Un coup d’état permanent

La mondialisation est souvent prétexte aux discours pompeux sur l’impuissance croissante des États. Il m’apparaît donc important d’aborder un phénomène qui découle de cette domestication de l’État par notre divin marché : « l’état d’exception permanent »

J‘entends déjà certaines de vos réactions : « qu’est-ce qu’il nous raconte encore ? », « il va encore nous sortir ses théories fumeuses venues tout droit de récits d’anticipation! » .

Mais je commencerai pas répondre à :

« Mais c’est quoi ce truc ? »

« L‘état d’exception » nous vient d’un concept remontant à l’antiquité romaine : « la dictature », évoquée notamment par K. Marx lorsqu’il parle de « dictature du prolétariat ». Je vous vois déjà, là, à frissonner dernière vos écrans d’ordinateur, en imaginant les chasses à l’homme orchestrées par Sylla, les têtes coupées sous la dictature du populiste Marius ou les majestueux procès staliniens. Mais n’ayez crainte cher(e)s ami(e)s, en dehors de ces phénomènes folkloriques, il y a eu de multiples exemples beaucoup moins sanglants de ces suspensions de l’ordre constitutionnel tout au long du XX ème siècle. L’exemple le plus connu est d’ailleurs la seule utilisation de l’article 16 de la Constitution lors de la crise dite du « putsch des Généraux» de 1961, lorsque des militaires partisans de l’Algérie française ont tenté de renverser le Général de Gaulle

Proscriptions sous la dictature de Sylla

Il y a, il ne faut pas l’oublier, un second élément dans cette définition. Il s’agit du côté anecdotique et provisoire de « l’état d’exception », (hé oui s’il y a ex-cep-tion !!! c’est pas pour les chiens). Donc, pour ceux qui ont Alzheimer, la dictature (ou « l’état d’exception »), c’est une suspension provisoire de l’ordre constitutionnel pour répondre à un péril imminent. Tout comme « le droit de résistance », « l’état d’exception » s’oppose au droit, au nom du droit.

Une république qui faiblit, qui coule et qui fait « blic blic blic »

Le problème est que ce phénomène, est devenu un « paradigme de gouvernement ». Émancipé des contraintes temporelles, il est aujourd’hui un concept politico-juridique durable. Accentué par les attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, qui n’ont laissé aucune législation intacte, le phénomène a en réalité été amorcé dès la première guerre mondiale lorsque les belligérants ont dû mettre en place des lois d’exception.charb5-10939698blvuv

C‘est à partir de cette époque que l’on a assisté à un effondrement progressif de la division des pouvoirs. Ce qui nous permet aujourd’hui d’observer conflits d’intérêts sur conflits d’intérêts. Les comptes helvétiques de Cahuzac, les magouilles de notre Tapie hexagonal, etc… etc… sont parfaitement révélateurs du système dégueulasse qui s’est mis en place. Le pouvoir exécutif ayant pris petit à petit le pas sur les pouvoirs législatif et judiciaire, notre 5ème République a finalement donné naissance à un machine politique clientéliste, pour ne pas dire mafieuse.

J‘espère que vous ne m’en voudrez pas mais j’aimerais passer les arguments maintes et maintes fois ressassés autour de l’hyper-présidentialisation de notre régime. Oui et oui, c’est un problème. Mais ce qui m’inquiète depuis quelques temps, c’est la normalisation du « gouvernement par décret ». Le décret (norme émanant de l’exécutif ayant force de loi) est devenu sans que personne ne s’en offusque, une manière comme une autre de légiférer ; puisqu’il faut être capable de répondre le plus rapidement possible aux injonctions du Grand Marché Tout Puissant. Et même si les décrets sont validés par le parlement, la banalisation de cette pratique a eu pour effet de transformer les assemblées en de simples chambres d’enregistrement à la botte de l’exécutif. Alors fini les longs débats et les fastidieux discours de l’Assemblée Nationale qui sont pourtant nécessaires à la vie démocratique d’un pays. Face à l’impératif économique, les débats ne peuvent avoir lieu. Certains vous diront d’ailleurs qu’ils sont inutiles, puisqu’une seule politique est possible. Il nous devient donc impossible de proposer des politiques alternatives.

