Histoire d’une chasse à l’homme à Toulouse

Bien qu’un peu romancée, cette histoire est arrivée, ce mercredi 22 mai. (lien)

Ce matin ressemble à beaucoup d’autres. Le ciel voilé tire un trait de lumière grisâtre dans la pièce noire. Nordine ne dort plus que d’un œil, il attend sans hâte le son du réveil, celui qui, tous les matins le rappelle à une réalité glacée.

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Il est 7h00, ses draps humides témoignent d’une nuit agitée, une de plus. L’angoisse quotidienne l’étreint jusqu’au plus profond de la couette. Comme un moment de stress que l’on revit 1000 fois dans son sommeil : 1000 coups de poignard, parfois 1000 ruptures ou 1000 chutes dans un vide infini. Lui rêve de ces uniformes bleus, d’une journée qui tourne mal, de la froideur kafkaïenne des murs de la préfecture. La sonnerie dissipe la brume de son esprit, Nordine se lève dans un gémissement de fatigue. Ses pieds l’amènent non sans mal vers la cabine de douche. L’eau chaude finit de l’éveiller mais il s’attache à ne pas penser trop vite pour profiter ce cet instant hors du temps où son esprit est vide. Le jet lui masse les épaules et le crâne, il ne s’en lassera jamais. Il prend une nouvelle peau chaque matin, comme un nouveau né qui affronte pour la première fois la rudesse du monde.nordine4

Les nuages noirs du sachet de thé colorent sa tasse d’eau claire. Quelques vêtements enfilés, Nordine l’avale en faisant la grimace. Un peu fort. Un regard dans un miroir de fortune avant de passer la porte. Ses grands yeux tranchent avec son corps d’ébène et sa barbe naissante durcit son visage. Nordine se demande s’il est toujours séduisant, l’idée le fait sourire. Il sort.

La jungle de béton

8h00 : Le printemps a des allures d’hiver. Mais quelle que soit la saison, l’arène du monde est un danger permanent. Comme une immense jungle où la nature impose sa loi. Dans ce monde, il y a des prédateurs et des proies. Certaines proies se battent, d’autres se cachent. Elles se glissent dans le flot quotidien de la vie, se fondent dans le décor comme des caméléons. Il simule l’hypocrisie de cette société qui attribue des rôles comme un metteur en scène. Il s’amuse de ces jolis noms d’arbres qu’on donne aux tours dans sa forêt de béton. Nordine a vite compris les ficèles, il ne moufte pas. Il porte un masque, tous les jours, joue un personnage froid et insensible.

Insensible, il aimerait l’être, mais il est trop humain pour cela. La peur quotidienne l’enchaîne dans une prison glaciale. Il sait que sa vie quotidienne ne tient à rien : un regard de nordine3travers, un événement dont il serait témoin, le simple fait d’être tombé au mauvais endroit au mauvais moment. Cette société le terrifie, c’est un poison qui lui tord les boyaux, comme des lunettes qui l’empêchent de voir la beauté du monde, qui l’empêchent de vivre, tout simplement.

Le refuge

8h30 : Nordine est en avance. C’est comme souvent, il n’a jamais pris le pli du quart d’heure toulousain. Tous les jours, il vient ici. C’est l’association TO7 (Toulouse Ouverture), de petits locaux au cœur de la Reynerie. Des femmes et des hommes pleins de chaleur aident les gens du quartier à trouver du travail ou à faire différentes démarches. Parfois ils les écoutent et discutent tout simplement. Ici, Nordine suit des cours d’alphabétisation. Il aimerait que ça l’aide à avoir un travail, des papiers. Bref, il y construit son avenir.

Quand il est à l’intérieur, Nordine se sent chez lui. Il se sent même mieux que chez lui, dans son appartement minimaliste. La peur qui l’assaille cesse momentanément. Il parle, rie, s’amuse et échange. Il se sent un être humain comme nulle part ailleurs. C’est un refuge, comme un sanctuaire au climat hostile de l’extérieur. Ça lui fait du bien.

La chute

8h40 : Les membres de l’association s’activent pour préparer les locaux. Nordine attend patiemment. Il se pose à la table devant la porte, pense déjà au café salutaire qu’il tiendra entre ses mains dans quelques minutes.

