« Changez votre photo de profil »

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Les périodes de vives émotions ne sont pas toujours les meilleures pour réfléchir. Je ne nous prends pas pour des imbéciles, pas plus que je prends pour des psychopathes celles ceux qui essayent malgré tout de raisonner, voire d’apporter de l’humour à ce qui est effroyable. Je dis ça avant toute chose pour ne pas recevoir les sempiternelles remarques larmoyantes me rappelant qu’il y a des morts et qu’au fond, cela rend secondaire la nature de la commémoration qu’on leur porte. Je ne le pense pas, surtout quand des morts sont aussi politiques.

Dans la fanfare générale j’ai donc exprimé mon doute sur ces photos de profil aux filtres tricolores qui se multipliaient parmi mes « ami-e-s ». Que n’ai-je pas tourné 7 fois mes doigts dans ma bouche avant de blasphémer…

L’effroi de l’uniformité

Sans d’abord trop y réfléchir, j’ai eu un profond malaise à voir toutes ces photos de profil. Un malaise sans rapport aux trois couleurs car je suis profondément républicain, et comme la République a créé la nation, les symboles de la nation sont ceux de la République (même si tout le monde ne le voit pas comme ça). Ce malaise c’était la masse et l’uniformité du changement de photo de profil.1

Je n’ai bien sûr rien contre le principe de réactions massives face à de tels actes, ou même dans d’autres cas pour défendre une idée, ou ses droits… Mais la masse couplée à l’uniformité a clairement créé deux camps dans mes ami-e-s facebook : ceux qui l’ont et ceux qui ne l’ont pas. Avec comme corollaire 3 conséquences immédiates dans la communauté :

  • D’abord, l’effacement de toute autre forme d’expression liée aux événements. Ils existent, mais s’effacent devant une réaction si visible d’un coup d’œil et si partagée au sein de nos contacts.
  • Ensuite, le sentiment de culpabilité de ne pas réagir à la hauteur des événements quand la tristesse est aussi universellement partagée. En d’autres termes, on est tous dans le fond, et certains se baladent avec un badge « je suis dans le fond », au point qu’on se demande, comme on ne le porte pas spécialement, si on est pas un immonde connard qui n’est pas tant dans le fond que ça, ou si on va pas passer pour cet immonde connard sans ce badge.
  • Enfin, en lien avec les deux précédents, c’est l’injonction de porter la même chose. Elle s’opère par le collectif qui vous pousse à l’uniformité, mais aussi par Facebook qui met en place un système d’indignation en un clic (j’y reviendrai, mais il y a des pistes ici).

Il y a donc une espèce d’oppression dans le phénomène. Mais s’il ne s’agissait que de ma personne je m’en foutrais (quoi que…) Mais derrière cette oppression il y a un phénomène bien plus inquiétant qu’on a vu apparaître en janvier dernier.

L’unanimisme excluant

Ce phénomène c’est celui de l’unanimisme décrété. En janvier dernier, le « Je suis Charlie » était une réaction légitime aux attentats. Mais sa dérive en unanimisme a créé un malaise profond dans notre société et rejeté ceux qui ne s’y sentaient pas 2spécialement à l’aise, quelles que soient les raisons.

En clair, il y a eu une injonction collective à adhérer à la République, ce qui est la négation même de la République. Beaucoup de français ne se sentent pas en « Liberté, Égalité, Fraternité ». Souvent à raison, car ils sont montré du doigt pour leur origine, leur religion, leur sexualité ou leurs opinions politiques parfois. L’injonction a donc accentué un gouffre entre ces personnes et la République. Or, elle est, de mon point de vue, le meilleur outil pour combattre le fanatisme des terroristes : à travers ses valeurs, son universalité, ses services publics, son partage des richesses (pour le peu qu’il en reste).

Quand la plus grosse ordure politique pouvait dire « Je suis Charlie » et que beaucoup de citoyens honnêtes ne s’y reconnaissent pas, l’expression n’a plus vraiment le sens qu’elle voulait avoir au départ.

Ce phénomène, j’ai l’impression de le revivre, à une autre échelle, avec d’autres outils, mais dans la même logique contre-productive. La démonstration en a été les insultes et l’agressivité qui m’ont visé dans la simple interrogation des photos de profil partagées aussi bien par des ami-e-s bien à gauche et Florian Philippot, un des leaders du FN.

L’indignation comme produit

Enfin, pour le dessert, le malaise a aussi été celui de la proposition (ou l’injonction « Changez votre photo de profil ») de Facebook, ce qui n’était pas forcément le cas pour « Je suis Charlie ». Le réseau social en avait certainement tiré les leçons pour être fin prêt pour le prochain drame. (Et voulait en profiter ?)3

Le fait qu’une grande entreprise comme Facebook choisisse les formes de notre indignation n’a rien de très anodin. Au fond, tout objet moral ou physique qu’une firme capitaliste reprend est uniformisé dans la perspective d’une meilleure efficacité pour un meilleur rendement. Nous avons des maisons fabriquées toutes pareilles, des fringues toutes pareilles, des tables et des chaises bon marché toutes pareilles, des albums tous pareils que les standards nous imposent.

Nous n’avions pas, jusque-là, notre commémoration collective toute pareille. L’indignation et la résistance transformée en produit marketing. Mais on n’arrête pas le progrès.

Le samedi, une amie (qui avait la fameuse photo de profil, ce qui ne m’a pas empêché de la lire) a cité un commentaire sur le site de New-York Times :

« La France incarne tout ce que les fanatiques religieux haïssent : la jouissance de la vie ici, sur terre, d’une multitude de manières ; une tasse de café qui sent bon, accompagnée d’un croissant, un matin ; de belles femmes en robes courtes souriant librement dans la rue ; l’odeur du pain chaud ; une bouteille de vin partagée avec des amis, quelques gouttes de parfum, des enfants jouant au jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en Dieu, de ne pas s’inquiéter des calories, de flirter et de fumer, et de faire l’amour hors mariage, de prendre des vacances, de lire n’importe quel livre, d’aller à l’école gratuitement, de jouer, de rire, de débattre, de se moquer des prélats comme des hommes et des femmes politiques, de remettre les angoisses à plus tard : après la mort. Aucun pays ne profite aussi bien de la vie sur terre que la France. »

J’étais fier en lisant ça, fier de notre culture, de notre manière de vivre, de notre capacité à être subversifs, à briser des cadres. Mais cette photo de profil, c’est au fond diamétralement l’inverse de ce symbole. C’est la froideur de l’uniformité plutôt que la diversité qui nous rend vivant. C’est l’unanimisme autoritaire plutôt que la confrontation des points de vue et la raison comme seule guide…

Vive la République.

Romain JAMMES

Je n’ai pas d’humour…

Bon, voilà, ça c’est dit. Vous l’aurez un peu cherché, et en même temps ça va en rassurer certains : je n’ai pas d’humour. Je ne sais pas rire. À part « un homme qui rentre dans un café et plouf ! », j’ai rien à vous servir pour vous tordre le bide. Plus haut j’arrive pas c’est comme ça. Ça doit être dans les gênes ou un truc de cet ordre.

Ou si, je le tiens, c’est p’tete parce que je suis féministe. Ah mais oui ! Pourquoi j’y ai pas pensé ? C’est bien connu en plus, je suis con. Les2 féministes ont pas d’humour. Enfin disons que ceux qui se pensent drôle, ils pensent aussi que les féministes qui les trouvent pas drôle, bah c’est parce qu’elles/ils ont pas d’humour… Bon maintenant qu’on a trouvé le problème on va peut-être pouvoir avancer non ?

