Ce court moment où j’ai cru que nous avions un Parlement…

Ô joie, ça y est Manu, t’as reçu l’oint de l’Assemblée pour faire toutes tes bêtises. Ça t’a demandé un peu de finesse pour convaincre l’autre oing, celui qui galbe les fesses confortables de nos députés. Toi l’homme qui voulait abattre les 35 heures et que la franchise poussait à abandonner le nom de socialiste, tu as gagné le vote de l’écrasante majorité de la gauche. Après tout, on a bien le droit de choisir son fossoyeur non ?

Pourtant un moment, on a cru à une étincelle de rébellion. Un petit élan de fierté… parce que franchement, il y a toujours un moment où c’est rasant de se faire piétiner la gueule… Où j’en étais ?… Ah oui, un petit élan de fierté ou une crise d’ado, bref, un peu de débat dans cette république moribonde… Que n’ai-je tu mes faux espoirs avant la douche froide.

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L’Homme du président

Valls, c’est un grand solitaire. Il représente tout à fait cette nouvelle manière de prendre le pouvoir sur un camp politique. Avant, dans un passé pas si lointain et, sauf détail de l’histoire qui m’aurait échappé, dans la même galaxie, un-e militant-e gravissait tranquillou ses échelons, y compris d’apparatchik en participant quelque peu à sa construction idéologique et militante dans le jeu de courants du PS. Chacun avait son groupe qui s’active et essayait de prendre l’ascendant idéologique et technique dans les fédérations. Rocard a eu son courant, Dray a eu SOS racisme puis la Gauche socialiste avec Mélenchon, Hamont les MJS, Un Monde avance, etc…

Sauf que Valls, il ne représente aucun courant : il se représente lui-même. C’est ce qui explique la déculottée qu’il a pris aux primaires et sa capacité à être, au gré du vent, contre le TCE en 2005 mais ultralibéral quand il sent que le filon le mènera loin. Sauf que, passant bien dans les médias, notamment à travers ses prises de positions iconoclastes pour la gauche (autrement dit des positions très à droite) sur les questions de sécurité2 notamment (qui sont manifestement plus importantes que ce qu’on fout dans son assiette), il s’est fait une petite réputation sondagière. Voilà son unique légitimité, avec, éventuellement, Évry, ville qu’on lui a offerte gentiment pour qu’il arrête de faire chier tout le monde.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Parmi les députés, sa ligne poliétique n’est pas spécialement aimée. Au PS, c’est encore pire. Valls a donc simplement été imposé par Hollande comme un fait du prince.

Des gesticulations

Comme on pouvait s’y attendre, ça a montré des dents. Chez EELV d’abord, même si la majorité des parlementaires étaient favorables à entrer au gouvernement. Quelques positions de principe et une bonne opportunité ont eu raison de la stratégie jusque-là adoptée. On avait les prémisses sur le terrain avec les municipales, mais entre ses militants et leurs dirigeants, il y a un gouffre qui permet un éventail de positions impressionnant. D’ailleurs, si beaucoup de militants se sentent plus proches du Front de Gauche, d’emblée, les parlementaires rejettent l’idée de s’opposer au gouvernement. Le conseil fédéral nuance un peu plus, 83% ne veulent pas donner leur confiance à Valls.

Même chose à la gauche du PS, c’est un peu la panique. Le mec que personne ne peut supporter et qui est censé ne rien peser se retrouve Premier ministre. On fait aussi dans le rapport de force gentillet, une centaine de députés font les gros yeux, ça s’emballe un peu et de loin on croirait une petite révolution sur leassemblée nationale et colberts bancs solfériniens. Il y aurait de quoi, la politique menée par Hollande n’a rien à voir avec ce que le parti avait voté, mais bon… De loin.

De loin oui, parce qu’au final, l’élan de révolte s’est fracassé contre le mur du chantage sauce 5e République. Après environ… aucune concession sur le fond, 11 députés socialistes seulement finissent par s’abstenir, 6 EELV (et un contre)… On regarde le tableau et on finit par se dire : « tout ça pour ça », Filoche fait son quatrième ulcère en trois semaines. Bref, tout repart comme avant, mais en pire.

Made in 5e République

Un homme choisi par personne, et des députés incapables de s’y opposer. Je sais pas pour vous, mais moi je trouve le scénar très monarchie républicaine. Roh me regardez pas avec ces yeux ! Je découvre pas que le PS est converti à la 5e République, mais sa logique est poussée à l’extrême ici. Le Parlement n’a d’influence ni sur qui sera ministre, ni sur la ligne politique qui sera appliquée.

Et pour cause, qu’est-ce qui explique qu’aucun socialiste ne ce soit opposé ? Les idées de Valls n’ont pas molli. Rien pour les salariés, ou plutôt si, la promesse de déshabiller leur protection sociale pour arrondir leur fin de mois. Le salaire sera le même, mais la partie socialisée est réduite au profit de la partie individuelle. Le « pacte de responsabilité » déséquilibre encore l’édifice au profit du patronat, déjà 30 milliards promis. Les armes sont données à ceux qui voudront en finir avec cette redistribution de la richesse. La réduction des dépenses publiques s’accélère : 50 milliards annoncés sur tout ce qu’il est possible d’attaquer. Dix milliards rien que sur les collectivités, notamment en découpant à la louche les territoires sans prise avec la réalité.

Je m’étale pas sur le sujet. Le président a eu raison sur le Parlement sans changer une ligne de son axe politique et en mettant le moins rassembleur à la tête du gouvernement. Il en profite pour reprendre en main le PS, qui s’était déjà à moitié transformé en « agence de com’ du gouvernement ». L’impuissance de l’aile gauche saute à la gueule de tout le monde.

De son côté, EELV prend une douche froide. Soit ils sont au gouvernement et ne pèsent rien, soit ils sont en dehors et ne pèsent rien. La dépendance des parlementaires au PS est traînée comme un boulet, et de l’aveu même de Pompili, leur seule manière de mener le rapport de force c’est de menacer de sortir du gouvernement. Oh, zut c’est déjà fait. La politique made in 5e République, c’est aussi oublier que le peuple est un acteur politique, comme il le sera peut-être le 12 avril. Le rejet sous faux prétexte de la main tendue de Mélenchon isole EELV dans une position très instable d’entre-deux.

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S’il fallait retenir une chose des derniers événements, c’est que le Parlement s’est fait écraser par la 5e République. Il a un moment levé la voix, comme s’il avait l’espoir que cela aboutisse à quelque chose, mais il est rentré dans les rangs comme le Sénat derrière Auguste.

Triste République qu’il faudra balayer au plus vite quand le souffle de la colère populaire fera exploser la prison symbolique qui l’enferme. Il faudra la balayer avant qu’elle fasse germer avec la complicité de la société du spectacle les nazillon qui saturent nos antennes.

Romain JAMMES

On a testé pour vous : la langue de bois des plateaux TV

Aaaah comme ça m’avait manqué, ce sentiment de désespoir et en même temps cette si belle ironie des plateaux TV de soirées électorales. Grands moments de télévision qui font baisser soudainement l’intérêt des Guignols, caricature finalement très raisonnable de nos vrai-e-s élu-e-s politiques. Des soirées visionnées en boucle au cours Florent comme des chefs d’œuvre de jeux d’acteurs faisant passer Denis Lavant pour un pauvre amateur.

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« Une élection locale » qu’on vous dit !

