Ce court moment où j’ai cru que nous avions un Parlement…

Ô joie, ça y est Manu, t’as reçu l’oint de l’Assemblée pour faire toutes tes bêtises. Ça t’a demandé un peu de finesse pour convaincre l’autre oing, celui qui galbe les fesses confortables de nos députés. Toi l’homme qui voulait abattre les 35 heures et que la franchise poussait à abandonner le nom de socialiste, tu as gagné le vote de l’écrasante majorité de la gauche. Après tout, on a bien le droit de choisir son fossoyeur non ?

Pourtant un moment, on a cru à une étincelle de rébellion. Un petit élan de fierté… parce que franchement, il y a toujours un moment où c’est rasant de se faire piétiner la gueule… Où j’en étais ?… Ah oui, un petit élan de fierté ou une crise d’ado, bref, un peu de débat dans cette république moribonde… Que n’ai-je tu mes faux espoirs avant la douche froide.

1

L’Homme du président

Valls, c’est un grand solitaire. Il représente tout à fait cette nouvelle manière de prendre le pouvoir sur un camp politique. Avant, dans un passé pas si lointain et, sauf détail de l’histoire qui m’aurait échappé, dans la même galaxie, un-e militant-e gravissait tranquillou ses échelons, y compris d’apparatchik en participant quelque peu à sa construction idéologique et militante dans le jeu de courants du PS. Chacun avait son groupe qui s’active et essayait de prendre l’ascendant idéologique et technique dans les fédérations. Rocard a eu son courant, Dray a eu SOS racisme puis la Gauche socialiste avec Mélenchon, Hamont les MJS, Un Monde avance, etc…

Sauf que Valls, il ne représente aucun courant : il se représente lui-même. C’est ce qui explique la déculottée qu’il a pris aux primaires et sa capacité à être, au gré du vent, contre le TCE en 2005 mais ultralibéral quand il sent que le filon le mènera loin. Sauf que, passant bien dans les médias, notamment à travers ses prises de positions iconoclastes pour la gauche (autrement dit des positions très à droite) sur les questions de sécurité2 notamment (qui sont manifestement plus importantes que ce qu’on fout dans son assiette), il s’est fait une petite réputation sondagière. Voilà son unique légitimité, avec, éventuellement, Évry, ville qu’on lui a offerte gentiment pour qu’il arrête de faire chier tout le monde.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Parmi les députés, sa ligne poliétique n’est pas spécialement aimée. Au PS, c’est encore pire. Valls a donc simplement été imposé par Hollande comme un fait du prince.

Des gesticulations

Comme on pouvait s’y attendre, ça a montré des dents. Chez EELV d’abord, même si la majorité des parlementaires étaient favorables à entrer au gouvernement. Quelques positions de principe et une bonne opportunité ont eu raison de la stratégie jusque-là adoptée. On avait les prémisses sur le terrain avec les municipales, mais entre ses militants et leurs dirigeants, il y a un gouffre qui permet un éventail de positions impressionnant. D’ailleurs, si beaucoup de militants se sentent plus proches du Front de Gauche, d’emblée, les parlementaires rejettent l’idée de s’opposer au gouvernement. Le conseil fédéral nuance un peu plus, 83% ne veulent pas donner leur confiance à Valls.

Même chose à la gauche du PS, c’est un peu la panique. Le mec que personne ne peut supporter et qui est censé ne rien peser se retrouve Premier ministre. On fait aussi dans le rapport de force gentillet, une centaine de députés font les gros yeux, ça s’emballe un peu et de loin on croirait une petite révolution sur leassemblée nationale et colberts bancs solfériniens. Il y aurait de quoi, la politique menée par Hollande n’a rien à voir avec ce que le parti avait voté, mais bon… De loin.

De loin oui, parce qu’au final, l’élan de révolte s’est fracassé contre le mur du chantage sauce 5e République. Après environ… aucune concession sur le fond, 11 députés socialistes seulement finissent par s’abstenir, 6 EELV (et un contre)… On regarde le tableau et on finit par se dire : « tout ça pour ça », Filoche fait son quatrième ulcère en trois semaines. Bref, tout repart comme avant, mais en pire.

Made in 5e République

Un homme choisi par personne, et des députés incapables de s’y opposer. Je sais pas pour vous, mais moi je trouve le scénar très monarchie républicaine. Roh me regardez pas avec ces yeux ! Je découvre pas que le PS est converti à la 5e République, mais sa logique est poussée à l’extrême ici. Le Parlement n’a d’influence ni sur qui sera ministre, ni sur la ligne politique qui sera appliquée.

Et pour cause, qu’est-ce qui explique qu’aucun socialiste ne ce soit opposé ? Les idées de Valls n’ont pas molli. Rien pour les salariés, ou plutôt si, la promesse de déshabiller leur protection sociale pour arrondir leur fin de mois. Le salaire sera le même, mais la partie socialisée est réduite au profit de la partie individuelle. Le « pacte de responsabilité » déséquilibre encore l’édifice au profit du patronat, déjà 30 milliards promis. Les armes sont données à ceux qui voudront en finir avec cette redistribution de la richesse. La réduction des dépenses publiques s’accélère : 50 milliards annoncés sur tout ce qu’il est possible d’attaquer. Dix milliards rien que sur les collectivités, notamment en découpant à la louche les territoires sans prise avec la réalité.

Je m’étale pas sur le sujet. Le président a eu raison sur le Parlement sans changer une ligne de son axe politique et en mettant le moins rassembleur à la tête du gouvernement. Il en profite pour reprendre en main le PS, qui s’était déjà à moitié transformé en « agence de com’ du gouvernement ». L’impuissance de l’aile gauche saute à la gueule de tout le monde.

De son côté, EELV prend une douche froide. Soit ils sont au gouvernement et ne pèsent rien, soit ils sont en dehors et ne pèsent rien. La dépendance des parlementaires au PS est traînée comme un boulet, et de l’aveu même de Pompili, leur seule manière de mener le rapport de force c’est de menacer de sortir du gouvernement. Oh, zut c’est déjà fait. La politique made in 5e République, c’est aussi oublier que le peuple est un acteur politique, comme il le sera peut-être le 12 avril. Le rejet sous faux prétexte de la main tendue de Mélenchon isole EELV dans une position très instable d’entre-deux.

4

S’il fallait retenir une chose des derniers événements, c’est que le Parlement s’est fait écraser par la 5e République. Il a un moment levé la voix, comme s’il avait l’espoir que cela aboutisse à quelque chose, mais il est rentré dans les rangs comme le Sénat derrière Auguste.