On peut rire de tout, mais…

Quand on a pas d’humour comme moi, y a souvent un mec (genre le mec drôle justement), qui vous dit « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». C’est le genre de phrase qui, dans la communauté très resserrée et hype des mecs drôles, fait une sorte d’autorité. C’est un peu le point Godwin de la discussion sur l’humour. Quand on dit ça on peut plus rien dire. Tu argumentes, et on te répond que tu es « n’importe qui ». J’imagine que c’est aussi une forme d’humour.

Cette magnifique phrase est de Desproges. Un maître de l’humour noir qui fait un peu office de divinité dans le domaine. Si vous voulez, les dieux, ce qui est assez marrant, c’est que concrètement on les voit jamais. Bon la différence avec Desproges c’est que lui a vraiment existé (oups j’ai perdu quelques croyants là). Mais bon, il y a assez peu de chance pour qu’il vienne à votre table vous raconter une blague maintenant. Passé ce détail, dans l’un et l’autre cas, y a toujours des gens pour le citer, et en le citant, pour se réclamer de son autorité symbolique. Sauf que voilà… vous n’êtes pas Desproges.

Vous n’êtes pas Desproges, parce que Desproges ne s’appuie pas bêtement sur des idées reçues qui alimentent une domination. Si vous préférez, faire une blague dont le message final est « les femmes sont…

  • connes, surtout les blondes »
  • bonnes qu’à faire la vaisselle »
  • bonnes qu’à être mères (et bon, à faire la vaisselle aussi) »
  • des salopes » (ou divers objets sexuels)
  • ou des amoureuses transies (oui des connes quoi !) qui se laissent emporter par leurs émotions (surtout quand elles ont leurs règles, vu qu’elles sont surtout des utérus) »

c’est simplement recracher primairement le message de la société patriarcale qui sert à alimenter la domination masculine. Y a pas moins subtil qu’une blague sur les blondes. D’ailleurs c’est tellement pas subtil qu’on sait déjà la fin quand ça commence par « C’est une blonde qui… ». Il n’y a pas plus bourrin qu’une énième illustration réduisant une femme à un bout de viande, d’un conformisme abruti dans un contexte de matraquage culturel. 3

Bref, de l’anti-Desproges. Lui prend à contre-pied les idées reçues, ou les tord de telle manière qu’elles n’ont plus rien à voir avec ce que le raciste, ou l’antisémite osera dire au comptoir. Quand il commence un sketch sur les juifs par ces deux phrases : « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle, vous pouvez rester. Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée que pendant la dernière guerre mondiale, beaucoup de juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi. » Il installe son contexte, sans reprendre bêtement celui que la société propose (du moins sur cet exemple).

Non, je n’ai pas d’humour quand j’entends ces blagues misogynes dégueulasses. Et il n’y en a pas de mieux qui rattrape le reste. Je gerbe devant les appels au viol cachés derrière vos plaisanteries. Je rage devant cette folklorisation de la prostitution qui oublie (et surtout qui n’en a rien à foutre) que ces femmes sont esclaves d’un système de proxénétisme inhumain.

En fin de compte, Desproges a raison en disant qu’on peut rire de tout. Mais encore faut-il être drôle. Car la supposition selon laquelle le « n’importe qui » est forcément celui qui va subir la blague vaseuse est déjà une interprétation douteuse. Ça me rappelle une histoire d’ailleurs. vous savez celle des médecins qui procédaient aux saignées pour soigner leurs patients au Moyen-Âge. Quand leur état empirait, les médecins disaient que le patient n’avait « pas répondu au traitement ». Manière de dire que le problème, ce n’est surtout pas le médecin.

La culture dominante et l’humour

Le fond du problème c’est que, humour ou pas, il y a des choses qui ne se disent pas. Ce n’est pas directement qu’elles font saigner nos sensibles oreilles. Je ne suis pas non plus partisan d’un flicage permanent qui irait écouter aux portes ce qui se dit. Simplement ce qui se dit publiquement a des conséquences sociales et s’ancre dans un contexte culturel.1

En conséquence, on ne peut pas prétendre qu’une blague, parce qu’elle serait une blague, échappe à cette règle. Ce serait ignorer que l’humour a toujours accompagné les discriminations et les dominations qui les accompagnent. Les colons se fendaient la poire en parlant des gentils indigènes pas très futés, toute l’Europe antisémite en parlant des Juifs cupides et complotistes. On se marre bien avec ces Arabes voleurs, violents et fainéants.

Non content de s’appuyer sur l’assise culturelle d’une domination, votre humour participe à sa résonance. C’est l’humour du dominant sur le dominé, la condescendance et le mépris déguisés en sourire.

Voilà pourquoi j’assume : « Je n’ai pas d’humour ».

Romain JAMMES

« Pas ce soir chéri, j’ai la migraine… »

Ce mythe, tout le monde le connaît. La migraine, la fatigue, on se lève tôt le matin, on a la flemme, il fait trop chaud, trop froid, trop moyen… Bref, dans un couple, parfois, bah on n’a pas trop envie de faire l’amour. Ça arrive, ça peut ne pas paraître grave avec du recul.

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Seulement voilà, dans une société patriarcale, nous, les mecs, on a envie donc on doit être satisfait. C’est comme ça, c’est la domination masculine. Alors comme il faut bien convaincre notre partenaire de passer au billot (avec des formes franchement moyennes parfois), on invente une culture de soumission volontaire. Alors Elle, grand magazine progressiste, s’est donc essayé à l’exercice. Un article, Faut-il se forcer à faire l’amour ?, qui est un exemple du genre. Et oui, ils sont bons élèves chez Elle !

Un curieux déséquilibre

Elle annonce tout de suite la couleur. On va vous parler de femmes. Oui parce que, je sais pas si vous étiez au courant, mais en fait le plaisir, pour Elle, c’est surtout un truc d’homme. Donc forcément, avoir envie de sexe c’est un truc masculin. Rassurez-vous, on n’en est pas au premier. On a toujours convaincu les hommes qu’ils avaient des besoins irrépressibles et qu’il fallait qu’ils les assouvissent. D’un autre côté, on a toujours pris soin de ne pas apprendre aux femmes l’étendue du plaisir qu’elles pouvaient avoir. On s’est même entêté jusqu’à leur ôter le clitoris, c’est vous dire si on est con.2

Bref, cette construction culturelle a plusieurs conséquences. On retrouve l’idée selon laquelle les femmes vont faire une faveur en couchant avec un homme. On a le droit à des variantes comme les femmes qui couchent par intérêt pour que leur cher et tendre répare l’étagère du salon. Plus dur, il y a l’idée que c’est un devoir (« Après tout, on est mariés merde ! »). Ou son corollaire : « Pour le maintien de mon couple, il faut bien que je me force un peu… »

Seulement, entre le « pour mon couple », « pour lui faire plaisir », « parce que c’est un devoir » et « pour pas qu’il me foute sur la gueule » y a parfois des nuances assez floues.

