Au Parti Socialiste, l’écologie n’est pas prête de réveiller les morts.

La journée ne commençait déjà pas très bien. Le temps était mot-rose et Toulouse tremblait déjà sous les pas des éléphants roses venus assister au congrès du parti socialiste. A peine levé, j’en avais plein les bottes de ces roses, et m’imaginer à regarder les socialistes se jeter des fleurs tout le week-end ne m’enchantait guère. Mais bon j’y suis allé. Sur la route, le climat était électrique, les gendarmes contrôlaient tous les laissés pour compte qui se rendaient à la soupe populaire juste à côté du parc des expositions. Je fus un peu surpris de croiser un camp de Roms que notre nouveau super-flic n’avait pas encore fait démanteler. (Alors, chut. Peut-être ne l’a-t-il pas encore remarqué.) Devant les portes, il y avait un peu de grabuge. Le service d’ordre refusait l’entrée à deux excités. Un peu interloqué, je décidais d’aller voir ces agitateurs pour me renseigner sur la situation. Ils m’ont alors expliqué qu’ils étaient venus pour interpeller les membres du Parti socialiste sur leur exclusion du parti. En fait, je n’en eus pas grand chose à faire. Je suis donc rentré pour me mettre bien au chaud. Mais quand même, pourquoi refuser l’adhésion de certains individus ? Alors que ce parti regroupe assez facilement des femmes et des hommes diamétralement opposés.

D‘ailleurs je fus assez surpris par le premier discours auquel je dus assister. Une petite femme rousse s’agitait du haut de la tribune et tentait d’interpeller ses camarades à propos d’écologie politique. Elle parlait de transition énergétique, de créer un service publique de l’eau, de sortie progressive du nucléaire et du refus d’exploiter le gaz de schiste. Mais que faisait elle au parti socialiste ? J’avais l’impression que personne ne l’écoutait. De la salle émanait un bruit qui aurait poussé au suicide le plus chevronné des instituteurs. Mes voisins de gauche faisaient des grimaces, alors que ceux de droite se gaussaient comme des crapauds. Cette femme avait bien du courage. Et du courage il en faut en politique pour faire avancer ce genre d’idées progressistes. Surtout dans ce parti composé d’hommes et de femmes qui considèrent encore le nucléaire comme une « filière d’avenir » et dont les élus délèguent encore la gestion de l’eau aux entreprises privées. Mais elle, elle ne flanchait pas et réclama avec force que le parti socialiste se lance dans un grand projet altermondialiste et écologique afin de construire une alternative concrète au capitalisme. « Mais où se croit elle, celle là ? Chez les Mélenchonistes ! » lança en rigolant mon voisin de droite. Moi, j’étais convaincu. Mais ce n’était pas le cas de mon voisin de gauche qui s’était endormi.

Cette femme, c’était Laure Pascarel, un véritable soldat de l’écologie politique oubliée des média. Et lors de l’entretien que nous pûmes obtenir, je compris tout de suite que je n’avais pas à faire à une hippie amoureuse des fleurs et des animaux mais bien à une militante écologiste de la première heure. Assise au stand d’Utopia, elle insista d’ailleurs très fortement sur le fait que la politique ne remplissait pas son assiette. Son engagement était sincère et ne connaissait pas de limite. La liste des associations dans lesquelles elle était engagée, était vertigineuse. Utopia, Attac, Resf et j’en passe, devaient bien remplir son agenda d’activité. Elle m’avoua naïvement qu’elle souhaitait « changer le monde ». Elle voulait notamment mettre un terme au pillage des ressources naturelles et à la destruction des écosystèmes qui mettent en péril l’humanité. A l’inverse de Claude Bartelone, pour Laure « la souffrance différée », c’était surtout pas la dette, mais l’emprunte écologique que nous allions laisser aux générations futures. Et pour cela, la mise en place d’un plan de transition énergétique était nécessaire. Et donc, pouvoir emprunter était une condition essentielle pour pouvoir financer la reconversion rapide de notre appareil de production.

Le problème c’est que le Parti Socialiste, en plébiscitant la motion « Mobiliser les français pour réussir le changement », à près de 68 % contre 13 % pour la motion de Laure, a fait le choix d’être « l’agence de com’ du gouvernement », et non de le pousser au cul pour obtenir de véritables avancées sur le plan environnemental. Au final, l’action de Laure lors du congrès fut à l’image des 5 clowns et des 2 militantes d’Europe Ecologie Les Verts venues chercher le changement à la fin du congrès, courageuses, grandiloquentes mais surtout inefficaces. La transition énergétique ne sera pas au programme et les militants d’Europe Ecologie pourront manifester tant qu’ils le veulent, ce n’est pas parce qu’on leur a laissé quelques postes qu’ils ont leur mot à dire sur la politique du gouvernement.