Triste République qu’il faudra balayer au plus vite quand le souffle de la colère populaire fera exploser la prison symbolique qui l’enferme. Il faudra la balayer avant qu’elle fasse germer avec la complicité de la société du spectacle les nazillon qui saturent nos antennes.

Romain JAMMES

Après les urnes le pavé…

Allez, voilà, il me tardait de reprendre le clavier sous mes doigts excités par le manque. L’absence d’activité dans nos colonnes n’était pas un abandon ou un découragement. Vous commencez peut-être à me connaître. Simplement quand il faut être au charbon et que, malgré tous mes efforts, les journées n’ont que 24h, bien le choix est vite fait.

tumblr_n0xjr4dopS1qed11lo1_1280

Ma campagne

Ouais, c’est que j’étais en campagne. Et j’ai parfois un petit souci, c’est que quand je suis en campagne, j’y vais pas à moitié. C’est une espèce de mode de vie. Une fenêtre constamment ouverte dans notre système d’exploitation biologique… Comment on appelle ça déjà ? Ah oui, le cerveau.

Et bien il a fallu en user. Une campagne municipale, c’est déjà l’occasion de montrer que nos grandes idées ce n’est pas de la métaphysique. L’échelle locale est porteuse d’exemples incroyables et de logiques qui devraient s’appliquer à l’échelle nationale et internationale. D’ailleurs, quand certain-e-s maires socialistes savent prendre quelques mesures de gauche à l’échelle locale, tout cela s’évapore dès qu’il s’agit d’en faire une politique générale. Personne n’est parfait, si ?

La campagne a donc remué nos méninges pour donner du sens à tout cela. Les problèmes quotidiens ne sont pas que d’ordres municipaux. Nous ne sommes pas du genre à serrer les mains et tâter le cul des vaches, ou à promettre de refaire le trottoir dans votre couleur préférée. Avant tout, l’obstacle au bien-vivre, c’est l’austérité imposée par le gouvernement. Trouvons les remèdes locaux ! Gratuité, sur tout ce qui est possible, partout où c’est possible : pour les transports, pour l’eau indispensable à la vie et pour d’autres services publics. Relocalisons l’emploi en cessant cette course à la compétitivité et à la recherche de l’exportation de la production. Créons des circuits courts et locaux dans tous les pans de l’économie : de la nourriture des cantines publiques à la production d’énergie. Baissons les loyers en construisant et en réquisitionnant les logements vides. Construire, oui, mais pas n’importe comment. Pas ces quartiers dortoirs de bunkers à digicodes. Pas ces zones désertes de lien social et pourtant remplies de monde. Mettons de la culture partout et tout le temps, de la diffusion à la production car il n’y a rien de plus révolutionnaire que d’allumer l’étincelle de création qui sommeille en chacun-e de nous !

tumblr_n1zab6pAiq1qed11lo1_1280

Je m’arrête là. Le matraquage médiatique a transformé ce qui pouvait concrètement changer la vie des gens, en une espèce d’examen apolitique entre ceux qui ont plus d’affaires au cul que d’autres, et ceux qui sont censés être les sauveurs suprêmes, le FN. De tous les combats que je mène, l’arène politique est la plus dure, c’est celle où on prend le plus de coups car ceux qui tiennent les manettes sont prêts à tout pour ne jamais les lâcher. Ma campagne a été magique dans ses rencontres, dans le collectif que nous avons constitué, dans l’enrichissement intellectuel quotidien qu’elle a permis. Elle a été la plus dure car son sens a été noyé par la division, l’absence de débat et la désolation des nôtres.

Et pourtant…

Et pourtant pas de quoi s’en tenir à la ligne éditoriale officielle : débâcle pour la gauche, la droite en force, le FN triomphe. Le triptyque organise sciemment la disparition de l’alternative, largement aidé par les alliances à géométrie variable des directions communistes.

Nous devons reconnaître ce qui ne va pas. Dans les plus grandes villes, les scores ne sont pas mirobolants. Nous avons manqué d’audience, de clarté, peut-être de concret dans certains cas. Plus globalement, le tableau est loin d’être noir. 11% en moyenne pour les listes autonomes, 15% quand EELV en fait partie. Quand EELV est tout seul, sa moyenne est de 9%. C’est bien que eux comme nous, avons intérêt à ce rassemblement pour ne pas rester cantonnés à des positions minoritaires.

L’épreuve des faits donne raison à notre espoir : rassembler cette gauche allant des socialistes opposés à l’austérité jusqu’au NPA en passant par EELV. Cette alliance est possible et elle marche. Elle ouvre un boulevard à l’implication citoyenne qui n’a jamais voulu jouer les arbitres entre nous. De l’œil relativement neuf que j’ai en politique, la stupide division est ce qui conforte les socialistes les plus pourris le cul vissé sur leur fauteuil. À Grenoble nous sommes passé devant, à Rennes, notre poids est incontournable et oblige le PS à prendre des positions de gauche surprenantes. Dans de très nombreuses villes, la dynamique appelle au maintien et à la confrontation des idées jusqu’au bout.

tumblr_n13s2xubum1qed11lo1_1280

Des raisons d’espérer mais pas de triomphalisme, les positions des fascistes se renforcent, et la plupart des seigneurs locaux restent en place ou les échangent contre d’autres seigneurs gestionnaires. Dans les villes où nous prenons le bouillon, le PS en profite pour nous enfoncer, c’est normal. La bataille sera longue mais nos têtes sont dures et déterminées. Nous ne cherchons pas à marchander quelques places en échange d’une muselière, nous sommes libres et nous le resterons. Chaque victoire sera un point d’appui et montrera aux citoyen-nes désabusé-e-s qu’ils n’ont, cette fois, pas affaire aux pourris qui les gouvernent depuis 30 ans…

À nos postes de combat !

Romain JAMMES

crédit photo Askatom

Ce soir je rends ma carte…

Je ne vous parle pas tous les quatre matins de mon parti. Ce n’est pas que j’en ai honte, mais comme mon action et mes idées vont bien au-delà, j’essaye d’éviter le travers nombriliste qui caractérise beaucoup de militants. Pas tant de chez nous que d’ailleurs, vous savez, dans ces mastodontes qui pensent que la politique se résume à la vie de leur organisation.

1474541_589678874418498_1598144617_n

La politique, c’est un combat très dur. Il est très dur car il est au front, sur le champ des tirs nourris dès qu’une tête dépasse du rang. Il est dur parce qu’il est utile, parce qu’il bouscule et touche directement les places confortables de ceux qui nous confisquent le pouvoir. Il est dur et enthousiasmant, fait de hautes montagnes et de profondes vallées, comme un amour passionnel qui ne reste jamais en place.