La culture normative

Alors l’article analyse un peu ce phénomène. Enfin, ce sont surtout des hommes scientifiques qui interrogent des témoignages de femmes. Histoire de  rien faire de travers. Pour couronner le tout, on a le droit à des psychologues-psychanalystes. De là à dire qu’on fait l’amour parce qu’on a envie de manger son caca il n’y a qu’un pas. Du coup, ce qui est sympa, c’est qu’on y apprend plein de choses très utiles :

  • Entre toutes les raisons pour se forcer, la moins grave, c’est « par amour ». Comme étude scientifique on a fait mieux. Une bonne petite pilule par amour ça passe tout de suite mieux hein. C’est un élément normatif qui n’a souvent pas d’autre rôle. Et il ne marche souvent que dans un sens : « Il m’a tapé dessus mais c’est parce qu’il m’aime ! » Oh c’est mignon…
  • « Dire non très clairement peut souvent dégénérer en une dispute », « C’est une manière de ne pas vexer mon fiancé ». On sort bien du cadre du plaisir ou de l’amour, c’est clairement pour ne pas subir une forme de répression même si l’article l’aborde de manière anodine. On lit même que c’est « pour ne pas blesser son partenaire plus que par abnégation » hum… C’est quoi la différence ?
  • « Si j’ai parfois la flemme de m’y mettre, je ne regrette jamais après », « L’appétit vient en mangeant ». Traduction pour les hommes : Ne vous en faites pas, si elles disent NON au début, ce sera OUI après. Traduction pour les femmes : allez quoi, ça fait mal au début, après ça va mieux !
  • Si ce sujet est « tabou » c’est que nous sommes dans « une société qui érige la libido en valeur maîtresse » dans le couple. Marrant comme l’article réduit la portée d’une pratique qui a plusieurs siècles (voire millénaires).
  • « La femme ne se refuse pas mais dit à son mari : “Dépêche-toi, qu’on en finisse”, ce qui est encore plus violent que de dire non. » D’après l’article, c’est le refus qui est violent, pas la fatalité de la femme qui est forcée. Entre nous, quand on sait qu’on va être torturée, on veut que ce soit le plus court possible.3

Je suis pas en train de dire que l’article fait consciemment l’apologie du viol. Le phénomène est en recul et pris isolement n’est pas si grave. Moi qui ne subis pas la domination masculine et les injonctions qui l’accompagnent, qui ne suis pas pornographié au quotidien et réduit à mon physique comme un outil pour baiser, il m’est arrivé de me forcer sans traumatisme psychologique. Mais prendre uniquement le cas de femmes, sans préciser pourquoi et en décontextualisant, c’est trop gros pour ne pas être une grossière manipulation.

Bref, un article très joyeux qui se conclut sur deux notes qui encensent tout le message. Il faut fermer sa gueule comme dit Lucie : « Mon mot d’ordre ? N’avoue jamais ! Pour préserver un peu de magie, il faut bien garder une part de mystère et d’intime, non ? » et le mot de la fin pour Docteur Nasio : « C’est un acte de maturité ». Vous kiffez ?

Romain JAMMES


Vous avez un problème avec l’égalité ?

Bon c’est pas tout ça les vacances, mais faudrait peut-être s’y remettre. Au-delà du petit carnet de voyage improvisé que je vous ai fait partager, il faut que je vous raconte. L’été, c’est un espace concentré de rencontres en tous genres. Des gens qu’on ne rencontre pas d’habitude. Soit ils habitent à l’autre bout de la terre, soit on a soigneusement fait en sorte de ne pas trop les croiser. Mais bon, là, c’est les vacances. Alors…

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Bref, entre le premier et le dernier contact (de nature aussi variée comme quand c’est les vacances quoi), il se passe plein de trucs passionnants. Et vous commencez à me connaître, au bout de quelques minutes, le mot obus, celui qui n’aurait pas dû s’inviter dans la conversation (d’après certain-e-s), vient interrompre un monde qui, jusque-là, tournait parfaitement rond : le féminisme.

« Ah, ouais non le féminisme c’est pas trop mon truc… »

Le militant-e-s féministes ne seront pas surpris-es. En général, le féminisme c’est « le truc » de pas grand monde. Ça surprend pas comme ça, pourtant on pourrait se dire : « ah toi, ton truc, c’est de piétiner les femmes ? » Mais on est (parfois) trop poli-e-s. Au-delà des réactions classiques que j’ai déjà décrites et qui sont une nouvelle fois apparues, j’ai quelques perles à vous offrir. Ce sont parfois des interrogations intéressantes, parfois de vrais horreurs. Je vous laisse juger.

  • « Le féminisme c’est juste du paraître, faire semblant d’être parfait. » 

C’est peut-être la moins stupide des interrogations. Même si ça révèle une connaissance très partielle du mouvement féministe. Est-ce que le féminisme est une police du comportement ? Pas vraiment. Mais une chose est certaine, nous avons toutes, et surtout tous, des comportements déterminés par la société patriarcale et qui relaient une certaine domination. Quand on est féministes, on essaye de les limiter. Et à l’inverse, quand quelqu’un a un comportement sexiste, on ne va pas se gêner pour lui faire remarquer. Hein ?!! Quand même ! Mais de là à réduire le mouvement féministe à ça…

  • « Mais t’es maso non ? »images

Evidemment : si je suis féministe, c’est parce que j’aime souffrir. D’ailleurs, j’ai hésité un moment entre le féminisme et fakir (non pas le journal, le mec qui s’allonge sur des pics et travers des allées de braises chaudes). Plus sérieusement, on a tous un avantage, en tant qu’être humain, à vivre dans une société féministe. Déjà parce que moins de domination c’est plus d’apaisement général et ensuite parce qu’on est aussi sacrément déterminés, en tant qu’homme, à avoir un comportement irréprochable de mâle dominant.

  • « J’ai rien contre les femmes mais… » et sa variante plus connue : « j’aime les femmes mais… »

Quelle horreur ! La suite de la phrase ne sert plus à rien, la première partie en dit déjà trop. Le « mais » qui conclut suppose en plus que ce qui suit va être encore pire. Vous savez, je suis le genre de mec qui ne cherche pas trop à avoir à tout prix un casier judiciaire (bon si c’est pour coup et blessure sur misogyne ce sera presque une médaille). Donc, par un élan pacifiste, mon cerveau bloque comme un fusible évite la catastrophe. Je tiens à ma santé merde. Bref, le mec (en général) en prend quand même pour son grade. Je ne suis pas sûr que beaucoup perçoivent que je me retiens, en plus.

  • « Mais y a des différences quand même ! »

Derrière cette remarque, se cache un grave problème de langue française. Bon, en réalité, c’est une rhétorique de mauvaise foi relayée par la propagande patriarcale. Défendre l’égalité, c’est combattre les inégalités. Egalité et inégalités, c’est le contraire (ne riez pas ce n’est pas si évident pour tout monde apparemment). L’inverse d’inégalité, ce n’est pas « uniformité ». Donc, tous les individus continuent d’être différents et bien plus d’ailleurs puisque le but et d’arrêter de les enfermer dans des rôles en fonction de leur genre.

  • « Mais les femmes elles aiment se faire dominer au fond ! »

Mon sang ne fait qu’un tour. Non, la personne que vous avez devant vous n’est pas en train de dire qu’il y a une intégration des valeurs patriarcales de la part de nombreuses femmes. Sinon, il serait le premier à dire qu’il faut d’autant plus combattre la culture dominante. En 2810720570_1général, elle se base sur des sérieuses idées reçues alimentées par une ou deux interprétations biaisées de son vécu relationnel (ou celui de ses proches). Est-ce qu’une femme aime se faire frapper par son mari ? Non. Est-ce qu’elle peut aimer devoir demander une autorisation pour sortir, travailler, avoir un compte en banque, des loisirs, bref, pour vivre ? Non. Est-ce qu’elle aime être dépendante d’un mari qui amène toute la tune à la baraque pendant qu’elle se tue aux tâches ménagères ? Non. C’est ça la domination pourtant. Je suppose que, dans certains esprits, elle se résume au fait que, parfois (et loin de moi l’idée que c’est anodin), elles aiment être plaquées brusquement contre le mur pour un baiser fougueux (ou plus), elles aiment ces jeux qui, à tout moment, peuvent s’arrêter ou se renverser. En somme, elles peuvent aimer ce semblant de domination qui cesse dès qu’elle dit « non ». Sauf que ça, ce n’est pas de la domination.

