Un coup d’état permanent

La mondialisation est souvent prétexte aux discours pompeux sur l’impuissance croissante des États. Il m’apparaît donc important d’aborder un phénomène qui découle de cette domestication de l’État par notre divin marché : « l’état d’exception permanent »

J‘entends déjà certaines de vos réactions : « qu’est-ce qu’il nous raconte encore ? », « il va encore nous sortir ses théories fumeuses venues tout droit de récits d’anticipation! » .

Mais je commencerai pas répondre à :

« Mais c’est quoi ce truc ? »

« L‘état d’exception » nous vient d’un concept remontant à l’antiquité romaine : « la dictature », évoquée notamment par K. Marx lorsqu’il parle de « dictature du prolétariat ». Je vous vois déjà, là, à frissonner dernière vos écrans d’ordinateur, en imaginant les chasses à l’homme orchestrées par Sylla, les têtes coupées sous la dictature du populiste Marius ou les majestueux procès staliniens. Mais n’ayez crainte cher(e)s ami(e)s, en dehors de ces phénomènes folkloriques, il y a eu de multiples exemples beaucoup moins sanglants de ces suspensions de l’ordre constitutionnel tout au long du XX ème siècle. L’exemple le plus connu est d’ailleurs la seule utilisation de l’article 16 de la Constitution lors de la crise dite du « putsch des Généraux» de 1961, lorsque des militaires partisans de l’Algérie française ont tenté de renverser le Général de Gaulle

Proscriptions sous la dictature de Sylla

Il y a, il ne faut pas l’oublier, un second élément dans cette définition. Il s’agit du côté anecdotique et provisoire de « l’état d’exception », (hé oui s’il y a ex-cep-tion !!! c’est pas pour les chiens). Donc, pour ceux qui ont Alzheimer, la dictature (ou « l’état d’exception »), c’est une suspension provisoire de l’ordre constitutionnel pour répondre à un péril imminent. Tout comme « le droit de résistance », « l’état d’exception » s’oppose au droit, au nom du droit.

Une république qui faiblit, qui coule et qui fait « blic blic blic »

Le problème est que ce phénomène, est devenu un « paradigme de gouvernement ». Émancipé des contraintes temporelles, il est aujourd’hui un concept politico-juridique durable. Accentué par les attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, qui n’ont laissé aucune législation intacte, le phénomène a en réalité été amorcé dès la première guerre mondiale lorsque les belligérants ont dû mettre en place des lois d’exception.charb5-10939698blvuv

C‘est à partir de cette époque que l’on a assisté à un effondrement progressif de la division des pouvoirs. Ce qui nous permet aujourd’hui d’observer conflits d’intérêts sur conflits d’intérêts. Les comptes helvétiques de Cahuzac, les magouilles de notre Tapie hexagonal, etc… etc… sont parfaitement révélateurs du système dégueulasse qui s’est mis en place. Le pouvoir exécutif ayant pris petit à petit le pas sur les pouvoirs législatif et judiciaire, notre 5ème République a finalement donné naissance à un machine politique clientéliste, pour ne pas dire mafieuse.

J‘espère que vous ne m’en voudrez pas mais j’aimerais passer les arguments maintes et maintes fois ressassés autour de l’hyper-présidentialisation de notre régime. Oui et oui, c’est un problème. Mais ce qui m’inquiète depuis quelques temps, c’est la normalisation du « gouvernement par décret ». Le décret (norme émanant de l’exécutif ayant force de loi) est devenu sans que personne ne s’en offusque, une manière comme une autre de légiférer ; puisqu’il faut être capable de répondre le plus rapidement possible aux injonctions du Grand Marché Tout Puissant. Et même si les décrets sont validés par le parlement, la banalisation de cette pratique a eu pour effet de transformer les assemblées en de simples chambres d’enregistrement à la botte de l’exécutif. Alors fini les longs débats et les fastidieux discours de l’Assemblée Nationale qui sont pourtant nécessaires à la vie démocratique d’un pays. Face à l’impératif économique, les débats ne peuvent avoir lieu. Certains vous diront d’ailleurs qu’ils sont inutiles, puisqu’une seule politique est possible. Il nous devient donc impossible de proposer des politiques alternatives.

Comme bel air de Wagner 

Laissons de côté pour l’instant cet aspect pour en venir à des considérations un peu plus matérielles.

