Une liste aléatoire, pas rangée, évolutive (et à compléter) des choses qu’on a
(aussi)
Le DROIT* de faire quand on est une femme
(Rappel !)

 

 

1. Ne pas être en retrait
2. Ne pas se laisser mettre en retrait
3. Ne pas porter de talons-hauts (pour s’enfuir/aller plus loin/avoir moins mal aux pieds)
4. Etre vulgaire et injurieuse (relire le titre de l’article)
5. Parler fort
6. Couper la parole
7. Dire des conneries ou des choses intelligentes hein avec aplomb (beaucoup d’aplomb)
8. Soutenir le regard
9. Ne pas rire (par complaisance, pour faire plaisir, pour mettre à l’aise, pour créer le désir)
10. Ne pas sourire (pareil)
11. Ne pas avoir le sentiment d’obligation de séduire (par le vêtement, par le parfum, par la chaussure, par le sous-vêtement, par la coiffure, par le maquillage, par l’attitude)
12. Porter des trucs vachement lourds (re-re-lire le titre de l’article)
13. Aider un homme à porter sa valise à la gare, et puis une femme aussi
14. Etre galante (Payer l’addition, tenir la porte)
15. Ne pas se faire les ongles (gain de temps, d’argent, pour plein d’autres trucs)
16. Ne pas s’épiler (temps, souffrance, argent, domination masculine, séduction forcée intériorisée, reproduction inconsciente des désirs masculins imposés)
17. Ne pas avoir les cheveux longs
18. Ne pas suivre les modes
19. Débattre, réagir, commenter, râler, critiquer, s’indigner, contredire
20. Gagner plus que son/sa/ses compagn/e/s/ons
21. Ne pas se soucier des autres avant soi
22. Ne plus faire ce que l’on ne veut pas faire (Ne plus)
23. N’avoir jamais mis et avoir pour projet de ne jamais mettre les pieds dans une cuisine ni les mains dans un évier
24. Ne pas regarder de tuto YouTube qui nous disent comment il faut être, comment il faut faire
25. Faire rire
26. Ne pas être « arrangeante »
27. Ne pas trop être d’accord
28. Ne pas être douce, délicate et appliquée
29. Ne pas se mettre en colère contre son corps
30. Ne pas avoir peur ni du risque, ni de se tromper
31. Etre brute
32. Etre confiante
33. Ouvrir les huîtres à Noël plutôt que d’installer le chemin de table (ou les deux)
34. Boire trop de vin à table
35. Ne pas compter les calories
36. Rire trop fort
37. Faire des monologues en public (beaucoup, et très longs)
38. Ne pas faire de régime
39. Ne pas s’intéresser à a nutrition
40. Ne pas avoir peur de vieillir
41. Etre autoritaire
42. Avoir de l’ambition
43. Etre et faire pour soi, pas pour les autres
44. Etre casse-cou
45. Ne pas être trop sage
46. Ne pas être mince
47. Etre fière
48. Ne pas avoir peur quand la nuit tombe
49. Ne pas être gracieuse
50. Ne pas se laisser définir
51. Regarder du porno (féministe !)
52. « Exister sans son corps »*
53. Penser, écrire, ne pas être d’accord
54. Etre forte ou s’en convaincre
55. Ne pas scroller les tableaux Pinterest suivants : Flat belly, Weekly abs, Green smoothie, SuperFood, Low calorie diet, military diet, Makeup tutos, cooking tips, Amazing tips for a healthy and glowing skin, crafts
56. Ne pas suivre cette liste
57. Ne pas ne pas suivre cette liste
58. Etre tout ce que l’on est, et surtout tout ce que l’on ne s’autorise pas à être
59. Ne pas se laisser dicter sa conduite par des listes qui nous somment de le faire

« Non, décidément, il n’y a pas de mal à « vouloir être belle ». Mais il serait peut-être temps de reconnaître qu’il n’y a aucun mal à vouloir être.»*

A décliner au masculin…

*Mona Chollet, Beauté Fatale (2012), Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, La découverte, Zones, Paris

 

Julia

Pourquoi les homosexuels dérangent ?

