Un coup d’état permanent

La mondialisation est souvent prétexte aux discours pompeux sur l’impuissance croissante des États. Il m’apparaît donc important d’aborder un phénomène qui découle de cette domestication de l’État par notre divin marché : « l’état d’exception permanent »

J‘entends déjà certaines de vos réactions : « qu’est-ce qu’il nous raconte encore ? », « il va encore nous sortir ses théories fumeuses venues tout droit de récits d’anticipation! » .

Mais je commencerai pas répondre à :

« Mais c’est quoi ce truc ? »

« L‘état d’exception » nous vient d’un concept remontant à l’antiquité romaine : « la dictature », évoquée notamment par K. Marx lorsqu’il parle de « dictature du prolétariat ». Je vous vois déjà, là, à frissonner dernière vos écrans d’ordinateur, en imaginant les chasses à l’homme orchestrées par Sylla, les têtes coupées sous la dictature du populiste Marius ou les majestueux procès staliniens. Mais n’ayez crainte cher(e)s ami(e)s, en dehors de ces phénomènes folkloriques, il y a eu de multiples exemples beaucoup moins sanglants de ces suspensions de l’ordre constitutionnel tout au long du XX ème siècle. L’exemple le plus connu est d’ailleurs la seule utilisation de l’article 16 de la Constitution lors de la crise dite du « putsch des Généraux» de 1961, lorsque des militaires partisans de l’Algérie française ont tenté de renverser le Général de Gaulle

Proscriptions sous la dictature de Sylla

Il y a, il ne faut pas l’oublier, un second élément dans cette définition. Il s’agit du côté anecdotique et provisoire de « l’état d’exception », (hé oui s’il y a ex-cep-tion !!! c’est pas pour les chiens). Donc, pour ceux qui ont Alzheimer, la dictature (ou « l’état d’exception »), c’est une suspension provisoire de l’ordre constitutionnel pour répondre à un péril imminent. Tout comme « le droit de résistance », « l’état d’exception » s’oppose au droit, au nom du droit.

Une république qui faiblit, qui coule et qui fait « blic blic blic »

Le problème est que ce phénomène, est devenu un « paradigme de gouvernement ». Émancipé des contraintes temporelles, il est aujourd’hui un concept politico-juridique durable. Accentué par les attentats du 11 septembre et la guerre contre le terrorisme, qui n’ont laissé aucune législation intacte, le phénomène a en réalité été amorcé dès la première guerre mondiale lorsque les belligérants ont dû mettre en place des lois d’exception.charb5-10939698blvuv

C‘est à partir de cette époque que l’on a assisté à un effondrement progressif de la division des pouvoirs. Ce qui nous permet aujourd’hui d’observer conflits d’intérêts sur conflits d’intérêts. Les comptes helvétiques de Cahuzac, les magouilles de notre Tapie hexagonal, etc… etc… sont parfaitement révélateurs du système dégueulasse qui s’est mis en place. Le pouvoir exécutif ayant pris petit à petit le pas sur les pouvoirs législatif et judiciaire, notre 5ème République a finalement donné naissance à un machine politique clientéliste, pour ne pas dire mafieuse.

J‘espère que vous ne m’en voudrez pas mais j’aimerais passer les arguments maintes et maintes fois ressassés autour de l’hyper-présidentialisation de notre régime. Oui et oui, c’est un problème. Mais ce qui m’inquiète depuis quelques temps, c’est la normalisation du « gouvernement par décret ». Le décret (norme émanant de l’exécutif ayant force de loi) est devenu sans que personne ne s’en offusque, une manière comme une autre de légiférer ; puisqu’il faut être capable de répondre le plus rapidement possible aux injonctions du Grand Marché Tout Puissant. Et même si les décrets sont validés par le parlement, la banalisation de cette pratique a eu pour effet de transformer les assemblées en de simples chambres d’enregistrement à la botte de l’exécutif. Alors fini les longs débats et les fastidieux discours de l’Assemblée Nationale qui sont pourtant nécessaires à la vie démocratique d’un pays. Face à l’impératif économique, les débats ne peuvent avoir lieu. Certains vous diront d’ailleurs qu’ils sont inutiles, puisqu’une seule politique est possible. Il nous devient donc impossible de proposer des politiques alternatives.

Comme bel air de Wagner 

Laissons de côté pour l’instant cet aspect pour en venir à des considérations un peu plus matérielles.

« L‘état d’exception » s’incarne concrètement sur le territoire. La prison de Guantánamo en est un exemple particulièrement criant. Les États-Unis y enferment des individus sous le titre de « combattants illégaux » et non de prisonniers de guerre. Ils n’ont donc pas de statut juridique clairs, ce sont des êtres juridiquement inclassables. Et sans vouloir marquer des points Godwin, cette situation ressemble étrangement à celle des Juifs des Lagers nazis. Dans les deux cas les individus ne sont pas seulement privés de droit mais sont considérés extérieurs à toutes juridicité. Et comme en France, nous produisons un certain nombre d’Eichmann en puissance (policards et fonctionnaires complètement aliénés), nous faisons la même chose avec les roms et les sans-papiers. C’est notamment en ça, que « l’état d’exception » est devenu un paradigme de gouvernement, transcendant à la fois les partis et les frontières.

A part ça, ce phénomène politique s’explique par l’avènement de l’ère atomique. Le nucléaire en termes d’infrastructures, de gestion de risque, a obligé à un accroissement du pouvoir de l’Etat. Cela était inévitable pour pouvoir mettre en place correctement les structures organisant la production et la circulation de l’énergie nucléaire que ce soit dans le civil ou le militaire. Et vous comprendrez, qu’il a aussi insinué une extension du secret d’État, limitant par la même l’espace publique. Les conflits ont alors été modifiés par l’équilibre de la terreur, ce qui a laissé place à une augmentation des conflits secondaires (guerres civiles, terrorisme, antiterrorisme). Nous avons par conséquent vu s’estomper la frontière entre guerre et paix, justifiant l’avènement d’un état de violence permanent.

« L’état d’exception permanent », vous le comprendrez bien, n’est donc pas le résultat de restes monarchiques ou absolutistes, ni la persistance cafardesque de l’Ancien Régime. Ce phénomène est un pur produit de nos systèmes démocratiques occidentaux. Quelles conclusions devrions nous donc en tirer ?

« L‘état d’exception » a suivi comme son ombre la construction démocratique, mais cette ombre s’étend aujourd’hui au point d’éclipser nos démocraties. Cela relève du lien intime entretenu entre la violence et le droit. En délimitant la violence légitime et celle qui ne l’est pas, le droit porte en son sein la violence dont « l’état d’exception » est l’incarnation. Pour cela, seule une activité révolutionnaire, visant à transformer les institutions, peut trancher ce lien étroit. Il s’agit donc de faire advenir un réel « état d’exception », c’est à dire l’élection d’une assemblée constituante, pour mettre fin à ce système politique où le peuple est écarté, et les chambres méprisées.

YAGOUBI Florian

On a testé pour vous : Les femmes objets

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Peut être que quelques uns d’entre vous sont au courant mais la semaine dernière nous étions, avec Romain de retour sur Paris. Enfin « Paris », il faut le dire vite. Pour être plus précis, nous sommes retournés dans notre banlieue natale : l’Essonne. Comment vous dire ? L’Essonne c’est sympa, soit on profite du calme de sa campagne, de ses bois, de ses marais et on s’emmerde, soit on zone sur les avenues et les dalles pour s’emmerder aussi. Pas l’ombre d’une expo, d’une pièce de théâtre ni la rumeur d’un concert un peu rock’n’roll. Alors après avoir apprécié les retrouvailles familiales et leurs interminables repas, le seul espoir de trouver l’inspiration, la poésie, la muse pour nous accompagner dans notre lutte permanente, était de monter dans le premier omnibus.