« L‘état d’exception » s’incarne concrètement sur le territoire. La prison de Guantánamo en est un exemple particulièrement criant. Les États-Unis y enferment des individus sous le titre de « combattants illégaux » et non de prisonniers de guerre. Ils n’ont donc pas de statut juridique clairs, ce sont des êtres juridiquement inclassables. Et sans vouloir marquer des points Godwin, cette situation ressemble étrangement à celle des Juifs des Lagers nazis. Dans les deux cas les individus ne sont pas seulement privés de droit mais sont considérés extérieurs à toutes juridicité. Et comme en France, nous produisons un certain nombre d’Eichmann en puissance (policards et fonctionnaires complètement aliénés), nous faisons la même chose avec les roms et les sans-papiers. C’est notamment en ça, que « l’état d’exception » est devenu un paradigme de gouvernement, transcendant à la fois les partis et les frontières.

A part ça, ce phénomène politique s’explique par l’avènement de l’ère atomique. Le nucléaire en termes d’infrastructures, de gestion de risque, a obligé à un accroissement du pouvoir de l’Etat. Cela était inévitable pour pouvoir mettre en place correctement les structures organisant la production et la circulation de l’énergie nucléaire que ce soit dans le civil ou le militaire. Et vous comprendrez, qu’il a aussi insinué une extension du secret d’État, limitant par la même l’espace publique. Les conflits ont alors été modifiés par l’équilibre de la terreur, ce qui a laissé place à une augmentation des conflits secondaires (guerres civiles, terrorisme, antiterrorisme). Nous avons par conséquent vu s’estomper la frontière entre guerre et paix, justifiant l’avènement d’un état de violence permanent.

« L’état d’exception permanent », vous le comprendrez bien, n’est donc pas le résultat de restes monarchiques ou absolutistes, ni la persistance cafardesque de l’Ancien Régime. Ce phénomène est un pur produit de nos systèmes démocratiques occidentaux. Quelles conclusions devrions nous donc en tirer ?

« L‘état d’exception » a suivi comme son ombre la construction démocratique, mais cette ombre s’étend aujourd’hui au point d’éclipser nos démocraties. Cela relève du lien intime entretenu entre la violence et le droit. En délimitant la violence légitime et celle qui ne l’est pas, le droit porte en son sein la violence dont « l’état d’exception » est l’incarnation. Pour cela, seule une activité révolutionnaire, visant à transformer les institutions, peut trancher ce lien étroit. Il s’agit donc de faire advenir un réel « état d’exception », c’est à dire l’élection d’une assemblée constituante, pour mettre fin à ce système politique où le peuple est écarté, et les chambres méprisées.

YAGOUBI Florian

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Histoire d’une chasse à l’homme à Toulouse

Bien qu’un peu romancée, cette histoire est arrivée, ce mercredi 22 mai. (lien)

Ce matin ressemble à beaucoup d’autres. Le ciel voilé tire un trait de lumière grisâtre dans la pièce noire. Nordine ne dort plus que d’un œil, il attend sans hâte le son du réveil, celui qui, tous les matins le rappelle à une réalité glacée.

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Il est 7h00, ses draps humides témoignent d’une nuit agitée, une de plus. L’angoisse quotidienne l’étreint jusqu’au plus profond de la couette. Comme un moment de stress que l’on revit 1000 fois dans son sommeil : 1000 coups de poignard, parfois 1000 ruptures ou 1000 chutes dans un vide infini. Lui rêve de ces uniformes bleus, d’une journée qui tourne mal, de la froideur kafkaïenne des murs de la préfecture. La sonnerie dissipe la brume de son esprit, Nordine se lève dans un gémissement de fatigue. Ses pieds l’amènent non sans mal vers la cabine de douche. L’eau chaude finit de l’éveiller mais il s’attache à ne pas penser trop vite pour profiter ce cet instant hors du temps où son esprit est vide. Le jet lui masse les épaules et le crâne, il ne s’en lassera jamais. Il prend une nouvelle peau chaque matin, comme un nouveau né qui affronte pour la première fois la rudesse du monde.nordine4

Les nuages noirs du sachet de thé colorent sa tasse d’eau claire. Quelques vêtements enfilés, Nordine l’avale en faisant la grimace. Un peu fort. Un regard dans un miroir de fortune avant de passer la porte. Ses grands yeux tranchent avec son corps d’ébène et sa barbe naissante durcit son visage. Nordine se demande s’il est toujours séduisant, l’idée le fait sourire. Il sort.

