« Changez votre photo de profil »

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Les périodes de vives émotions ne sont pas toujours les meilleures pour réfléchir. Je ne nous prends pas pour des imbéciles, pas plus que je prends pour des psychopathes celles ceux qui essayent malgré tout de raisonner, voire d’apporter de l’humour à ce qui est effroyable. Je dis ça avant toute chose pour ne pas recevoir les sempiternelles remarques larmoyantes me rappelant qu’il y a des morts et qu’au fond, cela rend secondaire la nature de la commémoration qu’on leur porte. Je ne le pense pas, surtout quand des morts sont aussi politiques.

Dans la fanfare générale j’ai donc exprimé mon doute sur ces photos de profil aux filtres tricolores qui se multipliaient parmi mes « ami-e-s ». Que n’ai-je pas tourné 7 fois mes doigts dans ma bouche avant de blasphémer…

L’effroi de l’uniformité

Sans d’abord trop y réfléchir, j’ai eu un profond malaise à voir toutes ces photos de profil. Un malaise sans rapport aux trois couleurs car je suis profondément républicain, et comme la République a créé la nation, les symboles de la nation sont ceux de la République (même si tout le monde ne le voit pas comme ça). Ce malaise c’était la masse et l’uniformité du changement de photo de profil.1

Je n’ai bien sûr rien contre le principe de réactions massives face à de tels actes, ou même dans d’autres cas pour défendre une idée, ou ses droits… Mais la masse couplée à l’uniformité a clairement créé deux camps dans mes ami-e-s facebook : ceux qui l’ont et ceux qui ne l’ont pas. Avec comme corollaire 3 conséquences immédiates dans la communauté :

  • D’abord, l’effacement de toute autre forme d’expression liée aux événements. Ils existent, mais s’effacent devant une réaction si visible d’un coup d’œil et si partagée au sein de nos contacts.
  • Ensuite, le sentiment de culpabilité de ne pas réagir à la hauteur des événements quand la tristesse est aussi universellement partagée. En d’autres termes, on est tous dans le fond, et certains se baladent avec un badge « je suis dans le fond », au point qu’on se demande, comme on ne le porte pas spécialement, si on est pas un immonde connard qui n’est pas tant dans le fond que ça, ou si on va pas passer pour cet immonde connard sans ce badge.
  • Enfin, en lien avec les deux précédents, c’est l’injonction de porter la même chose. Elle s’opère par le collectif qui vous pousse à l’uniformité, mais aussi par Facebook qui met en place un système d’indignation en un clic (j’y reviendrai, mais il y a des pistes ici).

Il y a donc une espèce d’oppression dans le phénomène. Mais s’il ne s’agissait que de ma personne je m’en foutrais (quoi que…) Mais derrière cette oppression il y a un phénomène bien plus inquiétant qu’on a vu apparaître en janvier dernier.

L’unanimisme excluant

Ce phénomène c’est celui de l’unanimisme décrété. En janvier dernier, le « Je suis Charlie » était une réaction légitime aux attentats. Mais sa dérive en unanimisme a créé un malaise profond dans notre société et rejeté ceux qui ne s’y sentaient pas 2spécialement à l’aise, quelles que soient les raisons.

En clair, il y a eu une injonction collective à adhérer à la République, ce qui est la négation même de la République. Beaucoup de français ne se sentent pas en « Liberté, Égalité, Fraternité ». Souvent à raison, car ils sont montré du doigt pour leur origine, leur religion, leur sexualité ou leurs opinions politiques parfois. L’injonction a donc accentué un gouffre entre ces personnes et la République. Or, elle est, de mon point de vue, le meilleur outil pour combattre le fanatisme des terroristes : à travers ses valeurs, son universalité, ses services publics, son partage des richesses (pour le peu qu’il en reste).

Quand la plus grosse ordure politique pouvait dire « Je suis Charlie » et que beaucoup de citoyens honnêtes ne s’y reconnaissent pas, l’expression n’a plus vraiment le sens qu’elle voulait avoir au départ.

Ce phénomène, j’ai l’impression de le revivre, à une autre échelle, avec d’autres outils, mais dans la même logique contre-productive. La démonstration en a été les insultes et l’agressivité qui m’ont visé dans la simple interrogation des photos de profil partagées aussi bien par des ami-e-s bien à gauche et Florian Philippot, un des leaders du FN.

L’indignation comme produit

Enfin, pour le dessert, le malaise a aussi été celui de la proposition (ou l’injonction « Changez votre photo de profil ») de Facebook, ce qui n’était pas forcément le cas pour « Je suis Charlie ». Le réseau social en avait certainement tiré les leçons pour être fin prêt pour le prochain drame. (Et voulait en profiter ?)3

Le fait qu’une grande entreprise comme Facebook choisisse les formes de notre indignation n’a rien de très anodin. Au fond, tout objet moral ou physique qu’une firme capitaliste reprend est uniformisé dans la perspective d’une meilleure efficacité pour un meilleur rendement. Nous avons des maisons fabriquées toutes pareilles, des fringues toutes pareilles, des tables et des chaises bon marché toutes pareilles, des albums tous pareils que les standards nous imposent.