Nous étions donc partis pour une journée Q. ulture (oui! Avec un gros Q) sur Paris. Au programme: l’expo Dali au centre Georges Pompidou. Frais et dispo pour accueillir dans nos encéphales les dégoulinantes peintures de Dali vues mille fois, nous marchions d’un pas décidé en direction du bâtiment aux gros tuyaux. Mais là, ce fut la désillusion. Nous avions oublié que dans la ville lumière, il fallait obligatoirement se farcir 3 heures d’attente et payer 10 euros pour voir une exposition sur artiste un peu reconnu.

SONY DSCPour la suite, je ne sais pas si vous avez vu la Haine de Mathieu Kassovitz mais ça ressemble un peu à ça. Nous déambulions comme trois banlieusards perdus dans cette ville à l’architecture bien plus chiadée que nos zones pavillonnaires et nos barres de bétons. C’est donc presque honteux que nous avons échoué aux Musée d’Art Moderne. Un coût d’œil au prix, trois euros. C’était raisonnable, nous sommes donc rentrés sans savoir ce qui nous attendait. Elle était là, au détour d’un escalier glauque tapissé par le visage de cette femme aux lèvres énormes. Il y avait une tête penchée et un de ces regards qui dérange. En fond sonore, pétardait une musique punk à nous jeter sur un trottoir comme de vulgaires objets. Le décor était planté, l’expo pouvait commencer.

Linder : femme/objet

Linder, c’est Linder Sterling une fabuleuse artiste âgée aujourd’hui de 59 ans. Femme/objet, c’est le nom de cette rétrospective des 35 ans de travail artistique et de lutte contre les représentations asservissant les femmes. Le concept est clair dés le début, il faut choquer, déranger pour nous faire réfléchir et remettre en cause nos propres représentations.

Un art subversif

Linder8Comme je vous l’ai dit, l’exposition démarre sur des chapeaux de roues. La musique de Ludus le groupe punk de Linder, à fond donne une allure tout à fait intéressante aux premiers clichés exposés. Des hommes et femmes du Dickens Bar, un club transformiste de Manchester, défilent le long d’un couloir complètement noir. Les sourires et les rires apparaissant sur les photos, les dessins de masturbation féminine et les cris de douleurs poussés par la musique, nous donne un cocktail assez explosif. Se déguiser, danser, chanter, se faire plaisir, devient alors à la fois un moyen de s’amuser, de se libérer et d’exprimer sa rage contre les représentations genrées que nous imposent la société patriarcale. Il devient important d’être ce que l’on veut, que l’on soit heureux ou malheureux sans être discriminé, exclus ou persécuté.

Linder1Au fond du couloir, sont exposées sous le regard d’une petite bourgeoise ballonnée par du cellophane, les pochettes des vinyles confectionnées par Linder parmi lesquels nous pouvons retrouver le jaune et rose du « never minds the bollocks » des sex pistols. A côté, des masques de carnavals un peu spéciaux sont placés sur des têtes de mannequins. Ces soutiens-gorges dans lesquels ont été fait des trous pour les yeux et auxquels ont été rajouté des chaines, symbolisent avec brio l’enchainement des femmes à leurs propres corps. Dans chaque sphères de la société, les femmes sont constamment réduites à de simples bouts de viandes. Dans l’espace publique, elles sont partout placardées nues pour nous vendre tout et n’importe quoi. Au boulot, elles sont sous-payés parce qu’elles peuvent pondre des chiards et passer leurs temps en congés maternités. A la maison, elles n’existent que pour enfanter, allaiter ou contenter les désirs d’un mari insatiable. Et c’est donc pour malmener cette image de la femme que de derrière le rideau d’où provient cette musique punchie, nous sont projetées les images d’un concert. Linder porte alors une robe de viande qu’elle finit par enlever pour exhiber un impressionnant gode-ceinture, faisant de cette manière un beau pied de nez à la phallocratie.

Des photomontages pour déconstruire les représentions de la femmes qui nous sont imposés


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nsuite, on change un peu de décor. Les photomontages pour lesquels Linder Sterling est devenue célèbre, sont exposés sur des murs d’une éclatante blancheur. La musique surexcitée s’estompe petit à petit, mais les œuvres restent tout aussi chocs. Des corps de femmes dont les têtes ont été remplacés par des objets de vie courantes, nous rappelle qu’encore aujourd’hui 80 % des taches ménagères sont effectuées par les femmes. Ces corps mutilés ou tout simplement entravés comme de vulgaires rôtis, sont tout aussi terrifiants qu’ils témoignent avec justesse de l’horreur des violences que subissent quotidiennement les femmes. L’effet est immédiat sur les spectatrices et spectateurs de ce cirque des curiosités, des « Oh mon Dieu » et des « Quelle horreur » surgissent des bouches ridées des couples d’octogénaires. Le pari est réussi pour Linder.

Les photomontages suivants sont beaucoup moins trash, au grand bonheur des petits vieux. Les corps loin d’avoir été violentés correspondent en tous points au corps idéal vendu dans les magazines « féminins ». Mais sur les têtes, ce sont des fleurs ou d’énormes lèvres pulpeuses qui y sont collés cette fois ci. Une série de clichés attire particulièrement l’attention du public. Linder s’est encore mise en Linder 2scène. Devant l’objectif du photographe Tim Walkers, celle-ci pose en ménagère parfaite. Son costume, des sous-vêtements transformés en habit du quotidien, ses accessoires (aspirateurs etc..) et les collages de roses remplaçant tour à tour sa tête, ses seins et son sexe, révèlent dans ce coton de couleurs pastelles ce que nous imaginons de la vie des femmes dans leurs foyers. Cette légèreté de vie tournant autour des romans à l’eau de rose, du ménage et de la satisfaction de combler un mari, nous sussure à l’oreille, sans choquer, cette forme d’aliénation pouvant être complètement intégrés par ces femmes.

En faisant s’accoupler différents magazines et des négatifs récupérés dans les poubelles, Linder reconstitue avec son scalpel un véritable puzzle. Ses photomontages sont un moyen de déconstruire la manière dont d’autres nous imposent leurs visions du monde et de la femme dans ce cas précis.

Un portrait de nos productions pornographiques

Malheureusement pour les octogénaires, l’exposition ne s’arrête pas là. La suite, comment vous dire ? Elle est hard-core. Rien que d’y penser, j’en n’ai encore des haut le cœur. Je ne suis déjà pas fan de pornographie, ni de gâteaux à la crème et encore moins de zoophilie, alors les trois mélangées je vous laisse imaginer. Les scènes proposés doivent d’ailleurs ressembler de près ou de loin aux fantasmes du footballer M’villa friand de prostituées de 16 ans. Les visiteurs divaguent entre d’immenses photos de femmes nues recouvertes de crèmes et d’image de cobras sortant des vagins, mais ne s’attardent pas trop. C’est dommage, car beaucoup on dû raté l’accouplement effectué par Linder entre Elle et Playboy montrant la similarité des représentations véhiculés par les deux magazines.

