Féministe ou pro-féministe ?

« Et toi Romain ? T’en penses quoi de tout ça ? » J’émerge brusquement de mon microrêve. Une divagation mentale dans l’océan de mirabelles qui s’est glissé dans mon œsophage quelques secondes plus tôt pour rejoindre la fameuse truffade de Greg. « Hum ? » grommelé-je encore dans les brouillards. « Un homme, il peut être féministe ou est-ce qu’il est juste pro-féministe ? ».

Dans un monde idéal où je pourrais décider de toute chose, j’aurais tout fait pour que le débat n’ait pas lieu à ce moment de la soirée. Mais comme on n’en est pas à ce stade-là de l’histoire, ça viendra ne vous en faites pas, contraint et forcé, j’ai accepté de jouer le jeu. Ce fut aux dépens de toutes les cellules de mon corps qui me criaient de parler de tout sauf d’un truc sérieux. J’sais pas pour vous, mais mon expérience m’a montré qu’on ne choisit jamais quand on parle de féminisme. Puis si on a pas parlé métaphysique avec trois grammes à 20 ans c’est qu’on a raté sa vie, donc pas d’occasion manquée.

Alors les hommes, féministes ou pro-féministes ?

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Les hommes sont… surtout des hommes

Cette question ne vient pas de nulle part. Les hommes dans le mouvement féministe, ça pose nécessairement la question des rapports femmes-hommes dans le mouvement féministe. Le rapport est d’ailleurs bien plus complexe que la présence de bourgeois dans le mouvement ouvrier, car où que les femmes soient dans la société, il y a des hommes.

Je, tu, ou il, bref, nous sommes des hommes. C’est une donnée biologique, de naissance ou pas. Mais c’est surtout une donnée culturelle, car nous sommes élevés, et structurés culturellement comme des hommes. Cela ne veut pas dire que nous sommes tous des bourrins, violents, violeurs et docteurs en mathématique, mais simplement, mais qu’il y a une certaine prédétermination à ce qu’on épouse ce genre de comportement. Bref, comme un ADN culturel, enfoui au fond de notre crâne : nous sommes des dominants.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’on le veuille ou non, et malgré les efforts que l’on peut faire dans différents domaines à ce niveau, les hommes sont toujours des relais de la domination masculine. Relais plus ou moins efficaces en fonction du travail qu’ils ont fait sur leur encadrement culturel. L’implication des hommes dans le mouvement féministe se questionne donc s’ils y répercutent leur attitude de dominant : confiscation de la parole, intimidation, course à des positions de pouvoir, etc.

Le terme de pro-féministe sert alors à marquer une limite, comme une frontière symbolique pour protéger le mouvement féministe de cette tendance. Les temps non-mixtes, qui peuvent et doivent exister dans toutes les organisations progressistes, sont aussi un moyen de sacraliser un temps où cette domination ne sera pas présente.

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Le féminisme dans une société patriarcale

Le féminisme se développe dans et contre une société patriarcale. Contre, car c’est son identité, défendre l’égalité, face à la domination masculine qui s’applique à l’ensemble des champs sociaux de notre société et son bagage culturel accompagné. Dans, car il utilise nécessairement les outils culturels à sa disposition pour avoir un impact dans la société.

Dans ces outils, figurent en bonne place les médias. Personne ne peut prétendre véhiculer un message de masse sans les médias. On s’aperçoit d’ailleurs rapidement que loin d’être une sorte de miroir de la société, même déformant, les médias sont une arène de bataille des idées. Une arène qui n’est pas neutre, car dirigée par des hommes.

Soyons parfaitement honnêtes, ce qu’adorent faire les hommes, c’est parler des hommes. Un certain nombrilisme dont j’ai déjà parlé et qui rend la tâche des organisations féministes assez complexe. Quand on parle de féminisme à un homme, il parle quand même des hommes (si si !) : des hommes violés, victimes de violences, prostitués, ou victimes d’un déterminisme culturel qui les oblige à être dominants (pleurons sur leur triste sort). Tous les moyens sont bons tant qu’il s’agit de ne pas parler des principales victimes : les femmes.

Qu’on le veuille ou non, les hommes engagés dans le mouvement féministe font l’objet d’une attention redoublée. Dans un rassemblement féministe, les interviews ou les images d’hommes, quand ils sont présents, sont disproportionnées par rapport à leur présence. Sans caricature, l’homme isolé au milieu d’un groupe de femmes devient le centre de l’attention médiatique, ce qui lui donne de facto une position de pouvoir.

Bref, encore une fois, la frontière que tracent les concepts de pro-féministe et féministe peut aussi être une manière de protéger le mouvement féministe de la société patriarcale qui veut l’interpréter et la représenter.

2Le féminisme est-il un gros mot ?

Seulement voilà, le féminisme, c’est aussi un gros mot dont la société patriarcale aimerait bien se débarrasser. Faut dire que, franchement, y a pas « homme » dedans donc ça fait un peu flipper ces messieurs.

