On a testé pour vous : attaquer le SMIC !

Ce matin, j’ai eu sacrément mal aux cheveux. Ces p’tits cons poussaient vers l’intérieur comme une armée de rongeurs qui creusent leur terrier. Je l’ai cherché, peut-être. Mettre du rouge dans le verre (et dans le vert, comprenne qui voudra) ça ne va pas sans conséquence. Non sans peine, j’ai traîné mon cadavre vers la salle de bain, finissant au passage la dernière goûte de Richebourg 85, bouteille vidée en 10 minutes dans un stupide jeu d’alcool.

Le mal de tête passe à coup de cachet d’aspirine, j’enfile ma chemise et mes Air Max en daim, me mouche dans un Pascal qui traîne et sors… Le soleil de Toulouse réveille mes derniers sens. Je file à mon boulot trop payé avec l’enthousiasme d’un condamné dans le couloir de la mort…

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Je me noie dans mes liasses

Trop payé disais-je, un peu plus que le SMIC. Je me sens comme le roi du pétrole depuis que j’ai un boulot. Faut dire que c’est mon premier à plein temps depuis la fin de mes études. Alors quand Pascal Lamy, un socialo y paraît, commence l’offensive sur le salaire minimum, j’applaudis de toutes les mains. Des foutus branleurs noyés dans la thune, voilà ce que sont nos jeunes.

L’inspiration de l’idée me rend presque admiratif. J’en lâche une larme qui glisse sur ma joue et saute dans le vide, spectacle miniature de la jeunesse qui se lance dans la fosse aux lions. Pierre Gattaz emboîte le pas. Après les petits boulots payés moins que le SMIC, histoire de concurrencer les autres travailleurs sans le risque d’employer des sans-papiers, voici le retour triomphant du SMIC jeune. Idée neuve du XXIe siècle. Ces patrons, ces modernes, ces visionnaires innovants !2

Au fond je les comprends. Depuis que je travaille à plein temps, je suis honteusement à l’aise dans ma vie quotidienne. J’ai eu l’argent pour me payer le permis, une voiture et même FIFA 14. Mon confort petit-bourgeois me permet même de manger des fruits et légumes tous les jours. Après la cure intense de pâtes au gruyère pendant mes études, je retrouve des sensations que mes papilles avaient totalement oubliées. Mais je vivais, preuve que tout ça n’est qu’un luxe. La vérité, cher lecteur, chère lectrice, c’est qu’avec mon salaire de contractuel catégorie C je me noie dans mes liasses de billets quand je ne plonge pas avec inconséquence et ébriété dans l’épanouissement de la culture toulousaine.

Au fond ce projet, c’est remettre dans le droit chemin l’humanité : la survie. C’est elle qui donne toute la dignité à l’être humain. Car quand on baisse le salaire d’une partie de la population, c’est tous les salariés qu’on plonge irrémédiablement dans le bain-marie.

3Comprenant cela, j’appelle un ami socialiste :

  • « Votre ministre de l’économie veut nous payer sous le SMIC ?
  • Lui : Roh mais non c’est Gattaz, c’est le MEDEF !
  • Moi : … (nos regards se croisent)
  • Lui : … (oui par téléphone, oui)
  • Moi : … (bon c’est moi qui raconte je vous signale !)
  • Lui : Ouais bon c’est chaud j’avoue… »

Comme quoi tout arrive…

Absurdité…

C’est qu’ils en ont dans la tête, nos patrons. Ils s’y connaissent en argent, d’ailleurs la preuve, ils en ont un sacré paquet. Sauf que si, à mon grand regret, j’ai des euros à ne plus savoir quoi en faire, je suis obligé d’avouer l’absurdité économique de la démarche de Gattaz et Lamy.

On pourrait se prêter à une critique facile comme cette gauchiste de Parisot qui dénonce une logique « esclavagiste » (roh, comme elle y va). Ou rejeter cette « provocation » inutile comme Vallaud-Belkacem. On pourrait même faire du Mélenchon en disant qu’en baissant les salaires, on baisse le carnet de commande, donc on baisse les chiffres d’affaires et on crée encore plus de chômeurs… Mais je ne me prêterai pas à ces caricatures.

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Non, j’avertis solennellement ces braves iconoclastes. Messieurs, si vous faites baisser le SMIC, ce sera une catastrophe. Parce que quand le Front de Gauche sera au pouvoir, et ça arrivera, ces demeurés vont limiter les écarts de salaires de 1 à 20 dans les entreprises. En baissant le SMIC, vous baissez vos propres salaires ! Alors un peu de sérieux, laissez tomber !