Au final, c’est dans une salle obscure où les derniers photomontages pornographiques sont rétro-éclairés à la manière des affiches publicitaires de Pigalle, que l’on comprend ce qu’est Linder. Linder, c’est un témoignage plein d’humour de notre société de consommation complètement pornographe. C’est une subversion brillante d’une vision kitch et misogyne de la femme. C’est le portrait de notre aliénation et des dérives de notre société mélangeant capitalisme et patriarcat.

YAGOUBI Florian

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On a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain

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Salut les amis! Me revoilà après une absence prolongée par une actualité politique qui m’a plongé comme les membres du gouvernement dans une sorte de mort cérébrale.

Pour dire vrai, je ne m’étais pas trop bercé d’illusions sur ce que l’élection du dernier grand calife allait entraîner dans le domaine économique. Je n’espérais pas non plus une révolution, ni même la lueur d’une réflexion sur des perspectives de réforme des politiques migratoires en France. Mais je m’étais naïvement laissé aller à croire que les prétendus socialistes auraient une attitude moins violente à l’égard des étrangers que le précédent gouvernement.

Il m’a donc semblé que les sociaux-libéraux n’avaient plus besoin de moi pour s’enfoncer. L’immonde de leur politique sécuritaire xénophobe et l’indécence de leur inaction sur le plan économique, étaient bien trop visibles pour que tout ceux qui avaient un QI plus élevé qu’une huitre n’en tirent pas des leçons adéquates. Mais un petit tour sur les chaînes d’informations ce matin, m’a vite remis les idées en place. A la vue de médias monopolisés par la vie de personnes bien différentes de nous (ne cliquez pas ici, ni ici, ici non plus). Par contre remercions Johnny de nous apprendre que Sardou est un gros con réactionnaire. Allez, on arrête de déconner et on ouvre sa gueule. Disons le, on s’est bien fait enfler.

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Le gouvernement derrière une flopée de bons sentiments dégoulinants la philanthropie, perpétue la bonne vieille tradition xénophobe des temps de crise. Et même si quelques membres de la majorité nous ont fait part de leurs remords, cela n’a pas empêché le P.S. d’apporter un soutien sans faille au principal responsable de cette politique de dégueulasse. Vous savez ? Oui ! Le seul successeur incontesté de Nicolas Sarkozy. Oui ! Manuel Valls, notre grand ami. Celui qui en toute tranquillité organise le harcèlement des Roms, maintient le quota arbitraire des 30 000 régularisations et continue les expulsions.

 2012, l’année de tous les records

Il y a de quoi être un peu déçu. C’est pas comme si notre président ne s’était pas engagé à mettre fin à la politique du chiffre pendant la présidentielle. En 2012 Manu a fait mieux que tout ses prédécesseurs, 36 322 expulsions d’étrangers en situation irrégulière contre 33 000 et 28 000 en 2011 et 2010. Ils s’en sont défendus comme d’habitude avec la phrase qui a sûrement été la plus prononcée de l’année dernière : « C’est pas nous, c’est ceux d’avant ! ». Mais il faut pas trop se foutre de la gueule du monde. Le gouvernement précédent était déjà obligé de gonfler les chiffres en expulsant des vacanciers (ne cliquez pas ici), Manu a donc dû bien mettre la précision aux forces de l’ordre pour qu’ils en arrivent à ce résultat astronomique.

En tout cas, pour cette belle réussite, le gouvernement pourrait remercier la Roumanie et la Bulgarie. Ils sont bien gentil d’avoir bien voulu récupérer leurs exilés, puisqu’un tiers « des candidats au départ » faisant parti de la communauté la mieux lotie là bas : les Roms. Pas sûr qu’on veuille bien récupérer un jour, le gros Gérard et la petit Mireille. En tout cas, il y a toutes les raisons de penser que Manu subisse des précisions de la part du lobby des éleveurs de poules. Monsieur n’a pas lésiné sur les moyens tout l’été pour établir un autre record, en faisant subir à 7 594 personnes la démolition de leurs camps.

Par contre quand il s’agit de respecter leurs engagements à deux balles, c’est tout de suite un peu plus compliqué. Le dispositif visant à réduire les contrôles d’identités discriminatoires a été rangé au placard. Le ministre de l’intérieur s’est tout simplement assis sur l’invalidation par la Cour de Cassation, de la garde à vue relative aux étrangers en situation irrégulière. Et ne parlons du droit de vote des étrangers pour ceux qui sont en situation régulière. Même si j’y suis opposé parce que cette réforme créerait des sous-citoyens alors qu’il faudrait élargir l’accès à la citoyenneté. Premièrement, les électeurs de François Hollande sont en droit de l’attendre et deuxièmement cela marquerait très symboliquement une rupture avec les années racistes de Sarkozy.

Haïr pour retrouver l’amour

Mais suis-je bête ? J’avais complètement oublié. Selon un sondage consultant les téléspectateurs de M6 (ne pas cliquez ici), 30 % des français auraient voté Heinrich Himmler s’il s’était présenté à la dernière présidentielle. Manu aurait pu se dire: « Heureusement qu’il est mort et qu’on ne donne pas encore la nationalité française à n’importe qui. Beaucoup de nazis auraient débarqué pour tenter leurs chance en 2017. » Ça aurait été très drôle mais le gouvernement préfère satisfaire quelques blaireaux aux réflexes synaptiques datant des années 30. A défaut de convaincre les instits avec cette réforme des rythmes scolaire caduque et inégalitaire, de défendre les travailleurs en lutte de toutes ces entreprises qui licencient, il faut bien allez chercher les voix de toutes ces masses informes étalées devant le spectacle des faits divers médiatisés.

Cette dérive regrettable de nos représentants est tout aussi dangereuse que pathétique puisqu’elle induit implicitement que l’étranger, l’autre que nous est un ennemi. L’État peut alors jeter aux oubliettes toute décence, tout droits fondamentaux pour nous protéger de « l’adversaire ». La xénophobie devient donc un principe d’État qui perdure quelque soit la couleur politique du gouvernement.

Merci, grâce à toi Manu, on a trouvé plus fort qu’un socialiste votant les pleins pouvoirs à Pétain.

YAGOUBI Florian

La Valls continue, l’hypocrisie aussi.

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Ça on peut le dire, Manu est un sacré danseur. Il sait nous faire tourner la tête. Un pas à gauche, un autre à droite et nous voilà embarqué dans cette incroyable Valls. Au premier temps, (de la) Valls nous explique la montée de l’insécurité et du terrorisme par la politique sécuritaire et xénophobe du précédent gouvernement. Au deuxième temps (de la) Valls impose de nouveaux critères pour la régularisation des sans-papiers. C’est à se demander s’il ne se foutrait pas un peu de notre gueule.

La Valls : un coupé décalé du gouvernement Sarkozy

012nbJe me rappelle avoir dit à un journaliste après avoir mis le petit bulletin François Hollande dans l’urne, que je ne croyais pas que son élection bouleverserait notre système économique mortifère, mais que la politique xénophobe du dernier gouvernement prendrait fin. Je dois donc avouer avoir pris une belle claque lorsque j’ai pris connaissance de la dernière circulaire de l’héritier incontesté de Nicolas Sarkozy : Manuel Valls. Il avait déjà sacrément déconné tout l’été en sonnant la chasse aux Roms, mais là, Manu nous a sorti le grand jeu. Après six mois de discussions avec différentes associations, voilà que le deuxième flic préféré des français (oui le premier, c’est l’inspecteur Barnabi selon un sondage Pif magazine) décide de faire un beau sieg heil à tout le monde. Avec sa nouvelle circulaire, Valls affirme qu’il ne marquera pas de rupture avec les politiques sécuritaires et racistes d’hier et que la politique du chiffre continuera de plus belle. Ce sera 30 000 régularisations par an, alors que le nombre de sans papiers est estimé à 350 000. De quoi laisser perdurer, l’exploitation de bon nombre de travailleurs sans-papiers qui se voient dépouiller de leurs droits par leurs employeurs. Et tout ça pourquoi? Pour satisfaire une poignée de xénophobes qui n’ont toujours pas compris que si leurs entreprises étaient propres le matin, cela avait toutes les chances d’être l’œuvre « d’impitoyables terroristes » résidant, travaillant, consommant et cotisant sur le territoire français.