Et ce travaille de dénigrement du féminisme, bah il marche furieusement bien :

  • « Je suis pas féministe, mais… » : phrase régulièrement prononcée par une personne qui est sur le point de dénoncer une injustice tout en refusant d’être associée avec celles qui, collectivement, la combattent.
  • « Non je suis pas féministe, je suis pour l’égalité… » : phrase régulièrement prononcée par une personne dont les représentations du féminisme ont été structurées par la société patriarcale qui adoooore les décrire en coupeuses de couilles.
  • Etc. (il y en a plein)

Les prises de distance permettent à la société patriarcale d’isoler et de stigmatiser le féminisme. Quand une personne dit « je suis féministe » elle se place dans une posture de solidarité totale, et de partage sans réticence de son combat. Est-ce que se mettre à distance ne joue pas aussi le jeu de nos ennemis ?

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Être un homme féministe ?

Pour le moment, je me définis comme féministe, car les militantes du mouvement féministe que je connais me définissent comme tel. Je ne m’accorde pas la légitimité de pouvoir contester si elles en décidaient autrement, ou si ça changeait par la suite.

Qu’on soit pro-féministe ou féministe, l’important est de rester à sa place dans le mouvement féministe en tant qu’homme. Travailler à refréner ses attitudes de domination, ne pas chercher les postes à responsabilité, mais plutôt épouser au mieux la place que collectivement on te donne.

Être féministe, c’est une théorie et une pratique. C’est avoir conscience de tout ou partie du système de domination, et agir contre lui. Quand on est un homme, on ajoute également prendre conscience de tout ou partie de la domination que l’on exerce nous-même, et agir contre cette domination. Et c’est déjà une montagne à déplacer…

Romain JAMMES

 

 

 

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Je n’ai pas d’humour…

Bon, voilà, ça c’est dit. Vous l’aurez un peu cherché, et en même temps ça va en rassurer certains : je n’ai pas d’humour. Je ne sais pas rire. À part « un homme qui rentre dans un café et plouf ! », j’ai rien à vous servir pour vous tordre le bide. Plus haut j’arrive pas c’est comme ça. Ça doit être dans les gênes ou un truc de cet ordre.

Ou si, je le tiens, c’est p’tete parce que je suis féministe. Ah mais oui ! Pourquoi j’y ai pas pensé ? C’est bien connu en plus, je suis con. Les2 féministes ont pas d’humour. Enfin disons que ceux qui se pensent drôle, ils pensent aussi que les féministes qui les trouvent pas drôle, bah c’est parce qu’elles/ils ont pas d’humour… Bon maintenant qu’on a trouvé le problème on va peut-être pouvoir avancer non ?

On peut rire de tout, mais…

Quand on a pas d’humour comme moi, y a souvent un mec (genre le mec drôle justement), qui vous dit « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». C’est le genre de phrase qui, dans la communauté très resserrée et hype des mecs drôles, fait une sorte d’autorité. C’est un peu le point Godwin de la discussion sur l’humour. Quand on dit ça on peut plus rien dire. Tu argumentes, et on te répond que tu es « n’importe qui ». J’imagine que c’est aussi une forme d’humour.

Cette magnifique phrase est de Desproges. Un maître de l’humour noir qui fait un peu office de divinité dans le domaine. Si vous voulez, les dieux, ce qui est assez marrant, c’est que concrètement on les voit jamais. Bon la différence avec Desproges c’est que lui a vraiment existé (oups j’ai perdu quelques croyants là). Mais bon, il y a assez peu de chance pour qu’il vienne à votre table vous raconter une blague maintenant. Passé ce détail, dans l’un et l’autre cas, y a toujours des gens pour le citer, et en le citant, pour se réclamer de son autorité symbolique. Sauf que voilà… vous n’êtes pas Desproges.

Vous n’êtes pas Desproges, parce que Desproges ne s’appuie pas bêtement sur des idées reçues qui alimentent une domination. Si vous préférez, faire une blague dont le message final est « les femmes sont…

  • connes, surtout les blondes »
  • bonnes qu’à faire la vaisselle »
  • bonnes qu’à être mères (et bon, à faire la vaisselle aussi) »
  • des salopes » (ou divers objets sexuels)
  • ou des amoureuses transies (oui des connes quoi !) qui se laissent emporter par leurs émotions (surtout quand elles ont leurs règles, vu qu’elles sont surtout des utérus) »

c’est simplement recracher primairement le message de la société patriarcale qui sert à alimenter la domination masculine. Y a pas moins subtil qu’une blague sur les blondes. D’ailleurs c’est tellement pas subtil qu’on sait déjà la fin quand ça commence par « C’est une blonde qui… ». Il n’y a pas plus bourrin qu’une énième illustration réduisant une femme à un bout de viande, d’un conformisme abruti dans un contexte de matraquage culturel. 3

Bref, de l’anti-Desproges. Lui prend à contre-pied les idées reçues, ou les tord de telle manière qu’elles n’ont plus rien à voir avec ce que le raciste, ou l’antisémite osera dire au comptoir. Quand il commence un sketch sur les juifs par ces deux phrases : « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle, vous pouvez rester. Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée que pendant la dernière guerre mondiale, beaucoup de juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi. » Il installe son contexte, sans reprendre bêtement celui que la société propose (du moins sur cet exemple).

Non, je n’ai pas d’humour quand j’entends ces blagues misogynes dégueulasses. Et il n’y en a pas de mieux qui rattrape le reste. Je gerbe devant les appels au viol cachés derrière vos plaisanteries. Je rage devant cette folklorisation de la prostitution qui oublie (et surtout qui n’en a rien à foutre) que ces femmes sont esclaves d’un système de proxénétisme inhumain.

