Et si on habitait ensemble ?

Attention les yeux, avec Flo on a décidé de parler de choses intéressantes sur ce blog. Ça va vous changer un peu peut-être, mais faut un début à tout non ? Je vais notamment vous parler d’un truc qui fait pas beaucoup de bruit. C’est pas un secret polichinelle mais un autre truc qui, à sa façon, dit « merde » au système. Un peu comme la monnaie de l’autre fois.

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Bon nous on est plutôt de gauche. Si vous êtes normalement constitués vous avez dû remarquer. Si c’est pas le cas mais que vous êtes d’accord avec nous en général vous êtes de gauche (ça se soigne). Si vous êtes de droite continuer quand même à lire, ça peut vous faire que du bien. (Puis merde on se ferait chier sans mecs/meufs de droite non?).

On est de gauche, disais-je, donc on est plutôt du genre à regretter que l’individu prime progressivement sur le collectif dans notre société. Ce n’est pas qu’on nie l’individu, mais on se dit que la société c’est tout de même beaucoup plus que la somme des individus qui la composent. Bah figurez-vous que pour le logement, c’est un peu pareil…

Habiter seul(s)

C‘est un peu pareil parce que la manière dont on se loge en général, c’est pas la maison du peuple. Je prends pas mon cas personnel pour exemple, quand j’étais en colloc’ à Corbeil-Essonnes (91) les gens rentraient chez nous comme dans un moulin, sans prévenir. Ça avait atteint un 3point qu’on se demandait combien de colloc’ on était exactement, et qu’on flippait à chaque fois que quelqu’un sonnait. On se regardait en se demandant « c’est les flics ? ».

Donc en dehors de ce type de vie un peu inhérente à notre statut d’entre-deux qu’on appelle parfois la jeunesse, les gens vivent seuls. Seuls seul, ou seuls à plusieurs. Mais leur logement est un espace privé dédié à une vie en autarcie une fois les courses hebdomadaires accomplies. Chacun a sa cuisine, son salon, sa chambre et on conviendra que c’est un peu plus confortable que de partager les toilettes avec tout le palier.

Seulement voilà, à trop pousser la logique, on en vient à une situation assez dramatique. Les français ne connaissent plus leurs voisins. Fondamentalement, les relations qu’ils peuvent avoir avec les personnes vivant à côté, en dessous, ou au dessus d’eux sont très minimales. C’est une réalité évidemment variable. Les grands habitats collectifs ont souvent des amicales de locataires et des associations de quartier. Mais les étalements urbains infinis ou les quartiers résidentiels sont à l’extrême inverse. Ou peut-être est-ce ces immeubles récents et résidentialisés dans lesquels il faut 3 codes pour frapper enfin à une porte (je parie qu’on y trouvera bientôt des caméras et des miradors).
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Bref, les relations de voisinage c’est le « bonjour » cordial quand on se croise, mais aussi les bonnes engueulades et les psychodrames à cause des soirées jusqu’à 4h du mat’, des ressorts de matelas, ou des voitures garées à la schlag. Nous on y a eu le droit aussi. Pas à Toulouse, y a tellement de bordel dans notre rue qu’on peut rien nous reprocher. Mais dans l’Essonne une voisine et venue nous engueuler en nous demandant à la fin de rien faire à sa bagnole. On a sûrement des gueules à brûler les caisses de notre quartier.

Habiter autrement ?

Du coup certains ce sont dit que c’était un peu dommage. Ils ont construit une autre forme d’habitation. Un autre rapport à ce qui est individuel et ce qui est collectif peut ainsi être construit. Ça s’appelle l’habitat participatif et il y en a de toute sorte.

C‘est par exemple l’histoire d’une vingtaine de familles qui ont décidé ensemble d’acheter un grand terrain dans les années 80. Ils y ont construit des maisons eux-mêmes, ensemble. Chacun a apporté ses compétences et le projet a noué un lien de voisinage indestructible. Une salle 4commune a aussi poussé sur une butte d’herbe à l’entrée des « Mange-Pommes ». Juste à côté, plus récemment, des bâtiments en bois s’érigent avec une rapidité étonnante. Des duplex et des appartements écologiques vont s’y trouver dans quelques mois. Les futurs-habitants s’affairent à la tâche avec un courage collectif sans égal. Là encore, un bâtiment commun à la quinzaine de foyer va contenir une pièce pour les enfants, un local de stockage et de réparation de vélos,…

Ça pourrait également être l’histoire de 2 grandes toulousaines en ville racheté par une SCOP qui louerait des appartements. L’intérieur serait aménagé de sorte que 5 ou 6 familles y cohabiteraient avec chacune leur espace de vie privée avec cuisine, salon, chambres etc… Le jardin intérieur serait un espace d’échange et de projets, un étage serait consacré à la communauté avec une cuisine, un salon, pourquoi pas un billard et une salle de projection, un lieu accueillant des évènements culturels. Mille et une choses sont imaginable pour sortir de la somme des foyers qui compose ce voisinage. Une autre manière de vivre plus ouverte sur le monde, des rencontres : entre adultes, mais aussi entre enfants et transgénérationnels.