« Bonjour monsieur ! » Une voix grave l’arrache à ses pensées. Il sursaute et lève la tête. Son cœur se serre quand il aperçoit un uniforme de la police. Il tente de garder son calme mais sent que ses mains ne demandent qu’à trembler. Ses jambes lui disent de courir, vite, loin, mais il reste. Après-tout, il a déjà parlé à des agents sans soucis.

« – Bonjour.

– Vous auriez vos papiers, je vous prie ?

– J’en ai pas monsieur

– Très bien, vous allez nous suivre jusqu’à la voiture ? »

Tout va si vite. Nourdine sent que la situation lui échappe, aucune issue possible, il regarde autour de lui, comme un appel à l’aide. Les murs semblent s’effondrer, le paysage se transforme à jamais, comme s’il ne se tiendrait plus jamais ici et que son cerveau effaçait déjà la mémoire douloureuse de ce moment où tout a basculé. Les salariés et bénévoles de l’association sortent. Ils discutent avec l’agent et ses deux collègues venus en renfort. Nordine n’entend plus rien, la scène est floue et on l’amène fermement jusqu’à la voiture…et le centre de rétention le plus proche.nordine2

Les coups qui font le plus mal sont ceux qu’on ne voit pas arriver. Chaque seconde Nordine attend ce moment. Chaque seconde il s’y prépare, se méfie, sans paraître, mais se protège inconsciemment pour que la chute ne soit pas trop rude. Chaque seconde, sauf quand il est ici, là où ils l’ont arrêté. Le poignard a frappé en plein cœur. Il a mal.

La solidarité

Terrifiés, ce sont ces militants qui le sont. En 30 ans d’existence de l’association, jamais les forces de l’ordre n’avaient osé un tel geste. TO7 est reconnu de tous, y compris de la préfecture, pour son travail utile et pour sa solidarité. Un refuge, comme une trêve dans une chasse à l’homme quotidienne initiée par Sarkozy et amplifiée par Manuel Valls.

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Le message fait vite le tour des réseaux, les organisations s’activent, les communiqués partent, les coups de fils sont passés. Les heures passent et la colère gronde et s’amplifie : il y a des lignes à ne pas passer. Le message de l’État est clair : « nulle part vous n’êtes à l’abri : ni en allant chercher vos enfants à l’école, ni dans ces associations de quartier. » La chasse n’a plus de morale, elle n’a qu’un seul chef : le chiffre !

Le soir venu, la situation n’est plus tenable, Nordine est enfin libéré. À temps pour son cours du soir, belle ironie. Le lendemain, des militants des 4 coins de la ville se retrouvent pour le repas-débat habituel du jeudi midi. On cause de ce qui s’est passé hier. Au choc s’ajoute le dégoût, car malgré la victoire, ce qui reste à la bouche, c’est que dorénavant, plus personne n’est vraiment en paix ici…

Demain la police ira chercher les sans-papiers à la CIMADE. Je dis demain, c’est peut-être aujourd’hui, qui sait. En tout cas c’était hier, mais cet hier là, je ne le souhaite plus à personne…

Romain JAMMES

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Les femmes occultées du monde médiatique

Les médias sont un miroir très déformant de la réalité. Chacun à sa manière. Certains l’assument, c’est honnête de leur part, d’autres non, ce qui ne les empêche pas de prendre parti. L’essentiel c’est que dans son ensemble, le système médiatique est un appareil de production culturel puissant.

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Alors vous savez, nous on est parfois bassement marxistes mais il n’y a qu’à voir. L’appareil de production culturel c’est Lagardère, Boloré, Dassault, etc… Bref, les propriétaires de l’appareil de production industriel. Évidemment ce ne sont pas eux qui écrivent tous les articles. Mais on a tendance à penser que ça, ajouté aux conditions de travail des journalistes et à la course acharnée à l’audimat, ça a tendance à produire une culture dominante assez carabinée. « Culture dominante » ça fait un peu peur dit comme ça. Pas de théorie du complot ni de big brother qui organise tout, juste des représentations dominantes qui alimentent des systèmes de domination. Lequel par exemple ? La domination masculine.