Nous n’avions pas, jusque-là, notre commémoration collective toute pareille. L’indignation et la résistance transformée en produit marketing. Mais on n’arrête pas le progrès.

Le samedi, une amie (qui avait la fameuse photo de profil, ce qui ne m’a pas empêché de la lire) a cité un commentaire sur le site de New-York Times :

« La France incarne tout ce que les fanatiques religieux haïssent : la jouissance de la vie ici, sur terre, d’une multitude de manières ; une tasse de café qui sent bon, accompagnée d’un croissant, un matin ; de belles femmes en robes courtes souriant librement dans la rue ; l’odeur du pain chaud ; une bouteille de vin partagée avec des amis, quelques gouttes de parfum, des enfants jouant au jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en Dieu, de ne pas s’inquiéter des calories, de flirter et de fumer, et de faire l’amour hors mariage, de prendre des vacances, de lire n’importe quel livre, d’aller à l’école gratuitement, de jouer, de rire, de débattre, de se moquer des prélats comme des hommes et des femmes politiques, de remettre les angoisses à plus tard : après la mort. Aucun pays ne profite aussi bien de la vie sur terre que la France. »

J’étais fier en lisant ça, fier de notre culture, de notre manière de vivre, de notre capacité à être subversifs, à briser des cadres. Mais cette photo de profil, c’est au fond diamétralement l’inverse de ce symbole. C’est la froideur de l’uniformité plutôt que la diversité qui nous rend vivant. C’est l’unanimisme autoritaire plutôt que la confrontation des points de vue et la raison comme seule guide…

Vive la République.

Romain JAMMES

Je n’ai pas d’humour…

Bon, voilà, ça c’est dit. Vous l’aurez un peu cherché, et en même temps ça va en rassurer certains : je n’ai pas d’humour. Je ne sais pas rire. À part « un homme qui rentre dans un café et plouf ! », j’ai rien à vous servir pour vous tordre le bide. Plus haut j’arrive pas c’est comme ça. Ça doit être dans les gênes ou un truc de cet ordre.

Ou si, je le tiens, c’est p’tete parce que je suis féministe. Ah mais oui ! Pourquoi j’y ai pas pensé ? C’est bien connu en plus, je suis con. Les2 féministes ont pas d’humour. Enfin disons que ceux qui se pensent drôle, ils pensent aussi que les féministes qui les trouvent pas drôle, bah c’est parce qu’elles/ils ont pas d’humour… Bon maintenant qu’on a trouvé le problème on va peut-être pouvoir avancer non ?

On peut rire de tout, mais…

Quand on a pas d’humour comme moi, y a souvent un mec (genre le mec drôle justement), qui vous dit « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». C’est le genre de phrase qui, dans la communauté très resserrée et hype des mecs drôles, fait une sorte d’autorité. C’est un peu le point Godwin de la discussion sur l’humour. Quand on dit ça on peut plus rien dire. Tu argumentes, et on te répond que tu es « n’importe qui ». J’imagine que c’est aussi une forme d’humour.

Cette magnifique phrase est de Desproges. Un maître de l’humour noir qui fait un peu office de divinité dans le domaine. Si vous voulez, les dieux, ce qui est assez marrant, c’est que concrètement on les voit jamais. Bon la différence avec Desproges c’est que lui a vraiment existé (oups j’ai perdu quelques croyants là). Mais bon, il y a assez peu de chance pour qu’il vienne à votre table vous raconter une blague maintenant. Passé ce détail, dans l’un et l’autre cas, y a toujours des gens pour le citer, et en le citant, pour se réclamer de son autorité symbolique. Sauf que voilà… vous n’êtes pas Desproges.

Vous n’êtes pas Desproges, parce que Desproges ne s’appuie pas bêtement sur des idées reçues qui alimentent une domination. Si vous préférez, faire une blague dont le message final est « les femmes sont…

  • connes, surtout les blondes »
  • bonnes qu’à faire la vaisselle »
  • bonnes qu’à être mères (et bon, à faire la vaisselle aussi) »
  • des salopes » (ou divers objets sexuels)
  • ou des amoureuses transies (oui des connes quoi !) qui se laissent emporter par leurs émotions (surtout quand elles ont leurs règles, vu qu’elles sont surtout des utérus) »

c’est simplement recracher primairement le message de la société patriarcale qui sert à alimenter la domination masculine. Y a pas moins subtil qu’une blague sur les blondes. D’ailleurs c’est tellement pas subtil qu’on sait déjà la fin quand ça commence par « C’est une blonde qui… ». Il n’y a pas plus bourrin qu’une énième illustration réduisant une femme à un bout de viande, d’un conformisme abruti dans un contexte de matraquage culturel. 3

Bref, de l’anti-Desproges. Lui prend à contre-pied les idées reçues, ou les tord de telle manière qu’elles n’ont plus rien à voir avec ce que le raciste, ou l’antisémite osera dire au comptoir. Quand il commence un sketch sur les juifs par ces deux phrases : « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle, vous pouvez rester. Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée que pendant la dernière guerre mondiale, beaucoup de juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi. » Il installe son contexte, sans reprendre bêtement celui que la société propose (du moins sur cet exemple).

