Adresse à José Bové.

FRANCE-GREEN-AIRPORT-BOVE-JUSTICE

Salut José, tu permets que je te tutoie ? On ne s’est jamais vu, du moins tu ne m’as jamais vu. Mais on a partagé tant de combats que j’aurais du mal à ne pas te considérer comme l’un des nôtres. Mes premières idées politiques, je te les dois. Pendant mes vacances à Millau quand j’étais encore gamin, j’entendais mille légendes sur tes actions, je voyais sur la route des messages demandant ta libération. J’ai vite partagé ce goût des produits de l’agriculture paysanne que tu représentais alors pour moi.

Le démontage du Mac Do de Millau a longtemps été un symbole pour l’ado que j’étais. Le symbole d’une forme de résistance qui me touchait, celui de ce que cette malbouffe n’était pas une fatalité et avait ses détracteurs. Une pointe d’espoir face à l’impérialisme américain qui me paraissait écrasant.3

En 2007, je votais pour la première fois. Longtemps j’ai hésité à te rejoindre, tes idées me parlaient : radicales, concrètes… Je sentais encore le faucheur d’OGM, celui qui ne se résigne pas à accepter un système productiviste et destructeur pour les humains et la nature. Si j’ai finalement voté Besancenot, c’était pour pousser plus loin une démarche que je trouvais proche de la tienne, mais en capacité de rassembler davantage et de peser dans le débat politique. Tout ça pour te dire que tu as beaucoup compté dans mon engagement politique et que ce José Bové-là, je partageais ses idées et son engagement.

Aujourd’hui, José, je ne te reconnais plus. Je comprends plus où est passé ce militant qui m’a tant inspiré. Je t’ai vu voter la libéralisation du rail, qui détricote sciemment notre grand service public. Comment développer le ferroutage, remettre des trains partout, améliorer encore le meilleur train du monde sans cet outil central ? Comment endiguer le tout-automobile si la logique du profit et non de l’intérêt général — car c’est de ça dont il s’agit — devient maîtresse de l’aménagement ferré ? Comment construire un service accessible à tous, sans que la puissance publique intervienne sur les tarifs ?

Je t’ai vu soutenir la libéralisation de l’énergie. Là non plus je n’ai pas compris. La transition énergétique est un axe central de la politique écologique. Elle ne peut pas répondre à une logique marchande, parce que nous devons avoir comme objectif de consommer moins. Si c’est la puissance publique qui a créé tant de centrales nucléaires, il n’y a qu’elle qui est assez puissante pour planifier la sortie de cette énergie dangereuse. Il n’y a qu’elle qui est capable d’investir2 sur 20, 30, 50 ans dans d’autres formes d’énergies : celle de la mer, de la chaleur des profondeurs, ou d’autres encore inconnues…

Je t’ai vu te prétendre « grand défenseur des traités européens ». J’en suis resté bouche bée. Ces traités sont l’ADN d’une Union européenne autoritaire qui prive le peuple de sa voix. Des traités passés en force, ou en catimini dont les objectifs sont toujours la destruction des souverainetés nationales, et la concurrence libre et non faussée. Oui, celle que tu veux « pousser jusqu’au bout ». En somme, c’est une Europe qui veut imposer l’austérité et le productivisme à tous les peuples membres. Comment peut-on être écologiste et défendre un tel principe ? Au-delà des FEDER, FEADER et autres fonds qui aident les collectivités dans certains aménagements intéressants, n’y a-t-il pas une direction générale mortifère dans laquelle cette logique nous emmène ? Est-ce que l’écologie ne contient pas la graine d’une société différente : relocalisée, solidaire, en paix ?

José, j’ai la sensation que tu t’es perdu dans la jungle bureaucrate de Bruxelles. Que tes combats ont été dilués, comme ces cuistres diluent le vin pour augmenter leurs marges. Tu es si bon élève de cette école, que l’assiduité devient ton seul argument face à Mélenchon, quand tu ne te déverses pas en insultes comme récemment.

