D’un vœu à l’autre, le temps d’un foutage de gueule

Ça c’est fait ! 2012, les élections, l’épuisement, les vacances, le déménagement à Toulouse, les renoncements prévisibles de Hollande et la continuité de notre bataille. C’était une année très riche, qui a bousculé le pays et qui m’a bousculée aussi, à sa manière. Si une chose m’a marquée c’est ce jour où nous avons pris la Bastille, le 18 mars. Nous avons donné une force matérielle à une idée, c’est ce qui en a fait une force et qui a totalement changé la manière dont la population et les médias nous ont perçus.

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Au final le solde de tout compte n’est pas si réjouissant. Le Front de Gauche est devenu une force incontestable dans l’éventail politique. Mais ce qui est incontestable, aussi, c’est la politique ultra-libérale que le gouvernement s’acharne à imposer. Et ce qui fait grincer les dents, c’est qu’entre temps, on s’est pas mis une muselière… nous.

Le chien de garde du gouvernement

Ça agace et quand on fait l’addition, il y a des lignes qui gênent. Mais faire l’addition, c’est aussi à ça que servent les fêtes de fin d’année non ? Alors très inspiré, Le PCF a fait un petit bilan, histoire qu’on en rigole. Ça nous change de la rage et des pleurs des Sanofi, des ouvriers de Peugeot, enfin de tous ceux qui sente la lame du poignard socialiste entre leurs omoplates. Et voilà ce que ça donne :

Horreur, à Solfé, là où l’autodérision fait office de dogme, ça bouscule. Quoi ? Les communistes qu’on essaye d’acheter avec tous les postes possibles, se rebellent ? Ils osent critiquer le gouvernement. Bien sûr en tant que bonne « agence de com’ de Hollande », le parti se met en branle et improvise une réponse bien sentie du genre du maître d’école qui tape avec sa grande règle sur les p’tits doigts communistes. Je soupçonne personnellement le directeur de la communication en vacances d’avoir laissé un stagiaire décérébré prendre les commandes pour pondre un communiqué comme celui de Harlem Désir.

Dans cette grande œuvre littéraire, outre les sermons condescendants, on lit des arguments à faire pâlir un prof de rhétorique. Voici les grandes mesures de gauche (rire) que les vœux du PCF ont omis de mentionner :268100_463444970359910_757361885_n

–          Les emplois d’avenir et les contrats de génération : le verre d’eau dans l’océan de chômage. Je suppose qu’on doit lui pondre un autel.

–          La hausse de 2% du SMIC : Oui, il a osé s’en vanté. Jamais la gauche n’a fait une hausse aussi ridicule du SMIC de toute son histoire !

–          La retraite à 60 ans : pour les carrières longues et non pour tous, avec à la clef une nouvelle réforme en 2013 qui ne promet rien de bon.

–          Des nouveaux postes dans l’éducation nationale : au prix d’une cure encore plus rude que la RGPP dans de nombreuses administrations

–          Loi de séparation des activités bancaires : qui a accouché d’un néant grâce à l’intense lobby des banques qui a manifestement plus payé que celui des syndicalistes en plein plan social.

–          La banque publique d’investissement : qui n’a que regroupé des institutions déjà existantes et dont les marges de manœuvres sont aussi limitées que s’il s’agissait d’un plan com’ (étrange non ?)

Ah je ne croyais pas le PS capable de ce genre d’argumentation. Moi qui pensais qu’il ferait profil bas pour éviter le ridicule. Manifestement, Harlem et son équipe voulaient qu’on se tape une belle tranche de rire pour cette fin d’année ! Manifestement, pour le grand chef de l’équipe rose, même quand le PS est à tout niveau de responsabilité, tout le monde doit se transformer en gentil soldat et taper sur la droite. Comme c’est mignon…

Le courage de se mettre à genoux

Dans cette réponse, Harlem Désir botte néanmoins en touche sur des critiques essentielles. Celle du TSCG, validé et non-négocié, mais qui cache l’orientation politique globale du gouvernement qui prend à contre-sens la gauche et les attentes de toute la population. Le gouvernement parade avec le MEDEF et tous les symboles du patronat le plus rapace. Il fait la sourde oreille aux revendications syndicales et se prépare à attaquer le code du travail. Je vais pas vous refaire le coup des deux côtés de la barricades, mais elle sonne quand même bizarre cette gauche là…

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Dans ce contexte, on peut pas dire que les vœux soient étonnants. Ils ont même une certaine redondance avec ceux qu’on se tape depuis 10 ans. On va faire baisser le chômage grâce à nos efforts. Pourtant depuis le temps qu’on en fait on voit pas trop ce que ça change. La compétitivité est au moins aussi importante que la solidarité et l’Europe c’est cool. En gros l’idée est vous dire qu’on est dans la merde pour faire passer la pilule de l’austérité, tout en vous donnant un peu d’espoir histoire que vous preniez pas les armes. Vu de l’extérieur, c’est un peu comme si on nous tirait une balle dans la jambe en expliquant qu’après guérison on marchera mieux qu’avant. On repeint ça en courage, avec des peintures de guerre et des fausses cicatrices, alors que le capitaine est à plat ventre devant l’ennemi.

Non décidemment, ces vœux, c’était vraiment du foutage de gueule. Du violon diront certains. Enfin peu importe l’instrument, après avoir regardé désespérément ces 10 minutes étonnement vides, j’ai noyé mon chagrin dans l’alcool avec cette sensation étrange d’avoir trop respecté les règles jusque-là.

 

Je crois qu’en 2013, on va les bousculer, et y en a besoin !

