Comment les médias font le jeu du FN

 C’est une histoire comme beaucoup d’autres, que j’ai lue de Gilles Balbastre. Elle est représentative d’un état de la société, à la fois dans son caractère de spectacle, mais aussi dans la profonde misère humaine qu’elle organise au quotidien.

Elle révèle le profond mépris de ceux qui se battent dans l’ombre et la connivence de ceux qui façonnent l’opinion publique avec la montée en flèche des idées réactionnaires… Le désarroi que le libéralisme crée dans les consciences collectives fait du frère l’ennemi et de l’ennemi un frère. Comme du compost, elle laisse moisir la frustration de destins brisés bientôt fertiles aux noires idées qui rongent l’humanité.

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Il était une fois, à Dunkerque

Dunkerque, voilà un nom qui ne fait pas rêver. Spontanément, on pense au climat hostile de la mer du Nord, au ciel gris, aux trottoirs gris, aux bâtiments gris. Ça ne fait pas très carte postale. Mais c’est surtout le destin des ouvriers face à la désindustrialisation qui crève le cœur. Le chômage est la préoccupation quotidienne, le grand débat de la région, comme beaucoup d’autres en France.

La fermeture de la raffinerie Total en 2010 est une pierre de plus qui s’écroule de l’édifice. Elle fait l’objet d’une lutte, de certaines victoires administratives, et finalement d’une reconversion du site. « Reconversion » : ce mot sonne rarement comme une bonne nouvelle dans la bouche d’industriels. 350 salariés sont licenciés, mais la création d’une centaine d’emplois est annoncée sur le chantier par Sarkozy en 2011. Le compte reste négatif, mais le coup de com’ fait ses effets.

Une filiale locale d’EDF est maîtresse d’œuvre, les demandeurs d’emploi affluent. Jusque-là, le scénario est sans accroc…

Mais qui sont ces travailleurs ?

Sauf que voilà, quelques mois plus tard, ce ne sont pas les mêmes travailleurs que l’on voit pointer à Loon-Plage. L’opération vantait les mérites de l’emploi local. Elle sentait l’air frais du bout du tunnel pour de nombreuses familles. Elle l’a été sans doute pour certaines, mais le chantier prend des accents qui interrogent.

Les travailleurs détachés sont en effet nombreux, très nombreux (60%). Qu’est-ce que c’est ? Des ouvriers venus d’autres pays européens, payés et protégés en fonction des lois de leur pays d’origine. Une aubaine pour le maître d’œuvre, des économies garanties par une directive européenne construite dans l’ombre des couloirs de la Commission et qui, à chaque rediscussion, devient plus libérale encore. Une main-d’œuvre étrangère faute de pouvoir la trouver en France d’après le discours officiel. On peine à le prendre au sérieux.

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Photo : Askatom

Le droit du travail, lui, reste celui de la France, du moins en théorie, encore faut-il que les travailleurs le connaissent. La CGT s’active, non contre la présence d’étrangers qui sont dans le même bateau de la recherche de l’emploi par tous les moyens, mais contre le dumping social déguisé derrière cette pratique. Ils éditent des tracts en plusieurs langues sur les droits des travailleurs. Se font sacrément chahuter par la direction. Devant le site, des bus affrétés spécialement emmènent des convois d’ouvriers depuis les campings où ils logent, bien à l’écart de la cité, jusqu’à leur lieu de travail. Avoir un échange relève du défi. Même au rond-point public devant l’entrée, la direction fait tout pour qu’aucun dialogue n’ait lieu.

Pourtant, des soupçons très lourds pèsent sur les conditions de travail. Des travailleurs avouent faire certaines semaines de 50 heures. Les inspecteurs du travail tirent la sonnette d’alarme sur l’opacité qui les empêche de faire leur travail.

Une affaire qui fait du bruit ?

Les grands médias ne se pressent pas au portillon. Après la CGT, la CFE-CGC (syndicat des cadres), alerte à son tour, la presse locale commence à s’interroger. Mais ce ne sont que 15 pauvres militants FN, déployant une banderole sur le toit de la CCI, qui vont attirer l’attention des médias nationaux. La banderole dit « Emploi, les nôtres d’abord ». Le ton est donné, la question ne porte pas sur les conditions de travail, mais sur le rejet des travailleurs étrangers.

Sauf qu’on ne parle que de ça. Les syndicalistes présents depuis des semaines ont été méprisés et ignorés. On leur préfère le discours simpliste et haineux d’une poignée de nazillons reprenant les slogans d’avant-guerre alors dirigés contre les juifs. Une absurdité économique, une horreur philosophique, mais peu importe, ce qui compte c’est l’audience.