Au fond, j’aimerais voter pour toi José, pour celui qui a participé à la construction de mes idées, peut-être celui qui a provoqué la première étincelle qui a embrasé mon engagement. J’aimerais aussi parce que tu viens de notre de camp et que tu y as toute ta place au regard de tes engagements passés.

Dimanche, je donnerai ma voix au Front de Gauche, ce sera aussi, un peu, au nom du José Bové d’autrefois…

Romain JAMMES

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Ce court moment où j’ai cru que nous avions un Parlement…

Ô joie, ça y est Manu, t’as reçu l’oint de l’Assemblée pour faire toutes tes bêtises. Ça t’a demandé un peu de finesse pour convaincre l’autre oing, celui qui galbe les fesses confortables de nos députés. Toi l’homme qui voulait abattre les 35 heures et que la franchise poussait à abandonner le nom de socialiste, tu as gagné le vote de l’écrasante majorité de la gauche. Après tout, on a bien le droit de choisir son fossoyeur non ?

Pourtant un moment, on a cru à une étincelle de rébellion. Un petit élan de fierté… parce que franchement, il y a toujours un moment où c’est rasant de se faire piétiner la gueule… Où j’en étais ?… Ah oui, un petit élan de fierté ou une crise d’ado, bref, un peu de débat dans cette république moribonde… Que n’ai-je tu mes faux espoirs avant la douche froide.

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L’Homme du président

Valls, c’est un grand solitaire. Il représente tout à fait cette nouvelle manière de prendre le pouvoir sur un camp politique. Avant, dans un passé pas si lointain et, sauf détail de l’histoire qui m’aurait échappé, dans la même galaxie, un-e militant-e gravissait tranquillou ses échelons, y compris d’apparatchik en participant quelque peu à sa construction idéologique et militante dans le jeu de courants du PS. Chacun avait son groupe qui s’active et essayait de prendre l’ascendant idéologique et technique dans les fédérations. Rocard a eu son courant, Dray a eu SOS racisme puis la Gauche socialiste avec Mélenchon, Hamont les MJS, Un Monde avance, etc…

Sauf que Valls, il ne représente aucun courant : il se représente lui-même. C’est ce qui explique la déculottée qu’il a pris aux primaires et sa capacité à être, au gré du vent, contre le TCE en 2005 mais ultralibéral quand il sent que le filon le mènera loin. Sauf que, passant bien dans les médias, notamment à travers ses prises de positions iconoclastes pour la gauche (autrement dit des positions très à droite) sur les questions de sécurité2 notamment (qui sont manifestement plus importantes que ce qu’on fout dans son assiette), il s’est fait une petite réputation sondagière. Voilà son unique légitimité, avec, éventuellement, Évry, ville qu’on lui a offerte gentiment pour qu’il arrête de faire chier tout le monde.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Parmi les députés, sa ligne poliétique n’est pas spécialement aimée. Au PS, c’est encore pire. Valls a donc simplement été imposé par Hollande comme un fait du prince.

Des gesticulations

Comme on pouvait s’y attendre, ça a montré des dents. Chez EELV d’abord, même si la majorité des parlementaires étaient favorables à entrer au gouvernement. Quelques positions de principe et une bonne opportunité ont eu raison de la stratégie jusque-là adoptée. On avait les prémisses sur le terrain avec les municipales, mais entre ses militants et leurs dirigeants, il y a un gouffre qui permet un éventail de positions impressionnant. D’ailleurs, si beaucoup de militants se sentent plus proches du Front de Gauche, d’emblée, les parlementaires rejettent l’idée de s’opposer au gouvernement. Le conseil fédéral nuance un peu plus, 83% ne veulent pas donner leur confiance à Valls.

Même chose à la gauche du PS, c’est un peu la panique. Le mec que personne ne peut supporter et qui est censé ne rien peser se retrouve Premier ministre. On fait aussi dans le rapport de force gentillet, une centaine de députés font les gros yeux, ça s’emballe un peu et de loin on croirait une petite révolution sur leassemblée nationale et colberts bancs solfériniens. Il y aurait de quoi, la politique menée par Hollande n’a rien à voir avec ce que le parti avait voté, mais bon… De loin.