En fin de compte, Desproges a raison en disant qu’on peut rire de tout. Mais encore faut-il être drôle. Car la supposition selon laquelle le « n’importe qui » est forcément celui qui va subir la blague vaseuse est déjà une interprétation douteuse. Ça me rappelle une histoire d’ailleurs. vous savez celle des médecins qui procédaient aux saignées pour soigner leurs patients au Moyen-Âge. Quand leur état empirait, les médecins disaient que le patient n’avait « pas répondu au traitement ». Manière de dire que le problème, ce n’est surtout pas le médecin.

La culture dominante et l’humour

Le fond du problème c’est que, humour ou pas, il y a des choses qui ne se disent pas. Ce n’est pas directement qu’elles font saigner nos sensibles oreilles. Je ne suis pas non plus partisan d’un flicage permanent qui irait écouter aux portes ce qui se dit. Simplement ce qui se dit publiquement a des conséquences sociales et s’ancre dans un contexte culturel.1

En conséquence, on ne peut pas prétendre qu’une blague, parce qu’elle serait une blague, échappe à cette règle. Ce serait ignorer que l’humour a toujours accompagné les discriminations et les dominations qui les accompagnent. Les colons se fendaient la poire en parlant des gentils indigènes pas très futés, toute l’Europe antisémite en parlant des Juifs cupides et complotistes. On se marre bien avec ces Arabes voleurs, violents et fainéants.

Non content de s’appuyer sur l’assise culturelle d’une domination, votre humour participe à sa résonance. C’est l’humour du dominant sur le dominé, la condescendance et le mépris déguisés en sourire.

Voilà pourquoi j’assume : « Je n’ai pas d’humour ».

Romain JAMMES

Vous avez un problème avec l’égalité ?

Bon c’est pas tout ça les vacances, mais faudrait peut-être s’y remettre. Au-delà du petit carnet de voyage improvisé que je vous ai fait partager, il faut que je vous raconte. L’été, c’est un espace concentré de rencontres en tous genres. Des gens qu’on ne rencontre pas d’habitude. Soit ils habitent à l’autre bout de la terre, soit on a soigneusement fait en sorte de ne pas trop les croiser. Mais bon, là, c’est les vacances. Alors…

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Bref, entre le premier et le dernier contact (de nature aussi variée comme quand c’est les vacances quoi), il se passe plein de trucs passionnants. Et vous commencez à me connaître, au bout de quelques minutes, le mot obus, celui qui n’aurait pas dû s’inviter dans la conversation (d’après certain-e-s), vient interrompre un monde qui, jusque-là, tournait parfaitement rond : le féminisme.

« Ah, ouais non le féminisme c’est pas trop mon truc… »

Le militant-e-s féministes ne seront pas surpris-es. En général, le féminisme c’est « le truc » de pas grand monde. Ça surprend pas comme ça, pourtant on pourrait se dire : « ah toi, ton truc, c’est de piétiner les femmes ? » Mais on est (parfois) trop poli-e-s. Au-delà des réactions classiques que j’ai déjà décrites et qui sont une nouvelle fois apparues, j’ai quelques perles à vous offrir. Ce sont parfois des interrogations intéressantes, parfois de vrais horreurs. Je vous laisse juger.

  • « Le féminisme c’est juste du paraître, faire semblant d’être parfait. » 

C’est peut-être la moins stupide des interrogations. Même si ça révèle une connaissance très partielle du mouvement féministe. Est-ce que le féminisme est une police du comportement ? Pas vraiment. Mais une chose est certaine, nous avons toutes, et surtout tous, des comportements déterminés par la société patriarcale et qui relaient une certaine domination. Quand on est féministes, on essaye de les limiter. Et à l’inverse, quand quelqu’un a un comportement sexiste, on ne va pas se gêner pour lui faire remarquer. Hein ?!! Quand même ! Mais de là à réduire le mouvement féministe à ça…

  • « Mais t’es maso non ? »images

Evidemment : si je suis féministe, c’est parce que j’aime souffrir. D’ailleurs, j’ai hésité un moment entre le féminisme et fakir (non pas le journal, le mec qui s’allonge sur des pics et travers des allées de braises chaudes). Plus sérieusement, on a tous un avantage, en tant qu’être humain, à vivre dans une société féministe. Déjà parce que moins de domination c’est plus d’apaisement général et ensuite parce qu’on est aussi sacrément déterminés, en tant qu’homme, à avoir un comportement irréprochable de mâle dominant.

  • « J’ai rien contre les femmes mais… » et sa variante plus connue : « j’aime les femmes mais… »

Quelle horreur ! La suite de la phrase ne sert plus à rien, la première partie en dit déjà trop. Le « mais » qui conclut suppose en plus que ce qui suit va être encore pire. Vous savez, je suis le genre de mec qui ne cherche pas trop à avoir à tout prix un casier judiciaire (bon si c’est pour coup et blessure sur misogyne ce sera presque une médaille). Donc, par un élan pacifiste, mon cerveau bloque comme un fusible évite la catastrophe. Je tiens à ma santé merde. Bref, le mec (en général) en prend quand même pour son grade. Je ne suis pas sûr que beaucoup perçoivent que je me retiens, en plus.

