Les Chroniques des Luttes : Besoin d’une troisième voie ?

Si je vous donne les chiffres vous allez me dire que c’est une catastrophe. (hop hop hop, quelques recherches et voilà les plus spectaculaires). Entre 1980 et 2007, 1 900 000 emplois ont été détruits et seulement dans l’industrie. (Vous noterez que la crise financière ne commence qu’en 2007). Parce qu’entre 2009 et 2011 c’est 55 769 suppressions dans le même secteur. En somme, c’est un « plan social » généralisé qui est mis en œuvre dans l’ensemble de notre pays. L’ambiance nous rappelle un certain jeudi d’octobre 1929. Déjà 3 millions de chômeurs et une dynamique qui ne laisse pas présager de glorieux lendemains. Les économies locales sont asphyxiées par les plans sociaux successifs des grosses entreprises qui faisaient « vivre nos pays ». Les petites boites, elles, coulent les unes après les autres, puisque leurs activités dépendaient des commandes générées par la présence de plus grosses firmes. Dans tout ça, les familles qui voyaient déjà leur pouvoir d’achat fondre d’année en année, accueillent le chômage et la précarité dans leur quotidien. Avec ça, c’est l’angoisse, la peur qui s’installe progressivement dans les foyers. L’angoisse de ne plus pouvoir vivre convenablement, la peur de ne plus avoir le minimum vital. Pour beaucoup, il ne reste et ne restera que la rage dévorant leurs entrailles pour tenir l’hiver qui s’annonce. La rage, de n’être qu’une « variable d’ajustement » pour ceux qui ont retiré et retirent encore les fruits de leur labeur. La rage, d’avoir vu leurs exploits collectifs passer derrière le « juste profit ». La rage, de voir l’humain réduit en poussière par le triomphe de la cupidité. Que peut il nous rester d’autre que l’envie de lutter pour notre survie, alors que le gouvernement ne veut plus rien pour nous face aux financiers ? Ce gouvernement de couards et de masochistes qui en votant le dernier traité européen, s’est lié les mains pour justifier son inaction. Que de belles promesses et de ministères aux grands noms. Pas un kopec n’ira au redressement productif, pas un n’ira pour le développement de l’économie sociale et solidaire. Leurs annonces et leurs bonnes intentions ne suffiront pas, s’ils ne se donnent pas les moyens juridiques et financiers d’enrailler la fuite en avant du capitalisme.

Un gouvernement voulant défendre l’intérêt général, devrait embrasser les intérêts des travailleurs. Mais quel baiser recevons nous, si ce n’est un baiser empoissonné ? Un baiser pour nous faire accepter nos conditions. Un baiser pour nous faire culpabiliser de ne vouloir travailler pour rien. Nous serions de puérils enfants gâtés refusant de lâcher leurs jouets. Des « privilégiés » disent-ils. Et de quels privilèges parlons-nous ? Des droits que nos aïeux ont obtenus et qu’ils auraient voulu nous léguer pour que nous ayons une vie meilleure. Ces droits acquis au prix des corps meurtris ou des organes tuméfiés par les journées passées à l’usine ou dans les bureaux pourris par l’amiante. Devrions nous aussi passer nos vies à produire pour en crever? Pour certains, nous serions aujourd’hui tous de jeunes fainéants, des fainéants responsables de la montée du chômage. Des fainéants de travailleurs parce que nous ne travaillons pas assez et que nous coûtons trop cher ou des fainéants de chômeurs, parce que nous ne travaillons pas et que nous coûtons trop cher. Tout cela me fait sourire. Le coût du travail, n’est trop élevé que dans la tête de ceux qui veulent des rendements à deux chiffres sans se retrousser les manches. Le coût du travail doit être au dessus du coût de la vie. Si, nous ne pouvions plus manger, nous soigner, nous loger correctement, nous ne pourrions plus consommer les produits fabriqués par leur main d’œuvre dite « bon marché ».

