif de divorce, mais plus de viol. Il sait également maintenir sa femme dans une dépendance économique certaine grâce aux structures de la société savamment étudiées pour cela. L’homo-phallo-sapiens fait aussi appel à son cousin scientifique pour expliquer que la fellation est le ciment du couple. Histoire de mettre toutes les chances de son côté. Mais mesdames messieurs, comme rien ne l’arrête, il a testé pour vous : tous les bienfaits du sperme !

A glou glou !

Il faut avouer une chose. Je connais pas beaucoup d’hommes qui ne sur-kiffent pas la fellation. C’est un plaisir tout particulier, tout en finesse, qui n’a pas vraiment d’égal. Il faut avouer aussi qu’au point Femina_13_Femme_Yaourt_400culminant, si la fille (ou le mec ?) s’arrête, et bien on a énooooooormément moins de plaisir. Mais c’est son droit. Seulement chez l’homo-phallo-sapiens, les droits des femmes se trouvent dans un côté très retranché du sapiens. C’est tellement bien enfoui que la plupart ne vont jamais s’y aventurer, c’est fou hein ?

Alors donc, l’homo-phallo-sapiens qui aime bien quand une femme vient goulûment lui aspirer son saint liquide séminal, va appeler l’homo-phallo-scientificus à la rescousse. Ainsi naquit la magnifique théorie selon laquelle le sperme est un antidépresseur pour les femmes. Oui, pour les femmes, car l’homo-phallo-sapiens a horreur de l’homosexualité, ça lui rappelle que lui aussi peut être enculé, ce qui, dans ses représentations étriquées, le descend immédiatement de son piédestal de dominant. Alors femmes émotionnelles, hystériques et stressées, bref, toutes les femmes selon l’homo-phallo-sapiens, ne faites plus semblant de ne pas savoir !

Évidemment, comme l’homo-phallo-sapiens a plus d’une corde à son arc. Il en a prévu pour celles qui n’ont pas trop besoin d’antidépresseurs. Sait-on jamais. l’homo-phallo-scientificus explique donc que le sperme permet d’aider à maigrir et à se protéger du cancer. Ça tombe bien, l’homo-phallo-sapiens matraque en permanence une image de la femme svelte et uniforme ultra normative. Il définit les règles et apporte les solutions. Mesdames, pour maigrir il faut accélérer les mises en bouches.sp

C’est qu’au fond cette créature masculine est prête à tout pour arriver à ses fins. Il vous convainc que vous êtes des cruches, le sperme vous rendra bientôt intelligente. Il veut vous badigeonner votre corps de sa substance huileuse ? Il vous prouvera que c’est bon pour la peau. Il veut pouvoir disposer de votre corps pour se soulager, il vous explique que ses pulsions sont naturelles et crée un réseau d’esclavage dédié à son plaisir.

Oh, il y aurait bien une chose à laquelle il n’a pas pensé : partager le plaisir. Avouer ce qui nous fait beaucoup de plaisir, et chercher à faire plaisir à l’autre. L’avantage, c’est que quand on le partage, on n’a pas moins de plaisir pour autant. L’inconvénient, pour l’homo-phallo-sapiens c’est qu’à travers cette méthode, il y a aussi, une nette prise vers l’égalité.

On a testé pour vous : les bienfaits du sperme.

Romain JAMMES

On a testé pour vous : Les femmes objets

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Peut être que quelques uns d’entre vous sont au courant mais la semaine dernière nous étions, avec Romain de retour sur Paris. Enfin « Paris », il faut le dire vite. Pour être plus précis, nous sommes retournés dans notre banlieue natale : l’Essonne. Comment vous dire ? L’Essonne c’est sympa, soit on profite du calme de sa campagne, de ses bois, de ses marais et on s’emmerde, soit on zone sur les avenues et les dalles pour s’emmerder aussi. Pas l’ombre d’une expo, d’une pièce de théâtre ni la rumeur d’un concert un peu rock’n’roll. Alors après avoir apprécié les retrouvailles familiales et leurs interminables repas, le seul espoir de trouver l’inspiration, la poésie, la muse pour nous accompagner dans notre lutte permanente, était de monter dans le premier omnibus.