Ma révolution fiscale

Ce dimanche on repartait au combat. Quand je dis « ce dimanche » ça veut dire, les semaines qui l’ont précédé. Les bonnets rouges monopolisaient l’actualité dans une critique réactionnaire de l’impôt. Un beau paquet cadeau tinté de patronat paternaliste, de députés UMP et les nazillons du FN en embuscade. Comme à son habitude, le gouvernement s’est couché, trop facile… Il n’a pas tenu une semainephoto 1er dec avant d’injecter quelques millions pour calmer les ardeurs.

Nous, nous ne voulions pas disparaître : la gauche, celle qui a autre chose à dire sur l’impôt que le « ras-le-bol » fiscal. Celle qui veut d’un impôt progressif, sans privilèges, sans niches, sans foutage de gueule des puissants qui copinent entre eux pour faire payer le plus grand nombre à leur place. Donc on se bat avec nos médias contre les rouleaux compresseurs audiovisuels, on va sur nos marchés, devant les bouches de métro, on frappe à des portes et on explique encore et encore.

Le jour-J le stress monte. Claire et moi décorons le camion que nous animons, dernière répétition des chansons, préparation de la playlist. Le car des Toulousains est arrivé tôt le matin. Les camarades ont collé des affiches tout le long du parcours dans le froid. La foule se rassemble doucement. On sait que rien ne va de soi. Un mouvement n’émerge pas tout seul, il faut d’abord que les gens le connaissent, qu’ils soient convaincus que c’est leur intérêt et que ça vaut le coup de se bouger le cul un dimanche. Dans l’océan de résignation que répand la politique de Hollande, chaque personne est précieuse.

La marche avance et le camion prend place, Claire et moi jouons notre rôle : chansons, danses, petites mises-en scène. Ça plaît, et l’énergie de la foule nous booste. Nous sommes derrière le carré de tête. À mesure qu’on avance sur le boulevard de l’Hôpital on prend conscience du nombre qu’on est. On n’en voit toujours pas le bout quand on bifurque au niveau 6d’Austerlitz ! Ma gorge se dénoue, le pari est réussi.

Derrière nous, le cortège de départ s’est fait déborder par des citoyens de partout. On voit au fond la banderole du Front de Gauche 31 qui s’est perdu dans la masse. Dans un autre contexte, ça aurait pu m’agacer. Mais la bonne humeur règne, une harmonie qu’on voit rarement dans les manifestations, une camaraderie qu’on croit presque tenir du bout des doigts dans les sourires complices, les regards tendres, les rires qui éclatent.

Quand je dois annoncer le chiffre j’ai le souffle coupé. Qu’importe la lutte arithmétique, là n’est pas l’important : on est bien plus que ce qu’on espérait ! C’est ça ma révolution fiscale, cette démonstration que notre camp est toujours prêt à se battre…

Coup de boutoir…

Sacré coup sur la gueule quand je regarde les infos après. Valls annonce 7000 participants. Le chiffre me fait rire quand je pense à la vue que j’avais quelques heures plus tôt. Mais je sais qu’il sera pris au sérieux, comme les chiffres « officiels » que la préfecture n’a pas le droit de donner d’après elle.

Ça fanfaronne un max, les socialistes se succèdent pour nous traiter de poujadistes… Eux qui ont brossé dans le sens du poil les « bonnets rouges » nous assimilent à un mouvement politique qui a fait émerger Jean-Marie Le Pen. Ces chiens n’ont plus de limites et les9 journalistes hochent la tête comme si c’était de bonne guerre.

La photo de l’interview de JLM tourne. Une photo avant la manif, avec une vingtaine de camarades pour faire le fond. Rien de très original, aucune manipulation, simplement un décor qu’on assume sur les réseaux sociaux. Mais rien n’y fait, les adversaires sont trop contents d’en profiter et de ressortir le refrain qu’ils vomissent à chaque fois qu’ils ont à parler de nous : « Vous n’êtes que 2 » disaient-ils en 2008 lors de la création du Parti de Gauche ; « Vous êtes un homme seul M. Mélenchon » crachait Cahuzac sur France-2 l’année dernière. Méprisants et corrompus… Mais ça marche, et moi, je vacille.

À bout de souffle

Arrêtons-nous un instant. Chère lectrice, cher lecteur… est-ce que tu sais ce qu’est la vérité ? Je me suis souvent posé la question. Est-ce que c’est quelque-chose qui existe, qui s’est passé ? Est-ce que la réalité a une existence si on ne la voit pas ? Du point de vue de l’humanité, ce qui existe, c’est ce qui est perçu. Ceux qui étaient là ont vu que nous étions plusieurs dizaines de milliers. Ceux qui étaient à leur fenêtre du boulevard de l’Hôpital, ou dans ce métro qui nous a salués en klaxonnant… ceux-là doivent savoir le mensonge qui se dessine derrière les chiffres de Valls.

Mais la vérité, ce n’est pas ça. La vérité c’est ce que le peuple croit savoir de ce qui s’est passé. Aux 100 000 personnes s’opposent les millions de témoins des moqueries constantes des médias de masse, les milliers de lecteurs des torchons qui expliquent sur tous les tons que c’était un échec. À ceux qui se sont arrachés pour ne pas que leur avis disparaisse dans l’océan de merde du débat politique, s’opposent ces belles personnes manipulatrices, qui en trois mots dénigrent l’essence du moteur démocratique.

4Je suis fatigué ce soir… fatigué de cette lutte. Usé de creuser à la petite cuillère ce que les autres remplissent à la pelleteuse. Abattu par le mépris qui frappe comme une enclume sur mes camarades et moi qui mettons tant de nous dans la bataille… Je veux m’évader dans un autre monde. Ne pas savoir, ne pas sentir, simplement me fondre dans les limbes. Parfois je veux prendre matériellement les armes, me dire qu’au fond la seule action efficace serait de leur coller une balle entre les deux yeux, ou un bon coup de batte derrière la nuque.

Ce soir j’abandonne, c’est trop dur. J’irai nourrir le marais stagnant de ceux qui n’agissent plus, je n’ai même plus envie d’y penser. Je suis déjà parti, loin, à jouir sans regarder l’après… Mon oreiller m’aspire, au revoir.