En bref, la manière dont nous vivons est le reflet d’une société qui nous coupe les uns des autres. C’est pratique pour elle, quand le rapport au marché et à l’Etat défini l’ensemble de vos relations sociales, il n’y a plus rien qui dépasse. Quand chacun retourne chez soi, c’est la Télé la principale interlocutrice. Changer la société, c’est aussi changer nos modes de vies. Reconstruire la société, c’est refaire société au quotidien et réapprendre que mon voisin est mon semblable et non un parasite qui a des alloc’ que je n’ai pas.

 

Alors vous, qu’est-ce que vous en pensez ? Et si on vivait ensemble ?

Romain JAMMES

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Au Parti Socialiste, l’écologie n’est pas prête de réveiller les morts.

La journée ne commençait déjà pas très bien. Le temps était mot-rose et Toulouse tremblait déjà sous les pas des éléphants roses venus assister au congrès du parti socialiste. A peine levé, j’en avais plein les bottes de ces roses, et m’imaginer à regarder les socialistes se jeter des fleurs tout le week-end ne m’enchantait guère. Mais bon j’y suis allé. Sur la route, le climat était électrique, les gendarmes contrôlaient tous les laissés pour compte qui se rendaient à la soupe populaire juste à côté du parc des expositions. Je fus un peu surpris de croiser un camp de Roms que notre nouveau super-flic n’avait pas encore fait démanteler. (Alors, chut. Peut-être ne l’a-t-il pas encore remarqué.) Devant les portes, il y avait un peu de grabuge. Le service d’ordre refusait l’entrée à deux excités. Un peu interloqué, je décidais d’aller voir ces agitateurs pour me renseigner sur la situation. Ils m’ont alors expliqué qu’ils étaient venus pour interpeller les membres du Parti socialiste sur leur exclusion du parti. En fait, je n’en eus pas grand chose à faire. Je suis donc rentré pour me mettre bien au chaud. Mais quand même, pourquoi refuser l’adhésion de certains individus ? Alors que ce parti regroupe assez facilement des femmes et des hommes diamétralement opposés.

D‘ailleurs je fus assez surpris par le premier discours auquel je dus assister. Une petite femme rousse s’agitait du haut de la tribune et tentait d’interpeller ses camarades à propos d’écologie politique. Elle parlait de transition énergétique, de créer un service publique de l’eau, de sortie progressive du nucléaire et du refus d’exploiter le gaz de schiste. Mais que faisait elle au parti socialiste ? J’avais l’impression que personne ne l’écoutait. De la salle émanait un bruit qui aurait poussé au suicide le plus chevronné des instituteurs. Mes voisins de gauche faisaient des grimaces, alors que ceux de droite se gaussaient comme des crapauds. Cette femme avait bien du courage. Et du courage il en faut en politique pour faire avancer ce genre d’idées progressistes. Surtout dans ce parti composé d’hommes et de femmes qui considèrent encore le nucléaire comme une « filière d’avenir » et dont les élus délèguent encore la gestion de l’eau aux entreprises privées. Mais elle, elle ne flanchait pas et réclama avec force que le parti socialiste se lance dans un grand projet altermondialiste et écologique afin de construire une alternative concrète au capitalisme. « Mais où se croit elle, celle là ? Chez les Mélenchonistes ! » lança en rigolant mon voisin de droite. Moi, j’étais convaincu. Mais ce n’était pas le cas de mon voisin de gauche qui s’était endormi.