La Valls : Une main tendue à l’extrême droite

Alors qu’hier soir, Manu était envoyé sur France 2 pour jouer les contradicteurs face à la grosse Marine, sa politique est en complet accord avec les discours du Fhaine. La circulaire Valls entérine l’idée que l’immigration est responsable du chômage en France. L’obstination de ce gouvernement à ne pas s’attaquer au véritable problème qu’est la finance et l’austérité, met notre super flic dos au mur. Si ce n’est pas la confiscation de la richesse produite par la finance qui détruit notre économie, il lui faut bien trouver un responsable. Alors quoi de plus facile de s’attaquer à celui qui ne peut se défendre, celui qui n’aurait soi-disant pas le droit d’être là. Et cela qu’en bien même celui-ci ne soit responsable de ce qu’on lui reproche : « nous coûter trop cher ».

Les sans papiers et l’immigration, ne l’oublions pas, rapportent bien plus qu’ils ne coûtent. Je vous passerai le topo sur la conception républicaine de la nation et l’intérêt sur le plan intellectuel d’intégrer des individus venant d’ailleurs. Mais puisque, aujourd’hui, il faut des chiffres et parler d’argent pour faire sérieux, je suis bien désolé de rappeler aux ignorants que l’immigration rapporterait à la France 12,4 milliards d’euros. Selon Xavier Chojnicki, Maitre de Conférence à Lille 2 (on peut pas faire mieux comme référence), « comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques ».

Si l’on considère ce point de vue, notre père fouettard national aurait peu être dû revoir sa copie, avant de danser la gigue toujours plus à droite en fredonnant les méfaits économiques de l’immigration sur l’air de « maréchal nous voilà », pour ne pas laisser l’extrême droite savourer une nouvelle victoire.

Retour sur le tape à l’œil sécuritaire.

L‘incident s’est produit mardi dernier. L’intervention du député UMP Eric Ciotti sur l’augmentation « catastrophique » des chiffres de la délinquance, a quelque peu échaudé notre nouveau super flic. Sa réponse mettant en cause les politiques sécuritaires des précédents gouvernements, nous a alors particulièrement surpris. « L’esbroufe c’est vous, l’échec c’est vous, la hausse de la délinquance c’est vous, la suppressions de policiers et de gendarmes c’est vous, le retour du terrorisme dans ce pays c’est vous , la division des français c’est vous ! » osa-t-il conclure. Que lui était il arrivé à notre ministre friand d’esbroufe sécuritaire ? S’était il rendu compte de l’inefficacité de ses propres politiques ? Eh bien non. Tout comme ce gouvernement pétochard, Manu (comme on aime l’appeler par chez nous) s’est gentiment excuser en admettant qu’il s’était laissé emporter par la chaleur de l’assemblée. Le problème, c’est que cette petite incartade soulève des vraies questions.

Depuis près de 20 ans, nous assistons à une surenchère sécuritaire des gouvernements successifs (celui-ci ne faisant pas exception). Le but est simple : répondre aux attentes d’un électorat gavé par des émissions caricaturales sur les banlieues, la délinquance, etc … qui se sent menacé par l’augmentation de la criminalité. Et pour satisfaire les habitants des pavillons aux pelouses verdoyantes situés bien loin des zones sensibles, les gouvernements n’ont pas chômé. Des politiques pénales plus sévères ont été mises en place sans même que l’on se se soucie de leur application, la vidéo surveillance est venue parsemer notre espace publique et une véritable chasse aux sans papiers ainsi qu’aux petits délinquants (mendiants, prostitués, consommateurs de stupéfiants, etc …) a été ouverte. Ainsi, puisque la criminalité qui avait diminué dans les années 90′ semble de retour sous une nouvelle forme, il apparait normal de s’interroger sur l’efficacité des politiques dîtes de « Tolérance zéro ».

Pour l’anecdote, cette politique nous vient tout droit du cerveau de Rudolph Giuliani, un mafioso républicain maire de New York qui fit face à une forte hausse de la criminalité dans sa ville. Comme le retour à la fessée comme outil éducatif, l’idée était que plus on était sévère avec les délinquants moins la délinquance proliférait. Sa politique sera importée en France comme la panacée en matière de lutte contre la délinquance. Mais il s’est avéré qu’elle n’avait que la capacité de satisfaire une partie de l’électorat à court terme, les inconvénients étant loin d’être négligeables.

Le retour à la fessée n’a pas été responsable de la diminution de la délinquance.

Il y a pourtant eu une diminution de la délinquance pendant quelques temps, mais celle-ci, n’a pas été la conséquence de la sévérité de nos élites bien pensantes. Dans le livre « Disorder and decline » de Wesley Skogan si souvent cité par les partisans de la « Tolérance Zéro », la pauvreté et la ségrégation spatiale et raciale sont désignées comme les principaux facteurs de l’augmentation de la criminalité. L’amélioration des conditions matérielles d’existence de la population des quartiers dans les années 90′ a donc entraîné une diminution de la criminalité. A l’inverse, la précarité des emplois accessibles aujourd’hui expliquerait le nouveau regain que connait la délinquance, l’insécurité sociale engendrant nécessairement l’insécurité.

La démographie a elle aussi, joué un rôle dans la baisse du taux de criminalité des années 90′. La légalisation de l’avortement et son accessibilité aux populations les plus modestes, ont largement permis la diminution du nombre d’enfants non désirés délaissés par des familles (souvent mono-parentales) accaparées par un travail précaire.

Le changement de forme du trafic de stupéfiants y est aussi pour beaucoup. Les trafics se cantonnant aujourd’hui dans des réseaux de connaissances et les quartiers, ceux-ci ont alors engendré beaucoup moins de violence. La police a d’ailleurs laissé perdurer les petits trafics dans les quartiers dans le but d’acheter une certaine paix sociale. La récente affaire de la BAC de Marseille est révélatrice de ce phénomène. Je l’avais d’ailleurs observé à Évry, où la police laissait tranquille les dealers de mon quartier et se concentrait essentiellement dans la traque des petits consommateurs.

A cette même époque, je me rendis aussi compte de la quasi-disparition des conflits inter-quartier. Suivant une sorte de « loi de Newton du crime », la violence qui avait atteint de telle proportions au début des années 90′, ne pouvait que redescendre. Les nombreux morts que ces conflits avaient engendré, ont laissé des marques tellement profondes dans la jeunesse des quartiers que les conflits n’ont pas été reproduit.

Bien qu’inutile, la fessée a eu des effets secondaires.

Certes l’augmentation de la présence policière et des contrôles plus ou moins abusifs ont entrainé une baisse de la petite délinquance. Mais la plus grande partie s’est déplacée à la recherche d’environnements moins hostiles où les contrôles ne sont pas systématiques.