De loin oui, parce qu’au final, l’élan de révolte s’est fracassé contre le mur du chantage sauce 5e République. Après environ… aucune concession sur le fond, 11 députés socialistes seulement finissent par s’abstenir, 6 EELV (et un contre)… On regarde le tableau et on finit par se dire : « tout ça pour ça », Filoche fait son quatrième ulcère en trois semaines. Bref, tout repart comme avant, mais en pire.

Made in 5e République

Un homme choisi par personne, et des députés incapables de s’y opposer. Je sais pas pour vous, mais moi je trouve le scénar très monarchie républicaine. Roh me regardez pas avec ces yeux ! Je découvre pas que le PS est converti à la 5e République, mais sa logique est poussée à l’extrême ici. Le Parlement n’a d’influence ni sur qui sera ministre, ni sur la ligne politique qui sera appliquée.

Et pour cause, qu’est-ce qui explique qu’aucun socialiste ne ce soit opposé ? Les idées de Valls n’ont pas molli. Rien pour les salariés, ou plutôt si, la promesse de déshabiller leur protection sociale pour arrondir leur fin de mois. Le salaire sera le même, mais la partie socialisée est réduite au profit de la partie individuelle. Le « pacte de responsabilité » déséquilibre encore l’édifice au profit du patronat, déjà 30 milliards promis. Les armes sont données à ceux qui voudront en finir avec cette redistribution de la richesse. La réduction des dépenses publiques s’accélère : 50 milliards annoncés sur tout ce qu’il est possible d’attaquer. Dix milliards rien que sur les collectivités, notamment en découpant à la louche les territoires sans prise avec la réalité.

Je m’étale pas sur le sujet. Le président a eu raison sur le Parlement sans changer une ligne de son axe politique et en mettant le moins rassembleur à la tête du gouvernement. Il en profite pour reprendre en main le PS, qui s’était déjà à moitié transformé en « agence de com’ du gouvernement ». L’impuissance de l’aile gauche saute à la gueule de tout le monde.

De son côté, EELV prend une douche froide. Soit ils sont au gouvernement et ne pèsent rien, soit ils sont en dehors et ne pèsent rien. La dépendance des parlementaires au PS est traînée comme un boulet, et de l’aveu même de Pompili, leur seule manière de mener le rapport de force c’est de menacer de sortir du gouvernement. Oh, zut c’est déjà fait. La politique made in 5e République, c’est aussi oublier que le peuple est un acteur politique, comme il le sera peut-être le 12 avril. Le rejet sous faux prétexte de la main tendue de Mélenchon isole EELV dans une position très instable d’entre-deux.

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S’il fallait retenir une chose des derniers événements, c’est que le Parlement s’est fait écraser par la 5e République. Il a un moment levé la voix, comme s’il avait l’espoir que cela aboutisse à quelque chose, mais il est rentré dans les rangs comme le Sénat derrière Auguste.

Triste République qu’il faudra balayer au plus vite quand le souffle de la colère populaire fera exploser la prison symbolique qui l’enferme. Il faudra la balayer avant qu’elle fasse germer avec la complicité de la société du spectacle les nazillon qui saturent nos antennes.

Romain JAMMES

Grand écart et foutage de gueule à EELV

Je sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai comme l’impression que la période sent sacrément l’hypocrisie. Je ne veux pas faire croire que d’habitude c’est tout beau tout gentil. Sauf qu’aujourd’hui on a de belles perles. On se demande jusqu’où ça peut aller… 


Notre gouvernement aime bien rappeler qu’il est de gauche. Enfin disons qu’il le rappelle aussi souvent que ses actes le contredisent. Il fait des courbettes au MEDEF, fait passer un traité préparé par Sarkozy et se lance dans une course à l’austérité avec une rapidité fulgurante. C’est la droite qui doit l’avoir mauvaise, pendant qu’elle se chamaille, le gouvernement PS-EELV la double sur son credo économique. Chapeau l’artiste !