Cette femme, c’était Laure Pascarel, un véritable soldat de l’écologie politique oubliée des média. Et lors de l’entretien que nous pûmes obtenir, je compris tout de suite que je n’avais pas à faire à une hippie amoureuse des fleurs et des animaux mais bien à une militante écologiste de la première heure. Assise au stand d’Utopia, elle insista d’ailleurs très fortement sur le fait que la politique ne remplissait pas son assiette. Son engagement était sincère et ne connaissait pas de limite. La liste des associations dans lesquelles elle était engagée, était vertigineuse. Utopia, Attac, Resf et j’en passe, devaient bien remplir son agenda d’activité. Elle m’avoua naïvement qu’elle souhaitait « changer le monde ». Elle voulait notamment mettre un terme au pillage des ressources naturelles et à la destruction des écosystèmes qui mettent en péril l’humanité. A l’inverse de Claude Bartelone, pour Laure « la souffrance différée », c’était surtout pas la dette, mais l’emprunte écologique que nous allions laisser aux générations futures. Et pour cela, la mise en place d’un plan de transition énergétique était nécessaire. Et donc, pouvoir emprunter était une condition essentielle pour pouvoir financer la reconversion rapide de notre appareil de production.

Le problème c’est que le Parti Socialiste, en plébiscitant la motion « Mobiliser les français pour réussir le changement », à près de 68 % contre 13 % pour la motion de Laure, a fait le choix d’être « l’agence de com’ du gouvernement », et non de le pousser au cul pour obtenir de véritables avancées sur le plan environnemental. Au final, l’action de Laure lors du congrès fut à l’image des 5 clowns et des 2 militantes d’Europe Ecologie Les Verts venues chercher le changement à la fin du congrès, courageuses, grandiloquentes mais surtout inefficaces. La transition énergétique ne sera pas au programme et les militants d’Europe Ecologie pourront manifester tant qu’ils le veulent, ce n’est pas parce qu’on leur a laissé quelques postes qu’ils ont leur mot à dire sur la politique du gouvernement.

YAGOUBI Florian

Un octobre à Notre-Dame-des-Landes…

Elle squatte notre blog, mais au final on s’y fait. Claire, on finirait même par apprécier. C’est qu’elle a de très bonnes fréquentations cette femme là. Alors derrière ses sourires Hollywoodiens et ses nez rouges on fini par découvrir un personnage qui vaut le détour. D’ailleurs ses textes sont des petits voyages, alors laissez vous guidez et attachez vos ceintures : nous partons pour Notre-Dame-des-Landes.

Si vous avez les oreilles qui sifflent, c’est normal, c’est le changement qui décolle

Embarquement immédiat

Mesdames, Messieurs, bienvenue à bord ! C’est avec grand plaisir que je vous accueille dans notre tout nouvel airbus 444. Mon nom est Victoire et c’est moi qui vais vous accompagner tout au long de ce voyage.. Installez-vous confortablement dans vos sièges flambant neufs – et en matériaux recyclés évidemment, nous allons bientôt décoller. Ma collègue passera parmi vous dans un instant pour vous apporter de quoi vous restaurer. En attendant, j’aimerais vous rappeler que vous êtes dans un aéroport in-ter-na-tio-nal, un vrai hub au summum de la modernité, qui n’a été conçu que pour satisfaire vos besoins les plus exigeants. Je tiens à vous le rappeler parce que ça n’a pas été facile d’en arriver là, il a fallu venir à bout d’individus des plus enragés, qui s’étaient mis en tête de s’opposer au progrès.

Ces gens là ne comprenaient pas – je pense d’ailleurs qu’ils n’avaient tout simplement pas les capacités intellectuelles pour le concevoir – que notre salut résidait précisément dans la construction de cet aéroport. Ils nous expliquaient que l’on pouvait très bien se satisfaire de l’ancien aéroport de Nantes, comme si c’était raisonnable de se contenter de ce qu’on a déjà alors qu’on pourrait avoir plus grand, plus beau, plus fort. Je ne dis pas, il marchait bien cet aéroport, et c’est vrai qu’il n’était même pas utilisé à plus de 35 % de ses capacités, mais nos experts étaient formels, l’explosion de la fréquentation était imminente, c’était donc un vrai problème d’intérêt(s) général. Notre bien-aimé premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui était maire de Nantes à l’époque, l’avait bien compris et faisait tout son possible pour réduire au silence les vociférations insupportables de la poignée d’anarchistes qui s’opposaient absurdement au projet. De vrais déséquilibrés, je vous assure.

Écolos, Fachos ! 

Ils refusaient catégoriquement de contribuer à l’effort national pour augmenter la Croissance, et préféraient jouer dans leur coin à Bob le bricoleur, cultiver des légumes et fabriquer du pain. Vous comprenez bien qu’il était inacceptable de laisser cette cinquantaine de barbares moyenâgeux occuper inutilement des terrains aussi précieux pour l’avenir de notre pays. Les paysans, c’est bien, mais faudrait pas non plus qu’ils nous empêchent de vivre ! D’autant plus qu’il n’y avait pas que des agriculteurs. Ils avaient été rejoints par des vauriens, des squatteurs, qui prétendaient tenir à cette zone boueuse – soit-disant extrêmement importante du point de vue de la biodiversité. Tout ça pour quelques grenouilles, non mais vous vous rendez compte ! On ne s’appelle pas Brigitte Bardot non plus ! L’écologie, on en entend assez parler comme ça, on a des ampoules à basse consommation et puis on paie une taxe sur nos émissions de gaz à effets de serre, ça suffit pour préserver la planète, non ?