Non, je n’ai pas d’humour quand j’entends ces blagues misogynes dégueulasses. Et il n’y en a pas de mieux qui rattrape le reste. Je gerbe devant les appels au viol cachés derrière vos plaisanteries. Je rage devant cette folklorisation de la prostitution qui oublie (et surtout qui n’en a rien à foutre) que ces femmes sont esclaves d’un système de proxénétisme inhumain.

En fin de compte, Desproges a raison en disant qu’on peut rire de tout. Mais encore faut-il être drôle. Car la supposition selon laquelle le « n’importe qui » est forcément celui qui va subir la blague vaseuse est déjà une interprétation douteuse. Ça me rappelle une histoire d’ailleurs. vous savez celle des médecins qui procédaient aux saignées pour soigner leurs patients au Moyen-Âge. Quand leur état empirait, les médecins disaient que le patient n’avait « pas répondu au traitement ». Manière de dire que le problème, ce n’est surtout pas le médecin.

La culture dominante et l’humour

Le fond du problème c’est que, humour ou pas, il y a des choses qui ne se disent pas. Ce n’est pas directement qu’elles font saigner nos sensibles oreilles. Je ne suis pas non plus partisan d’un flicage permanent qui irait écouter aux portes ce qui se dit. Simplement ce qui se dit publiquement a des conséquences sociales et s’ancre dans un contexte culturel.1

En conséquence, on ne peut pas prétendre qu’une blague, parce qu’elle serait une blague, échappe à cette règle. Ce serait ignorer que l’humour a toujours accompagné les discriminations et les dominations qui les accompagnent. Les colons se fendaient la poire en parlant des gentils indigènes pas très futés, toute l’Europe antisémite en parlant des Juifs cupides et complotistes. On se marre bien avec ces Arabes voleurs, violents et fainéants.

Non content de s’appuyer sur l’assise culturelle d’une domination, votre humour participe à sa résonance. C’est l’humour du dominant sur le dominé, la condescendance et le mépris déguisés en sourire.

Voilà pourquoi j’assume : « Je n’ai pas d’humour ».

Romain JAMMES

« Pas ce soir chéri, j’ai la migraine… »

Ce mythe, tout le monde le connaît. La migraine, la fatigue, on se lève tôt le matin, on a la flemme, il fait trop chaud, trop froid, trop moyen… Bref, dans un couple, parfois, bah on n’a pas trop envie de faire l’amour. Ça arrive, ça peut ne pas paraître grave avec du recul.

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Seulement voilà, dans une société patriarcale, nous, les mecs, on a envie donc on doit être satisfait. C’est comme ça, c’est la domination masculine. Alors comme il faut bien convaincre notre partenaire de passer au billot (avec des formes franchement moyennes parfois), on invente une culture de soumission volontaire. Alors Elle, grand magazine progressiste, s’est donc essayé à l’exercice. Un article, Faut-il se forcer à faire l’amour ?, qui est un exemple du genre. Et oui, ils sont bons élèves chez Elle !

Un curieux déséquilibre

Elle annonce tout de suite la couleur. On va vous parler de femmes. Oui parce que, je sais pas si vous étiez au courant, mais en fait le plaisir, pour Elle, c’est surtout un truc d’homme. Donc forcément, avoir envie de sexe c’est un truc masculin. Rassurez-vous, on n’en est pas au premier. On a toujours convaincu les hommes qu’ils avaient des besoins irrépressibles et qu’il fallait qu’ils les assouvissent. D’un autre côté, on a toujours pris soin de ne pas apprendre aux femmes l’étendue du plaisir qu’elles pouvaient avoir. On s’est même entêté jusqu’à leur ôter le clitoris, c’est vous dire si on est con.2

Bref, cette construction culturelle a plusieurs conséquences. On retrouve l’idée selon laquelle les femmes vont faire une faveur en couchant avec un homme. On a le droit à des variantes comme les femmes qui couchent par intérêt pour que leur cher et tendre répare l’étagère du salon. Plus dur, il y a l’idée que c’est un devoir (« Après tout, on est mariés merde ! »). Ou son corollaire : « Pour le maintien de mon couple, il faut bien que je me force un peu… »

Seulement, entre le « pour mon couple », « pour lui faire plaisir », « parce que c’est un devoir » et « pour pas qu’il me foute sur la gueule » y a parfois des nuances assez floues.