  • « Mais y a des différences quand même ! »

Derrière cette remarque, se cache un grave problème de langue française. Bon, en réalité, c’est une rhétorique de mauvaise foi relayée par la propagande patriarcale. Défendre l’égalité, c’est combattre les inégalités. Egalité et inégalités, c’est le contraire (ne riez pas ce n’est pas si évident pour tout monde apparemment). L’inverse d’inégalité, ce n’est pas « uniformité ». Donc, tous les individus continuent d’être différents et bien plus d’ailleurs puisque le but et d’arrêter de les enfermer dans des rôles en fonction de leur genre.

  • « Mais les femmes elles aiment se faire dominer au fond ! »

Mon sang ne fait qu’un tour. Non, la personne que vous avez devant vous n’est pas en train de dire qu’il y a une intégration des valeurs patriarcales de la part de nombreuses femmes. Sinon, il serait le premier à dire qu’il faut d’autant plus combattre la culture dominante. En 2810720570_1général, elle se base sur des sérieuses idées reçues alimentées par une ou deux interprétations biaisées de son vécu relationnel (ou celui de ses proches). Est-ce qu’une femme aime se faire frapper par son mari ? Non. Est-ce qu’elle peut aimer devoir demander une autorisation pour sortir, travailler, avoir un compte en banque, des loisirs, bref, pour vivre ? Non. Est-ce qu’elle aime être dépendante d’un mari qui amène toute la tune à la baraque pendant qu’elle se tue aux tâches ménagères ? Non. C’est ça la domination pourtant. Je suppose que, dans certains esprits, elle se résume au fait que, parfois (et loin de moi l’idée que c’est anodin), elles aiment être plaquées brusquement contre le mur pour un baiser fougueux (ou plus), elles aiment ces jeux qui, à tout moment, peuvent s’arrêter ou se renverser. En somme, elles peuvent aimer ce semblant de domination qui cesse dès qu’elle dit « non ». Sauf que ça, ce n’est pas de la domination.

L’égalité, question de référentiel

Mais la plus régulière, et la plus chiante des réponses d’une certaine manière, c’est celle qui considère le féminisme comme un corporatisme d’activistes anti-hommes. Vous savez la vision à peine exagérée d’un groupuscule d’amazones qui errent dans les rues pour couper les couilles à ceux qui en ont encore. En fait, c’est la vision zémourienne de l’apocalypse.

Le féminisme c’est uniquement défendre les femmes en s’en prenant aux hommes. Ce qui défend des valeurs universelles devient une jalousie du pouvoir masculin, voire une recherche de l’inversion du schéma de domination. Ça donne des conversations de cet ordre :

« – C’est trop anti-hommes quoi, ça veut juste le pouvoir des femmes.

– Bah non ! On défend l’égalité, ni plus ni moins.

– Bah, en tout cas, certaines sont anti-hommes.feminist1

– Moi je n’en ai pas rencontrées. Tu t’y connais surement plus. Tu parles de qui ?

– (réponse vague)

– Donc, non seulement, tu ne sais pas de qui tu parles, mais en plus tu réduits tout le mouvement féministe à ça ? Est-ce que tu ne te dis pas que, dans une société de domination masculine, dès qu’on demande l’égalité on a l’air de défendre uniquement les femmes ? »

Ça pourrait ne pas être si grave si, derrière, les médias ne se permettaient pas de dire que c’est un scoop de rencontrer « un féminisme qui ne veut pas émasculer les hommes » Bref, l’égalité c’est une question de référentiel. C’est au point que ça nous rassure quand quelqu’un-e nous dit qu’on exagère. C’est à ce moment qu’on se dit qu’on est sur la bonne voie.

Comme on dit, «  le féminisme est un mode de pensée extrémiste qui consiste à croire que les femmes sont des êtres humains… »

Romain JAMMES

On a testé pour vous : faire chier les voisins !

J’vous ai pas raconté, je viens de déménager. Oh, pas loin, jusque quelques centaines de mètres. Nouveau quartier, nouvelle vie et… nouveaux voisins. Voisins tout court peut-être car au fond, rue Pargaminière, la rue fait tellement de bruit qu’on a l’impression d’avoir la moitié de Toulouse-ivre sous les fenêtres.5

Bref, tout ça pour dire que la donne a changé, et profitant de mon nouvel appart, j’ai organisé un petit (mais pour le coup vraiment gentillet) apéro. Sauf que voilà… Les voisins ont gueulé. Mais c’est pas genre gueuler « Eussiez-vous la gentillesse de baisser le son afin que je puisse dormir un peu ? ». C’est plutôt genre cris d’animal désespéré, éructations étranges où l’on croit discerner un « Silence » ou un « Merde ». Des réactions qu’on aurait comprises avec de la hard-teck à faire trembler les murs jusqu’à 5h du mat et au bout de 3 ou 4 avertissements.

Mais là, ça frise la névrose sociale. On a testé pour vous : avoir des voisins.

