Féministe ou pro-féministe ?

« Et toi Romain ? T’en penses quoi de tout ça ? » J’émerge brusquement de mon microrêve. Une divagation mentale dans l’océan de mirabelles qui s’est glissé dans mon œsophage quelques secondes plus tôt pour rejoindre la fameuse truffade de Greg. « Hum ? » grommelé-je encore dans les brouillards. « Un homme, il peut être féministe ou est-ce qu’il est juste pro-féministe ? ».

Dans un monde idéal où je pourrais décider de toute chose, j’aurais tout fait pour que le débat n’ait pas lieu à ce moment de la soirée. Mais comme on n’en est pas à ce stade-là de l’histoire, ça viendra ne vous en faites pas, contraint et forcé, j’ai accepté de jouer le jeu. Ce fut aux dépens de toutes les cellules de mon corps qui me criaient de parler de tout sauf d’un truc sérieux. J’sais pas pour vous, mais mon expérience m’a montré qu’on ne choisit jamais quand on parle de féminisme. Puis si on a pas parlé métaphysique avec trois grammes à 20 ans c’est qu’on a raté sa vie, donc pas d’occasion manquée.

Alors les hommes, féministes ou pro-féministes ?

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Les hommes sont… surtout des hommes

Cette question ne vient pas de nulle part. Les hommes dans le mouvement féministe, ça pose nécessairement la question des rapports femmes-hommes dans le mouvement féministe. Le rapport est d’ailleurs bien plus complexe que la présence de bourgeois dans le mouvement ouvrier, car où que les femmes soient dans la société, il y a des hommes.

Je, tu, ou il, bref, nous sommes des hommes. C’est une donnée biologique, de naissance ou pas. Mais c’est surtout une donnée culturelle, car nous sommes élevés, et structurés culturellement comme des hommes. Cela ne veut pas dire que nous sommes tous des bourrins, violents, violeurs et docteurs en mathématique, mais simplement, mais qu’il y a une certaine prédétermination à ce qu’on épouse ce genre de comportement. Bref, comme un ADN culturel, enfoui au fond de notre crâne : nous sommes des dominants.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’on le veuille ou non, et malgré les efforts que l’on peut faire dans différents domaines à ce niveau, les hommes sont toujours des relais de la domination masculine. Relais plus ou moins efficaces en fonction du travail qu’ils ont fait sur leur encadrement culturel. L’implication des hommes dans le mouvement féministe se questionne donc s’ils y répercutent leur attitude de dominant : confiscation de la parole, intimidation, course à des positions de pouvoir, etc.

Le terme de pro-féministe sert alors à marquer une limite, comme une frontière symbolique pour protéger le mouvement féministe de cette tendance. Les temps non-mixtes, qui peuvent et doivent exister dans toutes les organisations progressistes, sont aussi un moyen de sacraliser un temps où cette domination ne sera pas présente.

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Le féminisme dans une société patriarcale

Le féminisme se développe dans et contre une société patriarcale. Contre, car c’est son identité, défendre l’égalité, face à la domination masculine qui s’applique à l’ensemble des champs sociaux de notre société et son bagage culturel accompagné. Dans, car il utilise nécessairement les outils culturels à sa disposition pour avoir un impact dans la société.

Dans ces outils, figurent en bonne place les médias. Personne ne peut prétendre véhiculer un message de masse sans les médias. On s’aperçoit d’ailleurs rapidement que loin d’être une sorte de miroir de la société, même déformant, les médias sont une arène de bataille des idées. Une arène qui n’est pas neutre, car dirigée par des hommes.

Soyons parfaitement honnêtes, ce qu’adorent faire les hommes, c’est parler des hommes. Un certain nombrilisme dont j’ai déjà parlé et qui rend la tâche des organisations féministes assez complexe. Quand on parle de féminisme à un homme, il parle quand même des hommes (si si !) : des hommes violés, victimes de violences, prostitués, ou victimes d’un déterminisme culturel qui les oblige à être dominants (pleurons sur leur triste sort). Tous les moyens sont bons tant qu’il s’agit de ne pas parler des principales victimes : les femmes.

Qu’on le veuille ou non, les hommes engagés dans le mouvement féministe font l’objet d’une attention redoublée. Dans un rassemblement féministe, les interviews ou les images d’hommes, quand ils sont présents, sont disproportionnées par rapport à leur présence. Sans caricature, l’homme isolé au milieu d’un groupe de femmes devient le centre de l’attention médiatique, ce qui lui donne de facto une position de pouvoir.

Bref, encore une fois, la frontière que tracent les concepts de pro-féministe et féministe peut aussi être une manière de protéger le mouvement féministe de la société patriarcale qui veut l’interpréter et la représenter.

2Le féminisme est-il un gros mot ?

Seulement voilà, le féminisme, c’est aussi un gros mot dont la société patriarcale aimerait bien se débarrasser. Faut dire que, franchement, y a pas « homme » dedans donc ça fait un peu flipper ces messieurs.

Et ce travaille de dénigrement du féminisme, bah il marche furieusement bien :

  • « Je suis pas féministe, mais… » : phrase régulièrement prononcée par une personne qui est sur le point de dénoncer une injustice tout en refusant d’être associée avec celles qui, collectivement, la combattent.
  • « Non je suis pas féministe, je suis pour l’égalité… » : phrase régulièrement prononcée par une personne dont les représentations du féminisme ont été structurées par la société patriarcale qui adoooore les décrire en coupeuses de couilles.
  • Etc. (il y en a plein)

Les prises de distance permettent à la société patriarcale d’isoler et de stigmatiser le féminisme. Quand une personne dit « je suis féministe » elle se place dans une posture de solidarité totale, et de partage sans réticence de son combat. Est-ce que se mettre à distance ne joue pas aussi le jeu de nos ennemis ?

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Être un homme féministe ?

Pour le moment, je me définis comme féministe, car les militantes du mouvement féministe que je connais me définissent comme tel. Je ne m’accorde pas la légitimité de pouvoir contester si elles en décidaient autrement, ou si ça changeait par la suite.

Qu’on soit pro-féministe ou féministe, l’important est de rester à sa place dans le mouvement féministe en tant qu’homme. Travailler à refréner ses attitudes de domination, ne pas chercher les postes à responsabilité, mais plutôt épouser au mieux la place que collectivement on te donne.