La jungle de béton

8h00 : Le printemps a des allures d’hiver. Mais quelle que soit la saison, l’arène du monde est un danger permanent. Comme une immense jungle où la nature impose sa loi. Dans ce monde, il y a des prédateurs et des proies. Certaines proies se battent, d’autres se cachent. Elles se glissent dans le flot quotidien de la vie, se fondent dans le décor comme des caméléons. Il simule l’hypocrisie de cette société qui attribue des rôles comme un metteur en scène. Il s’amuse de ces jolis noms d’arbres qu’on donne aux tours dans sa forêt de béton. Nordine a vite compris les ficèles, il ne moufte pas. Il porte un masque, tous les jours, joue un personnage froid et insensible.

Insensible, il aimerait l’être, mais il est trop humain pour cela. La peur quotidienne l’enchaîne dans une prison glaciale. Il sait que sa vie quotidienne ne tient à rien : un regard de nordine3travers, un événement dont il serait témoin, le simple fait d’être tombé au mauvais endroit au mauvais moment. Cette société le terrifie, c’est un poison qui lui tord les boyaux, comme des lunettes qui l’empêchent de voir la beauté du monde, qui l’empêchent de vivre, tout simplement.

Le refuge

8h30 : Nordine est en avance. C’est comme souvent, il n’a jamais pris le pli du quart d’heure toulousain. Tous les jours, il vient ici. C’est l’association TO7 (Toulouse Ouverture), de petits locaux au cœur de la Reynerie. Des femmes et des hommes pleins de chaleur aident les gens du quartier à trouver du travail ou à faire différentes démarches. Parfois ils les écoutent et discutent tout simplement. Ici, Nordine suit des cours d’alphabétisation. Il aimerait que ça l’aide à avoir un travail, des papiers. Bref, il y construit son avenir.

Quand il est à l’intérieur, Nordine se sent chez lui. Il se sent même mieux que chez lui, dans son appartement minimaliste. La peur qui l’assaille cesse momentanément. Il parle, rie, s’amuse et échange. Il se sent un être humain comme nulle part ailleurs. C’est un refuge, comme un sanctuaire au climat hostile de l’extérieur. Ça lui fait du bien.

La chute

8h40 : Les membres de l’association s’activent pour préparer les locaux. Nordine attend patiemment. Il se pose à la table devant la porte, pense déjà au café salutaire qu’il tiendra entre ses mains dans quelques minutes.

« Bonjour monsieur ! » Une voix grave l’arrache à ses pensées. Il sursaute et lève la tête. Son cœur se serre quand il aperçoit un uniforme de la police. Il tente de garder son calme mais sent que ses mains ne demandent qu’à trembler. Ses jambes lui disent de courir, vite, loin, mais il reste. Après-tout, il a déjà parlé à des agents sans soucis.

« – Bonjour.

– Vous auriez vos papiers, je vous prie ?

– J’en ai pas monsieur

– Très bien, vous allez nous suivre jusqu’à la voiture ? »

Tout va si vite. Nourdine sent que la situation lui échappe, aucune issue possible, il regarde autour de lui, comme un appel à l’aide. Les murs semblent s’effondrer, le paysage se transforme à jamais, comme s’il ne se tiendrait plus jamais ici et que son cerveau effaçait déjà la mémoire douloureuse de ce moment où tout a basculé. Les salariés et bénévoles de l’association sortent. Ils discutent avec l’agent et ses deux collègues venus en renfort. Nordine n’entend plus rien, la scène est floue et on l’amène fermement jusqu’à la voiture…et le centre de rétention le plus proche.nordine2

Les coups qui font le plus mal sont ceux qu’on ne voit pas arriver. Chaque seconde Nordine attend ce moment. Chaque seconde il s’y prépare, se méfie, sans paraître, mais se protège inconsciemment pour que la chute ne soit pas trop rude. Chaque seconde, sauf quand il est ici, là où ils l’ont arrêté. Le poignard a frappé en plein cœur. Il a mal.

La solidarité

Terrifiés, ce sont ces militants qui le sont. En 30 ans d’existence de l’association, jamais les forces de l’ordre n’avaient osé un tel geste. TO7 est reconnu de tous, y compris de la préfecture, pour son travail utile et pour sa solidarité. Un refuge, comme une trêve dans une chasse à l’homme quotidienne initiée par Sarkozy et amplifiée par Manuel Valls.

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Le message fait vite le tour des réseaux, les organisations s’activent, les communiqués partent, les coups de fils sont passés. Les heures passent et la colère gronde et s’amplifie : il y a des lignes à ne pas passer. Le message de l’État est clair : « nulle part vous n’êtes à l’abri : ni en allant chercher vos enfants à l’école, ni dans ces associations de quartier. » La chasse n’a plus de morale, elle n’a qu’un seul chef : le chiffre !