Romain JAMMES

Ce court moment où j’ai cru que nous avions un Parlement…

Ô joie, ça y est Manu, t’as reçu l’oint de l’Assemblée pour faire toutes tes bêtises. Ça t’a demandé un peu de finesse pour convaincre l’autre oing, celui qui galbe les fesses confortables de nos députés. Toi l’homme qui voulait abattre les 35 heures et que la franchise poussait à abandonner le nom de socialiste, tu as gagné le vote de l’écrasante majorité de la gauche. Après tout, on a bien le droit de choisir son fossoyeur non ?

Pourtant un moment, on a cru à une étincelle de rébellion. Un petit élan de fierté… parce que franchement, il y a toujours un moment où c’est rasant de se faire piétiner la gueule… Où j’en étais ?… Ah oui, un petit élan de fierté ou une crise d’ado, bref, un peu de débat dans cette république moribonde… Que n’ai-je tu mes faux espoirs avant la douche froide.

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L’Homme du président

Valls, c’est un grand solitaire. Il représente tout à fait cette nouvelle manière de prendre le pouvoir sur un camp politique. Avant, dans un passé pas si lointain et, sauf détail de l’histoire qui m’aurait échappé, dans la même galaxie, un-e militant-e gravissait tranquillou ses échelons, y compris d’apparatchik en participant quelque peu à sa construction idéologique et militante dans le jeu de courants du PS. Chacun avait son groupe qui s’active et essayait de prendre l’ascendant idéologique et technique dans les fédérations. Rocard a eu son courant, Dray a eu SOS racisme puis la Gauche socialiste avec Mélenchon, Hamont les MJS, Un Monde avance, etc…

Sauf que Valls, il ne représente aucun courant : il se représente lui-même. C’est ce qui explique la déculottée qu’il a pris aux primaires et sa capacité à être, au gré du vent, contre le TCE en 2005 mais ultralibéral quand il sent que le filon le mènera loin. Sauf que, passant bien dans les médias, notamment à travers ses prises de positions iconoclastes pour la gauche (autrement dit des positions très à droite) sur les questions de sécurité2 notamment (qui sont manifestement plus importantes que ce qu’on fout dans son assiette), il s’est fait une petite réputation sondagière. Voilà son unique légitimité, avec, éventuellement, Évry, ville qu’on lui a offerte gentiment pour qu’il arrête de faire chier tout le monde.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Parmi les députés, sa ligne poliétique n’est pas spécialement aimée. Au PS, c’est encore pire. Valls a donc simplement été imposé par Hollande comme un fait du prince.

Des gesticulations

Comme on pouvait s’y attendre, ça a montré des dents. Chez EELV d’abord, même si la majorité des parlementaires étaient favorables à entrer au gouvernement. Quelques positions de principe et une bonne opportunité ont eu raison de la stratégie jusque-là adoptée. On avait les prémisses sur le terrain avec les municipales, mais entre ses militants et leurs dirigeants, il y a un gouffre qui permet un éventail de positions impressionnant. D’ailleurs, si beaucoup de militants se sentent plus proches du Front de Gauche, d’emblée, les parlementaires rejettent l’idée de s’opposer au gouvernement. Le conseil fédéral nuance un peu plus, 83% ne veulent pas donner leur confiance à Valls.

Même chose à la gauche du PS, c’est un peu la panique. Le mec que personne ne peut supporter et qui est censé ne rien peser se retrouve Premier ministre. On fait aussi dans le rapport de force gentillet, une centaine de députés font les gros yeux, ça s’emballe un peu et de loin on croirait une petite révolution sur leassemblée nationale et colberts bancs solfériniens. Il y aurait de quoi, la politique menée par Hollande n’a rien à voir avec ce que le parti avait voté, mais bon… De loin.

De loin oui, parce qu’au final, l’élan de révolte s’est fracassé contre le mur du chantage sauce 5e République. Après environ… aucune concession sur le fond, 11 députés socialistes seulement finissent par s’abstenir, 6 EELV (et un contre)… On regarde le tableau et on finit par se dire : « tout ça pour ça », Filoche fait son quatrième ulcère en trois semaines. Bref, tout repart comme avant, mais en pire.

Made in 5e République

Un homme choisi par personne, et des députés incapables de s’y opposer. Je sais pas pour vous, mais moi je trouve le scénar très monarchie républicaine. Roh me regardez pas avec ces yeux ! Je découvre pas que le PS est converti à la 5e République, mais sa logique est poussée à l’extrême ici. Le Parlement n’a d’influence ni sur qui sera ministre, ni sur la ligne politique qui sera appliquée.