Être féministe, c’est une théorie et une pratique. C’est avoir conscience de tout ou partie du système de domination, et agir contre lui. Quand on est un homme, on ajoute également prendre conscience de tout ou partie de la domination que l’on exerce nous-même, et agir contre cette domination. Et c’est déjà une montagne à déplacer…

Romain JAMMES

 

 

 

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On a testé pour vous : la langue de bois des plateaux TV

Aaaah comme ça m’avait manqué, ce sentiment de désespoir et en même temps cette si belle ironie des plateaux TV de soirées électorales. Grands moments de télévision qui font baisser soudainement l’intérêt des Guignols, caricature finalement très raisonnable de nos vrai-e-s élu-e-s politiques. Des soirées visionnées en boucle au cours Florent comme des chefs d’œuvre de jeux d’acteurs faisant passer Denis Lavant pour un pauvre amateur.

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« Une élection locale » qu’on vous dit !

Déjà on avait eu les mauvaises prémisses. Vous savez, ce sentiment qu’on a tout au long de la campagne qui vous dit que ça va vraiment être de la merde. Le Front de Gauche était morcelé en plein d’étiquettes histoire que le trio magique Peste, Choléra, Armageddon occupe les colonnes d’analyse. Bien sûr la menace de l’Armageddon ayant pour principal objectif qu’on se dise qu’au fond, la Peste et le Choléra, c’est toujours le moins pire.1

Le discours de la majorité parlementaire était aussi prévisible que le « clic » d’une horloge et aussi fin que Patrick Sébastien… enfin que ses blagues… enfin un peu des deux mais on avait dit pas le physique bordel !… Bref, c’est une putain d’élection locale quoi. C’est même dans son nom : « élections municipales ». Donc tout se passe au niveau municipal. Voilà, les gens ils votent pour leur maire parce qu’il est cool et faut arrêter de penser que ça a un foutu lien avec ce pauvre gouvernement. Que ce soit à peu près les mêmes partis, avec des ministres candidats ou maires sortants, on s’en tape. Qu’on vote partout en France avec des programmes qui clivent autour des mêmes enjeux, on s’en tape. Que l’austérité ait des conséquences directes sur la vie des communes, c’est pas la question. C’est locaaaaaalleeeeuuhhh !! Il va de soi que l’opposition, elle, monte sur ses grands chevaux en appelant solennellement veaux, vaches et cochons à sanctionner le gouvernement.

Sauf que voilà, comme les majorités mènent une politique de merde depuis des années, et qu’en plus du pouce préhenseur on m’a doté d’un truc 5entre mes deux oreilles (un cerveau, ndlr, si tu as eu besoin de lire ces parenthèses tu n’en as pas, désolé). Je vais chercher dans ma mémoire ce qui s’est passé la dernière fois… Comme tous les êtres un minimum (mais vraiment c’est la base, quoi) intelligents, j’ai remarqué — PATATRAS !! — que c’était diamétralement l’inverse. Diantre, me mentirait-on sur TF1-FrTV-M6-BFM-ITélé et tout le reste ? Nooooooooonnnn voyons… quelle idée ?

Les projecteurs

Autre indice qui ne trompe pas : le traitement de la défiance. Car oui, il y a de la défiance. En fait il y a même un immmmmmense ras-le-bol. Mais n’en concluez pas que c’est parce que la politique est la même depuis que Hollande a remplacé Sarkozy qui a remplacé Chirac qui a remplacé Mitterrand et qui étaient tous des candidats du changement qu’on n’a jamais vu.

Non à télé, on fait tellement du journalisme de ouf qu’on parle des faits. Il y aura de l’abstention parce que les gens sont pas contents, voilà. En fait, y aura les gens pas contents qui voteront pas et les gens pas contents qui voteront FN. Et puis comme les gens sont, en effet6, pas contents et qu’on leur explique que dans ce cas, faut voter FN ou ne pas voter, et bah ça finit par faire son effet. C’est pas qu’ils sont idiots, c’est que le matraquage culturel… bah ça marche. Et quand je parle de matraquage, je blague pas, au regard des temps d’antenne accordés aux différents partis avant la campagne officielle.

Et c’est si bien fait que quoi qu’il arrive, on trouve toujours de quoi dire « comme nous l’avions prédit » ; « conformément à nos analyses », « on s’y attendait », etc… De toute évidence, ce n’est pas dans le cahier des charges de ces médias de créer le débat politique. Allez, on met quelques candidats des grosses métropoles qui s’écharpent à une heure creuse pour se donner bonne conscience, mais surtout pas d’analyse des vrais débats d’orientation qui ont lieu, ça risquerait de donner du sens à l’élection…

Le jour-J, enfin le soir-S

Comme la prophétie autoréalisatrice l’annonçait, et surtout, comme les médias ont envie de l’analyser, le trio Peste, Choléra, Armageddon occupent l’antenne. Grosse claque au gouvernement, les intervenants se confondent en formules qui ne 2veulent rien dire. Tout à coup, ce qui n’était pas une élection nationale le devient sans raison.

Les ministres expliquent qu’ils ont pris une claque dans la gueule, mais que c’est certainement à cause de la mauvaise orientation du gouvernement, pensez donc. Ils sont juste « impatients de voir les résultats », ils veulent qu’on « accélère le mouvement ». C’est le tour de magie qui transforme un rejet en une adhésion enthousiaste. En fait, les Français ils sont tellement d’accord avec le gouvernement qu’ils ont pas voté pour ses représentants aux municipales. C’est pourtant pas compliqué merde !! Les journalistes avalent ça comme de la bouillie muesli

Sauf qu’on remanie. Ah bon ?!! Attends, attends, je résume la situation :

  • C’est une élection locale, en fonction d’enjeux locaux. (C’est pratique quand le4 gouvernement fait l’inverse de ce que la gauche est censée faire.)
  • Mais bon, ça peut aussi avoir un sens national, auquel cas ça veut dire qu’on a raison, mais qu’on doit faire encore plus de réformes dans notre sens.
  • Malgré ça, comme le score est mauvais, on remanie…

De là à dire qu’on passe les soirées électorales à pisser dans un violon… Je vous laisse conclure, mais si on veut régler ce qu’on dénonce unanimement (l’abstention), faudrait peut-être se mettre à faire de la politique autre chose qu’une bouillie insensée et un foutage de gueule de masse.

