Le nombrilisme des hommes face au féminisme

Si vous suivez régulièrement ce blog vous avez peut-être remarqué chaque polémique que provoque nos articles féministes. C’est un p’tit bonheur pour nous parce que c’est un peu l’objectif. Tout ce qui est iconoclaste bouscule et il y a forcément des réactions (plus ou moins intelligentes). Ces réactions sont si systématiques et parfois si violentes qu’on croirait à une réaction du système patriarcal défendant ses intérêts. Je dis ça…

Bien sur, le grand classique, celui que TOUTES les féministes ont eu le VERITABLE bonheur de croiser, c’est le mec (oui c’est toujours un mec) qui est obligé de tout rapporter aux hommes. Vous le connaissez aussi ?

  • « Ouais tu sais y a plein de mecs violés aussi ! »
  • « Non mais le harcèlement sexuel, c’est aussi des mecs qui le subissent… »
  • « C’est affreusement dur d’être un homme aussi. D’être obligé d’être viril et dominant »
  • « Non mais regarde maintenant y a aussi des mecs à poil sur les pubs. »
  • « Y a des hommes prostitués aussi, rien à voir avec la domination masculine donc… »
  • « Non mais y a des féministes, on dirait qu’elles veulent juste éradiquer les hommes. » (Parfois je les comprends).
  • Et j’en passe… (vous pouvez compléter dans les commentaires.

C‘est agaçant, forcément. Surtout pour qui se bat contre l’omniprésence des hommes dans la culture, la politique, l’économie,… Enfin dans tout ce qui est le plus valorisant socialement et économiquement en fait. Donc pour une fois qu’on parle de femmes, on aimerait bien que les nombrilistes la mettent en veilleuse.

L’empathie masculine

Je crois que la chose que je trouve la plus extraordinaire (ou je peux dire pathétique pour ceux qui ont du mal avec le second degré) c’est la capacité des hommes à être empathiques… avec eux-mêmes. En effet, toute critique du comportement « des hommes » est prise pour une critique personnelle. Ça donne souvent du…

  • « Non mais quand je drague ce n’est pas une violence machiste moi, donc tu peux pas faire de généralités. » Là l’homme en question ne se rend simplement pas compte qu’il participe à son échelle à la domination masculine. C’est touchant.
  • On a bien sûr également « Tu peux pas dire que les hommes sont violents, regarde, je ferais pas de mal à une mouche. » Là, l’homme, même quand il a fait des études, oublie qu’on étudie des phénomènes sociologiques de masses. Même si lui n’est pas violent, force est de constater que dans l’ensemble de l’humanité, la violence est un moyen assez classique, pour l’homme de rappeler à la femme son statut de dominée. De même, l’homme se disant non-violent oublie qu’il n’y a pas que de la violence physique…
  • à compléter…

À l’inverse, dans notre société, l’empathie envers les femmes victimes de la violence masculine a du mal à passer. On sous-entend une certaine responsabilité en cas d’agression ou de viol. Une manière de dédouaner l’homme qui reste profondément ancré dans notre société. On ne comprend pas qu’une femme puisse considérer comme une violence le fait qu’on lui dise qu’elle est belle. On ne comprend pas l’exaspération de se faire renvoyer ses ovaires à la gueule sur des sujets qui n’ont strictement rien à voir… L’homme a une empathie à échelle variable, comme une conscience de classe peut-être.

Les violences sexistes

Pour autant, ne nions pas l’évidence. Oui : des hommes subissent des violences (cap’tain obvious!). 9% des victimes de viols sont des hommes. Évidemment ce chiffre ne précise pas que même dans ce cas la plupart des violeurs sont quand même des hommes. Il cache également la régularité des viols chez de nombreuses femmes : jusqu’à plusieurs fois par jour. Au final, sur les 206 viols quotidiens ça fait pas lourd. Pourtant, alors que les féministes analysent à raison le viol comme les résultats et un outil de la domination masculine, certains se sentent tout de même légitimes à exhiber une petite minorité. Parfois, c’est simplement par rejet irrationnel du fait que l’on ne parle que de femmes (on est pas habitués merde!). D’autre fois c’est pour invalider le lien (même inconsciemment) entre la violence dénoncée et la domination masculine. Le viol est un phénomène de masse qui est massivement subi par des femmes et fait par des hommes.