Nous étions donc partis pour une journée Q. ulture (oui! Avec un gros Q) sur Paris. Au programme: l’expo Dali au centre Georges Pompidou. Frais et dispo pour accueillir dans nos encéphales les dégoulinantes peintures de Dali vues mille fois, nous marchions d’un pas décidé en direction du bâtiment aux gros tuyaux. Mais là, ce fut la désillusion. Nous avions oublié que dans la ville lumière, il fallait obligatoirement se farcir 3 heures d’attente et payer 10 euros pour voir une exposition sur artiste un peu reconnu.

SONY DSCPour la suite, je ne sais pas si vous avez vu la Haine de Mathieu Kassovitz mais ça ressemble un peu à ça. Nous déambulions comme trois banlieusards perdus dans cette ville à l’architecture bien plus chiadée que nos zones pavillonnaires et nos barres de bétons. C’est donc presque honteux que nous avons échoué aux Musée d’Art Moderne. Un coût d’œil au prix, trois euros. C’était raisonnable, nous sommes donc rentrés sans savoir ce qui nous attendait. Elle était là, au détour d’un escalier glauque tapissé par le visage de cette femme aux lèvres énormes. Il y avait une tête penchée et un de ces regards qui dérange. En fond sonore, pétardait une musique punk à nous jeter sur un trottoir comme de vulgaires objets. Le décor était planté, l’expo pouvait commencer.

Linder : femme/objet

Linder, c’est Linder Sterling une fabuleuse artiste âgée aujourd’hui de 59 ans. Femme/objet, c’est le nom de cette rétrospective des 35 ans de travail artistique et de lutte contre les représentations asservissant les femmes. Le concept est clair dés le début, il faut choquer, déranger pour nous faire réfléchir et remettre en cause nos propres représentations.

Un art subversif

Linder8Comme je vous l’ai dit, l’exposition démarre sur des chapeaux de roues. La musique de Ludus le groupe punk de Linder, à fond donne une allure tout à fait intéressante aux premiers clichés exposés. Des hommes et femmes du Dickens Bar, un club transformiste de Manchester, défilent le long d’un couloir complètement noir. Les sourires et les rires apparaissant sur les photos, les dessins de masturbation féminine et les cris de douleurs poussés par la musique, nous donne un cocktail assez explosif. Se déguiser, danser, chanter, se faire plaisir, devient alors à la fois un moyen de s’amuser, de se libérer et d’exprimer sa rage contre les représentations genrées que nous imposent la société patriarcale. Il devient important d’être ce que l’on veut, que l’on soit heureux ou malheureux sans être discriminé, exclus ou persécuté.

Linder1Au fond du couloir, sont exposées sous le regard d’une petite bourgeoise ballonnée par du cellophane, les pochettes des vinyles confectionnées par Linder parmi lesquels nous pouvons retrouver le jaune et rose du « never minds the bollocks » des sex pistols. A côté, des masques de carnavals un peu spéciaux sont placés sur des têtes de mannequins. Ces soutiens-gorges dans lesquels ont été fait des trous pour les yeux et auxquels ont été rajouté des chaines, symbolisent avec brio l’enchainement des femmes à leurs propres corps. Dans chaque sphères de la société, les femmes sont constamment réduites à de simples bouts de viandes. Dans l’espace publique, elles sont partout placardées nues pour nous vendre tout et n’importe quoi. Au boulot, elles sont sous-payés parce qu’elles peuvent pondre des chiards et passer leurs temps en congés maternités. A la maison, elles n’existent que pour enfanter, allaiter ou contenter les désirs d’un mari insatiable. Et c’est donc pour malmener cette image de la femme que de derrière le rideau d’où provient cette musique punchie, nous sont projetées les images d’un concert. Linder porte alors une robe de viande qu’elle finit par enlever pour exhiber un impressionnant gode-ceinture, faisant de cette manière un beau pied de nez à la phallocratie.

