Adresse à José Bové.

FRANCE-GREEN-AIRPORT-BOVE-JUSTICE

Salut José, tu permets que je te tutoie ? On ne s’est jamais vu, du moins tu ne m’as jamais vu. Mais on a partagé tant de combats que j’aurais du mal à ne pas te considérer comme l’un des nôtres. Mes premières idées politiques, je te les dois. Pendant mes vacances à Millau quand j’étais encore gamin, j’entendais mille légendes sur tes actions, je voyais sur la route des messages demandant ta libération. J’ai vite partagé ce goût des produits de l’agriculture paysanne que tu représentais alors pour moi.

Le démontage du Mac Do de Millau a longtemps été un symbole pour l’ado que j’étais. Le symbole d’une forme de résistance qui me touchait, celui de ce que cette malbouffe n’était pas une fatalité et avait ses détracteurs. Une pointe d’espoir face à l’impérialisme américain qui me paraissait écrasant.3

En 2007, je votais pour la première fois. Longtemps j’ai hésité à te rejoindre, tes idées me parlaient : radicales, concrètes… Je sentais encore le faucheur d’OGM, celui qui ne se résigne pas à accepter un système productiviste et destructeur pour les humains et la nature. Si j’ai finalement voté Besancenot, c’était pour pousser plus loin une démarche que je trouvais proche de la tienne, mais en capacité de rassembler davantage et de peser dans le débat politique. Tout ça pour te dire que tu as beaucoup compté dans mon engagement politique et que ce José Bové-là, je partageais ses idées et son engagement.

Aujourd’hui, José, je ne te reconnais plus. Je comprends plus où est passé ce militant qui m’a tant inspiré. Je t’ai vu voter la libéralisation du rail, qui détricote sciemment notre grand service public. Comment développer le ferroutage, remettre des trains partout, améliorer encore le meilleur train du monde sans cet outil central ? Comment endiguer le tout-automobile si la logique du profit et non de l’intérêt général — car c’est de ça dont il s’agit — devient maîtresse de l’aménagement ferré ? Comment construire un service accessible à tous, sans que la puissance publique intervienne sur les tarifs ?

Je t’ai vu soutenir la libéralisation de l’énergie. Là non plus je n’ai pas compris. La transition énergétique est un axe central de la politique écologique. Elle ne peut pas répondre à une logique marchande, parce que nous devons avoir comme objectif de consommer moins. Si c’est la puissance publique qui a créé tant de centrales nucléaires, il n’y a qu’elle qui est assez puissante pour planifier la sortie de cette énergie dangereuse. Il n’y a qu’elle qui est capable d’investir2 sur 20, 30, 50 ans dans d’autres formes d’énergies : celle de la mer, de la chaleur des profondeurs, ou d’autres encore inconnues…

Je t’ai vu te prétendre « grand défenseur des traités européens ». J’en suis resté bouche bée. Ces traités sont l’ADN d’une Union européenne autoritaire qui prive le peuple de sa voix. Des traités passés en force, ou en catimini dont les objectifs sont toujours la destruction des souverainetés nationales, et la concurrence libre et non faussée. Oui, celle que tu veux « pousser jusqu’au bout ». En somme, c’est une Europe qui veut imposer l’austérité et le productivisme à tous les peuples membres. Comment peut-on être écologiste et défendre un tel principe ? Au-delà des FEDER, FEADER et autres fonds qui aident les collectivités dans certains aménagements intéressants, n’y a-t-il pas une direction générale mortifère dans laquelle cette logique nous emmène ? Est-ce que l’écologie ne contient pas la graine d’une société différente : relocalisée, solidaire, en paix ?

José, j’ai la sensation que tu t’es perdu dans la jungle bureaucrate de Bruxelles. Que tes combats ont été dilués, comme ces cuistres diluent le vin pour augmenter leurs marges. Tu es si bon élève de cette école, que l’assiduité devient ton seul argument face à Mélenchon, quand tu ne te déverses pas en insultes comme récemment.

Au fond, j’aimerais voter pour toi José, pour celui qui a participé à la construction de mes idées, peut-être celui qui a provoqué la première étincelle qui a embrasé mon engagement. J’aimerais aussi parce que tu viens de notre de camp et que tu y as toute ta place au regard de tes engagements passés.

Dimanche, je donnerai ma voix au Front de Gauche, ce sera aussi, un peu, au nom du José Bové d’autrefois…

Romain JAMMES

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Le fascisme tue !

