Ce court moment où j’ai cru que nous avions un Parlement…

Ô joie, ça y est Manu, t’as reçu l’oint de l’Assemblée pour faire toutes tes bêtises. Ça t’a demandé un peu de finesse pour convaincre l’autre oing, celui qui galbe les fesses confortables de nos députés. Toi l’homme qui voulait abattre les 35 heures et que la franchise poussait à abandonner le nom de socialiste, tu as gagné le vote de l’écrasante majorité de la gauche. Après tout, on a bien le droit de choisir son fossoyeur non ?

Pourtant un moment, on a cru à une étincelle de rébellion. Un petit élan de fierté… parce que franchement, il y a toujours un moment où c’est rasant de se faire piétiner la gueule… Où j’en étais ?… Ah oui, un petit élan de fierté ou une crise d’ado, bref, un peu de débat dans cette république moribonde… Que n’ai-je tu mes faux espoirs avant la douche froide.

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L’Homme du président

Valls, c’est un grand solitaire. Il représente tout à fait cette nouvelle manière de prendre le pouvoir sur un camp politique. Avant, dans un passé pas si lointain et, sauf détail de l’histoire qui m’aurait échappé, dans la même galaxie, un-e militant-e gravissait tranquillou ses échelons, y compris d’apparatchik en participant quelque peu à sa construction idéologique et militante dans le jeu de courants du PS. Chacun avait son groupe qui s’active et essayait de prendre l’ascendant idéologique et technique dans les fédérations. Rocard a eu son courant, Dray a eu SOS racisme puis la Gauche socialiste avec Mélenchon, Hamont les MJS, Un Monde avance, etc…

Sauf que Valls, il ne représente aucun courant : il se représente lui-même. C’est ce qui explique la déculottée qu’il a pris aux primaires et sa capacité à être, au gré du vent, contre le TCE en 2005 mais ultralibéral quand il sent que le filon le mènera loin. Sauf que, passant bien dans les médias, notamment à travers ses prises de positions iconoclastes pour la gauche (autrement dit des positions très à droite) sur les questions de sécurité2 notamment (qui sont manifestement plus importantes que ce qu’on fout dans son assiette), il s’est fait une petite réputation sondagière. Voilà son unique légitimité, avec, éventuellement, Évry, ville qu’on lui a offerte gentiment pour qu’il arrête de faire chier tout le monde.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Parmi les députés, sa ligne poliétique n’est pas spécialement aimée. Au PS, c’est encore pire. Valls a donc simplement été imposé par Hollande comme un fait du prince.

Des gesticulations

Comme on pouvait s’y attendre, ça a montré des dents. Chez EELV d’abord, même si la majorité des parlementaires étaient favorables à entrer au gouvernement. Quelques positions de principe et une bonne opportunité ont eu raison de la stratégie jusque-là adoptée. On avait les prémisses sur le terrain avec les municipales, mais entre ses militants et leurs dirigeants, il y a un gouffre qui permet un éventail de positions impressionnant. D’ailleurs, si beaucoup de militants se sentent plus proches du Front de Gauche, d’emblée, les parlementaires rejettent l’idée de s’opposer au gouvernement. Le conseil fédéral nuance un peu plus, 83% ne veulent pas donner leur confiance à Valls.

Même chose à la gauche du PS, c’est un peu la panique. Le mec que personne ne peut supporter et qui est censé ne rien peser se retrouve Premier ministre. On fait aussi dans le rapport de force gentillet, une centaine de députés font les gros yeux, ça s’emballe un peu et de loin on croirait une petite révolution sur leassemblée nationale et colberts bancs solfériniens. Il y aurait de quoi, la politique menée par Hollande n’a rien à voir avec ce que le parti avait voté, mais bon… De loin.

De loin oui, parce qu’au final, l’élan de révolte s’est fracassé contre le mur du chantage sauce 5e République. Après environ… aucune concession sur le fond, 11 députés socialistes seulement finissent par s’abstenir, 6 EELV (et un contre)… On regarde le tableau et on finit par se dire : « tout ça pour ça », Filoche fait son quatrième ulcère en trois semaines. Bref, tout repart comme avant, mais en pire.