Le pire, c’était leur arrogance. Non seulement ils passaient leur vie à emmerder le monde, mais en plus, ils osaient nous donner des leçons sur la manière d’utiliser les fonds publics ! Un comble. On n’allait quand même pas gaspiller de l’argent pour soigner les pauvres – ou pire, les sans-papiers ! – ni financer des profs pour les sales mioches des banlieues ! De toute façon, c’était un faux prétexte, ces gens ne vivaient pas dans la réalité, ils n’avaient même pas la télé! Vous faudrait que vous lisiez la lettre sans queue ni tête qu’ils avaient envoyé un jour au préfet, pour mesurer leur état de folie. Selon eux, c’était nous les agresseurs, nous qui portions atteinte à la propriété privée, nous qui nous moquions de ce que nous allions laisser aux générations futures. Un vrai tissu d’inepties sans queue ni tête : que seraient-elles aujourd’hui, les générations futures, sans cet superbe aéroport ?!

La Guerre d’Octobre 

Si nous avons du subir ces affronts pendant trop d’années, c’est parce qu’à l’époque, on devait encore faire semblant d’être dans une « démocratie », et donc attendre les autorisations juridiques pour lancer l’assaut. Mais nous avons toujours maintenu une pression formidable pour les atteindre psychologiquement. Vous auriez du voir ça, présence policière plus ou moins pacifique, lettres d’expulsion et j’en passe. Eux répliquaient par quelques slogans peints sur de vieux draps, c’était ridicule. Et puis, en octobre 2012, on a décidé que ça suffisait. Il faut dire que la trêve hivernale allait bientôt arriver, et que ça aurait fait mauvais genre de les expulser après. Alors un beau matin, ce fut le grand débarquement dans la ZAD (Zone à Détruire) : 500 gendarmes mobiles, des hélicoptères, des bulldozers.. Quel spectacle grandiose ! Cette puissance, cette démonstration de force, c’était impressionnant, vraiment. Nos pseudo-rebelles faisaient pâle figure, je vous le garantis. On aurait dit de vulgaires petites fourmis qui s’agitaient en vain, tentant de repousser provisoirement l’inéluctable fin. Ah, c’est sûr qu’ils se battaient comme des chiens enragés. À force de vivre dans les marécages, ils étaient devenus coriaces !

Enfin tout ça est derrière nous maintenant. Quand j’y repense, j’en ai encore des frissons. On a vécu des moments intenses, inoubliables. Imaginez-vous, ils étaient là, à lancer des épis de maïs sur les forces de l’ordre! Mais vous pensez-bien qu’en face des gaz lacrymogènes et des tazers, ils ne faisaient pas le poids. Ils avaient beau construire des barricades, s’attacher aux toits de leurs cabanes, bloquer les routes, nous étions les plus forts, et les plus nombreux. Assister à l’avancée inexorable des bulldozers, voir les maisons s’écrouler une à une jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un tas de pierres fumant, ça n’a pas de prix.. On les a traqué jusqu’au bout. Tout a été massacré : les champs, les jardins, les habitations. Le plus jouissif, c’était de voir leur visage. Un mélange de haine, d’écœurement et d’impuissance. Ah, elle portait bien son nom, l’opération « César » ! C’était nous, les empereurs, les maîtres absolus du moindre carré de terre ! Tout nous appartenait, tout était à notre merci. Mais vous connaissez ce sentiment, n’est-ce pas ? Si vous êtes ici, dans cet airbus 444, c’est parce que vous faîtes partie de cette élite qui peut s’offrir le luxe de voyager en avion.. Allons, portons un toast : À la victoire du capitalisme financier sur l’outrecuidance de ces illuminés, sur l’insolence de leurs revendications et de leur lutte !

Claire Batailler

Note de l’auteure : Et si… on écrivait une autre histoire, tous ensemble 

http://lutteaeroportnddl.wordpress.com/

Est-ce que l’argent pousse sur les arbres ?