La culture normative

Alors l’article analyse un peu ce phénomène. Enfin, ce sont surtout des hommes scientifiques qui interrogent des témoignages de femmes. Histoire de  rien faire de travers. Pour couronner le tout, on a le droit à des psychologues-psychanalystes. De là à dire qu’on fait l’amour parce qu’on a envie de manger son caca il n’y a qu’un pas. Du coup, ce qui est sympa, c’est qu’on y apprend plein de choses très utiles :

  • Entre toutes les raisons pour se forcer, la moins grave, c’est « par amour ». Comme étude scientifique on a fait mieux. Une bonne petite pilule par amour ça passe tout de suite mieux hein. C’est un élément normatif qui n’a souvent pas d’autre rôle. Et il ne marche souvent que dans un sens : « Il m’a tapé dessus mais c’est parce qu’il m’aime ! » Oh c’est mignon…
  • « Dire non très clairement peut souvent dégénérer en une dispute », « C’est une manière de ne pas vexer mon fiancé ». On sort bien du cadre du plaisir ou de l’amour, c’est clairement pour ne pas subir une forme de répression même si l’article l’aborde de manière anodine. On lit même que c’est « pour ne pas blesser son partenaire plus que par abnégation » hum… C’est quoi la différence ?
  • « Si j’ai parfois la flemme de m’y mettre, je ne regrette jamais après », « L’appétit vient en mangeant ». Traduction pour les hommes : Ne vous en faites pas, si elles disent NON au début, ce sera OUI après. Traduction pour les femmes : allez quoi, ça fait mal au début, après ça va mieux !
  • Si ce sujet est « tabou » c’est que nous sommes dans « une société qui érige la libido en valeur maîtresse » dans le couple. Marrant comme l’article réduit la portée d’une pratique qui a plusieurs siècles (voire millénaires).
  • « La femme ne se refuse pas mais dit à son mari : “Dépêche-toi, qu’on en finisse”, ce qui est encore plus violent que de dire non. » D’après l’article, c’est le refus qui est violent, pas la fatalité de la femme qui est forcée. Entre nous, quand on sait qu’on va être torturée, on veut que ce soit le plus court possible.3

Je suis pas en train de dire que l’article fait consciemment l’apologie du viol. Le phénomène est en recul et pris isolement n’est pas si grave. Moi qui ne subis pas la domination masculine et les injonctions qui l’accompagnent, qui ne suis pas pornographié au quotidien et réduit à mon physique comme un outil pour baiser, il m’est arrivé de me forcer sans traumatisme psychologique. Mais prendre uniquement le cas de femmes, sans préciser pourquoi et en décontextualisant, c’est trop gros pour ne pas être une grossière manipulation.

Bref, un article très joyeux qui se conclut sur deux notes qui encensent tout le message. Il faut fermer sa gueule comme dit Lucie : « Mon mot d’ordre ? N’avoue jamais ! Pour préserver un peu de magie, il faut bien garder une part de mystère et d’intime, non ? » et le mot de la fin pour Docteur Nasio : « C’est un acte de maturité ». Vous kiffez ?

Romain JAMMES


Vous avez un problème avec l’égalité ?

Bon c’est pas tout ça les vacances, mais faudrait peut-être s’y remettre. Au-delà du petit carnet de voyage improvisé que je vous ai fait partager, il faut que je vous raconte. L’été, c’est un espace concentré de rencontres en tous genres. Des gens qu’on ne rencontre pas d’habitude. Soit ils habitent à l’autre bout de la terre, soit on a soigneusement fait en sorte de ne pas trop les croiser. Mais bon, là, c’est les vacances. Alors…

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Bref, entre le premier et le dernier contact (de nature aussi variée comme quand c’est les vacances quoi), il se passe plein de trucs passionnants. Et vous commencez à me connaître, au bout de quelques minutes, le mot obus, celui qui n’aurait pas dû s’inviter dans la conversation (d’après certain-e-s), vient interrompre un monde qui, jusque-là, tournait parfaitement rond : le féminisme.

« Ah, ouais non le féminisme c’est pas trop mon truc… »

Le militant-e-s féministes ne seront pas surpris-es. En général, le féminisme c’est « le truc » de pas grand monde. Ça surprend pas comme ça, pourtant on pourrait se dire : « ah toi, ton truc, c’est de piétiner les femmes ? » Mais on est (parfois) trop poli-e-s. Au-delà des réactions classiques que j’ai déjà décrites et qui sont une nouvelle fois apparues, j’ai quelques perles à vous offrir. Ce sont parfois des interrogations intéressantes, parfois de vrais horreurs. Je vous laisse juger.

  • « Le féminisme c’est juste du paraître, faire semblant d’être parfait. » 

C’est peut-être la moins stupide des interrogations. Même si ça révèle une connaissance très partielle du mouvement féministe. Est-ce que le féminisme est une police du comportement ? Pas vraiment. Mais une chose est certaine, nous avons toutes, et surtout tous, des comportements déterminés par la société patriarcale et qui relaient une certaine domination. Quand on est féministes, on essaye de les limiter. Et à l’inverse, quand quelqu’un a un comportement sexiste, on ne va pas se gêner pour lui faire remarquer. Hein ?!! Quand même ! Mais de là à réduire le mouvement féministe à ça…

  • « Mais t’es maso non ? »images

Evidemment : si je suis féministe, c’est parce que j’aime souffrir. D’ailleurs, j’ai hésité un moment entre le féminisme et fakir (non pas le journal, le mec qui s’allonge sur des pics et travers des allées de braises chaudes). Plus sérieusement, on a tous un avantage, en tant qu’être humain, à vivre dans une société féministe. Déjà parce que moins de domination c’est plus d’apaisement général et ensuite parce qu’on est aussi sacrément déterminés, en tant qu’homme, à avoir un comportement irréprochable de mâle dominant.