Comme bel air de Wagner 

Laissons de côté pour l’instant cet aspect pour en venir à des considérations un peu plus matérielles.

« L‘état d’exception » s’incarne concrètement sur le territoire. La prison de Guantánamo en est un exemple particulièrement criant. Les États-Unis y enferment des individus sous le titre de « combattants illégaux » et non de prisonniers de guerre. Ils n’ont donc pas de statut juridique clairs, ce sont des êtres juridiquement inclassables. Et sans vouloir marquer des points Godwin, cette situation ressemble étrangement à celle des Juifs des Lagers nazis. Dans les deux cas les individus ne sont pas seulement privés de droit mais sont considérés extérieurs à toutes juridicité. Et comme en France, nous produisons un certain nombre d’Eichmann en puissance (policards et fonctionnaires complètement aliénés), nous faisons la même chose avec les roms et les sans-papiers. C’est notamment en ça, que « l’état d’exception » est devenu un paradigme de gouvernement, transcendant à la fois les partis et les frontières.

A part ça, ce phénomène politique s’explique par l’avènement de l’ère atomique. Le nucléaire en termes d’infrastructures, de gestion de risque, a obligé à un accroissement du pouvoir de l’Etat. Cela était inévitable pour pouvoir mettre en place correctement les structures organisant la production et la circulation de l’énergie nucléaire que ce soit dans le civil ou le militaire. Et vous comprendrez, qu’il a aussi insinué une extension du secret d’État, limitant par la même l’espace publique. Les conflits ont alors été modifiés par l’équilibre de la terreur, ce qui a laissé place à une augmentation des conflits secondaires (guerres civiles, terrorisme, antiterrorisme). Nous avons par conséquent vu s’estomper la frontière entre guerre et paix, justifiant l’avènement d’un état de violence permanent.

« L’état d’exception permanent », vous le comprendrez bien, n’est donc pas le résultat de restes monarchiques ou absolutistes, ni la persistance cafardesque de l’Ancien Régime. Ce phénomène est un pur produit de nos systèmes démocratiques occidentaux. Quelles conclusions devrions nous donc en tirer ?

« L‘état d’exception » a suivi comme son ombre la construction démocratique, mais cette ombre s’étend aujourd’hui au point d’éclipser nos démocraties. Cela relève du lien intime entretenu entre la violence et le droit. En délimitant la violence légitime et celle qui ne l’est pas, le droit porte en son sein la violence dont « l’état d’exception » est l’incarnation. Pour cela, seule une activité révolutionnaire, visant à transformer les institutions, peut trancher ce lien étroit. Il s’agit donc de faire advenir un réel « état d’exception », c’est à dire l’élection d’une assemblée constituante, pour mettre fin à ce système politique où le peuple est écarté, et les chambres méprisées.

YAGOUBI Florian

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Le 5 mai pour une république féministe

Je trouve enfin le temps d’écrire quelques mots. J’ai l’impression de griffonner des notes sur du papier humide au fond d’une tranchée. On entend les obus siffler, le paysage politique est un champ éclaté et boueux, les gens y courent dans tous les sens. D’autres s’organisent, mais ce qui est perceptible c’est que la grande masse s’y perd.

Dans ce contexte, difficile d’avoir le cerveau disponible pour écrire. La créativité est aspirée dans la bataille, c’est une arme redoutable mais épuisante et c’est le blog qui en a fait les frais.

Le blog oui, mais pas son objet.

AgnesBihl

It happens again

Il se passe quelque-chose. On ne sait pas foncièrement quoi mais ça gronde comme un bruit sourd qui vient de partout. Un ronronnement qui fait monter la tension et alourdit l’atmosphère. On dirait ce silence avant le déluge, ce creux avant que la vague ne déferle et passe la digue. C’est comme la dernière inspiration avant l’effort.