Déjà on avait eu les mauvaises prémisses. Vous savez, ce sentiment qu’on a tout au long de la campagne qui vous dit que ça va vraiment être de la merde. Le Front de Gauche était morcelé en plein d’étiquettes histoire que le trio magique Peste, Choléra, Armageddon occupe les colonnes d’analyse. Bien sûr la menace de l’Armageddon ayant pour principal objectif qu’on se dise qu’au fond, la Peste et le Choléra, c’est toujours le moins pire.1

Le discours de la majorité parlementaire était aussi prévisible que le « clic » d’une horloge et aussi fin que Patrick Sébastien… enfin que ses blagues… enfin un peu des deux mais on avait dit pas le physique bordel !… Bref, c’est une putain d’élection locale quoi. C’est même dans son nom : « élections municipales ». Donc tout se passe au niveau municipal. Voilà, les gens ils votent pour leur maire parce qu’il est cool et faut arrêter de penser que ça a un foutu lien avec ce pauvre gouvernement. Que ce soit à peu près les mêmes partis, avec des ministres candidats ou maires sortants, on s’en tape. Qu’on vote partout en France avec des programmes qui clivent autour des mêmes enjeux, on s’en tape. Que l’austérité ait des conséquences directes sur la vie des communes, c’est pas la question. C’est locaaaaaalleeeeuuhhh !! Il va de soi que l’opposition, elle, monte sur ses grands chevaux en appelant solennellement veaux, vaches et cochons à sanctionner le gouvernement.

Sauf que voilà, comme les majorités mènent une politique de merde depuis des années, et qu’en plus du pouce préhenseur on m’a doté d’un truc 5entre mes deux oreilles (un cerveau, ndlr, si tu as eu besoin de lire ces parenthèses tu n’en as pas, désolé). Je vais chercher dans ma mémoire ce qui s’est passé la dernière fois… Comme tous les êtres un minimum (mais vraiment c’est la base, quoi) intelligents, j’ai remarqué — PATATRAS !! — que c’était diamétralement l’inverse. Diantre, me mentirait-on sur TF1-FrTV-M6-BFM-ITélé et tout le reste ? Nooooooooonnnn voyons… quelle idée ?

Les projecteurs

Autre indice qui ne trompe pas : le traitement de la défiance. Car oui, il y a de la défiance. En fait il y a même un immmmmmense ras-le-bol. Mais n’en concluez pas que c’est parce que la politique est la même depuis que Hollande a remplacé Sarkozy qui a remplacé Chirac qui a remplacé Mitterrand et qui étaient tous des candidats du changement qu’on n’a jamais vu.

Non à télé, on fait tellement du journalisme de ouf qu’on parle des faits. Il y aura de l’abstention parce que les gens sont pas contents, voilà. En fait, y aura les gens pas contents qui voteront pas et les gens pas contents qui voteront FN. Et puis comme les gens sont, en effet6, pas contents et qu’on leur explique que dans ce cas, faut voter FN ou ne pas voter, et bah ça finit par faire son effet. C’est pas qu’ils sont idiots, c’est que le matraquage culturel… bah ça marche. Et quand je parle de matraquage, je blague pas, au regard des temps d’antenne accordés aux différents partis avant la campagne officielle.

Et c’est si bien fait que quoi qu’il arrive, on trouve toujours de quoi dire « comme nous l’avions prédit » ; « conformément à nos analyses », « on s’y attendait », etc… De toute évidence, ce n’est pas dans le cahier des charges de ces médias de créer le débat politique. Allez, on met quelques candidats des grosses métropoles qui s’écharpent à une heure creuse pour se donner bonne conscience, mais surtout pas d’analyse des vrais débats d’orientation qui ont lieu, ça risquerait de donner du sens à l’élection…

Le jour-J, enfin le soir-S

Comme la prophétie autoréalisatrice l’annonçait, et surtout, comme les médias ont envie de l’analyser, le trio Peste, Choléra, Armageddon occupent l’antenne. Grosse claque au gouvernement, les intervenants se confondent en formules qui ne 2veulent rien dire. Tout à coup, ce qui n’était pas une élection nationale le devient sans raison.

Les ministres expliquent qu’ils ont pris une claque dans la gueule, mais que c’est certainement à cause de la mauvaise orientation du gouvernement, pensez donc. Ils sont juste « impatients de voir les résultats », ils veulent qu’on « accélère le mouvement ». C’est le tour de magie qui transforme un rejet en une adhésion enthousiaste. En fait, les Français ils sont tellement d’accord avec le gouvernement qu’ils ont pas voté pour ses représentants aux municipales. C’est pourtant pas compliqué merde !! Les journalistes avalent ça comme de la bouillie muesli

Sauf qu’on remanie. Ah bon ?!! Attends, attends, je résume la situation :

  • C’est une élection locale, en fonction d’enjeux locaux. (C’est pratique quand le4 gouvernement fait l’inverse de ce que la gauche est censée faire.)
  • Mais bon, ça peut aussi avoir un sens national, auquel cas ça veut dire qu’on a raison, mais qu’on doit faire encore plus de réformes dans notre sens.
  • Malgré ça, comme le score est mauvais, on remanie…

De là à dire qu’on passe les soirées électorales à pisser dans un violon… Je vous laisse conclure, mais si on veut régler ce qu’on dénonce unanimement (l’abstention), faudrait peut-être se mettre à faire de la politique autre chose qu’une bouillie insensée et un foutage de gueule de masse.

Ah mais avec des si…

Romain JAMMES

Mais… pourquoi Valls ?

Il est 19h30, c’est bon, j’arrête. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais un grand fan des bouquins, films ou séries d’intrigue politique. J’adore ces scénarios incroyables, la tension qui bondit et chute puis rebondit sans qu’on l’attende. Des personnages fascinants de caractères, calculateurs certains jours et complètement irrationnels dans d’autres situations.

Depuis House of Card je m’amuse parfois à m’imaginer le dialogue interne dans la tête de Hollande. Mais là je bloque… Pourquoi Valls ?

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Scénario n°1 : Hollande est con

« Pourquoi j’ai nommé Valls ? C’est simple. Mon gouvernement prend la flotte, on est bientôt en négatif en côte de popularité. Bientôt mon nom deviendra une insulte publique. C’est Bernard Tapie qui va être jaloux.

Il faut que j’arrange ça. Les français votent pour le FN et l’UMP, on s’est pris une claque pour les municipales et Valls, plus il expulse, plus il gagne des points. Si je le nomme 1er ministre ça rejaillira nécessairement sur l’ensemble du gouvernement et sur moi… »

Scénario n°2 : Valls a un putain de gros dossier sur Hollande

« Pourquoi Valls ? Je n’ai pas le choix. Valls c’était un proche depuis des années. On ag1 passé des vacances ensemble et on a partagé des expériences peu recommandables. Il a des photos de moi nu avec une cravache, un casque d’équitation et des bottes de pêche qui montent jusqu’à l’entre-jambe.

C’est un peu la loose, quand je vois la proportion qu’a prise mon histoire avec Julie Gayet j’ose à peine imaginer ce genre de chose. Misère… »

Scénario n°3 : Hollande est un mélenchoniste

« Pourquoi Valls ? En vérité, depuis le début, je suis en deal avec Mélenchon. Le but c’était que je gagne en 2012, pour montrer que les sociaux-g4démocrates font pareil que la droite. Donc j’ai plutôt bien commencé, j’ai tout attaqué : les retraites, le droit du travail, les services publics, la démocratie etc…

Mais voilà, honnêtement, le Front de Gauche pendant les municipales c’était pas le grand soir. Le PCF a brouillé les pistes, il a toujours rien compris. Et la gauche est pas allée voter, du coup, si c’est honorable on s’attendait à mieux. Donc il faut que je passe la 2nd.

L’idée elle est simple. Je nomme Valls, ça donne une occasion à EELV de prendre ses distances. Qui sait, ça peut même marcher avec la gauche du PS, elle a laissé entendre qu’elle accepterait pas tout et n’importe quoi. Alors même s’ils sont accrochés au PS comme une moule sur un rocher, un moment ça devrait craquer… non ?