L’écœurement des milliers de chômeurs est plus que compréhensible. Le matraquage leur donne une cible toute simple, à leur hauteur, sans plus d’appel à l’esprit critique. Le FN surfe sur la vague avec la bénédiction du PAF. Comme un navire sans équipage que le courant mène à bon port.

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Photo : Askatom

Et la suite ?

La suite on la devine. Michel Sapin a fait la démonstration de l’inaction du gouvernement. Suite à des alertes d’agents de l’État, il fait une visite surprise annoncée la veille. Oui, c’est un nouveau concept. La direction prend le soin de laisser la plupart des salariés au repos. Rien à signaler donc.

La suite c’est aussi les élections européennes. Plutôt que de détricoter le mécanisme libéral du travailleur détaché, les médias ont offert un boulevard au FN qui fera une campagne à l’image de l’idiotie de son discours. Anti-Europe, anti-européen, anti-euro. Le terrain aura parfaitement été préparé pour que la population vote contre ses semblables étrangers au lieu de s’en prendre à ceux qui organisent le dumping social.

Les militants syndicaux font encore régulièrement le pied de grue devant l’entrée, loin des projecteurs. Les fachos dans leur canapé n’ont plus qu’à observer la mayonnaise monter à coup de grandes déclarations publiques. Voilà comment les médias ont choisi leur camp dans cette bataille.

Des cas comme Loon-Plage, il y en a de nombreux en France. Le libéralisme crée le chômage de masse, le système médiatique le goût du scandale et la simplification à outrance. Le désarroi politique de la corruption alimente la suspicion du collectif. Chez soi, à l’abri des autres, on devient la cible idéale.

Libérons-nous de ces chaînes.

Romain JAMMES

Pour en savoir plus, l’émission Là-bas si j’y suis sur le sujet

Un coup d’état permanent

La mondialisation est souvent prétexte aux discours pompeux sur l’impuissance croissante des États. Il m’apparaît donc important d’aborder un phénomène qui découle de cette domestication de l’État par notre divin marché : « l’état d’exception permanent »

J‘entends déjà certaines de vos réactions : « qu’est-ce qu’il nous raconte encore ? », « il va encore nous sortir ses théories fumeuses venues tout droit de récits d’anticipation! » .

Mais je commencerai pas répondre à :

« Mais c’est quoi ce truc ? »

« L‘état d’exception » nous vient d’un concept remontant à l’antiquité romaine : « la dictature », évoquée notamment par K. Marx lorsqu’il parle de « dictature du prolétariat ». Je vous vois déjà, là, à frissonner dernière vos écrans d’ordinateur, en imaginant les chasses à l’homme orchestrées par Sylla, les têtes coupées sous la dictature du populiste Marius ou les majestueux procès staliniens. Mais n’ayez crainte cher(e)s ami(e)s, en dehors de ces phénomènes folkloriques, il y a eu de multiples exemples beaucoup moins sanglants de ces suspensions de l’ordre constitutionnel tout au long du XX ème siècle. L’exemple le plus connu est d’ailleurs la seule utilisation de l’article 16 de la Constitution lors de la crise dite du « putsch des Généraux» de 1961, lorsque des militaires partisans de l’Algérie française ont tenté de renverser le Général de Gaulle

Proscriptions sous la dictature de Sylla

Il y a, il ne faut pas l’oublier, un second élément dans cette définition. Il s’agit du côté anecdotique et provisoire de « l’état d’exception », (hé oui s’il y a ex-cep-tion !!! c’est pas pour les chiens). Donc, pour ceux qui ont Alzheimer, la dictature (ou « l’état d’exception »), c’est une suspension provisoire de l’ordre constitutionnel pour répondre à un péril imminent. Tout comme « le droit de résistance », « l’état d’exception » s’oppose au droit, au nom du droit.