C‘est vrai, la révolution 1917 n’a pas débouché sur l’émancipation collective promise. Mais le système économique libéral et capitaliste n’a t-il pas encore prouvé sa capacité  à détruire le vivant  ? N’est il pas le moment de mettre en place un projet politique innovant ? Une troisième voie doit être trouvée entre le néo libéralisme de Milton Friedman et de l’économie soviétique, pour qu’enfin l’humain soit mis au centre du système. Cette alternative est possible et de nombreuses personnes tentent aujourd’hui de la défendre. Et c’est ce que nous tenterons de faire dans les chroniques des luttes en donnant la paroles aux femmes et aux hommes combattant le cynisme de notre économie mondialisé.

YAGOUBI Florian

A suivre : Sanofi : Comme une envie de nationaliser.

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3 millions de chômeurs : le salariat semble à l’aube de sa disparition.

Depuis la limitation des déficits publics imposée par le traité de Maastricht, donnant aux gouvernements européens un prétexte pour mener des politiques d’austérités qui contractent nos économies, (note au lecteur : c’est là qu’il faut respirer) nous faisons face depuis des années à la baisse progressive du pouvoir d’achat et une baisse notable de la croissance dans l’ensemble des pays de la zone euro. Et pourtant nous avons fait des efforts, pour « fléxibiliser » le marché du travail à coût de contrats de plus en plus précaires. Nous avons aussi fait une croix sur les revenus du capital et les larges bénéfices des multinationales, en leurs offrants de douillettes niches fiscales. Pour pouvoir suivre l’exemple de la grande et compétitive économie allemande, certains ont même eu la brillante idée de supprimer petit à petit l’exception française qu’est la sécurité de l’emploi permise par le Contrat à Durée Indéterminée. Et nous y voilà, après près de 30 années de politiques libérales nous avons enfin réussi, nous sommes à l’aube de l’abolition du salariat. Nous avons atteint la merveilleuse barre des … 3 millions de chômeurs.

« Et oui, encore un peu plus d’individus se voient libérés de l’esclavage moderne qu’est le salariat. Ces ex-prolétaires vont enfin avoir le temps de consommer pour pouvoir relancer nos économies. » C’est ce que nous aurions pu se dire ce matin, mon colocataire et moi,  en regardant une des chaines d’information en continue, notre café à la main. Mais nous avons malheureusement reçu cette nouvelle ahurissante comme un coup de poing dans la figure. Mais d’ailleurs, Pourquoi ? C’est vrai, quand j’y repense, nous n’avions pas perdu nos  emplois dans la nuit et les universités n’avaient pas été fermées. Et même, si nous ne gagnons pas bien nos vies, la débrouille nous permet encore de prendre un peu l’air. Pourtant le malaise a persisté toute la journée, mes collègues n’avaient que cette nouvelle à la bouche, oubliant leurs longues et insouciantes conversations à propos des nouveaux smart phones. La nouvelle sembla inquiéter jusqu’à ma banquière, qui a accueilli le chèque rémunérant mon job d’été comme une libération. Une chape de plomb semblait avoir recouvert la ville de Toulouse. Elle qui est habituellement si lumineuse et vivante, grâce à l’inébranlable joie dont s’affuble sa jeunesse, s’est éteinte dans l’incertitude et le doute. Tant de questions nous ont alors envahis. Si bien que fumer cigarettes sur cigarettes à en crever, pouvait nous paraître comme le seul projet à notre portée, le seul que nous puissions encore contrôler. Devrons nous laisser nos rêves de côtés, pour être boucher, ou que sais-je , charcutier ? Devrais-je retourner travailler dans la restauration qui n’a que faire du droit du travail ? Mon job d’été sera-t-il mon cercueil ? Voilà bien, les seules angoissantes questions soulevées par nos brillants journalistes télé. Et dans ces conditions comment pourrions nous faire des projets quand ils sont rongés par l’angoisse ?