« Vous avez des amis ? Nous si !… Mais ils ont quand même un point commun avec vous : ils aiment bien notre blog. Alors dans notre grande miséricorde, on leur a proposé d’y écrire de temps à autre. Et vous savez quoi ? Ils sont plutôt bon. Voici donc la première invitée de l’Art et la Manière : Claire ! » Florian et Romain

DU BLÉ POUR SOULAGER VOS PETITS ENNUIS QUOTIDIENS

« C’est l’investissement privé responsable et venant du monde entier qui peut fertiliser la terre avec de l’argent – une fois l’environnement économique adéquat. Beaucoup de pays ont faim de tels investissements, et ces investissements peuvent aider à rendre la vie plus facile à ceux qui ont faim dans le monde. » 

Voilà les mots de conclusion d’un article publié début septembre dans le Wall Street Journal, signé par – oh, personne d’important – le Directeur Général de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). On appréciera l’extrême subtilité d’un texte transpirant l’altruisme et la générosité – quoi de plus noble en effet que de vouloir « rendre la vie plus facile » aux quelques 868 millions de gens qui souffrent de sous-alimentation dans le monde ?

 L‘heure est grave, mais heureusement le secteur privé peut sauver le monde. Bon, il faudra d’abord créer un « environnement économique favorable », mais après ça, plus rien ne devrait s’opposer à la disparition de la faim dans le monde, puisque comme chacun sait, lorsqu’on répand de l’argent dans un champ de blé, ça pousse plus et plus vite.  Il est donc urgent de faire disparaître la peur qui visiblement empêche les investisseurs de jouer sereinement leur rôle de super-héros. Qu’attendons-nous donc pour supprimer toutes les règlementations commerciales qui subsistent encore, ouvrir plus largement l’accès au système financier, et finir de libéraliser les marchés ? Puisqu’apparemment il existe des investissements privés « responsables », pourquoi nous en priver ?

Prenons peut-être un moment pour nous demander ce que peuvent être ces investissements irresponsables, qui semblent discréditer la capacité du secteur privé à remplir sa mission divine. Ça ne peut pourtant pas concerner ces multinationales, ces banques et autres compagnies d’assurance qui s’accaparent acquièrent chaque année des milliers d’hectares pour augmenter les rendements – aussi bien agricoles que financiers – et donc nourrir plus de monde ! Il est vrai qu’on raconte qu’en fait, ce serait pour pouvoir spéculer sur le prix du foncier, développer les agrocarburants, ou cultiver des denrées pour l’exportation au détriment de l’agriculture vivrière et familiale (comment ?! 75% des personnes souffrant de la faim dans le monde seraient agriculteurs ?!) Il est vrai qu’on raconte que ces firmes n’auraient pas d’autre intérêt que celui de faire plus de profits, sans se préoccuper le moins du monde de l’utilité sociale, écologique et sanitaire des cultures. Mais il ne faut pas croire tout ce que l’on vous dit. Puisqu’on vous jure que l’argent est le meilleur des engrais.

Claire B.

Les OGM : la surface de l’iceberg !

On est quand même dans un système bizarre. Il faut le dire, l’ingéniosité qu’on développe à faire des conneries me sidère tous les jours. Plus de limite. Certes parfois c’est utile, les grandes constructions humaines sont celles qui ont explosé les limites et les représentations. Celles dont on disait qu’elles étaient impossibles, rêveuses, utopiques. Mais honnêtement au regard du tableau général il y a de sacrés accrocs.

 

Le marché-roi

Et l’accroc qui fait mouche, c’est notre capacité à avoir tout soumis aux règles du marché : la planète entière (ou presque) déjà, mais toutes les industries, progressivement tous les services. Rien n’y échappe. Comme un poison létal le capitalisme s’immisce dans toutes les parcelles de la société. Il impose partout sa vision de la réussite, ses impératifs budgétaires, sa rationalité mécanique au service d’on-ne-sait-quoi, mais au profit d’une poignée bien identifiée.

Jusqu’aux espaces les plus contestataires, cette logique s’applique. Les services publics, qui avaient été jugés trop important pour les lâcher dans la fosse commune. Les relations humaines, qu’on coupe à l’aide de murs froids que l’on érige en divisant pour mieux régner. C’est la généralisation du contrat dans la vie quotidienne : le gagnant-gagnant. La rationalité du marché se totalitarisme, elle annihile la gratuité dans l’acte, d’une certaine manière, l’humanité… et la nature.

Les OGM

Rien d’étonnant donc, ces OGM. Pour un marché obnubilé par les chiffres de la bourse, l’imperfection du monde réel a un truc d’inconcevable. Devant un écran d’ordinateur, 1 et 1 font 2. Dans la réalité, il y a une part d’inconnu, on peut être seulement une part de prévisible. C’est ce qui la rend belle, en fait. De toute évidence, vouloir rationaliser la nature a quelque-chose de fou. Mais comme on parvient à tout soumettre à une règle stupide, pourquoi pas cela.

