Ce court moment où j’ai cru que nous avions un Parlement…

Ô joie, ça y est Manu, t’as reçu l’oint de l’Assemblée pour faire toutes tes bêtises. Ça t’a demandé un peu de finesse pour convaincre l’autre oing, celui qui galbe les fesses confortables de nos députés. Toi l’homme qui voulait abattre les 35 heures et que la franchise poussait à abandonner le nom de socialiste, tu as gagné le vote de l’écrasante majorité de la gauche. Après tout, on a bien le droit de choisir son fossoyeur non ?

Pourtant un moment, on a cru à une étincelle de rébellion. Un petit élan de fierté… parce que franchement, il y a toujours un moment où c’est rasant de se faire piétiner la gueule… Où j’en étais ?… Ah oui, un petit élan de fierté ou une crise d’ado, bref, un peu de débat dans cette république moribonde… Que n’ai-je tu mes faux espoirs avant la douche froide.

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L’Homme du président

Valls, c’est un grand solitaire. Il représente tout à fait cette nouvelle manière de prendre le pouvoir sur un camp politique. Avant, dans un passé pas si lointain et, sauf détail de l’histoire qui m’aurait échappé, dans la même galaxie, un-e militant-e gravissait tranquillou ses échelons, y compris d’apparatchik en participant quelque peu à sa construction idéologique et militante dans le jeu de courants du PS. Chacun avait son groupe qui s’active et essayait de prendre l’ascendant idéologique et technique dans les fédérations. Rocard a eu son courant, Dray a eu SOS racisme puis la Gauche socialiste avec Mélenchon, Hamont les MJS, Un Monde avance, etc…

Sauf que Valls, il ne représente aucun courant : il se représente lui-même. C’est ce qui explique la déculottée qu’il a pris aux primaires et sa capacité à être, au gré du vent, contre le TCE en 2005 mais ultralibéral quand il sent que le filon le mènera loin. Sauf que, passant bien dans les médias, notamment à travers ses prises de positions iconoclastes pour la gauche (autrement dit des positions très à droite) sur les questions de sécurité2 notamment (qui sont manifestement plus importantes que ce qu’on fout dans son assiette), il s’est fait une petite réputation sondagière. Voilà son unique légitimité, avec, éventuellement, Évry, ville qu’on lui a offerte gentiment pour qu’il arrête de faire chier tout le monde.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Parmi les députés, sa ligne poliétique n’est pas spécialement aimée. Au PS, c’est encore pire. Valls a donc simplement été imposé par Hollande comme un fait du prince.

Des gesticulations

Comme on pouvait s’y attendre, ça a montré des dents. Chez EELV d’abord, même si la majorité des parlementaires étaient favorables à entrer au gouvernement. Quelques positions de principe et une bonne opportunité ont eu raison de la stratégie jusque-là adoptée. On avait les prémisses sur le terrain avec les municipales, mais entre ses militants et leurs dirigeants, il y a un gouffre qui permet un éventail de positions impressionnant. D’ailleurs, si beaucoup de militants se sentent plus proches du Front de Gauche, d’emblée, les parlementaires rejettent l’idée de s’opposer au gouvernement. Le conseil fédéral nuance un peu plus, 83% ne veulent pas donner leur confiance à Valls.

Même chose à la gauche du PS, c’est un peu la panique. Le mec que personne ne peut supporter et qui est censé ne rien peser se retrouve Premier ministre. On fait aussi dans le rapport de force gentillet, une centaine de députés font les gros yeux, ça s’emballe un peu et de loin on croirait une petite révolution sur leassemblée nationale et colberts bancs solfériniens. Il y aurait de quoi, la politique menée par Hollande n’a rien à voir avec ce que le parti avait voté, mais bon… De loin.

De loin oui, parce qu’au final, l’élan de révolte s’est fracassé contre le mur du chantage sauce 5e République. Après environ… aucune concession sur le fond, 11 députés socialistes seulement finissent par s’abstenir, 6 EELV (et un contre)… On regarde le tableau et on finit par se dire : « tout ça pour ça », Filoche fait son quatrième ulcère en trois semaines. Bref, tout repart comme avant, mais en pire.

Made in 5e République

Un homme choisi par personne, et des députés incapables de s’y opposer. Je sais pas pour vous, mais moi je trouve le scénar très monarchie républicaine. Roh me regardez pas avec ces yeux ! Je découvre pas que le PS est converti à la 5e République, mais sa logique est poussée à l’extrême ici. Le Parlement n’a d’influence ni sur qui sera ministre, ni sur la ligne politique qui sera appliquée.

Et pour cause, qu’est-ce qui explique qu’aucun socialiste ne ce soit opposé ? Les idées de Valls n’ont pas molli. Rien pour les salariés, ou plutôt si, la promesse de déshabiller leur protection sociale pour arrondir leur fin de mois. Le salaire sera le même, mais la partie socialisée est réduite au profit de la partie individuelle. Le « pacte de responsabilité » déséquilibre encore l’édifice au profit du patronat, déjà 30 milliards promis. Les armes sont données à ceux qui voudront en finir avec cette redistribution de la richesse. La réduction des dépenses publiques s’accélère : 50 milliards annoncés sur tout ce qu’il est possible d’attaquer. Dix milliards rien que sur les collectivités, notamment en découpant à la louche les territoires sans prise avec la réalité.