Le soir venu, la situation n’est plus tenable, Nordine est enfin libéré. À temps pour son cours du soir, belle ironie. Le lendemain, des militants des 4 coins de la ville se retrouvent pour le repas-débat habituel du jeudi midi. On cause de ce qui s’est passé hier. Au choc s’ajoute le dégoût, car malgré la victoire, ce qui reste à la bouche, c’est que dorénavant, plus personne n’est vraiment en paix ici…

Demain la police ira chercher les sans-papiers à la CIMADE. Je dis demain, c’est peut-être aujourd’hui, qui sait. En tout cas c’était hier, mais cet hier là, je ne le souhaite plus à personne…

Romain JAMMES

On a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain

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Salut les amis! Me revoilà après une absence prolongée par une actualité politique qui m’a plongé comme les membres du gouvernement dans une sorte de mort cérébrale.

Pour dire vrai, je ne m’étais pas trop bercé d’illusions sur ce que l’élection du dernier grand calife allait entraîner dans le domaine économique. Je n’espérais pas non plus une révolution, ni même la lueur d’une réflexion sur des perspectives de réforme des politiques migratoires en France. Mais je m’étais naïvement laissé aller à croire que les prétendus socialistes auraient une attitude moins violente à l’égard des étrangers que le précédent gouvernement.

Il m’a donc semblé que les sociaux-libéraux n’avaient plus besoin de moi pour s’enfoncer. L’immonde de leur politique sécuritaire xénophobe et l’indécence de leur inaction sur le plan économique, étaient bien trop visibles pour que tout ceux qui avaient un QI plus élevé qu’une huitre n’en tirent pas des leçons adéquates. Mais un petit tour sur les chaînes d’informations ce matin, m’a vite remis les idées en place. A la vue de médias monopolisés par la vie de personnes bien différentes de nous (ne cliquez pas ici, ni ici, ici non plus). Par contre remercions Johnny de nous apprendre que Sardou est un gros con réactionnaire. Allez, on arrête de déconner et on ouvre sa gueule. Disons le, on s’est bien fait enfler.

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Le gouvernement derrière une flopée de bons sentiments dégoulinants la philanthropie, perpétue la bonne vieille tradition xénophobe des temps de crise. Et même si quelques membres de la majorité nous ont fait part de leurs remords, cela n’a pas empêché le P.S. d’apporter un soutien sans faille au principal responsable de cette politique de dégueulasse. Vous savez ? Oui ! Le seul successeur incontesté de Nicolas Sarkozy. Oui ! Manuel Valls, notre grand ami. Celui qui en toute tranquillité organise le harcèlement des Roms, maintient le quota arbitraire des 30 000 régularisations et continue les expulsions.

 2012, l’année de tous les records

Il y a de quoi être un peu déçu. C’est pas comme si notre président ne s’était pas engagé à mettre fin à la politique du chiffre pendant la présidentielle. En 2012 Manu a fait mieux que tout ses prédécesseurs, 36 322 expulsions d’étrangers en situation irrégulière contre 33 000 et 28 000 en 2011 et 2010. Ils s’en sont défendus comme d’habitude avec la phrase qui a sûrement été la plus prononcée de l’année dernière : « C’est pas nous, c’est ceux d’avant ! ». Mais il faut pas trop se foutre de la gueule du monde. Le gouvernement précédent était déjà obligé de gonfler les chiffres en expulsant des vacanciers (ne cliquez pas ici), Manu a donc dû bien mettre la précision aux forces de l’ordre pour qu’ils en arrivent à ce résultat astronomique.

En tout cas, pour cette belle réussite, le gouvernement pourrait remercier la Roumanie et la Bulgarie. Ils sont bien gentil d’avoir bien voulu récupérer leurs exilés, puisqu’un tiers « des candidats au départ » faisant parti de la communauté la mieux lotie là bas : les Roms. Pas sûr qu’on veuille bien récupérer un jour, le gros Gérard et la petit Mireille. En tout cas, il y a toutes les raisons de penser que Manu subisse des précisions de la part du lobby des éleveurs de poules. Monsieur n’a pas lésiné sur les moyens tout l’été pour établir un autre record, en faisant subir à 7 594 personnes la démolition de leurs camps.

Par contre quand il s’agit de respecter leurs engagements à deux balles, c’est tout de suite un peu plus compliqué. Le dispositif visant à réduire les contrôles d’identités discriminatoires a été rangé au placard. Le ministre de l’intérieur s’est tout simplement assis sur l’invalidation par la Cour de Cassation, de la garde à vue relative aux étrangers en situation irrégulière. Et ne parlons du droit de vote des étrangers pour ceux qui sont en situation régulière. Même si j’y suis opposé parce que cette réforme créerait des sous-citoyens alors qu’il faudrait élargir l’accès à la citoyenneté. Premièrement, les électeurs de François Hollande sont en droit de l’attendre et deuxièmement cela marquerait très symboliquement une rupture avec les années racistes de Sarkozy.