Mais au fond, on s’y attendait un peu. On veut changer le monde, mais bordel, on n’est pas si naïfs. Nous, ce qui nous étonne le plus, c’est la capacité des Verts à jouer double jeu. On est pas loin du jour où ils tiendront la pancarte et la matraque dans l’autre main. Et moi qui croyait que l’auto-flagellation concernait une poignée de demeurés… Bienvenue dans le docteur Jekyll et Mister Hyde politique.

L’Austérité verte 

Docteur Jekyll chez les verts, dans l’idée, c’est pas le chantre de l’austérité. Ce serait même plutôt l’inverse. Quand on coupe à ce point les dépenses publiques, on se donne pas franchement l’opportunité de faire une transition écologique de notre industrie. On lance pas des campagnes d‘isolation des logements pour accompagner la tarification sociale histoire que ce soit pas une guerre aux plus précaires. Et forcément, on investit pas dans la recherche ou dans la production de nouvelles sources énergies. Bref, l’austérité verte, c’est pas trop ça. 

Pourtant pour Mr Hyde c’est pas si évident. Le soutien à la construction néo-libérale de l’Union Européenne n’est plus un secret, y compris les politiques les plus meurtrières pour les services publics de production d’énergie ou de transport. Quand Docteur Jekyll manifestait contre les plans d’austérité imposés à la Grèce, Mr Hyde votait les aides associées à ces plans. Une sacrée schizophrénie qui s’amplifie quand Mr Hyde est partie intégrante d’un gouvernement qui fait passer le TSCG quand Docteur Jekyll s’y oppose à l’assemblée. Bien sur, il y a du Mr Hyde chez les députés aussi car repousser le TSCG mais valider des deux mains le budget qui en découle, c’est pas le summum de la cohérence politique. C’est le pire budget depuis la libération. Ça n’empêche pas les militants (Jekyll) EELV de venir quand même la gueule enfarinée dans les manifestations dénonçant cette politique. Mieux, les dirigeants viennent même participer aux meeting comme ce Jeudi à Toulouse. Je sais pas pour vous mais moi il y a un « je ne sais quoi » qui m’agace…

La Répression verte

Docteur Jekyll, il participe à des combats clés dans notre société. Il est très impliqué avec Jeudi Noir ou le DAL par exemple. Ce Jekyll là je le respecte beaucoup. Le problème c’est que ça ne semble pas vraiment gêner Mr Hyde (au gouvernement) que les réquisitions citoyennes de logement soient expulsées avec encore plus de zèle que sous Sarkozy. Mr Hyde il est bien là ou il est, avec des œillères il se sent à sa place, avec une muselière il fait pas d’esbroufe. Tout va donc bien dans le meilleur des mondes.

Mais le pire, c’est que Docteur Jekyll est à la pointe de la lutte contre l’aéroport Notre Dame des Landes. Il a raison. Ce projet n’a pas de sens au regard du progrès que doit accomplir notre société. Alors qu’il devrait chercher à sortir des énergies fossiles et carbonées, le gouvernement s’attache à une lubie des années 60 qui va détruire les bocages et leur biodiversité. Docteur Jekyll ça l’horrifie, forcément, tout comme moi. Evidemment, derrière tout ça il y a une belle collusion de fortune avec Vinci qui dispose du terrain pour 50 piges. C’est que Mr Hyde, il a des amis qui ont des amis… Et tout ce beau monde au final, ça fini par oublier tout sauf le gros paquet de fric qui est en jeu. Ah le jour où ça va se manger, Mr Hyde sera un grand industriel de l’agroalimentaire.

Quoi qu’il en soit, Docteur Jekyll s’oppose au projet que Mr Hyde soutienT. Alors que les amis de Mr Hyde gazent, tabassent et délogent Docteur Jekyll et ses potes, Mr Hyde dit en grande inspiration que s‘il était pas ministre il serait bien au côté de Docteur Jekyll. Sauf que Mr Hyde, il est trop content d’être ministre, mais on commence sérieusement à se demander pourquoi vu la ligne politique qui s’y applique.