Donc ça donne l’opportunité au Front de Gauche de construire sa majorité alternative et d’arriver au pouvoir pour la révolution citoyenne. C’est beau non ? »

Scénario n°4 : Hollande a perdu un pari

« Pourquoi Valls ? C’est une histoire bête. En décembre dernier, je bouffais au 20 rue du Louvre, et là débarque Valls avec ses potes « whites » et « blancos ». On s’était pas donné le mot, c’était assez fou. Y en a plein de foutus restaus chics à Paris quoi. Et je pensais qu’il était plutôt genre Fouquet’s ou Kebab à l’Agora (à Evry, ndlr), comme quoi tout arrive.

Il s’installe à ma table et commande une caisse de Montagne de Reims et du poisson pané. La conversation s’emballeg4 vite autour de l’incompétence et de la coupe de cheveux de Jean-Marc (pas Rouillan hein, Ayrault). Bref, après quelques bouteilles, on finit à ramper sur les quais de Jussieu avant qu’il pari le poste de 1er ministre qu’il traverse la scène à la nage plus vite que moi.

C’était plié d’avance mais comme un con j’ai accepté. Donc je lui ai promis qu’après la débâcle des municipales il aurait ce qu’il voulait. »

Scénario n°5 : Hollande est de droite

« Pourquoi Valls ? Vous n’avez toujours pas compris ? J’en ai ma claque de la gauche. Depuis le début, je regrette d’avoir choisi ce camp-là. Je suis obligé de me taper les hippies d’EELV, les dinosaures du PRG, et de faire les yeux doux aux communistes pour pas qu’ils deviennent tous comme Mélenchon.

Non mais je veux plus de tout ça, je veux me débarrasser de tout ce qui ressemble à la gauche dans ce gouvernement et finir la transition libérale que j’ai initié au PS quand j’étais à sa tête. On a construit un nouveau parti de droite, super ! Enfin j’arrive au moment clef où, si tout se passe bien, une partie de la gauche décroche et me laisse enfin les mains libres.

Je n’espère qu’une chose, c’est que ces cons à gauche vont rester divisés, comme ça ils enterreront pour de bon leur chance d’accéder au pouvoir… »

L’avenir nous dira lequel de ces scénarii est le plus proche de la réalité. En attendant, manifestement le cap que compte changer Hollande, ce n’est pas celui qu’on attendait. Alors la riposte a intérêt à être aussi dure que les matraques des CRS que Manu a tant aimé diriger…

Romain JAMMES

 

J’ai vomi…

Salut Manu, oui je vais t’appeler par ton petit nom encore. C’est n’est pas simplement parce qu’on se connaît, mais c’est aussi que dans le vouvoiement, il y a une forme de respect. Je ne voudrais surtout pas être ambigu sur la question, tu comprends ? (Entre nous, je m’en fous si tu comprends pas…)

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J’ai encore vomi Manu. Encore à cause de toi. J’ai eu le bide retourné et j’ai malencontreusement étalé mon liquide biliaire (et le reste de mon petit déjeuner) sur mon clavier en découvrant l’expulsion de la jeune Léonarda, lycéenne de 15 ans, chopée en pleine sortie scolaire. Tu en as sûrement plein le cul de cette histoire, tu t’en prends certainement plein la gueule. Mais comme tu le mérites, je ne résiste pas à mon énorme envie de coller une ou deux beignes dans la mêlée. Je sais que ça t’offusque, tes deux lèche-culs préférés sont même venus te défendre.

« Au-delà de l’émotion compréhensible que suscitent les conditions de reconduite à la frontière d’une jeune Kosovare avec sa famille, la violence des attaques dont le ministre de l’Intérieur fait l’objet est inacceptable. »

C’est signé Carlos Da Silva (ton suppléant, lol) et Luc Carvounas, le mec qui félicite les communistes qui décident de se vautrer dans le bercail social-libéral. Des types bien… non je plaisante, des vraies raclures à ton image. J’ai un ami qui a acquiescé, il a proposé qu’on échange : Léonarda démissionne, et on t’expulse. Chiche ?

L’estomac solide

Je disais donc, j’ai vomi une première fois en apprenant la nouvelle. J’ai vomi une deuxième fois quand tu as assumé. C’est que ça commence à être chiant à force, mais j’y peux rien. J’ai vomi en pensant à cette gamine, que tu veux priver d’avenir. Plus d’école, plus de services publics comme on peut en proposer en France. J’ai vomi quand tes défenseurs ont invoqué le chômage de son père, ou sa violence conjugale… comme si c’était de sa faute, à elle. J’ai vomi parce que tu pues le mort Manu, je trouve pas d’autre mot. T’es un être sans humanité, comme un ange noir qui s’est paré des habits de la gauche. C’est pas révoltant Manu, c’est à gerber.

manu 2

Pourtant Manu, j’ai l’estomac solide. J’ai grandi dans ta ville, donc j’en ai vu de toutes les couleurs. J’ai cru expulser tous les organes de mon corps quand pour la première fois j’ai été voir la préfecture d’Evry. C’était un de ces matins qui vous glacent les oreilles, de temps en temps vous les touchez du bout des doigts pour vérifier qu’elles sont bien là. On venait à 6h offrir un petit déjeuner à des immigrés venant demander ou renouveler leur titre de séjour. La plupart étaient là depuis la veille au soir, poireautant comme dans une autre dimension. On ne croirait pas qu’à quelques centaines de mètres s’allonge la chaleur et l’opulence des grandes galeries marchandes de l’Agora ou l’odeur feutrée du Théâtre national où j’ai vu du Brecht. On oublierait qu’à côté, il y a cette fac où toutes les populations se mélangent et où les étudiants se sont battus pour que les sans-papiers puissent s’inscrire.

Good Bye

J’ai l’estomac solide, pourtant je n’ai pas pu garder mon dîner ce soir d’avril 2012, entre les deux tours de la présidentielle. C’est le soir où Hollande a enfin répondu à cette question qu’il avait esquivé depuis des mois : « Est-ce qu’il y a trop d’immigration économique en France ? » Pourquoi refusait-il de répondre ? Parce qu’il voulait dire « Oui ». Et c’est ce qu’il a fait. Ce soir-là, Hollande a nié l’apport économique de l’immigration, qui nous aide à financer notre système de protection sociale (oui celui qu’il veut aussi détruire). Ce soir-là, il a nié le brassage culturel et la richesse de l’immigration. Il a nié l’identité politique de la France, qui se fait de tout bois et accueille à bras ouverts qui veut prendre le bateau. Bref, il s’est perdu dans la xénophobie banalisée.

Au fond, je savais à quoi m’attendre, et j’ai honte. J’ai pas seulement voté pour Hollande au second tour, j’ai même convaincu des amis et camarades de le faire. Je me souviens parfaitement avoir dit « il y a pas grand-chose qui changera mais je pense au moins que les immigrés seront moins maltraités ». Tout le monde se trompe, mais là j’en ai mal au bide.

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J’ai espoir

Heureusement Manu, j’ai espoir. Je compte pas sur le PS ou les médiacrates abominables qui servent la soupent aux idées fascistes. Je compte sur la réaction populaire pour te mettre une grande claque dans la gueule. Des lycéens ont vu leur camarade déportée devant le Lycée Lucie Aubrac. Surréaliste situation.

J’ai espoir parce que les jeunes sont dans la rue. Ces slogans qu’ils réservaient, il fut un temps, au Front national, puis à l’UMP, c’est toi qu’ils visent maintenant Manu. J’ai espoir parce qu’il y a que ça qui me tienne encore debout car on le sait tous, des Léonarda, il y en a beaucoup…

Notre espoir, c’est ton pire ennemi Manu. Il viendra vous arracher à vos fauteuils tôt ou tard. Peut-être pacifiquement, peut-être avec la même brutalité qui fait ta marque de fabrique. Mais il viendra, et il ne se trompera pas d’ennemi…

Romain JAMMES

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Devinette : Qui ose tout et va se prendre une claque dans la gueule ?