Je m’étale pas sur le sujet. Le président a eu raison sur le Parlement sans changer une ligne de son axe politique et en mettant le moins rassembleur à la tête du gouvernement. Il en profite pour reprendre en main le PS, qui s’était déjà à moitié transformé en « agence de com’ du gouvernement ». L’impuissance de l’aile gauche saute à la gueule de tout le monde.

De son côté, EELV prend une douche froide. Soit ils sont au gouvernement et ne pèsent rien, soit ils sont en dehors et ne pèsent rien. La dépendance des parlementaires au PS est traînée comme un boulet, et de l’aveu même de Pompili, leur seule manière de mener le rapport de force c’est de menacer de sortir du gouvernement. Oh, zut c’est déjà fait. La politique made in 5e République, c’est aussi oublier que le peuple est un acteur politique, comme il le sera peut-être le 12 avril. Le rejet sous faux prétexte de la main tendue de Mélenchon isole EELV dans une position très instable d’entre-deux.

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S’il fallait retenir une chose des derniers événements, c’est que le Parlement s’est fait écraser par la 5e République. Il a un moment levé la voix, comme s’il avait l’espoir que cela aboutisse à quelque chose, mais il est rentré dans les rangs comme le Sénat derrière Auguste.

Triste République qu’il faudra balayer au plus vite quand le souffle de la colère populaire fera exploser la prison symbolique qui l’enferme. Il faudra la balayer avant qu’elle fasse germer avec la complicité de la société du spectacle les nazillon qui saturent nos antennes.

Romain JAMMES

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La Nostalgie gerbante de la monarchie…

Et c’est reparti pour un tour. Qui a mis cette putain de pièce dans la machine. Rebelote le refrain nauséabond folklorisant les monarchies européennes, rebelote le conte de fée mielleux type Disney avec ces chants de merde et ces petits oiseaux heureux. Vous savez, en fait, j’ai presque rien contre les Disneys. Bon y en a quelques uns qui me chiffonnent mais dans l’ensemble je n’empêcherais pas un gosse de les regarder (de là en l’encourager il y a un monde hein).

1Non, non, le souci est pas tant cette niaiserie sexiste de type prince charmant et belle au bois dormant. C’est cette valorisation féérique de la noblesse, des rois, des reines, des princes et tout ce qui s’en suit. Un traitement romanesque qui tourne à une espèce de nostalgie dans notre pays où on s’est attaché à séparer Louis XVI de sa tête.

Et vous savez quoi ? On l’a fait en conscience de cause…

Nostalgie réactionnaire…

Je vais vous avouer un truc sale. Rassurez-vous, c’est pas un truc qui arrive aux princes et aux princesses qui sont bien trop parfaits. Quand vous allez aux toilettes, parfois, malgré la chasse d’eau, reste quelques traces malencontreuses de mon passage. Ben là c’est pareil, les pseudos roitelets en carton qui paradent, c’est un peu la trace d’un système de merde. Je sais pas pour vous, moi en général je nettoie. Mais après tout, c’est ptete qu’une question de goût…3

Alors, de quelle merde ces rois sont la trace ? C’est vrai c’est là question non ? Et bien c’est la trace d’un système profondément inégalitaire. Alors attention, il est pas genre inégalitaire comme le notre. Nous on en voit des belles, mais on a quand même quelques principes encore. Non là c’est un système purement inégalitaire à la base. Genre « les êtres humains naissent libres pour certains, et surement pas égaux ». Alors du coup, ceux qui sont plus balèzes, ils ont le pouvoir et l’argent, le reste trime. Puis surtout c’est les fils et filles de ces belles personnes qui sont, à leur tour, de belles personnes. Bref, c’est fondamentalement l’inverse de la démocratie et de la République.

Alors les belles personnes, elles ont le sang bleu, elles valent mieux que les autres, voire même elles sont choisies par Dieu. Et ça leur donne des droits incroyables de tortionnaires des autres. Bien entendu, ces traces s’entretiennent dans leur petit monde 2d’aristocratie. Le successeur au trône de France est bien identifié, il attend son heure peut-être. Et toutes ces personnes survolent la vie et les problèmes que la population pourrait avoir. Ils sont glorifiés et passent en boucle à la télé, comme si le caca dont ils sont la conséquence n’était pas déjà très loin dans les tuyaux de l’histoire.

Le combat culturel

Mais derrière les strass et les paillettes, il y a un combat politique. Je ne suis pas du genre à crier au loup en permanence. Mais le traitement médiatique est tellement disproportionné qu’on prend une repentance en pleine gueule. Dans ce contexte où la défiance vis à vis des institutions politiques est grandissante, ça sent très fort le c’était mieux avant, comme si, au final, toutes les femmes étaient des princesses et les hommes des princes vivant de fougueuses aventures.