Une république qui faiblit, qui coule et qui fait « blic blic blic »

Le problème est que ce phénomène, est devenu un « paradigme de gouvernement ». Émancipé des contraintes temporelles, il est aujourd’hui un concept politico-juridique durable. Accentué par les attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, qui n’ont laissé aucune législation intacte, le phénomène a en réalité été amorcé dès la première guerre mondiale lorsque les belligérants ont dû mettre en place des lois d’exception.charb5-10939698blvuv

C‘est à partir de cette époque que l’on a assisté à un effondrement progressif de la division des pouvoirs. Ce qui nous permet aujourd’hui d’observer conflits d’intérêts sur conflits d’intérêts. Les comptes helvétiques de Cahuzac, les magouilles de notre Tapie hexagonal, etc… etc… sont parfaitement révélateurs du système dégueulasse qui s’est mis en place. Le pouvoir exécutif ayant pris petit à petit le pas sur les pouvoirs législatif et judiciaire, notre 5ème République a finalement donné naissance à un machine politique clientéliste, pour ne pas dire mafieuse.

J‘espère que vous ne m’en voudrez pas mais j’aimerais passer les arguments maintes et maintes fois ressassés autour de l’hyper-présidentialisation de notre régime. Oui et oui, c’est un problème. Mais ce qui m’inquiète depuis quelques temps, c’est la normalisation du « gouvernement par décret ». Le décret (norme émanant de l’exécutif ayant force de loi) est devenu sans que personne ne s’en offusque, une manière comme une autre de légiférer ; puisqu’il faut être capable de répondre le plus rapidement possible aux injonctions du Grand Marché Tout Puissant. Et même si les décrets sont validés par le parlement, la banalisation de cette pratique a eu pour effet de transformer les assemblées en de simples chambres d’enregistrement à la botte de l’exécutif. Alors fini les longs débats et les fastidieux discours de l’Assemblée Nationale qui sont pourtant nécessaires à la vie démocratique d’un pays. Face à l’impératif économique, les débats ne peuvent avoir lieu. Certains vous diront d’ailleurs qu’ils sont inutiles, puisqu’une seule politique est possible. Il nous devient donc impossible de proposer des politiques alternatives.

Comme bel air de Wagner 

Laissons de côté pour l’instant cet aspect pour en venir à des considérations un peu plus matérielles.

« L‘état d’exception » s’incarne concrètement sur le territoire. La prison de Guantánamo en est un exemple particulièrement criant. Les États-Unis y enferment des individus sous le titre de « combattants illégaux » et non de prisonniers de guerre. Ils n’ont donc pas de statut juridique clairs, ce sont des êtres juridiquement inclassables. Et sans vouloir marquer des points Godwin, cette situation ressemble étrangement à celle des Juifs des Lagers nazis. Dans les deux cas les individus ne sont pas seulement privés de droit mais sont considérés extérieurs à toutes juridicité. Et comme en France, nous produisons un certain nombre d’Eichmann en puissance (policards et fonctionnaires complètement aliénés), nous faisons la même chose avec les roms et les sans-papiers. C’est notamment en ça, que « l’état d’exception » est devenu un paradigme de gouvernement, transcendant à la fois les partis et les frontières.

A part ça, ce phénomène politique s’explique par l’avènement de l’ère atomique. Le nucléaire en termes d’infrastructures, de gestion de risque, a obligé à un accroissement du pouvoir de l’Etat. Cela était inévitable pour pouvoir mettre en place correctement les structures organisant la production et la circulation de l’énergie nucléaire que ce soit dans le civil ou le militaire. Et vous comprendrez, qu’il a aussi insinué une extension du secret d’État, limitant par la même l’espace publique. Les conflits ont alors été modifiés par l’équilibre de la terreur, ce qui a laissé place à une augmentation des conflits secondaires (guerres civiles, terrorisme, antiterrorisme). Nous avons par conséquent vu s’estomper la frontière entre guerre et paix, justifiant l’avènement d’un état de violence permanent.

« L’état d’exception permanent », vous le comprendrez bien, n’est donc pas le résultat de restes monarchiques ou absolutistes, ni la persistance cafardesque de l’Ancien Régime. Ce phénomène est un pur produit de nos systèmes démocratiques occidentaux. Quelles conclusions devrions nous donc en tirer ?

« L‘état d’exception » a suivi comme son ombre la construction démocratique, mais cette ombre s’étend aujourd’hui au point d’éclipser nos démocraties. Cela relève du lien intime entretenu entre la violence et le droit. En délimitant la violence légitime et celle qui ne l’est pas, le droit porte en son sein la violence dont « l’état d’exception » est l’incarnation. Pour cela, seule une activité révolutionnaire, visant à transformer les institutions, peut trancher ce lien étroit. Il s’agit donc de faire advenir un réel « état d’exception », c’est à dire l’élection d’une assemblée constituante, pour mettre fin à ce système politique où le peuple est écarté, et les chambres méprisées.