Ce débat sur le mariage commence à être lourd. La question est importante, mais quand on soulève ce genre de problématique, y a beaucoup de merdes qui remontent : notamment l’homophobie latente de nombreux réac’. Hollande fait moins que le minimum sur le mariage et se prononce contre la PMA. Les cathos et les fascistes, soutenus par l’UMP, remuent ce qu’ils peuvent pour sauver quelques traditions désuètes. Dassault prévoit l’apocalypse et Marie-Sol Touraine refuse toujours que les homosexuel-le-s donnent leur sang…

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Décidément l’homosexualité, ça dérange. Pourtant, avec un peu de recul, on a du mal à comprendre pourquoi. Qu’est-ce que ça peut foutre à tous ces gens l’orientation sexuelle de leur voisin ? Ça fait pourtant de mal à personne ! Alors qu’est-ce qui dans l’inconscient donne l’impression que c’est sale ?

La connerie essentialiste

Évidemment, un des refrains habituels derrière lequel se cache l’homophobie, c’est l’essentialisme. Le genre est un instrument savamment organisé pour bien distinguer l’homme et la femme, et pour leur donner des attributs soit disant complémentaires. La femme est douce, intellectuelle, maternelle et émotive. L’homme est fort, protecteur, rationnel et sage. Évidemment, c’est par PUR hasard si ces caractéristiques structurent une domination de l’homme sur la femme. La théorie du complot, tout ça tout ça… sur la construction du genre. C’est un truc anti-homme inventé par une poignée de gouines hystériques. Les essentialistes, eux, se basent sur les pionniers des sciences humaines (par pionniers il faut comprendre que c’est très vieux).1

Reprenons donc. L’homme et la femme sont donc complémentaires dans leur comportement comme pour la conception d’un enfant. Il est donc clair, comme 1 + 1 = 2, que l’équilibre d’un enfant repose sur l’apport de douceur, de maternité etc… de la part de la mère ainsi que de fermeté et de rationalité de la part du père. Suivant ce raisonnement il y a aujourd’hui une bonne part des enfants de ma génération, et encore plus de la suivante, qui sont potentiellement des dégénérés. Pour moi je savais, mais à cette échelle ça devient très inquiétant.

Donc cette foutue complémentarité justifie l’impossibilité d’avoir deux mamans ou deux papas. Pourtant, à bien y regarder (comme c’est fait ICI), il n’y a rien de naturel auxdits comportements. Et passé l’accouchement et l’allaitement (que beaucoup de femmes ne pratiquent pas), il n’y a aucun lien entre la mère et l’enfant qui ne puisse avoir lieu entre le père et l’enfant. Dingue ? Il n’y a rien de naturel non plus à la structure familiale mère + père + enfants qui est en fait assez récente au regard de nos civilisations. Par ailleurs, il n’y a rien de contre-nature dans l’homosexualité, d’autres espèces animales ne se contentent pas des rapports hétéro et si on prend les choses par ce bout, je n’ai vu aucune autre espèce que l’être humain construire bêtement des gros monuments vides pour prier un truc dont on voit jamais la couleur.

Le pouvoir du pénis

En fait j’enfonce des portes ouvertes, il faut le dire. Mais ce qui est nettement plus intéressant dans le rejet de l’homosexualité c’est la question du pouvoir sacré du pénis. Plus prosaïquement, c’est la question du « qui encule qui ? ».

woman-phallusD’abord, les hommes considèrent (consciemment ou non) que leur pénis a un pouvoir magique. En effet, sitôt qu’une personne ne correspond pas à ses caractéristiques de genre (femme musclée, homme maniéré ou émotif,…) elle est suspectée d’être homosexuelle. Et oui, comme le monde tourne autour de notre phallus, les comportements sociaux des individus sont structurés par le rapport qu’ils entretiennent avec lui. Si vous avez des caractéristiques de genre féminin c’est que vous êtes pénétré-e-s. Si vous avez les caractéristiques du genre masculin c’est que c’est vous qui pénétrez (ou du moins que vous n’êtes pas pénétré-e-s).