Ça y est, on a atteint un point de non-retour. Vous savez celui de l’anémie politique organisée, qui s’infiltre doucement dans vos esprits. À petits pas, il entre. Il ne dit pas son nom ni ne résonne comme les bottes des SS. C’est le moment où on peut dire tout impunément, sans esclandre social, sans qu’on se dise « bon là ça mérite un bourre-pif » ou « Tu pousses le bouchon un peu loin Maurice ».

coup de poing

On en avait déjà quelques démonstrations, entre les propos racistes de Hortefeux, l’homophobie hallucinante de nombreux députés ou les points Godwin récurrents quand tout ce beau monde parlait de Mélenchon. Je me disais qu’y avait déjà une anesthésie de la partie du cerveau spécialisée dans l’esprit critique, ou dans certaines notions de réalité. Peut-être une anesthésie générale des cellules grises de quelques élus. Je m’imaginais bien une invasion extraterrestre qui prenait d’abord soin de rendre débiles tous ceux qui nous dirigent. Je note pour mon prochain scénar catastrophe.

Mais pas de ça entre nous, non je connais bien les Alien et c’est des gens très sympa. Ce qui se joue, c’est un recul idéologique qui autorise certains à dire des choses comme ça…

Titan et ses chinois à 1 euro

Le patron de Titan, c’est celui qui veut laisser tomber la reprise de Goodyear. Vous comprenez bien, s’il veut abandonner c’est parce qu’il bouffe des pâtes depuis 2 ans et qu’il a du retard sur son loyer, donc il lui faut de l’ultra rentable à monsieur. Comme les salariés montrent les grosses dents et qu’ils commencent à converger avec d’autres dans la même situation, Montebourg la joue super-héros et envoie une lettre au dit patron en lui demandant d’essayer de trouver une solution « siteuplé ». La raclure (euh le Maurice Taylor)379216_164295097053694_317838092_n lui répond d’une lettre cinglante du genre qu’un ado pourrait écrire en pleine crise à ses parents.

En substance ça donne quelques phrases particulièrement intéressantes :

  • « J’ai visité cette usine plusieurs fois. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures »

Sur le coup ça fait peur. Sauf que ce qu’a découvert Maure Taylor, c’est le ralentissement de l’activité qui avait déjà commencé dans l’entreprise. En gros c’est comme si l’entreprise foutait au chômage technique ses employés, puis leur disait « de toute façon vous en branlez pas une » pour les mettre sur le carreau. Évidemment la presse hautement qualifiée ne relaye que cette partie là. De l’anti-syndicalisme de base, c’est toujours bon à prendre. Cependant on trouve aussi :

  • « Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. »

Au moins ça c’est dit. Vous me direz, on pourrait presque le remercier d’être honnête. Il reste que si le projet de Titan c’est de faire travailler des chinois à 1 euro l’heure, c’est pas les 35h, les congés payés ou les tickets resto qui lui posent réellement problème : c’est la dignité humaine. Alors plus que des normes bidon voire un petit protectionnisme timide, il seraitGoodyear temps de se dire qu’on pourrait tout simplement interdire ces marchandises en France. J’ai pas encore parlé de foutre le patron en prison mais bon…

Montebourg, un peu remonté, a répondu. Le discours sonne bien. C’est marrant, les gouvernements successifs passent leur temps à nous dire qu’on vit au dessus de nos moyens et que la France s’effondre. Ici, c’est un peu l’inverse, et on se demande si le coup du bureau des pleurs sur notre économie ça sert pas systématiquement à nous la mettre à l’envers. Il n’en conclut pas moins en félicitant l’accord MEDEF/MEDEF : c’est chou.

Un peu penaud, Maurice Taylor a calmé le jeu, il a dû retoucher terre quelques secondes. Mais derrière ces demi-excuses, reste un message clair qui illustre parfaitement la guerre de classe qui se joue dans cette affaire et le mépris des ouvriers :

  • « J’ai proposé une garantie sur 2-3 ans. Mais le syndicat est idiot. Il ne comprend pas que si j’investis des millions dans une usine, si je forme des équipes, ce n’est évidemment pas pour plier bagages deux ou trois ans après. » M. Taylor n’est peut-être pas au courant que ça fait quelque temps qu’on fait des promesses à de nombreux ouvriers, qu’ils en viennent à travailler plus, pour moins, et qu’au final ça change rien à leur siège éjectable.
  • « Le gouvernement aurait dû expliquer que le profit n’est pas un mot dégoûtant » Ah, mais manifestement les droits sociaux des salariés le sont : « Le problème est que les Français sont trop chers à cause notamment de leurs avantages sociaux »
  • « J’aime la France. J’aime les femmes françaises. » Même sa conclusion censée nous faire plaisir mérite une baffe. Non vraiment, on peut le laisser aux chinois.

Le Cynisme de l’Élysée

Bon les grands patrons c’est une chose, mais le drame de notre époque, c’est que les gouvernements aussi sortent des énormités. Le pire, c’est qu’ils ne s’en rendent pas compte. Hollande vient fanfaronner en Grèce alors que s’ouvre une énième grève généraleathenes_grece_acropole_garde911 contre l’austérité. Là-bas, la misère se répand, la colère se mélange à l’écœurement de voir tout un pays tomber en ruine. À contrecœur de nombreuses familles partent : c’est du jamais vu.

Pourtant les méthodes ne changent pas : coupes budgétaires, gel des salaires, suppression d’acquis sociaux, et privatisation. Au final, le remède rend plus malade, mais on le prend toujours en exemple. C’est la vieille méthode de la saignée. Vous êtes malade, une petite saignée ! Vous êtes encore malade, c’est qu’elle n’était pas suffisante.

Dans ce contexte là, Hollande vient en charognard quémander les marchés publics. Ça on aurait l’habitude, mais c’est clairement annoncé, comme un défi lancé aux grecs :

  • « Ah vous pensiez qu’on venait pour vous aider ? Ah non mais y a un gros malentendu, on vient pour s’occuper de vos restes ! »

tweet

Le tweet de l’Elysée est symptomatique : « La Grèce a décidé d’un programme de privatisation. Les entreprises françaises seront présentes, car elles ont l’expérience du service public. » Il faut oser non ? Il y a 3 éléments importants dans ce tweet et ça dit tout :

  • « La Grèce a décidé… » Déjà c’est faux. C’est la troïka qui impose l’austérité à travers des menaces, et des contournements très clairs des mécanismes démocratiques.
  • « Les entreprises françaises seront présentes » Donc ça c’est le côté charognard, genre « Laissez m’en une part putain ! »
  • « Elles ont l’expérience du service public » Evidemment, nos entreprises avec cette expérience elles doivent savoir gérer comment on démantèle un service public. Ca me rappelle Alliot-Marie qui proposait à Benali nos forces de l’ordre et leur expérience.


Bref, qui c’est qui va se prendre une claque à force de dire (et faire) des bêtises ? Ces grands patrons et ces gouvernements. Car l’autre point de non retour c’est la rage que vous concentrez : vous êtes les responsables, les organisateurs de la misère ! Tout le monde le sait, votre pouvoir ne tient qu’à l’illusion qu’il n’y aurait pas d’alternative, qu’à l’exacerbation de l’individualisme alors que vous combattez groupés et en ligne.

La claque viendra et elle frappera fort.

Romain JAMMES

On a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain

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Salut les amis! Me revoilà après une absence prolongée par une actualité politique qui m’a plongé comme les membres du gouvernement dans une sorte de mort cérébrale.

Pour dire vrai, je ne m’étais pas trop bercé d’illusions sur ce que l’élection du dernier grand calife allait entraîner dans le domaine économique. Je n’espérais pas non plus une révolution, ni même la lueur d’une réflexion sur des perspectives de réforme des politiques migratoires en France. Mais je m’étais naïvement laissé aller à croire que les prétendus socialistes auraient une attitude moins violente à l’égard des étrangers que le précédent gouvernement.