Avoir des voisins

C’est marrant la ville. Enfin, je veux dire, avec du recul on se dit : c’est dingue tous ces gens qui s’agglutinent pour habiter pile au même endroit. Bon y a des côtés agréables, 4c’est la collectivité, l’échange, les milliers d’activités culturelles, le boulot (au passage) etc… Mais bon faut se faire à l’idée, quand on vit en ville, et particulièrement au centre-ville, on n’est pas tout seuls. J’veux dire, même chez soi, quand on rentre on ne se téléporte pas en Ariège… donc il arrive parfois que y ait un peu de bruit.

Alors avoir des voisins c’est aussi une forme de collectivité rapprochée. On partage un bâtiment, parfois des espaces communs, une façade, un trottoir, une cage d’escalier. Même quand on a passé la porte de chez soi, le monde qui est autour des 4 murs qui nous servent d’appart existe toujours. Avoir des voisins, c’est aussi accepter l’interaction, il n’y a pas de droit individuel au silence qui éclaterait la collectivité immédiate du voisinage.

Et pourtant, combien d’entre-nous ne connaissent leurs voisins que quand ils se plaignent ? Est-ce que la suspicion, le rejet et la défiance n’est pas devenu le nouveau mode de voisinage. Comme si chaque appart était un pays en état de siège prêt à bombarder celui d’à côté. Comment on passe de la fête des voisins à « voisin vigilant ? ».

Une ville névrosée

Le rejet de la moindre interaction est devenu une névrose collective. D’ailleurs les villes se calquent sur ce modèle typiquement libéral. Libéral pourquoi ? (j’ouvre une parenthèse intello) Parce que du point de vue libéral, l’indépendance de chaque citoyen,2 ses droits individuels, passent non par une accumulation de liens sociaux qui effacerait la dépendance à chacun d’eux, mais par la coupure de ces liens faisant de l’être humain une personne seule (ou une famille) et donc indépendante. Sauf que voilà, les droits individuels ne sont garantis que par les droits collectifs qui se construisent, se développent et se défendent en collectivité. Et la coupure des liens sociaux vous rend notamment plus dépendants aux liens que vous ne pouvez pas couper : notamment le marché et l’État. (fin de la parenthèse intello).

Bref, ce modèle structure la construction de villes névrosées anti-liens-sociaux. Comme des villes éclatées mais concentrées. La résidentialisation est un exemple parfait. Elle cumule tous les aspects de l’individualisation et du cloisonnement des espaces. Privatisation d’un quartier entouré de barrières. Passages avec 2 ou 3 codes pour finir à une porte blindée. Il y a parfois même des caméras intérieures qu’on peut visionner 1via la télévision. On est à deux doigts des miradors. Il n’y a plus de vie de quartier, il n’y a souvent même plus de commerces, sinon un super marché qui traîne à quelques centaines de mètres.

Finalement la ville ce n’est plus un immense espace collectif, ça devient des boulevards et une juxtaposition d’espaces privés, et dans les espaces privés, de bulles de silences indépendantes du monde autour. Un modèle à l’œuvre aussi dans beaucoup d’espaces publics. On prend son métro avec ses écouteurs, son bouquin, ou pire, on prend sa voiture individuel etc… La collectivité se délite et l’individu se referme sur lui même. Au lieu de construire le collectif et d’être acteur de sa ville, il est consommateur et destructeur. Comme avec la planète.

Construisons autre chose

Bref il est temps de construire autre chose, de redonner vie aux villes. Il faut en finir avec le cloisonnement des espaces : zones dortoirs, zones industrielles, quartiers d’affaire, centre commerciaux, zones où y a quelques bars mais surtout jusqu’à pas tard !! Arrêter le6 triptyque camions de la BAC + Caméras + délation. Comme si la ville n’était que la concentration de la peur des autres.

Il faut ouvrir les espaces publics de la ville, en faire des lieux d’échange entre voisins. Il faut encourager le partage dans l’habitat : des salles communes, équipements communs etc… La création culturelle doit irriguer les quartiers plus que les zéniths, l’économie sociale et solidaire reformer le lien écrasé par le marché froid et mordant de la consommation bête et méchante.

Au fond, mes voisins y sont pour rien, ils sont le produit d’une culture dominante. Sans chercher à les empêcher de dormir, je  me laisserais pas empêcher de vivre. En espérant faire œuvre d’un peu d’éducation populaire en les invitant à partager le prochain verre sur ma terrasse.

On a testé pour vous : la ville.

Romain JAMMES

La Nostalgie gerbante de la monarchie…

Et c’est reparti pour un tour. Qui a mis cette putain de pièce dans la machine. Rebelote le refrain nauséabond folklorisant les monarchies européennes, rebelote le conte de fée mielleux type Disney avec ces chants de merde et ces petits oiseaux heureux. Vous savez, en fait, j’ai presque rien contre les Disneys. Bon y en a quelques uns qui me chiffonnent mais dans l’ensemble je n’empêcherais pas un gosse de les regarder (de là en l’encourager il y a un monde hein).

1Non, non, le souci est pas tant cette niaiserie sexiste de type prince charmant et belle au bois dormant. C’est cette valorisation féérique de la noblesse, des rois, des reines, des princes et tout ce qui s’en suit. Un traitement romanesque qui tourne à une espèce de nostalgie dans notre pays où on s’est attaché à séparer Louis XVI de sa tête.