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C’est le genre de nouvelles qui vous prend sèchement à la gorge. Elle reste inlassablement comme des ganglions douloureux, un malaise profond qui vous tord les boyaux jusqu’à vous arracher une larme.

C’est la larme (l’alarme ?) du désarroi, de l’incompréhension de la période que nous traversons. Celle de la montée silencieuse du fascisme. Elle est silencieuse parce qu’elle cache son vrai nom, mais elle apparaît sous les feux de la rampe fière de ses valeurs brillamment banalisées par l’industrie médiatique et la droite extrême. C’est là période où on ne s’indigne plus de rien. Tout est un objet de curiosité politique. On traite des fascistes comme d’un groupe classique, qui joue sa partition sur un terrain politique qu’on a sciemment miné de défiance. On plonge tout le monde dans un panier d’excrément. Beaucoup le méritent mais une voix douce pousse parallèlement à la fainéante fatalité. Celle qui dit : « de toute façon ce sera pareil ».clem 3

La nouvelle

L’événement, je ne l’apprend à personne : « Clément, militant de 19 ans connu pour son engagement contre l’extrême droite, a été lâchement agressé à Paris dans le quartier de la gare Saint Lazare. Violemment frappé au sol par un groupe de plusieurs militants d’extrême droite, manifestement selon des premiers témoignages du Groupe JNR (Jeune Nationaliste Révolutionnaire), laissé inanimé, il a été déclaré ce soir en état de mort cérébrale à l’hôpital Salpetrière. »

Il frappe nos consciences comme un tremblement de terre. Il nous ramène à notre mémoire collective. Celle qu’on a lu dans les livres ou que nos vieux nous ont raconté, du moins pour ma génération. Il faut agir !

Agir ?

Agir, c’est déjà se rassembler dès aujourd’hui partout en France (lien mis à jour). Montrons que ce n’est pas possible, levons la tête. Nous sommes les adversaires historiques du fascisme, ceux qu’on accable dès qu’ils parlent un peu fort, ceux qu’on folklorise comme les pires pourritures du FN. Mélenchon devient Le Pen, Le Pen Mélenchon et tout se mélange dans la soupe dégueulasse de l’embrouille organisée.

Agir c’est déconstruire cet amalgame mis en avant par nos adversaires politiques, y compris au PS. Un des assassins avait un T-shirt FN, le leader des JNR accuse Mélenchon de déclencher la haine. Il avait d’ailleurs fait apparition pour la campagne de Le Pen aux législatives. Nous mettre dans le même panier, au delà de l’insulte à notre histoire que cela représente, au delà de l’injure personnelle, c’est leur donner des brevets de respectabilité insupportables. Relayer, c’est être complice, même quand on se dit de gauche.

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Hier, ces fascistes voulaient « casser du gaucho », ils ont tué un gamin. Hier ça aurait pu être moi, et demain ça pourrait être n’importe lequel d’entre-nous si aujourd’hui le combat ne s’organise pas au delà du cercle des militants anti-fascistes.

Romain JAMMES

antifa

Non au futur plan social de l’oligarchie !!

Chères lectrices, chers lecteurs. C’est avec la plus grande gravité que je m’adresse à vous en ces heures si sombres. La boite de pandore a été ouverte ! C’est celle qui annonce l’Armageddon politique : la fin d’un monde aussi prospère qu’un saucisson à une convention de vegans.cahuzac

Cahuzac risque de mettre fin au conte de fée que nos dirigeants connaissent depuis des dizaines d’années. Celui de la sécurité de l’emploi, comme base d’un droit au bonheur. Cette erreur humaine risque définitivement de plonger la pays dans le chaos…

De l’instabilité politique

Vous le savez bien, nous sommes farouchement opposés à cette politique qui plonge des millions de gens dans la misère. C’est celle de l’austérité qui précarise le travail et, à travers le travail, l’ensemble de l’existence des individus. Quelle horreur, cette massification de la misère, cette destruction organisée des services publics, cette répression musclée des travailleurs défendant leurs emplois.