Les OGM sont la conséquence logique d’un processus économique et politique. Pour plus de profit, il faut que le monde soit parfait et surtout parfaitement structuré par le marché. La nature doit suivre ce long chemin de nos sociétés modernes. Mais c’est également le brevetage du vivant, le sacrifice de notre biodiversité ou la destruction de nos espaces naturels qui répondent à la même logique. Qui pouvait croire qu’une telle aberration était sans conséquence sur notre santé ? Soyons sérieux…

 

Les dernières révélations sur les OGM ne sont pas les premières. D’ailleurs le principe même de leur commercialisation massive avant ce genre d’étude est un assassinat. Mais c’est la surface visible d’un iceberg. Le marché sacrifie tout ce qu’il englobe, des usines qu’il démantèle aux êtres humains qu’il plonge dans une course meurtrière contre personne. C’est pourquoi aucune lutte écologique ne peut s’entendre sans une remise en cause (révolutionnaire) de ce principe. Ça identifie les imposteurs, et ce qu’ils s’apprêtent à voter. Dans quel camp êtes-vous ? À bon entendeurs.

Romain JAMMES

« DIY » Le crédo d’une culture émancipatrice

 

Longtemps posée comme instrument d’émancipation, la culture serait-elle désormais devenue un outil d’asservissement des masses ? En Mai 68, on assistait par l’appropriation de la culture, à la formation d’une intelligence populaire et collective orientée vers l’émancipation du plus grand nombre. Cette synergie artistique et politique permettait alors de penser les conditions du progrès social par nos propres moyens. Mais il suffit d’ouvrir un peu les yeux et ses petites oreilles pour finalement comprendre que la culture ne comporte pas forcément ce genre de caractéristiques. Transformée aujourd’hui en machine à cracher des billets, la culture est devenue une sorte de soupe que l’on nous sert sans bol. Sans limite, tout est devenu culture et nous voilà forcé de l’avaler. Le producteur et le consommateur étant bien séparés, le produit artistique, comme n’importe quelles publicités ou autres propagandes, doit répondre aux attentes des consommateurs plus ou moins ciblés, afin de tendre vers son objectif : « Make money money ». La culture est alors vidée de toute subversion et ne devient qu’un simple instrument de domination parmi tant d’autres. Et même dans le cadre d’un démocratisation de la culture, comme lorsque l’on a envoyé ma classe de première L à l’opéra, on se casse vite les dents. Il y a surement beaucoup de mes camarades qui n’y ont d’ailleurs jamais remis les pieds. Pourquoi ? Le prix, mais surement ajouté à l’éducation lié à leur milieu social d’origine, dans lequel on préfère souvent rester devant la télé à regarder des séries ou des films téléchargés gratuitement (je ne juge pas). Enfin de compte cultivé ou pas, la culture a un coût et nos pratiques restent toujours clivées par la taille de nos portefeuilles. Malgré tout, on a finalement réussi à arracher une grande part de la culture à son public bourgeois traditionnel, mais le combat ne s’arrête pas là. Tant qu’il existera une division entre producteur et consommateur dans les domaines culturelles, la culture de masse restera le vecteur d’une idéologie dominante ; que ce soit l’idéologie du parti nazi promu par le cinéma allemand de l’époque, totalement contrôlé par l’État en la personne de Joseph Goebbels, ou bien la promotion des idées machistes, libérales, xénophobes, consuméristes et j’en passe, promues par l’ensemble des médias appartenant aujourd’hui à des groupes industriels et financiers ayant tout intérêt au maintient de la société dans son état actuel.

 

Il nous faut donc penser à l’appropriation de la culture par les consommateurs eux-mêmes. Et tout ça, ne semble pas chose simple puisque la société nous place souvent, nous petit peuple besognant, en simple spectateur de nos vies. D’abord, on nous demande à l’école d’écouter et d’apprendre sans rien broncher, et plus tard de la même manière, on comprend bien qu’on s’est fait plumer par blanc bonnet pour que l’intervenant politique factice de BFM TV puisse nous expliquer que tout ceci est bien trop compliqué pour nous et que bonnet blanc avait déjà gagné les élections avant même qu’on n’ait eu le temps de voter. On mélange tout ça avec d’autres expériences du même type pour à peu prêt l’ensemble des classes laborieuses, et ça nous donne une belle société plongée dans une léthargie à en faire pâlir un paresseux. Tout ça pour dire que la liberté, c’est pas pour demain. Et pourtant, cette émulsion créatrice aux vertus émancipatrices est quelque chose que l’on voit parfois apparaître lors de simples grèves, où les militants commencent à fabriquer des trucs et s’organiser par leurs propres moyens. C’est dans ce genre de dynamiques que les gens se réinventent, sans même s’en rendre compte. Et c’est bien par ces brèches que nous pouvons enfin découvrir des pratiques artistiques et culturelles orientées vers une émancipation collective.