Haïr pour retrouver l’amour

Mais suis-je bête ? J’avais complètement oublié. Selon un sondage consultant les téléspectateurs de M6 (ne pas cliquez ici), 30 % des français auraient voté Heinrich Himmler s’il s’était présenté à la dernière présidentielle. Manu aurait pu se dire: « Heureusement qu’il est mort et qu’on ne donne pas encore la nationalité française à n’importe qui. Beaucoup de nazis auraient débarqué pour tenter leurs chance en 2017. » Ça aurait été très drôle mais le gouvernement préfère satisfaire quelques blaireaux aux réflexes synaptiques datant des années 30. A défaut de convaincre les instits avec cette réforme des rythmes scolaire caduque et inégalitaire, de défendre les travailleurs en lutte de toutes ces entreprises qui licencient, il faut bien allez chercher les voix de toutes ces masses informes étalées devant le spectacle des faits divers médiatisés.

Cette dérive regrettable de nos représentants est tout aussi dangereuse que pathétique puisqu’elle induit implicitement que l’étranger, l’autre que nous est un ennemi. L’État peut alors jeter aux oubliettes toute décence, tout droits fondamentaux pour nous protéger de « l’adversaire ». La xénophobie devient donc un principe d’État qui perdure quelque soit la couleur politique du gouvernement.

Merci, grâce à toi Manu, on a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain.

YAGOUBI Florian

La Valls continue, l’hypocrisie aussi.

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Ça on peut le dire, Manu est un sacré danseur. Il sait nous faire tourner la tête. Un pas à gauche, un autre à droite et nous voilà embarqué dans cette incroyable Valls. Au premier temps, (de la) Valls nous explique la montée de l’insécurité et du terrorisme par la politique sécuritaire et xénophobe du précédent gouvernement. Au deuxième temps (de la) Valls impose de nouveaux critères pour la régularisation des sans-papiers. C’est à se demander s’il ne se foutrait pas un peu de notre gueule.

La Valls : un coupé décalé du gouvernement Sarkozy

012nbJe me rappelle avoir dit à un journaliste après avoir mis le petit bulletin François Hollande dans l’urne, que je ne croyais pas que son élection bouleverserait notre système économique mortifère, mais que la politique xénophobe du dernier gouvernement prendrait fin. Je dois donc avouer avoir pris une belle claque lorsque j’ai pris connaissance de la dernière circulaire de l’héritier incontesté de Nicolas Sarkozy : Manuel Valls. Il avait déjà sacrément déconné tout l’été en sonnant la chasse aux Roms, mais là, Manu nous a sorti le grand jeu. Après six mois de discussions avec différentes associations, voilà que le deuxième flic préféré des français (oui le premier, c’est l’inspecteur Barnabi selon un sondage Pif magazine) décide de faire un beau sieg heil à tout le monde. Avec sa nouvelle circulaire, Valls affirme qu’il ne marquera pas de rupture avec les politiques sécuritaires et racistes d’hier et que la politique du chiffre continuera de plus belle. Ce sera 30 000 régularisations par an, alors que le nombre de sans papiers est estimé à 350 000. De quoi laisser perdurer, l’exploitation de bon nombre de travailleurs sans-papiers qui se voient dépouiller de leurs droits par leurs employeurs. Et tout ça pourquoi? Pour satisfaire une poignée de xénophobes qui n’ont toujours pas compris que si leurs entreprises étaient propres le matin, cela avait toutes les chances d’être l’œuvre « d’impitoyables terroristes » résidant, travaillant, consommant et cotisant sur le territoire français.

La Valls : Une main tendue à l’extrême droite

Alors qu’hier soir, Manu était envoyé sur France 2 pour jouer les contradicteurs face à la grosse Marine, sa politique est en complet accord avec les discours du Fhaine. La circulaire Valls entérine l’idée que l’immigration est responsable du chômage en France. L’obstination de ce gouvernement à ne pas s’attaquer au véritable problème qu’est la finance et l’austérité, met notre super flic dos au mur. Si ce n’est pas la confiscation de la richesse produite par la finance qui détruit notre économie, il lui faut bien trouver un responsable. Alors quoi de plus facile de s’attaquer à celui qui ne peut se défendre, celui qui n’aurait soi-disant pas le droit d’être là. Et cela qu’en bien même celui-ci ne soit responsable de ce qu’on lui reproche : « nous coûter trop cher ».