C’est un joli nom…

Ce matin je me réveille comme après trop de mauvais vin. Je patauge à demi-endormi jusqu’à ma salle de bain pour voir ma sale tronche. J’enfile quelques vêtements pour me réchauffer. Le café coule et fait émerger mes derniers sens.

La télé répète son refrain odieux. Éco-taxe, faits divers, inepties rageuses d’économistes libéraux qui en veulent toujours plus. On croirait des vampires assoiffés que rien n’arrête. J’aimerais qu’ils affrontent le regard de haine que je leur porte. Qu’ils osent tenir ces propos devant les conséquences des politiques qu’ils défendent. Les images d’hier reviennent à mon souvenir. Leur sourire narquois quand leur message est passé, leur satisfaction quand les mensonges font le buzz.1

J’enrage devant cet immonde Valls qui parle de racisme au moment même où il expulse à tour de bras. Je scotche sur ce débat inique entre deux députés censés être en opposition mais d’accord sur tout, l’un surenchérissant sur l’autre, à qui est plus austère, à qui saignera le plus la population, à qui supprimera le plus de fonctionnaires. Les journalistes font le joyeux deuil du repos dominical. Une ode à l’exploitation sans la moindre contradiction… Quelle horreur !

Je pense à tous mes amis de ce week-end, à leur joie de vivre, à leur lutte en chanson. Je pense aux slogans, aux « Résistance » qui à chaque fois frappent ma poitrine comme un défibrillateur. Je pense aux milliers de gens qu’on rencontre, au sens que la lutte donne à mon existence dans cette société qui me révulse. Je vois Claire et son bonnet phrygien, Manu et son sourire soulagé quand tout marche sur des roulettes. Je pense à ces femmes et ces hommes, plus vieux, qui affrontent Goliath depuis des dizaines d’années et qui étaient encore là dimanche. J’ai l’image de nos grands modèles qui ont offert leur vie à ce combat, qui n’ont jamais cessé, jusqu’à leur dernier souffle malgré les coups qu’ils subissaient encore et encore.

J’imagine la satisfaction de ces trous-du-cul quand un de nous lâche le drapeau. Depuis les carriéristes de l’UNEF qui m’ont traité de tous les noms avec condescendance quand j’étais étudiant jusqu’à ces fachos qui n’hésitent plus à agresser mes ami-e-s aujourd’hui.

Hier soir, j’ai rendu ma carte, ce matin, je la reprends et avec elle, le fanal de combat, toujours plus déterminé. Ils ne m’auront pas, ils ne nous auront pas. Je ne laisserais pas le champ de bataille aux pourris qui en tirent profit… Je comprends enfin, sûrement à ma façon, ces mots d’Aragon : « Je démissionne tous les soirs du parti communiste pour y ré-adhérer tous les matins. »

Il est 8h, la nuit a été courte. La journée sera longue, heureuse, combative… Je suis militant du Parti de Gauche.

Romain JAMMES

D’après une pas-si-vieille idée de mon ami Nathanaël !

Guerre de position et guerre de mouvement

Une guerre ?

Je sais pas pour vous, mais pour moi comme pour beaucoup de militants, la bataille politique est une guerre. On ne dramatise pas notre vie quotidienne, nous ne sommes pas des maquisards face à l’occupation ou des guérilleros fusillés par la guardia civil. Nous pourrions l’être, pour certain, si le contexte politique venait à évoluer. Nous nous battons avec les armes qui correspondent à la période. Du moins c’est ce que nous pensons.

1Pas de romance disais-je, mais une sensation tenace dans l’organisation de cette bataille. Le rejet, d’abord. Celui de cette société qui organise la misère de masse et l’opulence d’une poignée de parasites. Elle anime plus qu’un calcul rationnel qui nous conduirait à vouloir en changer. Elle attise notre rage et notre haine, nos tripes bouillonnent à nous serrer l’estomac, quand par moment ça fait trop.

C’est une guerre parce qu’elle implique des camps qui jouent les uns contre les autres, deux camps pour être précis. Si un camp baisse la garde, l’autre frappe. C’est la cruelle histoire du mouvement ouvrier montrant que la limite à l’exploitation c’est la résistance à l’exploitation. Rien ne tombe du ciel, tout s’arrache par le rapport de force. Chaque mètre de terrain est l’objet d’une lutte. Et la lutte est « continue » permanente ?.

Seulement voilà, s’il y avait une seule manière de faire la guerre, ce serait trop simple. À ma petite échelle j’y participe. Si le blog est une arme, c’est l’action avec mon parti qui matérialise ma place sur le champ de Mars. Et comme beaucoup d’organisations, surtout jeunes comme la notre, nous vivons ce fameux tiraillement entre guerre de position et guerre de mouvement.

La guerre de position

La guerre de position c’est celle qui s’installe et qui dure. Celle qui a fait trainer 14-18, qui ne devait durer que quelques semaines. Elle est faite pour le temps qui s’écoule 2lentement, pour les périodes de changements longs et progressifs. En politique, elle est appuyée sur des piliers indispensables à toute organisation : l’élargissement de la base sociale et la construction d’un réseau de terrain.

Cette assise est indispensable car elle crée de la solidarité concrète et doit ensuite lui donner une perspective politique. Elle permet à des femmes et des hommes d’incarner au quotidien partout cette autre société. Elle est faite d’associations, de syndicats, de journaux, d’élus locaux. Elle offre l’opportunité de faire un travail en profondeur dans les consciences.

L’histoire du mouvement ouvrier a montré tout l’importance de la structuration du mouvement ouvrier comme élément du rapport de force. Le PCF a adopté cette logique en intégrant ou en créant des réseaux, du secours populaire à la CGT, de la fête de l’Humanité aux journaux sportifs communistes. Sa base sociale n’a jamais été aussi large que quand ces réseaux étaient actifs et entretenus. Le parti jamais aussi fort qu’alors. On pourrait disserter sur les raisons de l’effacement de ce réseau mais ce n’est pas le cadre.

Allez, toute stratégie a son pendant négatif. Le revers de la médaille, ou le talon d’Achille selon son importance. L’énergie déployée pour entretenir le réseau est très importante. Il suppose également un certain nombre de compromis et l’intégration de certaines habitudes. Conserver des élus locaux suppose souvent des compromis avec les sociaux-démocrates par exemples. Militer dans un réseau de solidarité suppose qu’on le fait moins pour le parti dans l’immédiat : pour un rassemblement, une manifestation, un événement quelconque. Globalement, la force du réseau dépend aussi d’un certain maintien du système et s’appuie sur sa conservation à long terme en le changeant de l’intérieur. En somme, cette stratégie est à double tranchant car il faut parfois jouer le jeu pour conserver son influence quitte à être progressivement associé à ses mécanismes.