Et pour cause, qu’est-ce qui explique qu’aucun socialiste ne ce soit opposé ? Les idées de Valls n’ont pas molli. Rien pour les salariés, ou plutôt si, la promesse de déshabiller leur protection sociale pour arrondir leur fin de mois. Le salaire sera le même, mais la partie socialisée est réduite au profit de la partie individuelle. Le « pacte de responsabilité » déséquilibre encore l’édifice au profit du patronat, déjà 30 milliards promis. Les armes sont données à ceux qui voudront en finir avec cette redistribution de la richesse. La réduction des dépenses publiques s’accélère : 50 milliards annoncés sur tout ce qu’il est possible d’attaquer. Dix milliards rien que sur les collectivités, notamment en découpant à la louche les territoires sans prise avec la réalité.

Je m’étale pas sur le sujet. Le président a eu raison sur le Parlement sans changer une ligne de son axe politique et en mettant le moins rassembleur à la tête du gouvernement. Il en profite pour reprendre en main le PS, qui s’était déjà à moitié transformé en « agence de com’ du gouvernement ». L’impuissance de l’aile gauche saute à la gueule de tout le monde.

De son côté, EELV prend une douche froide. Soit ils sont au gouvernement et ne pèsent rien, soit ils sont en dehors et ne pèsent rien. La dépendance des parlementaires au PS est traînée comme un boulet, et de l’aveu même de Pompili, leur seule manière de mener le rapport de force c’est de menacer de sortir du gouvernement. Oh, zut c’est déjà fait. La politique made in 5e République, c’est aussi oublier que le peuple est un acteur politique, comme il le sera peut-être le 12 avril. Le rejet sous faux prétexte de la main tendue de Mélenchon isole EELV dans une position très instable d’entre-deux.

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S’il fallait retenir une chose des derniers événements, c’est que le Parlement s’est fait écraser par la 5e République. Il a un moment levé la voix, comme s’il avait l’espoir que cela aboutisse à quelque chose, mais il est rentré dans les rangs comme le Sénat derrière Auguste.

Triste République qu’il faudra balayer au plus vite quand le souffle de la colère populaire fera exploser la prison symbolique qui l’enferme. Il faudra la balayer avant qu’elle fasse germer avec la complicité de la société du spectacle les nazillon qui saturent nos antennes.

Romain JAMMES

Comment les médias font le jeu du FN

 C’est une histoire comme beaucoup d’autres, que j’ai lue de Gilles Balbastre. Elle est représentative d’un état de la société, à la fois dans son caractère de spectacle, mais aussi dans la profonde misère humaine qu’elle organise au quotidien.

Elle révèle le profond mépris de ceux qui se battent dans l’ombre et la connivence de ceux qui façonnent l’opinion publique avec la montée en flèche des idées réactionnaires… Le désarroi que le libéralisme crée dans les consciences collectives fait du frère l’ennemi et de l’ennemi un frère. Comme du compost, elle laisse moisir la frustration de destins brisés bientôt fertiles aux noires idées qui rongent l’humanité.

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Il était une fois, à Dunkerque

Dunkerque, voilà un nom qui ne fait pas rêver. Spontanément, on pense au climat hostile de la mer du Nord, au ciel gris, aux trottoirs gris, aux bâtiments gris. Ça ne fait pas très carte postale. Mais c’est surtout le destin des ouvriers face à la désindustrialisation qui crève le cœur. Le chômage est la préoccupation quotidienne, le grand débat de la région, comme beaucoup d’autres en France.

La fermeture de la raffinerie Total en 2010 est une pierre de plus qui s’écroule de l’édifice. Elle fait l’objet d’une lutte, de certaines victoires administratives, et finalement d’une reconversion du site. « Reconversion » : ce mot sonne rarement comme une bonne nouvelle dans la bouche d’industriels. 350 salariés sont licenciés, mais la création d’une centaine d’emplois est annoncée sur le chantier par Sarkozy en 2011. Le compte reste négatif, mais le coup de com’ fait ses effets.

Une filiale locale d’EDF est maîtresse d’œuvre, les demandeurs d’emploi affluent. Jusque-là, le scénario est sans accroc…

Mais qui sont ces travailleurs ?

Sauf que voilà, quelques mois plus tard, ce ne sont pas les mêmes travailleurs que l’on voit pointer à Loon-Plage. L’opération vantait les mérites de l’emploi local. Elle sentait l’air frais du bout du tunnel pour de nombreuses familles. Elle l’a été sans doute pour certaines, mais le chantier prend des accents qui interrogent.