Les sans papiers et l’immigration, ne l’oublions pas, rapportent bien plus qu’ils ne coûtent. Je vous passerai le topo sur la conception républicaine de la nation et l’intérêt sur le plan intellectuel d’intégrer des individus venant d’ailleurs. Mais puisque, aujourd’hui, il faut des chiffres et parler d’argent pour faire sérieux, je suis bien désolé de rappeler aux ignorants que l’immigration rapporterait à la France 12,4 milliards d’euros. Selon Xavier Chojnicki, Maitre de Conférence à Lille 2 (on peut pas faire mieux comme référence), « comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques ».

Si l’on considère ce point de vue, notre père fouettard national aurait peu être dû revoir sa copie, avant de danser la gigue toujours plus à droite en fredonnant les méfaits économiques de l’immigration sur l’air de « maréchal nous voilà », pour ne pas laisser l’extrême droite savourer une nouvelle victoire.

Retour sur le tape à l’œil sécuritaire.

L‘incident s’est produit mardi dernier. L’intervention du député UMP Eric Ciotti sur l’augmentation « catastrophique » des chiffres de la délinquance, a quelque peu échaudé notre nouveau super flic. Sa réponse mettant en cause les politiques sécuritaires des précédents gouvernements, nous a alors particulièrement surpris. « L’esbroufe c’est vous, l’échec c’est vous, la hausse de la délinquance c’est vous, la suppressions de policiers et de gendarmes c’est vous, le retour du terrorisme dans ce pays c’est vous , la division des français c’est vous ! » osa-t-il conclure. Que lui était il arrivé à notre ministre friand d’esbroufe sécuritaire ? S’était il rendu compte de l’inefficacité de ses propres politiques ? Eh bien non. Tout comme ce gouvernement pétochard, Manu (comme on aime l’appeler par chez nous) s’est gentiment excuser en admettant qu’il s’était laissé emporter par la chaleur de l’assemblée. Le problème, c’est que cette petite incartade soulève des vraies questions.

Depuis près de 20 ans, nous assistons à une surenchère sécuritaire des gouvernements successifs (celui-ci ne faisant pas exception). Le but est simple : répondre aux attentes d’un électorat gavé par des émissions caricaturales sur les banlieues, la délinquance, etc … qui se sent menacé par l’augmentation de la criminalité. Et pour satisfaire les habitants des pavillons aux pelouses verdoyantes situés bien loin des zones sensibles, les gouvernements n’ont pas chômé. Des politiques pénales plus sévères ont été mises en place sans même que l’on se se soucie de leur application, la vidéo surveillance est venue parsemer notre espace publique et une véritable chasse aux sans papiers ainsi qu’aux petits délinquants (mendiants, prostitués, consommateurs de stupéfiants, etc …) a été ouverte. Ainsi, puisque la criminalité qui avait diminué dans les années 90′ semble de retour sous une nouvelle forme, il apparait normal de s’interroger sur l’efficacité des politiques dîtes de « Tolérance zéro ».

Pour l’anecdote, cette politique nous vient tout droit du cerveau de Rudolph Giuliani, un mafioso républicain maire de New York qui fit face à une forte hausse de la criminalité dans sa ville. Comme le retour à la fessée comme outil éducatif, l’idée était que plus on était sévère avec les délinquants moins la délinquance proliférait. Sa politique sera importée en France comme la panacée en matière de lutte contre la délinquance. Mais il s’est avéré qu’elle n’avait que la capacité de satisfaire une partie de l’électorat à court terme, les inconvénients étant loin d’être négligeables.

Le retour à la fessée n’a pas été responsable de la diminution de la délinquance.

Il y a pourtant eu une diminution de la délinquance pendant quelques temps, mais celle-ci, n’a pas été la conséquence de la sévérité de nos élites bien pensantes. Dans le livre « Disorder and decline » de Wesley Skogan si souvent cité par les partisans de la « Tolérance Zéro », la pauvreté et la ségrégation spatiale et raciale sont désignées comme les principaux facteurs de l’augmentation de la criminalité. L’amélioration des conditions matérielles d’existence de la population des quartiers dans les années 90′ a donc entraîné une diminution de la criminalité. A l’inverse, la précarité des emplois accessibles aujourd’hui expliquerait le nouveau regain que connait la délinquance, l’insécurité sociale engendrant nécessairement l’insécurité.