L’égalité, question de référentiel

Mais la plus régulière, et la plus chiante des réponses d’une certaine manière, c’est celle qui considère le féminisme comme un corporatisme d’activistes anti-hommes. Vous savez la vision à peine exagérée d’un groupuscule d’amazones qui errent dans les rues pour couper les couilles à ceux qui en ont encore. En fait, c’est la vision zémourienne de l’apocalypse.

Le féminisme c’est uniquement défendre les femmes en s’en prenant aux hommes. Ce qui défend des valeurs universelles devient une jalousie du pouvoir masculin, voire une recherche de l’inversion du schéma de domination. Ça donne des conversations de cet ordre :

« – C’est trop anti-hommes quoi, ça veut juste le pouvoir des femmes.

– Bah non ! On défend l’égalité, ni plus ni moins.

– Bah, en tout cas, certaines sont anti-hommes.feminist1

– Moi je n’en ai pas rencontrées. Tu t’y connais surement plus. Tu parles de qui ?

– (réponse vague)

– Donc, non seulement, tu ne sais pas de qui tu parles, mais en plus tu réduits tout le mouvement féministe à ça ? Est-ce que tu ne te dis pas que, dans une société de domination masculine, dès qu’on demande l’égalité on a l’air de défendre uniquement les femmes ? »

Ça pourrait ne pas être si grave si, derrière, les médias ne se permettaient pas de dire que c’est un scoop de rencontrer « un féminisme qui ne veut pas émasculer les hommes » Bref, l’égalité c’est une question de référentiel. C’est au point que ça nous rassure quand quelqu’un-e nous dit qu’on exagère. C’est à ce moment qu’on se dit qu’on est sur la bonne voie.

Comme on dit, «  le féminisme est un mode de pensée extrémiste qui consiste à croire que les femmes sont des êtres humains… »

Romain JAMMES

On a testé pour vous : la fête de la musique !

Ah qu’est-ce qu’on le kiff ce jour là. La fête de la musique a une saveur particulière. Pas de quoi se faire un monde, mais il y a quand même ce truc qui nous tient. Comme une sensation que tu ne retrouves pas souvent dans la plupart des villes françaises. Ce « truc » c’est pas seulement notre rapport à la musique, on en joue, on en écoute, mais comme beaucoup au final. Ce n’est pas non plus le solstice d’été, d’ailleurs on n’en a pas encore vu la couleur.

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C’est rien de tout ça, c’est plutôt la démonstration de la capacité créatrice de la population. Et ça, ça vaut de l’or. Mais c’est aussi un point d’étape : une évolution des goûts et des couleurs, de ce qui fait hocher les têtes aujourd’hui et pourquoi ?

Identité musicale

On est une génération bercée par la musique. Comme d’autres sûrement. Après les tourne-disques ou les radio-pirates, on a eu nos walkmans increvables, nos CD rayés gravés à la chaîne pour les potes et nos radio-libres qui rendaient les premières heures de cours difficiles à suivre.m1

Si j’ai eu une crise d’ado, elle a plutôt été musicale. J’ai rêvé au son des poum poum tchak, des vieux rap français et américains de la fin des années 90. Ils ont laissé place aux guitares électriques hyper saturées, aux baggys et sweats noirs avant que les rythmes folk, reggae et jazz viennent compléter le tableau chaotique pour ma 18e année. La Fac m’a lissé à tous les niveaux. Sauf politique peut-être. On apprend à bien s’exprimer, on échange les cultures, on oublie un peu d’où on vient, parfois. Arrivé à Paris le mélange bobo propret de la Sorbonne m’a définitivement vacciné. J’ai fait un retour rapide à mes premiers amours. Les Iam, NTM et autres, brandis comme une provocation à ce que je sentais ne pas être mon monde.

Bref, la musique ça a quelque-chose de notre identité. Ça dit beaucoup d’une génération : ses valeurs, son vécu, ses peurs et ses rêves ; sa diversité aussi. Elle peut être bourgeoise et conforme, hypocrite et haineuse. Elle peut être populaire et subversive, puissante et révolutionnaire.

Création et subversion

La musique a une portée  universelle. C’est ce qui rend le 21 juin si particulier. Ce jour anime tout le monde autour de cette part de soi, il la fête et il permet à chacun de s’assumer avec, y m3compris en tant que créateur. Car c’est là toute la majesté de la culture. Le réveil de la capacité créatrice. C’est le plus beau de tous les trésors car ce qu’il révèle c’est l’essence de la nature humaine qu’on réduit trop facilement aux tristes périodes de notre histoire ou la cupidité d’une poignée d’enfoirés. Elle est subversive par nature car elle vient d’en bas, elle structure, elle bouscule, comme une cocotte minute prête à exploser. Elle est belle parce qu’elle fait peur, on cherche à la contrôler, à l’enfermer dans un recoin minuscule comme on met en bout de table l’invité qui n’était pas vraiment.

D’une certaine manière, ce jour là elle se déculpabilise. C’est comme son anniversaire. C’est sa fête à elle car à côté des grandes scènes où on voit toujours ceux qu’on entend tous les jours à la radio, il y a ce gamin qui fait son premier concert devant ses potes et ses parents. Il y a ce groupe de punk qui joue devant les mamies du village. Il y a ces ami-e-s au coin d’une rue, devant un restau, ou une église, qui cherchent les pièces qui seront écoulées en bières quelques heures plus tard.

Besoin d’humanité

Mais je sens la musique subversive quand elle est humaine. Elle est humaine quand elle est imparfaite et unique. Elle a de l’âme car chaque musicien gratte son instrument différemment, emboîte le temps à sa manière, lance sa voix depuis le plus profond de ses tripes. Tout musicien à sa patte, le taux de souffle utilisé dans une trompette, lam5 puissance du touché sur le piano, l’émotion inimaginable qui passe dans une voix, l’infinité de nuance dans un étouffement de corde. C’est la place exacte des doigts dans un instrument sans frète, la bosse sur une caisse de résonance, le travail du temps sur le bois,…

Parfois ça déraille, la note est fausse, ou ce n’était pas celle qu’on attendait. Parfois elle vient toute seule, dans ce moment où la musique est allée plus vite que le cerveau. Surtout, il faut la laisser prendre le dessus. Elle est magnifique quand elle est brute comme le roc plus que lisse comme le marbre.

Seulement voilà, ce 21 juin, plus de boum boum électro sans saveur que de petites perles sorties de nulle-part. Les titres s’enchaînent et sont réguliers comme des métronomes, rien ne dépasse, rien ne transpire. C’est dansant, mais la perfection robotique me traverse comme un spectre sans m’arracher la moindre sensas’.

Je ne veux pas que mon analyse soit un jugement mais je ne peux m’empêcher d’avoir un malaise. C’est peut-être celui du vieux con qu’il y a en chacun de nous, ou celui de quelqu’un qui a peur qu’on perde, partout, de notre humanité.

On a testé pour vous, la fête. De la musique ?

Romain JAMMES

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Les femmes occultées du monde médiatique

Les médias sont un miroir très déformant de la réalité. Chacun à sa manière. Certains l’assument, c’est honnête de leur part, d’autres non, ce qui ne les empêche pas de prendre parti. L’essentiel c’est que dans son ensemble, le système médiatique est un appareil de production culturel puissant.

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Alors vous savez, nous on est parfois bassement marxistes mais il n’y a qu’à voir. L’appareil de production culturel c’est Lagardère, Boloré, Dassault, etc… Bref, les propriétaires de l’appareil de production industriel. Évidemment ce ne sont pas eux qui écrivent tous les articles. Mais on a tendance à penser que ça, ajouté aux conditions de travail des journalistes et à la course acharnée à l’audimat, ça a tendance à produire une culture dominante assez carabinée. « Culture dominante » ça fait un peu peur dit comme ça. Pas de théorie du complot ni de big brother qui organise tout, juste des représentations dominantes qui alimentent des systèmes de domination. Lequel par exemple ? La domination masculine.