« Hors du monde reléguées » dit la chanson. Allez, on teste ? Les femmes, c’est plus de 50% de l’humanité. J’ai pas les stats dans le Sud-Ouest, mais ça doit pas tourner très loin de la parité. Bref, la vie est bien foutue à ce niveau. Et comment La Dépêche du Midi voit les choses ? Est-ce que, comme ces saletés de féministes le prétendent, les femmes sont exclues des médias ? Et comment est-ce qu’elles y apparaissent ?

Petite étude statistique

Prenons donc La Dépêche du Midi de Toulouse datée d’aujourd’hui (NDLR : 16 avril). Nous avons en tout 80 photos dans lesquelles nous pouvons identifier des femmes et/ou des2 hommes. Pour 36 pages, c’est un torchon copieusement illustré.

Sur ces 80 photos **roulement de tambour** il y a 72 hommes et 22 femmes. Cela veut dire concrètement que les hommes apparaissent sur 90% des photos et les femmes sur 27,5% d’entre-elles. Ca fait déjà assez mal. Manifestement, l’actualité de La Dépêche du Midi ce n’est pas celle des femmes.

Allons un peu plus loin donc. Vous êtes des personnes très intelligentes qui ont remarqué que 72 et 22 ça fait 94 et non 80. Il y a en effet 14 photos sur lesquelles il y a au moins une femme et un homme. 14 photos, cela veut dire que dans 19,4% des cas où un ou plusieurs hommes sont sur une photo, ils sont accompagnés d’une ou plusieurs femmes. Cela veut dire aussi que dans 63,6% des cas, ce sont la ou les femmes qui sont accompagnées d’un ou plusieurs hommes. En résumé, la grande majorité des femmes apparaissant dans les illustrations du canard sont accompagnées d’hommes.

Au final, les femmes sans homme représentent 10% des illustrations, les hommes sans femme 72,5%. Le déséquilibre palpable prend une tournure bien plus politique.

Les femmes en minorité…

Revenons à notre culture dominante qui accompagne la domination masculine. La société patriarcale organise le maintien des femmes dans un état de minorité. C’est moins le 3cas aujourd’hui qu’à une certaine époque, mais c’est tout de même très présent. Certains symboles d’une culture moyenâgeuse persistent les « mademoiselle » ou le fait de prendre le nom de son mari. Heureusement, on n’a plus besoin de demander au père la main de sa fille, mais il reste une sacrée autorité morale dans les représentations collectives.

Persiste surtout un phénomène social et économique en France. Les femmes sont bien plus au chômage, elles occupent 80% des temps partiels, une majorité des Smicards sont des Smicardes. Elles sont nombreuses à être en totale dépendance de leur conjoint, ce qui les pousse à accepter l’inacceptable, jusqu’à la violence et le viol. Que la grande majorité des illustrations de femmes dans le journal contienne aussi un ou plusieurs hommes, s’intègre dans ce contexte. Le directeur du journal ne se dit pas « je vais rappeler aux femmes qu’elles doivent être soumises », mais il n’y prête pas attention et participe au message selon lequel une femme, dans l’espace public, est surtout accompagnée d’un homme.

La représentation des femmes

8 femmes seules sur 80 photos c’est une chose. Mais c’est qui ces femmes ?

  • 2 femmes sont ministres : elles ont un portrait et une courte description de leur patrimoine. Le troisième ministre du Grand Sud (un homme) y apparaît également. Ce sont les seules femmes en responsabilité de l’édition.
  • 1 femme de dos se tient l’épaule dans un court article (moins de 1000 signes) sur la santé. Un air de stéréotype de genre.
  • 1 femme a le visage flouté. Le sujet ce sont les travaux derrière elle, elle est donc transparente.1
  • 1 femme est la chroniqueuse culture qui fait un coup de cœur
  • 2 femmes sont des chanteuses, l’une pour un événement catho (oh la chance), l’autre a manifestement raconté des histoires sur sa vie sexuelle la moitié de la soirée
  • 1 femme sert d’illustration pour un site de rencontre, c’est original.

Bref, déjà ça fait pas bezef, mais si on identifie les femmes nommées, on en retire encore 3. En tout, 2 femmes sont mises en lien avec les relations amoureuses ou sexuelles, 3 sont liées à la culture et une avec le care. Un petit florilège de bon sens qui mériterait que des cisailles se perdent.

Parmi les femmes accompagnées, notons en p.2 et 3, celles qui apparaissent sont dans les bras d’hommes. What else ?