Made in 5e République

Un homme choisi par personne, et des députés incapables de s’y opposer. Je sais pas pour vous, mais moi je trouve le scénar très monarchie républicaine. Roh me regardez pas avec ces yeux ! Je découvre pas que le PS est converti à la 5e République, mais sa logique est poussée à l’extrême ici. Le Parlement n’a d’influence ni sur qui sera ministre, ni sur la ligne politique qui sera appliquée.

Et pour cause, qu’est-ce qui explique qu’aucun socialiste ne ce soit opposé ? Les idées de Valls n’ont pas molli. Rien pour les salariés, ou plutôt si, la promesse de déshabiller leur protection sociale pour arrondir leur fin de mois. Le salaire sera le même, mais la partie socialisée est réduite au profit de la partie individuelle. Le « pacte de responsabilité » déséquilibre encore l’édifice au profit du patronat, déjà 30 milliards promis. Les armes sont données à ceux qui voudront en finir avec cette redistribution de la richesse. La réduction des dépenses publiques s’accélère : 50 milliards annoncés sur tout ce qu’il est possible d’attaquer. Dix milliards rien que sur les collectivités, notamment en découpant à la louche les territoires sans prise avec la réalité.

Je m’étale pas sur le sujet. Le président a eu raison sur le Parlement sans changer une ligne de son axe politique et en mettant le moins rassembleur à la tête du gouvernement. Il en profite pour reprendre en main le PS, qui s’était déjà à moitié transformé en « agence de com’ du gouvernement ». L’impuissance de l’aile gauche saute à la gueule de tout le monde.

De son côté, EELV prend une douche froide. Soit ils sont au gouvernement et ne pèsent rien, soit ils sont en dehors et ne pèsent rien. La dépendance des parlementaires au PS est traînée comme un boulet, et de l’aveu même de Pompili, leur seule manière de mener le rapport de force c’est de menacer de sortir du gouvernement. Oh, zut c’est déjà fait. La politique made in 5e République, c’est aussi oublier que le peuple est un acteur politique, comme il le sera peut-être le 12 avril. Le rejet sous faux prétexte de la main tendue de Mélenchon isole EELV dans une position très instable d’entre-deux.

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S’il fallait retenir une chose des derniers événements, c’est que le Parlement s’est fait écraser par la 5e République. Il a un moment levé la voix, comme s’il avait l’espoir que cela aboutisse à quelque chose, mais il est rentré dans les rangs comme le Sénat derrière Auguste.

Triste République qu’il faudra balayer au plus vite quand le souffle de la colère populaire fera exploser la prison symbolique qui l’enferme. Il faudra la balayer avant qu’elle fasse germer avec la complicité de la société du spectacle les nazillon qui saturent nos antennes.

Romain JAMMES

On a testé pour vous : la langue de bois des plateaux TV

Aaaah comme ça m’avait manqué, ce sentiment de désespoir et en même temps cette si belle ironie des plateaux TV de soirées électorales. Grands moments de télévision qui font baisser soudainement l’intérêt des Guignols, caricature finalement très raisonnable de nos vrai-e-s élu-e-s politiques. Des soirées visionnées en boucle au cours Florent comme des chefs d’œuvre de jeux d’acteurs faisant passer Denis Lavant pour un pauvre amateur.

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« Une élection locale » qu’on vous dit !