D’ailleurs pour couronner la repentance, Le Parisien publie même un sondage pour savoir si –oui ou non– on aimerait avoir un Roi ou une Reine en France. Est-ce pour savoir si on veut s’identifier béatement à un monde qui n’existe pas ? Est-ce que c’est pour faire Hara-Kiri à la République et puis se dire « de toute façon je m’en fous, autant qu’un autre décide tout à notre place » ? Est-ce par nostalgie collective d’une justice arbitraire ? Est-ce que c’est simplement pour se bourrer la gueule à chaque nouvel événement ?

C’est peut-être pour tout un tas de raison. Sauf que voilà, le message est assez clair, et le sondage vient timidement prendre la température. Une histoire qui se répète étonnement, puisque qu’avant les sondages bidons 4et avant même Le Parisien, la réhabilitation culturelle de la monarchie a précédé sa reconquête (sous des formes variées évidemment). Tenez, l’exemple de la Grèce antique nous montre que la littérature rejetait massivement d’expérience toute idée de monarchie contre laquelle les cités s’étaient érigées en peuple libre. Seulement un travail culturel progressif a été fait, tant et si bien que l’idée d’un roi, mais genre un roi cool qui est bon avec le peuple, a fait son chemin. Patatras quand l’idée est mure Philippe II (le père d’Alexandre) arrive avec fracas et installe sont régime monarchique. Sans préparation culturelle, pas sur que la tâche aurait été si facile, d’autant qu’il a été progressivement personnifié autour de lui, pour finir par être une claire divinisation des Rois vivants dans certaines cités.

Bref, tout ça pour dire que la République chie sur la monarchie. Et que ce traitement médiatique féérique, sans être une œuvre consciente de réhabilitation monarchique, participe largement à une espèce de nostalgie culturelle qui fait tout sauf renforcer notre système démocratique. L’idée de l’homme providentiel, déjà véhiculée par la Ve République, participe déjà largement à ce phénomène culturel qu’il faut regarder avec attention…

Romain JAMMES

Un coup d’état permanent

La mondialisation est souvent prétexte aux discours pompeux sur l’impuissance croissante des États. Il m’apparaît donc important d’aborder un phénomène qui découle de cette domestication de l’État par notre divin marché : « l’état d’exception permanent »

J‘entends déjà certaines de vos réactions : « qu’est-ce qu’il nous raconte encore ? », « il va encore nous sortir ses théories fumeuses venues tout droit de récits d’anticipation! » .

Mais je commencerai pas répondre à :

« Mais c’est quoi ce truc ? »

« L‘état d’exception » nous vient d’un concept remontant à l’antiquité romaine : « la dictature », évoquée notamment par K. Marx lorsqu’il parle de « dictature du prolétariat ». Je vous vois déjà, là, à frissonner dernière vos écrans d’ordinateur, en imaginant les chasses à l’homme orchestrées par Sylla, les têtes coupées sous la dictature du populiste Marius ou les majestueux procès staliniens. Mais n’ayez crainte cher(e)s ami(e)s, en dehors de ces phénomènes folkloriques, il y a eu de multiples exemples beaucoup moins sanglants de ces suspensions de l’ordre constitutionnel tout au long du XX ème siècle. L’exemple le plus connu est d’ailleurs la seule utilisation de l’article 16 de la Constitution lors de la crise dite du « putsch des Généraux» de 1961, lorsque des militaires partisans de l’Algérie française ont tenté de renverser le Général de Gaulle

Proscriptions sous la dictature de Sylla

Il y a, il ne faut pas l’oublier, un second élément dans cette définition. Il s’agit du côté anecdotique et provisoire de « l’état d’exception », (hé oui s’il y a ex-cep-tion !!! c’est pas pour les chiens). Donc, pour ceux qui ont Alzheimer, la dictature (ou « l’état d’exception »), c’est une suspension provisoire de l’ordre constitutionnel pour répondre à un péril imminent. Tout comme « le droit de résistance », « l’état d’exception » s’oppose au droit, au nom du droit.

Une république qui faiblit, qui coule et qui fait « blic blic blic »

Le problème est que ce phénomène, est devenu un « paradigme de gouvernement ». Émancipé des contraintes temporelles, il est aujourd’hui un concept politico-juridique durable. Accentué par les attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, qui n’ont laissé aucune législation intacte, le phénomène a en réalité été amorcé dès la première guerre mondiale lorsque les belligérants ont dû mettre en place des lois d’exception.charb5-10939698blvuv

C‘est à partir de cette époque que l’on a assisté à un effondrement progressif de la division des pouvoirs. Ce qui nous permet aujourd’hui d’observer conflits d’intérêts sur conflits d’intérêts. Les comptes helvétiques de Cahuzac, les magouilles de notre Tapie hexagonal, etc… etc… sont parfaitement révélateurs du système dégueulasse qui s’est mis en place. Le pouvoir exécutif ayant pris petit à petit le pas sur les pouvoirs législatif et judiciaire, notre 5ème République a finalement donné naissance à un machine politique clientéliste, pour ne pas dire mafieuse.