De plus la focalisation des forces de police sur cette petite délinquance a eu l’effet de gaspiller les moyens policiers. D’où les problèmes que l’on connait aujourd’hui pour lutter contre la vraie criminalité (gangs, meurtres, trafics de drogues et d’armes etc …). Ceci explique en partie le développement de groupes criminels organisés.

Nous avons aussi vu, ces dernières années, une augmentation des violences policières et des bavures concernant des populations considérées comme « à risques », c’est à dire des jeunes pauvres sûrement issus de l’immigration. Les tensions entre cette frange de la population et la police étant grandissantes, les représailles contre tout ce qui pouvait représenter l’État se sont accrues. Ceci a par ailleurs créé des tensions entre la partie de la population stigmatisée et le reste de la société. L’ostracisation d’une partie de la population a institutionnalisé une forme de racisme. Ce qui fait que dans l’inconscient collectif, tout espace fréquenté par des jeunes, des pauvres ou des populations non blanches est un environnement forcément hostile et dangereux et cela même pour les populations discriminées.

Ainsi le but de cette politique du « m’as tu vu sécuritaire » n’a été que de satisfaire quelques électeurs bien blancs se sentant en danger. Cette politique qui s’appuie déjà sur un diagnostic erroné de la situation, ne propose que des remèdes inappropriés. Ceux -ci n’ont eu que pour résultat d’exclure une frange de la population avec ces réactions (émeutes, replis communautaire, etc…). Alors oui, la droite est responsable de la récente augmentation de la délinquance, mais vous aussi, vous le serez Monsieur Valls, si vous persistez sur cette même voie.

YAGOUBI Florian

L’improbable engagement des hommes féministes

Il y a des bourgeois trotskos, des ouvriers de droite et des humains d’extrême droite. L’histoire connait bon nombre de traîtres à leurs classes et les médias ne se lassent pas de nous rabattre les oreilles de ces cas isolés. Et pourtant, la question du militantisme féministe du point de vue masculin n’est que trop rarement envisagé. Pourtant bien des hommes (traites à leur genre) tentent difficilement de trouver leur place dans ce mouvement.

Il y a plein de filles et moi je me sens comme un macabé.

A première vue le tableau est idyllique, deux hommes et près de vingt femmes merveilleuses. Merveilleuses ? N’ont pas pas parce qu’elles correspondent certains critères de beauté mais parce qu’elles sont dans une démarche d’émancipation collective qui nous prend aux tripes. Mais en fait, si nous admettons l’idée que nous vivons dans un système social qu’on l’appelle domination masculine, phallocratie, etc… où l’homme serait dominant et la femme dominée, l’engagement masculin dans la lutte contre un système qui le laisse largement bénéficiaire, entraîne donc forcément une certaine méfiance.

Nos paroles et nos actes font l’objet d’attention particulière de la part de militantes soucieuses d’éviter la reproduction du rapport de domination que nous souhaitons combattre. Au point parfois, de subir une vague de reproches plus ou moins musclés, pour la moindre incohérence entre notre engagement dans ce mouvement d’émancipation et nos actions. Vous comprendrez bien que les associations féministes sont des milieux où les hommes ne sont pas autant valorisés que dans notre société. Et si l’on considère la dimension affective et relationnelle du militantisme, l’engagement en tant qu’homme (habitué à être valorisé) dans un combat où il sera jugé en permanence demande un sacré courage politique. Pour l’anecdote, mon premier rapport avec le féministe fut assez musclé puisque lors d’une soirée me fut renvoyé en pleine face, la masse incroyable de comportements machistes que j’avais gentiment pris soin d’intérioriser. La claque fut si violente que j’ai encore parfois peine comprendre l’intérêt qu’éveille en moi ce combat.

Mais qu’est-ce que je fous là ?

Certains concepts développés par le corpus idéologique du mouvement politique de libération des femmes, attirent particulièrement notre attention phallocentrée. Notamment sur les questions d’identité de genre ou de « rapports sociaux genrés » qui nous invite à inventer une autre masculinité, à essayer de vivre en homme sans être oppresseur. Le but étant de refuser ce que l’on pourrait appeler « la virilité obligatoire » qui nous imposerait de nous comporter de telle où telle manière pour ne pas être discriminer par autrui. Le problème, c’est que certains hommes auraient tendance à basculer dans une thérapie larmoyante pour ne pas dire zemourienne, en s’apitoyant sur la difficulté d’être homme aujourd’hui et de tenir sa position (de dominant), sans se soucier de la question principale qui est l’émancipation des femmes. Vous concéderez de toute évidence, que la question du mal être de l’esclavagiste en manque d’autorité est certes moins importante que la libération des esclaves.

Cachez moi ce nombril que je ne saurais voir !

La démarche de certains hommes est ainsi quelque peu nombriliste. Puisqu’en individualisant leur vécu pour se détacher des structures du patriarcat, ils nient tout effet de ces structures sur leur comportement. En disant que « le privé est politique », le but n’est pas de se transformer soi-même, mais plutôt d’essayer par la parole de désindividualiser notre vécu afin se rendre compte que nous ne sommes pas façonnés par quelques problèmes psychologiques, mais par des structures sociales. Ce qui nous permettrait de comprendre que nous ne sommes pas des individus isolés mais bien les produits de ces structures. Que l’on soit de sexe masculin ou féminin, nous avons donc tout intérêt à lutter ensemble contre ces structures oppressives.

Et si l’on écoutait les femmes pour une fois ?

Je me retrouve donc très bien dans ce qu’Arria Ly a écrit dans le premier numéro du Combat féministe : « Les hommes féministes sont nos frères d’armes, et dans la grande arène, nous combattrons ensemble la main dans la main, eux par réparation et nous pas dignité ». Le féminisme est selon moi, un mouvement politique pouvant être porté à la fois par les hommes que par les femmes. Et même si je ne considère pas qu’il soit nécessaire de d’adopter une posture rédemptrice, il est tout à fait clair pour moi que nous ne pouvons faire fis des inégalités hommes/femmes quand nous souhaitons les combattre. Le mouvement a donc vocation a être pris en main par les femmes puisque nous ne sommes pas sollicités par des intérêts aussi immédiats que ces dernières. Cette lutte ne bouscule pas autant notre quotidien car nous ne subissons pas ces inégalités en permanence.

Si l’on s’en tient à la définition du MLF, nous ne serions donc que de simples « compagnons de routes » des féministes, étant donné que le féminisme est la politisation de l’expérience d’être une femme dans un monde social dominé par les hommes. Mais les titres ont bien peu d’importance dans ces luttes caractérisées par l’action. Il s’agit donc dans nos actes, de ne pas reproduire des rapports de domination masculine dans les groupes militants, où elle se calque sans problème. Nous devons donc intégrer des groupes féministes mixtes tout en sachant que nous n’avons pas à avoir accès au pouvoir décisionnel. Quant aux groupes féministes non-mixtes, ceux-ci sont tout à fait légitimes, les inégalités étant criantes, il est tout à fait normal que des femmes se réunissent entre elles pour faire émerger leurs priorités politiques.

YAGOUBI Florian

Au Parti Socialiste, l’écologie n’est pas prête de réveiller les morts.

