Mais au fait, c’est quoi la dette ?

Allez je me lance dans ce sujet épineux parce qu’il y a besoin de remettre les points sur les i. Sinon c’est moche un i, on dirait un l atrophié. Il se ferait sacrément avoir, un peu comme nous quand les médias ou les libéraux nous expliquent la dette.

Europe debt crisis

Le bel exemple, c’était Cahuzac face à Mélenchon. Je suis loin du trip groupie ou de la bataille de tweets qui s’organise à chaque émission. Mais c’est effarant de voir comment les plus grosses bêtises passent comme une lettre à la poste dans ce genre d’émission. Ainsi du haut de son perchoir le ministre du budget entonne le refrain suivant : « Votre voisin vous demande 10F, vous lui donnez. Un jour 20F, vous lui donnez. Un jour 50F, 100, 200 ou 1000, vous lui donnez. Et puis si un jour il vient vous voir en vous disant qu’il vous rendra pas tout ça mais qu’il a besoin de 5000 euros. Vous lui donnez ? Non et vous aurez raison ! »

Ce résumé du problème de la dette est séduisant… parce qu’il est simplissime. Mais il est aussi complètement faux. Et je vais essayer de vous expliquer pourquoi…

Au début, était l’argent

Bon, pour comprendre le principal élément de la dette en France et dans beaucoup de pays, il faut revenir à ce qu’est la monnaie dans l’économie. Prenons l’économie la plus simple du monde, allez disons 2 personnes. L’un fabrique des vêtements, l’autre fait pousser des fruits et légumes. Chacun a besoin de l’autre et ils échangent des pulls contre des tomates. Là, pas besoin d’argent. Évidemment, les choses se compliquent quand dans l’économie s’intègre une personne qui fait des outils, l’autre des maisons et disons une dernière qui est médecin. FAIRE-DU-TROC-SANS-DEPENSER-D-ARGENTComment on évalue combien de chaussette vaut une maison ? Ou combien de tomates vaut une visite médicale ? Pour simplifier, on créer de l’argent qui étalonne la valeur de chaque produit. Ainsi, plus besoin de troc, l’argent, en circulant, équilibre les échanges. Evidemment, cela suppose une autorité supérieure qui fixe des règles et qui émet cette monnaie pour que tout le monde ait confiance. Donc l’Etat a un rôle non négligeable dans l’économie, sans même aborder la question des services publics et de la répartition des richesses.

Évidemment, vu la petitesse de l’économie, 100 euros en circulation peuvent largement suffirent à chacun, l’argent circulant entre tous, pour pouvoir participer à l’économie. Mais l’économie grandissant, à la fois dans le nombre d’acteur mais aussi dans la productivité de chacun de ces acteurs (avec les innovations techniques tout ça tout ça), les 100 euros vont très vite être insuffisants pour fluidifier les échanges. Ca s’appelle un manque de liquidité. À ce moment, l’Etat peut émettre de la monnaie pour accompagner le développement de l’économie. Il peut le faire à travers des investissements publics, des grands travaux, des services publics, ou à travers la distribution d’aides sociales diverses. Avoir plus de masse monétaire en circulation stimule les échanges, donc la production. Puis ça enrichit l’Etat via l’impôt également.

veritable-part-dette-budgetCe système contient évidemment quelques biais, parfois les Etats ont immodérément créé de la monnaie pour faire varier sa valeur relative et exporter davantage. Ils ont souvent dévalué brutalement leur monnaie pour éponger une grande part de leur dette etc… Mais rien de fondamentalement grave, excepté quelques exemples isolés. Cette politique a rendu plus de services qu’elle n’a coûté aux populations. Les principaux acteurs qui en pâtissaient étaient les rentiers et les créanciers de l’Etat (souvent les mêmes).

La monnaie-dette

Bon jusque là vous suivez ? Evidemment, la situation n’est pas restée ainsi, pour de bonnes mais surtout pour de mauvaises raisons. En 1973, les Etats mettent volontairement fin à cette pratique. Les banques centrales deviennent progressivement indépendantes et la création monétaire devient essentiellement un acte privé. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Aujourd’hui, les banques centrales comme la BCE sont largement minoritaires dans la création monétaire : autour de 15%. L’essentiel de la création monétaire se fait via les crédits que les banques accordent. Sauf que cette monnaie, elle a 2 inconvénients : elle disparaît, à mesure qu’on rembourse sa dette, et elle génère des intérêts. Or depuis 73, l’économie s’estdettes-sans-interet sacrément développée et les intérêts des dettes publiques, comme privées, ont explosé, au grand bonheur des banquiers. Le résultat ? Au lieu que la création monétaire permette de financer le développement de l’économie, elle sert aux banques à faire du crédit, y compris pour les Etats. La BCE prête aux banques à 1% et les banques prêtent ensuite aux Etats entre 6-7 ou 17% comme en Grèce. Un joli pactole à la clef bien sur !

Le système fonctionne tant et si bien que l’essentiel du problème de la dette publique actuelle, ce sont les intérêts. Comme le montre les schémas, ce sont les intérêts qui plombent l’économie publique, cette obligation stupide d’aller demander aux banques pour un prêt. Donc contrairement à ce que Cahuzac raconte : la France et les pays européens ont largement remboursé leur dette, le reste n’est que le résultat d’un système économique construit pour engraisser une poignée de financiers sur le dos des pays et des ménages.