Le pénis est donc intimement (lol) lié à la question du pouvoir masculin. D’ailleurs, la pénétration est un symbole de force et le fait d’être pénétré un symbole de faiblesse ou de soumission. Quand dans un rapport social vous vous faites (métaphoriquement) « enculer », on ne peut pas dire que vous en sortiez gagnants. Plus généralement, c’est l’homme qui « baise » ou « prend » la femme, c’est lui qui l’a « possède » dans la littérature. Bref, la pénétration est bien, dans notre culture, un acte de domination !

Alors évidemment, dans une société patriarcale, le fait même qu’un homme puisse être « enculé », « possédé », « baisé » etc… ça fout grave la frousse. Ca remet en cause la domination « naturelle » de l’homme. Bien sur, cette peur est décuplée quand c’est une femme qui peut opérer cette pénétration. D’où la phobie encore plus développée envers les transexuel-le-s. Forcément ça fout un froid.

La sexualité autonome des femmes

La lesbophobie prend également des chemins intéressants. L’homme considère (inconsciemment) que sa position dominante est directement liée à son pénis. Il considère ce pénis comme déterminant dans les rapports sociaux mais aussi comme incontournable dans le plaisir des femmes. Evidemment, l’éducation tout comme les pratiques sexuelles ont un mal fou à s’extirper de cette représentation.

De cette considération ô combien grotesque découle des scènes assez hilarantes devant lesquels on est (presque) tous tombés quand un homme naïf est confronté à une lesbienne :

  • « Tu as eu une mauvaise expérience avec un homme ? » Évidemment, être lesbienne c’est forcément un second choix par défaut quand un home dégoute une femme.
  • « C’est parce que tu n’as pas connu de VRAI plaisir avec tes hommes ! » L’auteur de cette phrase sous-entend surement qu’avec lui ça changera tout
  • « Mais alors comment vous faites pour… » Là, l’homme étant persuadé que la sexualité est un pénis qui pénètre un vagin, il ne comprend pas comment deux femmes peuvent faire l’amour.

Il y a évidemment la cerise sur le gâteau : ces nombreuses scènes de cul où deux femmes se chauffent jusqu’à ce qu’un homme, tel superman, vienne les délivrer de TOUS leurs désirs et de cette frustration qui les envahissait jusque-là. Quel brave homme ! Aller au bout du plaisir était simplement impossible sans l’arrivée de son puissant membre.2

Rien de plus facile (oui, même pour toi) de comprendre que la sexualité autonome des femmes puisse apparaitre comme un obstacle social à la domination masculine. La lesbophobie a également ceci de particulière qu’elle est cachée, même au sein d’une homophobie déjà cachée. Les lesbiennes sont encore plus niées par la société que peuvent l’être les gays.

Dépasser l’orientation sexuelle

Évidemment, ce ne sont que mes quelques impressions. Rien n’est exhaustif dans tout ça. Mais on peut au moins noter le lien très étroit entre l’homophobie et la domination masculine. Avancer dans chacune de ces causes fait avancer l’autre.

Plus généralement, on peut revendiquer l’abolition du genre comme une des asymptotes du combat féministe (et des LGBT d’ailleurs). On peut aussi considérer que la notion même d’orientation sexuelle est à dépasser. Elle l’est évidemment comme identifiant d’une personne, mais plus généralement elle met un cadre où il ne devrait pas y en avoir. En somme, pour libérer la sexualité dans notre société, est-ce qu’il ne faudrait pas tous se considérer comme potentiellement bi et laisser la préférence dans le domaine du goût, comme un ou unetelle préfère les brun-e-es, les blond-e-s, les intellos, les timides ou les grandes gueules ?