J‘espère que vous ne m’en voudrez pas mais j’aimerais passer les arguments maintes et maintes fois ressassés autour de l’hyper-présidentialisation de notre régime. Oui et oui, c’est un problème. Mais ce qui m’inquiète depuis quelques temps, c’est la normalisation du « gouvernement par décret ». Le décret (norme émanant de l’exécutif ayant force de loi) est devenu sans que personne ne s’en offusque, une manière comme une autre de légiférer ; puisqu’il faut être capable de répondre le plus rapidement possible aux injonctions du Grand Marché Tout Puissant. Et même si les décrets sont validés par le parlement, la banalisation de cette pratique a eu pour effet de transformer les assemblées en de simples chambres d’enregistrement à la botte de l’exécutif. Alors fini les longs débats et les fastidieux discours de l’Assemblée Nationale qui sont pourtant nécessaires à la vie démocratique d’un pays. Face à l’impératif économique, les débats ne peuvent avoir lieu. Certains vous diront d’ailleurs qu’ils sont inutiles, puisqu’une seule politique est possible. Il nous devient donc impossible de proposer des politiques alternatives.

Comme bel air de Wagner 

Laissons de côté pour l’instant cet aspect pour en venir à des considérations un peu plus matérielles.

« L‘état d’exception » s’incarne concrètement sur le territoire. La prison de Guantánamo en est un exemple particulièrement criant. Les États-Unis y enferment des individus sous le titre de « combattants illégaux » et non de prisonniers de guerre. Ils n’ont donc pas de statut juridique clairs, ce sont des êtres juridiquement inclassables. Et sans vouloir marquer des points Godwin, cette situation ressemble étrangement à celle des Juifs des Lagers nazis. Dans les deux cas les individus ne sont pas seulement privés de droit mais sont considérés extérieurs à toutes juridicité. Et comme en France, nous produisons un certain nombre d’Eichmann en puissance (policards et fonctionnaires complètement aliénés), nous faisons la même chose avec les roms et les sans-papiers. C’est notamment en ça, que « l’état d’exception » est devenu un paradigme de gouvernement, transcendant à la fois les partis et les frontières.

A part ça, ce phénomène politique s’explique par l’avènement de l’ère atomique. Le nucléaire en termes d’infrastructures, de gestion de risque, a obligé à un accroissement du pouvoir de l’Etat. Cela était inévitable pour pouvoir mettre en place correctement les structures organisant la production et la circulation de l’énergie nucléaire que ce soit dans le civil ou le militaire. Et vous comprendrez, qu’il a aussi insinué une extension du secret d’État, limitant par la même l’espace publique. Les conflits ont alors été modifiés par l’équilibre de la terreur, ce qui a laissé place à une augmentation des conflits secondaires (guerres civiles, terrorisme, antiterrorisme). Nous avons par conséquent vu s’estomper la frontière entre guerre et paix, justifiant l’avènement d’un état de violence permanent.

« L’état d’exception permanent », vous le comprendrez bien, n’est donc pas le résultat de restes monarchiques ou absolutistes, ni la persistance cafardesque de l’Ancien Régime. Ce phénomène est un pur produit de nos systèmes démocratiques occidentaux. Quelles conclusions devrions nous donc en tirer ?

« L‘état d’exception » a suivi comme son ombre la construction démocratique, mais cette ombre s’étend aujourd’hui au point d’éclipser nos démocraties. Cela relève du lien intime entretenu entre la violence et le droit. En délimitant la violence légitime et celle qui ne l’est pas, le droit porte en son sein la violence dont « l’état d’exception » est l’incarnation. Pour cela, seule une activité révolutionnaire, visant à transformer les institutions, peut trancher ce lien étroit. Il s’agit donc de faire advenir un réel « état d’exception », c’est à dire l’élection d’une assemblée constituante, pour mettre fin à ce système politique où le peuple est écarté, et les chambres méprisées.

YAGOUBI Florian

Le 5 mai pour une république féministe

Je trouve enfin le temps d’écrire quelques mots. J’ai l’impression de griffonner des notes sur du papier humide au fond d’une tranchée. On entend les obus siffler, le paysage politique est un champ éclaté et boueux, les gens y courent dans tous les sens. D’autres s’organisent, mais ce qui est perceptible c’est que la grande masse s’y perd.

Dans ce contexte, difficile d’avoir le cerveau disponible pour écrire. La créativité est aspirée dans la bataille, c’est une arme redoutable mais épuisante et c’est le blog qui en a fait les frais.

Le blog oui, mais pas son objet.

AgnesBihl

It happens again

Il se passe quelque-chose. On ne sait pas foncièrement quoi mais ça gronde comme un bruit sourd qui vient de partout. Un ronronnement qui fait monter la tension et alourdit l’atmosphère. On dirait ce silence avant le déluge, ce creux avant que la vague ne déferle et passe la digue. C’est comme la dernière inspiration avant l’effort.

Ce quelque-chose, ce n’est pas qu’une nostalgie de la Bastille du 18 mars qui refait surface comme un vieux film à la télé. C’est d’abord et surtout le fruit mûr d’un système politique qui a assit son identité en piétinant la souveraineté populaire. Gorgé de sucre, il n’a cessé de grossir durant ces années où un gouffre se creusait entre les citoyens et les élus, où la défiance grandissait à l’égard des institutions. Il s’est gavé de la sève d’une Europe autoritaire et brutale, parangon de la théorie du choc et des non-sens économiques. Trésor caché d’une poignée de financiers et d’élites politiques biberonnées au Friedman.