La journée ne commençait déjà pas très bien. Le temps était mot-rose et Toulouse tremblait déjà sous les pas des éléphants roses venus assister au congrès du parti socialiste. A peine levé, j’en avais plein les bottes de ces roses, et m’imaginer à regarder les socialistes se jeter des fleurs tout le week-end ne m’enchantait guère. Mais bon j’y suis allé. Sur la route, le climat était électrique, les gendarmes contrôlaient tous les laissés pour compte qui se rendaient à la soupe populaire juste à côté du parc des expositions. Je fus un peu surpris de croiser un camp de Roms que notre nouveau super-flic n’avait pas encore fait démanteler. (Alors, chut. Peut-être ne l’a-t-il pas encore remarqué.) Devant les portes, il y avait un peu de grabuge. Le service d’ordre refusait l’entrée à deux excités. Un peu interloqué, je décidais d’aller voir ces agitateurs pour me renseigner sur la situation. Ils m’ont alors expliqué qu’ils étaient venus pour interpeller les membres du Parti socialiste sur leur exclusion du parti. En fait, je n’en eus pas grand chose à faire. Je suis donc rentré pour me mettre bien au chaud. Mais quand même, pourquoi refuser l’adhésion de certains individus ? Alors que ce parti regroupe assez facilement des femmes et des hommes diamétralement opposés.

D‘ailleurs je fus assez surpris par le premier discours auquel je dus assister. Une petite femme rousse s’agitait du haut de la tribune et tentait d’interpeller ses camarades à propos d’écologie politique. Elle parlait de transition énergétique, de créer un service publique de l’eau, de sortie progressive du nucléaire et du refus d’exploiter le gaz de schiste. Mais que faisait elle au parti socialiste ? J’avais l’impression que personne ne l’écoutait. De la salle émanait un bruit qui aurait poussé au suicide le plus chevronné des instituteurs. Mes voisins de gauche faisaient des grimaces, alors que ceux de droite se gaussaient comme des crapauds. Cette femme avait bien du courage. Et du courage il en faut en politique pour faire avancer ce genre d’idées progressistes. Surtout dans ce parti composé d’hommes et de femmes qui considèrent encore le nucléaire comme une « filière d’avenir » et dont les élus délèguent encore la gestion de l’eau aux entreprises privées. Mais elle, elle ne flanchait pas et réclama avec force que le parti socialiste se lance dans un grand projet altermondialiste et écologique afin de construire une alternative concrète au capitalisme. « Mais où se croit elle, celle là ? Chez les Mélenchonistes ! » lança en rigolant mon voisin de droite. Moi, j’étais convaincu. Mais ce n’était pas le cas de mon voisin de gauche qui s’était endormi.

Cette femme, c’était Laure Pascarel, un véritable soldat de l’écologie politique oubliée des média. Et lors de l’entretien que nous pûmes obtenir, je compris tout de suite que je n’avais pas à faire à une hippie amoureuse des fleurs et des animaux mais bien à une militante écologiste de la première heure. Assise au stand d’Utopia, elle insista d’ailleurs très fortement sur le fait que la politique ne remplissait pas son assiette. Son engagement était sincère et ne connaissait pas de limite. La liste des associations dans lesquelles elle était engagée, était vertigineuse. Utopia, Attac, Resf et j’en passe, devaient bien remplir son agenda d’activité. Elle m’avoua naïvement qu’elle souhaitait « changer le monde ». Elle voulait notamment mettre un terme au pillage des ressources naturelles et à la destruction des écosystèmes qui mettent en péril l’humanité. A l’inverse de Claude Bartelone, pour Laure « la souffrance différée », c’était surtout pas la dette, mais l’emprunte écologique que nous allions laisser aux générations futures. Et pour cela, la mise en place d’un plan de transition énergétique était nécessaire. Et donc, pouvoir emprunter était une condition essentielle pour pouvoir financer la reconversion rapide de notre appareil de production.

Le problème c’est que le Parti Socialiste, en plébiscitant la motion « Mobiliser les français pour réussir le changement », à près de 68 % contre 13 % pour la motion de Laure, a fait le choix d’être « l’agence de com’ du gouvernement », et non de le pousser au cul pour obtenir de véritables avancées sur le plan environnemental. Au final, l’action de Laure lors du congrès fut à l’image des 5 clowns et des 2 militantes d’Europe Ecologie Les Verts venues chercher le changement à la fin du congrès, courageuses, grandiloquentes mais surtout inefficaces. La transition énergétique ne sera pas au programme et les militants d’Europe Ecologie pourront manifester tant qu’ils le veulent, ce n’est pas parce qu’on leur a laissé quelques postes qu’ils ont leur mot à dire sur la politique du gouvernement.

YAGOUBI Florian

Sanofi : comme une envie de nationaliser

Je roulais à 180 km/h sur la troisième voie du périphérique toulousain. Grisé par la symbolique de mon acte irresponsable, je me suis mis à entonner l’air d’un chant révolutionnaire qui comptait la glorieuse histoire d’ouvriers voulant se saisir de leur outil de production. C’est alors que je fus brusquement interrompu par le ralentissement de la circulation. La révolution ne pouvant attendre, je me suis défoulé sur mon klaxon de la manière la plus courtoise que pouvait le permettre mon état d’excitation. Une fois mes ardeurs calmées par la berceuse que jouaient les véhicules immobiles, je me suis mis en quête des raisons de cet emmerdement. Et quelle quête ! Il me fut impossible d’obtenir la moindre information avant l’apparition d’une jeune femme qui déambulait à pied au milieu de la rocade. Les vitres de ma voiture étant ouvertes, elle me salua par un grand sourire puis me tendit un bout de papier. Elle me jeta brièvement à la figure : « On est là pour manifester contre le plan de restructuration chez Sanofric » et continua son chemin pour faire de même avec toutes les voitures qui daignaient s’ouvrir à son approche.

Un peu laissé sur ma faim par cette intervention éclair, je me suis alors penché pour ramasser le papier qu’elle m’avait gentiment offert . Je le lus et compris ce que cette femme avait voulu exprimer. Sanofric ( euh Sanofi) qui enregistrait 6 milliards de profit en 2011, était toujours décidé à supprimer des postes sur le site de Toulouse. Malgré le sourire imbécile d’Arnaud Montbourg en couverture du parisien magazine, l’avenir des salariés de Sanofi Toulouse était toujours incertain. Au mieux 200 emplois seraient supprimés par « un plan de départs volontaires ». « Volontaire » voulait dire : « Nous allons muter des salariés bien loin de chez eux et ceux qui refuseront l’exil, seront licenciés ». Ce qui était, selon le ministre d’un redressement productif à la dérive, une victoire comparé au plan social annoncé au début de l’été.

Docteur Jekill or Mister Hyde ?

Une fois sorti de ce bordel provoqué par la légitime colère des employés de ce grand groupe pharmaceutique, je pris l’initiative d’aller me renseigner sur cette histoire ubuesque. Comment une entreprise si soucieuse de la santé publique, pouvait-elle être aussi cynique ? Était ce philanthrope Docteur Jekyll où ce monstrueux Mister Hyde ? A première vue, le groupe Sanofi communiquait largement sur la responsabilité sociétale de son activité. En gentil colon, il formait des médecins pour des campagnes de vaccination en Afrique. En bon chrétien, il offrait avec charité son aide au Samu Social ainsi qu’à Médecin Du Monde pour sa lutte contre la pauvreté. Le comble de la bonté, il sponsorisait sans arrière pensée, bon nombre d’associations de patients. En somme c’était un beau conte de fées que m’offrait le site internet de Sanofi. Mais, il n’a pas fini en : « ils firent du fric et rendirent les gens heureux ».