« Hors du monde reléguées » dit la chanson. Allez, on teste ? Les femmes, c’est plus de 50% de l’humanité. J’ai pas les stats dans le Sud-Ouest, mais ça doit pas tourner très loin de la parité. Bref, la vie est bien foutue à ce niveau. Et comment La Dépêche du Midi voit les choses ? Est-ce que, comme ces saletés de féministes le prétendent, les femmes sont exclues des médias ? Et comment est-ce qu’elles y apparaissent ?

Petite étude statistique

Prenons donc La Dépêche du Midi de Toulouse datée d’aujourd’hui (NDLR : 16 avril). Nous avons en tout 80 photos dans lesquelles nous pouvons identifier des femmes et/ou des2 hommes. Pour 36 pages, c’est un torchon copieusement illustré.

Sur ces 80 photos **roulement de tambour** il y a 72 hommes et 22 femmes. Cela veut dire concrètement que les hommes apparaissent sur 90% des photos et les femmes sur 27,5% d’entre-elles. Ca fait déjà assez mal. Manifestement, l’actualité de La Dépêche du Midi ce n’est pas celle des femmes.

Allons un peu plus loin donc. Vous êtes des personnes très intelligentes qui ont remarqué que 72 et 22 ça fait 94 et non 80. Il y a en effet 14 photos sur lesquelles il y a au moins une femme et un homme. 14 photos, cela veut dire que dans 19,4% des cas où un ou plusieurs hommes sont sur une photo, ils sont accompagnés d’une ou plusieurs femmes. Cela veut dire aussi que dans 63,6% des cas, ce sont la ou les femmes qui sont accompagnées d’un ou plusieurs hommes. En résumé, la grande majorité des femmes apparaissant dans les illustrations du canard sont accompagnées d’hommes.

Au final, les femmes sans homme représentent 10% des illustrations, les hommes sans femme 72,5%. Le déséquilibre palpable prend une tournure bien plus politique.

Les femmes en minorité…

Revenons à notre culture dominante qui accompagne la domination masculine. La société patriarcale organise le maintien des femmes dans un état de minorité. C’est moins le 3cas aujourd’hui qu’à une certaine époque, mais c’est tout de même très présent. Certains symboles d’une culture moyenâgeuse persistent les « mademoiselle » ou le fait de prendre le nom de son mari. Heureusement, on n’a plus besoin de demander au père la main de sa fille, mais il reste une sacrée autorité morale dans les représentations collectives.

Persiste surtout un phénomène social et économique en France. Les femmes sont bien plus au chômage, elles occupent 80% des temps partiels, une majorité des Smicards sont des Smicardes. Elles sont nombreuses à être en totale dépendance de leur conjoint, ce qui les pousse à accepter l’inacceptable, jusqu’à la violence et le viol. Que la grande majorité des illustrations de femmes dans le journal contienne aussi un ou plusieurs hommes, s’intègre dans ce contexte. Le directeur du journal ne se dit pas « je vais rappeler aux femmes qu’elles doivent être soumises », mais il n’y prête pas attention et participe au message selon lequel une femme, dans l’espace public, est surtout accompagnée d’un homme.

La représentation des femmes

8 femmes seules sur 80 photos c’est une chose. Mais c’est qui ces femmes ?

  • 2 femmes sont ministres : elles ont un portrait et une courte description de leur patrimoine. Le troisième ministre du Grand Sud (un homme) y apparaît également. Ce sont les seules femmes en responsabilité de l’édition.
  • 1 femme de dos se tient l’épaule dans un court article (moins de 1000 signes) sur la santé. Un air de stéréotype de genre.
  • 1 femme a le visage flouté. Le sujet ce sont les travaux derrière elle, elle est donc transparente.1
  • 1 femme est la chroniqueuse culture qui fait un coup de cœur
  • 2 femmes sont des chanteuses, l’une pour un événement catho (oh la chance), l’autre a manifestement raconté des histoires sur sa vie sexuelle la moitié de la soirée
  • 1 femme sert d’illustration pour un site de rencontre, c’est original.

Bref, déjà ça fait pas bezef, mais si on identifie les femmes nommées, on en retire encore 3. En tout, 2 femmes sont mises en lien avec les relations amoureuses ou sexuelles, 3 sont liées à la culture et une avec le care. Un petit florilège de bon sens qui mériterait que des cisailles se perdent.

Parmi les femmes accompagnées, notons en p.2 et 3, celles qui apparaissent sont dans les bras d’hommes. What else ?

Le sexisme ordinaire, c’est aussi cette culture dominante de tous les jours. Celle qui efface les femmes de la sphère publique, ou celle qui les réduit à des corps pornographiés dans les publicités honteuses. La Dépêche du Midi n’est pas connu comme progressiste, mais je vous invite à faire la même expérience avec tous les quotidiens et de remarquer comment l’actualité est faite par les hommes, pour les hommes, dans un monde d’hommes.

Romain JAMMES

On a testé pour vous : rencontrer Angela Davis !

L’annonce de la venue d’Angela Davis à Toulouse avait secoué un peu la sphère militante. L’Utopia mettait en vente quelques places de son nouveau film qui ont disparu plus vite que des pains au chocolat devant une école. Un peu déçu, je m’étais contenté de l’édition spéciale de l’Huma dont l’encre coulait déjà de mes chaudes larmes impossibles à retenir. Putain, Angela Davis quoi ! C’est comme si Rosa Parks venait prendre un café à la maison.

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Oui mais voilà, ce jeudi, je reçois un SMS salvateur qui vient m’annoncer qu’une place est orpheline. Indigné par ce cruel abandon, je saute sur l’occasion et me lance dans une course poursuite avec le temps jusqu’au centre ville. Ma carte de transport, je l’ai prêté à un Cgtiste pour le congrès, ma sacoche est dans ma Ferrari au sous-sol. La borne de Vélo joue la loose et refuse ma carte. Me voilà à courir contre l’Autant sur les boulevards jusqu’à la prochaine. Je manque de tuer 3 personnes et arrive juste à temps pour l’ouverture des portes. Personne ne peut m’arrêter, pas plus qu’elle !angela4

Une petite histoire

Trève de lyrisme, la véritable épopée, c’est elle qui l’a faite. Angela Davis, c’est une fille de famille bourgeoise afro-américaine. Elle fait des études tout bien comme il faut, et part même en Europe pour les finir. Pendant tout ce temps, elle jette un œil envieux aux mouvements de résistance des afro-américains. Une fois retournée au pays, une polémique la met en lumière : son renvoi de l’Université de Californie pour son activisme politique. En filigrane, ça fait chier le gouvernement qu’une militante Che-Lumumba Club et des Black Panthers soit prof d’université.

Pour Angela, la libération des noirs passe par une révolution socialiste. Son féminisme, lui, découlera logiquement de sa volonté d’égalité et des freins qu’elle va subir, y compris dans ses propres organisations dans lesquelles la mise en avant d’hommes noirs comme leaders est théorisée.

Le procès

Je vous spoile pas la fin vous devez la connaître. Angela Davis s’engage dans le comité de soutien aux Frères Soledad, des prisonniers noirs américains accusés d’avoir assassiné un gardien après la mort d’un de leurs codétenus. Elle est accusée d’avoir organisé et participé à une prise d’otages qui a fini dans le sang, tuant notamment le plus jeune des frères.