Il m’a donc semblé que les sociaux-libéraux n’avaient plus besoin de moi pour s’enfoncer. L’immonde de leur politique sécuritaire xénophobe et l’indécence de leur inaction sur le plan économique, étaient bien trop visibles pour que tout ceux qui avaient un QI plus élevé qu’une huitre n’en tirent pas des leçons adéquates. Mais un petit tour sur les chaînes d’informations ce matin, m’a vite remis les idées en place. A la vue de médias monopolisés par la vie de personnes bien différentes de nous (ne cliquez pas ici, ni ici, ici non plus). Par contre remercions Johnny de nous apprendre que Sardou est un gros con réactionnaire. Allez, on arrête de déconner et on ouvre sa gueule. Disons le, on s’est bien fait enfler.

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Le gouvernement derrière une flopée de bons sentiments dégoulinants la philanthropie, perpétue la bonne vieille tradition xénophobe des temps de crise. Et même si quelques membres de la majorité nous ont fait part de leurs remords, cela n’a pas empêché le P.S. d’apporter un soutien sans faille au principal responsable de cette politique de dégueulasse. Vous savez ? Oui ! Le seul successeur incontesté de Nicolas Sarkozy. Oui ! Manuel Valls, notre grand ami. Celui qui en toute tranquillité organise le harcèlement des Roms, maintient le quota arbitraire des 30 000 régularisations et continue les expulsions.

 2012, l’année de tous les records

Il y a de quoi être un peu déçu. C’est pas comme si notre président ne s’était pas engagé à mettre fin à la politique du chiffre pendant la présidentielle. En 2012 Manu a fait mieux que tout ses prédécesseurs, 36 322 expulsions d’étrangers en situation irrégulière contre 33 000 et 28 000 en 2011 et 2010. Ils s’en sont défendus comme d’habitude avec la phrase qui a sûrement été la plus prononcée de l’année dernière : « C’est pas nous, c’est ceux d’avant ! ». Mais il faut pas trop se foutre de la gueule du monde. Le gouvernement précédent était déjà obligé de gonfler les chiffres en expulsant des vacanciers (ne cliquez pas ici), Manu a donc dû bien mettre la précision aux forces de l’ordre pour qu’ils en arrivent à ce résultat astronomique.

En tout cas, pour cette belle réussite, le gouvernement pourrait remercier la Roumanie et la Bulgarie. Ils sont bien gentil d’avoir bien voulu récupérer leurs exilés, puisqu’un tiers « des candidats au départ » faisant parti de la communauté la mieux lotie là bas : les Roms. Pas sûr qu’on veuille bien récupérer un jour, le gros Gérard et la petit Mireille. En tout cas, il y a toutes les raisons de penser que Manu subisse des précisions de la part du lobby des éleveurs de poules. Monsieur n’a pas lésiné sur les moyens tout l’été pour établir un autre record, en faisant subir à 7 594 personnes la démolition de leurs camps.

Par contre quand il s’agit de respecter leurs engagements à deux balles, c’est tout de suite un peu plus compliqué. Le dispositif visant à réduire les contrôles d’identités discriminatoires a été rangé au placard. Le ministre de l’intérieur s’est tout simplement assis sur l’invalidation par la Cour de Cassation, de la garde à vue relative aux étrangers en situation irrégulière. Et ne parlons du droit de vote des étrangers pour ceux qui sont en situation régulière. Même si j’y suis opposé parce que cette réforme créerait des sous-citoyens alors qu’il faudrait élargir l’accès à la citoyenneté. Premièrement, les électeurs de François Hollande sont en droit de l’attendre et deuxièmement cela marquerait très symboliquement une rupture avec les années racistes de Sarkozy.

Haïr pour retrouver l’amour

Mais suis-je bête ? J’avais complètement oublié. Selon un sondage consultant les téléspectateurs de M6 (ne pas cliquez ici), 30 % des français auraient voté Heinrich Himmler s’il s’était présenté à la dernière présidentielle. Manu aurait pu se dire: « Heureusement qu’il est mort et qu’on ne donne pas encore la nationalité française à n’importe qui. Beaucoup de nazis auraient débarqué pour tenter leurs chance en 2017. » Ça aurait été très drôle mais le gouvernement préfère satisfaire quelques blaireaux aux réflexes synaptiques datant des années 30. A défaut de convaincre les instits avec cette réforme des rythmes scolaire caduque et inégalitaire, de défendre les travailleurs en lutte de toutes ces entreprises qui licencient, il faut bien allez chercher les voix de toutes ces masses informes étalées devant le spectacle des faits divers médiatisés.

Cette dérive regrettable de nos représentants est tout aussi dangereuse que pathétique puisqu’elle induit implicitement que l’étranger, l’autre que nous est un ennemi. L’État peut alors jeter aux oubliettes toute décence, tout droits fondamentaux pour nous protéger de « l’adversaire ». La xénophobie devient donc un principe d’État qui perdure quelque soit la couleur politique du gouvernement.

Merci, grâce à toi Manu, on a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain.

YAGOUBI Florian

Sarko II : le retour dont tout le monde se fout

Vous savez, le journalisme, c’est un beau métier. Dès la Révolution Française on comprend toute la noblesse de la profession. Le tableau de David, Le Serment du Jeu de Paume, le montre bien. Barrère dans la salle de l’Assemblée Nationale retranscrit avec précision les débat pour que le peuple soit informé. Marat, en haut à droite, tourne le dos à la salle et regarde dehors, il interprète, justifie, dénonce, bref, il est engagé dans ce qu’il fait. Chacun à leur manière Barrère et Marat font leur grande tâche de journalistes.

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Sauf qu’aujourd’hui, bah ça n’existe pas tout ça. Eux, ils ne vendaient pas du temps de cerveau disponible, ils n’étaient pas dans un trip fascisant et décérébrant. Ils se disaient pas qu’au fond, la politique c’était un peu comme Plus belle la vie mais avec un scénar en sus. Bref, c’était des journalistes. Là, je ne sais pas qui gère le casting, mais y en a pas mal que je ferais tourner à Pôle emp’. On verra si, comme l’info, ils savent créent du boulot ex nihilo.

Le vengeur masqué

Vous savez de quand date le premier sondage sur l’élection de 2017 ? La rentrée 2012. Ouais genre normal quoi. Enfin ils nous avaient fait la même en 2007 rassurez vous. Royal perdait de nouveau contre Sarkozy. La question n’était pas alors de se dire qu’en 5 ans il peut se passer des choses. Non vous savez, dans le joyeux monde de ces journalistes, rien ne change.S

Mais là, ce coup ci, le réalisateur fait très fort. Parce que le retour de Sarko qui repasse à la télé tous les mois, c’est tellement gros que ça passe avec la souplesse d’un ouragan sur la Nouvelle-Orléans. Au départ, un ponte de l’UMP le glisse, ça fait la UNE de tous les JT, et on fait un sondage parce qu’on a que ça a foutre alors que ça coûte le salaire de plusieurs reporters de terrain. Le sondage paraît, les français ne veulent pas que Zorro revienne, mais quand même il pourrait revenir RENDEZ VOUS COMPTE PUTAIN !

Sauf qu’en vrai, on s’en tape mais alors pas qu’un peu. Pour vous dire, même Beckham au PSG ça m’intéresse plus. Et concrètement, à part une poignée de militant UMP qui ne voient pas le bout du tunnel à cause des 2 demeurés qui sont pas foutus de se mettre d’accord, tout le monde s’en fou. Alors sérieusement, ce n’est pas de la création d’info ça ?