Ah mais avec des si…

Romain JAMMES

À quoi sert la journée internationale de l’homme ?

C’est complètement dingue. On en apprend tous les jours. Y a le lot des bonnes surprises, qui vous donnent la niaque pour la journée, mais y a aussi le contrecoup parce qu’on choisit pas toujours ce qu’on apprend. C’est comme ça.

Bref, ce mardi de novembre, malgré le froid, un sourire scindait mon visage. Ma tête s’affairait déjà au travail devant la montagne de tâches à réaliser avant le grand soir, alors que mes jambes pédalaient frénétiquement sur le vélo-Toulouse rasant çà et là les automobilistes paniqués. Un matin normal quoi.

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Sauf que badaboum, errant avec mon café sur des sites très peu recommandables (oui les sites sérieux, objectifs, impartiaux tout ça tout ça), je tombe sur ce magnifique article. Qui m’apprend (oui, d’où le début de l’article. Ça va vous suivez ? Vous voulez du pop-corn ?)… Je disais, ce site m’apprend qu’il y a une « journée internationale de l’homme ». Quelle drôle d’idée…

Pourquoi ces journées ?

Bon de base, moi je pensais qu’on faisait des « journées internationales » pour des causes, quitte à ce qu’elles soient un peu naïves. On trouve la journée internationale de la paix, des migrants et des réfugiés, contre le cancer, le handicap, plusieurs maladies, la justice sociale…etc. Bref, c’est beau les oiseaux chantent.

Parmi ces journées certaines ont une histoire importante, une histoire de lutte par exemple. Au hasard, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, appelée avec mépris, « journée de la femme », est un héritage historique loin d’être folklorique comme le patriarcat aimerait qu’on le pense.1

Sauf que voilà, dans ma vision un peu angélique, j’avais oublié qu’on pouvait faire des journées de tout et n’importe quoi. Sûrement histoire de noyer ce qu’il y a réellement un sens universel. Alors nous avons par exemple :

  • 5 février : journée mondiale du Nutella, j’imagine que c’est une cause internationale…
  • 28 février : journée mondiale sans Facebook, autant faire une journée mondiale sans respirer…
  • 11 mars : journée mondiale de la plomberie, merci Mario Bross…
  • 24 mars : journée mondiale de la courtoisie au volant, la grosse blague…
  • 3 mai : journée mondiale du soleil, bon heureusement qu’il est là c’est vrai.
  • 21 juin : journée mondiale de la lenteur, oh s’il vous plaît, faites en un jour férié !!
  • 31 août : journée mondiale du blog, les blogs… quel intérêt ?
  • 26 octobre : journée mondiale des pâtes, je sais pas pour vous, mais moi c’est tous les jours.
  • 5 décembre : journée mondiale du Ninja, faites gaffe à vous quand même !

Et à tout cela s’ajoute, la journée de l’homme. Oui mais en fait, ce qui pourrait être une grosse blague comme la journée du Nutella (j’espère que je vais toucher un peu d’argent… à force), se transforme en espèce de frustration intestine de l’homme auquel, il faut avouer, on est plutôt habitués. La journée internationale des luttes des droits des femmes n’est pas le miroir de la journée de l’homme. Et ça, nos homo-phallus ont un peu de mal à l’accepter, donc ils décident de se plaindre… Bienvenue dans un monde fantastique…

Les tourments de l’homme moderne

Oh que c’est dur d’être un homme ! C’est en tout cas ce que nous dit Le Point. Des problèmes tout le monde en a. On pourrait s’en amuser, après tout, les problèmes de dominant ça existe. Sauf que ce que ne dit pas l’article c’est que les problèmes exposés sont exactement 3les axes stratégiques de communication des masculinistes. Ah tiens, on passe de la journée de l’homme à la journée contre les femmes… Voyez plutôt.

Il y a plus de suicide chez les hommes ? C’est vrai ! Pourtant, les hommes sont ceux qui subissent le moins de domination sociale et économique. Ce sont ceux qui, d’après leurs stéréotypes de genre, sont le moins exposés aux élans sentimentaux irrationnels. C’est peut-être que l’échec, chez les hommes, c’est un peu une négation de la virilité. C’en est à tel point qu’échouer à se suicider c’est la loose suprême.

  • Et oui, on vous a pas dit ? Les femmes tentent plus de se suicider, elles réussissent moins. Soyons sûr que la proximité des hommes avec les armes, dans leur volonté d’affirmation de leur pouvoir, n’y est pas pour rien.

Les pères sont les négligés de la justice dans les divorces ? Argument masculiniste typique. On voit des papas pleurer de chaudes larmes devant les caméras et monter couilleusement (ouais ça n’existe pas, bon) sur des grues ou monuments. Une stratégie qui n’a rien de spontané puisqu’elle vient directement des expériences étrangères en la matière (Canada, Angleterre,…)

  • Bon et sinon, sur le fond ? Dans les divorces/séparations, parmi les couples qui vont devant un-e juge des affaires familiales (pas tous donc), dans seulement 2% des cas il y a conflit autour de la garde de l’enfant. Il y a alors soit garde alternée imposée, soit garde maternelle ou paternelle imposée. La différence, dans ces cas, entre garde maternelle et paternelle représente 0,8% des enfants qui vivent la séparation de leurs parents. Pas bésef hein ?
  • 75% des pères ne veulent pas de la garde alternée, d’ailleurs, ça reflète bien le fait que ce sont en écrasante majorité les femmes qui s’en occupent. Mais voyez, la culture patriarcale enseigne aux hommes que les enfants sont leurs propriété. De là à changer leurs couches, leur faire à manger et les amener à l’école…2
  • Les lois que tentent de faire passer les masculinistes au sujet de la garde consistent essentiellement à conserver le droit à la garde alternée même en cas d’accusation de violences familiales ou d’inceste. Normal quoi…

Les garçons sont moins diplômés que les filles ? C’est vrai ! Mais ils poursuivent les études les plus valorisantes économiquement et socialement. Ils détiennent également les postes de direction dans tous les domaines économiques, y compris ceux qui correspondent aux stéréotypes féminins. Les masculinistes s’attaquent souvent au système scolaire comme étant construit pour la docilité des filles, qui, du coup, réussissent mieux. Ironique quand on regarde l’histoire de la scolarisation dans notre pays.