YAGOUBI Florian

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« Voulez vous coucher avec moi ? »

S‘il vous plaît, ne venez pas vous pendre en masse à l’interphone de mon appartement toulousain, dans l’espoir de venir satisfaire une envie passagère, un fantasme ni même avec l’insouciance de m’apporter un je ne sais quel amour que je ne n’aurais pus connaître ailleurs. Il ne s’agit évidemment pas ici d’un pathétique appel à venir m’aider à occuper mes soirées qui se seraient brusquement libérées depuis une hypothétique rupture tragique. Mais je me m’interroge depuis quelque temps sur un problème concordant. Pourquoi, en dépit de mes soit disant désirs masculins irrépressibles, ne m’est il jamais arrivé de vous inviter au coït, sans aucun détours ni calculs? En vous posant tous simplement la question : « Voulez vous coucher avec moi ? »

Dans un premier temps, il ne m’apparaît pas qu’entretenir une activité sexuelle régulière soit un besoin que nous nous devons d’assouvir afin d’assurer notre survie, au même titre que manger (équilibré), dormir (plus de 6 heures par nuit) et boire (de l’eau, précisons le). L’abstinence (sexuelle) n’est d’ailleurs pas un facteur de ces différents comportements déviants, responsable d’un gâchis considérable d’encre de papier dans certains journaux quelques peu malsains. De l’étudiant exhibitionniste les samedis soir, aux fumeurs de cigares s’adonnant à un viol en réunion dans les locaux du FMI, pas un ne doit son comportement répréhensible à l’absence de vie sexuelle.

Pourtant, le fait que ce besoin n’ait jamais existé chez moi, n’a en aucun cas entravé mon amour des femmes. Je crois même qu’une modeste partie de mon existence fut tournée vers la recherche de leurs compagnie. Et si cela m’évitait de participer aux joutes virilistes de mes chers camarades mâles (tournant la plus part du temps autour de qui tire le plus fort et bande le plus loin), j’étais surtout fasciné par certains détails féminins. Les voix, les cheveux, les peaux et les yeux éveillaient chez moi le désir de les toucher voire de m’y coller. J’ai donc été amené à supposer que mes semblables ressentaient à leurs manières ce type de sentiments. L’acte sexuel en lui même ne jouerait dans notre imaginaire qu’un rôle bien secondaire, derrière le fait de sentir la présence d’une mutuelle attirance qui nous valoriserait à nos propres yeux. Dans ces conditions, la possibilité de poser ce genre de question on ne peut plus directes, pouvait sembler complètement inutiles. Mais je n’ai aucunement réfuté que l’envie de s’ébattre avec une personne objectivement consentante (et dans ce cas non rémunérée), pouvait être la finalité de l’attirance dont je parlais précédemment.

Pourquoi ne m’arrive-t-il donc jamais de me laisser aller à la facilité de cette question si franche ? Ceci est surement dû à une réaction de modestie et d’orgueil mal placé. Modestie ? Parce que je serais amené à penser que chaque femme que je pourrais désirer, le serait forcement par d’autres. Je ne voudrais tout simplement pas prendre la place d’une personne sans doute tout aussi honnête que moi. Alors que l’orgueil serait liée au fait que j’aurais tendance à voir mon jugement comme objectif, ce qui rendrait mes désirs communs à tous.

Malgré tout, l’envie de poser la question directement et sans détour persiste fortement. Vous pourriez me dire que celle-ci est quelque peu cavalière et brutale. Mais je ne suis pas tout à fait d’accord, la question n’étant en aucun cas injurieuse. Il est vrai, que je pourrais comme tout gentilhomme, m’atteler à faire la coure des heures durant. Je vous passerais dans ce cas mon laïus sur ma haine des discours au clair de lune, l’architecture toulousaine et des chevaux chatoyants. J’ai à mon malheur, horreur des faux semblants et préfère en tout point la franchise. Un comportement galant insinuerait une différence entre les hommes et les femmes. Les femmes seraient elles plus sujettes aux émotions et aux sentiments ? Seraient elles immanquablement choquées, outrées par la franchise de la question ? Considérant l’égalité entre les femmes et les hommes, la politesse suffit. Il n’y a donc pas de raison de traiter une femme plus poliment qu’un homme. Être francs, serait alors considérer qu’elles ont autant le droit de choisir que nous.