Déjà on avait eu les mauvaises prémisses. Vous savez, ce sentiment qu’on a tout au long de la campagne qui vous dit que ça va vraiment être de la merde. Le Front de Gauche était morcelé en plein d’étiquettes histoire que le trio magique Peste, Choléra, Armageddon occupe les colonnes d’analyse. Bien sûr la menace de l’Armageddon ayant pour principal objectif qu’on se dise qu’au fond, la Peste et le Choléra, c’est toujours le moins pire.1

Le discours de la majorité parlementaire était aussi prévisible que le « clic » d’une horloge et aussi fin que Patrick Sébastien… enfin que ses blagues… enfin un peu des deux mais on avait dit pas le physique bordel !… Bref, c’est une putain d’élection locale quoi. C’est même dans son nom : « élections municipales ». Donc tout se passe au niveau municipal. Voilà, les gens ils votent pour leur maire parce qu’il est cool et faut arrêter de penser que ça a un foutu lien avec ce pauvre gouvernement. Que ce soit à peu près les mêmes partis, avec des ministres candidats ou maires sortants, on s’en tape. Qu’on vote partout en France avec des programmes qui clivent autour des mêmes enjeux, on s’en tape. Que l’austérité ait des conséquences directes sur la vie des communes, c’est pas la question. C’est locaaaaaalleeeeuuhhh !! Il va de soi que l’opposition, elle, monte sur ses grands chevaux en appelant solennellement veaux, vaches et cochons à sanctionner le gouvernement.

Sauf que voilà, comme les majorités mènent une politique de merde depuis des années, et qu’en plus du pouce préhenseur on m’a doté d’un truc 5entre mes deux oreilles (un cerveau, ndlr, si tu as eu besoin de lire ces parenthèses tu n’en as pas, désolé). Je vais chercher dans ma mémoire ce qui s’est passé la dernière fois… Comme tous les êtres un minimum (mais vraiment c’est la base, quoi) intelligents, j’ai remarqué — PATATRAS !! — que c’était diamétralement l’inverse. Diantre, me mentirait-on sur TF1-FrTV-M6-BFM-ITélé et tout le reste ? Nooooooooonnnn voyons… quelle idée ?

Les projecteurs

Autre indice qui ne trompe pas : le traitement de la défiance. Car oui, il y a de la défiance. En fait il y a même un immmmmmense ras-le-bol. Mais n’en concluez pas que c’est parce que la politique est la même depuis que Hollande a remplacé Sarkozy qui a remplacé Chirac qui a remplacé Mitterrand et qui étaient tous des candidats du changement qu’on n’a jamais vu.

Non à télé, on fait tellement du journalisme de ouf qu’on parle des faits. Il y aura de l’abstention parce que les gens sont pas contents, voilà. En fait, y aura les gens pas contents qui voteront pas et les gens pas contents qui voteront FN. Et puis comme les gens sont, en effet6, pas contents et qu’on leur explique que dans ce cas, faut voter FN ou ne pas voter, et bah ça finit par faire son effet. C’est pas qu’ils sont idiots, c’est que le matraquage culturel… bah ça marche. Et quand je parle de matraquage, je blague pas, au regard des temps d’antenne accordés aux différents partis avant la campagne officielle.

Et c’est si bien fait que quoi qu’il arrive, on trouve toujours de quoi dire « comme nous l’avions prédit » ; « conformément à nos analyses », « on s’y attendait », etc… De toute évidence, ce n’est pas dans le cahier des charges de ces médias de créer le débat politique. Allez, on met quelques candidats des grosses métropoles qui s’écharpent à une heure creuse pour se donner bonne conscience, mais surtout pas d’analyse des vrais débats d’orientation qui ont lieu, ça risquerait de donner du sens à l’élection…

Le jour-J, enfin le soir-S

Comme la prophétie autoréalisatrice l’annonçait, et surtout, comme les médias ont envie de l’analyser, le trio Peste, Choléra, Armageddon occupent l’antenne. Grosse claque au gouvernement, les intervenants se confondent en formules qui ne 2veulent rien dire. Tout à coup, ce qui n’était pas une élection nationale le devient sans raison.