  • « J’ai rien contre les femmes mais… » et sa variante plus connue : « j’aime les femmes mais… »

Quelle horreur ! La suite de la phrase ne sert plus à rien, la première partie en dit déjà trop. Le « mais » qui conclut suppose en plus que ce qui suit va être encore pire. Vous savez, je suis le genre de mec qui ne cherche pas trop à avoir à tout prix un casier judiciaire (bon si c’est pour coup et blessure sur misogyne ce sera presque une médaille). Donc, par un élan pacifiste, mon cerveau bloque comme un fusible évite la catastrophe. Je tiens à ma santé merde. Bref, le mec (en général) en prend quand même pour son grade. Je ne suis pas sûr que beaucoup perçoivent que je me retiens, en plus.

  • « Mais y a des différences quand même ! »

Derrière cette remarque, se cache un grave problème de langue française. Bon, en réalité, c’est une rhétorique de mauvaise foi relayée par la propagande patriarcale. Défendre l’égalité, c’est combattre les inégalités. Egalité et inégalités, c’est le contraire (ne riez pas ce n’est pas si évident pour tout monde apparemment). L’inverse d’inégalité, ce n’est pas « uniformité ». Donc, tous les individus continuent d’être différents et bien plus d’ailleurs puisque le but et d’arrêter de les enfermer dans des rôles en fonction de leur genre.

  • « Mais les femmes elles aiment se faire dominer au fond ! »

Mon sang ne fait qu’un tour. Non, la personne que vous avez devant vous n’est pas en train de dire qu’il y a une intégration des valeurs patriarcales de la part de nombreuses femmes. Sinon, il serait le premier à dire qu’il faut d’autant plus combattre la culture dominante. En 2810720570_1général, elle se base sur des sérieuses idées reçues alimentées par une ou deux interprétations biaisées de son vécu relationnel (ou celui de ses proches). Est-ce qu’une femme aime se faire frapper par son mari ? Non. Est-ce qu’elle peut aimer devoir demander une autorisation pour sortir, travailler, avoir un compte en banque, des loisirs, bref, pour vivre ? Non. Est-ce qu’elle aime être dépendante d’un mari qui amène toute la tune à la baraque pendant qu’elle se tue aux tâches ménagères ? Non. C’est ça la domination pourtant. Je suppose que, dans certains esprits, elle se résume au fait que, parfois (et loin de moi l’idée que c’est anodin), elles aiment être plaquées brusquement contre le mur pour un baiser fougueux (ou plus), elles aiment ces jeux qui, à tout moment, peuvent s’arrêter ou se renverser. En somme, elles peuvent aimer ce semblant de domination qui cesse dès qu’elle dit « non ». Sauf que ça, ce n’est pas de la domination.

L’égalité, question de référentiel

Mais la plus régulière, et la plus chiante des réponses d’une certaine manière, c’est celle qui considère le féminisme comme un corporatisme d’activistes anti-hommes. Vous savez la vision à peine exagérée d’un groupuscule d’amazones qui errent dans les rues pour couper les couilles à ceux qui en ont encore. En fait, c’est la vision zémourienne de l’apocalypse.

Le féminisme c’est uniquement défendre les femmes en s’en prenant aux hommes. Ce qui défend des valeurs universelles devient une jalousie du pouvoir masculin, voire une recherche de l’inversion du schéma de domination. Ça donne des conversations de cet ordre :

« – C’est trop anti-hommes quoi, ça veut juste le pouvoir des femmes.

– Bah non ! On défend l’égalité, ni plus ni moins.

– Bah, en tout cas, certaines sont anti-hommes.feminist1

– Moi je n’en ai pas rencontrées. Tu t’y connais surement plus. Tu parles de qui ?

– (réponse vague)

– Donc, non seulement, tu ne sais pas de qui tu parles, mais en plus tu réduits tout le mouvement féministe à ça ? Est-ce que tu ne te dis pas que, dans une société de domination masculine, dès qu’on demande l’égalité on a l’air de défendre uniquement les femmes ? »

Ça pourrait ne pas être si grave si, derrière, les médias ne se permettaient pas de dire que c’est un scoop de rencontrer « un féminisme qui ne veut pas émasculer les hommes » Bref, l’égalité c’est une question de référentiel. C’est au point que ça nous rassure quand quelqu’un-e nous dit qu’on exagère. C’est à ce moment qu’on se dit qu’on est sur la bonne voie.

Comme on dit, «  le féminisme est un mode de pensée extrémiste qui consiste à croire que les femmes sont des êtres humains… »

Romain JAMMES

On a testé pour vous : la fête de la musique !

Ah qu’est-ce qu’on le kiff ce jour là. La fête de la musique a une saveur particulière. Pas de quoi se faire un monde, mais il y a quand même ce truc qui nous tient. Comme une sensation que tu ne retrouves pas souvent dans la plupart des villes françaises. Ce « truc » c’est pas seulement notre rapport à la musique, on en joue, on en écoute, mais comme beaucoup au final. Ce n’est pas non plus le solstice d’été, d’ailleurs on n’en a pas encore vu la couleur.