On dira que…

De la création d’info pour faire du fric peut-être. Dans la tête des éditorialistes, si on raconte pas un match de boxe permanent et viriliste, on fait pas d’audimat. Il y a que ça qui les intéresse ! Mélenchon l’est pas content, Copé l’est pas content, Le Pen l’est pas contente, Montebourg l’est pas content cont’ Ayrault, Fillon l’est pas cont’ Copé, Pierre Laurent l’est pas content cont’ Mélenchon, Placé l’est pas content cont’ Dufflot qu’est pas contente cont’ Hollande mais peut pas l’dire, Hollande l’est pas content cont’ Cahuzac, Cahuzac l’est pas content cont’ Mediapart etc… Niveau politique 10e sous-sol, on pourrait y faire de la géothermie.

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Sauf que quand on s’appelle Barbier et qu’on est resté à ce niveau primaire de réflexion, on est bien obligé de trouver du croustillant. Un flamby ça fait une politique de droite mais ça croustille pas super, Le Pen elle est caricaturale et pis bon Mélenchon c’est quand même un gros con : il est obtus et ça oblige à travailler ses fiches. Comme à l’UMP ils se font harakiri où se lance dans des diatribes homophobes, faut bien inventer un vrai conflit, un truc qui a plus de gueule que la guerre au Mali où on se croirait dans un Western sans cow-boy, sans indiens, sans petits village et donc sans shérif. Un désert quoi. Alors pour qu’on raconte toujours une ptite histoire et surtout qu’on passe pas nos JT à raconter la vie des français, bah on joue à « On dira que… »

Alors on dira que Sarkozy c’était quand même un grand président et que depuis, l’ectoplasme qui le remplace fait pâle figure. On dira que ce Sarkozy ça peut être le sauveur S4suprême façon De Gaule, Moïse etc… et qu’à défaut de libérer Paris (c’est mal barré pour l’UMP) il peut couper la mer en deux. Pour ça, on lira les fiches que nous ont concocté ses communiquant, parce que si on dit une connerie et qu’il nous contredit, patatras, toute l’histoire tombe par terre. On dira que ça intéresse les français sans dire que la plupart des gens refusent de répondre à ce genre de sondage de merde.

Masquer les vengeurs

Mais surtout, le vengeur masqué, il a l’air de masquer les vengeurs. Je veux dire, c’est pas comme si y avait rien a dire ces temps ci. Des plans sociaux à la pelle, un gouvernement qui gesticule puis qui s’aplatit, des accord Medef/Medef qui veulent être validés par Ayrault. Enfin bref, des coups de poignards sauce Jack l’éventreur. Et tout ça c’est raconté à la va-viteS5 entre 3 masculinistes homophobes qui se foutent sur des grues, un pape qui démissionne et un grabataire qui rejoint une équipe de millionnaires pas foutu de gagner contre Sochaux.

Alors oui, quand des milliers de personnes risquent leur job, des millions ont peur que ce soit aussi le cas pour eux, puis encore des millions sont de toute façon déjà dans la merde, le retour de Sarko ils et elles s’en carrent, s’en battent les couilles, les ovaires et tout ce qui va avec, ils et elles s’en moquent, s’en foutent, s’en balancent, et j’en passe.

Alors pour ne pas subir ce trip des oligarques qui se regardent le nombril et pensent que le monde tourne autour d’eux. Je vous propose des médias, des vrais : nous. Des infos sur les plans de licenciements ? Ici, ici ou ici. Sur le chômage ? Ici. Sur le Mali ? Ici. Sur le MEDEF ? Ici. Sur les masculinistes ? Ici. Sur l’équateur ? Ici.

Allez, rendez-vous chez les blogchévik.

Romain JAMMES

Harlem Désir a séché ses cours d’histoire : résultat ?

Je sais pas pour vous, mais moi je trouve que la France, c’est un putain de pays. Je suis fier de la nation qui a vu naître Jaurès, des valeurs universelles dont elle a été le berceau, de son identité philosophique si particulière… Mais bon, y a des trucs, forcément, on en est moins fiers : la colonisation, la collaboration, Gérard Depardieu, tout ça tout ça quoi…

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Mais l’idée c’est quand même qu’on reconnaisse le bon et le mauvais. C’est un peu à ça que sert l’histoire, puis ça évite de sortir des âneries comme l’a fait Harlem Desir. Ce serait un mec lambda, on lui serait pas tombé dessus comme ça, mais bon, c’est quand même le premier secrétaire du PS. On s’attend pas tout à fait à ce qu’il sorte des refrains négationnistes de son chapeau en pleine émission de Mot Croisés pour justifier l’intervention au Mali : « Juste avant cette émission, j’étais à Montreuil où nous organisions une réunion de solidarité avec le peuple malien et j’ai vu des hommes et des femmes, beaucoup de Maliens de France, qui étaient à la fois inquiets, pour leur pays, comme ont pu l’être des réfugiés, vous savez, des Espagnols ou autres qui ont été accueillis en France au moment où leur pays traversait des drames et des guerres, et qui en même temps étaient fiers de la solidarité de la France, qui étaient soulagés, qui étaient reconnaissants ».

Plait-il ?

On avouera que niveau solidarité, on a fait mieux qu’avec les espagnols. L’aide pendant la guerre de 36 a été environ néante. Environ hein, on a bien du filer un coup de main aux agresseurs. Par notre silence déjà, puis un peu à la manière du mec qui met vaillamment le pied en avant pour faire tomber celui qui fuit son agresseur. La France, c’est l’antithèse de Brassens avec le voleur de pomme.533619_812929795512176_1446782717_n

Comme c’était la merde, et qu’avec le Codillo Franco et sa dictature militaire, ça n’allait pas bien mieux, y a quand même un certain nombre d’espagnols qui ont fui, notamment des réfugiés politiques. Le cœur sur la main, la France les a parqués dans des camps de concentration. Bravo l’artiste ! Seul le peuple, notamment au Sud-Ouest, a, lui, fait preuve de solidarité contre les autorités (je vous invite à regarder qui était au pouvoir).

Bien sur, une fois la guerre fini, les autorités françaises ont été plus que complaisantes avec Franco. Elles collaboraient même dans la recherche des réfugiés qui organisaient la résistance à l’intérieur (en Espagne). Franco sur le point de mourir, c’est toujours la France qui a aidé à ce que la « transition démocratique » passant par le Roi s’impose de sorte que les résistants ne puissent construire, avec l’élan populaire, un régime eux même.

Ah quelle histoire ! La droite, elle, est assez coutumière de l’oubli collectif. En général, à gauche, on est plus respectueux. La sortie de Harlem montre simplement l’état de nécrose intellectuelle du PS. Je n’en rajoute pas, je laisse mon camarade Jean Estivil finir (texte pris sur le site du PG).

Romain JAMMES

« Un scandale nommé Désir » Jean Estivil

Le communiqué du Président Henri Farreny de l’ Amicale des Anciens Guerilleros Espagnols en France (FFI) dont je fais partie dit l’indignation qu’ont provoquée les propos du premier secrétaire du parti socialiste à propos de l’accueil que reçurent sur notre territoire les 400 000 républicains espagnols en 1939. Je ne voudrais pas que mon article soit un billet d’humeur, il en a pourtant bien des aspects. Comment pourrait- il en être autrement ? Mon père était un de ces républicains espagnols, il a été parqué dans le camp de concentration d’Agde puis non reconnu par Pétain alors qu’il avait été arrêté avec l’armée française, le 18 juin 1940 ; il fut, comme dix mille autres, envoyé dans un camps de la mort, à Mauthausen. Il avait été reçu comme un bandit, surveillé par des tirailleurs sénégalais qui ne comprenaient pas à qui ils avaient affaire, il reçut une pelle pour faire un trou et une toile pour se construire un abri sur la plage. Imprévoyance d’un pouvoir qui avait trahi la République espagnole ? Non, revanche de ceux qui avaient fait « le choix de la défaite » (lire le livre d’Annie Lacroix-Ritz) et qui comptaient bien régler leur compte définitivement à ces rouges républicains qui, plus que leur mauvaise conscience, étaient leurs ennemis. La moindre tentative de fuir l’enfer de ces camps de concentration, c’était comme première punition d’être enterré toute la nuit jusqu’au cou dans le sable : nous étions en hiver, l’issue était fatale.