Bref, à la question que pose l’article « à quoi sert la journée internationale de l’homme ? », la réponse est « à combattre les droits des femmes ». J’attends avec impatience que dans sa folle clairvoyance, Le Point nous délivre également tous les tiraillements ultra-violents que subissent les riches. Détermination sociale à être brillant, choix cornélien entre Porsche et Ferrari, ou entre les Bahamas et Bora-Bora. La suite bientôt ?

Romain JAMMES

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Vous avez un problème avec l’égalité ?

Bon c’est pas tout ça les vacances, mais faudrait peut-être s’y remettre. Au-delà du petit carnet de voyage improvisé que je vous ai fait partager, il faut que je vous raconte. L’été, c’est un espace concentré de rencontres en tous genres. Des gens qu’on ne rencontre pas d’habitude. Soit ils habitent à l’autre bout de la terre, soit on a soigneusement fait en sorte de ne pas trop les croiser. Mais bon, là, c’est les vacances. Alors…

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Bref, entre le premier et le dernier contact (de nature aussi variée comme quand c’est les vacances quoi), il se passe plein de trucs passionnants. Et vous commencez à me connaître, au bout de quelques minutes, le mot obus, celui qui n’aurait pas dû s’inviter dans la conversation (d’après certain-e-s), vient interrompre un monde qui, jusque-là, tournait parfaitement rond : le féminisme.

« Ah, ouais non le féminisme c’est pas trop mon truc… »

Le militant-e-s féministes ne seront pas surpris-es. En général, le féminisme c’est « le truc » de pas grand monde. Ça surprend pas comme ça, pourtant on pourrait se dire : « ah toi, ton truc, c’est de piétiner les femmes ? » Mais on est (parfois) trop poli-e-s. Au-delà des réactions classiques que j’ai déjà décrites et qui sont une nouvelle fois apparues, j’ai quelques perles à vous offrir. Ce sont parfois des interrogations intéressantes, parfois de vrais horreurs. Je vous laisse juger.

  • « Le féminisme c’est juste du paraître, faire semblant d’être parfait. » 

C’est peut-être la moins stupide des interrogations. Même si ça révèle une connaissance très partielle du mouvement féministe. Est-ce que le féminisme est une police du comportement ? Pas vraiment. Mais une chose est certaine, nous avons toutes, et surtout tous, des comportements déterminés par la société patriarcale et qui relaient une certaine domination. Quand on est féministes, on essaye de les limiter. Et à l’inverse, quand quelqu’un a un comportement sexiste, on ne va pas se gêner pour lui faire remarquer. Hein ?!! Quand même ! Mais de là à réduire le mouvement féministe à ça…

  • « Mais t’es maso non ? »images

Evidemment : si je suis féministe, c’est parce que j’aime souffrir. D’ailleurs, j’ai hésité un moment entre le féminisme et fakir (non pas le journal, le mec qui s’allonge sur des pics et travers des allées de braises chaudes). Plus sérieusement, on a tous un avantage, en tant qu’être humain, à vivre dans une société féministe. Déjà parce que moins de domination c’est plus d’apaisement général et ensuite parce qu’on est aussi sacrément déterminés, en tant qu’homme, à avoir un comportement irréprochable de mâle dominant.

  • « J’ai rien contre les femmes mais… » et sa variante plus connue : « j’aime les femmes mais… »

Quelle horreur ! La suite de la phrase ne sert plus à rien, la première partie en dit déjà trop. Le « mais » qui conclut suppose en plus que ce qui suit va être encore pire. Vous savez, je suis le genre de mec qui ne cherche pas trop à avoir à tout prix un casier judiciaire (bon si c’est pour coup et blessure sur misogyne ce sera presque une médaille). Donc, par un élan pacifiste, mon cerveau bloque comme un fusible évite la catastrophe. Je tiens à ma santé merde. Bref, le mec (en général) en prend quand même pour son grade. Je ne suis pas sûr que beaucoup perçoivent que je me retiens, en plus.

  • « Mais y a des différences quand même ! »

Derrière cette remarque, se cache un grave problème de langue française. Bon, en réalité, c’est une rhétorique de mauvaise foi relayée par la propagande patriarcale. Défendre l’égalité, c’est combattre les inégalités. Egalité et inégalités, c’est le contraire (ne riez pas ce n’est pas si évident pour tout monde apparemment). L’inverse d’inégalité, ce n’est pas « uniformité ». Donc, tous les individus continuent d’être différents et bien plus d’ailleurs puisque le but et d’arrêter de les enfermer dans des rôles en fonction de leur genre.

  • « Mais les femmes elles aiment se faire dominer au fond ! »

Mon sang ne fait qu’un tour. Non, la personne que vous avez devant vous n’est pas en train de dire qu’il y a une intégration des valeurs patriarcales de la part de nombreuses femmes. Sinon, il serait le premier à dire qu’il faut d’autant plus combattre la culture dominante. En 2810720570_1général, elle se base sur des sérieuses idées reçues alimentées par une ou deux interprétations biaisées de son vécu relationnel (ou celui de ses proches). Est-ce qu’une femme aime se faire frapper par son mari ? Non. Est-ce qu’elle peut aimer devoir demander une autorisation pour sortir, travailler, avoir un compte en banque, des loisirs, bref, pour vivre ? Non. Est-ce qu’elle aime être dépendante d’un mari qui amène toute la tune à la baraque pendant qu’elle se tue aux tâches ménagères ? Non. C’est ça la domination pourtant. Je suppose que, dans certains esprits, elle se résume au fait que, parfois (et loin de moi l’idée que c’est anodin), elles aiment être plaquées brusquement contre le mur pour un baiser fougueux (ou plus), elles aiment ces jeux qui, à tout moment, peuvent s’arrêter ou se renverser. En somme, elles peuvent aimer ce semblant de domination qui cesse dès qu’elle dit « non ». Sauf que ça, ce n’est pas de la domination.

L’égalité, question de référentiel

Mais la plus régulière, et la plus chiante des réponses d’une certaine manière, c’est celle qui considère le féminisme comme un corporatisme d’activistes anti-hommes. Vous savez la vision à peine exagérée d’un groupuscule d’amazones qui errent dans les rues pour couper les couilles à ceux qui en ont encore. En fait, c’est la vision zémourienne de l’apocalypse.