Il a grossit avec opulence narguant l’univers entier, pétrit de supériorité et de concupiscence. Convaincu de son invincibilité, le lourd poids de sa démence a cassé la branche qui le tenait. Maintenant, il chute en panique devant le destin qui se scelle.

De l’air !

On nous a souvent entendu dire que le pire n’était pas la crise, ce serait que nous n’arrivions pas à en faire un monde nouveau. Mieux, cela va de soi. Cette force qui monte des profondeurs n’est pas celle des timorés qui accrochent leur siège au train-train ministériel. Ce n’est pas celle de ceux qui grattent par-ci par-là des demi-demis (oui on dit quart)… je disais, demi-demi mesure en échange des plus grandes compromissions. Des logements contre la fin du droit du travail ? Quelques profs pour de syndicalistes en prison ?

Ce moment appartient à cette personne (nous tou-te-s) à qui trop de fois on a fait la promesse des lendemains qui chantent. Trop de foi moquée, méprisée, niée jusqu’à ne plus croire personne. Elle chie sur ces menteurs, et ces gestionnaires de force politique comme s’ils géraient un troupeau de chèvres à ne pas disperser.

Il faut de l’air ! Qu’ils dégagent. C’est son tir d’alarme qui sonne trop souvent comme un désespoir. Elle s’en est gorgée comme une biscote dans du café, dans l’anesthésie de la 5e République. Pas de pseudo moralisation, pas d’entente cordiale entre dirigeants politique sur des mesurettes de façade. Encore moins un référendum sur des questions bidons, vous y croyez vous ?

  • Êtes-vous pour la morale en politique ?
  • Est-ce que vous préférez que les politiques tiennent leurs promesses ?
  • Est-ce que vous voulez que les dirigeants politiques, bah genre ils s’occupent de vous ?

Non, il faut faire le ménage ! Et comme un symbole de l’asservissement domestique des femmes. Elles en sont des actrices centrales !

Une République féministe

La 5e République, c’est un peu le modèle familial patriarcal appliqué à la France. D’ailleurs la droite dit qu’il faut la « gérer en bon père de famille », c’est vous dire. Une poigne de fer, une logo_feminismegrosse paire entre les jambes et on essaye de garder la face quoi qu’il arrive. Mais pire que ça, c’est surtout une République d’hommes, en chaire et en os. Les hommes ont été et sont toujours omniprésents et inamovibles.  Ils cumulent 2, 3 ou 4 mandats, certains depuis 35 ou 40 ans. Ils sont entre couilles à l’assemblée, entre couilles au conseil des ministres, entre couilles dans les cabinets ministériels, entre couilles dans toutes les assemblées élues au suffrage uninominal. Les exécutifs importants sont des hommes, les présidents de conseil régionaux, conseils généraux et les maires sont des hommes. Les grands patrons d’entreprises publiques sont des hommes, les conseillers constitutionnels sont des hommes et j’en oublie.

Le coup de balai, c’est socialiser la richesse et socialiser le pouvoir. Foutre dehors ceux qui le tiennent depuis des années, imposer des scrutins qui permettent l’accession de femmes au pouvoir et globalement des institutions plus représentatives. Le coup de balai, c’est aussi prendre le taureau par les cornes et supprimer toutes les subventions aux partis qui ne respectent pas la parité, menacer toutes les grandes et moyennes entreprises de dissolution ou d’expropriation en cas de CA non-paritaire ou d’inégalités salariales. C’est sanctionner le sexisme ordinaire comme la publicité, aussi durement que le racisme. C’est refondre une école qui n’apprend pas un modèle de domination masculin ou hétéro-normé.

Faire table rase et refonder un monde nouveau, c’est l’affaire de tou-te-s donc c’est l’affaire des femmes !

Romain JAMMES

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos soeurs séparées.

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble, on nous opprime, les femmes
Ensemble, Révoltons-nous !

Dernier refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !

La rage qui nous anime…

Ah ça faisait longtemps, c’est reparti, la politesse bourgeoise vient encore s’indigner frontalement contre ceux qui osent un peu lever le ton et botter des fesses. Des « outrances », des « injures », des « éructations » même : comme si nous étions de vulgaires animaux lâchés en plein Fouquet’s. Allons manger avec doigt, boire au goulot et lécher nos assiettes. Puisque les claques sont interdites, faisons de nos mots les coups de fouet que certains méritent depuis longtemps.

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Évidemment, c’est une longue mer de nuages tranquilles dans laquelle vogue les socialistes, un petit coup de vent fait donc office de bourrasque. Sauf que l’ouragan qu’on leur prépare, il ne vient pas de rien, et ça va faire très mal.