Les travailleurs détachés sont en effet nombreux, très nombreux (60%). Qu’est-ce que c’est ? Des ouvriers venus d’autres pays européens, payés et protégés en fonction des lois de leur pays d’origine. Une aubaine pour le maître d’œuvre, des économies garanties par une directive européenne construite dans l’ombre des couloirs de la Commission et qui, à chaque rediscussion, devient plus libérale encore. Une main-d’œuvre étrangère faute de pouvoir la trouver en France d’après le discours officiel. On peine à le prendre au sérieux.

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Photo : Askatom

Le droit du travail, lui, reste celui de la France, du moins en théorie, encore faut-il que les travailleurs le connaissent. La CGT s’active, non contre la présence d’étrangers qui sont dans le même bateau de la recherche de l’emploi par tous les moyens, mais contre le dumping social déguisé derrière cette pratique. Ils éditent des tracts en plusieurs langues sur les droits des travailleurs. Se font sacrément chahuter par la direction. Devant le site, des bus affrétés spécialement emmènent des convois d’ouvriers depuis les campings où ils logent, bien à l’écart de la cité, jusqu’à leur lieu de travail. Avoir un échange relève du défi. Même au rond-point public devant l’entrée, la direction fait tout pour qu’aucun dialogue n’ait lieu.

Pourtant, des soupçons très lourds pèsent sur les conditions de travail. Des travailleurs avouent faire certaines semaines de 50 heures. Les inspecteurs du travail tirent la sonnette d’alarme sur l’opacité qui les empêche de faire leur travail.

Une affaire qui fait du bruit ?

Les grands médias ne se pressent pas au portillon. Après la CGT, la CFE-CGC (syndicat des cadres), alerte à son tour, la presse locale commence à s’interroger. Mais ce ne sont que 15 pauvres militants FN, déployant une banderole sur le toit de la CCI, qui vont attirer l’attention des médias nationaux. La banderole dit « Emploi, les nôtres d’abord ». Le ton est donné, la question ne porte pas sur les conditions de travail, mais sur le rejet des travailleurs étrangers.

Sauf qu’on ne parle que de ça. Les syndicalistes présents depuis des semaines ont été méprisés et ignorés. On leur préfère le discours simpliste et haineux d’une poignée de nazillons reprenant les slogans d’avant-guerre alors dirigés contre les juifs. Une absurdité économique, une horreur philosophique, mais peu importe, ce qui compte c’est l’audience.

L’écœurement des milliers de chômeurs est plus que compréhensible. Le matraquage leur donne une cible toute simple, à leur hauteur, sans plus d’appel à l’esprit critique. Le FN surfe sur la vague avec la bénédiction du PAF. Comme un navire sans équipage que le courant mène à bon port.

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Photo : Askatom

Et la suite ?

La suite on la devine. Michel Sapin a fait la démonstration de l’inaction du gouvernement. Suite à des alertes d’agents de l’État, il fait une visite surprise annoncée la veille. Oui, c’est un nouveau concept. La direction prend le soin de laisser la plupart des salariés au repos. Rien à signaler donc.

La suite c’est aussi les élections européennes. Plutôt que de détricoter le mécanisme libéral du travailleur détaché, les médias ont offert un boulevard au FN qui fera une campagne à l’image de l’idiotie de son discours. Anti-Europe, anti-européen, anti-euro. Le terrain aura parfaitement été préparé pour que la population vote contre ses semblables étrangers au lieu de s’en prendre à ceux qui organisent le dumping social.

Les militants syndicaux font encore régulièrement le pied de grue devant l’entrée, loin des projecteurs. Les fachos dans leur canapé n’ont plus qu’à observer la mayonnaise monter à coup de grandes déclarations publiques. Voilà comment les médias ont choisi leur camp dans cette bataille.

Des cas comme Loon-Plage, il y en a de nombreux en France. Le libéralisme crée le chômage de masse, le système médiatique le goût du scandale et la simplification à outrance. Le désarroi politique de la corruption alimente la suspicion du collectif. Chez soi, à l’abri des autres, on devient la cible idéale.

Libérons-nous de ces chaînes.

Romain JAMMES

Pour en savoir plus, l’émission Là-bas si j’y suis sur le sujet

On a testé pour vous : la langue de bois des plateaux TV

Aaaah comme ça m’avait manqué, ce sentiment de désespoir et en même temps cette si belle ironie des plateaux TV de soirées électorales. Grands moments de télévision qui font baisser soudainement l’intérêt des Guignols, caricature finalement très raisonnable de nos vrai-e-s élu-e-s politiques. Des soirées visionnées en boucle au cours Florent comme des chefs d’œuvre de jeux d’acteurs faisant passer Denis Lavant pour un pauvre amateur.