 —–

Une piste à discuter donc… Mais on est loin d’en être là puisque aujourd’hui une poignée de réac’ suffit à ce que le gouvernement recule sur la seule égalité des droits. Histoire que tu es cruelle…

Romain JAMMES

Le nombrilisme des hommes face au féminisme

Si vous suivez régulièrement ce blog vous avez peut-être remarqué chaque polémique que provoque nos articles féministes. C’est un p’tit bonheur pour nous parce que c’est un peu l’objectif. Tout ce qui est iconoclaste bouscule et il y a forcément des réactions (plus ou moins intelligentes). Ces réactions sont si systématiques et parfois si violentes qu’on croirait à une réaction du système patriarcal défendant ses intérêts. Je dis ça…

Bien sur, le grand classique, celui que TOUTES les féministes ont eu le VERITABLE bonheur de croiser, c’est le mec (oui c’est toujours un mec) qui est obligé de tout rapporter aux hommes. Vous le connaissez aussi ?

  • « Ouais tu sais y a plein de mecs violés aussi ! »
  • « Non mais le harcèlement sexuel, c’est aussi des mecs qui le subissent… »
  • « C’est affreusement dur d’être un homme aussi. D’être obligé d’être viril et dominant »
  • « Non mais regarde maintenant y a aussi des mecs à poil sur les pubs. »
  • « Y a des hommes prostitués aussi, rien à voir avec la domination masculine donc… »
  • « Non mais y a des féministes, on dirait qu’elles veulent juste éradiquer les hommes. » (Parfois je les comprends).
  • Et j’en passe… (vous pouvez compléter dans les commentaires.

C‘est agaçant, forcément. Surtout pour qui se bat contre l’omniprésence des hommes dans la culture, la politique, l’économie,… Enfin dans tout ce qui est le plus valorisant socialement et économiquement en fait. Donc pour une fois qu’on parle de femmes, on aimerait bien que les nombrilistes la mettent en veilleuse.

L’empathie masculine

Je crois que la chose que je trouve la plus extraordinaire (ou je peux dire pathétique pour ceux qui ont du mal avec le second degré) c’est la capacité des hommes à être empathiques… avec eux-mêmes. En effet, toute critique du comportement « des hommes » est prise pour une critique personnelle. Ça donne souvent du…

  • « Non mais quand je drague ce n’est pas une violence machiste moi, donc tu peux pas faire de généralités. » Là l’homme en question ne se rend simplement pas compte qu’il participe à son échelle à la domination masculine. C’est touchant.
  • On a bien sûr également « Tu peux pas dire que les hommes sont violents, regarde, je ferais pas de mal à une mouche. » Là, l’homme, même quand il a fait des études, oublie qu’on étudie des phénomènes sociologiques de masses. Même si lui n’est pas violent, force est de constater que dans l’ensemble de l’humanité, la violence est un moyen assez classique, pour l’homme de rappeler à la femme son statut de dominée. De même, l’homme se disant non-violent oublie qu’il n’y a pas que de la violence physique…
  • à compléter…

À l’inverse, dans notre société, l’empathie envers les femmes victimes de la violence masculine a du mal à passer. On sous-entend une certaine responsabilité en cas d’agression ou de viol. Une manière de dédouaner l’homme qui reste profondément ancré dans notre société. On ne comprend pas qu’une femme puisse considérer comme une violence le fait qu’on lui dise qu’elle est belle. On ne comprend pas l’exaspération de se faire renvoyer ses ovaires à la gueule sur des sujets qui n’ont strictement rien à voir… L’homme a une empathie à échelle variable, comme une conscience de classe peut-être.

Les violences sexistes

Pour autant, ne nions pas l’évidence. Oui : des hommes subissent des violences (cap’tain obvious!). 9% des victimes de viols sont des hommes. Évidemment ce chiffre ne précise pas que même dans ce cas la plupart des violeurs sont quand même des hommes. Il cache également la régularité des viols chez de nombreuses femmes : jusqu’à plusieurs fois par jour. Au final, sur les 206 viols quotidiens ça fait pas lourd. Pourtant, alors que les féministes analysent à raison le viol comme les résultats et un outil de la domination masculine, certains se sentent tout de même légitimes à exhiber une petite minorité. Parfois, c’est simplement par rejet irrationnel du fait que l’on ne parle que de femmes (on est pas habitués merde!). D’autre fois c’est pour invalider le lien (même inconsciemment) entre la violence dénoncée et la domination masculine. Le viol est un phénomène de masse qui est massivement subi par des femmes et fait par des hommes.