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C’est rien de tout ça, c’est plutôt la démonstration de la capacité créatrice de la population. Et ça, ça vaut de l’or. Mais c’est aussi un point d’étape : une évolution des goûts et des couleurs, de ce qui fait hocher les têtes aujourd’hui et pourquoi ?

Identité musicale

On est une génération bercée par la musique. Comme d’autres sûrement. Après les tourne-disques ou les radio-pirates, on a eu nos walkmans increvables, nos CD rayés gravés à la chaîne pour les potes et nos radio-libres qui rendaient les premières heures de cours difficiles à suivre.m1

Si j’ai eu une crise d’ado, elle a plutôt été musicale. J’ai rêvé au son des poum poum tchak, des vieux rap français et américains de la fin des années 90. Ils ont laissé place aux guitares électriques hyper saturées, aux baggys et sweats noirs avant que les rythmes folk, reggae et jazz viennent compléter le tableau chaotique pour ma 18e année. La Fac m’a lissé à tous les niveaux. Sauf politique peut-être. On apprend à bien s’exprimer, on échange les cultures, on oublie un peu d’où on vient, parfois. Arrivé à Paris le mélange bobo propret de la Sorbonne m’a définitivement vacciné. J’ai fait un retour rapide à mes premiers amours. Les Iam, NTM et autres, brandis comme une provocation à ce que je sentais ne pas être mon monde.

Bref, la musique ça a quelque-chose de notre identité. Ça dit beaucoup d’une génération : ses valeurs, son vécu, ses peurs et ses rêves ; sa diversité aussi. Elle peut être bourgeoise et conforme, hypocrite et haineuse. Elle peut être populaire et subversive, puissante et révolutionnaire.

Création et subversion

La musique a une portée  universelle. C’est ce qui rend le 21 juin si particulier. Ce jour anime tout le monde autour de cette part de soi, il la fête et il permet à chacun de s’assumer avec, y m3compris en tant que créateur. Car c’est là toute la majesté de la culture. Le réveil de la capacité créatrice. C’est le plus beau de tous les trésors car ce qu’il révèle c’est l’essence de la nature humaine qu’on réduit trop facilement aux tristes périodes de notre histoire ou la cupidité d’une poignée d’enfoirés. Elle est subversive par nature car elle vient d’en bas, elle structure, elle bouscule, comme une cocotte minute prête à exploser. Elle est belle parce qu’elle fait peur, on cherche à la contrôler, à l’enfermer dans un recoin minuscule comme on met en bout de table l’invité qui n’était pas vraiment.

D’une certaine manière, ce jour là elle se déculpabilise. C’est comme son anniversaire. C’est sa fête à elle car à côté des grandes scènes où on voit toujours ceux qu’on entend tous les jours à la radio, il y a ce gamin qui fait son premier concert devant ses potes et ses parents. Il y a ce groupe de punk qui joue devant les mamies du village. Il y a ces ami-e-s au coin d’une rue, devant un restau, ou une église, qui cherchent les pièces qui seront écoulées en bières quelques heures plus tard.

Besoin d’humanité

Mais je sens la musique subversive quand elle est humaine. Elle est humaine quand elle est imparfaite et unique. Elle a de l’âme car chaque musicien gratte son instrument différemment, emboîte le temps à sa manière, lance sa voix depuis le plus profond de ses tripes. Tout musicien à sa patte, le taux de souffle utilisé dans une trompette, lam5 puissance du touché sur le piano, l’émotion inimaginable qui passe dans une voix, l’infinité de nuance dans un étouffement de corde. C’est la place exacte des doigts dans un instrument sans frète, la bosse sur une caisse de résonance, le travail du temps sur le bois,…

Parfois ça déraille, la note est fausse, ou ce n’était pas celle qu’on attendait. Parfois elle vient toute seule, dans ce moment où la musique est allée plus vite que le cerveau. Surtout, il faut la laisser prendre le dessus. Elle est magnifique quand elle est brute comme le roc plus que lisse comme le marbre.

Seulement voilà, ce 21 juin, plus de boum boum électro sans saveur que de petites perles sorties de nulle-part. Les titres s’enchaînent et sont réguliers comme des métronomes, rien ne dépasse, rien ne transpire. C’est dansant, mais la perfection robotique me traverse comme un spectre sans m’arracher la moindre sensas’.

Je ne veux pas que mon analyse soit un jugement mais je ne peux m’empêcher d’avoir un malaise. C’est peut-être celui du vieux con qu’il y a en chacun de nous, ou celui de quelqu’un qui a peur qu’on perde, partout, de notre humanité.

On a testé pour vous, la fête. De la musique ?

Romain JAMMES

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Les femmes occultées du monde médiatique

Les médias sont un miroir très déformant de la réalité. Chacun à sa manière. Certains l’assument, c’est honnête de leur part, d’autres non, ce qui ne les empêche pas de prendre parti. L’essentiel c’est que dans son ensemble, le système médiatique est un appareil de production culturel puissant.