Le sexisme ordinaire, c’est aussi cette culture dominante de tous les jours. Celle qui efface les femmes de la sphère publique, ou celle qui les réduit à des corps pornographiés dans les publicités honteuses. La Dépêche du Midi n’est pas connu comme progressiste, mais je vous invite à faire la même expérience avec tous les quotidiens et de remarquer comment l’actualité est faite par les hommes, pour les hommes, dans un monde d’hommes.

Romain JAMMES

Le SAV de l’affiche sexiste du métro à Toulouse

Ah ça m’agace. Ça y est j’ai le majeur qui me démange, et encore je suis gentil. Le féminisme est un combat peu partagé dans notre société. Bien moins qu’on ne le pense. On s’en aperçoit quand on en vient à creuser, même à peine, le sujet. Je dis creuser mais il suffit de gratouiller le point obscur pour que le ballon de baudruche éclate chez la plupart des hommes (mais chez les femmes aussi et oui !). Bref, c’est une sensation aussi agréable que de se retrouver seul au milieu d’un champ de mines. Mais ça nous donne aussi assez de niac pour se lever le matin dans l’espoir non dissimulé d’émasculer qui de droit.

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Je vais donc vous raconter l’histoire d’une petite lutte banale contre le sexisme qui a porté ses fruits mais interroge beaucoup sur la ville de Toulouse. Elle interroge un responsable marketing Jean-Sébastien Grelet-Aumont (non, on ne juge pas les noms de merde comme ça ! Ah zut trop tard…) mais aussi des militants qui se sont fait embarqués dans cette histoire sans être vraiment impliqués dans les luttes féministes. En gros, quelques mises au point s’imposent. Ca tombe bien : les poings, on adore ça !

Pourquoi cette publicité est sexiste : le contexte ?

La question a le droit de se poser. Enfin, disons que quand on le demande gentiment, on a le droit à une réponse gentille. Par exemple : « Pfff mais n’importe quoi, c’est quoi ce puritanisme réac’ ! Ça n’a rien de sexiste, faut pas crier au loup pour un rien. » Ça, ce n’est pas ce que j’appelle demander gentiment. C’est une pratique assez répandue communément appelée « faire étalage de son ignorance ». Je n’ai pas dit « stupidité », pourtant, je le pense. Ah flute, je l’ai dit !

Alors, revenons-en à nos moutons. Si cette affiche est sexiste c’est tout d’abord qu’elle s’ancre dans un contexte (« bah oui logique » aurait dit Bourdieu). Le contexte en questionsexisme1 c’est que nous vivons dans une société dont la culture dominante réduit constamment les femmes à leur physique. Ça s’apprend très jeune évidemment. Les petites filles sont élevées à prendre soin de leurs cheveux etc… On leur dit beaucoup plus facilement qu’elles sont très belles, quand on va davantage insister sur la débrouillardise, ou l’intelligence de leurs homologues masculins. Dans sa scolarité, une femme va être davantage orientée vers des filières littéraires et artistiques car elle est naturellement (lol) sensibilisée au « beau ». Même quand elle poursuit des études scientifiques, elle va souvent se réorienter dans le supérieur. La réussite professionnelle d’une femme est très souvent associée à son physique ou à sa capacité à l’utiliser : le fameux « Si elle est là c’est parce qu’elle a couché avec le boss ! »

La beauté chez une femme, c’est la principale valorisation sociale. D’ailleurs c’est aussi une valorisation sociale pour son partenaire. À l’inverse, un « bon parti » est quelqu’un de doué, d’intelligent et de riche, là pour entretenir la femme irrémédiablement mineure toute sa vie. D’ailleurs, la plupart des hommes, que ce soit lourdement ou non, vont s’appuyer sur le physique pour draguer. J’ai rarement entendu des « Hey mademoiselle, il est chanmé le bouquin que vous lisez ! »

Bref, ces quelques exemples servent à montrer qu’on demande bien plus à une femme d’être un physique qu’à un homme dans notre société. C’est dans ce contexte de matraquage culturel et très réducteur pour la femme que s’ancre cette affiche. Et elle y participe même !

Pourquoi cette publicité est sexiste : l’utilisation du corps ?