Aussitôt elle est placée dans les 10 femmes les plus recherchées du FBI et traquée dans tout le pays. Une fois arrêtée, des comités de soutien se forment partout dans le monde pour sa libération. angela5Tout le monde regarde son procès sous l’angle de la lutte contre le racisme aux États-Unis et par extension dans le reste du monde. D’autre sous l’angle de la répression des communistes aux Etats-Unis. Finalement, les accusateurs vont choisir l’angle de l’amoureuse transie comme point d’attaque. Evidemment, le petit crâne des hommes blancs supérieurs qui mènent cette chasse, Angela Davis est une femme, donc sujette à des émotions incontrôlables la poussant à faire les crimes en question. La contre-attaque est toute nommée et va être la brèche à travers laquelle la défense va faire libérer la militante !

Les leçons

Allez bon, l’histoire, elle n’a pas de sens sans les leçons qu’on en tire. Elle serait folklorisée comme diraient les bouffons qui ont envahi la salle pour se mettre en spectacle à la fin. Déjà, elle montre la nécessité qu’on eu les mouvements contre le racisme à s’armer. Ce n’est pas par goût, c’est par nécessité et c’est malheureusement souvent en bravant les règles qu’on fait avancer la société. Ca nous renvoie à l’amnistie sociale bien sûr.

Ensuite, c’est l’imbrication des discriminations que met en lumière cette histoire. Angela Davis est discriminée en tant que noire, en tant que communiste et en tant que femme. Elle en a conscience et décide de contre-attaquer sur sa condition de femme. Il n’y a pas de discrimination qui mériterait moins d’indignation que l’autre. J’entends par là que trop de camarades vomissent le racisme et se trouvent bien plus timorés sur les questions féministes. Ils ont tort et nous leur montrerons quand nous attaquerons encore l’extrême-droite sur la question des droits des femmes avec autant de vigueur qu’à propos de son discours haineux sur l’immigration.

« Power to people ! »

Romain JAMMES

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On a testé pour vous : les bienfaits du sperme !

Vous en avez rêvé ? Ils l’ont fait ! Quelle énergie, mais QUELLE ÉNERGIE… doit on dépenser, quand on est un homme, pour convaincre encore et encore (et encore ?) les femmes (allez je devrais dire LA femme) des bienfaits de la répartition actuelle des tâches. Argumenter et argumenter pour ne pas avoir à cogner pour se faire entendre (on y a pas encore renoncé) devient un sport national.

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Heureusement pour nous, pauvres hommes opprimés par cette nécessité constante de devoir justifier notre domination, il existe l’homo-phallo-scientificus. Cet être est un dérivé de l’homo-phallo-sapiens qui tire son nom des étapes successives de son processus cérébral. Cet homo-phallo-scientificus, comme nous l‘avons déjà vu sur L’Art et la Manière, s’est révélé fort utile. Il a très pragmatiquement démontré l’intérêt pour les femmes de faire le ménage, et a vaillamment permis aux hommes de s’esquiver au nom de la survie du couple. Mais que serait tout ce travail si on ne rappelait pas aux femmes qu’elles sont hystériques, puis surtout en période d’ovulation, histoire de leur jeter leur utérus à la gueule dès qu’on en a l’occasion.

Et le sexe dans tout ça ?

Seulement voilà, une femme qui ne fait que le ménage, c’est pratique mais ça fait pas bezef. L’homo-phallo-sapiens a des besoins, du moins c’est ce qu’il pense. Et même si ça faisait plaisir aux réglementaristes, il ne peut pas tous les quat’ matins aller se vider dans un corps loué à la sauvette pour l’occasion. Mais il ne peut pas non plus expliquer à sa femme la source de son plaisir et lui donner envie de faire l’amour. Il ne l’a pas cachée, voire mutilée pendant toutes ces années pour rien. Le caractère subversif du clito risque de le souffler dans un torrent dévastateur d’émancipation. sp4

Non, non… L’homo-phallo-sapiens a plusieurs tactiques. Pendant longtemps il y a eu le « devoir conjugal », c’est d’ailleurs toujours un motif de divorce, mais plus de viol. Il sait également maintenir sa femme dans une dépendance économique certaine grâce aux structures de la société savamment étudiées pour cela. L’homo-phallo-sapiens fait aussi appel à son cousin scientifique pour expliquer que la fellation est le ciment du couple. Histoire de mettre toutes les chances de son côté. Mais mesdames messieurs, comme rien ne l’arrête, il a testé pour vous : tous les bienfaits du sperme !

A glou glou !

Il faut avouer une chose. Je connais pas beaucoup d’hommes qui ne sur-kiffent pas la fellation. C’est un plaisir tout particulier, tout en finesse, qui n’a pas vraiment d’égal. Il faut avouer aussi qu’au point Femina_13_Femme_Yaourt_400culminant, si la fille (ou le mec ?) s’arrête, et bien on a énooooooormément moins de plaisir. Mais c’est son droit. Seulement chez l’homo-phallo-sapiens, les droits des femmes se trouvent dans un côté très retranché du sapiens. C’est tellement bien enfoui que la plupart ne vont jamais s’y aventurer, c’est fou hein ?

Alors donc, l’homo-phallo-sapiens qui aime bien quand une femme vient goulûment lui aspirer son saint liquide séminal, va appeler l’homo-phallo-scientificus à la rescousse. Ainsi naquit la magnifique théorie selon laquelle le sperme est un antidépresseur pour les femmes. Oui, pour les femmes, car l’homo-phallo-sapiens a horreur de l’homosexualité, ça lui rappelle que lui aussi peut être enculé, ce qui, dans ses représentations étriquées, le descend immédiatement de son piédestal de dominant. Alors femmes émotionnelles, hystériques et stressées, bref, toutes les femmes selon l’homo-phallo-sapiens, ne faites plus semblant de ne pas savoir !

Évidemment, comme l’homo-phallo-sapiens a plus d’une corde à son arc. Il en a prévu pour celles qui n’ont pas trop besoin d’antidépresseurs. Sait-on jamais. l’homo-phallo-scientificus explique donc que le sperme permet d’aider à maigrir et à se protéger du cancer. Ça tombe bien, l’homo-phallo-sapiens matraque en permanence une image de la femme svelte et uniforme ultra normative. Il définit les règles et apporte les solutions. Mesdames, pour maigrir il faut accélérer les mises en bouches.sp

C’est qu’au fond cette créature masculine est prête à tout pour arriver à ses fins. Il vous convainc que vous êtes des cruches, le sperme vous rendra bientôt intelligente. Il veut vous badigeonner votre corps de sa substance huileuse ? Il vous prouvera que c’est bon pour la peau. Il veut pouvoir disposer de votre corps pour se soulager, il vous explique que ses pulsions sont naturelles et crée un réseau d’esclavage dédié à son plaisir.

Oh, il y aurait bien une chose à laquelle il n’a pas pensé : partager le plaisir. Avouer ce qui nous fait beaucoup de plaisir, et chercher à faire plaisir à l’autre. L’avantage, c’est que quand on le partage, on n’a pas moins de plaisir pour autant. L’inconvénient, pour l’homo-phallo-sapiens c’est qu’à travers cette méthode, il y a aussi, une nette prise vers l’égalité.

On a testé pour vous : les bienfaits du sperme.

Romain JAMMES

On a testé pour vous : Les femmes objets

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Peut être que quelques uns d’entre vous sont au courant mais la semaine dernière nous étions, avec Romain de retour sur Paris. Enfin « Paris », il faut le dire vite. Pour être plus précis, nous sommes retournés dans notre banlieue natale : l’Essonne. Comment vous dire ? L’Essonne c’est sympa, soit on profite du calme de sa campagne, de ses bois, de ses marais et on s’emmerde, soit on zone sur les avenues et les dalles pour s’emmerder aussi. Pas l’ombre d’une expo, d’une pièce de théâtre ni la rumeur d’un concert un peu rock’n’roll. Alors après avoir apprécié les retrouvailles familiales et leurs interminables repas, le seul espoir de trouver l’inspiration, la poésie, la muse pour nous accompagner dans notre lutte permanente, était de monter dans le premier omnibus.