La démographie a elle aussi, joué un rôle dans la baisse du taux de criminalité des années 90′. La légalisation de l’avortement et son accessibilité aux populations les plus modestes, ont largement permis la diminution du nombre d’enfants non désirés délaissés par des familles (souvent mono-parentales) accaparées par un travail précaire.

Le changement de forme du trafic de stupéfiants y est aussi pour beaucoup. Les trafics se cantonnant aujourd’hui dans des réseaux de connaissances et les quartiers, ceux-ci ont alors engendré beaucoup moins de violence. La police a d’ailleurs laissé perdurer les petits trafics dans les quartiers dans le but d’acheter une certaine paix sociale. La récente affaire de la BAC de Marseille est révélatrice de ce phénomène. Je l’avais d’ailleurs observé à Évry, où la police laissait tranquille les dealers de mon quartier et se concentrait essentiellement dans la traque des petits consommateurs.

A cette même époque, je me rendis aussi compte de la quasi-disparition des conflits inter-quartier. Suivant une sorte de « loi de Newton du crime », la violence qui avait atteint de telle proportions au début des années 90′, ne pouvait que redescendre. Les nombreux morts que ces conflits avaient engendré, ont laissé des marques tellement profondes dans la jeunesse des quartiers que les conflits n’ont pas été reproduit.

Bien qu’inutile, la fessée a eu des effets secondaires.

Certes l’augmentation de la présence policière et des contrôles plus ou moins abusifs ont entrainé une baisse de la petite délinquance. Mais la plus grande partie s’est déplacée à la recherche d’environnements moins hostiles où les contrôles ne sont pas systématiques.

De plus la focalisation des forces de police sur cette petite délinquance a eu l’effet de gaspiller les moyens policiers. D’où les problèmes que l’on connait aujourd’hui pour lutter contre la vraie criminalité (gangs, meurtres, trafics de drogues et d’armes etc …). Ceci explique en partie le développement de groupes criminels organisés.

Nous avons aussi vu, ces dernières années, une augmentation des violences policières et des bavures concernant des populations considérées comme « à risques », c’est à dire des jeunes pauvres sûrement issus de l’immigration. Les tensions entre cette frange de la population et la police étant grandissantes, les représailles contre tout ce qui pouvait représenter l’État se sont accrues. Ceci a par ailleurs créé des tensions entre la partie de la population stigmatisée et le reste de la société. L’ostracisation d’une partie de la population a institutionnalisé une forme de racisme. Ce qui fait que dans l’inconscient collectif, tout espace fréquenté par des jeunes, des pauvres ou des populations non blanches est un environnement forcément hostile et dangereux et cela même pour les populations discriminées.

Ainsi le but de cette politique du « m’as tu vu sécuritaire » n’a été que de satisfaire quelques électeurs bien blancs se sentant en danger. Cette politique qui s’appuie déjà sur un diagnostic erroné de la situation, ne propose que des remèdes inappropriés. Ceux -ci n’ont eu que pour résultat d’exclure une frange de la population avec ces réactions (émeutes, replis communautaire, etc…). Alors oui, la droite est responsable de la récente augmentation de la délinquance, mais vous aussi, vous le serez Monsieur Valls, si vous persistez sur cette même voie.

YAGOUBI Florian

Archive : Du gris au larmes…

Un autre matin

Ce matin ressemble à beaucoup d’autres. Peut-être trop. Le réveil sonne dans la chambre et frappe les tempes de son cri strident. Il ne faut pas traîner, tout est millimétré. La pluie frappe les carreaux, c’est la saison mais Charles n’aime pas ça. Les pieds trouvent instinctivement les sandales dans le noir. L’homme quitte le lit où repose toujours sa bien-aimée. La douche dure 5 minutes, pas plus. Le thé chaud finit de réveiller les sens et, un morceau de pain dans la bouche, l’homme enfile son manteau et claque la porte.

Il fait encore nuit, l’air est glacial et gifles les joues. Le sol reflète les lumières du quartier et les silhouettes des tours dressées comme d’immenses totems noirs, symbole banal de l’âge du « tout béton ». Charles parcourt une centaine de mètres, un arrêt de bus l’attend avec les quelques personnes qui l’ont précédé. Ce sont toujours les mêmes. Depuis tant d’années, il connaît leurs visages, leurs styles vestimentaires, voire littéraires, quand ceux-ci plongent leurs pensées dans des romans ou des journaux. La première fois, intimidé, il s’était fendu d’un timide « bonjours » resté sans réponse. La moitié n’avait pas entendu, absorbée par la musique qui retentissait des écouteurs comme un chuchotement insupportable ; l’autre moitié n’avait pas prêté attention, tout juste y avait-il eu un regard discret sonnant comme un « qui c’est celui-là ? ». Il avait été un peu surpris, il est habitué, maintenant.