Le féminisme c’est uniquement défendre les femmes en s’en prenant aux hommes. Ce qui défend des valeurs universelles devient une jalousie du pouvoir masculin, voire une recherche de l’inversion du schéma de domination. Ça donne des conversations de cet ordre :

« – C’est trop anti-hommes quoi, ça veut juste le pouvoir des femmes.

– Bah non ! On défend l’égalité, ni plus ni moins.

– Bah, en tout cas, certaines sont anti-hommes.feminist1

– Moi je n’en ai pas rencontrées. Tu t’y connais surement plus. Tu parles de qui ?

– (réponse vague)

– Donc, non seulement, tu ne sais pas de qui tu parles, mais en plus tu réduits tout le mouvement féministe à ça ? Est-ce que tu ne te dis pas que, dans une société de domination masculine, dès qu’on demande l’égalité on a l’air de défendre uniquement les femmes ? »

Ça pourrait ne pas être si grave si, derrière, les médias ne se permettaient pas de dire que c’est un scoop de rencontrer « un féminisme qui ne veut pas émasculer les hommes » Bref, l’égalité c’est une question de référentiel. C’est au point que ça nous rassure quand quelqu’un-e nous dit qu’on exagère. C’est à ce moment qu’on se dit qu’on est sur la bonne voie.

Comme on dit, «  le féminisme est un mode de pensée extrémiste qui consiste à croire que les femmes sont des êtres humains… »

Romain JAMMES

Quand est-ce que tout ça a basculé ?

Les événements de ces dernières semaines sont lourds de sens. Je suis plutôt un gars optimiste. C’est peut-être ça qui me fait tenir. Mais là j’avoue que j’ai la frousse. Tout arrive. J’ai les j’tons, mais aussi beaucoup de colère. Optimiste, ce n’est pas naïf, et si j’avais perdu toute illusion de voir l’oligarchie, et sa couche de protection médiatique, combattre les fascistes, j’ai pris comme une claque dans la gueule leur attitude depuis la mort de Clément Méric.

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« Nous irons cracher sur ta tombe »

Si cette déclaration avait été faite, elle aurait le mérite d’être sincère. Tout a été déchainé après ce meurtre. Plus que j’aurais pu le croire. Il n’a pas fallu longtemps pour transformer les coups mortels en rixe de faits divers ou en baston de comptoir qui a mal tourné. L’industrie médiatique nous a sonné le refrain des extrêmes qui se rejoignent. La bouillie merdique sans argumentation, balancée par petits ou grands bourgeois dociles et bien sapés. Leur maquillage propre et leur sourire satisfait, on aimerait les voir froissés à coup de latte en pareille occasion. J’enrage qu’on soit plus civilisés qu’eux.

Au fond le message a été clair. 2 bandes de merdeux se tapent : « jeux de main, jeux de vilain » dit Minutes, il a « provoqué et perdu » renchérit Zemmour. Qu’un nazillon ait buté un1 mec à cause de ses idées ça n’émeut pas les chiens de garde. Dans la foulée, les victimes sont mises dos à dos. Même violence, mêmrméthode. Les extrêmes c’est pareil, si ! C’est m’sieur Copé qui l’dit voyons. Enfin toute une ribambelle de connards avec. Au fond ce sont les mêmeS, comme Mélenchon et Le Pen tiens. Une thèse si peu contestée qu’elle fini par s’imposer comme un évidence à tout un arc politique. Faut dire qu’elle arrange pas mal de pourritures.

La pilule, forcément elle est pas évidente à faire passer. Donc tant qu’à y aller au marteau piqueur, autant inviter le président du groupe d’assassin pour défendre sa cause : Serge Ayoub. On lui tire des portraits romanesques, histoire de rappeler qu’au fond, c’est qu’un brave type qui défendait ses idées (certes un peu folklorique mais bon). Ça pue l’opération de rédemption. On en profite pour ôter tout soupçon sur le lien entre ces enfoirés et le FN. Qu’on fournisse des images qui disent le contraire, parfois issues des mêmes médias, n’y change rien. (Une mention du petit journal qui a fait le boulot cette fois ci). Barbier l’affirme avec aplomb, Le Monde fait semblant de ne pas savoir, et personne ne reprend la mère Le Pen ou Philipo quand ils nient l’évidence. Bref, un tweet de Mélenchon, ça indigne plus la presse que le lien étroit entre le FN et des organisation néo-nazi.

Manquerait plus qu’on dise que c’est de notre faute ! Ah bah vous savez quoi ? C’est ce qu’ils ont fait. L’ouverture du bal elle est de bonne guerre : c’est Serge Ayoub lui même qui accuse Mélenchon. Allez, ça on s’y attendait. Mais quand plusieurs journalistes reprennent la même analyse c’est autre chose. L’histoire commence à avoir un goût amer. Bientôt Vichy ce sera la faute du Front Populaire, ou Hitler de Rosa Luxembourg.

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Un sondage qui passe par là

Mais au fond, c’est pas comme si on était pas prévenu. On y a le droit depuis un moment du marche pied médiatique de la Le Pen. Le dernier en date est un exemple du genre. Un cas d’école comme on dit : le sondage sur les européennes !

Bon déjà, faut se dire entre nous que c’est de la daube ce truc. Ça vaut rien, nada, quedal, même pas un ticket restau ! Pourquoi ? Bah un an avant l’élection, avec un contexte politique qu’on ne connaît pas, des candidats qu’on ne connaît pas et une méthode de plus en plus douteuse tellement ils galèrent pour avoir des réponses, on peut se poser des questions. Le taux d’abstention ? On en sait rien. Les votes blancs ? On en sait rien. Bref, on sait rien du tout mais faut quand même le vendre. Donc on a des super commerciaux… euh des journalistes pardon… qui font le job.

Alors on prend nos ptites lunettes et not’ croyons pour y voir plus clair. Evidemment, il faut comparer avec la dernière échéance nationale, sans bien sûr oublier les dernières européennes pour pondérer mais bon…Le PS dégringole (15%), l’UMP aussi mais moins (19%), le FN prend 0,5% (18%), le FdG 4 points(15%). Des faits marquants ? Le FN 2e force passe devant le PS qui est à égalité avec le FdG.5

Alors vous qui êtes des citoyens éclairés qu’est-ce que vous titrez ? Moi je dirais : « dégringolade du PS » ou « La droite et l’extrême droite en tête », si je suis globalement de gauche « basculement à gauche » et pourquoi pas « Le FN 2e aux européennes ». Mais quand l’unanimité des titres se font autour de la « percée du FN » pour une augmentation somme-toute assez faible, il y a de quoi se questionner non ?