Nous étions donc partis pour une journée Q. ulture (oui! Avec un gros Q) sur Paris. Au programme: l’expo Dali au centre Georges Pompidou. Frais et dispo pour accueillir dans nos encéphales les dégoulinantes peintures de Dali vues mille fois, nous marchions d’un pas décidé en direction du bâtiment aux gros tuyaux. Mais là, ce fut la désillusion. Nous avions oublié que dans la ville lumière, il fallait obligatoirement se farcir 3 heures d’attente et payer 10 euros pour voir une exposition sur artiste un peu reconnu.

SONY DSCPour la suite, je ne sais pas si vous avez vu la Haine de Mathieu Kassovitz mais ça ressemble un peu à ça. Nous déambulions comme trois banlieusards perdus dans cette ville à l’architecture bien plus chiadée que nos zones pavillonnaires et nos barres de bétons. C’est donc presque honteux que nous avons échoué aux Musée d’Art Moderne. Un coût d’œil au prix, trois euros. C’était raisonnable, nous sommes donc rentrés sans savoir ce qui nous attendait. Elle était là, au détour d’un escalier glauque tapissé par le visage de cette femme aux lèvres énormes. Il y avait une tête penchée et un de ces regards qui dérange. En fond sonore, pétardait une musique punk à nous jeter sur un trottoir comme de vulgaires objets. Le décor était planté, l’expo pouvait commencer.

Linder : femme/objet

Linder, c’est Linder Sterling une fabuleuse artiste âgée aujourd’hui de 59 ans. Femme/objet, c’est le nom de cette rétrospective des 35 ans de travail artistique et de lutte contre les représentations asservissant les femmes. Le concept est clair dés le début, il faut choquer, déranger pour nous faire réfléchir et remettre en cause nos propres représentations.

Un art subversif

Linder8Comme je vous l’ai dit, l’exposition démarre sur des chapeaux de roues. La musique de Ludus le groupe punk de Linder, à fond donne une allure tout à fait intéressante aux premiers clichés exposés. Des hommes et femmes du Dickens Bar, un club transformiste de Manchester, défilent le long d’un couloir complètement noir. Les sourires et les rires apparaissant sur les photos, les dessins de masturbation féminine et les cris de douleurs poussés par la musique, nous donne un cocktail assez explosif. Se déguiser, danser, chanter, se faire plaisir, devient alors à la fois un moyen de s’amuser, de se libérer et d’exprimer sa rage contre les représentations genrées que nous imposent la société patriarcale. Il devient important d’être ce que l’on veut, que l’on soit heureux ou malheureux sans être discriminé, exclus ou persécuté.

Linder1Au fond du couloir, sont exposées sous le regard d’une petite bourgeoise ballonnée par du cellophane, les pochettes des vinyles confectionnées par Linder parmi lesquels nous pouvons retrouver le jaune et rose du « never minds the bollocks » des sex pistols. A côté, des masques de carnavals un peu spéciaux sont placés sur des têtes de mannequins. Ces soutiens-gorges dans lesquels ont été fait des trous pour les yeux et auxquels ont été rajouté des chaines, symbolisent avec brio l’enchainement des femmes à leurs propres corps. Dans chaque sphères de la société, les femmes sont constamment réduites à de simples bouts de viandes. Dans l’espace publique, elles sont partout placardées nues pour nous vendre tout et n’importe quoi. Au boulot, elles sont sous-payés parce qu’elles peuvent pondre des chiards et passer leurs temps en congés maternités. A la maison, elles n’existent que pour enfanter, allaiter ou contenter les désirs d’un mari insatiable. Et c’est donc pour malmener cette image de la femme que de derrière le rideau d’où provient cette musique punchie, nous sont projetées les images d’un concert. Linder porte alors une robe de viande qu’elle finit par enlever pour exhiber un impressionnant gode-ceinture, faisant de cette manière un beau pied de nez à la phallocratie.

Des photomontages pour déconstruire les représentions de la femmes qui nous sont imposés


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nsuite, on change un peu de décor. Les photomontages pour lesquels Linder Sterling est devenue célèbre, sont exposés sur des murs d’une éclatante blancheur. La musique surexcitée s’estompe petit à petit, mais les œuvres restent tout aussi chocs. Des corps de femmes dont les têtes ont été remplacés par des objets de vie courantes, nous rappelle qu’encore aujourd’hui 80 % des taches ménagères sont effectuées par les femmes. Ces corps mutilés ou tout simplement entravés comme de vulgaires rôtis, sont tout aussi terrifiants qu’ils témoignent avec justesse de l’horreur des violences que subissent quotidiennement les femmes. L’effet est immédiat sur les spectatrices et spectateurs de ce cirque des curiosités, des « Oh mon Dieu » et des « Quelle horreur » surgissent des bouches ridées des couples d’octogénaires. Le pari est réussi pour Linder.

Les photomontages suivants sont beaucoup moins trash, au grand bonheur des petits vieux. Les corps loin d’avoir été violentés correspondent en tous points au corps idéal vendu dans les magazines « féminins ». Mais sur les têtes, ce sont des fleurs ou d’énormes lèvres pulpeuses qui y sont collés cette fois ci. Une série de clichés attire particulièrement l’attention du public. Linder s’est encore mise en Linder 2scène. Devant l’objectif du photographe Tim Walkers, celle-ci pose en ménagère parfaite. Son costume, des sous-vêtements transformés en habit du quotidien, ses accessoires (aspirateurs etc..) et les collages de roses remplaçant tour à tour sa tête, ses seins et son sexe, révèlent dans ce coton de couleurs pastelles ce que nous imaginons de la vie des femmes dans leurs foyers. Cette légèreté de vie tournant autour des romans à l’eau de rose, du ménage et de la satisfaction de combler un mari, nous sussure à l’oreille, sans choquer, cette forme d’aliénation pouvant être complètement intégrés par ces femmes.

En faisant s’accoupler différents magazines et des négatifs récupérés dans les poubelles, Linder reconstitue avec son scalpel un véritable puzzle. Ses photomontages sont un moyen de déconstruire la manière dont d’autres nous imposent leurs visions du monde et de la femme dans ce cas précis.

Un portrait de nos productions pornographiques

Malheureusement pour les octogénaires, l’exposition ne s’arrête pas là. La suite, comment vous dire ? Elle est hard-core. Rien que d’y penser, j’en n’ai encore des haut le cœur. Je ne suis déjà pas fan de pornographie, ni de gâteaux à la crème et encore moins de zoophilie, alors les trois mélangées je vous laisse imaginer. Les scènes proposés doivent d’ailleurs ressembler de près ou de loin aux fantasmes du footballer M’villa friand de prostituées de 16 ans. Les visiteurs divaguent entre d’immenses photos de femmes nues recouvertes de crèmes et d’image de cobras sortant des vagins, mais ne s’attardent pas trop. C’est dommage, car beaucoup on dû raté l’accouplement effectué par Linder entre Elle et Playboy montrant la similarité des représentations véhiculés par les deux magazines.

Au final, c’est dans une salle obscure où les derniers photomontages pornographiques sont rétro-éclairés à la manière des affiches publicitaires de Pigalle, que l’on comprend ce qu’est Linder. Linder, c’est un témoignage plein d’humour de notre société de consommation complètement pornographe. C’est une subversion brillante d’une vision kitch et misogyne de la femme. C’est le portrait de notre aliénation et des dérives de notre société mélangeant capitalisme et patriarcat.