Le bus apparaît enfin et s’approche lourdement du trottoir en faisant siffler ses freins. La porte s’ouvre, les personnes s’y engouffrent, saluant poliment le chauffeur, parfois même sans lui porter un regard. La scène se répète plusieurs fois, jusqu’à la gare RER. Un flot emporte alors tous les passagers. On pourrait le suivre sans ouvrir les yeux. Chacun valide son titre et fait tourner le tourniquet, descend l’escalier jusqu’au quai et se place stratégiquement en fonction de la gare d’arrivée. Charles ne déroge pas à la règle, il n’y pense même plus, ces gestes se font tous seuls. Il y pense parfois avec ironie, voire un léger malaise. Le train s’avance lentement, chacun y trouve sa place, loin des autres, sauf s’il n’a pas le choix. Le jour se lève à mesure que les gares s’enchaînent. C’est au tour de la correspondance de Charles. Un escalier à monter, un autre à descendre. Le matin la procession de travailleur a tout d’un ballet funeste, comme une danse frénétique. Le ciel gris s’éclaircit, laissant voir les passagers marchant sur le bitume gris avec leur manteau gris et leur pantalon noir, passant d’un train gris à un autre train, gris, celui-ci. Les visages sont fermés, Charles ne s’y est jamais vraiment fait à ça. Mais c’est ainsi.

Une dernière séance

Arrivée : 8h15. Charles enfile sa combinaison bleue, elle commence à être usée. Voilà 2 semaines qu’il a demandé à ce qu’on la change. Son boulot n’est pas passionnant, mais il n’a trouvé que ça vu sa situation. Il réceptionne des pièces de moteurs qu’il amène aux OS, puis remballe les pièces réparées pour les remettre dans des camions. La journée passe vite, les colis s’enchaînent, il faut tenir la cadence, dur depuis la dernière série de licenciements. La pause de midi est plus que la bienvenue, puis c’est reparti jusqu’à 17h30. Pas le temps de penser, le travail devient mécanique. On parle très peu en dehors du repas, les collègues ne sont pas méchants, mais l’énergie et la joie de vivre manquent. Il y a bien Momo, un jeune très actif, qui a manqué une carrière de footballeur d’après lui. Un vrai moulin à parole, mais il est bien seul dans le cas, au point que beaucoup considère qu’il a une case en moins.

Le retour rejoue le bal du matin, la fatigue en plus. Reste le soulagement de pouvoir retrouver son foyer, sa famille. Charles n’attend que ça depuis qu’il a mis le nez dehors. De nouveau, la procession se met en marche, plus nombreuse qu’à l’aller. Les marches défilent, les visages se ferment, les yeux regardent les pieds de leurs propriétaires quand ils ne se perdent pas dans les écrans des téléphones ou les pages des romans à l’eau de rose. À la sortie, la file glauque reste immobile dans l’escalator, valide mécaniquement son pass Navigo, comme pour pointer son retour. Le trajet du bus semblent encore plus long…

Plus que quelques mètres, Charles avance d’un pas assuré, la fatigue est lourde sur les épaules, mais déjà un sourire marque son visage. Il se voit déjà embrasser son fils, prendre sa femme dans ses bras, leur raconter sa journée, écouter la leur. Il cherche déjà ce moment devant ces cahiers d’écolier, à tenter d’expliquer à Juan ce que lui n’a jamais eu la chance de faire. Il sent déjà ses lèvres toucher la chaleur de celles d’Olivia. Il est comme submergé par une vague d’amour qui donne tant de couleur à cette société froide et mécanique. Ici, il est heureux.

Seulement, ce jour-là, 3 hommes l’attendent à la porte, près d’une voiture. Charles sait déjà, mais il est trop tard. Son cœur s’emballe, pendant une seconde c’est la panique. Il savait que tout pouvait s’écrouler du jour au lendemain mais on est jamais assez préparé à ce genre de chose. La seconde d’après, la résignation prend le pas. Toute une vie défile dans la tête, ces nuits passées à la préfectures pour rien, cet imbroglio administratif pour un papier, puis un autre. Charles voit s’éloigner son rêve à mesure qu’un des agents avance, lui demandant ses papiers. Ses genoux touchent le sol, il ne les avait pas senti défaillir. La porte vers l’enfer est ouverte, le malien ne dormira pas chez lui ce soir. Dans quelques jours, il sera à plusieurs milliers de kilomètres comme plus de 20 000 étrangers par an.

Romain JAMMES