Cette affiche y participe parce qu’elle réduit, elle aussi, la femme à son physique. La publicité concerne une salle de sport. La femme est nue, assise et passive. (Ça arrive évidemment à tout le monde d’être nu, passif et assis dans une salle de sport.) En gros le message, c’est son corps, d’où la réduction. Le fait qu’elle soit nue participe à une pornographication quotidienne et générale des femmes quand on les représente. Je ne vois pas en quoi le fait qu’elle soit habillée aurait changé l’idée qu’elle puisse être bien dans son corps malgré ses « rondeurs » (je reviendrais sur ce point).

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En somme, cette affiche utilise le corps de la femme en question comme n’importe quelle publicité racoleuse qui va montrer un bout de sein ou de fesse pour vendre une voiture ou des flageolets.  C’est une utilisation marchande du corps qui associe le corps lui-même à une marchandise. Ce genre d’affiche fait sens dans une chaine où l’on trouve à un bout les actes les plus anodins du commun des mortels et à l’autre la prostitution, le viol et les diverses violences faites aux femmes.

Est-ce que les formes « girondes » de la femme y changent quelque-chose ?

Je reviens là dessus puisque c’est un des arguments utilisé par le publicitaire (Oui les publicitaires ça ose tout). Évidemment, c’est un homme, et un homme qui a sûrement cru être original en foutant une femme nue sur une pub ! C’est du jamais vu comme vous le savez bien. Bref, pour justifier cet acte de fainéantise intellectuelle, Jean-Sébastien Grelet-sexisme3Aumont invoque les formes de la femme. Elles seraient « girondes » (non rien à voir avec ces cons qui sont tombés dans la Garonne) et donc transmettraient l’idée qu’on peut être bien dans son corps et l’assumer (surement grâce à la salle de sport en question).

Ce qui est choquant au prime abord, c’est que, du fait que cette femme ne soit pas anorexique, elle est censée représenter les grosses. C’est un peu lourd. Par ailleurs, je ne connais pas une théorie féministe qui dit qu’on peut utiliser l’image du corps d’une femme n’importe comment si elle est grosse. Wake-up ! Il s’enfonce le pauvre.

Pourquoi, si c’était un homme, ça ne serait pas pareil ?

Autre connerie, pensant atténuer le caractère sexiste de la campagne publicitaire. Le directeur Marketing rappelle à la fin de cet article que pour la prochaine, ce sera un homme. Bon évidemment, ça m’enchante pas particulièrement de voir des gens à poil sur les murs du hommetro-mé, que ce soit un homme ou une femme. Enfin ça m’enchante pas d’y voir des pubs tout court d’ailleurs. Mais néanmoins cette précision mérite une réponse…

Les hommes ne subissant pas tout ce contexte de domination masculine, faire une telle affiche ne fait pas écho à une culture qui s’est immiscée dans tous les compartiments de la société. C’est comme faire un rappel de couleur sans avoir déjà la couleur de portée. En somme, ce n’est pas une bonne chose, mais la signification est très différente. ON ne peut pas contrebalancer une telle pratique pour une femme en faisait subir le même sort à un homme.

Comment on lutte contre ces âneries ?

La bonne et vraie question est là. Face à ce matraquage constant, qu’est-ce qu’on peut faire ? Si on n’a pas le pouvoir (bon c’est le cas de la plupart des situations), des actions comme celles menées par le Front de Gauche peuvent servir de prise de conscience et au pire, limitent l’exposition de cette publicité (puisqu’elle a été retirée). Toute forme de mobilisation est bonne à prendre (sauf à se mettre soit même nue mais c’est un autre débat).

Si on a le pouvoir à l’échelle locale, des critères sur les publicités sont tout à fait envisageables, même à l ‘extérieur sur les panneaux qui sont des espaces qui demandent une autorisation de la mairie. Enfin, si on a le pouvoir à l’échelle nationale (comme certains qui se disent féministes), on peut faire une loi contre le sexisme, qui condamne cette discrimination avec la même force que le racisme et se bat pour renverser la culture dominante en commençant par l’école.

Une mesure d’urgence ? Interdire toute femme dénudée sur les publicités. Pas de tergiversation ! Ce qui est en jeu, ce n’est pas la pudibonderie de quelques-uns, c’est un système patriarcal qui tue tous les jours. Alors osons !

Romain JAMMES

On a testé pour vous : La monnaie qui dit « merde » à la finance !