Les ministres expliquent qu’ils ont pris une claque dans la gueule, mais que c’est certainement à cause de la mauvaise orientation du gouvernement, pensez donc. Ils sont juste « impatients de voir les résultats », ils veulent qu’on « accélère le mouvement ». C’est le tour de magie qui transforme un rejet en une adhésion enthousiaste. En fait, les Français ils sont tellement d’accord avec le gouvernement qu’ils ont pas voté pour ses représentants aux municipales. C’est pourtant pas compliqué merde !! Les journalistes avalent ça comme de la bouillie muesli

Sauf qu’on remanie. Ah bon ?!! Attends, attends, je résume la situation :

  • C’est une élection locale, en fonction d’enjeux locaux. (C’est pratique quand le4 gouvernement fait l’inverse de ce que la gauche est censée faire.)
  • Mais bon, ça peut aussi avoir un sens national, auquel cas ça veut dire qu’on a raison, mais qu’on doit faire encore plus de réformes dans notre sens.
  • Malgré ça, comme le score est mauvais, on remanie…

De là à dire qu’on passe les soirées électorales à pisser dans un violon… Je vous laisse conclure, mais si on veut régler ce qu’on dénonce unanimement (l’abstention), faudrait peut-être se mettre à faire de la politique autre chose qu’une bouillie insensée et un foutage de gueule de masse.

Ah mais avec des si…

Romain JAMMES

Mais… pourquoi Valls ?

Il est 19h30, c’est bon, j’arrête. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais un grand fan des bouquins, films ou séries d’intrigue politique. J’adore ces scénarios incroyables, la tension qui bondit et chute puis rebondit sans qu’on l’attende. Des personnages fascinants de caractères, calculateurs certains jours et complètement irrationnels dans d’autres situations.

Depuis House of Card je m’amuse parfois à m’imaginer le dialogue interne dans la tête de Hollande. Mais là je bloque… Pourquoi Valls ?

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Scénario n°1 : Hollande est con

« Pourquoi j’ai nommé Valls ? C’est simple. Mon gouvernement prend la flotte, on est bientôt en négatif en côte de popularité. Bientôt mon nom deviendra une insulte publique. C’est Bernard Tapie qui va être jaloux.

Il faut que j’arrange ça. Les français votent pour le FN et l’UMP, on s’est pris une claque pour les municipales et Valls, plus il expulse, plus il gagne des points. Si je le nomme 1er ministre ça rejaillira nécessairement sur l’ensemble du gouvernement et sur moi… »

Scénario n°2 : Valls a un putain de gros dossier sur Hollande

« Pourquoi Valls ? Je n’ai pas le choix. Valls c’était un proche depuis des années. On ag1 passé des vacances ensemble et on a partagé des expériences peu recommandables. Il a des photos de moi nu avec une cravache, un casque d’équitation et des bottes de pêche qui montent jusqu’à l’entre-jambe.

C’est un peu la loose, quand je vois la proportion qu’a prise mon histoire avec Julie Gayet j’ose à peine imaginer ce genre de chose. Misère… »

Scénario n°3 : Hollande est un mélenchoniste

« Pourquoi Valls ? En vérité, depuis le début, je suis en deal avec Mélenchon. Le but c’était que je gagne en 2012, pour montrer que les sociaux-g4démocrates font pareil que la droite. Donc j’ai plutôt bien commencé, j’ai tout attaqué : les retraites, le droit du travail, les services publics, la démocratie etc…

Mais voilà, honnêtement, le Front de Gauche pendant les municipales c’était pas le grand soir. Le PCF a brouillé les pistes, il a toujours rien compris. Et la gauche est pas allée voter, du coup, si c’est honorable on s’attendait à mieux. Donc il faut que je passe la 2nd.

L’idée elle est simple. Je nomme Valls, ça donne une occasion à EELV de prendre ses distances. Qui sait, ça peut même marcher avec la gauche du PS, elle a laissé entendre qu’elle accepterait pas tout et n’importe quoi. Alors même s’ils sont accrochés au PS comme une moule sur un rocher, un moment ça devrait craquer… non ?

Donc ça donne l’opportunité au Front de Gauche de construire sa majorité alternative et d’arriver au pouvoir pour la révolution citoyenne. C’est beau non ? »

Scénario n°4 : Hollande a perdu un pari

« Pourquoi Valls ? C’est une histoire bête. En décembre dernier, je bouffais au 20 rue du Louvre, et là débarque Valls avec ses potes « whites » et « blancos ». On s’était pas donné le mot, c’était assez fou. Y en a plein de foutus restaus chics à Paris quoi. Et je pensais qu’il était plutôt genre Fouquet’s ou Kebab à l’Agora (à Evry, ndlr), comme quoi tout arrive.