La remarque est la même pour d’autres violences sexistes. Les hommes représentés nus sur des pubs répondent-ils au même phénomène sociologique que les femmes dans ce cas ? Est-ce que ce sont les hommes qu’on soupçonne de coucher avec le patron dès qu’ils réussissent ? Ce sont les hommes qu’on réduit à des bouts de viande dès le plus jeune âge ? Ce sont les hommes qu’on identifie enfant à des princesses potiches attendant le prince charmant ? Ce sont les hommes qu’on matraque de « compliments » (lol) dans la rue ? Ce sont les hommes à qui on dit « soi beau et tais-toi » ? C’est bien la masse des violences qui fait sens, toute violence est condamnable, mais ne nous laissons pas détourner de l’organisation de la violence quotidienne dont son victimes les femmes.

Subir le genre

Sur les questions de genre aussi, les hommes ont des choses à dire. Il ne faut pas être énarque (au fond ça doit pas aider) pour deviner que si les femmes sont façonnées par la société à correspondre à certains critères de genre, c’est le cas aussi pour les hommes. Par là, c’est un peu le cas de tout individu d’être associé à un rôle dans la société en fonction de son origine sociale, nationale, sa couleur de peau, son parcours scolaire etc… ça s’appelle l’habitus. Donc nécessairement les hommes sont dans ce cas. Et comme dans tout rôle social, il y en a un certain nombre qui ne s’y retrouvent pas. Le tripe viriliste de l’homme qui démontre en permanence sa supériorité sur les autres, qui protège sa femme et se place dans une compétition malsaine dans la société, ça fait franchement pas rêver. D’ailleurs quand on ne respecte pas ces critères on est vite soupçonné d’homosexualité. Car l’homme nombriliste est persuadé que le comportement social d’un individu est déterminé par le rapport qu’il a au tout puissant pénis de son conjoint. Plus vulgairement, si t’es pénétré tu es efféminé.

Bref, tout ça, les féministes le savent. D’autant que la question du genre est souvent une lutte commune avec les mouvements LGBT. Alors quand on parle de genre (comme dans cet article !) une question ne doit pas être écartée pour aller à l’essentiel. Quelle détermination de genre construit un statut de dominé ? Quel critère de genre entérine et valide a posteriori des inégalités ? Quel genre véhicule une image dévalorisante des être humains qui le composent ? Quel genre enferme les individus dans leur statut de géniteur ? Quel genre est, COMME PAR HASARD, associé aux métiers les moins valorisés socialement et économiquement ?

Bref, des déterminations sociales, il y en a partout. Mais, excusez du peu, le mouvement féministe a-t-il davantage à se concentrer pour lutter contre la détermination à être dominé ou à être dominant ?

  • Vous imaginez des slogans du mouvement ouvrier : « Parfois c’est dur d’être un gosse de riche ! » ou « J’ai fait Polytechnique mais c’est mon père qui m’a obligé ! » ?
  • Ou pendant la Révolution Française : « Solidarité avec les Nobles qui sont obligés de se ruiner en fringues de luxe ! », ou encore « Pour que les Nobles aient le droit de choisir leurs conjoints ! »

——

On pourrait étendre l’analyse à l’ensemble des combats féministes. Très certainement, il y a des hommes qui subissent le patriarcat. C’est ce qui nous fait dire aussi que l’homme a sa place dans le mouvement féministe. Mais il ne subit pas cette domination à l’échelle de masse, c’est l’ACTEUR de cette domination, y compris Florian, moi ou d’autres hommes féministes car nous gardons profondément ancrés des réflexes sexistes appris depuis l’enfance. Alors que les hommes se permettent en permanence de rappeler ce que subissent leurs congénères dans un combat qui pointe JUSTEMENT ce qu’ils font subir aux femmes, c’est au mieux du nombrilisme, au pire une volonté de sabotage pour défendre un groupe d’intérêt. À bon entendeurs !