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« Une élection locale » qu’on vous dit !

Déjà on avait eu les mauvaises prémisses. Vous savez, ce sentiment qu’on a tout au long de la campagne qui vous dit que ça va vraiment être de la merde. Le Front de Gauche était morcelé en plein d’étiquettes histoire que le trio magique Peste, Choléra, Armageddon occupe les colonnes d’analyse. Bien sûr la menace de l’Armageddon ayant pour principal objectif qu’on se dise qu’au fond, la Peste et le Choléra, c’est toujours le moins pire.1

Le discours de la majorité parlementaire était aussi prévisible que le « clic » d’une horloge et aussi fin que Patrick Sébastien… enfin que ses blagues… enfin un peu des deux mais on avait dit pas le physique bordel !… Bref, c’est une putain d’élection locale quoi. C’est même dans son nom : « élections municipales ». Donc tout se passe au niveau municipal. Voilà, les gens ils votent pour leur maire parce qu’il est cool et faut arrêter de penser que ça a un foutu lien avec ce pauvre gouvernement. Que ce soit à peu près les mêmes partis, avec des ministres candidats ou maires sortants, on s’en tape. Qu’on vote partout en France avec des programmes qui clivent autour des mêmes enjeux, on s’en tape. Que l’austérité ait des conséquences directes sur la vie des communes, c’est pas la question. C’est locaaaaaalleeeeuuhhh !! Il va de soi que l’opposition, elle, monte sur ses grands chevaux en appelant solennellement veaux, vaches et cochons à sanctionner le gouvernement.

Sauf que voilà, comme les majorités mènent une politique de merde depuis des années, et qu’en plus du pouce préhenseur on m’a doté d’un truc 5entre mes deux oreilles (un cerveau, ndlr, si tu as eu besoin de lire ces parenthèses tu n’en as pas, désolé). Je vais chercher dans ma mémoire ce qui s’est passé la dernière fois… Comme tous les êtres un minimum (mais vraiment c’est la base, quoi) intelligents, j’ai remarqué — PATATRAS !! — que c’était diamétralement l’inverse. Diantre, me mentirait-on sur TF1-FrTV-M6-BFM-ITélé et tout le reste ? Nooooooooonnnn voyons… quelle idée ?

Les projecteurs

Autre indice qui ne trompe pas : le traitement de la défiance. Car oui, il y a de la défiance. En fait il y a même un immmmmmense ras-le-bol. Mais n’en concluez pas que c’est parce que la politique est la même depuis que Hollande a remplacé Sarkozy qui a remplacé Chirac qui a remplacé Mitterrand et qui étaient tous des candidats du changement qu’on n’a jamais vu.

Non à télé, on fait tellement du journalisme de ouf qu’on parle des faits. Il y aura de l’abstention parce que les gens sont pas contents, voilà. En fait, y aura les gens pas contents qui voteront pas et les gens pas contents qui voteront FN. Et puis comme les gens sont, en effet6, pas contents et qu’on leur explique que dans ce cas, faut voter FN ou ne pas voter, et bah ça finit par faire son effet. C’est pas qu’ils sont idiots, c’est que le matraquage culturel… bah ça marche. Et quand je parle de matraquage, je blague pas, au regard des temps d’antenne accordés aux différents partis avant la campagne officielle.

Et c’est si bien fait que quoi qu’il arrive, on trouve toujours de quoi dire « comme nous l’avions prédit » ; « conformément à nos analyses », « on s’y attendait », etc… De toute évidence, ce n’est pas dans le cahier des charges de ces médias de créer le débat politique. Allez, on met quelques candidats des grosses métropoles qui s’écharpent à une heure creuse pour se donner bonne conscience, mais surtout pas d’analyse des vrais débats d’orientation qui ont lieu, ça risquerait de donner du sens à l’élection…

Le jour-J, enfin le soir-S

Comme la prophétie autoréalisatrice l’annonçait, et surtout, comme les médias ont envie de l’analyser, le trio Peste, Choléra, Armageddon occupent l’antenne. Grosse claque au gouvernement, les intervenants se confondent en formules qui ne 2veulent rien dire. Tout à coup, ce qui n’était pas une élection nationale le devient sans raison.