Il s’installe à ma table et commande une caisse de Montagne de Reims et du poisson pané. La conversation s’emballeg4 vite autour de l’incompétence et de la coupe de cheveux de Jean-Marc (pas Rouillan hein, Ayrault). Bref, après quelques bouteilles, on finit à ramper sur les quais de Jussieu avant qu’il pari le poste de 1er ministre qu’il traverse la scène à la nage plus vite que moi.

C’était plié d’avance mais comme un con j’ai accepté. Donc je lui ai promis qu’après la débâcle des municipales il aurait ce qu’il voulait. »

Scénario n°5 : Hollande est de droite

« Pourquoi Valls ? Vous n’avez toujours pas compris ? J’en ai ma claque de la gauche. Depuis le début, je regrette d’avoir choisi ce camp-là. Je suis obligé de me taper les hippies d’EELV, les dinosaures du PRG, et de faire les yeux doux aux communistes pour pas qu’ils deviennent tous comme Mélenchon.

Non mais je veux plus de tout ça, je veux me débarrasser de tout ce qui ressemble à la gauche dans ce gouvernement et finir la transition libérale que j’ai initié au PS quand j’étais à sa tête. On a construit un nouveau parti de droite, super ! Enfin j’arrive au moment clef où, si tout se passe bien, une partie de la gauche décroche et me laisse enfin les mains libres.

Je n’espère qu’une chose, c’est que ces cons à gauche vont rester divisés, comme ça ils enterreront pour de bon leur chance d’accéder au pouvoir… »

L’avenir nous dira lequel de ces scénarii est le plus proche de la réalité. En attendant, manifestement le cap que compte changer Hollande, ce n’est pas celui qu’on attendait. Alors la riposte a intérêt à être aussi dure que les matraques des CRS que Manu a tant aimé diriger…

Romain JAMMES

 

J’ai vomi…

Salut Manu, oui je vais t’appeler par ton petit nom encore. C’est n’est pas simplement parce qu’on se connaît, mais c’est aussi que dans le vouvoiement, il y a une forme de respect. Je ne voudrais surtout pas être ambigu sur la question, tu comprends ? (Entre nous, je m’en fous si tu comprends pas…)

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J’ai encore vomi Manu. Encore à cause de toi. J’ai eu le bide retourné et j’ai malencontreusement étalé mon liquide biliaire (et le reste de mon petit déjeuner) sur mon clavier en découvrant l’expulsion de la jeune Léonarda, lycéenne de 15 ans, chopée en pleine sortie scolaire. Tu en as sûrement plein le cul de cette histoire, tu t’en prends certainement plein la gueule. Mais comme tu le mérites, je ne résiste pas à mon énorme envie de coller une ou deux beignes dans la mêlée. Je sais que ça t’offusque, tes deux lèche-culs préférés sont même venus te défendre.

« Au-delà de l’émotion compréhensible que suscitent les conditions de reconduite à la frontière d’une jeune Kosovare avec sa famille, la violence des attaques dont le ministre de l’Intérieur fait l’objet est inacceptable. »

C’est signé Carlos Da Silva (ton suppléant, lol) et Luc Carvounas, le mec qui félicite les communistes qui décident de se vautrer dans le bercail social-libéral. Des types bien… non je plaisante, des vraies raclures à ton image. J’ai un ami qui a acquiescé, il a proposé qu’on échange : Léonarda démissionne, et on t’expulse. Chiche ?

L’estomac solide

Je disais donc, j’ai vomi une première fois en apprenant la nouvelle. J’ai vomi une deuxième fois quand tu as assumé. C’est que ça commence à être chiant à force, mais j’y peux rien. J’ai vomi en pensant à cette gamine, que tu veux priver d’avenir. Plus d’école, plus de services publics comme on peut en proposer en France. J’ai vomi quand tes défenseurs ont invoqué le chômage de son père, ou sa violence conjugale… comme si c’était de sa faute, à elle. J’ai vomi parce que tu pues le mort Manu, je trouve pas d’autre mot. T’es un être sans humanité, comme un ange noir qui s’est paré des habits de la gauche. C’est pas révoltant Manu, c’est à gerber.