Là encore, on en est pas à la première. Le FN dans les médias, c’est Alice au pays des merveilles. Les journalistes gobent tout sur parole. La mère facho dit « je fais du social » les titres répondent à l’unisson, elle dit « regardez lui c’est un ancien coco qui est venu chez nous » le journaliste fait des grands yeux et écrit sa dépêche. C’est simple, on se demande parfois si les fiches de com’ que l’équipe de Le Pen lui fourni ne se retrouvent pas fortuitement sous les yeux de médiacrates. Le 1er mai est effarant à ce niveau. Les mobilisations ridicules des frontistes sont autant sinon plus couverte et encensées que celles des travailleurs. Sur BFM on aurait cru que c’était le grand soir à 3000 devant Jeanne d’Arc et la bérézina 10 fois plus l’après midi. Bref, la réalité de la mobilisation des syndicat, cette année, c’est pas de la folie, mais franchement, au FN c’est la débandade complète.

Là où le bas blesse c’est qu’ils n’ont pas besoin de cette mobilisation pour faire un score. Qui n’a pas de canton vers chez lui avec un candidat FN sans visage et sans militant mais avec un bon score ? Alors pourquoi ?

La bonne question

Pourquoi, c’est la bonne question, et tous les militants de gauche se la posent. Il y a la recette qui fait consensus. Une dose de désarrois politique liée à ce que les dirigeants ont montré leur impuissance (volontaire) devant le rouleau compresseur libéral depuis 20 ou 30 ans. L’uniformité du discours économique agace, et à la longue c’est un rejet épidermique de la politique qui s’accroit d’autant plus avec les affaires de corruption dont les Tapie/Cahuzac/Guéant sont les derniers fruits.

Dans cette recette, il y a aussi la désertion des services publics dans les quartiers populaires, les campagnes et certaines zone péri-urbaines. Il y a le manque de politique d’intégration, les ghettoïsations et la désastreuse politique de la ville dans son ensemble des années durant.

À cette recette s’ajoute la casse des digues politiques entre la droite et l’extrême droite. Durant ces années du pouvoir, la droite a fait peser les difficultés économiques et sociales à différentes catégories de la population : jeunes, immigrés, fonctionnaires, assistés, chômeurs,… Certains cumulant les « tares ». Un réveil d’une vieille méthode qui, ajoutée aux relents sécuritaires électoralistes, n’a pas tardé a donner un boulevard idéologique aux idées fascisantes. Le drame, c’est qu’une partie la gauche a plongé aveuglement dans le jeu. François Hollande a déclaré qu’il y avait trop d’immigration économique, et la politique d’expulsion de Valls accentue encore les chasses à l’homme intolérables. La simple équation immigration = chômage devient un refrain général qu’on entend sur toutes les ondes, y compris de la bouche de journalistes et de présentateurs.

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Plus polémique encore, l’utilisation du FN par le « parti dit sérieux » (comme dirait nath). Faute d’avoir des idées mobilisatrices, depuis 2002, la peur du retour de Le Pen au second tour, et celle de revoir la droite l’emporter avec éclat, est un argument d’autorité brandi par le PS. En plus simple on appelle ça le « vote utile ». Expression qui révèle un soupçon de mépris des électeurs, de la démocratie et de toutes les autres forces de gauche. Ah ces socialos, ces poètes. En conclusion, plus gros le méchant est, plus on en a peur. Et quand le vendredi avant le 1er tour des présidentielles de 2012, Libé fait sa UNE sur Le Pen, ce n’est pas autre chose qui se passe.

Enfin, accompagnant la banalisation politique ET médiatique des idées lepenistes, le trait égal tiré à longueurs de colonnes et d’analyses par les élus PS, UMP, MODEM, parfois même EELV, et par l’industrie médiatique, entre Mélenchon et Le Pen, plus largement entre le Front de Gauche et le FN n’est pas sans conséquence. Au delà de l’insulte au courant politique que nous sommes, l’immonde blessure personnelle que cela doit être pour Mélenchon, c’est d’une inconscience folle et ça fini de dire aux yeux du monde que Le Pen est comme les autres. L’étape d’après, avec la diabolisation de Mélenchon ces derniers mois, c’est de faire de cet homme quelqu’un de pire que la mère facho. Par extension faire du courant politique auquel il appartient un danger plus important que celui des fachos. Mieux vaut Hitler que le Front Populaire (2 point godwin non ?).

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Le tableau n’est pas beau à voir hein ? J’ai la frousse comme je vous disais au début. J’ai la frousse mais surtout je me pose maintenant cette question, un peu comme si c’était trop tard. La même question que les maquisards ont du se poser un jour.

Quand est-ce que tout ça a basculé ?

Romain JAMMES

Les femmes occultées du monde médiatique

Les médias sont un miroir très déformant de la réalité. Chacun à sa manière. Certains l’assument, c’est honnête de leur part, d’autres non, ce qui ne les empêche pas de prendre parti. L’essentiel c’est que dans son ensemble, le système médiatique est un appareil de production culturel puissant.

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Alors vous savez, nous on est parfois bassement marxistes mais il n’y a qu’à voir. L’appareil de production culturel c’est Lagardère, Boloré, Dassault, etc… Bref, les propriétaires de l’appareil de production industriel. Évidemment ce ne sont pas eux qui écrivent tous les articles. Mais on a tendance à penser que ça, ajouté aux conditions de travail des journalistes et à la course acharnée à l’audimat, ça a tendance à produire une culture dominante assez carabinée. « Culture dominante » ça fait un peu peur dit comme ça. Pas de théorie du complot ni de big brother qui organise tout, juste des représentations dominantes qui alimentent des systèmes de domination. Lequel par exemple ? La domination masculine.

« Hors du monde reléguées » dit la chanson. Allez, on teste ? Les femmes, c’est plus de 50% de l’humanité. J’ai pas les stats dans le Sud-Ouest, mais ça doit pas tourner très loin de la parité. Bref, la vie est bien foutue à ce niveau. Et comment La Dépêche du Midi voit les choses ? Est-ce que, comme ces saletés de féministes le prétendent, les femmes sont exclues des médias ? Et comment est-ce qu’elles y apparaissent ?