YAGOUBI Florian

On a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain

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Salut les amis! Me revoilà après une absence prolongée par une actualité politique qui m’a plongé comme les membres du gouvernement dans une sorte de mort cérébrale.

Pour dire vrai, je ne m’étais pas trop bercé d’illusions sur ce que l’élection du dernier grand calife allait entraîner dans le domaine économique. Je n’espérais pas non plus une révolution, ni même la lueur d’une réflexion sur des perspectives de réforme des politiques migratoires en France. Mais je m’étais naïvement laissé aller à croire que les prétendus socialistes auraient une attitude moins violente à l’égard des étrangers que le précédent gouvernement.

Il m’a donc semblé que les sociaux-libéraux n’avaient plus besoin de moi pour s’enfoncer. L’immonde de leur politique sécuritaire xénophobe et l’indécence de leur inaction sur le plan économique, étaient bien trop visibles pour que tout ceux qui avaient un QI plus élevé qu’une huitre n’en tirent pas des leçons adéquates. Mais un petit tour sur les chaînes d’informations ce matin, m’a vite remis les idées en place. A la vue de médias monopolisés par la vie de personnes bien différentes de nous (ne cliquez pas ici, ni ici, ici non plus). Par contre remercions Johnny de nous apprendre que Sardou est un gros con réactionnaire. Allez, on arrête de déconner et on ouvre sa gueule. Disons le, on s’est bien fait enfler.

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Le gouvernement derrière une flopée de bons sentiments dégoulinants la philanthropie, perpétue la bonne vieille tradition xénophobe des temps de crise. Et même si quelques membres de la majorité nous ont fait part de leurs remords, cela n’a pas empêché le P.S. d’apporter un soutien sans faille au principal responsable de cette politique de dégueulasse. Vous savez ? Oui ! Le seul successeur incontesté de Nicolas Sarkozy. Oui ! Manuel Valls, notre grand ami. Celui qui en toute tranquillité organise le harcèlement des Roms, maintient le quota arbitraire des 30 000 régularisations et continue les expulsions.

 2012, l’année de tous les records

Il y a de quoi être un peu déçu. C’est pas comme si notre président ne s’était pas engagé à mettre fin à la politique du chiffre pendant la présidentielle. En 2012 Manu a fait mieux que tout ses prédécesseurs, 36 322 expulsions d’étrangers en situation irrégulière contre 33 000 et 28 000 en 2011 et 2010. Ils s’en sont défendus comme d’habitude avec la phrase qui a sûrement été la plus prononcée de l’année dernière : « C’est pas nous, c’est ceux d’avant ! ». Mais il faut pas trop se foutre de la gueule du monde. Le gouvernement précédent était déjà obligé de gonfler les chiffres en expulsant des vacanciers (ne cliquez pas ici), Manu a donc dû bien mettre la précision aux forces de l’ordre pour qu’ils en arrivent à ce résultat astronomique.

En tout cas, pour cette belle réussite, le gouvernement pourrait remercier la Roumanie et la Bulgarie. Ils sont bien gentil d’avoir bien voulu récupérer leurs exilés, puisqu’un tiers « des candidats au départ » faisant parti de la communauté la mieux lotie là bas : les Roms. Pas sûr qu’on veuille bien récupérer un jour, le gros Gérard et la petit Mireille. En tout cas, il y a toutes les raisons de penser que Manu subisse des précisions de la part du lobby des éleveurs de poules. Monsieur n’a pas lésiné sur les moyens tout l’été pour établir un autre record, en faisant subir à 7 594 personnes la démolition de leurs camps.

Par contre quand il s’agit de respecter leurs engagements à deux balles, c’est tout de suite un peu plus compliqué. Le dispositif visant à réduire les contrôles d’identités discriminatoires a été rangé au placard. Le ministre de l’intérieur s’est tout simplement assis sur l’invalidation par la Cour de Cassation, de la garde à vue relative aux étrangers en situation irrégulière. Et ne parlons du droit de vote des étrangers pour ceux qui sont en situation régulière. Même si j’y suis opposé parce que cette réforme créerait des sous-citoyens alors qu’il faudrait élargir l’accès à la citoyenneté. Premièrement, les électeurs de François Hollande sont en droit de l’attendre et deuxièmement cela marquerait très symboliquement une rupture avec les années racistes de Sarkozy.