En vérité, dans cette histoire, j’ai beaucoup de respect pour le Docteur Jekyll. Mais il faut qu’il comprenne qu’on finisse par prendre très mal, en tant que militant, d’avoir des forces politiques dont les Mr Hyde sont de l’autre côté de la barricade. Mr Hyde a une belle agence de com’ qui lui permet de rester dans ses pantoufles tout en masquant son manque de courage politique. Docteur Jekyll se fait un peu avoir dans l’histoire et j’aimerais bien qu’il se reprenne un peu, parce que l’impression que les Verts se foutent un peu de notre gueule fait dangereusement du chemin…

Romain JAMMES

Au Parti Socialiste, l’écologie n’est pas prête de réveiller les morts.

La journée ne commençait déjà pas très bien. Le temps était mot-rose et Toulouse tremblait déjà sous les pas des éléphants roses venus assister au congrès du parti socialiste. A peine levé, j’en avais plein les bottes de ces roses, et m’imaginer à regarder les socialistes se jeter des fleurs tout le week-end ne m’enchantait guère. Mais bon j’y suis allé. Sur la route, le climat était électrique, les gendarmes contrôlaient tous les laissés pour compte qui se rendaient à la soupe populaire juste à côté du parc des expositions. Je fus un peu surpris de croiser un camp de Roms que notre nouveau super-flic n’avait pas encore fait démanteler. (Alors, chut. Peut-être ne l’a-t-il pas encore remarqué.) Devant les portes, il y avait un peu de grabuge. Le service d’ordre refusait l’entrée à deux excités. Un peu interloqué, je décidais d’aller voir ces agitateurs pour me renseigner sur la situation. Ils m’ont alors expliqué qu’ils étaient venus pour interpeller les membres du Parti socialiste sur leur exclusion du parti. En fait, je n’en eus pas grand chose à faire. Je suis donc rentré pour me mettre bien au chaud. Mais quand même, pourquoi refuser l’adhésion de certains individus ? Alors que ce parti regroupe assez facilement des femmes et des hommes diamétralement opposés.

D‘ailleurs je fus assez surpris par le premier discours auquel je dus assister. Une petite femme rousse s’agitait du haut de la tribune et tentait d’interpeller ses camarades à propos d’écologie politique. Elle parlait de transition énergétique, de créer un service publique de l’eau, de sortie progressive du nucléaire et du refus d’exploiter le gaz de schiste. Mais que faisait elle au parti socialiste ? J’avais l’impression que personne ne l’écoutait. De la salle émanait un bruit qui aurait poussé au suicide le plus chevronné des instituteurs. Mes voisins de gauche faisaient des grimaces, alors que ceux de droite se gaussaient comme des crapauds. Cette femme avait bien du courage. Et du courage il en faut en politique pour faire avancer ce genre d’idées progressistes. Surtout dans ce parti composé d’hommes et de femmes qui considèrent encore le nucléaire comme une « filière d’avenir » et dont les élus délèguent encore la gestion de l’eau aux entreprises privées. Mais elle, elle ne flanchait pas et réclama avec force que le parti socialiste se lance dans un grand projet altermondialiste et écologique afin de construire une alternative concrète au capitalisme. « Mais où se croit elle, celle là ? Chez les Mélenchonistes ! » lança en rigolant mon voisin de droite. Moi, j’étais convaincu. Mais ce n’était pas le cas de mon voisin de gauche qui s’était endormi.

Cette femme, c’était Laure Pascarel, un véritable soldat de l’écologie politique oubliée des média. Et lors de l’entretien que nous pûmes obtenir, je compris tout de suite que je n’avais pas à faire à une hippie amoureuse des fleurs et des animaux mais bien à une militante écologiste de la première heure. Assise au stand d’Utopia, elle insista d’ailleurs très fortement sur le fait que la politique ne remplissait pas son assiette. Son engagement était sincère et ne connaissait pas de limite. La liste des associations dans lesquelles elle était engagée, était vertigineuse. Utopia, Attac, Resf et j’en passe, devaient bien remplir son agenda d’activité. Elle m’avoua naïvement qu’elle souhaitait « changer le monde ». Elle voulait notamment mettre un terme au pillage des ressources naturelles et à la destruction des écosystèmes qui mettent en péril l’humanité. A l’inverse de Claude Bartelone, pour Laure « la souffrance différée », c’était surtout pas la dette, mais l’emprunte écologique que nous allions laisser aux générations futures. Et pour cela, la mise en place d’un plan de transition énergétique était nécessaire. Et donc, pouvoir emprunter était une condition essentielle pour pouvoir financer la reconversion rapide de notre appareil de production.