Ce quelque-chose, ce n’est pas qu’une nostalgie de la Bastille du 18 mars qui refait surface comme un vieux film à la télé. C’est d’abord et surtout le fruit mûr d’un système politique qui a assit son identité en piétinant la souveraineté populaire. Gorgé de sucre, il n’a cessé de grossir durant ces années où un gouffre se creusait entre les citoyens et les élus, où la défiance grandissait à l’égard des institutions. Il s’est gavé de la sève d’une Europe autoritaire et brutale, parangon de la théorie du choc et des non-sens économiques. Trésor caché d’une poignée de financiers et d’élites politiques biberonnées au Friedman.

Il a grossit avec opulence narguant l’univers entier, pétrit de supériorité et de concupiscence. Convaincu de son invincibilité, le lourd poids de sa démence a cassé la branche qui le tenait. Maintenant, il chute en panique devant le destin qui se scelle.

De l’air !

On nous a souvent entendu dire que le pire n’était pas la crise, ce serait que nous n’arrivions pas à en faire un monde nouveau. Mieux, cela va de soi. Cette force qui monte des profondeurs n’est pas celle des timorés qui accrochent leur siège au train-train ministériel. Ce n’est pas celle de ceux qui grattent par-ci par-là des demi-demis (oui on dit quart)… je disais, demi-demi mesure en échange des plus grandes compromissions. Des logements contre la fin du droit du travail ? Quelques profs pour de syndicalistes en prison ?

Ce moment appartient à cette personne (nous tou-te-s) à qui trop de fois on a fait la promesse des lendemains qui chantent. Trop de foi moquée, méprisée, niée jusqu’à ne plus croire personne. Elle chie sur ces menteurs, et ces gestionnaires de force politique comme s’ils géraient un troupeau de chèvres à ne pas disperser.

Il faut de l’air ! Qu’ils dégagent. C’est son tir d’alarme qui sonne trop souvent comme un désespoir. Elle s’en est gorgée comme une biscote dans du café, dans l’anesthésie de la 5e République. Pas de pseudo moralisation, pas d’entente cordiale entre dirigeants politique sur des mesurettes de façade. Encore moins un référendum sur des questions bidons, vous y croyez vous ?

  • Êtes-vous pour la morale en politique ?
  • Est-ce que vous préférez que les politiques tiennent leurs promesses ?
  • Est-ce que vous voulez que les dirigeants politiques, bah genre ils s’occupent de vous ?

Non, il faut faire le ménage ! Et comme un symbole de l’asservissement domestique des femmes. Elles en sont des actrices centrales !

Une République féministe

La 5e République, c’est un peu le modèle familial patriarcal appliqué à la France. D’ailleurs la droite dit qu’il faut la « gérer en bon père de famille », c’est vous dire. Une poigne de fer, une logo_feminismegrosse paire entre les jambes et on essaye de garder la face quoi qu’il arrive. Mais pire que ça, c’est surtout une République d’hommes, en chaire et en os. Les hommes ont été et sont toujours omniprésents et inamovibles.  Ils cumulent 2, 3 ou 4 mandats, certains depuis 35 ou 40 ans. Ils sont entre couilles à l’assemblée, entre couilles au conseil des ministres, entre couilles dans les cabinets ministériels, entre couilles dans toutes les assemblées élues au suffrage uninominal. Les exécutifs importants sont des hommes, les présidents de conseil régionaux, conseils généraux et les maires sont des hommes. Les grands patrons d’entreprises publiques sont des hommes, les conseillers constitutionnels sont des hommes et j’en oublie.

