« Voulez vous coucher avec moi ? »

S‘il vous plaît, ne venez pas vous pendre en masse à l’interphone de mon appartement toulousain, dans l’espoir de venir satisfaire une envie passagère, un fantasme ni même avec l’insouciance de m’apporter un je ne sais quel amour que je ne n’aurais pus connaître ailleurs. Il ne s’agit évidemment pas ici d’un pathétique appel à venir m’aider à occuper mes soirées qui se seraient brusquement libérées depuis une hypothétique rupture tragique. Mais je me m’interroge depuis quelque temps sur un problème concordant. Pourquoi, en dépit de mes soit disant désirs masculins irrépressibles, ne m’est il jamais arrivé de vous inviter au coït, sans aucun détours ni calculs? En vous posant tous simplement la question : « Voulez vous coucher avec moi ? »

Dans un premier temps, il ne m’apparaît pas qu’entretenir une activité sexuelle régulière soit un besoin que nous nous devons d’assouvir afin d’assurer notre survie, au même titre que manger (équilibré), dormir (plus de 6 heures par nuit) et boire (de l’eau, précisons le). L’abstinence (sexuelle) n’est d’ailleurs pas un facteur de ces différents comportements déviants, responsable d’un gâchis considérable d’encre de papier dans certains journaux quelques peu malsains. De l’étudiant exhibitionniste les samedis soir, aux fumeurs de cigares s’adonnant à un viol en réunion dans les locaux du FMI, pas un ne doit son comportement répréhensible à l’absence de vie sexuelle.

Pourtant, le fait que ce besoin n’ait jamais existé chez moi, n’a en aucun cas entravé mon amour des femmes. Je crois même qu’une modeste partie de mon existence fut tournée vers la recherche de leurs compagnie. Et si cela m’évitait de participer aux joutes virilistes de mes chers camarades mâles (tournant la plus part du temps autour de qui tire le plus fort et bande le plus loin), j’étais surtout fasciné par certains détails féminins. Les voix, les cheveux, les peaux et les yeux éveillaient chez moi le désir de les toucher voire de m’y coller. J’ai donc été amené à supposer que mes semblables ressentaient à leurs manières ce type de sentiments. L’acte sexuel en lui même ne jouerait dans notre imaginaire qu’un rôle bien secondaire, derrière le fait de sentir la présence d’une mutuelle attirance qui nous valoriserait à nos propres yeux. Dans ces conditions, la possibilité de poser ce genre de question on ne peut plus directes, pouvait sembler complètement inutiles. Mais je n’ai aucunement réfuté que l’envie de s’ébattre avec une personne objectivement consentante (et dans ce cas non rémunérée), pouvait être la finalité de l’attirance dont je parlais précédemment.

Pourquoi ne m’arrive-t-il donc jamais de me laisser aller à la facilité de cette question si franche ? Ceci est surement dû à une réaction de modestie et d’orgueil mal placé. Modestie ? Parce que je serais amené à penser que chaque femme que je pourrais désirer, le serait forcement par d’autres. Je ne voudrais tout simplement pas prendre la place d’une personne sans doute tout aussi honnête que moi. Alors que l’orgueil serait liée au fait que j’aurais tendance à voir mon jugement comme objectif, ce qui rendrait mes désirs communs à tous.

Malgré tout, l’envie de poser la question directement et sans détour persiste fortement. Vous pourriez me dire que celle-ci est quelque peu cavalière et brutale. Mais je ne suis pas tout à fait d’accord, la question n’étant en aucun cas injurieuse. Il est vrai, que je pourrais comme tout gentilhomme, m’atteler à faire la coure des heures durant. Je vous passerais dans ce cas mon laïus sur ma haine des discours au clair de lune, l’architecture toulousaine et des chevaux chatoyants. J’ai à mon malheur, horreur des faux semblants et préfère en tout point la franchise. Un comportement galant insinuerait une différence entre les hommes et les femmes. Les femmes seraient elles plus sujettes aux émotions et aux sentiments ? Seraient elles immanquablement choquées, outrées par la franchise de la question ? Considérant l’égalité entre les femmes et les hommes, la politesse suffit. Il n’y a donc pas de raison de traiter une femme plus poliment qu’un homme. Être francs, serait alors considérer qu’elles ont autant le droit de choisir que nous.

Mais quelques expériences menées dans la ferveur de nos soirées de fin de semaine, nous ont démontré que les réponses prenaient la majeure partie du temps la forme de faux fuyants. Ce qui nous a donc amené à pousser la réflexion. Et nous en sommes arrivés à cette conclusion :

La femme ayant été conditionné par des siècles d’esclavage, ce genre de questions serait une invitation à contenter les désirs de l’homme qui ne se soucierait en aucuns cas que la femme puisse en avoir. Ne pouvant nous extraire d’une société patriarcale, où le plaisir légitime serait essentiellement masculin, nous ne pouvons nous permettre ce genre d’inepties sans participer à la violence de notre société qui réduit encore et toujours la femme à un simple bout de viande qui serait mis à la disposition de la gente masculine.

YAGOUBI Florian

Promotion : 2 immigré(e)s pour le prix d’un(e) !