Romain JAMMES

[dailymotion xv1k5n]

C’est pour une fille ou un garçon ?

Avant propos

Comme beaucoup d’entre vous le savent, je m’intéresse un brin aux questions féministes. Sans être un expert ou un de ces trucs peu recommandables, j’essaie d’apporter ma pierre à l’édifice et de transmettre autant que faire ce peut mes opinions.

Voici donc la retranscription d’une humble formation sur le genre que j’ai faite. Je n’y invente rien, mais c’était une première approche pour ceux à qui c’était destinés. Bonne lecture !

 

C’est quoi le genre ?

Ah… grande question au cœur de multiples débats. L’abolition du genre (bon il n’est pas toujours exprimé ainsi) est un des classiques du mouvement féministe. Mais au fait, le genre c’est quoi au juste ?

Ma perception un peu néophyte dans le mouvement féministe (j’ai surtout écouté et agi, pas encore beaucoup lu) qualifierait le genre d’un habitus au sens de Bourdieu. En gros, un ensemble de pratiques, d’attitudes, de représentations et de rôles dans la société qui se cumulent avec d’autres habitus évidemment. Tu peux être de genre féminin et être de classe populaire, bon pas de bol, tu cumules les dominations. Tu peux être de genre masculin, quadra, blanc et cadre supérieur. Généralement tu t’en sors mieux… Jusque là tout va bien ?

Bon, tant mieux ! Alors l’essentialisme consiste à attribuer à cette différence de genre, une différence naturelle liée au sexe de l’individu. C’est parce que t’es de sexe féminin que tu adoptes les caractéristiques du genre féminin. C’est dans tes gênes, tu peux pas test ! Inversement pour le sexe masculin évidemment. Le constructivisme, lui, considère que le genre est une construction sociale qui alimente et valide a posteriori la domination masculine. C’est pas beau ça ?

« Allez un exemple m’sieur ! » Bon d’accord, il est connu celui là. On dit que (généralement ces 3 mots sont suivi d’une connerie, teste chez toi tu vas voir !)… Oui pardon, on dit que les femmes sont plus sensibles aux émotions, qu’elles ont une fibre littéraire plus développée, ou d’ailleurs qu’elles peuvent tout simplement faire 2 choses à la fois (même que si c’est le ménage et la bouffe c’est plus pratique)… tout ça parce qu’elles se serviraient davantage de leurs deux hémisphères cérébrales.

Putain la chance ! (ou pas). Cette idée vient d’une étude publiée en 1882 (lol), qui a mesuré, sur un échantillon HYYYPPPEEERRR représentatif de 20 individus (les instituts de sondage vont êtres contents) la taille de « l’embranchement » entre ces hémisphères. Depuis les progrès de la technique et notamment l’IRM, cette théorie a été invalidée de nombreuses fois. (Ndlr : en 1882 on fou le cerveau dans le formol et on le mesure avec une règle !) Pourtant cette stupide idée essentialiste reste ancrée dans les consciences collectives, ça fait réfléchir non ?

Les caractéristiques du genre

Allez, pour qu’on ait une idée un peu plus précise des choses, étudions concrètement les caractéristiques des genres. Je tire le trait volontairement, mais il n’y a rien qui ne se retrouve pas dans la société actuelle.

Le genre féminin : maternel et émotif. Oui, fait pas genre (euh…), tu vois très bien de quoi je parle !

            → Maternel : Évidemment, les femmes, elles sont maternelles. Du coup, mais putain c’est évident, elles sont forcément avec le monde entier comme avec les bébés ! Elles ont plus de compassion, de douceur, de patience, elles prennent soin des gens, tout ça tout ça…

· Rien ne choque donc à ce qu’elles s’occupent des tâches ménagères, qu’elles trustent (lol) les métiers d’assistance aux personnes, qu’elles soient très présentes dans les métiers médicaux (mais pas médecin faut pas déconner non-plus), qu’elles enseignent aux plus petits (on dit école maternelle je vous signale) ou qu’elles se prostituent pour prendre soin des pauvres hommes en manquent d’amour.