Le coup de balai, c’est socialiser la richesse et socialiser le pouvoir. Foutre dehors ceux qui le tiennent depuis des années, imposer des scrutins qui permettent l’accession de femmes au pouvoir et globalement des institutions plus représentatives. Le coup de balai, c’est aussi prendre le taureau par les cornes et supprimer toutes les subventions aux partis qui ne respectent pas la parité, menacer toutes les grandes et moyennes entreprises de dissolution ou d’expropriation en cas de CA non-paritaire ou d’inégalités salariales. C’est sanctionner le sexisme ordinaire comme la publicité, aussi durement que le racisme. C’est refondre une école qui n’apprend pas un modèle de domination masculin ou hétéro-normé.

Faire table rase et refonder un monde nouveau, c’est l’affaire de tou-te-s donc c’est l’affaire des femmes !

Romain JAMMES

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos soeurs séparées.

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble, on nous opprime, les femmes
Ensemble, Révoltons-nous !

Dernier refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !

On a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain

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Salut les amis! Me revoilà après une absence prolongée par une actualité politique qui m’a plongé comme les membres du gouvernement dans une sorte de mort cérébrale.

Pour dire vrai, je ne m’étais pas trop bercé d’illusions sur ce que l’élection du dernier grand calife allait entraîner dans le domaine économique. Je n’espérais pas non plus une révolution, ni même la lueur d’une réflexion sur des perspectives de réforme des politiques migratoires en France. Mais je m’étais naïvement laissé aller à croire que les prétendus socialistes auraient une attitude moins violente à l’égard des étrangers que le précédent gouvernement.

Il m’a donc semblé que les sociaux-libéraux n’avaient plus besoin de moi pour s’enfoncer. L’immonde de leur politique sécuritaire xénophobe et l’indécence de leur inaction sur le plan économique, étaient bien trop visibles pour que tout ceux qui avaient un QI plus élevé qu’une huitre n’en tirent pas des leçons adéquates. Mais un petit tour sur les chaînes d’informations ce matin, m’a vite remis les idées en place. A la vue de médias monopolisés par la vie de personnes bien différentes de nous (ne cliquez pas ici, ni ici, ici non plus). Par contre remercions Johnny de nous apprendre que Sardou est un gros con réactionnaire. Allez, on arrête de déconner et on ouvre sa gueule. Disons le, on s’est bien fait enfler.

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Le gouvernement derrière une flopée de bons sentiments dégoulinants la philanthropie, perpétue la bonne vieille tradition xénophobe des temps de crise. Et même si quelques membres de la majorité nous ont fait part de leurs remords, cela n’a pas empêché le P.S. d’apporter un soutien sans faille au principal responsable de cette politique de dégueulasse. Vous savez ? Oui ! Le seul successeur incontesté de Nicolas Sarkozy. Oui ! Manuel Valls, notre grand ami. Celui qui en toute tranquillité organise le harcèlement des Roms, maintient le quota arbitraire des 30 000 régularisations et continue les expulsions.

 2012, l’année de tous les records

Il y a de quoi être un peu déçu. C’est pas comme si notre président ne s’était pas engagé à mettre fin à la politique du chiffre pendant la présidentielle. En 2012 Manu a fait mieux que tout ses prédécesseurs, 36 322 expulsions d’étrangers en situation irrégulière contre 33 000 et 28 000 en 2011 et 2010. Ils s’en sont défendus comme d’habitude avec la phrase qui a sûrement été la plus prononcée de l’année dernière : « C’est pas nous, c’est ceux d’avant ! ». Mais il faut pas trop se foutre de la gueule du monde. Le gouvernement précédent était déjà obligé de gonfler les chiffres en expulsant des vacanciers (ne cliquez pas ici), Manu a donc dû bien mettre la précision aux forces de l’ordre pour qu’ils en arrivent à ce résultat astronomique.