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Alors vous savez, nous on est parfois bassement marxistes mais il n’y a qu’à voir. L’appareil de production culturel c’est Lagardère, Boloré, Dassault, etc… Bref, les propriétaires de l’appareil de production industriel. Évidemment ce ne sont pas eux qui écrivent tous les articles. Mais on a tendance à penser que ça, ajouté aux conditions de travail des journalistes et à la course acharnée à l’audimat, ça a tendance à produire une culture dominante assez carabinée. « Culture dominante » ça fait un peu peur dit comme ça. Pas de théorie du complot ni de big brother qui organise tout, juste des représentations dominantes qui alimentent des systèmes de domination. Lequel par exemple ? La domination masculine.

« Hors du monde reléguées » dit la chanson. Allez, on teste ? Les femmes, c’est plus de 50% de l’humanité. J’ai pas les stats dans le Sud-Ouest, mais ça doit pas tourner très loin de la parité. Bref, la vie est bien foutue à ce niveau. Et comment La Dépêche du Midi voit les choses ? Est-ce que, comme ces saletés de féministes le prétendent, les femmes sont exclues des médias ? Et comment est-ce qu’elles y apparaissent ?

Petite étude statistique

Prenons donc La Dépêche du Midi de Toulouse datée d’aujourd’hui (NDLR : 16 avril). Nous avons en tout 80 photos dans lesquelles nous pouvons identifier des femmes et/ou des2 hommes. Pour 36 pages, c’est un torchon copieusement illustré.

Sur ces 80 photos **roulement de tambour** il y a 72 hommes et 22 femmes. Cela veut dire concrètement que les hommes apparaissent sur 90% des photos et les femmes sur 27,5% d’entre-elles. Ca fait déjà assez mal. Manifestement, l’actualité de La Dépêche du Midi ce n’est pas celle des femmes.

Allons un peu plus loin donc. Vous êtes des personnes très intelligentes qui ont remarqué que 72 et 22 ça fait 94 et non 80. Il y a en effet 14 photos sur lesquelles il y a au moins une femme et un homme. 14 photos, cela veut dire que dans 19,4% des cas où un ou plusieurs hommes sont sur une photo, ils sont accompagnés d’une ou plusieurs femmes. Cela veut dire aussi que dans 63,6% des cas, ce sont la ou les femmes qui sont accompagnées d’un ou plusieurs hommes. En résumé, la grande majorité des femmes apparaissant dans les illustrations du canard sont accompagnées d’hommes.

Au final, les femmes sans homme représentent 10% des illustrations, les hommes sans femme 72,5%. Le déséquilibre palpable prend une tournure bien plus politique.

Les femmes en minorité…

Revenons à notre culture dominante qui accompagne la domination masculine. La société patriarcale organise le maintien des femmes dans un état de minorité. C’est moins le 3cas aujourd’hui qu’à une certaine époque, mais c’est tout de même très présent. Certains symboles d’une culture moyenâgeuse persistent les « mademoiselle » ou le fait de prendre le nom de son mari. Heureusement, on n’a plus besoin de demander au père la main de sa fille, mais il reste une sacrée autorité morale dans les représentations collectives.

Persiste surtout un phénomène social et économique en France. Les femmes sont bien plus au chômage, elles occupent 80% des temps partiels, une majorité des Smicards sont des Smicardes. Elles sont nombreuses à être en totale dépendance de leur conjoint, ce qui les pousse à accepter l’inacceptable, jusqu’à la violence et le viol. Que la grande majorité des illustrations de femmes dans le journal contienne aussi un ou plusieurs hommes, s’intègre dans ce contexte. Le directeur du journal ne se dit pas « je vais rappeler aux femmes qu’elles doivent être soumises », mais il n’y prête pas attention et participe au message selon lequel une femme, dans l’espace public, est surtout accompagnée d’un homme.

La représentation des femmes

8 femmes seules sur 80 photos c’est une chose. Mais c’est qui ces femmes ?

  • 2 femmes sont ministres : elles ont un portrait et une courte description de leur patrimoine. Le troisième ministre du Grand Sud (un homme) y apparaît également. Ce sont les seules femmes en responsabilité de l’édition.
  • 1 femme de dos se tient l’épaule dans un court article (moins de 1000 signes) sur la santé. Un air de stéréotype de genre.
  • 1 femme a le visage flouté. Le sujet ce sont les travaux derrière elle, elle est donc transparente.1
  • 1 femme est la chroniqueuse culture qui fait un coup de cœur
  • 2 femmes sont des chanteuses, l’une pour un événement catho (oh la chance), l’autre a manifestement raconté des histoires sur sa vie sexuelle la moitié de la soirée
  • 1 femme sert d’illustration pour un site de rencontre, c’est original.

Bref, déjà ça fait pas bezef, mais si on identifie les femmes nommées, on en retire encore 3. En tout, 2 femmes sont mises en lien avec les relations amoureuses ou sexuelles, 3 sont liées à la culture et une avec le care. Un petit florilège de bon sens qui mériterait que des cisailles se perdent.