Jusque là, bienheureux étaient ceux qui échappaient à ce bulldozer néolibéral. Seulement voilà, rien n’est impossible. Aujourd’hui, l’affaire Cahuzac vient ébranler les consciences et plonge avec fracas le monde politique dans l’incertitude. Les cotes de popularité plongent comme des pigeons paraplégiques, des offensives idéologiques percent le mur de défense travaillé depuis des années. Rien de pire que ces appels au non-cumul des mandats et à l’arrêt de ces collusions avec les grands industriels. La sécurité de l’emploi d’élu ne doit pas être sacrifiée sur l’autel d’une pseudo-éthique petite-bourgeoise et antiparlementariste. Combattons ces infâmes condamnations de comptes cachés en Suisse, à Singapour, aux îles Caïmans, ou que sais-je ! Ne laissons pas le populisme piétiner les compléments de salaires des élus méritants.

assemblée

Nous sommes au bord du précipice, à l’aube d’un fascisme nouveau : celui qui écarte l’inamovibilité (et donc le bon travail) des élus, celui qui les met sous la surveillance de la vindicte populaire à la moindre erreur, pourtant si humaine. Heureusement, certaines personnes ont conscience du danger qui nous guette et tentent d’éteindre l’incendie. Le PS propose un référendum, peut-être un « êtes-vous pour ou contre la morale en politique ?», histoire de reprendre la ficèle de Sarkozy sur le capitalisme, mais en plus gros. Ce parti a  de toute façon l’habitude de faire voter des choses qu’ils n’appliquent pas ensuite, en interne comme en externe, on peut toujours compter sur leur savoir-faire pour étouffer les revendications qui gênent.

Mais ces bonnes âmes auront malheureusement fort à faire face au Front de Gauche qui prépare déjà sa marche du 5 mai. Si le soutien d’Eva Joly fait la démonstration de la démarche unitaire, le saccage en règle dont elle fait l’objet de la part des dirigeants de son parti depuis ce matin est plutôt rassurant. Mais EELV ayant intégré la VIe République dans son programme, tout porte à croire que les militants seront attirés par l’initiative. Restons donc prudents et attaquons-nous rapidement à celui qui est la figure de proue de ce mouvement : Mélenchon !

De l’effondrement de la presse

Mais voilà justement une autre conséquence inquiétante de l’affaire Cahuzac. La presse, si soucieuse d’offrir une certaine stabilité au système financier, et donc de protéger les collusions, se retrouve face à un scandale révélé par des « confrères » ne jouant pas le jeu. Cette trahison, digne de Saroumane dans le Seigneur des Anneaux (ou de Soljenitsyne dans un registre quasi-similaire)…cette trahison donc, ébranle une fois encore la scène sur laquelle se jouait un magnifique théâtre kafkaïen.aphatie

Libération aura beau taper, tel Loki, sur Mélenchon, à coup de jeux de mots pourris, sous-entendu avec point-Godwin bonus et manipulation de haut vol d’un mec qui se retourne contre eux, le mal semble fait. Pourtant, elles sont douées ces petites crapules. Transformer « purifier l’atmosphère politique » en « purification » éthique, et avec guillemets, siouplait. Pour compléter, une photo nullissime, déformée, genre grosse trace de doigt sur l’objectif, à croire que le journaliste a fait ça avec son smartphone. Ca fait rêver. Et enfin ce petit encadré magique « l’Enjeu : jusqu’où ira la violence de Mélenchon », comme le retour obsessionnel à cette peur de se faire découper la tête. C’est sur qu’Aphatie a dû l’avoir mauvaise devant cette double page, lui qui revendique la couronne de lèchage de cul et s’est brûlé la langue sur Cahuzac.

L’ancien journal Anar’ (et oui l’eau, les ponts, tout ça tout ça…) a donc tenté de se dédouaner en donnant quelques gages à la population. Un peu comme quand un instit’ regarde un élève qui ne fout rien, et que celui-ci se met à faire semblant de bosser. Le jeu est simple : on prend une rumeur, on fait 6000 signes dessus, genre l’air sérieux, indigné, et je me prends pour un journaliste d’investigation. Et on passe pour le premier de la classe quand on est un cancre. C’est aussi crédible que quand Moscovici dit qu’il ne savait rien sur les comptes de l’ancien ministre du Budget, mais c’est quand même bien essayé.

Bref, vous l’aurez compris, on est dans la merde. Alors que demain les salariés se battent contre la précarisation et le contournement du droit du travail qu’annonce l’ANI, les élus sont bien désarmés face à ce plan social qui se prépare dans l’Oligarchie.