Les ministres expliquent qu’ils ont pris une claque dans la gueule, mais que c’est certainement à cause de la mauvaise orientation du gouvernement, pensez donc. Ils sont juste « impatients de voir les résultats », ils veulent qu’on « accélère le mouvement ». C’est le tour de magie qui transforme un rejet en une adhésion enthousiaste. En fait, les Français ils sont tellement d’accord avec le gouvernement qu’ils ont pas voté pour ses représentants aux municipales. C’est pourtant pas compliqué merde !! Les journalistes avalent ça comme de la bouillie muesli

Sauf qu’on remanie. Ah bon ?!! Attends, attends, je résume la situation :

  • C’est une élection locale, en fonction d’enjeux locaux. (C’est pratique quand le4 gouvernement fait l’inverse de ce que la gauche est censée faire.)
  • Mais bon, ça peut aussi avoir un sens national, auquel cas ça veut dire qu’on a raison, mais qu’on doit faire encore plus de réformes dans notre sens.
  • Malgré ça, comme le score est mauvais, on remanie…

De là à dire qu’on passe les soirées électorales à pisser dans un violon… Je vous laisse conclure, mais si on veut régler ce qu’on dénonce unanimement (l’abstention), faudrait peut-être se mettre à faire de la politique autre chose qu’une bouillie insensée et un foutage de gueule de masse.

Ah mais avec des si…

Romain JAMMES

Mais… pourquoi Valls ?

Il est 19h30, c’est bon, j’arrête. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais un grand fan des bouquins, films ou séries d’intrigue politique. J’adore ces scénarios incroyables, la tension qui bondit et chute puis rebondit sans qu’on l’attende. Des personnages fascinants de caractères, calculateurs certains jours et complètement irrationnels dans d’autres situations.

Depuis House of Card je m’amuse parfois à m’imaginer le dialogue interne dans la tête de Hollande. Mais là je bloque… Pourquoi Valls ?

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Scénario n°1 : Hollande est con

« Pourquoi j’ai nommé Valls ? C’est simple. Mon gouvernement prend la flotte, on est bientôt en négatif en côte de popularité. Bientôt mon nom deviendra une insulte publique. C’est Bernard Tapie qui va être jaloux.

Il faut que j’arrange ça. Les français votent pour le FN et l’UMP, on s’est pris une claque pour les municipales et Valls, plus il expulse, plus il gagne des points. Si je le nomme 1er ministre ça rejaillira nécessairement sur l’ensemble du gouvernement et sur moi… »

Scénario n°2 : Valls a un putain de gros dossier sur Hollande

« Pourquoi Valls ? Je n’ai pas le choix. Valls c’était un proche depuis des années. On ag1 passé des vacances ensemble et on a partagé des expériences peu recommandables. Il a des photos de moi nu avec une cravache, un casque d’équitation et des bottes de pêche qui montent jusqu’à l’entre-jambe.

C’est un peu la loose, quand je vois la proportion qu’a prise mon histoire avec Julie Gayet j’ose à peine imaginer ce genre de chose. Misère… »

Scénario n°3 : Hollande est un mélenchoniste

« Pourquoi Valls ? En vérité, depuis le début, je suis en deal avec Mélenchon. Le but c’était que je gagne en 2012, pour montrer que les sociaux-g4démocrates font pareil que la droite. Donc j’ai plutôt bien commencé, j’ai tout attaqué : les retraites, le droit du travail, les services publics, la démocratie etc…

Mais voilà, honnêtement, le Front de Gauche pendant les municipales c’était pas le grand soir. Le PCF a brouillé les pistes, il a toujours rien compris. Et la gauche est pas allée voter, du coup, si c’est honorable on s’attendait à mieux. Donc il faut que je passe la 2nd.

L’idée elle est simple. Je nomme Valls, ça donne une occasion à EELV de prendre ses distances. Qui sait, ça peut même marcher avec la gauche du PS, elle a laissé entendre qu’elle accepterait pas tout et n’importe quoi. Alors même s’ils sont accrochés au PS comme une moule sur un rocher, un moment ça devrait craquer… non ?

Donc ça donne l’opportunité au Front de Gauche de construire sa majorité alternative et d’arriver au pouvoir pour la révolution citoyenne. C’est beau non ? »

Scénario n°4 : Hollande a perdu un pari

« Pourquoi Valls ? C’est une histoire bête. En décembre dernier, je bouffais au 20 rue du Louvre, et là débarque Valls avec ses potes « whites » et « blancos ». On s’était pas donné le mot, c’était assez fou. Y en a plein de foutus restaus chics à Paris quoi. Et je pensais qu’il était plutôt genre Fouquet’s ou Kebab à l’Agora (à Evry, ndlr), comme quoi tout arrive.