Je sais pas si vous saviez, mais avec quelques verres, entre amis, on est particulièrement créatifs. N’y voyez pas le mal, la désinhibition permet surement de faire sauter ce verrou qu’inflige notre société sur notre capacité à être producteur de notre propre culture. Enfin, l’essentiel étant qu’un bon nombre de projets nous passe par la tête, et voici le dernier…

Est-ce qu’on peut tout marchandiser ?

La montée du fascisme doit interroger le capitalisme sur l’opportunité de se faire un peu de tune. Alors l’idée qu’on a eu est simple. Force est de constater que les raids fascistes dans certains quartiers pour aller se défouler sur les immigrés se multiplient. S’appuyant sur ce constat et celui du chômage grandissant, l’ouverture d’un nouveau marché s’impose.

En effet, de tels actes étant inévitables car inhérents à toute société humaine, nous pensons nécessaire la création d’entreprises mettant en relation des immigrés cherchant à gagner leur vie et des fascistes cherchant à se défouler. L’organisation d’une telle filière pourra permettre de sortir de la clandestinité les descentes régulières et de permettre ainsi que les violences se fassent de manières propres, contrôlées, sur des immigrés munis d’un vrai statut de travailleur.

Cette filière de service peut-être un outil déterminant dans la relance de l’économie. Elle offrirait un débouché professionnel aux immigrés et cesserait d’exacerber une pseudo-concurrence entre français et étrangers sur le marché du travail. La perspective du développement de filiales chargées de sécuriser et de développer le passage des frontières par des populations désireuses de travailler dans ce secteur peut également être envisagée. N’y voyez là aucune pratique de l’ordre de la traite d’êtres humains évidemment.

Nous offrons bien sûr toute la garantie à notre clientèle, comme à l’Etat, que chaque immigré travaillant pour les entreprises concernées s’y engagera volontairement. Il appartient à chacun d’eux de juger librement s’ils veulent ou non vendre leur corps pour de telles pratiques. Nous tenons à avertir nos futurs clients que l’idée selon laquelle les contraintes économiques et sociales pourraient altérer le libre arbitre de ces individus émancipés n’a aucune valeur scientifique et n’est répandue qu’à des fins très peu recommandables par des groupes de gaucho-trosko-socialo-anarcho-syndicalistes. La liberté individuelle ne se brade pas avec des valeurs morales d’un autre temps.

Il va de soi également que le développement d’un tel secteur ne peut avoir aucune incidence sur celui des mouvements d’extrême-droite. De toute évidence, l’existence de tels massacres au vu et su de tout le monde ne peut, non plus, véhiculer la moindre norme sur la société. Il n’y a aucune raison qui laisserait à penser qu’un individu grandissant dans un pays doté d’une telle filière se mette à penser que le corps d’un immigré puisse être légitimement utilisé comme défouloir. De la même manière, penser que de telles pratiques participerait à une représentation négative de l’immigré relève du fantasme. Au contraire, les mêmes entreprises pourraient tout à fait offrir, pour les immigrés qui le souhaitent, le même service sur des Français « pure souche ».

Mais plus que tout, l’ouverture d’un tel secteur est une mesure de santé publique. En effet, le stress quotidien des Français ne peut perdurer plus longtemps. La nature humaine est faite d’équilibres émotionnels, l’être humain a besoin d’exprimer sa haine pour être stable psychologiquement. Nous devons penser non seulement à l’ensemble de l’humanité et ses besoins, mais particulièrement aux gringalets, handicapés ou autre dispensés de sport, qui n’auront peut-être jamais l’occasion de taper un arabe de leur vie si nous n’agissons pas.

Belle idée non ? Elle ne vous rappelle rien ?

Aujourd’hui un secteur mondial de vente du corps sévit : la prostitution. La majorité des prostituées en France viennent de l’étranger dans ce qui peut être assimiler à de la traite d’être humains. 90% des prostituées sont sous la coupe d’un proxénète et se retrouvent pour des raisons économiques dans une impasse, condamnées à coucher avec une vingtaine d’homme chaque jour, qu’elles le veuillent ou non.

Les arguments pour régulariser la prostitution, ou son abolition, sont régulièrement les mêmes que ceux que j’ai proposé à propos des immigrés plus hauts :

  • Ce phénomène existera toujours, il faut le légaliser pour le faire sous certaines règles et avec un statut de travailleuse du sexe
  • chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps, y compris de le vendre.
  • la prostitution répond à des besoins sexuels irrépressibles des hommes notamment qui n’ont pas la chance de pouvoir plaire aux femmes ou sont handicapés moteurs.

L’idée selon laquelle la prostitution est un instrument de la domination masculine n’est pas évoquée, tout comme la légitimité qu’elle donne au fait de s’accaparer le corps d’une femme pour ses besoins. Il y aurait matière à s’offusquer de cela au moins autant que si le secteur de tabassage d’immigré existait vraiment. Le hic ? Il s’agit du « plus vieux métier du monde ». Ou peut-être de la plus vieille domination, si ancrée qu’elle transforme nos représentations des violences et des discriminations… Hein ? Qui sait ?

Romain JAMMES