YAGOUBI Florian

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On a testé pour vous : avoir un pote qui se marie…

Tout le monde s’est fait une sorte de rétro-planning de sa vie d’adulte un jour ou l’autre. C’était enfant quand on se demandait ce qu’on ferait quand on serait « grand ». C’était à nos premiers amours de récréation où on projetait notre vie familiale avec chien, chat et grosse voiture. C’était avec la première, allongés dans les hautes herbes à choisir les prénoms de nos enfants, et se raconter notre vie comme un conte de fée qui n’a jamais existé.

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Moi j’ai adoré, j’adore toujours d’ailleurs. Je me prends toujours à imaginer ce que je ferais quand je serais grand, à penser une vie de famille avec cette fille dont le souffle paisible et endormi soulève à rythmes réguliers les draps colorés de ma chambre. Le hic, c’est que j’ai 25 ans, et que cette fille, c’était pas la même la semaine dernière, et il y a toutes les chances pour que ce soit pas la même la semaine suivante. Jusque-là, tout va bien sauf que… j’ai un pote qui nous annonce :

« On va se marier !

Tout le monde – putain cool ! » Grand silence

Une pote : « merde ça fait flipper…

Tout le mondeGrave, c’est ouf’, on en est où nous ? »

Le grand flash-back

Ça fait comme un électrochoc, on s’imagine sur la table de réanimation avec Perry Cox de Scrubs qui vous dit « bienvenu dans la réalité chéri ». Le réveil est rude et la machine à (trop) penser recompose les éléments de ces dernières années. Cette fille, mon pote l’a rencontré à la fac, je m’en souviens comme de ma première cuite. Depuis ils se sont jamais quittés. On le voyait moins aux soirées, généralement pas seul, et il restait dans un état étonnamment correct. Ma copine de l’époque, j’ai dû la quitter parce que je voulais changer, ou parce qu’elle voulait m’accaparer et que j’étais pas vraiment prêt. C’est peut-être même pour des raisons 258996_4JGWSEGMXJHAXVOZQKH7K2B7QII7S7_1938_pd1_H193026_Lpurement sexuelles, quand ça colle plus ça colle plus non ? Eux, ils ont résisté à tous les tsunamis. Ils avaient p’tete raison en fait.

Depuis, nos chemins s’étaient séparés, un appart à deux, un master qui l’a éloigné, quelques « j’aime » sur facebook histoire de se rappeler que l’on s’oublie pas. Toutes ces années, le couple a survécu, j’en suis presque impressionné. Elle finit ses études, lui, a décroché son CDI il y a un an après des études sans accroc. Moi depuis, j’ai changé 3 fois d’orientation, j’ai vogué entre salarié étudiant, précaire, hyper-précaire, travailleur pauvre, chômeur ou volontaire en service civique… J’ai été le roi du mode Parisot : travail précaire et amour précaire. Les courants d’air sous ma couette me glacent soudainement les pieds. C’est que parfois j’aurais voulu qu’elles y restent, et que parfois j’ai été trop exigeant.

Avec cette claque j’ai l’impression d’être plus proche de la trentaine que de mes 20 ans. Ah putain ! Mais c’est le cas… Est-ce que je suis un vieux con ?

Avoir 25 ans et toutes ses dents

À 25 ans, j’ai vieilli à géométrie variable. J’ai fini mes études mais j’ai le travail en dent de scie. J’ai quitté y a bien longtemps le foyer familial, mais je suis toujours en colloc’ et j’ai emménagé à Toulouse sur un coup de tête. J’ai mon permis mais ça fait quelques mois, une voiture depuis quelques jours grâce à mon premier revenu au-dessus du SMIC. J’ai l’impression d’être le roi du pétrole, mais je sais que ça durera pas.

Des copines, j’en ai eu beaucoup, parfois ça a duré quelques mois, d’autres quelques semaines, souvent même ça n’a jamais vraiment commencé. J’arrive à m’imaginer des années avec certaines, les autres, j’espère qu’elles s’imagineront rien le lendemain. Les trentenaires m’ont souvent l’air de vieillards, les étudiants de gamins. Il m’arrive de proposer « ce soir on fait une bouffe tranquille à la maison avec des amis ? » Mais 3 fois sur 4 ça fini à 6h du mat’ sur Sexy Sushi. On met toujours la misère aux jeunes qu’on croise en soirée question endurance. Et j’arrive pas à prévoir mes fêtes plus de 3 jours à l’avance.quand_je_serai-51aa2

Bref, je sais plus vraiment ce que je suis, un vieux qui n’a pas grandi ou un jeune qui a déjà vieilli. J’ai 25 ans, l’âge qui ne veut plus rien dire. Et le mariage de mon pote me rappelle que je nage en plein océan sans savoir où est la côte.

Question de modèle

Mais tout ça, c’est une question de modèle. La famille prend des nouvelles à chaque rendez-vous. « Alors, une copine ? » « Oui, non, peut-être, je suis pas sûr, ça dépend. » la réponse change à chaque fois et laisse tout le monde sur sa faim, moi compris. La pression est gentillette aujourd’hui, on sait que ça n’a pas toujours été le cas. Mais les cousins, cousines et petite sœur ont l’air de s’y conforter en bons élèves. Au fond on aimerait voir la fierté de nos grands-parents, leur offrir une certaine confiance sur notre avenir avant qu’ils n’aient plus l’occasion de le voir. On aimerait redonner l’amour qu’on nous a donné enfant, partir dans une nouvelle aventure qui rompt avec la boucle sans fin du jour le jour.

D’un autre côté, la vie nous lance le défi de l’insouciance. Le modèle qui fait sauter les cadres mais qui est parfois un cadre tout aussi oppressant. C’est l’enivrement de l’inconnu qui se renouvèle en permanence, l’anti-modèle de nos parents qui nous a semblé si ennuyeux des années durant. C’est se défouler jusqu’à l’aube, se lever après 2 heures de sommeil pour profiter de la journée et recommencer le soir même. C’est la tête qui 2009-04-26_lecrapaud-liniger_serai-vivanttourne quand on danse avec une inconnue, les rires à en pleurer avec beaucoup de nouveaux amis.

Mais c’est aussi se sentir seul dans une immense fourmilière, manquer d’appui en pleine montagne russe. Ne rien prévoir ce n’est pas qu’un choix, c’est aussi la contrainte du quotidien dans ce monde qui va à mille à l’heure, qui précarise tout et tout le temps, du monde du travail à la vie privée. Ralentir c’est risquer de tomber, voir le train passer, rester au bord de la route. Il y a l’horreur de cette hypocrisie quotidienne, ceux qui ne vivent que pour montrer qu’ils mordent leurs journées à pleine dent : le trip « m’as-tu vu ? » parfois plus conformiste que la famille catho-proprette. Elle se mêle à la peur du regret qu’on voit dans les yeux de beaucoup. Le regret d’avoir déjà cette vie derrière, de ne penser « au bon temps » qu’au passé et de s’aliéner au dépend de ces plaisirs si simples.

 

Le mariage de mon pote, c’est une merveilleuse nouvelle. Lui a trouvé sa voie et ça me fait vraiment plaisir. Plus que la liberté d’être au milieu de l’océan, j’ai l’impression que les jeunes d’aujourd’hui sont tiraillés entre deux modèles très restrictifs. Ils sont pris entre deux feux nourris et les prises de conscience sont déstabilisantes.

Finalement mes rétro-plannings ont eu tout faux. Mais c’est pas bien grave. Des déclics me feront bouger d’un côté ou de l’autre, des rencontres peut-être. L’essentiel c’est de kiffer ces repas entre une dizaine d’ami-e-s et ces soirées qui laissent de très vagues souvenirs sans compter ni les années devant, ni celles derrière. Mêlons les soirées Playstation, aux réunions interminables, les litres d’alcool avec les pièces de théâtre.

On a testé pour vous, avoir l’âge de ne pas en avoir.

Romain JAMMES

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