Quelques recherches plus loin, et je tombais sur un article du Canard enchainé datant du 30 avril 2008. Celui-ci révélait que la direction de l’entreprise faisait circuler un document mentionnant la nécessité de « neutraliser la grande presse ». Le Canard parlait d’invitations au soleil, d’agréables cadeaux ainsi que nombreuses pages de publicité achetés par le groupe dans divers magazines afin d’éviter un scandale pouvant être provoqué par une petite pilule dénommée « Acomplia ». Sanofi avait alors trouvé la solution au problème de l’obésité grandissante. En effet le médicament provoquant de grave dépression, amenait certains malades jusqu’au suicide. Ce qui nous aurait permis de nous débarrasser de manière radicale des formes disgracieuses mouvant sur les trottoirs de nos villes. L’entreprise cherchait à dégraisser à n’importe quel prix pour pouvoir s’engraisser.

« Dégraisser pour s’engraisser » : un nouveau leit-motiv

 

Le problème, c’est que l’idée a dû inspirer Christopher Viehbacher qui est arrivé à la tête de l’entreprise en 2008. Et en bon fanatique de la compta, c’est ce qu’il fit. Il lança en 3 ans 2 plans d’économie et de restructuration, en coupant essentiellement dans la recherche et le développement. Là il vient d’attaquer son troisième plan de réduction des dépenses. Et même s’il prétexte d’un plan de rénovation de la recherche dans l’entreprise, le but est évidemment de maximiser les revenus des actionnaires qui n’en n’auront jamais assez. Cet abandon de la recherche et de l’innovation au profit d’une logique strictement financière pourrait alors nous paraître complètement stupide pour l’avenir de l’entreprise.

Mais il s’agit en réalité d’une stratégie d’externalisation de la recherche. Le groupe veut se concentrer sur ce qui fait le plus de fric. C’est à dire, les vaccins, les biotechnologies non réglementées et enfin les médicaments plus ou moins inutiles vendus sans ordonnance. Et puis tant pis pour les malades qui ne sont pas assez rentables, et tant pis l’avenir de l’entreprise, un actionnaire a pour but de faire le plus d’argent le plus rapidement. Et quand l’entreprise coulera, parce qu’elle aura tué des gens avec ses médicaments très chers qui ne servaient à rien, ou qu’elle n’aura plus les moyens d’acheter les brevets des autres, l’actionnaire se sera déjà carapaté des dividendes pleins les poches.

Mais attendez ! La recherche pharmaceutique ne serait elle pas d’utilité publique ?

 Oui vous savez, un truc qu’on fait sans en attendre une large contrepartie, juste parce que c’est nécessaire à la vie. Dans ce cas là, il serait peut être temps, après les petits problèmes du « Médiator » et d’« Acomplia », de considérer l’industrie pharmaceutique comme remplissant une mission de service publique. Son rôle pour la santé publique étant cruciale, nous ne pourrions laisser la gestion de ce genre d’entreprises aux taupes de la finance qui ne raisonnent qu’à court terme. Rappelons nous, qu’encore récemment les principales entreprises qui composaient Sanofi, étaient toutes sous contrôle public. Nationaliser Sanofi afin de créer un pôle public pharmaceutique, pourrait donc être la solution. Étant donné que les 150 millions d’euros de crédits d’impôt recherche alloués à l’entreprise, ne permettent pas de sauvegarder la recherche pharmaceutique dans les domaines qui ne semblent pas assez rentables pour la finance, cette oisive finance ne pourrait elle donc pas aller loger ailleurs ?

YAGOUBI Florian

Les Chroniques des Luttes : Besoin d’une troisième voie ?

Si je vous donne les chiffres vous allez me dire que c’est une catastrophe. (hop hop hop, quelques recherches et voilà les plus spectaculaires). Entre 1980 et 2007, 1 900 000 emplois ont été détruits et seulement dans l’industrie. (Vous noterez que la crise financière ne commence qu’en 2007). Parce qu’entre 2009 et 2011 c’est 55 769 suppressions dans le même secteur. En somme, c’est un « plan social » généralisé qui est mis en œuvre dans l’ensemble de notre pays. L’ambiance nous rappelle un certain jeudi d’octobre 1929. Déjà 3 millions de chômeurs et une dynamique qui ne laisse pas présager de glorieux lendemains. Les économies locales sont asphyxiées par les plans sociaux successifs des grosses entreprises qui faisaient « vivre nos pays ». Les petites boites, elles, coulent les unes après les autres, puisque leurs activités dépendaient des commandes générées par la présence de plus grosses firmes. Dans tout ça, les familles qui voyaient déjà leur pouvoir d’achat fondre d’année en année, accueillent le chômage et la précarité dans leur quotidien. Avec ça, c’est l’angoisse, la peur qui s’installe progressivement dans les foyers. L’angoisse de ne plus pouvoir vivre convenablement, la peur de ne plus avoir le minimum vital. Pour beaucoup, il ne reste et ne restera que la rage dévorant leurs entrailles pour tenir l’hiver qui s’annonce. La rage, de n’être qu’une « variable d’ajustement » pour ceux qui ont retiré et retirent encore les fruits de leur labeur. La rage, d’avoir vu leurs exploits collectifs passer derrière le « juste profit ». La rage, de voir l’humain réduit en poussière par le triomphe de la cupidité. Que peut il nous rester d’autre que l’envie de lutter pour notre survie, alors que le gouvernement ne veut plus rien pour nous face aux financiers ? Ce gouvernement de couards et de masochistes qui en votant le dernier traité européen, s’est lié les mains pour justifier son inaction. Que de belles promesses et de ministères aux grands noms. Pas un kopec n’ira au redressement productif, pas un n’ira pour le développement de l’économie sociale et solidaire. Leurs annonces et leurs bonnes intentions ne suffiront pas, s’ils ne se donnent pas les moyens juridiques et financiers d’enrailler la fuite en avant du capitalisme.

Un gouvernement voulant défendre l’intérêt général, devrait embrasser les intérêts des travailleurs. Mais quel baiser recevons nous, si ce n’est un baiser empoissonné ? Un baiser pour nous faire accepter nos conditions. Un baiser pour nous faire culpabiliser de ne vouloir travailler pour rien. Nous serions de puérils enfants gâtés refusant de lâcher leurs jouets. Des « privilégiés » disent-ils. Et de quels privilèges parlons-nous ? Des droits que nos aïeux ont obtenus et qu’ils auraient voulu nous léguer pour que nous ayons une vie meilleure. Ces droits acquis au prix des corps meurtris ou des organes tuméfiés par les journées passées à l’usine ou dans les bureaux pourris par l’amiante. Devrions nous aussi passer nos vies à produire pour en crever? Pour certains, nous serions aujourd’hui tous de jeunes fainéants, des fainéants responsables de la montée du chômage. Des fainéants de travailleurs parce que nous ne travaillons pas assez et que nous coûtons trop cher ou des fainéants de chômeurs, parce que nous ne travaillons pas et que nous coûtons trop cher. Tout cela me fait sourire. Le coût du travail, n’est trop élevé que dans la tête de ceux qui veulent des rendements à deux chiffres sans se retrousser les manches. Le coût du travail doit être au dessus du coût de la vie. Si, nous ne pouvions plus manger, nous soigner, nous loger correctement, nous ne pourrions plus consommer les produits fabriqués par leur main d’œuvre dite « bon marché ».