Le nouveau PARCEQUE est dans les bacs. Ce petit magazine dont je vous ai déjà parlé en est à sa 12e édition. C’est pas beau ça ?

Pour vous donner une petite idée, voilà mes contributions pour les derniers numéros :

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Le Billet vert qui dit « merde » à la finance !

Aujourd’hui, la monnaie, c’est sacré. On n’y touche pas, elle est juste là pour nous rappeler constamment à notre condition économique. La nouvelle religion, c’est la finance, avec ses prêcheurs, ses temples et ses autels. Mais figurez-vous que l’argent n’a pas toujours eu ce rôle dans la société et que des profanes ont eu la merveilleuse idée d’en recréer une… locale et solidaire.

Au début, on est un peu incrédule.

« Le Sol-Violette, c’est la monnaie locale et solidaire de Toulouse » entend-on. Un peu bizarre… encore un projet avec 10 personnes et 3 boutiques qui pensent changer le monde en se lavant à la Pierre d’Alun ? Mais non, ici pas de trip hippie, on ne cultive pas le milieu fermé du bobo-bio. Ici on frappe la monnaie, et c’est acte révolutionnaire !

Pourquoi une monnaie locale ? Bonne question ! L’euro, c’est la monnaie qui matérialise la richesse qu’on produit quand on travaille. Jusque-là tout va bien. Seulement la masse monétaire de l’euro est à 98% en balade sur les marchés financiers. La monnaie quitte donc les échanges concrets et matériels (l’économie réelle) et est placée en bourse où elle ne répond plus à son principal rôle : favoriser l’échange et donc la création de richesse… La monnaie locale, elle, ancre l’argent sur un territoire et circule davantage entre ses acteurs (citoyens, entreprises, associations…), elle n’est pas aspirée par la finance et se consacre donc entièrement à l’économie réelle. Et tout ça implique un réseau, notamment celui de l’économie sociale et solidaire.

Mais d’où il vient cet étrange billet vert ?

C’est une association, en collaboration avec la mairie de Toulouse, qui la met en circulation. Plusieurs banques sont partenaires et permettent de garantir la monnaie locale. Pour chaque Sol-Violette en circulation un euro est dans un compte et sert soit à financer des projets de l’économie sociale et solidaire, soit à faire des microcrédits pour les personnes en situation d’exclusion financière. Les adhésions, les intérêts sur ces comptes ainsi que les subventions de la mairie financent tout le dispositif. Magique ? Non, politique. Il suffit d’avoir la volonté.

Mais comment ça marche ? Un euro vaut un Sol-Violette. Vous pouvez les échanger dans de nombreuses structures. Quand vous payez vos poireaux ou vos chaussures en Sol-Violette dans une entreprise qui les accepte, pour vous, ça ne change pas grand-chose. L’entreprise, elle, pour utiliser ses Sols, va devoir trouver des producteurs ou des prestataires du Sol-Violette, donc des entreprises locales, appartenant au réseau de l’économie sociale et solidaire.

En gros, vous avez pris une bière au bar X, ce bar appartient au réseau, il a besoin d’un fournisseur et favorise celui qui existe sur Toulouse et qui accepte les Sol-Violette. Lui-même se fournit auprès d’un producteur local et a besoin de matériel informatique : il va regarder ceux qui vendent ça dans le même réseau. L’entreprise d’informatique en question a besoin de flyers pour développer son activité, il y a une imprimerie qui accepte les Sols pour ça. L’imprimeur a besoin d’un prestataire pour faire le ménage dans ses locaux : ça tombe bien, il y en a un. L’entreprise de ménage achète ses produits Bio dans un magasin du réseau. Enfin, le vendeur Bio, il se trouve qu’il va se prendre une bière vendredi soir avec ses potes… en Sol-Violette. La boucle est bouclée. Les Sols ont circulé et créé de l’activité dans un secteur qui respecte ses salariés et l’environnement dans leur production.

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Romain JAMMES

La démocratie sauce toulousaine…

Vous savez, la démocratie, c’est un joli mot. Y en a même qui en font des classements assez absurdes. Ce qui arrange moins certains élus, c’est que ça demande aussi des actes ( nom masculin qui désigne un action humaine). Aïe, ça se complique un peu, surtout quand la contestation se fait entendre…

 

Le droit de militer ?