Et vous savez quoi ? On l’a fait en conscience de cause…

Nostalgie réactionnaire…

Je vais vous avouer un truc sale. Rassurez-vous, c’est pas un truc qui arrive aux princes et aux princesses qui sont bien trop parfaits. Quand vous allez aux toilettes, parfois, malgré la chasse d’eau, reste quelques traces malencontreuses de mon passage. Ben là c’est pareil, les pseudos roitelets en carton qui paradent, c’est un peu la trace d’un système de merde. Je sais pas pour vous, moi en général je nettoie. Mais après tout, c’est ptete qu’une question de goût…3

Alors, de quelle merde ces rois sont la trace ? C’est vrai c’est là question non ? Et bien c’est la trace d’un système profondément inégalitaire. Alors attention, il est pas genre inégalitaire comme le notre. Nous on en voit des belles, mais on a quand même quelques principes encore. Non là c’est un système purement inégalitaire à la base. Genre « les êtres humains naissent libres pour certains, et surement pas égaux ». Alors du coup, ceux qui sont plus balèzes, ils ont le pouvoir et l’argent, le reste trime. Puis surtout c’est les fils et filles de ces belles personnes qui sont, à leur tour, de belles personnes. Bref, c’est fondamentalement l’inverse de la démocratie et de la République.

Alors les belles personnes, elles ont le sang bleu, elles valent mieux que les autres, voire même elles sont choisies par Dieu. Et ça leur donne des droits incroyables de tortionnaires des autres. Bien entendu, ces traces s’entretiennent dans leur petit monde 2d’aristocratie. Le successeur au trône de France est bien identifié, il attend son heure peut-être. Et toutes ces personnes survolent la vie et les problèmes que la population pourrait avoir. Ils sont glorifiés et passent en boucle à la télé, comme si le caca dont ils sont la conséquence n’était pas déjà très loin dans les tuyaux de l’histoire.

Le combat culturel

Mais derrière les strass et les paillettes, il y a un combat politique. Je ne suis pas du genre à crier au loup en permanence. Mais le traitement médiatique est tellement disproportionné qu’on prend une repentance en pleine gueule. Dans ce contexte où la défiance vis à vis des institutions politiques est grandissante, ça sent très fort le c’était mieux avant, comme si, au final, toutes les femmes étaient des princesses et les hommes des princes vivant de fougueuses aventures.

D’ailleurs pour couronner la repentance, Le Parisien publie même un sondage pour savoir si –oui ou non– on aimerait avoir un Roi ou une Reine en France. Est-ce pour savoir si on veut s’identifier béatement à un monde qui n’existe pas ? Est-ce que c’est pour faire Hara-Kiri à la République et puis se dire « de toute façon je m’en fous, autant qu’un autre décide tout à notre place » ? Est-ce par nostalgie collective d’une justice arbitraire ? Est-ce que c’est simplement pour se bourrer la gueule à chaque nouvel événement ?

C’est peut-être pour tout un tas de raison. Sauf que voilà, le message est assez clair, et le sondage vient timidement prendre la température. Une histoire qui se répète étonnement, puisque qu’avant les sondages bidons 4et avant même Le Parisien, la réhabilitation culturelle de la monarchie a précédé sa reconquête (sous des formes variées évidemment). Tenez, l’exemple de la Grèce antique nous montre que la littérature rejetait massivement d’expérience toute idée de monarchie contre laquelle les cités s’étaient érigées en peuple libre. Seulement un travail culturel progressif a été fait, tant et si bien que l’idée d’un roi, mais genre un roi cool qui est bon avec le peuple, a fait son chemin. Patatras quand l’idée est mure Philippe II (le père d’Alexandre) arrive avec fracas et installe sont régime monarchique. Sans préparation culturelle, pas sur que la tâche aurait été si facile, d’autant qu’il a été progressivement personnifié autour de lui, pour finir par être une claire divinisation des Rois vivants dans certaines cités.

Bref, tout ça pour dire que la République chie sur la monarchie. Et que ce traitement médiatique féérique, sans être une œuvre consciente de réhabilitation monarchique, participe largement à une espèce de nostalgie culturelle qui fait tout sauf renforcer notre système démocratique. L’idée de l’homme providentiel, déjà véhiculée par la Ve République, participe déjà largement à ce phénomène culturel qu’il faut regarder avec attention…

Romain JAMMES

On a testé pour vous : la fête de la musique !

Ah qu’est-ce qu’on le kiff ce jour là. La fête de la musique a une saveur particulière. Pas de quoi se faire un monde, mais il y a quand même ce truc qui nous tient. Comme une sensation que tu ne retrouves pas souvent dans la plupart des villes françaises. Ce « truc » c’est pas seulement notre rapport à la musique, on en joue, on en écoute, mais comme beaucoup au final. Ce n’est pas non plus le solstice d’été, d’ailleurs on n’en a pas encore vu la couleur.

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C’est rien de tout ça, c’est plutôt la démonstration de la capacité créatrice de la population. Et ça, ça vaut de l’or. Mais c’est aussi un point d’étape : une évolution des goûts et des couleurs, de ce qui fait hocher les têtes aujourd’hui et pourquoi ?