La remarque est la même pour d’autres violences sexistes. Les hommes représentés nus sur des pubs répondent-ils au même phénomène sociologique que les femmes dans ce cas ? Est-ce que ce sont les hommes qu’on soupçonne de coucher avec le patron dès qu’ils réussissent ? Ce sont les hommes qu’on réduit à des bouts de viande dès le plus jeune âge ? Ce sont les hommes qu’on identifie enfant à des princesses potiches attendant le prince charmant ? Ce sont les hommes qu’on matraque de « compliments » (lol) dans la rue ? Ce sont les hommes à qui on dit « soi beau et tais-toi » ? C’est bien la masse des violences qui fait sens, toute violence est condamnable, mais ne nous laissons pas détourner de l’organisation de la violence quotidienne dont son victimes les femmes.

Subir le genre

Sur les questions de genre aussi, les hommes ont des choses à dire. Il ne faut pas être énarque (au fond ça doit pas aider) pour deviner que si les femmes sont façonnées par la société à correspondre à certains critères de genre, c’est le cas aussi pour les hommes. Par là, c’est un peu le cas de tout individu d’être associé à un rôle dans la société en fonction de son origine sociale, nationale, sa couleur de peau, son parcours scolaire etc… ça s’appelle l’habitus. Donc nécessairement les hommes sont dans ce cas. Et comme dans tout rôle social, il y en a un certain nombre qui ne s’y retrouvent pas. Le tripe viriliste de l’homme qui démontre en permanence sa supériorité sur les autres, qui protège sa femme et se place dans une compétition malsaine dans la société, ça fait franchement pas rêver. D’ailleurs quand on ne respecte pas ces critères on est vite soupçonné d’homosexualité. Car l’homme nombriliste est persuadé que le comportement social d’un individu est déterminé par le rapport qu’il a au tout puissant pénis de son conjoint. Plus vulgairement, si t’es pénétré tu es efféminé.

Bref, tout ça, les féministes le savent. D’autant que la question du genre est souvent une lutte commune avec les mouvements LGBT. Alors quand on parle de genre (comme dans cet article !) une question ne doit pas être écartée pour aller à l’essentiel. Quelle détermination de genre construit un statut de dominé ? Quel critère de genre entérine et valide a posteriori des inégalités ? Quel genre véhicule une image dévalorisante des être humains qui le composent ? Quel genre enferme les individus dans leur statut de géniteur ? Quel genre est, COMME PAR HASARD, associé aux métiers les moins valorisés socialement et économiquement ?

Bref, des déterminations sociales, il y en a partout. Mais, excusez du peu, le mouvement féministe a-t-il davantage à se concentrer pour lutter contre la détermination à être dominé ou à être dominant ?

  • Vous imaginez des slogans du mouvement ouvrier : « Parfois c’est dur d’être un gosse de riche ! » ou « J’ai fait Polytechnique mais c’est mon père qui m’a obligé ! » ?
  • Ou pendant la Révolution Française : « Solidarité avec les Nobles qui sont obligés de se ruiner en fringues de luxe ! », ou encore « Pour que les Nobles aient le droit de choisir leurs conjoints ! »

——

On pourrait étendre l’analyse à l’ensemble des combats féministes. Très certainement, il y a des hommes qui subissent le patriarcat. C’est ce qui nous fait dire aussi que l’homme a sa place dans le mouvement féministe. Mais il ne subit pas cette domination à l’échelle de masse, c’est l’ACTEUR de cette domination, y compris Florian, moi ou d’autres hommes féministes car nous gardons profondément ancrés des réflexes sexistes appris depuis l’enfance. Alors que les hommes se permettent en permanence de rappeler ce que subissent leurs congénères dans un combat qui pointe JUSTEMENT ce qu’ils font subir aux femmes, c’est au mieux du nombrilisme, au pire une volonté de sabotage pour défendre un groupe d’intérêt. À bon entendeurs !

Romain JAMMES

[dailymotion xv1k5n]

134 réflexions sur “Le nombrilisme des hommes face au féminisme

  1. C’est dommage, encore beaucoup de clichés dans cette analyse, ceux-ci gachent le propos et décrédibilisent la pensée de l’auteur.

  2. Pingback: Mattriple | Pearltrees

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