Des photomontages pour déconstruire les représentions de la femmes qui nous sont imposés


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nsuite, on change un peu de décor. Les photomontages pour lesquels Linder Sterling est devenue célèbre, sont exposés sur des murs d’une éclatante blancheur. La musique surexcitée s’estompe petit à petit, mais les œuvres restent tout aussi chocs. Des corps de femmes dont les têtes ont été remplacés par des objets de vie courantes, nous rappelle qu’encore aujourd’hui 80 % des taches ménagères sont effectuées par les femmes. Ces corps mutilés ou tout simplement entravés comme de vulgaires rôtis, sont tout aussi terrifiants qu’ils témoignent avec justesse de l’horreur des violences que subissent quotidiennement les femmes. L’effet est immédiat sur les spectatrices et spectateurs de ce cirque des curiosités, des « Oh mon Dieu » et des « Quelle horreur » surgissent des bouches ridées des couples d’octogénaires. Le pari est réussi pour Linder.

Les photomontages suivants sont beaucoup moins trash, au grand bonheur des petits vieux. Les corps loin d’avoir été violentés correspondent en tous points au corps idéal vendu dans les magazines « féminins ». Mais sur les têtes, ce sont des fleurs ou d’énormes lèvres pulpeuses qui y sont collés cette fois ci. Une série de clichés attire particulièrement l’attention du public. Linder s’est encore mise en Linder 2scène. Devant l’objectif du photographe Tim Walkers, celle-ci pose en ménagère parfaite. Son costume, des sous-vêtements transformés en habit du quotidien, ses accessoires (aspirateurs etc..) et les collages de roses remplaçant tour à tour sa tête, ses seins et son sexe, révèlent dans ce coton de couleurs pastelles ce que nous imaginons de la vie des femmes dans leurs foyers. Cette légèreté de vie tournant autour des romans à l’eau de rose, du ménage et de la satisfaction de combler un mari, nous sussure à l’oreille, sans choquer, cette forme d’aliénation pouvant être complètement intégrés par ces femmes.

En faisant s’accoupler différents magazines et des négatifs récupérés dans les poubelles, Linder reconstitue avec son scalpel un véritable puzzle. Ses photomontages sont un moyen de déconstruire la manière dont d’autres nous imposent leurs visions du monde et de la femme dans ce cas précis.

Un portrait de nos productions pornographiques

Malheureusement pour les octogénaires, l’exposition ne s’arrête pas là. La suite, comment vous dire ? Elle est hard-core. Rien que d’y penser, j’en n’ai encore des haut le cœur. Je ne suis déjà pas fan de pornographie, ni de gâteaux à la crème et encore moins de zoophilie, alors les trois mélangées je vous laisse imaginer. Les scènes proposés doivent d’ailleurs ressembler de près ou de loin aux fantasmes du footballer M’villa friand de prostituées de 16 ans. Les visiteurs divaguent entre d’immenses photos de femmes nues recouvertes de crèmes et d’image de cobras sortant des vagins, mais ne s’attardent pas trop. C’est dommage, car beaucoup on dû raté l’accouplement effectué par Linder entre Elle et Playboy montrant la similarité des représentations véhiculés par les deux magazines.

Au final, c’est dans une salle obscure où les derniers photomontages pornographiques sont rétro-éclairés à la manière des affiches publicitaires de Pigalle, que l’on comprend ce qu’est Linder. Linder, c’est un témoignage plein d’humour de notre société de consommation complètement pornographe. C’est une subversion brillante d’une vision kitch et misogyne de la femme. C’est le portrait de notre aliénation et des dérives de notre société mélangeant capitalisme et patriarcat.

YAGOUBI Florian

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Un matin d’hiver… la prison masculine

C’est l’hiver, on le reconnaît aux premières lueurs pâles du matin. Un gris fondu sur ciel nous protège des rayons du soleil, comme une immense couverture. La lumière se déverse progressivement dans la pièce, minutes après minutes. Des silhouettes se dessinent, des ombres apparaissent. Les monstres d’antan, stimulant comme un tisonnier l’imaginationh2 craintive de nombreux enfants. Camille s’en souvient comme si c’était hier. Ses yeux sont grands ouverts, comme quand elle attendait, impatiente et pleine d’énergie, que ses parents sonnent l’heure du réveil.