Haïr pour retrouver l’amour

Mais suis-je bête ? J’avais complètement oublié. Selon un sondage consultant les téléspectateurs de M6 (ne pas cliquez ici), 30 % des français auraient voté Heinrich Himmler s’il s’était présenté à la dernière présidentielle. Manu aurait pu se dire: « Heureusement qu’il est mort et qu’on ne donne pas encore la nationalité française à n’importe qui. Beaucoup de nazis auraient débarqué pour tenter leurs chance en 2017. » Ça aurait été très drôle mais le gouvernement préfère satisfaire quelques blaireaux aux réflexes synaptiques datant des années 30. A défaut de convaincre les instits avec cette réforme des rythmes scolaire caduque et inégalitaire, de défendre les travailleurs en lutte de toutes ces entreprises qui licencient, il faut bien allez chercher les voix de toutes ces masses informes étalées devant le spectacle des faits divers médiatisés.

Cette dérive regrettable de nos représentants est tout aussi dangereuse que pathétique puisqu’elle induit implicitement que l’étranger, l’autre que nous est un ennemi. L’État peut alors jeter aux oubliettes toute décence, tout droits fondamentaux pour nous protéger de « l’adversaire ». La xénophobie devient donc un principe d’État qui perdure quelque soit la couleur politique du gouvernement.

Merci, grâce à toi Manu, on a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain.

YAGOUBI Florian

La Valls continue, l’hypocrisie aussi.

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Ça on peut le dire, Manu est un sacré danseur. Il sait nous faire tourner la tête. Un pas à gauche, un autre à droite et nous voilà embarqué dans cette incroyable Valls. Au premier temps, (de la) Valls nous explique la montée de l’insécurité et du terrorisme par la politique sécuritaire et xénophobe du précédent gouvernement. Au deuxième temps (de la) Valls impose de nouveaux critères pour la régularisation des sans-papiers. C’est à se demander s’il ne se foutrait pas un peu de notre gueule.

La Valls : un coupé décalé du gouvernement Sarkozy

012nbJe me rappelle avoir dit à un journaliste après avoir mis le petit bulletin François Hollande dans l’urne, que je ne croyais pas que son élection bouleverserait notre système économique mortifère, mais que la politique xénophobe du dernier gouvernement prendrait fin. Je dois donc avouer avoir pris une belle claque lorsque j’ai pris connaissance de la dernière circulaire de l’héritier incontesté de Nicolas Sarkozy : Manuel Valls. Il avait déjà sacrément déconné tout l’été en sonnant la chasse aux Roms, mais là, Manu nous a sorti le grand jeu. Après six mois de discussions avec différentes associations, voilà que le deuxième flic préféré des français (oui le premier, c’est l’inspecteur Barnabi selon un sondage Pif magazine) décide de faire un beau sieg heil à tout le monde. Avec sa nouvelle circulaire, Valls affirme qu’il ne marquera pas de rupture avec les politiques sécuritaires et racistes d’hier et que la politique du chiffre continuera de plus belle. Ce sera 30 000 régularisations par an, alors que le nombre de sans papiers est estimé à 350 000. De quoi laisser perdurer, l’exploitation de bon nombre de travailleurs sans-papiers qui se voient dépouiller de leurs droits par leurs employeurs. Et tout ça pourquoi? Pour satisfaire une poignée de xénophobes qui n’ont toujours pas compris que si leurs entreprises étaient propres le matin, cela avait toutes les chances d’être l’œuvre « d’impitoyables terroristes » résidant, travaillant, consommant et cotisant sur le territoire français.

La Valls : Une main tendue à l’extrême droite

Alors qu’hier soir, Manu était envoyé sur France 2 pour jouer les contradicteurs face à la grosse Marine, sa politique est en complet accord avec les discours du Fhaine. La circulaire Valls entérine l’idée que l’immigration est responsable du chômage en France. L’obstination de ce gouvernement à ne pas s’attaquer au véritable problème qu’est la finance et l’austérité, met notre super flic dos au mur. Si ce n’est pas la confiscation de la richesse produite par la finance qui détruit notre économie, il lui faut bien trouver un responsable. Alors quoi de plus facile de s’attaquer à celui qui ne peut se défendre, celui qui n’aurait soi-disant pas le droit d’être là. Et cela qu’en bien même celui-ci ne soit responsable de ce qu’on lui reproche : « nous coûter trop cher ».

Les sans papiers et l’immigration, ne l’oublions pas, rapportent bien plus qu’ils ne coûtent. Je vous passerai le topo sur la conception républicaine de la nation et l’intérêt sur le plan intellectuel d’intégrer des individus venant d’ailleurs. Mais puisque, aujourd’hui, il faut des chiffres et parler d’argent pour faire sérieux, je suis bien désolé de rappeler aux ignorants que l’immigration rapporterait à la France 12,4 milliards d’euros. Selon Xavier Chojnicki, Maitre de Conférence à Lille 2 (on peut pas faire mieux comme référence), « comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques ».