 

Une de ces brèches est d’ailleurs bien ouverte. Ainsi, poussé par les nécessités économiques, s’est développée une sorte de système D(ébrouille) collectif et informel proposant à tous d’être acteurs de son émancipation matérielle et intellectuelle. Le mouvement DIY « do it your self » (fait le toi même) navigue entre bricolage et activités artistiques et intellectuelles. Du potager collectif au blog de réflexion politique de deux fortes têtes, en passant par la création de l’album du groupe de Rap musette du quartier, ce concept, qui ne date pas d’hier, fleurit par l’ingéniosité d’une génération et les possibilités que lui a offert Internet. Prenant ses origines dans une des tendances du mouvement hippie américain, il explose à partir des années 2000 et se présente alors comme une contre culture, opposant au « Just do it » de notre société consumériste son concept du « fait maison ». Ce mouvement n’étant ni organisé ni réellement codifié, il ne subit que très peu de dérives sectaire et élitiste propres aux mouvements culturels underground. Ce qui a permis d’élargir le cercle à d’autres acteurs que les hippies mal lavés, les punks mal coiffés et les intellos situationnistes en mal de sensation (toute mes excuses aux personnes qui pourraient se sentir visées. J’adore les punks, les hippies un peu moins et je ne peux me dire situationniste). Et même si ce phénomène touche essentiellement les activités artistiques, il tend petit à petit à s’appliquer à l’ensemble des secteurs de la vie quotidienne, comme peuvent en témoigner le nombre de sites et blogs d’automédication (parfois douteux), d’artisanat, jardinage, etc … se réclamant directement de cette mouvance. Ces derniers sont en réalité de véritables modes d’emploi nous permettant de nous intégrer dans un système où nous devenons acteurs, faisant renaitre alors en nous le désir de s’instruire par soi-même, tout en se divertissant. Le manque de moyens pouvant paraître handicapant sur le début, il est en réalité une force nous obligeant à tisser des liens avec d’autres individus dans le but de partager savoirs faire, expériences et réflexions. Le principe impose alors une certaine forme de partage et de solidarité.

 

De cette manière, le concept du DIY a pour but de fonder une totale autonomie alimentaire, artisanale, intellectuelle et économique pour chaque individu s’y impliquant. Le principe de faire tout soi-même à partir d’objets de récupérations pose les bases d’une économie écologique, proposant une alternative à notre société de surconsommation et de gaspillage, qui apparaît aujourd’hui comme dévastatrice à la fois pour la planète mais aussi pour notre santé. Le bricolage qui en découle, ressemble plus souvent à du bidouillage. Pourtant il est à l’origine de nombreuses inventions très intéressantes, bien que méconnues, tel que le « bricophone », sorte de téléphone libre, ou les « machine à laver open source ». Ce réseau de production alternatif paraît ainsi comme salvateur pour nos sociétés, même s’il reste encore trop méconnu.

 

Pour finir, ce crédo semble être une des lignes directrices à suivre afin tendre vers une émancipation individuelle et collective. Notamment parce qu’il permet à chaque pratiquant de construire sa propre individualité, ou simplement parce que le partage et la solidarité est un élément moteur de ce système qui est par essence écologiste. Devenir nous même producteur de culture, d’informations et d’activités est donc une des conditions à remplir pour s’affranchir en partie du système de domination que nous impose nos sociétés modernes. Mais c’est aussi un moyen d’influer sur ces dernières, à condition de ne pas s’en exclure totalement. Enfin bref, même si nos actions ne sont pas glorieuses, ni spectaculaires, ce qui compte c’est ce que nous faisons et avec qui nous le faisons, il faut tout simplement essayer. Car penser que tout serait plié d’avance aurait des conséquences catastrophiques, et s’en convaincre tient en définitive de la paresse. Alors chèr(e)s ami(e)s et camarades si « le  changement c’est maintenant », ne l’attendez pas, « faites le vous même ».

 

YAGOUBI Florian

Archive : 2012, la fin de LEUR monde ?

Parceque ?