Aujourd’hui personne ne vient, personne ne peut. À mesure que le jour éclaire le béton et dessine les longs traits d’acier sur le mur épuré en face de la fenêtre, Camille pense.

Une autre prison

Elle pense à son enfance innocente qu’elle aimerait revivre avec ses yeux d’adulte. Se laisser porter tous les jours, vivre au rythme des cour de récréation, des cris, des rires, des larmes qui s’enchaînent à chaque épisode. Des amours de 15 minutes qui sont oubliées l’instant d’après, des meilleur-e-s ennemi-e-s contre qui on complote comme si un royaume était en jeu.

Elle pense à son destin de jeune femme. À la pression de sa famille, de ses amies, à ses jeunes hommes rencontrés pour des périodes plus ou moins courtes, toujours trop longues. Camille y pense avec rage et amertume. Sa raison lui chuchote qu’eux n’y sont pour rien pourtant la haine écrase tout sur son passage. Elle la porte dans ses tripes comme un cancer qui ronge tout et grandit chaque jour.

Sa pire prison n’est pas faite de barreaux de fer. C’est celle qu’elle a subie des années durant. Le malaise, d’abord, un sentiment que quelque-chose ne va pas. L’absence d’envie, de plaisir mais l’obligation de recommencer encore et encore. Puis c’est le dégoût de cette chose qui pénètre en elle, comme un poignard qui lui transperce chaque fois les boyaux. Tout lui paraît si brutal, si abject, si douloureux. Elle veut crier à la face de l’homme au-dessus d’elle : « tortionnaire ! » mais à quoi bon ? Il s’en fout. Dans le cas contraire il aurait déjà compris. Sa prison c’est celle de ces mains fermes qui la tiennent immobile pour mieux servir d’objet, celle de cette société qui lui explique tous les jours que c’est sa place.

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S’évader

Pas une seconde elle ne regrette son évasion, quel qu’en fût le coût. Elle eu l’impression de recommencer à vivre, de découvrir chacun de ses sens sous un jour nouveau. D’être heureuse. Cette évasion c’était Amanda. Une peau d’ébène, douce, lisse, un regard fort toujours porté au loin et l’habit faisait bien le moine.

L’attirance avait été irrémédiable, violente comme un coup sec sur la nuque. Une fusion instantanée qui frappait le champ du possible de Camille. L’interdit, formulé ou non, était balayé par un puissant souffle, invincible, immortel, comme elle se sentait à ses côtés. Il y en eu une puis d’autres pour des périodes plus ou moins longues, toujours trop courtes. Elle découvrit sa capacité à aimer, à avoir de plaisir à se sentir égale, fière, forte, puissante. Femme.

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Un jour

Clandestine, elle l’était toujours, c’était comme ça. Mais sa liberté la rendait lucide. Un jour elle serait découverte. Ce jour-là les hommes se vengeraient. Ils se vengeraient de son affront, d’avoir cru bon d’échapper à leur domination. Ils se vengeraient de son ambition d’avoir voulu être une humaine à part entière. Ils se vengeraient car ils ont peur de la société qui dit aux femmes qu’elles n’ont pas besoin d’eux. Ils ont peur que se révèle enfin la mascarade de leur piédestal, le château de carte de leurs foutus privilèges.

Elle ne s’est pas trompée. Frappée, torturée, enfermée ça elle le savait. Excisée, humiliée, violée comme d’autres filles de son pays et dans le monde entier. Camille est debout à présent, elle regarde les gouttes qui transpercent la brume matinale. Elle pense à ses jeux d’enfant, seul remède contre la démence. Elle s’évade à nouveau, à sa manière, en espérant que cet épisode clôturera l’histoire le plus vite possible.

Romain JAMMES

Aujourd’hui dans de très nombreux pays le fait d’être lesbienne est encore condamné de châtiments allant des flagellations à la peine de mort. En France, si nous n’en sommes plus là, les agressions verbales, physiques et sexuelles sont nombreuses à l’égard des lesbiennes. Les viols punitifs ne sont pas plus un fantasme que la discrimination quotidienne qui s’impose comme une vendetta à l’affront de ces femmes face à la domination masculine.