Parmi les femmes accompagnées, notons en p.2 et 3, celles qui apparaissent sont dans les bras d’hommes. What else ?

Le sexisme ordinaire, c’est aussi cette culture dominante de tous les jours. Celle qui efface les femmes de la sphère publique, ou celle qui les réduit à des corps pornographiés dans les publicités honteuses. La Dépêche du Midi n’est pas connu comme progressiste, mais je vous invite à faire la même expérience avec tous les quotidiens et de remarquer comment l’actualité est faite par les hommes, pour les hommes, dans un monde d’hommes.

Romain JAMMES

On a testé pour vous : rencontrer Angela Davis !

L’annonce de la venue d’Angela Davis à Toulouse avait secoué un peu la sphère militante. L’Utopia mettait en vente quelques places de son nouveau film qui ont disparu plus vite que des pains au chocolat devant une école. Un peu déçu, je m’étais contenté de l’édition spéciale de l’Huma dont l’encre coulait déjà de mes chaudes larmes impossibles à retenir. Putain, Angela Davis quoi ! C’est comme si Rosa Parks venait prendre un café à la maison.

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Oui mais voilà, ce jeudi, je reçois un SMS salvateur qui vient m’annoncer qu’une place est orpheline. Indigné par ce cruel abandon, je saute sur l’occasion et me lance dans une course poursuite avec le temps jusqu’au centre ville. Ma carte de transport, je l’ai prêté à un Cgtiste pour le congrès, ma sacoche est dans ma Ferrari au sous-sol. La borne de Vélo joue la loose et refuse ma carte. Me voilà à courir contre l’Autant sur les boulevards jusqu’à la prochaine. Je manque de tuer 3 personnes et arrive juste à temps pour l’ouverture des portes. Personne ne peut m’arrêter, pas plus qu’elle !angela4

Une petite histoire

Trève de lyrisme, la véritable épopée, c’est elle qui l’a faite. Angela Davis, c’est une fille de famille bourgeoise afro-américaine. Elle fait des études tout bien comme il faut, et part même en Europe pour les finir. Pendant tout ce temps, elle jette un œil envieux aux mouvements de résistance des afro-américains. Une fois retournée au pays, une polémique la met en lumière : son renvoi de l’Université de Californie pour son activisme politique. En filigrane, ça fait chier le gouvernement qu’une militante Che-Lumumba Club et des Black Panthers soit prof d’université.

Pour Angela, la libération des noirs passe par une révolution socialiste. Son féminisme, lui, découlera logiquement de sa volonté d’égalité et des freins qu’elle va subir, y compris dans ses propres organisations dans lesquelles la mise en avant d’hommes noirs comme leaders est théorisée.

Le procès

Je vous spoile pas la fin vous devez la connaître. Angela Davis s’engage dans le comité de soutien aux Frères Soledad, des prisonniers noirs américains accusés d’avoir assassiné un gardien après la mort d’un de leurs codétenus. Elle est accusée d’avoir organisé et participé à une prise d’otages qui a fini dans le sang, tuant notamment le plus jeune des frères.

Aussitôt elle est placée dans les 10 femmes les plus recherchées du FBI et traquée dans tout le pays. Une fois arrêtée, des comités de soutien se forment partout dans le monde pour sa libération. angela5Tout le monde regarde son procès sous l’angle de la lutte contre le racisme aux États-Unis et par extension dans le reste du monde. D’autre sous l’angle de la répression des communistes aux Etats-Unis. Finalement, les accusateurs vont choisir l’angle de l’amoureuse transie comme point d’attaque. Evidemment, le petit crâne des hommes blancs supérieurs qui mènent cette chasse, Angela Davis est une femme, donc sujette à des émotions incontrôlables la poussant à faire les crimes en question. La contre-attaque est toute nommée et va être la brèche à travers laquelle la défense va faire libérer la militante !

Les leçons

Allez bon, l’histoire, elle n’a pas de sens sans les leçons qu’on en tire. Elle serait folklorisée comme diraient les bouffons qui ont envahi la salle pour se mettre en spectacle à la fin. Déjà, elle montre la nécessité qu’on eu les mouvements contre le racisme à s’armer. Ce n’est pas par goût, c’est par nécessité et c’est malheureusement souvent en bravant les règles qu’on fait avancer la société. Ca nous renvoie à l’amnistie sociale bien sûr.

Ensuite, c’est l’imbrication des discriminations que met en lumière cette histoire. Angela Davis est discriminée en tant que noire, en tant que communiste et en tant que femme. Elle en a conscience et décide de contre-attaquer sur sa condition de femme. Il n’y a pas de discrimination qui mériterait moins d’indignation que l’autre. J’entends par là que trop de camarades vomissent le racisme et se trouvent bien plus timorés sur les questions féministes. Ils ont tort et nous leur montrerons quand nous attaquerons encore l’extrême-droite sur la question des droits des femmes avec autant de vigueur qu’à propos de son discours haineux sur l’immigration.

« Power to people ! »

Romain JAMMES

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