Identité musicale

On est une génération bercée par la musique. Comme d’autres sûrement. Après les tourne-disques ou les radio-pirates, on a eu nos walkmans increvables, nos CD rayés gravés à la chaîne pour les potes et nos radio-libres qui rendaient les premières heures de cours difficiles à suivre.m1

Si j’ai eu une crise d’ado, elle a plutôt été musicale. J’ai rêvé au son des poum poum tchak, des vieux rap français et américains de la fin des années 90. Ils ont laissé place aux guitares électriques hyper saturées, aux baggys et sweats noirs avant que les rythmes folk, reggae et jazz viennent compléter le tableau chaotique pour ma 18e année. La Fac m’a lissé à tous les niveaux. Sauf politique peut-être. On apprend à bien s’exprimer, on échange les cultures, on oublie un peu d’où on vient, parfois. Arrivé à Paris le mélange bobo propret de la Sorbonne m’a définitivement vacciné. J’ai fait un retour rapide à mes premiers amours. Les Iam, NTM et autres, brandis comme une provocation à ce que je sentais ne pas être mon monde.

Bref, la musique ça a quelque-chose de notre identité. Ça dit beaucoup d’une génération : ses valeurs, son vécu, ses peurs et ses rêves ; sa diversité aussi. Elle peut être bourgeoise et conforme, hypocrite et haineuse. Elle peut être populaire et subversive, puissante et révolutionnaire.

Création et subversion

La musique a une portée  universelle. C’est ce qui rend le 21 juin si particulier. Ce jour anime tout le monde autour de cette part de soi, il la fête et il permet à chacun de s’assumer avec, y m3compris en tant que créateur. Car c’est là toute la majesté de la culture. Le réveil de la capacité créatrice. C’est le plus beau de tous les trésors car ce qu’il révèle c’est l’essence de la nature humaine qu’on réduit trop facilement aux tristes périodes de notre histoire ou la cupidité d’une poignée d’enfoirés. Elle est subversive par nature car elle vient d’en bas, elle structure, elle bouscule, comme une cocotte minute prête à exploser. Elle est belle parce qu’elle fait peur, on cherche à la contrôler, à l’enfermer dans un recoin minuscule comme on met en bout de table l’invité qui n’était pas vraiment.

D’une certaine manière, ce jour là elle se déculpabilise. C’est comme son anniversaire. C’est sa fête à elle car à côté des grandes scènes où on voit toujours ceux qu’on entend tous les jours à la radio, il y a ce gamin qui fait son premier concert devant ses potes et ses parents. Il y a ce groupe de punk qui joue devant les mamies du village. Il y a ces ami-e-s au coin d’une rue, devant un restau, ou une église, qui cherchent les pièces qui seront écoulées en bières quelques heures plus tard.

Besoin d’humanité

Mais je sens la musique subversive quand elle est humaine. Elle est humaine quand elle est imparfaite et unique. Elle a de l’âme car chaque musicien gratte son instrument différemment, emboîte le temps à sa manière, lance sa voix depuis le plus profond de ses tripes. Tout musicien à sa patte, le taux de souffle utilisé dans une trompette, lam5 puissance du touché sur le piano, l’émotion inimaginable qui passe dans une voix, l’infinité de nuance dans un étouffement de corde. C’est la place exacte des doigts dans un instrument sans frète, la bosse sur une caisse de résonance, le travail du temps sur le bois,…

Parfois ça déraille, la note est fausse, ou ce n’était pas celle qu’on attendait. Parfois elle vient toute seule, dans ce moment où la musique est allée plus vite que le cerveau. Surtout, il faut la laisser prendre le dessus. Elle est magnifique quand elle est brute comme le roc plus que lisse comme le marbre.

Seulement voilà, ce 21 juin, plus de boum boum électro sans saveur que de petites perles sorties de nulle-part. Les titres s’enchaînent et sont réguliers comme des métronomes, rien ne dépasse, rien ne transpire. C’est dansant, mais la perfection robotique me traverse comme un spectre sans m’arracher la moindre sensas’.

Je ne veux pas que mon analyse soit un jugement mais je ne peux m’empêcher d’avoir un malaise. C’est peut-être celui du vieux con qu’il y a en chacun de nous, ou celui de quelqu’un qui a peur qu’on perde, partout, de notre humanité.

On a testé pour vous, la fête. De la musique ?

Romain JAMMES

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On a testé pour vous : le tweet sexiste de l’UMP !

Ooooooh ça faisait longtemps qu’on avait pas eu des nouvelles du machisme ambiant à l’assemblée. Pourtant faut dire qu’on en a des belles. Entre les remarques machistes en pleine séance sur les tenues des ministres et des députées. Le mépris à peine voilé ou le dédain fièrement brandi de ces hommes qui ont l’habitude de se partager le pouvoir entre couilles.

Là c’était tellement gros qu’on pouvait pas passer à côté. Tellement énorme qu’on se demande parfois ce qui se passe par la tête d’un demeuré sur ces bancs, pour tweeter un truc pareil sur la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem : « #NVB suce son stylo très érotiquement ». L’histoire ne dit pas si Hugues Foucault (l’auteur du tweet) est parti aux toilettes de l’hémicycle pour se finir mais nous pouvons au moins faire une petite analyse de ce qui est loin d’être anodin dans notre joyeuse société patriarcale…

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Pourquoi Hugues Foucault a pensé ça ?