Le lesbianisme est nié par la société et les médias, occulté par la culture dominante et refoulé par les représentations dominantes de la sexualité.

Pourquoi les homosexuels dérangent ?

Ce débat sur le mariage commence à être lourd. La question est importante, mais quand on soulève ce genre de problématique, y a beaucoup de merdes qui remontent : notamment l’homophobie latente de nombreux réac’. Hollande fait moins que le minimum sur le mariage et se prononce contre la PMA. Les cathos et les fascistes, soutenus par l’UMP, remuent ce qu’ils peuvent pour sauver quelques traditions désuètes. Dassault prévoit l’apocalypse et Marie-Sol Touraine refuse toujours que les homosexuel-le-s donnent leur sang…

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Décidément l’homosexualité, ça dérange. Pourtant, avec un peu de recul, on a du mal à comprendre pourquoi. Qu’est-ce que ça peut foutre à tous ces gens l’orientation sexuelle de leur voisin ? Ça fait pourtant de mal à personne ! Alors qu’est-ce qui dans l’inconscient donne l’impression que c’est sale ?

La connerie essentialiste

Évidemment, un des refrains habituels derrière lequel se cache l’homophobie, c’est l’essentialisme. Le genre est un instrument savamment organisé pour bien distinguer l’homme et la femme, et pour leur donner des attributs soit disant complémentaires. La femme est douce, intellectuelle, maternelle et émotive. L’homme est fort, protecteur, rationnel et sage. Évidemment, c’est par PUR hasard si ces caractéristiques structurent une domination de l’homme sur la femme. La théorie du complot, tout ça tout ça… sur la construction du genre. C’est un truc anti-homme inventé par une poignée de gouines hystériques. Les essentialistes, eux, se basent sur les pionniers des sciences humaines (par pionniers il faut comprendre que c’est très vieux).1

Reprenons donc. L’homme et la femme sont donc complémentaires dans leur comportement comme pour la conception d’un enfant. Il est donc clair, comme 1 + 1 = 2, que l’équilibre d’un enfant repose sur l’apport de douceur, de maternité etc… de la part de la mère ainsi que de fermeté et de rationalité de la part du père. Suivant ce raisonnement il y a aujourd’hui une bonne part des enfants de ma génération, et encore plus de la suivante, qui sont potentiellement des dégénérés. Pour moi je savais, mais à cette échelle ça devient très inquiétant.

Donc cette foutue complémentarité justifie l’impossibilité d’avoir deux mamans ou deux papas. Pourtant, à bien y regarder (comme c’est fait ICI), il n’y a rien de naturel auxdits comportements. Et passé l’accouchement et l’allaitement (que beaucoup de femmes ne pratiquent pas), il n’y a aucun lien entre la mère et l’enfant qui ne puisse avoir lieu entre le père et l’enfant. Dingue ? Il n’y a rien de naturel non plus à la structure familiale mère + père + enfants qui est en fait assez récente au regard de nos civilisations. Par ailleurs, il n’y a rien de contre-nature dans l’homosexualité, d’autres espèces animales ne se contentent pas des rapports hétéro et si on prend les choses par ce bout, je n’ai vu aucune autre espèce que l’être humain construire bêtement des gros monuments vides pour prier un truc dont on voit jamais la couleur.

Le pouvoir du pénis

En fait j’enfonce des portes ouvertes, il faut le dire. Mais ce qui est nettement plus intéressant dans le rejet de l’homosexualité c’est la question du pouvoir sacré du pénis. Plus prosaïquement, c’est la question du « qui encule qui ? ».

woman-phallusD’abord, les hommes considèrent (consciemment ou non) que leur pénis a un pouvoir magique. En effet, sitôt qu’une personne ne correspond pas à ses caractéristiques de genre (femme musclée, homme maniéré ou émotif,…) elle est suspectée d’être homosexuelle. Et oui, comme le monde tourne autour de notre phallus, les comportements sociaux des individus sont structurés par le rapport qu’ils entretiennent avec lui. Si vous avez des caractéristiques de genre féminin c’est que vous êtes pénétré-e-s. Si vous avez les caractéristiques du genre masculin c’est que c’est vous qui pénétrez (ou du moins que vous n’êtes pas pénétré-e-s).