Dans ce climat social délétère, relancer l’économie ne semble pas une mince affaire. Mais d’ailleurs, je n’ai pas l’impression que notre gouvernement souhaite faire autre chose que rassurer les marchés financiers et continuer la politique qui nous a mené dans cette situation pathétique. Nous sommes bien loin de l’époque où Pompidou mettait en garde Jacques Chirac contre une révolution si l’on dépassait les 500 milles chômeurs. Aujourd’hui, à des kilomètres de ce genre de considération, les socialistes sont prêts continuer la saignée dans les dépenses publiques amorcée par la droite. Alors que cette politique a fait ses preuves, que ce soit en Amérique du sud, en Grèce et Espagne, en terme d’explosion du chômage et par conséquence de la misère. Mais non, aujourd’hui, il n’y avait pas un journaliste pour parler du nouveau traité européen, que notre président souhaite faire passer tranquillement par le parlement. Alors que celui ci, dans la lignée des politiques austéritaires précédentes, obligera les États a réduire leurs déficits publique à 0,5 % du PIB, sans se soucier qu’il engendrera nécessairement un effondrement des nos économies et donc une augmentation du chômage. Ainsi, j’ai bien peur que notre gouvernement ne veuille nous laisser plus de temps libre, sans moyens pour l’occuper.

YAGOUBI Florian

Le SMIC : coup de pouce ou doigt d’honneur ?

Vous en pensez quoi, vous, de ce coup de pouce au SMIC ? Je ne suis pas du genre à faire des procès d’intention, alors naïvement, j’ai davantage pensé au gros pouce de la Société Générale qu’au doigt d’honneur auquel on a eu le droit. Déception, forcément, mais colère surtout, devant le mépris d’une si ridicule augmentation (2%, ce qui, ramené à l’inflation, fait 0,6% d’augmentation effective). C’est que le SMIC, c’est pas la folie des grandeurs ces temps-ci… À peine à 100 € de plus que le seuil de pauvreté (pour ceux qui ont la chance de bosser à plein temps), croyez bien que pour beaucoup c’est le 2 que commence la fin du mois…

Mais pour certains, la gauche au pouvoir, ça veut dire l’augmentation des salaires. Ça parait logique, c’est validé par l’histoire, mais surtout c’est un besoin absolu. L’augmentation des loyers ne connait pas d’égal, et plus largement encore, l’ensemble des dépenses de contraintes aspire une part de plus en plus importante des bas revenus. Des dépenses de contraintes ? Oui, vous savez, les luxes du genre un toit avec de l’eau, de l’électricité, un téléphone, Internet et une assurance. En bref, tout ce qu’on dépense avant de s’acheter un bifteck parce que c’est prélevé directement. Dans l’océan de misère que cela génère, on peut noter toutefois la portée révolutionnaire du retrait brutal d’une telle somme sur les comptes d’autant de monde. C’est Cantona qui doit être content !

Vous comprendrez donc qu’on se fâche tout rouge, mais aussi qu’on ait une peur bleue pour la suite car si en 1981 l’augmentation était de 20%, en 2012 de 2%, je vous laisse deviner ce qui se passera en 2017. Alors je ne pense pas inutile (sinon arrêtez-vous là hein !) de faire ce petit rappel : pourquoi l’augmentation du SMIC ?

Vivre de son travail

Figurez-vous qu’il y a des gens particulièrement malins qui ont vachement réfléchi à notre système démocratique, à commencer par les philosophes des Lumières et les socialistes des XIXe et XXe siècle. Leur idée était assez simple, pour garantir l’égalité politique, il faut limiter les inégalités économiques et notamment permettre à chacun d’être indépendant et de pouvoir vivre décemment de son travail. De vrais gauchistes ! Une indépendance qui permet d’éviter un phénomène assez répandu : la domination sociale du vote.