Un rejet épidermique

Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, la politique, c’est une affaire de tripes. Ah ce n’est pas que ça n’a rien de cérébral, je suis pas un génie mais je fais mon possible. Non… la politique c’est une affaire d’indignation, d’une force qui vous prend au ventre et vous donne envie de vous battre. Ce n’est pas l’analyse statistique des inégalités qui me pousse à me lever le matin. Ce n’est pas le calcul stratégique de mon investissement pour un foutu fauteuil ou pour montrer gratuitement l’étendard nombriliste de mon parti à la face monde. C’est une rage bien plus puissante, et un espoir qui me booste comme de l’adrénaline en intraveineuse.

C’est ma cocaïne quotidienne qui m’aide à vivre tous les jours. C’est le café du matin autant que le Jack Da du soir. L’indignation c’est l’essence de mon moteur et l’azur de mon océan d’énergie. Car la société dans laquelle nous vivons est insupportable. Elle me dégoûte, me débecte, me fout la gerbe comme la pire des maladies. C’est un rejet physique comme un corps étranger à expulser, épidermique comme la plus virulente des allergies. Elle concentre l’opulence et la richesse dans une poignée d’individus qui se gavent à trois fois le plein. Elle organise la généralisation de la misère, la traite de millions d’êtres-humains, le viol de millions de femmes, des violences contre 1 milliard d’entre-elles.a

Elle l’organise, mais pas toute seule. Fini le tripe des malheurs désincarnés, les responsables ont des noms et des adresses. Chaque minute qu’ils passent sans harcèlement est un crachat à la gueule du monde entier. Ils se gavent sur la misère, détruisent méticuleusement notre système social et rongent notre république de l’intérieur. Et nous devrions rester calmes, à contempler le désastre ?

Le gouffre tranquille

Qu’elles aillent se faire foutre, ces belles personnes pleines de politesse, de mots compliqués qui noient le poisson. J’emmerde leurs airs supérieurs quand ils me disent avec placidité de me calmer. Ah c’est facile, pour eux tout baigne dans leur  fauteuil de cuir et leurs pantoufles. Ils pensent au rythme de leurs mandats, dans la gestion quotidienne des morceaux à ramasser devant l’édifice qui se casse la gueule. Ils pavanent avec leur sourire idiot, leur fausse joie coupable alors que nous avançons tranquillement dans le gouffre. Ce ravin du fascisme qui boit comme un vampire toute la haine que les peuples intériorisent.

Elles sont belles ces pourritures, celles qui font les révolutionnaires de salon, les insurgés des canapés, qui votent l’interdiction des licenciements boursiers, manifestent contre les retraites puis poignardent les salariés une fois au pouvoir. Dans leur beau monde bien lissé la révolte se fait la bouche en cul-de-poule, dans les tactiques politicardes à 15 bandes, les stratégies nombrilistes et la confiscation du pouvoir.

Je pisse sur les connards de la belle société, ces ultra-riches qui s’offusquent de leur pouvoir d’achat, ces patrons et actionnaires qui menacent le peuple français s’il a le malheur de lever la tête. C’est eux le pire crime contre l’humanité, c’est eux qu’il faut foutre au bagne au lieu de répandre votre fiel en osant accuser Mélenchon d’antisémite. Quel naufrage idéologique, quelle honte devant ces résistants au fascisme que vous encensez à leur mort en combattant leurs idées.

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Pourritures

Hypocrites et menteurs, godillots du patronat qui allez parader avec le MEDEF et vous faites siffler par la CGT. Vous agissez comme nos pires ennemis politiques, saccagez les constructions collectives et abattez l’enclume de la répression contre les salariés. Honte à vous qui démantelez à coup de force les camps de Roms, encouragez les haines organisées et expulsez les sans-papiers par dizaines de milliers.

Il est revenu le temps des rafles, le temps des tyrans intouchables et cumulards. Ceux qui vous promettent le jardin d’Eden et vous jettent sur le bitume. Ça sent les promesses fumeuses, celles des noms de magnifiques arbres pour appeler les forêts de tours grises et crasseuses. Celle des « sacrifices » des « emplois » truc ou « emploi » machin, qui cachent la fuite accélérée de nos droits.

Elle est omniprésente cette propagande abjecte qui explique qu’il faut baisser les yeux, se remettre au travail et se taire. Nous sommes les bagnards de la guerre de classes, ceux qui n’en font jamais assez, qui sont méprisés pour leur travail, culpabilisés une fois jetés à la rue et pointés du doigt quand ils osent venir d’un autre pays.

Comment ne pas parler avec  force ? Comment ne pas frapper avec nos mots cette belle société et son chemin tout tracé ? Nous nous faisons des ennemis ? Tant mieux ! Nous en avons et nous les combattons, mais au moins nous frappons sans cesse, sans louvoyer, sans se cacher, et en tenant ce drapeau qui ébranlera les idées dominantes en faisant réfléchir sur ce qui, jusque-là, allait de soi…

 Romain JAMMES

On a testé pour vous : décapiter Louis XVI !

C’est un peu notre rêve de gosse à Flo et moi. Si on déteste la psychanalyse, je suis sur que y a quand même un truc à fouiller là dedans. Enfin rien à voir avec notre caca bien sûr, mais quand même, ça ferait kiffer de vivre tous ces moments de notre histoire. On voudrait être immortels pour voir comment le monde va tourner, pour prendre notre temps aussi, ça c’est important.