Certains doivent le savoir, être un militant politique ça demande une certaine réserve. Oh ce n’est pas désagréable dans l’absolu, on ne se sent jamais aussi bien que quand on se bat pour ses idées. J’en connais qui devraient s’en rappeler (oui je parle de toi, oui de toi aussi,…) Mais ce qui frappe ce sont les multiples obstacles qui s’érigent sur votre chemin. Rien d’illégitime pourtant à dynamiser le débat démocratique, au contraire. Ou alors on m’aurait menti en cours d’Education Civique ?

C’est donc joyeusement samedi que nous avions décidé d’aller au centre-ville de Toulouse. Le carton de tracts sous le bras, la guitare sur le dos, tout semblait marcher comme sur des roulettes. Le collectif contre la dette invite les citoyens à participer (physiquement ou financièrement) à la manifestation à Paris le 30 septembre. Le soleil chauffe les pavés de la rue Alsace-Lorraine (oui la rue dont parle Zebda), il y a beaucoup de monde, c’est parfait. Cette bataille nous tient à cœur, ce n’est pas un secret, d’autant qu’on se demande quand les médias trouveront intelligent d’organiser un débat sur ce sujet à une heure de grande écoute… Ce doit être assez peu important j’imagine.

Après quelques chansons, une quinzaine d’euros récoltés et de nombreux tracts distribués un agent de surveillance de la voie publique vient nous demander poliment de partir. Je dis poliment parce qu’il y a quand même marqué (A)SVP sur la casquette. À Toulouse, on rigole pas avec la politesse. En effet, le maire de la ville (je dénonce honteusement, c’est Pierre Cohen) a publié un arrêté interdisant les diffusions à caractère politique (bouh !) sur la rue Alsace-Lorraine toute la journée, ainsi qu’aux abords (100m) des stations de métro de 8 à 10h et de 17 à 19h (dixit l’agent en question). En gros pas de diff là où il y a du monde. Il faut avouer que c’est moins pratique… Le maire doit s’imaginer quand lance les tracts dans la rue, il n’a pas du le faire souvent le bougre.

Si c’était que ça…

Allez, à sa décharge, Pierre Cohen fait preuve d’une certaine cohérence. C’est important la cohérence non ? Demandez à nos amis d’EELV qui font les équilibristes entre les places tant attendues au gouvernement et le rejet du TSCG. Bref, le maire de Toulouse prend soin également à ce que se raréfient les panneaux de libre-expression. Faut dire qu’il y a libre dedans, donc ça veut dire politique aussi. Beurk !

Une nouvelle fois à sa décharge (tu vois Piero, en fin de compte je suis plutôt gentil), le maire de Toulouse ne fait qu’imiter ce que nombreuses communes ont mis en place. On en a vu un certain nombre cette année : interdiction de certaines rues, interdiction de parvis de gare, interdiction de marchés,… Bref, manifestement les espaces d’expression démocratique sont en pleine récession, comme l’économie bientôt d’ailleurs, avec notre joli traité (sic). Comment vous expliquez ça vous ? Est-ce qu’on est des dangereux délinquants ?

Et les autres dans tout ça ?

Quand je parle des autres, je ne parle pas vraiment des autres formations politiques. Quoi que, j’ai le souvenir, à Evry, d’un policier municipal qui avait renoncé à nous déloger quand je lui ai dit que le PS diffait lui aussi 30 mètres plus loin… Tiens donc. Non, le pire dans tout ça c’est qu’il n’y a que la politique qui subit ce genre de restriction.

Car pas de fameuse interdiction de la part de notre pote Cohen pour les tracts commerciaux. C’est pourtant bien connu, ces gens là veulent le bien des Toulousains. Aucune restriction non plus pour la « presse » gratuite. Enfin les torchons publicitaires déguisés en journaux qui sont distribués tous les jours. C’est à se demander, au fond, quelle société préfère matraquer son peuple de publicité plutôt que de débat d’idée.

Evidemment les cas en la matière se multiplient : publicité dans le métro, panneaux publicitaires géants dans la rue, y compris dans les services publics. À l’Université même, la politique est systématiquement arrachée, mais les pubs sexistes pour les soirées étudiantes restent, de même, souvent, que les groupe religieux passés par la.

Et à part ça, tout va bien… à part ça, mais ensuite ?

Romain JAMMES

On a testé pour vous : déménager à Toulouse !