3

La guerre de mouvement

La guerre de mouvement s’appuie sur une autre dynamique : plus courte, plus explosive et moins prévisible. Elle pari sur une accélération de l’histoire qu’on remarque dans certaines périodes. 10 ans de régime renversés en 3 jours d’insurrection précédés eux même par quelques semaines ou mois d’une montée contestataire. Parfois c’est quelques années qui renversent soudainement des siècles de domination. Bref, l’histoire n’est pas un fleuve tranquille, elle ralentit, elle accélère, elle a toujours l’air trop lente pour les révolutionnaires. Cette guerre s’appuie donc sur plusieurs piliers : la rapidité d’exécution, l’adaptation au contexte, le mouvement permanent.

L’intérêt de cette stratégie c’est sa capacité à réagir à la contestation populaire. L’organisation qui la pratique veut être déclencheuse d’une défiance qui existe déjà. Être l’écho politique de revendications immédiates pour en faire une force révolutionnaire. Les exemples des derniers mouvements de contestation, en Europe, au Maghreb ou en Amérique Latine montrent des mouvements déclenchés à partir d’une étincelle presque inoffensive en dehors de son contexte. L’immolation de Bouazizi sans le contexte de défiance général ne débouche pas sur une vague de révolutions. Ces 4 précaires au Portugal qui 4appellent à un rassemblement monstre n’auraient pas eu cet impact sans les tensions exacerbées à ce moment là ? Pareil pour les quelques jeunes restant sur la Puerta Del Sol ou le réaménagement d’un parc à Istanbul.

Ces mouvements ce sont fait en dehors des cadres existant censés les accueillir. Pourtant les réseaux de solidarité et les structures communistes existaient alors mais avaient trop intégré la logique institutionnelle pour faire écho à la défiance populaire. La guerre de mouvement suppose que c’est ce qui se passera inéluctablement en France. Elle ne se contente pas de l’attendre : elle veut la provoquer en bousculant les symboles du régime comme les médias.

Le revers de cette médaille ? Cette stratégie est très énergivore. La puissance qu’elle peut avoir dépend de l’implication militante. L’organisation se prive d’une partie de l’outil institutionnel pour le contester en cohérence. Sa base sociale peut être réduite et en décalage avec celle de la population. Elle est fragile car elle s’appuie sur des symboles pour palier à son manque de présence dans les réseaux de solidarité. Bref, elle n’est pas faite pour durer…

5

Où en est-on ?

Le PG a été créé comme une organisation qui bouscule. Elle bouscule le système et ses valeurs, elle bouscule le PS qui les défend, elle bouscule le PCF dans ses habitudes. Cependant, si l’énergie abondante de la perspective de la présidentielle, puis la présidentielle elle-même, ont permis de maintenir le mouvement à marche forcée, la suite pose un certain nombre de difficulté. Le PG n’est pas centré sur lui même, il néglige sa structuration interne car il capte toute son énergie vers l’extérieur. Il préfère l’organisation d’événements visibles et frappants au dépend du travail de fourmis et de réseau. Mais des questions se posent…

Nous sommes tiraillés par la transition de notre modèle stratégique. Nous ne voulons pas de ce pied dans le système qui ferait de nous des conservateurs comme certains communistes. Nous ne voulons pas non plus d’un parti d’avant-garde éclairée qui flotte au dessus de la réalité et fini par se dissiper comme la fumée d’une cigarette. Nous voulons être le poil à gratter qui provoque la crise de nerf, celui qui s’accroche contre vents et marrées. Nous voulons être subversifs, pas gestionnaires plan-plan d’un rapport de force pour conserver un pallier d’influence. Nous voulons être prêts quand le moment sera venu pour offrir autre chose au monde que le fascisme quand les cadavres du système auront été soufflés par la colère populaire.

Je ne veux pas qu’on perde notre subversion, mais je trouve qu’un travail d’ancrage avec la réalité est nécessaire. C’est la condition pour que le PG cesse de marcher sur des sables mouvants. C’est ce qui peut nous permettre de retomber sur nos pieds si jamais notre analyse de l’accélération de l’histoire se révèle fausse. Mais ça c’est un autre débat.

Romain JAMMES

6


Quand est-ce que tout ça a basculé ?

Les événements de ces dernières semaines sont lourds de sens. Je suis plutôt un gars optimiste. C’est peut-être ça qui me fait tenir. Mais là j’avoue que j’ai la frousse. Tout arrive. J’ai les j’tons, mais aussi beaucoup de colère. Optimiste, ce n’est pas naïf, et si j’avais perdu toute illusion de voir l’oligarchie, et sa couche de protection médiatique, combattre les fascistes, j’ai pris comme une claque dans la gueule leur attitude depuis la mort de Clément Méric.

3

« Nous irons cracher sur ta tombe »

Si cette déclaration avait été faite, elle aurait le mérite d’être sincère. Tout a été déchainé après ce meurtre. Plus que j’aurais pu le croire. Il n’a pas fallu longtemps pour transformer les coups mortels en rixe de faits divers ou en baston de comptoir qui a mal tourné. L’industrie médiatique nous a sonné le refrain des extrêmes qui se rejoignent. La bouillie merdique sans argumentation, balancée par petits ou grands bourgeois dociles et bien sapés. Leur maquillage propre et leur sourire satisfait, on aimerait les voir froissés à coup de latte en pareille occasion. J’enrage qu’on soit plus civilisés qu’eux.

Au fond le message a été clair. 2 bandes de merdeux se tapent : « jeux de main, jeux de vilain » dit Minutes, il a « provoqué et perdu » renchérit Zemmour. Qu’un nazillon ait buté un1 mec à cause de ses idées ça n’émeut pas les chiens de garde. Dans la foulée, les victimes sont mises dos à dos. Même violence, mêmrméthode. Les extrêmes c’est pareil, si ! C’est m’sieur Copé qui l’dit voyons. Enfin toute une ribambelle de connards avec. Au fond ce sont les mêmeS, comme Mélenchon et Le Pen tiens. Une thèse si peu contestée qu’elle fini par s’imposer comme un évidence à tout un arc politique. Faut dire qu’elle arrange pas mal de pourritures.