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Oui mais voilà, je suis pas Macleod et j’ai pas de Delorean donc si j’avais vécu le raccourcissement de Louis XVI (Louis sans tête pour les intimes) je pourrais pas vous en parler.  Résultat, on n’a pas testé pour vous : décapiter Louis XVI ! Mais bon, on est grand seigneurs, on va quand même vous en parler…

C’est l’histoire d’un mec dans son monde

Louis XVI c’est un peu comme un manifestant du 13 janvier. Il est dans son monde et il a pas compris que la société avance. Je pense même qu’à un moment donné, il est devenu fou. Dès le début de la révolution, il nie « en bloc et en détail » comme Cahuzac. Il veut rien voir, rien signer. Il se dit qu’au fond, les gamineries qui animent une petite bande de bourgeois se 17calmeront tôt ou tard. Il attend peut-être que Dieu vienne lui filer un coup de main. « Tu veux pas foudroyer l’Assemblée Nationale steuplé ? » priait-il probablement chaque minute qui passait.

Seulement Loulou, il avait pas capté que la Révolution Française, c’était pas une caméra cachée. Et au moment où le peuple vient directement lui tirer l’oreille ça risque de faire un peu mal. C’est ce qu’il a fait le 14 juillet, et en octobre quand les femmes l’obligent à signer la DDHC et l’embarquent sur Paris. Ça aurait dû le mettre sur la piste, mais rien à faire. De blocage en blocage, le Roi a fini par se dire que la meilleure manière de s’en sortir c’est d’appeler ses soc’ de l’autre côté de la frontière. Donc il fini par se tailler pour revenir avec des gros bras…

Et là c’est le drame…

Seulement Louis il se fait pécho à Varennes. Les ptits gars18 sur place, ils se posent un peu la question de ce qu’ils font. Au début c’est courbettes tout ça tout ça… puis bon, ils se disent que c’est chelou que le Roi il soit en balade par ici quand même. C’est pas qu’y a rien à y foutre mais bon. Donc ils l’escortent pour rentrer.

La nouvelle se fait savoir, et les parigots font un peu la gueule. Ils l’accueillent plutôt mal, mais les députés vont le protéger et faire comme si de rien n’était. Le Roi cède un peu au début parce qu’il a eu les j’tons. Mais ne se rendant toujours pas compte de ce qui se passe (c’est inconcevable quand même). Il finit par bloquer encore pas mal de décrets, en temps de guerre ça la fout un peu mal. Donc le peuple vient encore lui tirer les oreilles aux Tuileries. Une fois ça passe, la deuxième il court dans les jupons des députés qui ne peuvent pas le protéger plus longtemps.

La Convention nationale est créée et devant le peuple qui devient de plus en plus violent, elle est contrainte d’organiser le procès du Roi puis son exécution. Très concrètement, impossible, pour les révolutionnaires, de créer une République avec Louis Capet comme citoyen. Elle serait trop fragile !19

  • Est-ce qu’ils avaient raison ? Oui, et pas que parce que ça fait du bien. L’histoire nous montre par la suite la fragilité de la Révolution et la capacité pour les familles royales de s’appuyer sur leur légitimité.
  • Est-ce que ce serait nécessaire encore aujourd’hui ? Non, aujourd’hui notre culture républicaine est bien plus mature. Elle se perd sous d’autres aspects et l’autoritarisme la contourne, mais le symbole du Roi n’a plus de légitimité.

La morale ?

La morale de cette histoire, c’est que Louis en s’entêtant, s’est étêté ! Il vivait dans un monde qui n’avait rien à voir avec la réalité et ne pouvait pas comprendre les dynamiques qu’il y avait à l’œuvre.

Aujourd’hui, certains feraient bien de relire quelques pages de Michelet. Tout haut qu’ils sont dans leur tour d’ivoire, ils se scandalisent qu’à cause de l’impôt il ne leur reste que quelques millions. Je serais eux, je m’entêterais moins, c’est pas l’envie qui nous manque de leur rappeler. Je dis ça…

Romain JAMMES

 

La commission Jospin se fout un peu de nous…

Bon, dans la série « on s’attendait pas à grand chose mais c’est quand même une vaste blague » qui résume à peu près mon sentiment vis à vis du gouvernement, le rapport de la commission Jospin nous offre un bel épisode. Le scénar’ est un peu téléphoné, ou c’est peut-être les bandes annonces qui ont tué le suspens. Bref, à cette gauche rien de nouveau, face à un système politique en crise de légitimité, on repeint les murs qui s’effritent.

Et pourtant ça fait un petit moment que rien ne va. Les français vont voter sans conviction, ils ont une représentation déplorable de leurs élus et du système politique. Souvent, d’ailleurs, ils ont pas vraiment tort, parce que tout la haut, il y a de sacrées ordures, et toujours les mêmes (des mecs d’ailleurs).