Si l’on considère ce point de vue, notre père fouettard national aurait peu être dû revoir sa copie, avant de danser la gigue toujours plus à droite en fredonnant les méfaits économiques de l’immigration sur l’air de « maréchal nous voilà », pour ne pas laisser l’extrême droite savourer une nouvelle victoire.

« Touche pas à ma nation »

Un YAGOUBI défendant la « nation » ? Et puis quoi encore ? Le saucisson et le pinard pendant qu’on y est ? Certains me diront que mon nom ne fait pas très français, d’autres m’expliqueront que c’est au nom de cette nation, de son unité et de ses soi-disant valeurs universelles civilisatrices qu’on a opprimé, exploité et fini par torturer mes ancêtres. Mais réfléchissons un peu mes amis. La question que nous devons nous poser est : « Faut-il laisser la nation, la patrie, la France, là où je suis né, là où j’ai mes amis, ma famille et mes repères, à ce qui veulent m’en exclure : la droite et l’extrême droite ? »

Il est évident que nous ne pouvons laisser la droite et la droite extrême s’approprier la France. Car qu’en fait elle, elle qui se targue le tant l’aimer ? La dernière fois qu’un gouvernement de droite ouvertement nationaliste chantant la Marseillaise, agitant les drapeaux, régna sur la France, on entendait crier : « Vive la France » et l’écho répondre : « Vive Pétain ». Jamais alors notre pays n’était tombé si bas, roulé dans la boue par un régime on ne peut plus lâche, raciste et pervers. Ce régime céda sans broncher à l’occupant et collabora sans vergogne avec son homologue nazi. Tout en se réclamant d’une France aux racines chrétiennes, avec le soutien de l’archevêque de Paris Emmanuel Suhard Le Collabo, il livrait des Juifs et retirait leur nationalité certains bons Français tel que l’illustre Générale Leclerc. Aujourd’hui, la droite et ses amis du Fhaine se réclament encore et toujours de la France chrétienne éternelle. Cet héritage est sacralisé notamment par le discours de Latran (20 décembre 2007) prononcé par Nicolas Sarkozy, dans lequel le chef de l’État , heureusement déchu, affirme vouloir valoriser les racines chrétiennes de la France qu’il considère alors comme fondatrices de notre nation. Ce dernier se rêvant alors surement en Charlemagne et Marine la Pieuse fille du Borgne en Jeanne d’arc, deux personnages incarnant au mieux la tolérance religieuse, fustigent alors la gauche laïcarde de ne pas aimer la France. Leurs amis en liesse applaudissent, agitent les drapeaux tout en chantant La Marseillaise et finissent par beugler les larmes aux yeux, le couplet du « sang impur ».

Tout cela me fait alors doucement rire, lorsque que me rappelant mes vieux cours d’histoires évoquant la rédaction de ce chant de l’armée du Rhin venues combattre l’Autriche pendant la Révolution. Les personnes désignaient par le terme « sang impur » n’était autres que les riches et les puissants, se réclamant de cette même France chrétienne éternelle et qui s’étaient exilés pour combattre leurs compatriotes qui eux avaient fait valser cet héritage au nom des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. En 1870, le peuple parisien en arme, pour repousser l’armée prussienne, chante la Marseillaise et le Temps des cerises. Ces communards qui nous ont tant inspirés seront massacrés par les 100 000 soldats français libérés par Bismark à la demande du gouvernement de droite de l’époque. Et quel carnage! Thiers et la droite assassinent puis déportent le peuple qui s’était soulevé pour défendre l’idéal républicain. Plus tard, en France alors qu’une partie du pays chante à la gloire du Maréchal Pétain; ce patriote réduit en esclavage les français pour les allemands, fusille les résistants en grande partie communistes. Et quand tombant sous le poids des balles de leurs compatriotes, ces résistants ne crient pas « Vive Staline » mais « Vive la France ». Mais la droite prédit encore et toujours l’arrivée de chars russes en cas de victoire de ces socialos-communistes qui soit disant n’aiment pas la France. L’union pour un mouvement populaire et le front de la haine, tentent de faire croire qu’ils représentent et défendent le peuple et la nation contre l’arrivée imminente d’une horde de barbare aux pratiques obscures. Mais ils oublient que le métissage culturel a toujours été la force d’un état. Un fasciste (ou autre personnage du même acabit) vous expliquerait seulement que le métis est bien plus solide que l’être informe issu d’une copulation consanguine en éludant le fait que l’intégration d’individus extérieurs à une société est une aubaine à la fois sur le plan intellectuel mais aussi économique. En effet un étranger bien accueilli et vivant dignement sur un territoire, échange et consomme sur place créant à la fois activités intellectuelles et économiques. Cette intégration est permise aujourd’hui par le droit du sol et non le droit du sang que défendent avec verve les amoureux de cette douce heureuse civilisation chrétienne.