En tout cas, pour cette belle réussite, le gouvernement pourrait remercier la Roumanie et la Bulgarie. Ils sont bien gentil d’avoir bien voulu récupérer leurs exilés, puisqu’un tiers « des candidats au départ » faisant parti de la communauté la mieux lotie là bas : les Roms. Pas sûr qu’on veuille bien récupérer un jour, le gros Gérard et la petit Mireille. En tout cas, il y a toutes les raisons de penser que Manu subisse des précisions de la part du lobby des éleveurs de poules. Monsieur n’a pas lésiné sur les moyens tout l’été pour établir un autre record, en faisant subir à 7 594 personnes la démolition de leurs camps.

Par contre quand il s’agit de respecter leurs engagements à deux balles, c’est tout de suite un peu plus compliqué. Le dispositif visant à réduire les contrôles d’identités discriminatoires a été rangé au placard. Le ministre de l’intérieur s’est tout simplement assis sur l’invalidation par la Cour de Cassation, de la garde à vue relative aux étrangers en situation irrégulière. Et ne parlons du droit de vote des étrangers pour ceux qui sont en situation régulière. Même si j’y suis opposé parce que cette réforme créerait des sous-citoyens alors qu’il faudrait élargir l’accès à la citoyenneté. Premièrement, les électeurs de François Hollande sont en droit de l’attendre et deuxièmement cela marquerait très symboliquement une rupture avec les années racistes de Sarkozy.

Haïr pour retrouver l’amour

Mais suis-je bête ? J’avais complètement oublié. Selon un sondage consultant les téléspectateurs de M6 (ne pas cliquez ici), 30 % des français auraient voté Heinrich Himmler s’il s’était présenté à la dernière présidentielle. Manu aurait pu se dire: « Heureusement qu’il est mort et qu’on ne donne pas encore la nationalité française à n’importe qui. Beaucoup de nazis auraient débarqué pour tenter leurs chance en 2017. » Ça aurait été très drôle mais le gouvernement préfère satisfaire quelques blaireaux aux réflexes synaptiques datant des années 30. A défaut de convaincre les instits avec cette réforme des rythmes scolaire caduque et inégalitaire, de défendre les travailleurs en lutte de toutes ces entreprises qui licencient, il faut bien allez chercher les voix de toutes ces masses informes étalées devant le spectacle des faits divers médiatisés.

Cette dérive regrettable de nos représentants est tout aussi dangereuse que pathétique puisqu’elle induit implicitement que l’étranger, l’autre que nous est un ennemi. L’État peut alors jeter aux oubliettes toute décence, tout droits fondamentaux pour nous protéger de « l’adversaire ». La xénophobie devient donc un principe d’État qui perdure quelque soit la couleur politique du gouvernement.

Merci, grâce à toi Manu, on a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain.

YAGOUBI Florian

Médias fascistes…

Y a des nouvelles qui vous foutent hors de vous pour la journée. Je suis habitué, d’une certaine manière. Je regarde patiemment BFM-TV quand je prends mon petit dej’ le matin. Ce n’est pas que je crois une seconde les conneries qui s’y racontent, c’est que ça me donne un peu la température de ce que la culture dominante veut nous faire avaler aujourd’hui. Pour chier dans un pot, il faut y voir clair quoi.h-20-2676119-1326111879

Mais là, la magie des médias me laisse encore une fois sans voix. J’ai beau être averti, chaque fois ça me dépasse. Un sondage sort de nulle part et vient dire que le Front National est en grande partie dédiabolisé et qu’un tiers des français adhèrent à ses idées. Bon ça fout en rogne déjà, du moins quand on a un minimum de cerveau et qu’il est pas essentiellement dirigé dans la haine de l’autre. On relativise, on se dit « bon les sondages tout ça tout ça,… » mais on l’a mauvaise parce que c’est relayé partout…

Sauf que ce sondage, il ne vient pas de rien et surtout, ses résultats non plus. Est-ce que ces putains de médias fascistes, qui ont fait la pub de Le Pen pendant des années, sont pas en train de s’en féliciter ?