On était un peu à l’étroit, dans notre bonne vieille banlieue parisienne. On y a passé des années, presque toutes à vrai dire, à voguer entre les friches de Corbeil, les places d’Evry, les quartiers alentours ou les champs entre Lisses et Vert-le-Petit. On ne comptait plus nos journées à errer entres les murs tagués de la fac d’Evry, à enjamber les tourniquets pour éviter la facture salée d’un aller-retour vers Paris. Réguliers comme une messe, nos pieds venaient, chaque dimanche, frapper la balle sur le terrain de Saint-Michel-sur-Orge. Bref, notre vie roulait pépère… Sauf cette vague impression qu’il y a peut-être un autre monde à découvrir.

Car, à n’en pas douter, cette banlieue a un certain goût amer. L’esprit humain qui en faisait le charme n’a pas pris tant de rides, mais un je ne sais quoi (qui nous agace) transforme les chaudes briques en murs froids. Beaucoup de villes se réduisent à de grands immeubles entourés de barrières menaçantes. Les centre-villes, quand ils existent, se transforment en addition de banques et d’agences immobilières qui vantent les nouveaux habitats hyper-sécurisés. Les activités meurent avec, se concentrant sur Paris ou la petite couronne. L’étalement urbain défigure les paysages et les quartiers encore vivants sont stigmatisés à souhait par les médias, quand ils ne sont pas étranglés par le clientélisme qui exacerbe les tensions.

Rien de réjouissant donc, et la perspective d’aller sur Paris régulièrement trouve vite ses limites. Cette ville bouillonne d’activités mais reste froide comme la coque d’un sous-marin, dure comme du pain rassi ; pleine de m’as-tu-vu et de pintes à 7€. Bref, très peu pour nous…

Le cœur au sud

Nous, nous restons des enfants dans les tourments de l’humain moderne. Le cœur ancré à gauche, la tête d’autant plus. Généreux, car la société est un tout et non une somme, et un peu grande gueule parce qu’on sait que ce n’est pas tout à fait vrai. Nous sommes taillés pour le sud malgré nos origines normandes (bon, Flo a son côté Sarazin). Et la déchirante séparation de notre groupe d’inséparables ne pouvait étouffer l’envie d’une vie différente. Plus humaine en fait…

Alors l’idée a fait doucement son chemin depuis un soir de décembre où, laissant une partie de mon cerveau prendre les commandes, j’ai imaginé une migration salutaire. Les idées deviennent des forces matérielles quand elles s’emparent des masses. Et comme mes neurones se sont convaincus uns à uns, j’ai fini par ne plus penser qu’à cela. Flo bouillonnait depuis longtemps, lui aussi, à l’idée partir loin de chez nous, trop loin parfois. On a donc décidé de tester pour vous les briques romaines et les murs roses de Toulouse… Attention, top départ !

Et comment ? – !

Maintenant que c’est dit, partir n’est pas une sinécure. Mes quelques déménagements se sont faits à coups de multiples aller-retours de Scenic pleins à craquer. La chose est peu envisageable quand on fait un bond de 700 km, d’autant que nos inséparables affaires inutiles s’accumulent avec inconséquence. On trouve un transport sans se ruiner (quoi que), je visite des apparts de toutes les couleurs après des journées de marche à pied dans les rues toulousaines et on finit par se retrouver à deux pas de la place Saint-Pierre. Un quartier calme avec vue dégagée (ou pas).

Je pars avant pour les papiers, dors quelques jours sur le carrelage rafraîchissant avec mon duvet de fortune. Je prends beaucoup de leçons de chaque jour qui passe. Je me sens presque chez moi. Les épiceries, les Grecs, les musiques orientales de la rue Parga ; un peu plus loin une bicoque d’Amérique Latine et quelques bars à tapas. Cette ville est cosmopolite, ça me plaît. Mon appartement vide me pousse d’autant plus dehors, j’ai l’impression de vivre dans la rue. Un bouffée d‘oxygène dans un monde où beaucoup préfère se couper du monde derrière 3 digicodes.

Notre imagination trace finalement des réalités aussi justement que nos affaires rentrent dans 25m3 roulants sur l’Occitane. On a testé pour vous : déménager à Toulouse ! On a testé pour vous : réaliser ses envies…

Romain JAMMES