Alors le SMIC, c’est un peu l’aboutissement de tout ça, matérialisé par le CNR dans son programme et gravé dans le marbre peu après la libération. Alors les analyses des libéraux selon lesquelles le SMIC créerait du chômage et contracterait l’échelle des salaires c’est de la flûte : la question d’un salaire minimum est celle d’une vision de la société, les calculs pingres des bourgeois n’ont pas à y intervenir…

Une mesure féministe

J‘imagine que la plupart d’entre-vous le sait (si je vous l’apprend c’est que je n’ai pas servi à rien), les femmes sont bien moins payées que les hommes dans le monde du travail. Le SMIC est donc déjà relativement efficace en ce qu’un smicard gagnera par heure la même somme qu’une smicarde. De manière général, la contraction de l’échelle des salaires ne peut être qu’une bonne nouvelle pour l’égalité aussi…

Par ailleurs, on ne peut nier le fait que les smicards sont en majorité des smicardes. Et qu’il s’agit d’un salaire horaire. Or, dans notre belle société, les tâches ménagère n’étant pas toujours réparties de manière hyper-progressiste (80% pour les femmes), une écrasante majorité des temps partiels, qui plus est au SMIC, est jalousement accaparée (oh la chance !) par des femmes. L’augmentation du SMIC est donc un des leviers les plus rapides et les plus efficaces pour augmenter le revenu des femmes et leur permettre une plus grande indépendance. Plutôt pas mal non ?

Relancer l’économie, sortir de la crise tout ça tout ça

Là on touche une autre corde sensible. En effet, c’est le moment où ça bloque chez beaucoup de gens qui croient encore que les chroniques économiques de BFM-TV sont faites par des économistes (oh putain l’erreur !) ou que Elkabach a toute sa tête (encore plus grosse erreur !). En effet, pour ces idolâtres libéraux, la logique de l’austérité fait loi. Et pour cause, son principe est simple, garantir et développer les profits des grands investisseurs. Pour cela, rien de plus efficace que de payer à coup de lance-pierre ses salariés et de conquérir de nouveaux marchés grâce aux privatisations. La perte du pouvoir d’achat liée au gel des salaires et à la réduction des minimas sociaux engendre une dégringolade de la consommation, et par là même du chiffre d’affaire de nombreuses entreprises, elle-même obligées de licencier et ainsi de baisser encore le pouvoir d’achat. Les recettes fiscales sur le revenu et la consommation s’effondrent et plombent les comptes publics. La fiscalité injuste des libéraux n’arrange rien et le pays a recours a davantage de prêts ce qui lui coûte d’autant plus en intérêts. La « confiance des marchés » (lol !) tangue et les taux d’intérêt s’envolent, tout comme la dette publique qu’ils emportent avec eux… Pour résoudre tout ça, le FMI et la commission européenne proposent de renflouer les banques détentrices de titres de la dette publique du pays en échange… de plus d’austérité, ce qui aggrave le problème…

Nous, de gauche (ah mais quelle horreur !), on augmente le SMIC en voulant prendre le processus inverse. Augmenter le SMIC c’est augmenter le pouvoir d’achat (oui un smicard augmenté ne met pas son argent sous son matelas). Donc cela augmente la consommation, les carnets de commandes se remplissent et permettent, ô miracle, aux entreprises d’embaucher et d’augmenter ainsi encore le pouvoir d’achat. L’augmentation des recettes fiscales liées aux revenus et à la consommation permet le financement de protections sociales et de services publics ( et résorbe la dette publique, tant qu’à faire). Chacun vit un peu mieux sauf… les actionnaires et les gros salaires car c’est eux la variable d’ajustement. Peut-être aussi les chroniqueurs économiques quand on s’apercevra qu’ils récitaient des conneries depuis le début.

Il ne s’agit donc pas d’augmenter le SMIC malgré la crise mais plutôt comme une solution à la crise. Subtil raisonnement qui est lié à notre capacité à avoir du bon sens. Ça alors !

Vous l’aurez compris, l’augmentation du SMIC, elle est salvatrice pour la gauche. Alors vouloir l’augmenter de si peu c’est se moquer du monde et surtout de cette masse miséreuse qui galère à vivre dans de bonnes conditions. Il n’y a aucune raison, autre que de vouloir lécher le cul au système financier, de ne pas augmenter bien plus les bas salaires. Comme je disais, je ne fais pas de procès d’intention. Alors j’espère que d’ici demain, le gouvernement se rappellera ce qu’est la gauche.

Romain JAMMES