Investigation (n,f) : Croire sur parole un fasciste

L’investigation, chez beaucoup de médias dominants ça a une drôle de saveur. Fini les caméras cachées, les croisements d’informations, les vérifications, la preuve par les actes tout ça tout ça. Non c’était avant, bien avant, ou alors c’est des médias gauchos lus par 4 personnes. Non, la vraie modernité maintenant c’est de croire le FN sur parole.

Alors à coup de grands renforts d’éditorialistes, le Front National a tenté sa petite musique de la reconversion socialo. La mère facho a été élue présidente de son groupuscule et d’un seul coup plus personne n’a de mémoire : « hein de quoi ? Le Front National ? L’ultra-libéralisme associé à l’antisémitisme, au racisme, au négationnisme, au sexisme ou à l’homophobie ? » Bah tout ça c’est fini. C’est devenu le FN qui défend mordicus les pauvres ouvriers manipulés par des gauchistes qui « éructent » comme l’infâme Mélenchon. C’est devenu le FN qui est juste réaliste, qui exagère parfois un peu bon, mais qui s’est vachement calmé depuis que le borgne est au placard. C’est devenu un parti républicain qui défend l’augmentation des salaires, grâce à l’expulsion d’immigrés. Celui qui donnera plus d’aides sociales, en supprimant celles de immigrés et qui s’en prend avec plein d’énergie aux patrons voyous que même Parisot ne peut plus cautionner tout en prenant le soin de ne pas toucher à l’ISF histoire que la bourgeoise puisse rentrer au château après ses meetings. Des interrogations sur la viabilité de tout ça ? Ah c’est d’un autre temps j’oubliais…

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Le FN c’est le parti du peuple, le parti des pauvres laissés pour compte par l’infâme mondialisation. Quoi qu’il ait voté avant, c’est pas l’important. Quand le FN dit que tous les autres sont tous pourris, les médias aiment bien ça. Ils aiment bien parce que ça fait vendre, puis ils aiment bien parce qu’en faisant du « tous pourris » ils ont l’impression d’être indépendants. Pauvres débiles !

Le FN c’est le parti des anciens tout. Un ancien communiste ? La vache ! La caméra s’approche, le micro se tend « Je suis ancien communiste, mais je suis allé au FN parce que le PCF c’est la foire aux bou… » (la suite est coupée au montage). Nom d’une pipe ! Un ancien communiste. C’est fou ! Quoi ??? Une ancienne socialiste ? « Oui j’étais au PS mais ils font parti du système » Comme c’est beau. Mais les questions que le journaliste ne se pose pas c’est : quand ? pendant combien de temps ? est-ce que c’est vrai ? tu te fous pas de ma gueule ? Tu trouves que y a pas un problème mental dans ta conversion communo-fasco-vaguebleumariniste ? Mais ce serait trop demandé, puis ça intéresse personne hein ?

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L’investigation moderne c’est le publi-reportage. Le FN vous concocte un packaging parfait : des images, un petit story-telling, du croustillant quand même, et le fameux « recours au système UMPS ». Et en boucle pendant les législatives partielles les médias y sont allés de leurs grandes éloges, jusqu’à la grosse claque qu’a pris le FN où l’on a pas entendu une once d’auto-critique. L’auto-critique, un truc de gaucho aussi ça ! Un scepticisme sur ce virage social ? Un peu d’esprit critique sur les dossiers de presse ? Une réflexion sur les conséquences d’un tel traitement ? Non rien, nada, quedal, quetchi, walou, peau de balle…

Réalité (n,f) : monde à partir duquel des médias s’amusent à créer un miroir déformant

C’est vrai, il y a une banalisation des idées de Front National. La faute à qui ? Certes à ces bouffons de l’UMP qui n’ont pour seule stratégie que de courir derrière le lapin, de plonger dans des discussions ineptes sur les pratiques religieuses, le Hallal dans les cantines ou le danger de l’immigration. Mais faute aussi à ces médias racistes et xénophobes qui répandent cette bonne parole à qui défend un autre modèle : « mais on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ! » « mais n’importe qui va venir ! » « mais l’immigration ça nous coûte ! » « mais déjà que y a pas de travail pour les français… » Tous ces mensonges, ces manipulations, ce ne sont pas des paroles, c’est du vomi, de la haine à l’état pur que ces décervelés recrachent comme un tract fasciste.