La Nation française tel que nous l’avons conçu après avoir mis à bas les idéaux de la monarchie, est essentiellement politique et non culturelle. Ne faisant aucune distinction entre les Hommes (les femmes n’étant malheureusement pas incluses à l’époque), elle doit alors permettre à chacun (et chacune aujourd’hui) d’oublier leurs différences, dans le but de vivre et travailler à un avenir commun. Et c’est dans ce sens et non un autre, que cet idéal républicain a vocation à s’imposer, par la raison (non par les armes) aux différentes communautés ethniques, religieuses etc … La liberté, l’égalité et la fraternité, valeurs issues de la déclaration universelle des droits de l’Homme, nous les nommerons valeurs universelles, étant les seules capables de réunir l’ensemble de l’humanité et enfin produire du « vivre ensemble ».

Enfin bon, remercions la droite et l’extrême droite pour leur joli tour de passe-passe ayant pour but de nous faire oublier que la châtelaine d’Hénin-Beaumont et son ami l’ex gnome de l’Élysée ne sont autres que les défenseurs des riches et des puissants. Ne nous laissons pas piquer la France, elle est la seule propriété de ceux qui ne possèdent rien. Notre France: c’est la Belle, c’est la Rebelle. La patrie n’est d’ailleurs pas incompatible avec le Socialisme, bien au contraire, elle est nécessaire. « Il n’y a que les feuilles mortes » c’est à dire les traitres et les collabos « qui se détache de l’arbre » (Jaurès, Le Socialisme et la Vie). Friand de l’exil fiscal et des petits esclaves des pays émergents, on ne fait pas plus apatride que le Capital. Capital que la droite et sa consœur extrémiste défendent si bien. Après ce constat, j’ai choisi de défendre la conception de la nation qui nous unit autour d’un destin politique commun et consenti, tout ça en dépit de nos différences, puis nous libère par la diversité des rencontres qu’elle nous permet. Mes origines sont diverses, ma religion s’il en est une ne vous regarde pas mais mon drapeau est bleu blanc rouge et mon hymne je le chante avec amour. Ma nation c’est la France, c’est la sociale, elle est internationaliste et n’a d’autres buts que le bien des peuples du monde entier. Ma nation n’est qu’idéal, continuons le combat.

YAGOUBI Florian

Archive : Du gris au larmes…

Un autre matin

Ce matin ressemble à beaucoup d’autres. Peut-être trop. Le réveil sonne dans la chambre et frappe les tempes de son cri strident. Il ne faut pas traîner, tout est millimétré. La pluie frappe les carreaux, c’est la saison mais Charles n’aime pas ça. Les pieds trouvent instinctivement les sandales dans le noir. L’homme quitte le lit où repose toujours sa bien-aimée. La douche dure 5 minutes, pas plus. Le thé chaud finit de réveiller les sens et, un morceau de pain dans la bouche, l’homme enfile son manteau et claque la porte.

Il fait encore nuit, l’air est glacial et gifles les joues. Le sol reflète les lumières du quartier et les silhouettes des tours dressées comme d’immenses totems noirs, symbole banal de l’âge du « tout béton ». Charles parcourt une centaine de mètres, un arrêt de bus l’attend avec les quelques personnes qui l’ont précédé. Ce sont toujours les mêmes. Depuis tant d’années, il connaît leurs visages, leurs styles vestimentaires, voire littéraires, quand ceux-ci plongent leurs pensées dans des romans ou des journaux. La première fois, intimidé, il s’était fendu d’un timide « bonjours » resté sans réponse. La moitié n’avait pas entendu, absorbée par la musique qui retentissait des écouteurs comme un chuchotement insupportable ; l’autre moitié n’avait pas prêté attention, tout juste y avait-il eu un regard discret sonnant comme un « qui c’est celui-là ? ». Il avait été un peu surpris, il est habitué, maintenant.