Le problème c’est que le Parti Socialiste, en plébiscitant la motion « Mobiliser les français pour réussir le changement », à près de 68 % contre 13 % pour la motion de Laure, a fait le choix d’être « l’agence de com’ du gouvernement », et non de le pousser au cul pour obtenir de véritables avancées sur le plan environnemental. Au final, l’action de Laure lors du congrès fut à l’image des 5 clowns et des 2 militantes d’Europe Ecologie Les Verts venues chercher le changement à la fin du congrès, courageuses, grandiloquentes mais surtout inefficaces. La transition énergétique ne sera pas au programme et les militants d’Europe Ecologie pourront manifester tant qu’ils le veulent, ce n’est pas parce qu’on leur a laissé quelques postes qu’ils ont leur mot à dire sur la politique du gouvernement.

YAGOUBI Florian

Quand les cumulards nous prennent pour des ânes…

Je sais pas si vous avez remarqué mais y en a qui se foutent bien de notre gueule… Vous allez me dire que c’est pas nouveau, il y a comme qui dirait un mépris assez traditionnel du peuple et de toutes ses remuades gauchistes de la part des élites auto-proclamées. Mais comme j’en perds pas une pour me plaindre je peux pas laisser passer celle-là, d’autant qu’elle me tient particulièrement à cœur.

« Être sérieux »

Je ne ménage pas les critiques à l’attention du parti de gauche « responsable », « réaliste » ou que d’aucun appellerait le parti dit « sérieux ». Je me fais répondre toute sorte de leçon, vous vous en doutez, et notamment sur la bonne foi des élus socialistes qui ne demandent qu’à faire le Grand Soir si toutefois ils en avaient l’opportunité. Pour le cumul des mandats, c’est un peu la même musique. On vient avec des gros sabots dire « hey dis donc m’sieur, (parce que en général c’est un m’sieur) ça f’rait-y pas 15 ans que tu serais député et 20 ans que tu s’rais maire en même temps ? » Et ça c’est la version courte pour ceux qui sont pas Président d’agglo, ou de Conseil Général… Et les roquets de l’UMA de nous répondre : « Venez critiquer de l’intérieur, on a jamais pesé autant, regardez ils se sont même engagés à arrêter de cumuler ».

Mais moi, je suis pas fou, j’attends de voir les actes. Parce que sitôt que la résolution a été votée dans le parti « responsable », une levée de boucliers « réalistes » a repoussé la mesure à la saint glain glain de l’année 2011 pour être sur de prendre le Sénat. Bon mettons que c’est un argument audible pour certains. On repousse à 2012 ensuite ? Allez soit, comme ces décérébrés ont toujours tout fait pour couper les têtes qui dépassent même dans leur propre camp, il faut leur laisser le temps (2 ans en l’occurrence) pour préparer la succession de leur Majesté. Et maintenant « it’s time to go » comme dirait Helloween (celle là c’est pour toi Nath). Or, au rappel de l’échéance, tels des pays sur-endettés devant des taux d’intérêts à 18%, les cumulards se dégonflent, lèvent de nouveau le pavois avec les mêmes arguments qu’il y a 2 ans pour reculer l’application en 2014 :