La pilule, forcément elle est pas évidente à faire passer. Donc tant qu’à y aller au marteau piqueur, autant inviter le président du groupe d’assassin pour défendre sa cause : Serge Ayoub. On lui tire des portraits romanesques, histoire de rappeler qu’au fond, c’est qu’un brave type qui défendait ses idées (certes un peu folklorique mais bon). Ça pue l’opération de rédemption. On en profite pour ôter tout soupçon sur le lien entre ces enfoirés et le FN. Qu’on fournisse des images qui disent le contraire, parfois issues des mêmes médias, n’y change rien. (Une mention du petit journal qui a fait le boulot cette fois ci). Barbier l’affirme avec aplomb, Le Monde fait semblant de ne pas savoir, et personne ne reprend la mère Le Pen ou Philipo quand ils nient l’évidence. Bref, un tweet de Mélenchon, ça indigne plus la presse que le lien étroit entre le FN et des organisation néo-nazi.

Manquerait plus qu’on dise que c’est de notre faute ! Ah bah vous savez quoi ? C’est ce qu’ils ont fait. L’ouverture du bal elle est de bonne guerre : c’est Serge Ayoub lui même qui accuse Mélenchon. Allez, ça on s’y attendait. Mais quand plusieurs journalistes reprennent la même analyse c’est autre chose. L’histoire commence à avoir un goût amer. Bientôt Vichy ce sera la faute du Front Populaire, ou Hitler de Rosa Luxembourg.

4

Un sondage qui passe par là

Mais au fond, c’est pas comme si on était pas prévenu. On y a le droit depuis un moment du marche pied médiatique de la Le Pen. Le dernier en date est un exemple du genre. Un cas d’école comme on dit : le sondage sur les européennes !

Bon déjà, faut se dire entre nous que c’est de la daube ce truc. Ça vaut rien, nada, quedal, même pas un ticket restau ! Pourquoi ? Bah un an avant l’élection, avec un contexte politique qu’on ne connaît pas, des candidats qu’on ne connaît pas et une méthode de plus en plus douteuse tellement ils galèrent pour avoir des réponses, on peut se poser des questions. Le taux d’abstention ? On en sait rien. Les votes blancs ? On en sait rien. Bref, on sait rien du tout mais faut quand même le vendre. Donc on a des super commerciaux… euh des journalistes pardon… qui font le job.

Alors on prend nos ptites lunettes et not’ croyons pour y voir plus clair. Evidemment, il faut comparer avec la dernière échéance nationale, sans bien sûr oublier les dernières européennes pour pondérer mais bon…Le PS dégringole (15%), l’UMP aussi mais moins (19%), le FN prend 0,5% (18%), le FdG 4 points(15%). Des faits marquants ? Le FN 2e force passe devant le PS qui est à égalité avec le FdG.5

Alors vous qui êtes des citoyens éclairés qu’est-ce que vous titrez ? Moi je dirais : « dégringolade du PS » ou « La droite et l’extrême droite en tête », si je suis globalement de gauche « basculement à gauche » et pourquoi pas « Le FN 2e aux européennes ». Mais quand l’unanimité des titres se font autour de la « percée du FN » pour une augmentation somme-toute assez faible, il y a de quoi se questionner non ?

Là encore, on en est pas à la première. Le FN dans les médias, c’est Alice au pays des merveilles. Les journalistes gobent tout sur parole. La mère facho dit « je fais du social » les titres répondent à l’unisson, elle dit « regardez lui c’est un ancien coco qui est venu chez nous » le journaliste fait des grands yeux et écrit sa dépêche. C’est simple, on se demande parfois si les fiches de com’ que l’équipe de Le Pen lui fourni ne se retrouvent pas fortuitement sous les yeux de médiacrates. Le 1er mai est effarant à ce niveau. Les mobilisations ridicules des frontistes sont autant sinon plus couverte et encensées que celles des travailleurs. Sur BFM on aurait cru que c’était le grand soir à 3000 devant Jeanne d’Arc et la bérézina 10 fois plus l’après midi. Bref, la réalité de la mobilisation des syndicat, cette année, c’est pas de la folie, mais franchement, au FN c’est la débandade complète.

Là où le bas blesse c’est qu’ils n’ont pas besoin de cette mobilisation pour faire un score. Qui n’a pas de canton vers chez lui avec un candidat FN sans visage et sans militant mais avec un bon score ? Alors pourquoi ?

La bonne question

Pourquoi, c’est la bonne question, et tous les militants de gauche se la posent. Il y a la recette qui fait consensus. Une dose de désarrois politique liée à ce que les dirigeants ont montré leur impuissance (volontaire) devant le rouleau compresseur libéral depuis 20 ou 30 ans. L’uniformité du discours économique agace, et à la longue c’est un rejet épidermique de la politique qui s’accroit d’autant plus avec les affaires de corruption dont les Tapie/Cahuzac/Guéant sont les derniers fruits.

Dans cette recette, il y a aussi la désertion des services publics dans les quartiers populaires, les campagnes et certaines zone péri-urbaines. Il y a le manque de politique d’intégration, les ghettoïsations et la désastreuse politique de la ville dans son ensemble des années durant.

À cette recette s’ajoute la casse des digues politiques entre la droite et l’extrême droite. Durant ces années du pouvoir, la droite a fait peser les difficultés économiques et sociales à différentes catégories de la population : jeunes, immigrés, fonctionnaires, assistés, chômeurs,… Certains cumulant les « tares ». Un réveil d’une vieille méthode qui, ajoutée aux relents sécuritaires électoralistes, n’a pas tardé a donner un boulevard idéologique aux idées fascisantes. Le drame, c’est qu’une partie la gauche a plongé aveuglement dans le jeu. François Hollande a déclaré qu’il y avait trop d’immigration économique, et la politique d’expulsion de Valls accentue encore les chasses à l’homme intolérables. La simple équation immigration = chômage devient un refrain général qu’on entend sur toutes les ondes, y compris de la bouche de journalistes et de présentateurs.

2

Plus polémique encore, l’utilisation du FN par le « parti dit sérieux » (comme dirait nath). Faute d’avoir des idées mobilisatrices, depuis 2002, la peur du retour de Le Pen au second tour, et celle de revoir la droite l’emporter avec éclat, est un argument d’autorité brandi par le PS. En plus simple on appelle ça le « vote utile ». Expression qui révèle un soupçon de mépris des électeurs, de la démocratie et de toutes les autres forces de gauche. Ah ces socialos, ces poètes. En conclusion, plus gros le méchant est, plus on en a peur. Et quand le vendredi avant le 1er tour des présidentielles de 2012, Libé fait sa UNE sur Le Pen, ce n’est pas autre chose qui se passe.