Pour beaucoup, voter est un pis-aller, de toute façon. La plupart y voit une tradition qui ne changera pas grand chose malgré les slogans chocs. Bref, le « renouveau démocratique » (c’est comme ça que s’autoproclame le rapport, c’est aussi naïf qu’un ministère du redressement productif)… Donc ce renouveau, bah y en a sacrément besoin. Alors les citoyens sont un certain nombre à demander une part du gâteau… Avec ce rapport, Jospin nous jette la cerise à la gueule. On doit dire merci ?

Dans le cu(l)…mul des mandats

Le cumul des mandats, c’est la plus grosse blague de notre République. Une poignée de mecs blancs cadre sup’ ou haut fonctionnaire se sont dit que ce serait dommage de partager le pouvoir. Du coup ils le gardent. Mais ce qui est embêtant en France, c’est qu’il y a un sacré paquet de postes d’élus. Alors histoire de contrôler le four et le moulin (et de tirer des bénéfices des deux), on cumule encore et encore. Au final, on fait donc des courbettes aux députés-maires-président d’agglo-président du conseil général. Et le comble du lamentable c’est qu’avoir un mandat devient le moyen de légitimer l’obtention des autres. Tout ça doit pas aider à faire correctement le boulot, et surtout ça n’aide pas à ce que les citoyens se disent que les élus sont accessibles tout ça tout ça. D’où le gouffre béant entre les acteurs du système politique et les citoyens donc la défiance, et par là le désintérêt et la possibilité pour ces bouffons d’asseoir encore plus leur domination.

Alors il y a du boulot. Bien sur le rapport Jospin c’est toujours mieux que rien et je pense qu’il va y avoir (il y a déjà) quelques réfractaires. Il limite le cumul entre exécutif local et mandat national. Pour les mandats départementaux ou régionaux rien. Pourtant, même sans exécutif, les conseillers régionaux et généraux gagnent entre 1500 et 2600 euros. C’est bien qu’ils doivent y consacrer une part importante de leur activité. Alors avec un mandat de député (qui occupe plus qu’un plein temps) il y a nécessairement un soucis. Et moi, comme je veux le bien de mes p’tits élus, je voudrais pas les surmener.

Le cumul dans le temps, hors de question de l’aborder. Pourtant des élus qui revendiquent leur mandat de 35 ans, ça commence à faire un peu lourd. Y a comme qui dirait un os dans la soupe. Alors pour faire tourner les positions de pouvoir, en fait pour qu’il y ait une vraie application de la citoyenneté (qui suppose l’alternance des positions d’élus et non-élus) il faudrait mettre un bon coup de pied dans la fourmilière… Seulement les fourmis, ce sont elles qui votent les lois. Comme c’est dommage.

L’appât…rité

Il faut m’arrêter quand je fais des titres comme ça. Alors cette histoire de cumul des mandats ça aide pas à ce que ce ne soit pas que des hommes qui trustent les positions électives. Et globalement, les femmes sont complètement oubliées de cette histoire. Les peines contre les partis qui ne respectent pas la parité dans les candidatures sont toujours assez légères pour que ça fasse doucement rigoler l’UMP. En France, on a 26,9% de femmes à l’Assemblée Nationale, ça ne semble pas faire partie des priorités du « renouveau démocratique » manifestement.

Globalement, les modes de scrutin ne sont pas interrogés. Les 10% de proportionnelle sont clairement symboliques. Les scrutins uninominaux composent des assemblées d’hommes et renforcent le bi-partisme. Ça non plus ça ne gêne pas grand monde dans la commission. Comme tout semble aller très bien, pourquoi changer ?

La république crève

C‘est cette logique qui anime finalement tout le travail. La commission, c’est réunion en huit-clos. Comme refondation de la démocratie on a déjà trouvé mieux. Car honnêtement, pour renouer des liens entre les citoyens et ceux qui prétendent les représenter, il faudrait un léger détail de l’ordre de l’implication populaire. Bon, pour organiser des primaires et faire un casting présidentiel ça on est chaud. Mais pour offrir l’opportunité aux citoyens de prendre en main des questions institutionnelles de cet ordre, ça coince. On préfère le faire à 15 dans un bureau : des profs d’université, des anciens ministres,… Bref, tout un gratin hypeeer-subversif !

Finalement est-ce que c’est franchement étonnant d’avoir un rapport qui ne change que la surface des choses. Le décalage entre les aspirations citoyennes et les élus demande peut-être des mandats uniques, des limitations dans le temps, la généralisation des scrutins de listes (quitte à ce qu’il y ait une petite prime majoritaire) pour plus de représentativité. Il faudrait réfléchir à des mécanismes d’intervention populaires, des assemblées, peut-être appliquer ce foutu référendum d’initiative populaire et parlementaire qui a été voté y a plusieurs années sans loi organique pour le mettre en place. Peut-être que si on ne filait pas un blanc seing à un mec tous les 5 ans dans un système hyper-présidentiel on aurait moins l’impression qu’on se fout de notre gueule… Peut-être que si les principaux médias ne léchaient pas le cul des industriels et ne préféraient pas l’audience à l’information ça changerait un peu la donne…

Bref, la république crève, et on lui file de la morphine. Bravo !

Romain JAMMES