Je vous en parle assez régulièrement. Tous les 2 mois en fait. J’écris dans un petit magazine qui porte le doux nom de Parceque. C’est un joli projet de graphistes et d’amoureux de la plume que je vous conseille très fortement de bouquiner et encore plus fortement (avec menace tout ça tout ça…) de soutenir soit en achetant les numéros soit même en vous abonnant. Tout ça c’est possible depuis le site !

En attendant voici mon article pour le dernier numéro : La fin de leur monde ?

« De quel monde 2012 sonnera-t-elle la fin ? Celui dont IAM attendait la chute en composant cette chanson il y a quelques années ? Ce rêve dont on brise l’échine chaque jour dans la masse des média ? Ou peut-être de l’écosystème, aujourd’hui pris à la gorge par un système mortifère qui asservit de l’autre main l’humanité pour une poignée d’oligarques… Mais ne sont-ils pas grands parce que nous sommes justement à genoux ?

2012 est une année fatidique. Elle cristallise les tensions dans notre beau pays des droits de l’Homme depuis l’Armaggedon maya jusqu’à l’élection présidentielle. Une bonne cure d’obscurantisme nous attend donc car à bien des égards le carrefour de l’Histoire est truffé de faux sens uniques. Nous sommes au milieu de crises sans précédent. La crise économique, qui inonde nos ondes d’inepties libérales, et la catastrophe climatique dont l’origine n’est, au fond, pas si différente. Car quoi qu’on en dise, le slogan des manifestants de Copenhague, repris par Hugo Chavez à la tribune des chefs d’Etats, sonnait comme une vérité dans les conscience du monde entier : « Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé ».

Le bruit sourd qui gronde dans les rues pointe bien la cohérence d’un système qui marche sur nos têtes. La recherche absolue du profit mène à une course généralisée pour produire toujours plus et toujours à moindre coût. À payer toujours moins les salariés, écouler une telle marchandise devient un défi en soi. Le matraquage publicitaire et la multiplication des crédits le révèlent d’ailleurs à merveille. La vie de nos concitoyens se voit ainsi instrumentalisée et réduite à une somme de consommateurs sans conscience ni projet. La grande majorité de la population mondiale est asservie pour permettre à une poignée d’Occidentaux de vivre dans l’opulence. La production n’a cure non plus de son impact sur l’environnement, les déchets s’amassent, s’enfouissent et se jettent à la mer. Les lobbys du pétrole et du nucléaire mènent une guerre idéologique sans équiv alent pour conserver leur toute puissance sur le marché de l’énergie. Le greenwashing en prime, l’industrie de destruction prend chaque jour du poil de la bête et « le mangeur d’âme à chaque repas s’abreuve de nos rancoeurs » (Iam, La fin de leur monde, 2006)).

Comme un cercle sans fin, la boucle productiviste nous emmène vers un précipice. Elle phagocyte avec une efficacité étonnante toutes les mesurettes électorales qui font mine de se dresser comme des solutions miracles. Kyoto a accouché d’accord minimums, puis d’un marché des droits à polluer sur lequel la spéculation s’est jeté pour enrichir une caste de financiers. Copenhague n’a pas fait mieux, sinon mettre sur la place publique les désaccords géopolitiques qui entravent toutes les avancées écologiques. Le Grenelle de l’environnement n’a pas longtemps fait illusion et aujourd’hui même le premier parti à Gauche n’a pas le cœur à lier le système de production à la destruction méticuleuse de notre écosystème.

Pour autant consommer moins, mieux, produire autrement et engager une ré elle transition énergétique n’est pas un rêve d’enfant. L’illusion d’un horizon indépassable est en soi la première arme du système pour se considérer comme immuable. Seulement si les dominations sociales peuvent, d’expérience, durer des centaines d’années, le calendrier dans lequel nous projette l’écologie est tout autre. Aussi, comme je le disais, 2012 est une année fatidique. Ce sera la fin du monde si rien ne change, ou la fin de leur monde si enfin le peuple décide de faire prévaloir l’écosystème sur le profit.

C’est donc entre vos mains que tout se décide. Non seulement dans le bulletin que vous insérerez dans l’urne en avril prochain mais aussi dans votre capacité au quotidien à tenir tête à la marche de l’Histoire. Mettons un coup d’arrêt au libéralisme effréné, ne prêtons pas l’oreille aux faux-semblants, à ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent et qui ne cherchent qu’à nourrir leur petit feu sur leur petite popote. Votons et engageons-nous en mettant les deux pieds dans le plat car le changement n’attend pas les timorés…

Romain Jammes »