J’espère qu’ils descendront aussi dans la rue, j’ai quelques slogans pour eux :

  •  « C’est facile, de pas être corrompu, quand t’es même pas foutu d’être élu… »
  • « Laissez-nous, nos fauteuils en cuir ! »
  • « La précarité, c’est pour les salariés ! Elus à vie, on restera ici ! »
  • « Tout est à nous, rien n’est à eux ! Tous les pots-de-vins on s’est goinfré ! Le partage des richesses, ça se fait sous la table, ou alors on va gicler, ON VA GICLER ! »

Romain JAMMES

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La rage qui nous anime…

Ah ça faisait longtemps, c’est reparti, la politesse bourgeoise vient encore s’indigner frontalement contre ceux qui osent un peu lever le ton et botter des fesses. Des « outrances », des « injures », des « éructations » même : comme si nous étions de vulgaires animaux lâchés en plein Fouquet’s. Allons manger avec doigt, boire au goulot et lécher nos assiettes. Puisque les claques sont interdites, faisons de nos mots les coups de fouet que certains méritent depuis longtemps.

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Évidemment, c’est une longue mer de nuages tranquilles dans laquelle vogue les socialistes, un petit coup de vent fait donc office de bourrasque. Sauf que l’ouragan qu’on leur prépare, il ne vient pas de rien, et ça va faire très mal.

Un rejet épidermique

Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, la politique, c’est une affaire de tripes. Ah ce n’est pas que ça n’a rien de cérébral, je suis pas un génie mais je fais mon possible. Non… la politique c’est une affaire d’indignation, d’une force qui vous prend au ventre et vous donne envie de vous battre. Ce n’est pas l’analyse statistique des inégalités qui me pousse à me lever le matin. Ce n’est pas le calcul stratégique de mon investissement pour un foutu fauteuil ou pour montrer gratuitement l’étendard nombriliste de mon parti à la face monde. C’est une rage bien plus puissante, et un espoir qui me booste comme de l’adrénaline en intraveineuse.

C’est ma cocaïne quotidienne qui m’aide à vivre tous les jours. C’est le café du matin autant que le Jack Da du soir. L’indignation c’est l’essence de mon moteur et l’azur de mon océan d’énergie. Car la société dans laquelle nous vivons est insupportable. Elle me dégoûte, me débecte, me fout la gerbe comme la pire des maladies. C’est un rejet physique comme un corps étranger à expulser, épidermique comme la plus virulente des allergies. Elle concentre l’opulence et la richesse dans une poignée d’individus qui se gavent à trois fois le plein. Elle organise la généralisation de la misère, la traite de millions d’êtres-humains, le viol de millions de femmes, des violences contre 1 milliard d’entre-elles.a

Elle l’organise, mais pas toute seule. Fini le tripe des malheurs désincarnés, les responsables ont des noms et des adresses. Chaque minute qu’ils passent sans harcèlement est un crachat à la gueule du monde entier. Ils se gavent sur la misère, détruisent méticuleusement notre système social et rongent notre république de l’intérieur. Et nous devrions rester calmes, à contempler le désastre ?

Le gouffre tranquille

Qu’elles aillent se faire foutre, ces belles personnes pleines de politesse, de mots compliqués qui noient le poisson. J’emmerde leurs airs supérieurs quand ils me disent avec placidité de me calmer. Ah c’est facile, pour eux tout baigne dans leur  fauteuil de cuir et leurs pantoufles. Ils pensent au rythme de leurs mandats, dans la gestion quotidienne des morceaux à ramasser devant l’édifice qui se casse la gueule. Ils pavanent avec leur sourire idiot, leur fausse joie coupable alors que nous avançons tranquillement dans le gouffre. Ce ravin du fascisme qui boit comme un vampire toute la haine que les peuples intériorisent.

Elles sont belles ces pourritures, celles qui font les révolutionnaires de salon, les insurgés des canapés, qui votent l’interdiction des licenciements boursiers, manifestent contre les retraites puis poignardent les salariés une fois au pouvoir. Dans leur beau monde bien lissé la révolte se fait la bouche en cul-de-poule, dans les tactiques politicardes à 15 bandes, les stratégies nombrilistes et la confiscation du pouvoir.

Je pisse sur les connards de la belle société, ces ultra-riches qui s’offusquent de leur pouvoir d’achat, ces patrons et actionnaires qui menacent le peuple français s’il a le malheur de lever la tête. C’est eux le pire crime contre l’humanité, c’est eux qu’il faut foutre au bagne au lieu de répandre votre fiel en osant accuser Mélenchon d’antisémite. Quel naufrage idéologique, quelle honte devant ces résistants au fascisme que vous encensez à leur mort en combattant leurs idées.