Il s’installe à ma table et commande une caisse de Montagne de Reims et du poisson pané. La conversation s’emballeg4 vite autour de l’incompétence et de la coupe de cheveux de Jean-Marc (pas Rouillan hein, Ayrault). Bref, après quelques bouteilles, on finit à ramper sur les quais de Jussieu avant qu’il pari le poste de 1er ministre qu’il traverse la scène à la nage plus vite que moi.

C’était plié d’avance mais comme un con j’ai accepté. Donc je lui ai promis qu’après la débâcle des municipales il aurait ce qu’il voulait. »

Scénario n°5 : Hollande est de droite

« Pourquoi Valls ? Vous n’avez toujours pas compris ? J’en ai ma claque de la gauche. Depuis le début, je regrette d’avoir choisi ce camp-là. Je suis obligé de me taper les hippies d’EELV, les dinosaures du PRG, et de faire les yeux doux aux communistes pour pas qu’ils deviennent tous comme Mélenchon.

Non mais je veux plus de tout ça, je veux me débarrasser de tout ce qui ressemble à la gauche dans ce gouvernement et finir la transition libérale que j’ai initié au PS quand j’étais à sa tête. On a construit un nouveau parti de droite, super ! Enfin j’arrive au moment clef où, si tout se passe bien, une partie de la gauche décroche et me laisse enfin les mains libres.

Je n’espère qu’une chose, c’est que ces cons à gauche vont rester divisés, comme ça ils enterreront pour de bon leur chance d’accéder au pouvoir… »

L’avenir nous dira lequel de ces scénarii est le plus proche de la réalité. En attendant, manifestement le cap que compte changer Hollande, ce n’est pas celui qu’on attendait. Alors la riposte a intérêt à être aussi dure que les matraques des CRS que Manu a tant aimé diriger…

Romain JAMMES

 

Cette révolte espagnole qu’on ne voit pas à la Télé…

Samedi dernier (22 mars), c’était un jour un peu chelou. Oh, pour la plupart des citoyen-ne-s je pense qu’il n’a pas changé des samedis habituels. Pour nous, brave militant, il a un côté à la fois horrible et reposant. La bataille est finie, maintenant vient l’heure de la récolte. On voit le monde défiler devant nos yeux sans avoir le droit d’y mettre sa pâte. Je sais pas pour vous, mais moi, si je suis militant, c’est pour m’y plonger la tête la première, alors imaginez…

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Les médias avaient aussi éventuellement la possibilité de parler d’autre chose que la mise en scène (aussi subtile que la diplomatie de Poutine) du FN comme recours à tout ce qui va mal : de la météo aux pourris qui nous gouvernent. Seulement voilà, alors qu’un événement historique se passait derrières les Pyrénées, la cacophonie médiatique nombriliste n’a bougé le petit doigt. Et pourtant…

C’est quoi ce truc au juste ?

En France, si nos petits cœurs étaient dans le creux de la vague entre l’activité intense de la campagne et le stress du jour du vote, les Espagnol-e-s organisaient depuis plusieurs mois une riposte massive à la politique d’austérité. Mais pas genre l’austérité « allez ce soir c’est pâtes au gruyère comme hier », plutôt genre 25% de chômeurs et 55% chez les jeunes. Donc on vit où on peut, et quand on a un appart, l’eau et l’électricité sont en option, comme les services publics les plus élémentaires. Bref, un bond en avant civilisationnel made-in troïka.1979167_10152357254067147_1241094035_o

Seulement comme cette bonne ambiance a commencé à peser sur certaines têtes. V’là t’y pas que des collectifs, des syndicats et partis politiques s’allient depuis 6 mois pour organiser une grosse sauterie. C’est assez inédit en Espagne, c’est assez inédit tout court d’ailleurs. En France depuis le Front Populaire, c’est plus trop la mode. Mais ça revient progressivement parce qu’il faut bien se dire qu’une riposte commune ça a vachement plus de gueule dans la période.

Bref, les espagnol-e-s bien remonté-e-s, et libéré-e-s de toute contrainte professionnelle du coup, ont décidé de faire partir des marches de tout le pays en direction de Madrid pour ce fameux 22 mars. Résultat ? 2 millions de personnes ! (740 selon Valls, en comptant les 1700 policiers. euh…) Un raz de marée humain dans la capitale. « La plus grande manifestation de l’histoire récente » du pays, précise l’huma. Et bon quand c’est l’huma qui le dit…

Cette révolte dans l’ombre qui bouscule

La forme, le fond et le résultat sortent donc de l’ordinaire. La forme, j’en parlais, c’est cette progressive porosité entre les syndicats, les forces sociales et associatives, et les partis politiques. En France ça commence aussi à venir. Le fond, un concentré de politique de gauche : plus de libertés, plus de répartition des richesses, moins d’austérité, des services publics. C’est la convergence de revendications qui grondent comme un bruit sourd dans les villes de la péninsule depuis des années. Peut-être un pas avant le « qu’ils s’en aillent tous ! » qui a débarrassé les sud-américains de nombreux dirigeants politiques corrompus.