Petite étude statistique

Prenons donc La Dépêche du Midi de Toulouse datée d’aujourd’hui (NDLR : 16 avril). Nous avons en tout 80 photos dans lesquelles nous pouvons identifier des femmes et/ou des2 hommes. Pour 36 pages, c’est un torchon copieusement illustré.

Sur ces 80 photos **roulement de tambour** il y a 72 hommes et 22 femmes. Cela veut dire concrètement que les hommes apparaissent sur 90% des photos et les femmes sur 27,5% d’entre-elles. Ca fait déjà assez mal. Manifestement, l’actualité de La Dépêche du Midi ce n’est pas celle des femmes.

Allons un peu plus loin donc. Vous êtes des personnes très intelligentes qui ont remarqué que 72 et 22 ça fait 94 et non 80. Il y a en effet 14 photos sur lesquelles il y a au moins une femme et un homme. 14 photos, cela veut dire que dans 19,4% des cas où un ou plusieurs hommes sont sur une photo, ils sont accompagnés d’une ou plusieurs femmes. Cela veut dire aussi que dans 63,6% des cas, ce sont la ou les femmes qui sont accompagnées d’un ou plusieurs hommes. En résumé, la grande majorité des femmes apparaissant dans les illustrations du canard sont accompagnées d’hommes.

Au final, les femmes sans homme représentent 10% des illustrations, les hommes sans femme 72,5%. Le déséquilibre palpable prend une tournure bien plus politique.

Les femmes en minorité…

Revenons à notre culture dominante qui accompagne la domination masculine. La société patriarcale organise le maintien des femmes dans un état de minorité. C’est moins le 3cas aujourd’hui qu’à une certaine époque, mais c’est tout de même très présent. Certains symboles d’une culture moyenâgeuse persistent les « mademoiselle » ou le fait de prendre le nom de son mari. Heureusement, on n’a plus besoin de demander au père la main de sa fille, mais il reste une sacrée autorité morale dans les représentations collectives.

Persiste surtout un phénomène social et économique en France. Les femmes sont bien plus au chômage, elles occupent 80% des temps partiels, une majorité des Smicards sont des Smicardes. Elles sont nombreuses à être en totale dépendance de leur conjoint, ce qui les pousse à accepter l’inacceptable, jusqu’à la violence et le viol. Que la grande majorité des illustrations de femmes dans le journal contienne aussi un ou plusieurs hommes, s’intègre dans ce contexte. Le directeur du journal ne se dit pas « je vais rappeler aux femmes qu’elles doivent être soumises », mais il n’y prête pas attention et participe au message selon lequel une femme, dans l’espace public, est surtout accompagnée d’un homme.

La représentation des femmes

8 femmes seules sur 80 photos c’est une chose. Mais c’est qui ces femmes ?

  • 2 femmes sont ministres : elles ont un portrait et une courte description de leur patrimoine. Le troisième ministre du Grand Sud (un homme) y apparaît également. Ce sont les seules femmes en responsabilité de l’édition.
  • 1 femme de dos se tient l’épaule dans un court article (moins de 1000 signes) sur la santé. Un air de stéréotype de genre.
  • 1 femme a le visage flouté. Le sujet ce sont les travaux derrière elle, elle est donc transparente.1
  • 1 femme est la chroniqueuse culture qui fait un coup de cœur
  • 2 femmes sont des chanteuses, l’une pour un événement catho (oh la chance), l’autre a manifestement raconté des histoires sur sa vie sexuelle la moitié de la soirée
  • 1 femme sert d’illustration pour un site de rencontre, c’est original.

Bref, déjà ça fait pas bezef, mais si on identifie les femmes nommées, on en retire encore 3. En tout, 2 femmes sont mises en lien avec les relations amoureuses ou sexuelles, 3 sont liées à la culture et une avec le care. Un petit florilège de bon sens qui mériterait que des cisailles se perdent.

Parmi les femmes accompagnées, notons en p.2 et 3, celles qui apparaissent sont dans les bras d’hommes. What else ?

Le sexisme ordinaire, c’est aussi cette culture dominante de tous les jours. Celle qui efface les femmes de la sphère publique, ou celle qui les réduit à des corps pornographiés dans les publicités honteuses. La Dépêche du Midi n’est pas connu comme progressiste, mais je vous invite à faire la même expérience avec tous les quotidiens et de remarquer comment l’actualité est faite par les hommes, pour les hommes, dans un monde d’hommes.

Romain JAMMES

Médias fascistes…

Y a des nouvelles qui vous foutent hors de vous pour la journée. Je suis habitué, d’une certaine manière. Je regarde patiemment BFM-TV quand je prends mon petit dej’ le matin. Ce n’est pas que je crois une seconde les conneries qui s’y racontent, c’est que ça me donne un peu la température de ce que la culture dominante veut nous faire avaler aujourd’hui. Pour chier dans un pot, il faut y voir clair quoi.h-20-2676119-1326111879

Mais là, la magie des médias me laisse encore une fois sans voix. J’ai beau être averti, chaque fois ça me dépasse. Un sondage sort de nulle part et vient dire que le Front National est en grande partie dédiabolisé et qu’un tiers des français adhèrent à ses idées. Bon ça fout en rogne déjà, du moins quand on a un minimum de cerveau et qu’il est pas essentiellement dirigé dans la haine de l’autre. On relativise, on se dit « bon les sondages tout ça tout ça,… » mais on l’a mauvaise parce que c’est relayé partout…

Sauf que ce sondage, il ne vient pas de rien et surtout, ses résultats non plus. Est-ce que ces putains de médias fascistes, qui ont fait la pub de Le Pen pendant des années, sont pas en train de s’en féliciter ?

Investigation (n,f) : Croire sur parole un fasciste

L’investigation, chez beaucoup de médias dominants ça a une drôle de saveur. Fini les caméras cachées, les croisements d’informations, les vérifications, la preuve par les actes tout ça tout ça. Non c’était avant, bien avant, ou alors c’est des médias gauchos lus par 4 personnes. Non, la vraie modernité maintenant c’est de croire le FN sur parole.