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Pourritures

Hypocrites et menteurs, godillots du patronat qui allez parader avec le MEDEF et vous faites siffler par la CGT. Vous agissez comme nos pires ennemis politiques, saccagez les constructions collectives et abattez l’enclume de la répression contre les salariés. Honte à vous qui démantelez à coup de force les camps de Roms, encouragez les haines organisées et expulsez les sans-papiers par dizaines de milliers.

Il est revenu le temps des rafles, le temps des tyrans intouchables et cumulards. Ceux qui vous promettent le jardin d’Eden et vous jettent sur le bitume. Ça sent les promesses fumeuses, celles des noms de magnifiques arbres pour appeler les forêts de tours grises et crasseuses. Celle des « sacrifices » des « emplois » truc ou « emploi » machin, qui cachent la fuite accélérée de nos droits.

Elle est omniprésente cette propagande abjecte qui explique qu’il faut baisser les yeux, se remettre au travail et se taire. Nous sommes les bagnards de la guerre de classes, ceux qui n’en font jamais assez, qui sont méprisés pour leur travail, culpabilisés une fois jetés à la rue et pointés du doigt quand ils osent venir d’un autre pays.

Comment ne pas parler avec  force ? Comment ne pas frapper avec nos mots cette belle société et son chemin tout tracé ? Nous nous faisons des ennemis ? Tant mieux ! Nous en avons et nous les combattons, mais au moins nous frappons sans cesse, sans louvoyer, sans se cacher, et en tenant ce drapeau qui ébranlera les idées dominantes en faisant réfléchir sur ce qui, jusque-là, allait de soi…

 Romain JAMMES

Mais au fait, c’est quoi la dette ?

Allez je me lance dans ce sujet épineux parce qu’il y a besoin de remettre les points sur les i. Sinon c’est moche un i, on dirait un l atrophié. Il se ferait sacrément avoir, un peu comme nous quand les médias ou les libéraux nous expliquent la dette.

Europe debt crisis

Le bel exemple, c’était Cahuzac face à Mélenchon. Je suis loin du trip groupie ou de la bataille de tweets qui s’organise à chaque émission. Mais c’est effarant de voir comment les plus grosses bêtises passent comme une lettre à la poste dans ce genre d’émission. Ainsi du haut de son perchoir le ministre du budget entonne le refrain suivant : « Votre voisin vous demande 10F, vous lui donnez. Un jour 20F, vous lui donnez. Un jour 50F, 100, 200 ou 1000, vous lui donnez. Et puis si un jour il vient vous voir en vous disant qu’il vous rendra pas tout ça mais qu’il a besoin de 5000 euros. Vous lui donnez ? Non et vous aurez raison ! »

Ce résumé du problème de la dette est séduisant… parce qu’il est simplissime. Mais il est aussi complètement faux. Et je vais essayer de vous expliquer pourquoi…

Au début, était l’argent

Bon, pour comprendre le principal élément de la dette en France et dans beaucoup de pays, il faut revenir à ce qu’est la monnaie dans l’économie. Prenons l’économie la plus simple du monde, allez disons 2 personnes. L’un fabrique des vêtements, l’autre fait pousser des fruits et légumes. Chacun a besoin de l’autre et ils échangent des pulls contre des tomates. Là, pas besoin d’argent. Évidemment, les choses se compliquent quand dans l’économie s’intègre une personne qui fait des outils, l’autre des maisons et disons une dernière qui est médecin. FAIRE-DU-TROC-SANS-DEPENSER-D-ARGENTComment on évalue combien de chaussette vaut une maison ? Ou combien de tomates vaut une visite médicale ? Pour simplifier, on créer de l’argent qui étalonne la valeur de chaque produit. Ainsi, plus besoin de troc, l’argent, en circulant, équilibre les échanges. Evidemment, cela suppose une autorité supérieure qui fixe des règles et qui émet cette monnaie pour que tout le monde ait confiance. Donc l’Etat a un rôle non négligeable dans l’économie, sans même aborder la question des services publics et de la répartition des richesses.