Le bus apparaît enfin et s’approche lourdement du trottoir en faisant siffler ses freins. La porte s’ouvre, les personnes s’y engouffrent, saluant poliment le chauffeur, parfois même sans lui porter un regard. La scène se répète plusieurs fois, jusqu’à la gare RER. Un flot emporte alors tous les passagers. On pourrait le suivre sans ouvrir les yeux. Chacun valide son titre et fait tourner le tourniquet, descend l’escalier jusqu’au quai et se place stratégiquement en fonction de la gare d’arrivée. Charles ne déroge pas à la règle, il n’y pense même plus, ces gestes se font tous seuls. Il y pense parfois avec ironie, voire un léger malaise. Le train s’avance lentement, chacun y trouve sa place, loin des autres, sauf s’il n’a pas le choix. Le jour se lève à mesure que les gares s’enchaînent. C’est au tour de la correspondance de Charles. Un escalier à monter, un autre à descendre. Le matin la procession de travailleur a tout d’un ballet funeste, comme une danse frénétique. Le ciel gris s’éclaircit, laissant voir les passagers marchant sur le bitume gris avec leur manteau gris et leur pantalon noir, passant d’un train gris à un autre train, gris, celui-ci. Les visages sont fermés, Charles ne s’y est jamais vraiment fait à ça. Mais c’est ainsi.

Une dernière séance

Arrivée : 8h15. Charles enfile sa combinaison bleue, elle commence à être usée. Voilà 2 semaines qu’il a demandé à ce qu’on la change. Son boulot n’est pas passionnant, mais il n’a trouvé que ça vu sa situation. Il réceptionne des pièces de moteurs qu’il amène aux OS, puis remballe les pièces réparées pour les remettre dans des camions. La journée passe vite, les colis s’enchaînent, il faut tenir la cadence, dur depuis la dernière série de licenciements. La pause de midi est plus que la bienvenue, puis c’est reparti jusqu’à 17h30. Pas le temps de penser, le travail devient mécanique. On parle très peu en dehors du repas, les collègues ne sont pas méchants, mais l’énergie et la joie de vivre manquent. Il y a bien Momo, un jeune très actif, qui a manqué une carrière de footballeur d’après lui. Un vrai moulin à parole, mais il est bien seul dans le cas, au point que beaucoup considère qu’il a une case en moins.

Le retour rejoue le bal du matin, la fatigue en plus. Reste le soulagement de pouvoir retrouver son foyer, sa famille. Charles n’attend que ça depuis qu’il a mis le nez dehors. De nouveau, la procession se met en marche, plus nombreuse qu’à l’aller. Les marches défilent, les visages se ferment, les yeux regardent les pieds de leurs propriétaires quand ils ne se perdent pas dans les écrans des téléphones ou les pages des romans à l’eau de rose. À la sortie, la file glauque reste immobile dans l’escalator, valide mécaniquement son pass Navigo, comme pour pointer son retour. Le trajet du bus semblent encore plus long…

Plus que quelques mètres, Charles avance d’un pas assuré, la fatigue est lourde sur les épaules, mais déjà un sourire marque son visage. Il se voit déjà embrasser son fils, prendre sa femme dans ses bras, leur raconter sa journée, écouter la leur. Il cherche déjà ce moment devant ces cahiers d’écolier, à tenter d’expliquer à Juan ce que lui n’a jamais eu la chance de faire. Il sent déjà ses lèvres toucher la chaleur de celles d’Olivia. Il est comme submergé par une vague d’amour qui donne tant de couleur à cette société froide et mécanique. Ici, il est heureux.

Seulement, ce jour-là, 3 hommes l’attendent à la porte, près d’une voiture. Charles sait déjà, mais il est trop tard. Son cœur s’emballe, pendant une seconde c’est la panique. Il savait que tout pouvait s’écrouler du jour au lendemain mais on est jamais assez préparé à ce genre de chose. La seconde d’après, la résignation prend le pas. Toute une vie défile dans la tête, ces nuits passées à la préfectures pour rien, cet imbroglio administratif pour un papier, puis un autre. Charles voit s’éloigner son rêve à mesure qu’un des agents avance, lui demandant ses papiers. Ses genoux touchent le sol, il ne les avait pas senti défaillir. La porte vers l’enfer est ouverte, le malien ne dormira pas chez lui ce soir. Dans quelques jours, il sera à plusieurs milliers de kilomètres comme plus de 20 000 étrangers par an.

Romain JAMMES