Je suis pas très psychologie de comptoir. Je laisse à Freud l’immense plaisir d’expliquer le monde entier dans la relation avec notre caca. Mais sans parler des excréments, tweetés ou non, de notre sujet, la première explication du « pourquoi ce mec à penseça ? » se trouve dans la question : parce que c’est un mec. (Je laisse 5 secondes de blanc pour que les nombrilistes habituels s’insurgent au nom de leur exemple personnel irréprochable blanchissant ipso facto tout la gente à 2 couilles).

Évidemment, ce n’est pas parce que c’est, naturellement un homme, entendons nous bien. C’est parce que c’est culturellement un homme. Par conséquent, pour lui, tout objet qui a de près ou de loin une forme allongée est une bite. Un saucisse est une bite, une banane est une bite, un doigt est une bite, une bouteille est une bite, un concombre est une bite, les twins towers étaient deux majestueuses bites de béton et de verre.5

Bon, comme je vois votre moue, je veux bien concevoir que quand vous voyez les twin-towers, vous pensez peut-être d’abord aux attentats du 11 septembre. De même que vous pouvez être un homme parfaitement normal et penser « stylo » en voyant un stylo. Seulement voilà, ce stylo devient une bite dans la tête de ce demeuré quand Madame Vallaud-Belkacem le met à la bouche. Sans vouloir présumer, je doute que la ministre ait eu besoin demimer un acte sexuel en plein milieu de l’assemblée pour que cette pensée effleure l’esprit du Maire UMP. C’est donc simplement le contact de la bouche d’une femme qui transforme comme par magie le stylo en pénis.

Mais pourquoi ? Sans avoir toutes les réponses. On ne peut nier l’influence notoire de la sexualisation permanente des femmes dans notre société. Tout coin de l’anatomie peut être utilisé, dans la publicité ou dans le cinéma (par exemple) comme un objet évoquant du sexe. Au point qu’on sexualise les femmes pour vendre tout un ensemble de produit qui n’ont strictement rien à voir. Évidemment dans les représentation que les hommes ont des femmes ça joue. Les normes culturelles font le travail, et les réac’ sont surement particulièrement consentant, of course, ils les produisent eux-même également. Tout ça pour dire que si un homme tenait son stylo comme ça, l’idée ne serait probablement pas passé par la tête de Hugues. L’ingéniosité qu’ont déjà déployé les hommes pour se faire sucer en dit long sur l’importance que cela revêt pour eux. Qu’on se le dise, une bouche, une langue, des lèvres : c’est une pipe. Tout autant qu’un stylo est une teub.

Pourquoi Hugues Foucault a tweeté ça ?

Arrivé là, je ne m’étonnerais pas qu’un paquet de mecs aient eu la même pensé un jour dans sa vie. Moi aussi très probablement, pour un stylo ou autre chose. Nous sommes des produits culturels, même quand on essaye de combattre son côté machiste. Je suis même sûr qu’en d’autres circonstances, il doit passer des idées peu religieuses dans l’esprit de nombreuses filles, devant 3un scène ne mimant pas explicitement un acte sexuel. Le phénomène n’est pas le même, du fait de son échelle et du contexte culturel dans lequel ça s’intègre, mais ça mérite d’être noté pour la raison suivante.

Entre toutes les personnes ayant ce genre de pensées. Pourquoi ce sont les mecs qui les expriment ? Que Hugues Foucault soit excité par la ministre le regarde, c’est explicable comme je l’ai dit, mais si l’histoire s’arrêtait là. Mais quand le Maire l’exprime publiquement, le phénomène est tout à fait différent. Il renvoie directement Najat Vallaud-Belkacem à sa condition de femme, et son statut, à ses yeux, d’objet sexuel. Il la qualifie ainsi publiquement ! (Bon ce ne sont pas ses mots mais c’est le sens du tweet). Il y a donc bien un contexte qui, dans la tête de ce mec, légitime que sa remarque soit entendu par la terre entière. A contrario si sa pensée n’était pas sexiste mais raciste, il aurait bien identifié que le contexte ne rendait pas légitime sa remarque (parfois ça ne les arrête pas ces cons).2

Est-ce qu’il y a une légitimité à réduire les femmes à un bout de viande en public ? Oui et mille fois oui. La drague, lourde ou pas, s’appuyant sur des attraits physique en est un bel exemple. Des femmes harcelées dans la rue, à celle à qui on dit simplement qu’elles sont belles alors qu’elles ne sont pas des décorations, toutes subissent une forme de violence (qui parfois ne les atteint pas) lié à la légitimité que se donnent les hommes à caractériser leur physique au grand monde.

Donc, pourquoi il tweet ça ? Parce que la société patriarcale l’y autorise.

Mais c’est qui ce Hugues Foucault ?

Bien-sûr ce mec est un connard. Mais un fois que j’ai conclu ça, je n’ai rien fait. Les phénomènes massifs ne peuvent pas s’expliquer par la somme d’actes individuels. Du moins la droite anti-intellectualiste analysait la société comme ça à une certaine époque. Sans retirer une responsabilité individuelle, on ne peut s’empêcher de remarquer que Hugues Foucault est surtout le produit d’une société patriarcale qui l’encourage à penser d’abord que le monde tourne autour de son sexe, et ensuite qu’il a le droit de réduire une femme à un objet sexuel en public.

Bref, y a du taff !

Romain JAMMES