  • C’est un « désarmement unilatéral » : Tiens ? Depuis quand c’est une arme de concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’une poignée de phallocrates ? Puis avoir moins de quinquagénaires blancs et cadres ça ne peut que aider à être plus représentatif non ?
  • Il faut ajuster le curseur en fonction du nombre d’habitants sur la ville concernée : C’est vrai qu’au jeu « qui a la plus grosse ? » être maire d’une ville de 3000 habitants c’est pas terrible. Puis on passe si peu à la télé…
  • Il faut du temps pour préparer : Ah ? Parce que le mec pensait qu’il était éternel ? Il fait tout dans sa ville ? C’est l’irremplaçable super-héros ? Est-ce qu’il avoue que vu son bilan minable y a que son joli minois qui peut faire reconduire sa liste ?
  • C‘est un peu démago : Ah ? Vouloir partager le pouvoir, pour la gauche, c’est démago ? Il va falloir sérieusement que tu réfléchisses à une reconversion à la Besson.

Bref, tous les arguments sont bons pour garder son fauteuil et malheureusement à Gauche ça concerne aussi le PCF et les Verts… Alors il serait p’tetr temps de s’y mettre sérieusement.

Jusqu’où marche la carotte ?

Donc il est temps qu’on arrête de nous prendre pour des cons. Aujourd’hui les ¾ des députés sont des cumulards, une spécificité française qui donne pas envie de chanter la Marseillaise, si ce n’est pour reparler des propriétaires du sang impur dont nos sillons s’abreuvent. En 2014, à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle (2 x lol). Il faudra bien un ou deux ans pour que le maire/conseiller général/député cumulard démissionne et passe la main en toute « responsabilité ». Comptons donc 2016! Ah mais pensez-vous, à un an des élections présidentielles et législatives ce n’est pas pensable ! Attendons Juin 2017…

J‘arrête là, vous avez compris. Comme nous ne sommes pas des ânes il serait temps qu’on arrête de marcher à la carotte, et qu’on pousse dehors les illuminés qui squattent le pouvoir depuis des années. Ça fera un bien fou, non seulement à nous mais plus largement à notre démocratie…

Changer de règle

Ma position, c’est de changer radicalement de règle. Il ne faut aucun cumul entre un exécutif municipal et un mandat national, départemental ou régional. Donc si t’es parlementaire tu n’es ni adjoint, ni conseiller régional, ni conseiller général ; si tu es adjoint ou maire tu n’es ni conseiller régional ni conseiller général ; si tu es conseiller général tu n’es pas conseiller régional. Les mandats ne doivent être renouvelable qu’une fois.

Mais putain pourquoi ?

  • c’est une mesure féministe : car le cumul est une des manières pour les hommes de squatter le pouvoir
  • ça rapproche l’élu des citoyens car il ne s’enferme pas dans son monde d’élu et a plus de temps à consacrer à son seul mandat
  • ça diversifie les élus
  • ça dépersonnalise la politique locale

Mais au fond, si on veut être logique il faut aller plus loin. Car le cumul du mandat est aussi une conséquence de la 5e République. Un député est élu sur une circonscription et s’efforce donc d’avoir une légitimité locale qu’il construit à travers un mandat local justement. Donc cela biaise immédiatement cette élection qui est éminemment nationale. Alors soyons cohérent, un petit retour à la proportionnelle s’impose ! J’en parlerais prochainement…

Romain Jammes

Archive : Les frustrés de la Bastille

Mais p***** de b***** de m**** !

Oooooooh le truc de malade ! Je vais pas passer par quatre chemins, je suis extrêmement déçu ! Toute la semaine j’avais reçu des SMS d’amis ou de connaissances me disant « Hey Romain, je vais à la Bastille dimanche on se croisera ! » J’étais assez euphorique vous comprenez ? J’avais perdu certains de vue depuis plusieurs années. Soit nos chemins s’étaient irrémédiablement séparés par le hasard de la vie, soit leur départ en province avait eu tendance à nuire à nos entrevues régulières. Depuis les vieilles connaissances de l’Université d’Evry jusqu’aux potes simplement rencontrés dans mes années geek sur des jeux en ligne, j’avais de quoi passer une bonne journée. Mais il se trouve que le hasard de l’histoire a voulu que les gens se soient un peu trop passé le mot. Alors comme 120 000 personnes ont eu la même idée, ben je n’ai croisé aucun desdis amis. Je vous laisse deviner à quel point je suis furax…