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Pourtant Manu, j’ai l’estomac solide. J’ai grandi dans ta ville, donc j’en ai vu de toutes les couleurs. J’ai cru expulser tous les organes de mon corps quand pour la première fois j’ai été voir la préfecture d’Evry. C’était un de ces matins qui vous glacent les oreilles, de temps en temps vous les touchez du bout des doigts pour vérifier qu’elles sont bien là. On venait à 6h offrir un petit déjeuner à des immigrés venant demander ou renouveler leur titre de séjour. La plupart étaient là depuis la veille au soir, poireautant comme dans une autre dimension. On ne croirait pas qu’à quelques centaines de mètres s’allonge la chaleur et l’opulence des grandes galeries marchandes de l’Agora ou l’odeur feutrée du Théâtre national où j’ai vu du Brecht. On oublierait qu’à côté, il y a cette fac où toutes les populations se mélangent et où les étudiants se sont battus pour que les sans-papiers puissent s’inscrire.

Good Bye

J’ai l’estomac solide, pourtant je n’ai pas pu garder mon dîner ce soir d’avril 2012, entre les deux tours de la présidentielle. C’est le soir où Hollande a enfin répondu à cette question qu’il avait esquivé depuis des mois : « Est-ce qu’il y a trop d’immigration économique en France ? » Pourquoi refusait-il de répondre ? Parce qu’il voulait dire « Oui ». Et c’est ce qu’il a fait. Ce soir-là, Hollande a nié l’apport économique de l’immigration, qui nous aide à financer notre système de protection sociale (oui celui qu’il veut aussi détruire). Ce soir-là, il a nié le brassage culturel et la richesse de l’immigration. Il a nié l’identité politique de la France, qui se fait de tout bois et accueille à bras ouverts qui veut prendre le bateau. Bref, il s’est perdu dans la xénophobie banalisée.

Au fond, je savais à quoi m’attendre, et j’ai honte. J’ai pas seulement voté pour Hollande au second tour, j’ai même convaincu des amis et camarades de le faire. Je me souviens parfaitement avoir dit « il y a pas grand-chose qui changera mais je pense au moins que les immigrés seront moins maltraités ». Tout le monde se trompe, mais là j’en ai mal au bide.

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J’ai espoir

Heureusement Manu, j’ai espoir. Je compte pas sur le PS ou les médiacrates abominables qui servent la soupent aux idées fascistes. Je compte sur la réaction populaire pour te mettre une grande claque dans la gueule. Des lycéens ont vu leur camarade déportée devant le Lycée Lucie Aubrac. Surréaliste situation.

J’ai espoir parce que les jeunes sont dans la rue. Ces slogans qu’ils réservaient, il fut un temps, au Front national, puis à l’UMP, c’est toi qu’ils visent maintenant Manu. J’ai espoir parce qu’il y a que ça qui me tienne encore debout car on le sait tous, des Léonarda, il y en a beaucoup…

Notre espoir, c’est ton pire ennemi Manu. Il viendra vous arracher à vos fauteuils tôt ou tard. Peut-être pacifiquement, peut-être avec la même brutalité qui fait ta marque de fabrique. Mais il viendra, et il ne se trompera pas d’ennemi…

Romain JAMMES

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« Eh déconne pas, Manu… »

Bonjour, Manu. Oui, je vais t’appeler par ton petit nom. Après tout, on s’est déjà rencontrés plusieurs fois. Tu as été mon député longtemps Manu, mon Maire quelques années aussi. Pourtant j’ai un aveu à te faire, même face à la droite, je n’ai jamais glissé ton nom dans un bulletin de vote. C’est que je connaissais tes sales idées avant que tu ne sois ministre de l’Intérieur. Je m’y attendais et pourtant, tes paroles me glacent le sang.