La dette, c’est chouette aussi

Bien sur, cette partie de la dette, il ne faut pas la payer. Faire un gros « fuck » à ces banquiers pour qui la droite et le gouvernement actuel sacrifient le peuple. C’est la plus grosse partie, mais ce n’est pas la seule. Une partie non négligeable de la dette est directement liée aux politiques fiscales néolibérales qui permettent aux plus riches et aux grandes entreprises d’échapper à une grande partie de l’impôt…Celle là, on peut la payer, mais on peut aussi faire une réforme fiscale d’ampleur pour y remédier. Mais genre une bonnedette-publique-marianne réforme fiscale, pas celle dont Cahuzac dit qu’elle a déjà été faite mais qu’on l’a pas vu. Comme si on avait passé une partie de l’année camés au point d’avoir un trou noir dans le débat budgétaire.

En vrai, il y a également une dette chouette. Elle est chouette parce qu’elle fait avancer la société. C’est l’investissement pour le bien commun. Construire des routes, des lignes de chemin de fer, des centres de production d’énergie renouvelable, des écoles, des hôpitaux,… Tout ça, ça coûte un max de tune, et donc on emprunte. On emprunte, c’est vrai, mais on fait avancer la société et au final, on a un retour humain, démocratique et économique. Donc cette dette chouette, nous elle nous gêne pas trop. Pourtant bizarrement, c’est la seule à laquelle s’attaque les libéraux (socio- comme néo-). À croire qu’ils roulent pour les banquiers et les riches…

Voilà ce qu’est la dette selon moi. Et les solutions sont simples : la dette illégitime, on ne la paye pas et on permet à la BCE de prêter directement aux états ; la dette fiscale, on l’endigue à travers une fiscalité plus juste ; la dette chouette, bah on se gêne pas…

Romain JAMMES

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On a testé pour vous : La monnaie qui dit « merde » à la finance !

Le nouveau PARCEQUE est dans les bacs. Ce petit magazine dont je vous ai déjà parlé en est à sa 12e édition. C’est pas beau ça ?

Pour vous donner une petite idée, voilà mes contributions pour les derniers numéros :

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Le Billet vert qui dit « merde » à la finance !

Aujourd’hui, la monnaie, c’est sacré. On n’y touche pas, elle est juste là pour nous rappeler constamment à notre condition économique. La nouvelle religion, c’est la finance, avec ses prêcheurs, ses temples et ses autels. Mais figurez-vous que l’argent n’a pas toujours eu ce rôle dans la société et que des profanes ont eu la merveilleuse idée d’en recréer une… locale et solidaire.

Au début, on est un peu incrédule.

« Le Sol-Violette, c’est la monnaie locale et solidaire de Toulouse » entend-on. Un peu bizarre… encore un projet avec 10 personnes et 3 boutiques qui pensent changer le monde en se lavant à la Pierre d’Alun ? Mais non, ici pas de trip hippie, on ne cultive pas le milieu fermé du bobo-bio. Ici on frappe la monnaie, et c’est acte révolutionnaire !

Pourquoi une monnaie locale ? Bonne question ! L’euro, c’est la monnaie qui matérialise la richesse qu’on produit quand on travaille. Jusque-là tout va bien. Seulement la masse monétaire de l’euro est à 98% en balade sur les marchés financiers. La monnaie quitte donc les échanges concrets et matériels (l’économie réelle) et est placée en bourse où elle ne répond plus à son principal rôle : favoriser l’échange et donc la création de richesse… La monnaie locale, elle, ancre l’argent sur un territoire et circule davantage entre ses acteurs (citoyens, entreprises, associations…), elle n’est pas aspirée par la finance et se consacre donc entièrement à l’économie réelle. Et tout ça implique un réseau, notamment celui de l’économie sociale et solidaire.

Mais d’où il vient cet étrange billet vert ?

C’est une association, en collaboration avec la mairie de Toulouse, qui la met en circulation. Plusieurs banques sont partenaires et permettent de garantir la monnaie locale. Pour chaque Sol-Violette en circulation un euro est dans un compte et sert soit à financer des projets de l’économie sociale et solidaire, soit à faire des microcrédits pour les personnes en situation d’exclusion financière. Les adhésions, les intérêts sur ces comptes ainsi que les subventions de la mairie financent tout le dispositif. Magique ? Non, politique. Il suffit d’avoir la volonté.

Mais comment ça marche ? Un euro vaut un Sol-Violette. Vous pouvez les échanger dans de nombreuses structures. Quand vous payez vos poireaux ou vos chaussures en Sol-Violette dans une entreprise qui les accepte, pour vous, ça ne change pas grand-chose. L’entreprise, elle, pour utiliser ses Sols, va devoir trouver des producteurs ou des prestataires du Sol-Violette, donc des entreprises locales, appartenant au réseau de l’économie sociale et solidaire.

En gros, vous avez pris une bière au bar X, ce bar appartient au réseau, il a besoin d’un fournisseur et favorise celui qui existe sur Toulouse et qui accepte les Sol-Violette. Lui-même se fournit auprès d’un producteur local et a besoin de matériel informatique : il va regarder ceux qui vendent ça dans le même réseau. L’entreprise d’informatique en question a besoin de flyers pour développer son activité, il y a une imprimerie qui accepte les Sols pour ça. L’imprimeur a besoin d’un prestataire pour faire le ménage dans ses locaux : ça tombe bien, il y en a un. L’entreprise de ménage achète ses produits Bio dans un magasin du réseau. Enfin, le vendeur Bio, il se trouve qu’il va se prendre une bière vendredi soir avec ses potes… en Sol-Violette. La boucle est bouclée. Les Sols ont circulé et créé de l’activité dans un secteur qui respecte ses salariés et l’environnement dans leur production.

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Romain JAMMES