Enfin rassurez-vous tout de même. J’en connais qui l’ont plus mauvaise que moi et qui n’ont pas pu s’empêcher de faire leur petit commentaire. La mère Dufflot a récidivé à Europe 1. Elle a visiblement un petit problème avec le folklore révolutionnaire . Faut dire qu’elle est si bien installée que l’idée doit lui hérisser le poil. Elle souligne par exemple la nostalgie d’une époque où il n’y avait « pas de femme ». J’en conviens, Olympe de Gouge est un grand regret de la Révolution Française. Je précise cependant en passant que c’est sa candidate qui s’est fait huer lors de la soirée d’interpellation des candidats organisée par le collectif d’associations Feministes En Mouvement. Elle ajoute également que l’écologie est pour nous « quelque chose que l’on rajoute à la mythologie révolutionnaire ». C’est sûrement la raison pour laquelle ses militants viennent un à un nous rejoindre et que France Nature Environnement (qui rassemble plus de 3000 associations écologiste) a jugé nos propositions écologistes meilleures que celles d’Europe Ecologie Les Verts. Allez boude pas Cécile, tu l’auras sûrement ta circo. Le plus regrettable dans tout ça c’est que la VIe République pour laquelle tant de gens se sont rassemblés, c’est aussi une revendication des Verts. Alors à leur place, je féliciterais tous les participants, comme nous le faisons dès qu’une personne penche vers nos idées, plutôt que de garder son pré-carré. C’est la différence entre faire de la politique et jouer dans la cour d’école…

Mais passons, le plus frustré de tous, incontestablement, c’est notre ami Christophe Barbier pour qui la commémoration de la Commune rime avec les Goulags de l’URSS. Encore un que la 6e République doit faire pâlir. Après tout, les révolutionnaires de 1917 chantaient la Marseillaise et se voulaient héritiers historiques de la Commune de Paris. Donc, dans l’esprit d’un décérébré, révolution = république = socialisme = goulag. Allez tu repasseras quand t’auras pris des leçons d’histoire (et quand tu auras enlevé ton écharpe rouge qui me fait honte).

Je voulais ajouter Gérard Filoche au tableau de chasse. Mais finalement, je le trouve touchant de naïveté quand après un moment comme ça il appelle à l’unité. Il a peut-être oublié que le Front de Gauche reprend l’intégralité de ses revendications sociales et que François Hollande n’en reprend aucune, pas plus qu’il ne désire une 6e République. Un peu de cohérence camarade !

Définitivement, ces gens finissent par me convaincre que contrairement au candidat socialiste, nous sommes des types dangereux (pour la finance).

Bon et sinon ?

Et sinon c’était comment ? Bah c’était cool ! J’ai vu tellement de monde que j’ai vu trop peu de monde. On a chanté dans le train pour aller à Nation. J’ai participé à l’animation du cortège Front de Gauche de la culture. Je ne suis jamais arrivé à Bastille parce que la place était trop pleine. J’ai cherché en vain le cortège de Midi-Pyrénées. J’ai vu une ambiance fraternelle hallucinante, une joie de vivre et un espoir qu’on ne voit jamais avec autant d’intensité dans les manifestations. J’ai vu la Gauche dans son cœur, avec toutes ses idées et toute ses valeurs autour d’une revendication : une constituante pour une 6e République ! En bref, une révolution !

Pour le reste, je vous laisse imaginer le trésor d’inventivité des militants. Je suis surpris chaque semaine par ce que nous produisons. Cette ébullition intellectuelle et artistique montre la mesure de ce que nous sommes en train d’accomplir. Hier c’était un de ces moments historiques que je raconterai à mes petits enfant. Je dirai : « J’y étais », juste avant « vous avez qu’à lire mon blog sales gosses ! » Je vous livre la dernière vidéo que j’ai vu, et qui vaut de l’or, pour conclure cette note !

Romain JAMMES