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Prophéties auto-réalisatrices quand des médias reprennent les éléments de langage, les arguments, les analyses des réactionnaires à toute heure, pour tout sujet, se permettant ensuite de dire que leurs idées avancent. Horde de minables prétentieux qui estimez être au dessus de la mêlée mais organisez un pogrom politique en guise de débat, pour vous plaindre ensuite que le peuple n’y trouve pas son intérêt. Je vous crache à la gueule !

Vermine puante qui comparez Marine Le Pen et Mélenchon, deux idéaux, deux méthodes, deux projets de société radicalement opposés. L’une divise et renforce le pouvoir oligarchique, pointe l’immigré, le fonctionnaire, le syndicaliste, l’homosexuel pour casser les classes et offrir sur un plateau le peuple aux puissants. L’autre rassemble ceux qui partagent des conditions de vie contre ceux qui tentent de les soumettre au pouvoir de l’argent. L’une attise les conflits religieux et parade avec les catholiques, l’autre est laïque et les range toutes dans la sphère du privé. L’une méprise le peuple et la démocratie, l’autre veut refonder la République pour donner le pouvoir aux masses. Qui banalise quoi, quand dans une bouillie infâme ces pourritures mettent ces personnes dans le même panier ?f4

Qui ment quand à Hénin Beaumont, un passage éclair de Le Pen en place public, millimétré pour ne rencontrer que des partisans, se transforme sur les écrans en bain de foule populaire démontrant l’acclamation de cette connasse ? Qui ment quand il écrit que Mélenchon se cache devant ce mouvement, n’ose pas sortir et se fait chahuter ? J’ai vécu personnellement ces scènes. Rien ne justifie un tel traitement sinon la conversion au fiel que l’extrême droite répand dans la société.

Journaliste (attribut) : individu indispensable au bon fonctionnement démocratique

Média fasciste qui fait la courte échelle au Front National. Média fasciste qui réduit la démocratie à une course hippique désintellectualisée. Média fasciste qui méprise le peuple. Média fasciste, qui diffuse ces idées racistes, xénophobes et machistes. Média fasciste qui préfère parler du Hallal imaginaire des cantines plutôt que des collusions industrielles. Média fasciste anti-parlementariste, à l’indignation calculée et sélective. Média fasciste abrutissant qui construit la société comme un spectacle permanent, une arène de gladiateurs entre toutes et tous. Qui monte des émissions honteuses où des femmes se réduisent elles-mêmes en objet de consommation, qui pousse l’individualisme et le chacun pour soi comme la valeur ultime.

Vous portez une responsabilité marquante dans l’état de l’opinion publique, dans la difficulté qu’ont les personnes comme nous qui essayons chaque jour de rallumer l’étincelle : celle du débat, celle de la création culturelle, celle de l’amour…

Romain JAMMES

La démocratie sauce toulousaine…

Vous savez, la démocratie, c’est un joli mot. Y en a même qui en font des classements assez absurdes. Ce qui arrange moins certains élus, c’est que ça demande aussi des actes ( nom masculin qui désigne un action humaine). Aïe, ça se complique un peu, surtout quand la contestation se fait entendre…

 

Le droit de militer ?

Certains doivent le savoir, être un militant politique ça demande une certaine réserve. Oh ce n’est pas désagréable dans l’absolu, on ne se sent jamais aussi bien que quand on se bat pour ses idées. J’en connais qui devraient s’en rappeler (oui je parle de toi, oui de toi aussi,…) Mais ce qui frappe ce sont les multiples obstacles qui s’érigent sur votre chemin. Rien d’illégitime pourtant à dynamiser le débat démocratique, au contraire. Ou alors on m’aurait menti en cours d’Education Civique ?