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C’est quoi ton problème Manu ?

Tu sais Manu, j’ai pas bien compris ton problème avec les Rroms. Avant d’être à Beauvau, t’avais déjà un souci avec leurs tentatives de scolarisation à Évry. Pourtant des militants faisaient le forcing, mais toi la sourde oreille.

J’ai pas bien compris, Manu, ce que tu voulais dire par « Les Rroms ont vocation à revenir en Roumanie ou Bulgarie ». Tu sais, dans ces pays, ils sont opprimés, c’est pas spécialement la joie. Au fond, je suis sûr que s’ils pouvaient y vivre en paix, un certain nombre y retournerait. Mais Manu, la France c’est une terre d’accueil, c’est pas qu’on est les bonnes poires. C’est que c’est notre philosophie. D’ailleurs, on t’a bien accueilli pendant le franquisme, t’es resté et c’est tant mieux comme le dit Jean-Claude Lefort. Puis merde, en plus ils sont dans l’Europe, même la Commission te fait la leçon. Alors tu vois, c’est pas à nous de juger s’ils ont vocation à rester ou pas, mais plutôt à nous de les accueillir. Et j’ajouterais Manu, que si tu connaissais vraiment les Rroms, tu saurais que la plupart sont français.manu 3

J’ai bien compris que ton trip, Manu, c’était de montrer tes muscles. Tu l’as fait à Marseille, mais je doute des résultats à moyen terme. On n’assagit pas un peuple en lui cognant dessus Manu. On le forme, on lui permet l’accès au travail pour qu’il vive heureux et émancipé et on le protège.

Au fond, c’est p’tet ça ton problème. La Commission, tu ne l’écoutes que quand ça t’arrange. Alors tu dis que les Rroms veulent pas s’intégrer, mais j’ai pas l’impression que toi tu veuilles intégrer grand monde. Austérité, austérité et encore austérité. T’es un de ceux qui en demandent le plus. Comme si dans ta ville, les gens en souffraient pas assez. Alors quand on organise le chômage de masse, ça touche tout le monde, et forcément les Rroms.

Ciao Manu

En fait ton problème Manu, c’est pas vraiment tes idées. Elles sont merdiques, c’est comme ça : elles puent l’extrême-droite, la moisissure fasciste que j’aimerais sentir au bout de ma batte de baseball tu vois ? Seulement voilà, dans ta guerre sainte anti-immigrés, tu salis le nom de la Gauche Manu. La Gauche tu vois ? Celle qui est tolérante, ouverte, solidaire, combative, intelligente ; celle à qui on doit tout ce que t’essaies de détruire. Moi, je te donnerais pas cette étiquette Manu, mais beaucoup de français si.

Alors déconne pas Manu, quand c’est trop c’est trop. Fais un bon coming-out, et rejoins tes potos. L’UMP c’est sympa, y a plein de gens comme toi. Tu s’ras à la maison, tu t’sentiras chez toi. Tu sais quoi Manu ? T’as même le droit de prendre le gouvernement avec toi. Je te les donne, j’en veux pas, ils valent pas mieux que toi.

Romain JAMMES

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Le bruit des bottes

Le ciel est gris à Toulouse. Un vent rafraichi par l’arrivée de l’automne soulève les feuilles qui commencent à jaunir. La redif’ d’un printemps sacrifié aux pluies abondantes fait craindre un hivers rude. L’automne l’est assez comme ça. Dans les consciences il prend racine comme un Banyan, à ciel ouvert. Sans effort, il plonge ses longs membres dans le sol trempé par l’apathie politique, le refrain monocorde de la survie quotidienne. La berceuse des consciences qui transforme la matière grise en une épaisse flaque de boue mêlant consommation hystérique et nombrilisme patenté.

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Aujourd’hui le bruit des bottes ne se dissimule plus derrière le silence des pantoufles. Il a appris à se faire entendre comme un bruit de fond. Le bruit de l’autoroute qui ne cesse jamais mais qu’on n’entend plus jusqu’à ce qu’on redécouvre le silence, un jour. Il nous manquait. Cette année l’automne n’a pas attendu la fin des beaux jours… Comme le silence perdu, peut-être disparaîtront-ils progressivement.