Mais quelques expériences menées dans la ferveur de nos soirées de fin de semaine, nous ont démontré que les réponses prenaient la majeure partie du temps la forme de faux fuyants. Ce qui nous a donc amené à pousser la réflexion. Et nous en sommes arrivés à cette conclusion :

La femme ayant été conditionné par des siècles d’esclavage, ce genre de questions serait une invitation à contenter les désirs de l’homme qui ne se soucierait en aucuns cas que la femme puisse en avoir. Ne pouvant nous extraire d’une société patriarcale, où le plaisir légitime serait essentiellement masculin, nous ne pouvons nous permettre ce genre d’inepties sans participer à la violence de notre société qui réduit encore et toujours la femme à un simple bout de viande qui serait mis à la disposition de la gente masculine.

YAGOUBI Florian

Être féministe en soirée…

Être un OVNI

Les féministes… (aïe quand on commence un article pas « les féministes » on perd déjà du monde)… Je disais, les féministes pourront vous le dire, il n’y a souvent rien de plus complexe à défendre que le droit des femmes autour d’un verre entre amis. On dit même que si on sait le faire, on arrive, au final, à tout défendre. C’est vous dire si j’ai du boulot. Car comme l’a bien fait remarquer Eve Robert sur le blog Mauvais Genre (que j’ai découvert pour l’occasion), c’est loin d’être évident pour une femme de venir briser des millénaires d’idées reçues avec 3 grammes d’alcool dans le sang et un auditoire qui, (il faut être honnête), n’est pas spécialement venu pour prendre des leçons. Et pour un homme ?

C‘est que ça demande un sacré travail sur soi le féminisme, tant nous sommes bourrés de petites habitudes sexistes auxquelles nous ne faisons plus vraiment attention. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est bien l’uniformité des réactions quand vous tentez, tant bien que mal, de rompre le silence… Alors, les gens, ils réagissent comment quand un homme se dit féministe ?

En arriver là…

Bon déjà je coupe court à l’idée que se font déjà certains : je n’essaye pas à tout prix d’aborder cette question à toutes mes soirées. C’est un peu le point Godwin qui vient toujours d’autre part mais qu’on finit nécessairement par reprendre en main pour rétablir toute la vérité. Ça commence par la manière dont l’hôte vous dit en guise de « bienvenue » devant tout le monde : « ce soir, on parle pas politique ! ». Outre le fait que ça vous colle une certaine étiquette pas toujours évidente à porter, vous pouvez être sur qu’au bout de 2 verres, une langue se délie et vient aborder le sujet finement (ou pas) :

« Non mais en vrai c’est bien de s’engager hein ! ». Comme pour te remonter le moral bien que l’effet soit diamétralement opposé.

Et bien pour le féminisme c’est pareil. Quand la première blague, remarque ou anecdote sexiste (oui il y en a toujours et elle vient assez vite) est lancée, vous avez toujours un fabuleux ami que vous fusillez derechef du regard et qui s’esclaffe : « Arrête dis pas ça devant Romain il est féministe ! ». Cette phrase, sonne comme la cloche qui annonce le début d’un round de boxe. Sauf que toi, t’es venu passer une soirée pour décompresser, pas te coller des beignes.

Mais je confesse, parfois c’est moi qui cherche la merde. Car les remarques misogynes, j’ai appris à les entendre, à ne pas faire gaffe et donc à ne pas immédiatement égorger leur auteur(e) mais j’ai un certain seuil de tolérance. Alors il arrive qu’à la remarque de trop j’improvise une réplique :

Un mec – « Mais ma mère elle est au foyer, elle a trouvé le bon plan en fait !

MoiOui et si un jour elle en peut plus de ton daron elle sera quand même obligée de se le taper pour pas finir sous les ponts… c’est parfait ! »

Ou

Un mec – « Elle a couché avec lui ? Mais quelle pute !

Moi – Non une pute c’est une femme qui fait payer mais ne veut pas coucher avec toi, elle sert juste à te persuader que tu peux t’approprier le corps d’une femme pour te soulager les valseuses. Elle, elle était d’accord et elle a fait ça gratuitement. Je trouve ça assez sain ! »

Les Hostilités commencent

Hostilité est un doux euphémisme parce que tout y passe. C’est d’une conformité à couper le souffle, on retrouve presque au mot près les mêmes remarques à chaque soirée. Je vais donc tenter une brève typologie (que vous pourrez compléter dans les commentaires) :

  • La naïveté : « Non mais aujourd’hui, c’est bon, globalement on est égaux. Chez moi on fait tous la bouffe et la vaisselle par exemple ! » Évidemment cette personne n’est pas au courant que les femmes s’occupent toujours de 80% des tâches ménagères… Et que le monde entier, ce n’est pas sa maison.