C‘est vrai, la révolution 1917 n’a pas débouché sur l’émancipation collective promise. Mais le système économique libéral et capitaliste n’a t-il pas encore prouvé sa capacité  à détruire le vivant  ? N’est il pas le moment de mettre en place un projet politique innovant ? Une troisième voie doit être trouvée entre le néo libéralisme de Milton Friedman et de l’économie soviétique, pour qu’enfin l’humain soit mis au centre du système. Cette alternative est possible et de nombreuses personnes tentent aujourd’hui de la défendre. Et c’est ce que nous tenterons de faire dans les chroniques des luttes en donnant la paroles aux femmes et aux hommes combattant le cynisme de notre économie mondialisé.

YAGOUBI Florian

A suivre : Sanofi : Comme une envie de nationaliser.

Au pied, mes petits députés !

« Nous devons collectivement être à la hauteur des enjeux ! » « J’ai besoin de votre soutien indéfectible ! » Ces mots résonnaient dans la bouche du secrétaire général du gouvernement comme un grand « Fermez vos gueules ! Rangez le socialisme dans vos tiroirs pour le ressortir aux prochaines élections ». Et pourquoi ? J’ai bien peur que cet affreux n’y ait jamais pensé. D’ailleurs s’il est à cette place, c’est qu’il est tout à fait disposé à parler sans trop rien dire. Il aurait pu s’appeler monsieur Ducon ( pardon Dupont) mais c’est Jean marc Ayrault. Alors J.M. du haut de son pupitre aux journées parlementaires socialiste de Dijon, en appelait avec verve à la « retenue » et à la « cohérence » de ses petits copains et de ses petites copines afin qu’ils adoptent le nouveau traité européen sans trop broncher. Bien triste, le reste de socialistes qui justifiaient encore que le « P.S. » ne soit amputé d’une de ses lettres, allaient devoir se faire à l’idée que l’Europe se faisait, sans eux et surtout sans débat. Et moi dans tout ça, j’espérais un brusque soubresaut, une sortie héroïque, une chevauchée des derniers mohicans socialistes. Je m’étais tapi en bon investigateur à l’affut du moindre cri, du moindre son venant de cette espèce en voie de disparition. Mais rien… Les MJS faisaient campagne sur le contrôle au faciès, Marie-Noël Lienemann était complètement muselée, Benoit Hamon resserrait sa cravate de ministre pour faire de beaux sourires aux caméras.

Atterré, je déambulais donc sur les pavés parisiens vibrant sous le choc des pantoufles de milliers de manifestants venus demander un référendum sur ce traité. C’est alors qu’au détour d’une pancarte bricolée à la hâte pour l’occasion, j’aperçus un vieux camarade de lutte. Lui, était allé au P.S. en 2007 et y était resté. Faut dire qu’ayant fait l’expérience du borgne au second tour, l’argument « vote utile ! Si tu ne veux pas du fascisme » avait assez bien pris sur lui. Mais là, il était méconnaissable. Déjà que faire campagne pour « Flamby » comme il l’appelait, l’avait quelque peu échaudé, le gugusse avait littéralement pété les plombs. Lui qui était habituellement tout en retenue, me sauta au cou. C’est alors qu’il me tint un discours d’une violence incroyable sur les dirigeants de son parti, l’Europe et le capitalisme. « Tout ça se finira dans le sang », « Je ne supporterai pas que l’on touche à l’avenir de mes enfants. Et pour ça tu vois, je serais prêt à tuer ! » s’exclama-t-il pour conclure sa démonstration gesticulée. Abasourdi par le désespoir et l’indignation sonore de mon ami, je n’ai malheureusement pas trouvé la force de me lancer dans l’éloge d’une action politique courageuse mais non violente. J’ai écourté la conversation prétextant d’un impératif quelconque et suis rentré chez moi aussi désabusé que lors de ma montée à Paris.

La semaine qui suivit, j’appris avec stupeur que le gouvernement prétendument socialiste s’apprêtait à faire passer ce traité d’une importance considérable en urgence. Le but : éviter tout débat que ce soit au parlement ou dans la société. Je me suis alors rappelé que les mêmes procédés avaient été utilisés par le précédent gouvernement afin de faire passer ce genre de réformes libérales s’attaquant directement à la souveraineté des États au profit des instances financières. A vouloir suivre le rythme imposé par les marchés, les gouvernements successifs ont remis petit à petit en cause les conditions nécessaires au bon fonctionnement de notre démocratie. En sabordant les débats, en réduisant au silence les forces voulant élaborer un projet alternatif, ceux qui se sentent aujourd’hui légitime à donner des leçons de liberté d’expression à Monsieur Chavez, ont réduit notre démocratie à peau de chagrin. L’exécutif ayant pris le pas sur les parlements, la démocratie parlementaire s’est vu vidée de toute substance, au point que les assemblées sont devenues de simples chambres d’enregistrements. Résultat : à l’image de mon ami croisé lors de la manifestation, la grogne des citoyens grandit face à système parlementaire qui ne serait plus capable de résoudre de manière pacifique les conflits découlant des intérêts antagonistes de notre société.

« En même temps, à quoi bon de longs débats quand il n’y a pas d’alternative au système économique libéral et capitaliste. Toute opposition et contre-projet aux politiques allant dans ce sens, seraient donc de simples chicaneries électoralistes, pour ne pas dire populistes. L’État aurait alors tout intérêt à l’accélération des processus de décisions afin de tenir le rythme des banques et des bourses au risque de froisser quelques citoyens, encore attachés à la démocratie. » Voilà comment certains économistes et politiciens néolibéraux font leurs adieux à la démocratie parlementaire qu’ils ont eux même mise en faillite. Nous ( c’est à dire toute personne ne vivant pas essentiellement de revenus issus du capital), nous ne pouvons céder à cette croyance quasi religieuse, qu’il n’y aurait pas de politique possible en dehors de la toute puissante économie mondialisée. Il nous est donc impératif en tant que citoyen de redonner du poids aux actions politiques, et de rappeler à toutes et à tous qu’une politique courageuse pourrait se dresser face à la prééminence d’une économie mortifère, de la même manière que l’ont fait certains pays d’Amérique Latine après avoir été victimes des mêmes politiques austéritaires que nous vivons aujourd’hui.

Il est vrai que le concept thatcherien : « There is no alternative » en dehors d’une politique au profit du capital, a fait son chemin au parti socialiste ainsi que chez les dirigeants d’Europe Écologie. Il reste malgré tout, quelques irréductibles gauchistes dont nous faisons partie qui courageusement tentent de faire entendre un contre-projet au service des populations et non des banques. C’est dans cette optique que nous nous battons pour une 6ème République mettant le citoyen au cœur des processus démocratiques ainsi que pour de nouvelles formes de solidarités aussi bien nationales qu’internationales. Nous ne cherchons pas à « améliorer la rapidité des décisions politiques », mais nous souhaitons mettre la démocratie au service d’améliorations sociales concrètes. Hollande et ses petits caniches de ministres et de députés, en se laissant paralyser par la toute puissance des marchés, s’apprêtent à enterrer définitivement notre démocratie parlementaire. Et c’est à notre grand regret que ce gouvernement que nous avons contribué à élire, se couche devant un adversaire à qui il aurait fallu briser les reins.

Résultat des courses : 477 députés viennent de voter le nouveau traité européen sans qu’il y ait pu avoir de réel débat. C’est à se demander s’il était vraiment utile de leur demander leurs avis.

 YAGOUBI Florian