L’été grenoblois

Bon c’est vache pour la charmante ville de Grenoble. Mais cet été avait un air de discours sarkozyste sur la sécurité. Un discours qui est lui même une pièce rapportée de l’extrême droite et de son obsession calculée pour la sécurité. On n’en a jamais autant parlé qu’alors, il n’y a d’ailleurs jamais eu autant de lois fondatrices dans ce domaine que pendant la décennie Sarkozy. Le tout articulé de manipulation du chiffre pour avoir un faux bilan.

Le changement n’a pas créé l’onde de choc promise, ni sur l’économie ni dans ce fantasme sécuritaire que Valls a repris tel quel. Stigmatisation des Roms, des musulmansDP4, absurde politique du chiffre, coups de force et de com’ dans des quartiers populaires, menaces viriles, promesses fermes et musclées. On croirait que ministre de l’intérieur, c’est poser ses couilles sur la table, puis discuter. La recette est la même et crée les mêmes résultats : de la tension. Car si des délinquants sont arrêtés, des bandes démantelées, des armes retrouvées, le mal secondaire que génère cette crise sociale est bien plus important dans ces quartiers comme dans les consciences collectives. La police qui connaissait le terrain a laissé place à des camions de la BAC qui arrête au faciès et demande son chemin.

La figure de Mohamed Merah est utilisée comme épouvantail, l’Islam et sa compatibilité avec la démocratie aussi, l’expression d’ « ennemi de l’intérieur » est remise au goût du jour. Le tout avec un aplomb qui fait passer la mère Le Pen pour une modérée. Sans surprise, le Front National récolte le fruit de l’essaimage de ses idées : il devient crédible, audible, et finalement presque normal, tenant un discours tout aussi odieux que de nombreux médias et oligarques de toutes sortes.

De faits divers en faits divers…

Seulement voilà, de « fait divers » en « faits divers » épinglés et manipulés par la droite, son copain extrême, son autre copain complexé (à peine) au gouvernement, et son dernier copain dans les rédactions, la violence et l’émotion font un ras de marrée sur l’opinion. Elle emporte tout sur son passage, la solidarité qui construit notre société, la tolérance qui en fait un lieu d’accueil et de partage, l’horizon qui cherche le bonheur collectif comme un été sans fin.

L’émotion brutalise les principes et s’engouffre dans une culture de stigmatisation construite depuis des années. Elle se gorge de rancœur, comme si tout était le résultat d’une même volonté. Elle veut une justice immédiate, punitive, voire martiale à l’image de ces soutiens au bijoutier qui a tué le voleur de son commerce. Le bruit des bottes c’est celui qui détourne les êtres humains du collectif. Il leur dit de se faire justice eux même, de ne plus croire que la société peut s’en charger. Mais seul, on peut frapper son voisin, son semblable. Pas son patron.

Au grand jourDP1

Dans ce contexte, comment s’étonner que les loups sortent du bois. Les fascistes s’assument et gagnent en assurance. Ils manifestent, ils agressent, ils tuent. Ils s’en prennent impunément et au grand jour à des militantes comme Sophia Hocini et Julie Del Papa qui ont la force de se battre contre le FN. Les menaces de mort ou de viol à leur égard résonnent dans une caisse vide. L’Etat incapable ou complice regarde le spectacle affligeant de cette montée en puissance.

Ces mots de Françoise Giroud m’ont toujours marqué.

DP« Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez on dit : c’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser »

Je ne sais pas s’il est trop tard ou si simplement le fascisme montre le bout de son nez. Une chose est certaine, pendant que se creusent les inégalités, que la puissance publique fait la sourde oreille devant la misère, le bruit des bottes devient assourdissant. Le gouvernement pourra avoir tous les discours moralisateurs, tant qu’il entretiendra cette misère, il entretiendra le foyer de haine qui s’y accroche.

Romain JAMMES