  • Le préjugé sur le féminisme :« Ouais mais moi j’aime pas trop les féministes, je veux bien l’égalité mais elles veulent la supériorité de la femme ça n’a pas de sens ! » Celui là sait de quoi il parle il a très probablement déjà lu des ouvrages féministes pour juger…

  • Celui qui dit des trucs horribles sans le savoir : « Moi ce qui m’énerve c’est les femmes qui portent plainte et font semblant d’avoir été battues ou violées. Y a toujours un groupe de féministe pour les défendre. Tu trouves pas ça dégueulasse toi ? » Celui là n’est pas au courant qu’il y a 75 000 viols par an en France, que la plupart ne font pas l’objet de plaintes et que seulement 2% des accusés sont condamnés. Et donc la première chose qui lui vient à l’esprit ce sont les hommes victimes des féministes…

  • L’essentialiste : « En même temps faut dire qu’elles sont faites pour ça, moi je saurais pas quoi faire pour m’occuper d’un gosse. J’ai pas d’instinct maternel quoi ! » Ah l’instinct maternel, comme justifier par la nature le fait que les femmes restent à la maison s’occuper des marmots. Évidemment il ne vient pas à l’esprit de cette personne que si les filles ont des poupons et les garçons des pistolets cela peut avoir un certain nombre de conséquences sur ce qu’ils se représentent apte à faire dans leur vie…

  • Celle qui fout tout en l’air : « Bah moi je suis une femme et je suis pas du tout d’accord avec toi ! » Cette petite phrase a tendance à détruire toute la crédibilité construite en une heure d’argumentation travaillée. Pourtant la personne en question ne s’est pas une seule fois donné la peine de s’expliquer.

  • La Personne qui rapporte tout au sexe : « Ça veut dire que la fellation, la levrette etc… toi t’es contre ? » Faut m’expliquer le rapport !

  • Le mot égalité : « Mais l’égalité ça n’a pas de sens. J’veux dire les hommes en général sont plus forts physiquement par exemple » J’espère que cette personne n’a pas fait d’apoplexie quand il a lu la DDHC.

  • La lutte des classes : « Mais le problème c’est pas ça, une ou un oligarque qui exploite ses salariés ça revient au même. » Celui/celle là est au courant que 99% de la richesse mondiale appartient aux hommes, que les dirigeants mondiaux sont presque tous des hommes, et que les femmes en France gagnent 27% moins que les hommes à poste et formation égale ?

  • Le faux allié : « Tu as raison, faudrait que y ait plus de femme en politique ou chef d’entreprise, ça apporterait plus de douceur et plus d’humanité » Aïe aïe aïe…

  • Le gros lourd : « Ah t’es féministe ? Hey, j’en ai une bonne, c’est l’histoire d’une blonde… » Ce mec va faire des blagues toute la soirée en prenant le soin d’ajouter « Roh ça va c’est de l’humour » en voyant ta tête. Biensur, si tu lui fais remarquer que c’est un gros lourd, il te sort la réplique entendue 1 000 fois : « beh on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ! » Là, soit on se lance dans une explication de 2h sur Gramsci et la domination culturelle, soit on tourne les talons (soit on devient violent).

  • Le méga-gros-lourdingue : Et enfin celui là il a la palme dit « Allez, arrête un peu ! Tu dis ça c’est juste pour chopper avoue ! » Quel perspicacité !

Y a du travail…

Évidemment j’en oublie. Mais voici les principales réactions et croyez moi, elles ne sont pas caricaturales. À la longue, personne ne peut nier qu’elles ont une influence sur le comportement des féministes. Je peux reconnaître sans peine que les personnes concernées ne sont pas mesquines ou calculées pour la plupart. Elles sont souvent honnête et même parfois prêtes à écouter (quand même) ce que j’ai à dire. Certaines repartent moins connes ou sauront quoi répondre la prochaine fois dans pareille situation. Je pousserai même l’optimisme au point de dire que certaines arrêteront d’avoir ce genre d’attitude si l’occasion de l’ouvrir encore pour dire une connerie machiste se représentait. Toutefois, le comportement de ces individus peut produire un effet inverse. Des personnes engagées finissent par culpabiliser et cacher ce qui ne devrait pas l’être. En somme, c’est une forme d’oppression.

Car si l’homophallus a fait de nets progrès ces dernières années, il n’en reste pas moins très ancré dans cette société patriarcale. C’en est au point que le féminisme est probablement le combat le moins bien partagé au sein de la gauche. Et les choses qui paraissent aller de soi, comme la prostitution, ou la parité sont l’objet d’innombrables débats qui font assez peur je dois vous le dire.

Alors je parie sur le progrès de l’être humain, auquel je tente modestement de participer, pour passer, enfin, quelques soirées tranquilles. 😉

Romain JAMMES