· Puis en politique c’est pareil. Et que j’te donne une délégation à la petite enfance, aux affaires sociale, à l’éducation, la santé, l’écologie, le 3e âge, le personnel, l’associatif,… j’en passe.

· Évidemment, dans la famille hétéro-socle-de-base-de-la-société-parfaite, la femme prend soin de son mari et se sacrifie pour son plaisir. D’où, disent les féministes, le grand tabou du plaisir dans la sexualité féminine et d’autant plus sans homme (mais quelle idée !)

           → Emotif : Les femmes, comme le truc du cerveau le disait mais aussi parce qu’elles sont maternelles en fait, sont putainement (quoi ? Si, ça existe !) émotives. Pour être plus précis elles sont sensibles, littéraires et… hystériques aussi tiens !

· Ca explique évidemment pourquoi elles se portent vers les études et les métiers littéraires ou dans les milieux culturels et artistiques (tout en étant éjectées du gratin dans chacun de ces champs sociaux) ou encore dans le milieu de la mode. Elles ont une sensibilité au beau que n’ont pas ces rustres d’hommes, et une capacité unique de transmettre les émotions quitte à se laisser emporter pour un oui ou pour un non. (bah quoi ?!!)

· En politique, forcément, elles trustent jalousement les délégations à la culture, fichtre ! Leur hystérie, elle, les exclue de tout poste qui demande du sang froid.

· Dans la famille hétéro-naturelle-reproductrice-et-responsable, la femme est en générale dans le rôle de l’amoureuse transie, quand elle n’attend pas naïvement son prince charmant dans sa tour d’ivoire parce qu’elle n’a que ça à foutre.

Le genre masculin : fort, rationnel. Tu kiffes hein ?

            → Fort : Et oui, c’est lui, le meilleur, Tyson himself à la maison ! L’homme, c’est le Stalone de salon. Il est protecteur, sportif, compétiteur, rien ne lui résiste ! Qui qui c‘est qui est capable de tuer sa conjointe tous les 3 jours en France ? C’est nous !

· Évidemment, tous les emplois, voire toutes les pratiques employant une force physique sont occupés par les hommes. Dans le domaine sportif, les hommes dominent, leur esprit de compétition est un modèle, une espèce d’extension du « qui a la plus grosse ? » dans tous les domaines de la vie. Les hommes sont taillés pour être des leaders.

· En politique d’ailleurs, ils vont courageusement s’aventurer aux tâches les plus ardues : la justice, le sport, la défense, l’intérieur ou la sécurité,…

· Dans la famille hétéro-modèle-chrétienne-qui-féconde, l’homme est donc le grand protecteur, le chef de famille qui a le monopole de la coercition. Il le délègue, par usage, à la femme en ce qui concerne les enfants. Mais gare à si papa s’en mêle !

            → Rationnel : L’homme c’est un scientifique, un calculateur, un modèle de sagesse !

· Il occupe les positions de dirigeant car lui seul est capable d’assumer les responsabilités stratégiques sans sombrer dans l’hystérie. Evidemment, cela veut dire plus de rémunération, plus de pouvoir. Les hommes en formation se tournent vers les filières et métiers scientifiques et économiques. C’est par hasard les domaines particulièrement valorisés socialement et économiquement.

· En politique, les hommes se mettent au charbon (lol), avec les délégations à l’économie, aux finances, à l’industrie, au budget, à la recherche, aux affaires étrangères…

· Dans la famille hétéro-classique-comme-à-la-télé, l’homme ramène l’argent à la maison, c’est souvent le détenteur de l’intérêt familial, c’est aussi celui qui conduit et qui bricole.