Romain JAMMES

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Quand les cumulards nous prennent pour des ânes…

Je sais pas si vous avez remarqué mais y en a qui se foutent bien de notre gueule… Vous allez me dire que c’est pas nouveau, il y a comme qui dirait un mépris assez traditionnel du peuple et de toutes ses remuades gauchistes de la part des élites auto-proclamées. Mais comme j’en perds pas une pour me plaindre je peux pas laisser passer celle-là, d’autant qu’elle me tient particulièrement à cœur.

« Être sérieux »

Je ne ménage pas les critiques à l’attention du parti de gauche « responsable », « réaliste » ou que d’aucun appellerait le parti dit « sérieux ». Je me fais répondre toute sorte de leçon, vous vous en doutez, et notamment sur la bonne foi des élus socialistes qui ne demandent qu’à faire le Grand Soir si toutefois ils en avaient l’opportunité. Pour le cumul des mandats, c’est un peu la même musique. On vient avec des gros sabots dire « hey dis donc m’sieur, (parce que en général c’est un m’sieur) ça f’rait-y pas 15 ans que tu serais député et 20 ans que tu s’rais maire en même temps ? » Et ça c’est la version courte pour ceux qui sont pas Président d’agglo, ou de Conseil Général… Et les roquets de l’UMA de nous répondre : « Venez critiquer de l’intérieur, on a jamais pesé autant, regardez ils se sont même engagés à arrêter de cumuler ».

Mais moi, je suis pas fou, j’attends de voir les actes. Parce que sitôt que la résolution a été votée dans le parti « responsable », une levée de boucliers « réalistes » a repoussé la mesure à la saint glain glain de l’année 2011 pour être sur de prendre le Sénat. Bon mettons que c’est un argument audible pour certains. On repousse à 2012 ensuite ? Allez soit, comme ces décérébrés ont toujours tout fait pour couper les têtes qui dépassent même dans leur propre camp, il faut leur laisser le temps (2 ans en l’occurrence) pour préparer la succession de leur Majesté. Et maintenant « it’s time to go » comme dirait Helloween (celle là c’est pour toi Nath). Or, au rappel de l’échéance, tels des pays sur-endettés devant des taux d’intérêts à 18%, les cumulards se dégonflent, lèvent de nouveau le pavois avec les mêmes arguments qu’il y a 2 ans pour reculer l’application en 2014 :

  • C’est un « désarmement unilatéral » : Tiens ? Depuis quand c’est une arme de concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’une poignée de phallocrates ? Puis avoir moins de quinquagénaires blancs et cadres ça ne peut que aider à être plus représentatif non ?
  • Il faut ajuster le curseur en fonction du nombre d’habitants sur la ville concernée : C’est vrai qu’au jeu « qui a la plus grosse ? » être maire d’une ville de 3000 habitants c’est pas terrible. Puis on passe si peu à la télé…
  • Il faut du temps pour préparer : Ah ? Parce que le mec pensait qu’il était éternel ? Il fait tout dans sa ville ? C’est l’irremplaçable super-héros ? Est-ce qu’il avoue que vu son bilan minable y a que son joli minois qui peut faire reconduire sa liste ?
  • C‘est un peu démago : Ah ? Vouloir partager le pouvoir, pour la gauche, c’est démago ? Il va falloir sérieusement que tu réfléchisses à une reconversion à la Besson.

Bref, tous les arguments sont bons pour garder son fauteuil et malheureusement à Gauche ça concerne aussi le PCF et les Verts… Alors il serait p’tetr temps de s’y mettre sérieusement.

Jusqu’où marche la carotte ?

Donc il est temps qu’on arrête de nous prendre pour des cons. Aujourd’hui les ¾ des députés sont des cumulards, une spécificité française qui donne pas envie de chanter la Marseillaise, si ce n’est pour reparler des propriétaires du sang impur dont nos sillons s’abreuvent. En 2014, à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle (2 x lol). Il faudra bien un ou deux ans pour que le maire/conseiller général/député cumulard démissionne et passe la main en toute « responsabilité ». Comptons donc 2016! Ah mais pensez-vous, à un an des élections présidentielles et législatives ce n’est pas pensable ! Attendons Juin 2017…

J‘arrête là, vous avez compris. Comme nous ne sommes pas des ânes il serait temps qu’on arrête de marcher à la carotte, et qu’on pousse dehors les illuminés qui squattent le pouvoir depuis des années. Ça fera un bien fou, non seulement à nous mais plus largement à notre démocratie…

Changer de règle

Ma position, c’est de changer radicalement de règle. Il ne faut aucun cumul entre un exécutif municipal et un mandat national, départemental ou régional. Donc si t’es parlementaire tu n’es ni adjoint, ni conseiller régional, ni conseiller général ; si tu es adjoint ou maire tu n’es ni conseiller régional ni conseiller général ; si tu es conseiller général tu n’es pas conseiller régional. Les mandats ne doivent être renouvelable qu’une fois.

Mais putain pourquoi ?

  • c’est une mesure féministe : car le cumul est une des manières pour les hommes de squatter le pouvoir
  • ça rapproche l’élu des citoyens car il ne s’enferme pas dans son monde d’élu et a plus de temps à consacrer à son seul mandat
  • ça diversifie les élus
  • ça dépersonnalise la politique locale

Mais au fond, si on veut être logique il faut aller plus loin. Car le cumul du mandat est aussi une conséquence de la 5e République. Un député est élu sur une circonscription et s’efforce donc d’avoir une légitimité locale qu’il construit à travers un mandat local justement. Donc cela biaise immédiatement cette élection qui est éminemment nationale. Alors soyons cohérent, un petit retour à la proportionnelle s’impose ! J’en parlerais prochainement…

Romain Jammes