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Billet d’humeur donc aussi, car socialiste, et au Parti de Gauche, il m’est insupportable d’assister à un tel dévoiement de la droiture que doit s’imposer celui qui a choisi la pensée et l’action de Jaurès, qui plus est, quand on est le premier d’un parti qui continue de s’en réclamer et ce, à des fins tristement politiciennes. Car ces propos ne relèvent pas de l’inculture ou seulement en partie, mais d’une politique cyniquement mise en œuvre et dont on a pensé en haut lieu, il y a quelques mois, que Désir avait le profil idéal pour la porter. Celle du consensus dont a besoin un gouvernement qui s’est lancé dans un acte de guerre hasardeux au Mali, et qui, après avoir donné mille gages au Medef, a besoin de rallier la classe politique de droite dans la perspective d’une union sacrée sans laquelle il ne pourra imposer la politique de la Troïka.. Alors il faut éloigner l’image d’une France qui se comporta d’une manière odieuse et criminelle avec ces centaines de milliers de pauvres qui avaient tout perdu et dont pourtant des milliers allaient participer aux combats de la résistance. Une partie de la droite se complet à répandre l’idée que la France, fille aînée de l’Eglise depuis Clovis, n’a jamais rien eu à se reprocher ? Qu’à cela ne tienne, Désir se charge, toute honte bue, de lui tenir des propos qui lui sont doux. Cahuzac lui-même n’a-t-il pas apporté sa pierre à ce consensus, allant jusqu’à affirmer que « la lutte des classes n’existait pas », prenant pour le coup tout le monde pour des imbéciles, avec son arrogance coutumière. Imbécile que l’agrégé de Lettres Bayrou a refusé d’être. Faut- il en effet pour s’attirer la sympathie des parties de droite considérer qu’ils sont constitués de demeurés ? Cahuzac l’a cru, Désir le croit.

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Mais trop, c’est trop, Désir devra s’expliquer. Et qu’on nous comprenne bien, pour nous, les peuples n’ont rien à se reprocher. Ils ne sont pas responsables des crimes que des gouvernements ont commis en leur nom. Les générations actuelles n’ont pas à subir l’opprobre des camps de concentrations où l’on enferma par la suite les Juifs et les résistants. La repentance, on l’aura compris, nous est étrangère. Mais les peuples, la jeunesse, ont le droit à la vérité, et lorsque, comme c’est le cas ici, plus de 20 000 livres ont été écrits sur la guerre d’Espagne et des centaines sur les camps français de la honte de ceux qui préféraient Franco, Hitler et Pétain au peuple français et au Front Populaire, ils ont le droit de s’insurger devant ce « négationnisme » politicien de Désir.

Jean-Pierre Bel avait conclu son discours d’investiture à la Présidence du Sénat en citant Machado. Machado est mort peu de temps après son arrivée en France de maladie mais surtout de l’accueil qu’on lui fit. Mais Désir connaît-il Machado ? On peut retrouver une très complète bibliographie dans le livre de Geneviève Dreyfus-Armand, « L’exil des républicains espagnols en France ». Le roman historique de Juan Manuel Florensa, « Les mille et un jours des Cuevas », apporte par ses qualités littéraires un réalisme poignant à la vie dans ces camps et à ce que fut la « retirada ».

Et enfin le livre de témoignage de Véronique Olivares, « Mémoires espagnoles, l’espoir des humbles », chez Tirésias. Et qui m’écrit : « c’est de l’indigence culturelle lamentable !!! Pauvres de nous face à ceux qui nous gouvernent ».

Comment Hollande applique le programme du MEDEF…

Je sais pas pour vous, mais moi j’ai sérieusement l’impression que la poignée de réactionnaire qui s’est baladée à Paris ce dimanche a sacrément occulté un partie incroyable de l’actualité. Certes leur capacité à se compter a de quoi étonner, mais rappelons nous que la plupart d’entre eux pensent dur comme fer qu’une femme vierge a accouché du fils de Dieu et que Eve est sortie de la côte d’Adam.

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Pourtant une chose très grave c’est passé cette semaine. C’est l’accord emploi signé par le MEDEF, la CFDT, la CFTC et la CFE/CGC. Oui, en général ce genre d’accord ça sent pas bon, ça rappelle quelques douloureux souvenirs. Et « Oh surprise ! » on s’est pas trompé !

La méthode : laisser le Medef gouverner

Bon moi, Hollande, j’ai voté pour lui qu’au second tour. N’empêche que quand on élit un Président ou une Assemblée, en règle générale, c’est pour qu’ils gouvernent. Vous savez gouverner genre : « avoir un programme et des projets politiques, faire des arbitrages, défendre l’intérêt général » tout ça tout ça,… Mais y a aussi la méthode capitaine de pédalo. Enfin c’est la méthode : « je vais faire la réforme que le patronat attend depuis des années mais si je l’annonce comme ça je vais me faire cartonner la gueule ». Dans ce cas, le capitaine lâche la barre, et les vagues lui donnent le cap.

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Donc méthode simple : on fout les syndicats et le MEDEF ensemble avec une petite règle du jeu. Y a un ultimatum, c’est le MEDEF qui écrit la première trame de discussion, puis si y a la moitié des syndicats qui vend son âme au diable, on enferme tous les salariés. Sciemment, cette méthode écarte la CGT et FO pour donner la décision aux traitres qui ont signé ledit torchon. Pour résumer, on fait des accords entre le MEDEF sans la CGT, ni FO. Qui peut croire que ça va aller dans le sens des salariés ? Ils sont même pas représenté à majorité par le cartel des jaunes pisse ! Bref, le capitaine lâche la barre mais il sait le sens du courant… On me la fait pas !

Le résultat ? Un recul historique

L’arrangement trouvé ferait pâlir un social-démocrate. Ce qui a été obtenu par les salariés ? Quelques broutilles. L’élargissement des droits rechargeables à l’assurance chômage ne se fera pas tout de suite, elle ne coûte rien, et elle pré-suppose que les chômeurs attendent volontairement la fin de leurs indemnités avant de retrouver (en claquant20061101102305_precarite-650 des doigts) un emploi. L’extension des complémentaires santé va dans le sens inverse de l’ambition de la sécurité sociale. C’est surtout le pactole pour les assurances privées, et celles choisies par l’employeur, histoire qu’il y ait copinage. L’encadrement du temps partiel est un immense écran de fumée avec 1000 dérogations et une modulation à l’année à la discrétion de l’employeur. Le droit à la formation ne change quasiment rien, par rapport à l’état actuel des choses et on a du mal à voir à quoi sert la mobilité volontaire. Enfin, la taxation des CDD courts est minimale et se fait en échange de 150 millions d’exonération sur certains CDI.

Côté patronat, par contre, on s’est gavé. On compte une facilitation hypocrite de la mobilité imposée et la création de barèmes d’indemnisation des salariés en cas de conciliation aux prud’hommes. Le patronat fait des économies sur le licenciement et encadre même la contestation des plans sociaux. Sans dec’.