C’est donc joyeusement samedi que nous avions décidé d’aller au centre-ville de Toulouse. Le carton de tracts sous le bras, la guitare sur le dos, tout semblait marcher comme sur des roulettes. Le collectif contre la dette invite les citoyens à participer (physiquement ou financièrement) à la manifestation à Paris le 30 septembre. Le soleil chauffe les pavés de la rue Alsace-Lorraine (oui la rue dont parle Zebda), il y a beaucoup de monde, c’est parfait. Cette bataille nous tient à cœur, ce n’est pas un secret, d’autant qu’on se demande quand les médias trouveront intelligent d’organiser un débat sur ce sujet à une heure de grande écoute… Ce doit être assez peu important j’imagine.

Après quelques chansons, une quinzaine d’euros récoltés et de nombreux tracts distribués un agent de surveillance de la voie publique vient nous demander poliment de partir. Je dis poliment parce qu’il y a quand même marqué (A)SVP sur la casquette. À Toulouse, on rigole pas avec la politesse. En effet, le maire de la ville (je dénonce honteusement, c’est Pierre Cohen) a publié un arrêté interdisant les diffusions à caractère politique (bouh !) sur la rue Alsace-Lorraine toute la journée, ainsi qu’aux abords (100m) des stations de métro de 8 à 10h et de 17 à 19h (dixit l’agent en question). En gros pas de diff là où il y a du monde. Il faut avouer que c’est moins pratique… Le maire doit s’imaginer quand lance les tracts dans la rue, il n’a pas du le faire souvent le bougre.

Si c’était que ça…

Allez, à sa décharge, Pierre Cohen fait preuve d’une certaine cohérence. C’est important la cohérence non ? Demandez à nos amis d’EELV qui font les équilibristes entre les places tant attendues au gouvernement et le rejet du TSCG. Bref, le maire de Toulouse prend soin également à ce que se raréfient les panneaux de libre-expression. Faut dire qu’il y a libre dedans, donc ça veut dire politique aussi. Beurk !

Une nouvelle fois à sa décharge (tu vois Piero, en fin de compte je suis plutôt gentil), le maire de Toulouse ne fait qu’imiter ce que nombreuses communes ont mis en place. On en a vu un certain nombre cette année : interdiction de certaines rues, interdiction de parvis de gare, interdiction de marchés,… Bref, manifestement les espaces d’expression démocratique sont en pleine récession, comme l’économie bientôt d’ailleurs, avec notre joli traité (sic). Comment vous expliquez ça vous ? Est-ce qu’on est des dangereux délinquants ?

Et les autres dans tout ça ?

Quand je parle des autres, je ne parle pas vraiment des autres formations politiques. Quoi que, j’ai le souvenir, à Evry, d’un policier municipal qui avait renoncé à nous déloger quand je lui ai dit que le PS diffait lui aussi 30 mètres plus loin… Tiens donc. Non, le pire dans tout ça c’est qu’il n’y a que la politique qui subit ce genre de restriction.

Car pas de fameuse interdiction de la part de notre pote Cohen pour les tracts commerciaux. C’est pourtant bien connu, ces gens là veulent le bien des Toulousains. Aucune restriction non plus pour la « presse » gratuite. Enfin les torchons publicitaires déguisés en journaux qui sont distribués tous les jours. C’est à se demander, au fond, quelle société préfère matraquer son peuple de publicité plutôt que de débat d’idée.

Evidemment les cas en la matière se multiplient : publicité dans le métro, panneaux publicitaires géants dans la rue, y compris dans les services publics. À l’Université même, la politique est systématiquement arrachée, mais les pubs sexistes pour les soirées étudiantes restent, de même, souvent, que les groupe religieux passés par la.

Et à part ça, tout va bien… à part ça, mais ensuite ?

Romain JAMMES