Enfin, accompagnant la banalisation politique ET médiatique des idées lepenistes, le trait égal tiré à longueurs de colonnes et d’analyses par les élus PS, UMP, MODEM, parfois même EELV, et par l’industrie médiatique, entre Mélenchon et Le Pen, plus largement entre le Front de Gauche et le FN n’est pas sans conséquence. Au delà de l’insulte au courant politique que nous sommes, l’immonde blessure personnelle que cela doit être pour Mélenchon, c’est d’une inconscience folle et ça fini de dire aux yeux du monde que Le Pen est comme les autres. L’étape d’après, avec la diabolisation de Mélenchon ces derniers mois, c’est de faire de cet homme quelqu’un de pire que la mère facho. Par extension faire du courant politique auquel il appartient un danger plus important que celui des fachos. Mieux vaut Hitler que le Front Populaire (2 point godwin non ?).

 —

Le tableau n’est pas beau à voir hein ? J’ai la frousse comme je vous disais au début. J’ai la frousse mais surtout je me pose maintenant cette question, un peu comme si c’était trop tard. La même question que les maquisards ont du se poser un jour.

Quand est-ce que tout ça a basculé ?

Romain JAMMES

Amnistie sociale : libérez-les ou condamnez-moi !

a1

L’Amnistie pour avancer

Non, l’amnistie des syndicalistes ne vous permet pas de casser la gueule à quelqu’un si vous avez votre carte à la « Cégète ». Ça a l’air d’une évidence mais des demeurés en sont persuadés. Il n’y a aucune autorisation ni aucun appel d’air. Les citoyens acteurs des mouvements sociaux ne sont ni des enfants qui cherchent à tester l’autorité parentale, ni des bêtes enragées qui vont sauter sur tout le monde une fois sorties de leur cage. Ce sont des êtres humains qui se sont battus pour leurs droits.

L‘amnistie, c’est simplement reconnaître les mouvements sociaux comme participant au processus démocratique. Quand la société fait reculer la liberté ou l’égalité, ils résistent pour les sauvegarder. Quand les institutions tardent à accorder des libertés ou à reconnaître l’égalité, les mouvements sociaux sortent des cadres et bousculent les conservatismes. L’amnistie c’est reconnaître la légitimité d’actes faisant écho aux valeurs de notre société face aux lois parfois liberticides, oppressives et sécuritaires. Ceux qui l’assimilent à une légalisation des violences aux personnes méconnaissent, nient ou combattent toutes les formes d’action collective auxquelles ils doivent leurs droits. Confits de supériorité, ils sont souvent les chaînes qui empêchent la société d’avancer.a2

Non, l’amnistie, ce n’est pas un pardon. On pardonne les fautes, ce n’en sont pas: ce sont des exploits, des exemples pour nous tou-te-s. L’amnistie, c’est dire merci. C’est se placer dans un camp, en l’occurrence celui des exploités, rejetés, humiliés par une poignée d’oligarques dans un dogme ultra-libéral et dans une volonté névrosée d’accumuler une quantité folle d’argent. C’est reconnaître en conséquent la violence de la société qui frappe et détruit des familles entières. Amnistier c’est pardonner, pour ceux qui sont de l’autre côté de la barricade, ceux qui veulent ménager le loup et l’agneau mais préfèrent rester du côté où ça mord le moins.

Bousculer une société implique de bousculer ses règles, en particulier celles qui noient la subversion dans un esprit de repli. Des révolutionnaires de 1789, à Rosa Parks, de la Commune de Paris à Gandhi ou Mandela, ce qui fait progresser la société empiète sur ses règles.

Libérez-les ou condamnez-moi !

Ne pas amnistier serait un message envoyé à ceux qui comme moi ont combattu pour leurs droits. Ceux qui ont eu la chance de ne pas finir sous les coups de la loi alors qu’ils savent très bien l’avoir violée de nombreuses fois. Alors si a3vous ne libérez pas mes camarades de leurs peines, condamnez-moi aussi !

Condamnez-moi pour avoir bloqué illégalement mon université en 2006 et 2009, l’avoir rendue inaccessible à coups de barricades de chaises et de chaînes humaines. Condamnez-moi pour avoir occupé sans autorisation les locaux, nuit et jour, pour y avoir interrompu ou empêché la tenue de cours. Enfermez-moi pour avoir bloqué l’accès à la tour Eiffel avec des centaines de compagnons de lutte, pour avoir envahi les quais de la Gare de Lyon ou le siège du MEDEF de mon département. Condamnez-moi pour avoir ouvert des péages, pour avoir aidé des lycéens à bloquer leurs établissements et pour avoir empêché la parution du Journal La Tribune. Poursuivez-moi pour manifestations sauvages, pour insultes aux forces de l’ordre avec nos « grosses matraques, p’tites bites ! », pour avoir repoussé avec de nombreux autres les lignes de vos boucliers menaçants. Condamnez-moi pour avoir aidé des sans-papiers, pour avoir menti sur mon identité en contrôle policier.

Alors nous saurons enfin qui vous êtes et vous ne connaîtrez plus de repos. (C’est une menace !)

Romain JAMMES

Le SAV de l’affiche sexiste du métro à Toulouse

Ah ça m’agace. Ça y est j’ai le majeur qui me démange, et encore je suis gentil. Le féminisme est un combat peu partagé dans notre société. Bien moins qu’on ne le pense. On s’en aperçoit quand on en vient à creuser, même à peine, le sujet. Je dis creuser mais il suffit de gratouiller le point obscur pour que le ballon de baudruche éclate chez la plupart des hommes (mais chez les femmes aussi et oui !). Bref, c’est une sensation aussi agréable que de se retrouver seul au milieu d’un champ de mines. Mais ça nous donne aussi assez de niac pour se lever le matin dans l’espoir non dissimulé d’émasculer qui de droit.

sexisme

Je vais donc vous raconter l’histoire d’une petite lutte banale contre le sexisme qui a porté ses fruits mais interroge beaucoup sur la ville de Toulouse. Elle interroge un responsable marketing Jean-Sébastien Grelet-Aumont (non, on ne juge pas les noms de merde comme ça ! Ah zut trop tard…) mais aussi des militants qui se sont fait embarqués dans cette histoire sans être vraiment impliqués dans les luttes féministes. En gros, quelques mises au point s’imposent. Ca tombe bien : les poings, on adore ça !

Pourquoi cette publicité est sexiste : le contexte ?