Alors à coup de grands renforts d’éditorialistes, le Front National a tenté sa petite musique de la reconversion socialo. La mère facho a été élue présidente de son groupuscule et d’un seul coup plus personne n’a de mémoire : « hein de quoi ? Le Front National ? L’ultra-libéralisme associé à l’antisémitisme, au racisme, au négationnisme, au sexisme ou à l’homophobie ? » Bah tout ça c’est fini. C’est devenu le FN qui défend mordicus les pauvres ouvriers manipulés par des gauchistes qui « éructent » comme l’infâme Mélenchon. C’est devenu le FN qui est juste réaliste, qui exagère parfois un peu bon, mais qui s’est vachement calmé depuis que le borgne est au placard. C’est devenu un parti républicain qui défend l’augmentation des salaires, grâce à l’expulsion d’immigrés. Celui qui donnera plus d’aides sociales, en supprimant celles de immigrés et qui s’en prend avec plein d’énergie aux patrons voyous que même Parisot ne peut plus cautionner tout en prenant le soin de ne pas toucher à l’ISF histoire que la bourgeoise puisse rentrer au château après ses meetings. Des interrogations sur la viabilité de tout ça ? Ah c’est d’un autre temps j’oubliais…

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Le FN c’est le parti du peuple, le parti des pauvres laissés pour compte par l’infâme mondialisation. Quoi qu’il ait voté avant, c’est pas l’important. Quand le FN dit que tous les autres sont tous pourris, les médias aiment bien ça. Ils aiment bien parce que ça fait vendre, puis ils aiment bien parce qu’en faisant du « tous pourris » ils ont l’impression d’être indépendants. Pauvres débiles !

Le FN c’est le parti des anciens tout. Un ancien communiste ? La vache ! La caméra s’approche, le micro se tend « Je suis ancien communiste, mais je suis allé au FN parce que le PCF c’est la foire aux bou… » (la suite est coupée au montage). Nom d’une pipe ! Un ancien communiste. C’est fou ! Quoi ??? Une ancienne socialiste ? « Oui j’étais au PS mais ils font parti du système » Comme c’est beau. Mais les questions que le journaliste ne se pose pas c’est : quand ? pendant combien de temps ? est-ce que c’est vrai ? tu te fous pas de ma gueule ? Tu trouves que y a pas un problème mental dans ta conversion communo-fasco-vaguebleumariniste ? Mais ce serait trop demandé, puis ça intéresse personne hein ?

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L’investigation moderne c’est le publi-reportage. Le FN vous concocte un packaging parfait : des images, un petit story-telling, du croustillant quand même, et le fameux « recours au système UMPS ». Et en boucle pendant les législatives partielles les médias y sont allés de leurs grandes éloges, jusqu’à la grosse claque qu’a pris le FN où l’on a pas entendu une once d’auto-critique. L’auto-critique, un truc de gaucho aussi ça ! Un scepticisme sur ce virage social ? Un peu d’esprit critique sur les dossiers de presse ? Une réflexion sur les conséquences d’un tel traitement ? Non rien, nada, quedal, quetchi, walou, peau de balle…

Réalité (n,f) : monde à partir duquel des médias s’amusent à créer un miroir déformant

C’est vrai, il y a une banalisation des idées de Front National. La faute à qui ? Certes à ces bouffons de l’UMP qui n’ont pour seule stratégie que de courir derrière le lapin, de plonger dans des discussions ineptes sur les pratiques religieuses, le Hallal dans les cantines ou le danger de l’immigration. Mais faute aussi à ces médias racistes et xénophobes qui répandent cette bonne parole à qui défend un autre modèle : « mais on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ! » « mais n’importe qui va venir ! » « mais l’immigration ça nous coûte ! » « mais déjà que y a pas de travail pour les français… » Tous ces mensonges, ces manipulations, ce ne sont pas des paroles, c’est du vomi, de la haine à l’état pur que ces décervelés recrachent comme un tract fasciste.

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Prophéties auto-réalisatrices quand des médias reprennent les éléments de langage, les arguments, les analyses des réactionnaires à toute heure, pour tout sujet, se permettant ensuite de dire que leurs idées avancent. Horde de minables prétentieux qui estimez être au dessus de la mêlée mais organisez un pogrom politique en guise de débat, pour vous plaindre ensuite que le peuple n’y trouve pas son intérêt. Je vous crache à la gueule !

Vermine puante qui comparez Marine Le Pen et Mélenchon, deux idéaux, deux méthodes, deux projets de société radicalement opposés. L’une divise et renforce le pouvoir oligarchique, pointe l’immigré, le fonctionnaire, le syndicaliste, l’homosexuel pour casser les classes et offrir sur un plateau le peuple aux puissants. L’autre rassemble ceux qui partagent des conditions de vie contre ceux qui tentent de les soumettre au pouvoir de l’argent. L’une attise les conflits religieux et parade avec les catholiques, l’autre est laïque et les range toutes dans la sphère du privé. L’une méprise le peuple et la démocratie, l’autre veut refonder la République pour donner le pouvoir aux masses. Qui banalise quoi, quand dans une bouillie infâme ces pourritures mettent ces personnes dans le même panier ?f4

Qui ment quand à Hénin Beaumont, un passage éclair de Le Pen en place public, millimétré pour ne rencontrer que des partisans, se transforme sur les écrans en bain de foule populaire démontrant l’acclamation de cette connasse ? Qui ment quand il écrit que Mélenchon se cache devant ce mouvement, n’ose pas sortir et se fait chahuter ? J’ai vécu personnellement ces scènes. Rien ne justifie un tel traitement sinon la conversion au fiel que l’extrême droite répand dans la société.

Journaliste (attribut) : individu indispensable au bon fonctionnement démocratique

Média fasciste qui fait la courte échelle au Front National. Média fasciste qui réduit la démocratie à une course hippique désintellectualisée. Média fasciste qui méprise le peuple. Média fasciste, qui diffuse ces idées racistes, xénophobes et machistes. Média fasciste qui préfère parler du Hallal imaginaire des cantines plutôt que des collusions industrielles. Média fasciste anti-parlementariste, à l’indignation calculée et sélective. Média fasciste abrutissant qui construit la société comme un spectacle permanent, une arène de gladiateurs entre toutes et tous. Qui monte des émissions honteuses où des femmes se réduisent elles-mêmes en objet de consommation, qui pousse l’individualisme et le chacun pour soi comme la valeur ultime.

Vous portez une responsabilité marquante dans l’état de l’opinion publique, dans la difficulté qu’ont les personnes comme nous qui essayons chaque jour de rallumer l’étincelle : celle du débat, celle de la création culturelle, celle de l’amour…

Romain JAMMES