Vous l’aurez compris ce tableau est incomplet, parfois caricatural mais pas tant que la plupart d’entre vous le pense. Les filières et les métiers cités correspondent bien à une répartition de genre et la justification n’est jamais très loin des clichés dont j’ai parlé. Ces représentations sont profondes, elles se cachent, se rationnalisent autrement, mais quand on creuse, on les trouve quasi systématiquement. Elles s’entretiennent comme tout habitus : par l’éducation, la socialisation primaire (famille) et secondaire (école, expérience perso). Comment expliquer autrement le fait que les jouets pour enfant comprennent des dînettes et des poupons pour les filles quand il y a des legos, des armes et des voitures pour les garçons ?

Le pire dans tout cela c’est que les conséquences physiques sont bien présentes. Un individu convaincu qu’il est fait pour tel type de réflexion (littéraire par exemple) va développer son cerveau, comme un muscle, dans cette direction et valider le cliché. De même, une femme trop musclée subit une oppression sociale (regards, jugements négatifs sur son physique,…) Plus généralement, une personne ne correspondant pas aux caractéristiques de son genre va vite être accusé d’être homo. Les hommes sont tellement persuadés que tout tourne autour de leur sexualité que le caractère et les pratiques des individus dépendent de s’ils sont pénétrés ou non par leur sainte verge. Magique !

La construction du genre

Tu auras donc compris l’intérêt du constructionnisme. En donnant des origines sociales (et donc non-naturelles) aux différentes caractéristiques de genre, on peut les remettre en cause. On peut aussi essayer de remonter au phénomène social qui se cache en amont (pas bête la guêpe !). C’est un peu l’objet des gender studies qui étudient les champs sociaux sous le prisme du genre.

  • « Un exemple, un exemple,… » Ok d’accord. Erik Neveu a étudié le journalisme (oui faut vraiment pas savoir quoi faire). En observant l’évolution de la composition des rédactions ainsi que des pratiques rédactionnelles, il montre des choses intéressantes. Quand les femmes ont intégré de manière plus important les rédactions, elles ont été orientées (massivement) vers les rubriques sociales, société, voire fait-divers (ça correspond au genre). Leur traitement de l’information était davantage personnalisé, en se penchant sur l’individu, son vécu, son ressenti (là encore on tape dans le mile de l’habitus maternel et émotif). Les hommes, eux, étaient davantage dans la démonstration des calculs politiques, économiques et stratégiques correspondant au poil à leur caractéristique de genre. Le hasard (ou pas) a fait que ce sont ces dernières rubriques qui étaient les plus prestigieuses et qui octroyaient donc aux hommes une position dominante dans le champ professionnel.

Or il se trouve que depuis 20-30 ans, il y a un glissement progressif du prestige des rubriques et de la forme de traitement de l’information qui tend à se rapprocher de ce que faisaient quasi-exclusivement les femmes. Mais cela ne s’est pourtant pas tant traduit par l’ascension de femmes dans la hiérarchie du journalisme (l’évolution a été indépendante) que par l’intégration d’hommes dans les dites rubriques et l’évolution de leurs pratiques. Ainsi les hommes gardent une domination écrasante dans le champ professionnel. Cela participe à démontrer que cet habitus n’a pas pour origine des explications naturelles mais un phénomène social : la domination masculine. Dès qu’une caractéristique de genre ne sert plus à justifier la domination masculine, elle disparaît pour préserver cette domination.

  • « Encore, encore !… » Dernier exemple historique. Aujourd’hui l’économie est une science masculine de manière écrasante. C’est un domaine qui correspond au genre masculin (youhou !) mais qui est surtout socialement très valorisé. Or, en Grèce antique, l’économie (essentiellement privée) faisait en gros parti des tâches ménagères, n’avait aucune incidence politique et n’était pas valorisée socialement. Qui s’en occupait à ton avis ?……. les femmes !

Donc le partage du travail à ce niveau ne dépend pas non plus d’un sexe qui serait plus économiste que l’autre mais d’une volonté des hommes d’occuper toutes les places valorisées socialement.

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Le mot de la fin ? CQFD !

Romain JAMMES