Évidemment, vu la petitesse de l’économie, 100 euros en circulation peuvent largement suffirent à chacun, l’argent circulant entre tous, pour pouvoir participer à l’économie. Mais l’économie grandissant, à la fois dans le nombre d’acteur mais aussi dans la productivité de chacun de ces acteurs (avec les innovations techniques tout ça tout ça), les 100 euros vont très vite être insuffisants pour fluidifier les échanges. Ca s’appelle un manque de liquidité. À ce moment, l’Etat peut émettre de la monnaie pour accompagner le développement de l’économie. Il peut le faire à travers des investissements publics, des grands travaux, des services publics, ou à travers la distribution d’aides sociales diverses. Avoir plus de masse monétaire en circulation stimule les échanges, donc la production. Puis ça enrichit l’Etat via l’impôt également.

veritable-part-dette-budgetCe système contient évidemment quelques biais, parfois les Etats ont immodérément créé de la monnaie pour faire varier sa valeur relative et exporter davantage. Ils ont souvent dévalué brutalement leur monnaie pour éponger une grande part de leur dette etc… Mais rien de fondamentalement grave, excepté quelques exemples isolés. Cette politique a rendu plus de services qu’elle n’a coûté aux populations. Les principaux acteurs qui en pâtissaient étaient les rentiers et les créanciers de l’Etat (souvent les mêmes).

La monnaie-dette

Bon jusque là vous suivez ? Evidemment, la situation n’est pas restée ainsi, pour de bonnes mais surtout pour de mauvaises raisons. En 1973, les Etats mettent volontairement fin à cette pratique. Les banques centrales deviennent progressivement indépendantes et la création monétaire devient essentiellement un acte privé. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Aujourd’hui, les banques centrales comme la BCE sont largement minoritaires dans la création monétaire : autour de 15%. L’essentiel de la création monétaire se fait via les crédits que les banques accordent. Sauf que cette monnaie, elle a 2 inconvénients : elle disparaît, à mesure qu’on rembourse sa dette, et elle génère des intérêts. Or depuis 73, l’économie s’estdettes-sans-interet sacrément développée et les intérêts des dettes publiques, comme privées, ont explosé, au grand bonheur des banquiers. Le résultat ? Au lieu que la création monétaire permette de financer le développement de l’économie, elle sert aux banques à faire du crédit, y compris pour les Etats. La BCE prête aux banques à 1% et les banques prêtent ensuite aux Etats entre 6-7 ou 17% comme en Grèce. Un joli pactole à la clef bien sur !

Le système fonctionne tant et si bien que l’essentiel du problème de la dette publique actuelle, ce sont les intérêts. Comme le montre les schémas, ce sont les intérêts qui plombent l’économie publique, cette obligation stupide d’aller demander aux banques pour un prêt. Donc contrairement à ce que Cahuzac raconte : la France et les pays européens ont largement remboursé leur dette, le reste n’est que le résultat d’un système économique construit pour engraisser une poignée de financiers sur le dos des pays et des ménages.

La dette, c’est chouette aussi

Bien sur, cette partie de la dette, il ne faut pas la payer. Faire un gros « fuck » à ces banquiers pour qui la droite et le gouvernement actuel sacrifient le peuple. C’est la plus grosse partie, mais ce n’est pas la seule. Une partie non négligeable de la dette est directement liée aux politiques fiscales néolibérales qui permettent aux plus riches et aux grandes entreprises d’échapper à une grande partie de l’impôt…Celle là, on peut la payer, mais on peut aussi faire une réforme fiscale d’ampleur pour y remédier. Mais genre une bonnedette-publique-marianne réforme fiscale, pas celle dont Cahuzac dit qu’elle a déjà été faite mais qu’on l’a pas vu. Comme si on avait passé une partie de l’année camés au point d’avoir un trou noir dans le débat budgétaire.

En vrai, il y a également une dette chouette. Elle est chouette parce qu’elle fait avancer la société. C’est l’investissement pour le bien commun. Construire des routes, des lignes de chemin de fer, des centres de production d’énergie renouvelable, des écoles, des hôpitaux,… Tout ça, ça coûte un max de tune, et donc on emprunte. On emprunte, c’est vrai, mais on fait avancer la société et au final, on a un retour humain, démocratique et économique. Donc cette dette chouette, nous elle nous gêne pas trop. Pourtant bizarrement, c’est la seule à laquelle s’attaque les libéraux (socio- comme néo-). À croire qu’ils roulent pour les banquiers et les riches…

Voilà ce qu’est la dette selon moi. Et les solutions sont simples : la dette illégitime, on ne la paye pas et on permet à la BCE de prêter directement aux états ; la dette fiscale, on l’endigue à travers une fiscalité plus juste ; la dette chouette, bah on se gêne pas…

Romain JAMMES