Le pénis est donc intimement (lol) lié à la question du pouvoir masculin. D’ailleurs, la pénétration est un symbole de force et le fait d’être pénétré un symbole de faiblesse ou de soumission. Quand dans un rapport social vous vous faites (métaphoriquement) « enculer », on ne peut pas dire que vous en sortiez gagnants. Plus généralement, c’est l’homme qui « baise » ou « prend » la femme, c’est lui qui l’a « possède » dans la littérature. Bref, la pénétration est bien, dans notre culture, un acte de domination !

Alors évidemment, dans une société patriarcale, le fait même qu’un homme puisse être « enculé », « possédé », « baisé » etc… ça fout grave la frousse. Ca remet en cause la domination « naturelle » de l’homme. Bien sur, cette peur est décuplée quand c’est une femme qui peut opérer cette pénétration. D’où la phobie encore plus développée envers les transexuel-le-s. Forcément ça fout un froid.

La sexualité autonome des femmes

La lesbophobie prend également des chemins intéressants. L’homme considère (inconsciemment) que sa position dominante est directement liée à son pénis. Il considère ce pénis comme déterminant dans les rapports sociaux mais aussi comme incontournable dans le plaisir des femmes. Evidemment, l’éducation tout comme les pratiques sexuelles ont un mal fou à s’extirper de cette représentation.

De cette considération ô combien grotesque découle des scènes assez hilarantes devant lesquels on est (presque) tous tombés quand un homme naïf est confronté à une lesbienne :

  • « Tu as eu une mauvaise expérience avec un homme ? » Évidemment, être lesbienne c’est forcément un second choix par défaut quand un home dégoute une femme.
  • « C’est parce que tu n’as pas connu de VRAI plaisir avec tes hommes ! » L’auteur de cette phrase sous-entend surement qu’avec lui ça changera tout
  • « Mais alors comment vous faites pour… » Là, l’homme étant persuadé que la sexualité est un pénis qui pénètre un vagin, il ne comprend pas comment deux femmes peuvent faire l’amour.

Il y a évidemment la cerise sur le gâteau : ces nombreuses scènes de cul où deux femmes se chauffent jusqu’à ce qu’un homme, tel superman, vienne les délivrer de TOUS leurs désirs et de cette frustration qui les envahissait jusque-là. Quel brave homme ! Aller au bout du plaisir était simplement impossible sans l’arrivée de son puissant membre.2

Rien de plus facile (oui, même pour toi) de comprendre que la sexualité autonome des femmes puisse apparaitre comme un obstacle social à la domination masculine. La lesbophobie a également ceci de particulière qu’elle est cachée, même au sein d’une homophobie déjà cachée. Les lesbiennes sont encore plus niées par la société que peuvent l’être les gays.

Dépasser l’orientation sexuelle

Évidemment, ce ne sont que mes quelques impressions. Rien n’est exhaustif dans tout ça. Mais on peut au moins noter le lien très étroit entre l’homophobie et la domination masculine. Avancer dans chacune de ces causes fait avancer l’autre.

Plus généralement, on peut revendiquer l’abolition du genre comme une des asymptotes du combat féministe (et des LGBT d’ailleurs). On peut aussi considérer que la notion même d’orientation sexuelle est à dépasser. Elle l’est évidemment comme identifiant d’une personne, mais plus généralement elle met un cadre où il ne devrait pas y en avoir. En somme, pour libérer la sexualité dans notre société, est-ce qu’il ne faudrait pas tous se considérer comme potentiellement bi et laisser la préférence dans le domaine du goût, comme un ou unetelle préfère les brun-e-es, les blond-e-s, les intellos, les timides ou les grandes gueules ?

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Une piste à discuter donc… Mais on est loin d’en être là puisque aujourd’hui une poignée de réac’ suffit à ce que le gouvernement recule sur la seule égalité des droits. Histoire que tu es cruelle…

Romain JAMMES