Hiérarchie des normes et CDI

Mais le pire, c’est ça. Depuis des années, le MEDEF rêve de pouvoir imposer des accords aux les salariés : des accords qui puissent déroger à la loi. Évidemment c’était déjà le cas si l’accord était plus favorable au salarié auquel cas il s’applique à tous les travailleurs. Déjà Sarkozy avait enfoncé une brèche. Hollande fini magnifiquement le travail. Un accord pourra s’imposer aux salariés à travers un processus aussi représentatif que celui qui accouche de 21_10_11_emploi_precarite_CDD_CDIcette plaisanterie. Si un salarié le refuse, il sera licencié sans aucun des droits du licenciement économique. Le rapport de force local du patronat permet d’effacer le code du travail. Si c’est pas un retour à l’âge de pierre

Enfin, le Second totem renversé, c’est le CDI. Dans une « situation exceptionnelle » (je vous rappelle qu’on nous parle de crise depuis les années 80)… Donc je disais, dans une « situation exceptionnelle » l’entreprise pourra faire des « accords » (ce mot me fait rire maintenant) sur la durée et la rémunération du travail. En gros, il pourra, avec la CFDT, décider que vous travaillerez plus, pour moins cher. Mais comme ils sont cool, on pourra quand même pas gagner moins que le SMIC ni travailler plus de 48h par semaine. C’est adorable, ils respectent la loi…

Ah, et l’emploi au fait ?

Je vous ai pas raconté. Non mais ça paraît pas logique comme ça mais ces accords, c’est aussi pour créer de l’emploi. C’est vrai que quand le MEDEF demande à licencier plus facilement, on a du mal à comprendre que c’est pour créer de l’emploi. Détrompez-vous : Precaritedorénavant, avant toute fermeture de site rentable, la direction pourra envisager éventuellement, si le cœur lui en dit, la recherche d’un repreneur.

À part ça rien, si ce n’est plus de précarité, donc une consommation en dent de scie, donc moins de travail, moins d’investissement, et donc plus de chômage. Idem pour les salaires en baisse dans les « cas exceptionnels ». Le modèle est toujours le même, se serrer la ceinture en espérant vendre à l’extérieur. C’est inefficace, c’est dangereux, c’est idiot mais ça rapporte à une poignée d’actionnaires. Comme quoi la crise à bon dos, quand il s’agit simplement de dynamiter le droit du travail. Puis c’est encore plus savoureux quand les socialistes collaborent.

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Le divorce idéologique est consommé. Michel Sapin disait sur le JDD pour expliquer que la « flexibilité » ne le « gêne pas » : « Si une entreprise est obligée de licencier, pourquoi retarder l’inéluctable au risque de perdre davantage de postes ? » On y avait pas penser, c’est pour le bien des salariés, qu’on veut pouvoir les virer plus facilement…

Romain JAMMES

D’un vœu à l’autre, le temps d’un foutage de gueule

Ça c’est fait ! 2012, les élections, l’épuisement, les vacances, le déménagement à Toulouse, les renoncements prévisibles de Hollande et la continuité de notre bataille. C’était une année très riche, qui a bousculé le pays et qui m’a bousculée aussi, à sa manière. Si une chose m’a marquée c’est ce jour où nous avons pris la Bastille, le 18 mars. Nous avons donné une force matérielle à une idée, c’est ce qui en a fait une force et qui a totalement changé la manière dont la population et les médias nous ont perçus.

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Au final le solde de tout compte n’est pas si réjouissant. Le Front de Gauche est devenu une force incontestable dans l’éventail politique. Mais ce qui est incontestable, aussi, c’est la politique ultra-libérale que le gouvernement s’acharne à imposer. Et ce qui fait grincer les dents, c’est qu’entre temps, on s’est pas mis une muselière… nous.

Le chien de garde du gouvernement

Ça agace et quand on fait l’addition, il y a des lignes qui gênent. Mais faire l’addition, c’est aussi à ça que servent les fêtes de fin d’année non ? Alors très inspiré, Le PCF a fait un petit bilan, histoire qu’on en rigole. Ça nous change de la rage et des pleurs des Sanofi, des ouvriers de Peugeot, enfin de tous ceux qui sente la lame du poignard socialiste entre leurs omoplates. Et voilà ce que ça donne :

Horreur, à Solfé, là où l’autodérision fait office de dogme, ça bouscule. Quoi ? Les communistes qu’on essaye d’acheter avec tous les postes possibles, se rebellent ? Ils osent critiquer le gouvernement. Bien sûr en tant que bonne « agence de com’ de Hollande », le parti se met en branle et improvise une réponse bien sentie du genre du maître d’école qui tape avec sa grande règle sur les p’tits doigts communistes. Je soupçonne personnellement le directeur de la communication en vacances d’avoir laissé un stagiaire décérébré prendre les commandes pour pondre un communiqué comme celui de Harlem Désir.

Dans cette grande œuvre littéraire, outre les sermons condescendants, on lit des arguments à faire pâlir un prof de rhétorique. Voici les grandes mesures de gauche (rire) que les vœux du PCF ont omis de mentionner :268100_463444970359910_757361885_n

–          Les emplois d’avenir et les contrats de génération : le verre d’eau dans l’océan de chômage. Je suppose qu’on doit lui pondre un autel.

–          La hausse de 2% du SMIC : Oui, il a osé s’en vanté. Jamais la gauche n’a fait une hausse aussi ridicule du SMIC de toute son histoire !

–          La retraite à 60 ans : pour les carrières longues et non pour tous, avec à la clef une nouvelle réforme en 2013 qui ne promet rien de bon.

–          Des nouveaux postes dans l’éducation nationale : au prix d’une cure encore plus rude que la RGPP dans de nombreuses administrations

–          Loi de séparation des activités bancaires : qui a accouché d’un néant grâce à l’intense lobby des banques qui a manifestement plus payé que celui des syndicalistes en plein plan social.

–          La banque publique d’investissement : qui n’a que regroupé des institutions déjà existantes et dont les marges de manœuvres sont aussi limitées que s’il s’agissait d’un plan com’ (étrange non ?)

Ah je ne croyais pas le PS capable de ce genre d’argumentation. Moi qui pensais qu’il ferait profil bas pour éviter le ridicule. Manifestement, Harlem et son équipe voulaient qu’on se tape une belle tranche de rire pour cette fin d’année ! Manifestement, pour le grand chef de l’équipe rose, même quand le PS est à tout niveau de responsabilité, tout le monde doit se transformer en gentil soldat et taper sur la droite. Comme c’est mignon…

Le courage de se mettre à genoux

Dans cette réponse, Harlem Désir botte néanmoins en touche sur des critiques essentielles. Celle du TSCG, validé et non-négocié, mais qui cache l’orientation politique globale du gouvernement qui prend à contre-sens la gauche et les attentes de toute la population. Le gouvernement parade avec le MEDEF et tous les symboles du patronat le plus rapace. Il fait la sourde oreille aux revendications syndicales et se prépare à attaquer le code du travail. Je vais pas vous refaire le coup des deux côtés de la barricades, mais elle sonne quand même bizarre cette gauche là…

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Dans ce contexte, on peut pas dire que les vœux soient étonnants. Ils ont même une certaine redondance avec ceux qu’on se tape depuis 10 ans. On va faire baisser le chômage grâce à nos efforts. Pourtant depuis le temps qu’on en fait on voit pas trop ce que ça change. La compétitivité est au moins aussi importante que la solidarité et l’Europe c’est cool. En gros l’idée est vous dire qu’on est dans la merde pour faire passer la pilule de l’austérité, tout en vous donnant un peu d’espoir histoire que vous preniez pas les armes. Vu de l’extérieur, c’est un peu comme si on nous tirait une balle dans la jambe en expliquant qu’après guérison on marchera mieux qu’avant. On repeint ça en courage, avec des peintures de guerre et des fausses cicatrices, alors que le capitaine est à plat ventre devant l’ennemi.

Non décidemment, ces vœux, c’était vraiment du foutage de gueule. Du violon diront certains. Enfin peu importe l’instrument, après avoir regardé désespérément ces 10 minutes étonnement vides, j’ai noyé mon chagrin dans l’alcool avec cette sensation étrange d’avoir trop respecté les règles jusque-là.

 

Je crois qu’en 2013, on va les bousculer, et y en a besoin !

Romain JAMMES