La question a le droit de se poser. Enfin, disons que quand on le demande gentiment, on a le droit à une réponse gentille. Par exemple : « Pfff mais n’importe quoi, c’est quoi ce puritanisme réac’ ! Ça n’a rien de sexiste, faut pas crier au loup pour un rien. » Ça, ce n’est pas ce que j’appelle demander gentiment. C’est une pratique assez répandue communément appelée « faire étalage de son ignorance ». Je n’ai pas dit « stupidité », pourtant, je le pense. Ah flute, je l’ai dit !

Alors, revenons-en à nos moutons. Si cette affiche est sexiste c’est tout d’abord qu’elle s’ancre dans un contexte (« bah oui logique » aurait dit Bourdieu). Le contexte en questionsexisme1 c’est que nous vivons dans une société dont la culture dominante réduit constamment les femmes à leur physique. Ça s’apprend très jeune évidemment. Les petites filles sont élevées à prendre soin de leurs cheveux etc… On leur dit beaucoup plus facilement qu’elles sont très belles, quand on va davantage insister sur la débrouillardise, ou l’intelligence de leurs homologues masculins. Dans sa scolarité, une femme va être davantage orientée vers des filières littéraires et artistiques car elle est naturellement (lol) sensibilisée au « beau ». Même quand elle poursuit des études scientifiques, elle va souvent se réorienter dans le supérieur. La réussite professionnelle d’une femme est très souvent associée à son physique ou à sa capacité à l’utiliser : le fameux « Si elle est là c’est parce qu’elle a couché avec le boss ! »

La beauté chez une femme, c’est la principale valorisation sociale. D’ailleurs c’est aussi une valorisation sociale pour son partenaire. À l’inverse, un « bon parti » est quelqu’un de doué, d’intelligent et de riche, là pour entretenir la femme irrémédiablement mineure toute sa vie. D’ailleurs, la plupart des hommes, que ce soit lourdement ou non, vont s’appuyer sur le physique pour draguer. J’ai rarement entendu des « Hey mademoiselle, il est chanmé le bouquin que vous lisez ! »

Bref, ces quelques exemples servent à montrer qu’on demande bien plus à une femme d’être un physique qu’à un homme dans notre société. C’est dans ce contexte de matraquage culturel et très réducteur pour la femme que s’ancre cette affiche. Et elle y participe même !

Pourquoi cette publicité est sexiste : l’utilisation du corps ?

Cette affiche y participe parce qu’elle réduit, elle aussi, la femme à son physique. La publicité concerne une salle de sport. La femme est nue, assise et passive. (Ça arrive évidemment à tout le monde d’être nu, passif et assis dans une salle de sport.) En gros le message, c’est son corps, d’où la réduction. Le fait qu’elle soit nue participe à une pornographication quotidienne et générale des femmes quand on les représente. Je ne vois pas en quoi le fait qu’elle soit habillée aurait changé l’idée qu’elle puisse être bien dans son corps malgré ses « rondeurs » (je reviendrais sur ce point).

sexisme 2

En somme, cette affiche utilise le corps de la femme en question comme n’importe quelle publicité racoleuse qui va montrer un bout de sein ou de fesse pour vendre une voiture ou des flageolets.  C’est une utilisation marchande du corps qui associe le corps lui-même à une marchandise. Ce genre d’affiche fait sens dans une chaine où l’on trouve à un bout les actes les plus anodins du commun des mortels et à l’autre la prostitution, le viol et les diverses violences faites aux femmes.

Est-ce que les formes « girondes » de la femme y changent quelque-chose ?

Je reviens là dessus puisque c’est un des arguments utilisé par le publicitaire (Oui les publicitaires ça ose tout). Évidemment, c’est un homme, et un homme qui a sûrement cru être original en foutant une femme nue sur une pub ! C’est du jamais vu comme vous le savez bien. Bref, pour justifier cet acte de fainéantise intellectuelle, Jean-Sébastien Grelet-sexisme3Aumont invoque les formes de la femme. Elles seraient « girondes » (non rien à voir avec ces cons qui sont tombés dans la Garonne) et donc transmettraient l’idée qu’on peut être bien dans son corps et l’assumer (surement grâce à la salle de sport en question).

Ce qui est choquant au prime abord, c’est que, du fait que cette femme ne soit pas anorexique, elle est censée représenter les grosses. C’est un peu lourd. Par ailleurs, je ne connais pas une théorie féministe qui dit qu’on peut utiliser l’image du corps d’une femme n’importe comment si elle est grosse. Wake-up ! Il s’enfonce le pauvre.

Pourquoi, si c’était un homme, ça ne serait pas pareil ?

Autre connerie, pensant atténuer le caractère sexiste de la campagne publicitaire. Le directeur Marketing rappelle à la fin de cet article que pour la prochaine, ce sera un homme. Bon évidemment, ça m’enchante pas particulièrement de voir des gens à poil sur les murs du hommetro-mé, que ce soit un homme ou une femme. Enfin ça m’enchante pas d’y voir des pubs tout court d’ailleurs. Mais néanmoins cette précision mérite une réponse…

Les hommes ne subissant pas tout ce contexte de domination masculine, faire une telle affiche ne fait pas écho à une culture qui s’est immiscée dans tous les compartiments de la société. C’est comme faire un rappel de couleur sans avoir déjà la couleur de portée. En somme, ce n’est pas une bonne chose, mais la signification est très différente. ON ne peut pas contrebalancer une telle pratique pour une femme en faisait subir le même sort à un homme.

Comment on lutte contre ces âneries ?

La bonne et vraie question est là. Face à ce matraquage constant, qu’est-ce qu’on peut faire ? Si on n’a pas le pouvoir (bon c’est le cas de la plupart des situations), des actions comme celles menées par le Front de Gauche peuvent servir de prise de conscience et au pire, limitent l’exposition de cette publicité (puisqu’elle a été retirée). Toute forme de mobilisation est bonne à prendre (sauf à se mettre soit même nue mais c’est un autre débat).

Si on a le pouvoir à l’échelle locale, des critères sur les publicités sont tout à fait envisageables, même à l ‘extérieur sur les panneaux qui sont des espaces qui demandent une autorisation de la mairie. Enfin, si on a le pouvoir à l’échelle nationale (comme certains qui se disent féministes), on peut faire une loi contre le sexisme, qui condamne cette discrimination avec la même force que le racisme et se bat pour renverser la culture dominante en commençant par l’école.

Une mesure d’urgence ? Interdire toute femme dénudée sur les publicités. Pas de tergiversation ! Ce qui est en jeu, ce n’est pas la pudibonderie de quelques-uns, c’est un système patriarcal qui tue tous les jours. Alors osons !

Romain JAMMES