1Mais c’est pas assez pour la presse française occupée à faire des publi-reportages sur les nazillons des listes FN partout en France. Pas assez jusqu’à ce que… ça se foute sur la gueule. Et oui, attiré par l’occasion de réduire une puissante manifestation à une rixe de bar, les mass-médias se sont jetés sur leur proie comme des zombis sur un survivant. Résultat ? Le Nouvel Obs fait 2 articles centrés sur les débordements et les blessés, Libé ne peut pas s’empêcher de l’évoquer dans le titre de son article, France Télévision centre son reportage dessus, Le Parisien, Le Point et Ouest-France suivent évidemment la meute lancée par l’Agence pour la Fainéantise de la Presse (AFP).

Rien sur le fond des revendications, au-delà d’une vague « austérité », ni sur la forme inédite du rassemblement.

Et on s’y met, nous ?

Une fois encore, la démonstration se fera par la force du nombre, quoi qu’on crache sur notre camp à chaque colonne réactionnaire. S’il fallait convaincre encore que le système médiatique protège la poignée de pourritures politiques qui assènent la même doctrine sans nuance, sans raisons et surtout sans bon résultat, partout, on l’a trouvé.1450235_838293422852769_563601015_n

Ces adversaires qui ne doivent pas nous effrayer. La nouvelle forme que prend la contestation est la bonne. À mesure que nous serons des milliers, des centaines de milliers, dans la rue, le ridicule décalage entre la réalité et son traitement ubuesque sautera à la gueule de la population. Comme l’arbre qui s’accroche à ses feuilles avant l’hiver pour faire illusion, c’est une vulgaire peinture qui tient le système politique et économique en place. C’est à nous de bousculer ses branches, nos pieds font trembler la terre, nos slogans sont des gifles à leur insolence.

Faisons sauter ces cadres contraints où chacun se regarde le ventre : où les uns ne viennent pas parce que les autres ont eu l’idée d’abord ; où certains auraient peur que d’autres parlent à leur place, ou détournent leur force comme ce fut trop souvent le cas dans l’histoire. Les atermoiements doivent être balayés par la masse des indignés de notre société. C’est le sens de la marche du 12 avril.

Alors, le défi est lancé, 2 millions à Madrid. Et chez nous, on s’y met ?

Romain JAMMES

Après les urnes le pavé…

Allez, voilà, il me tardait de reprendre le clavier sous mes doigts excités par le manque. L’absence d’activité dans nos colonnes n’était pas un abandon ou un découragement. Vous commencez peut-être à me connaître. Simplement quand il faut être au charbon et que, malgré tous mes efforts, les journées n’ont que 24h, bien le choix est vite fait.

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Ma campagne

Ouais, c’est que j’étais en campagne. Et j’ai parfois un petit souci, c’est que quand je suis en campagne, j’y vais pas à moitié. C’est une espèce de mode de vie. Une fenêtre constamment ouverte dans notre système d’exploitation biologique… Comment on appelle ça déjà ? Ah oui, le cerveau.

Et bien il a fallu en user. Une campagne municipale, c’est déjà l’occasion de montrer que nos grandes idées ce n’est pas de la métaphysique. L’échelle locale est porteuse d’exemples incroyables et de logiques qui devraient s’appliquer à l’échelle nationale et internationale. D’ailleurs, quand certain-e-s maires socialistes savent prendre quelques mesures de gauche à l’échelle locale, tout cela s’évapore dès qu’il s’agit d’en faire une politique générale. Personne n’est parfait, si ?

La campagne a donc remué nos méninges pour donner du sens à tout cela. Les problèmes quotidiens ne sont pas que d’ordres municipaux. Nous ne sommes pas du genre à serrer les mains et tâter le cul des vaches, ou à promettre de refaire le trottoir dans votre couleur préférée. Avant tout, l’obstacle au bien-vivre, c’est l’austérité imposée par le gouvernement. Trouvons les remèdes locaux ! Gratuité, sur tout ce qui est possible, partout où c’est possible : pour les transports, pour l’eau indispensable à la vie et pour d’autres services publics. Relocalisons l’emploi en cessant cette course à la compétitivité et à la recherche de l’exportation de la production. Créons des circuits courts et locaux dans tous les pans de l’économie : de la nourriture des cantines publiques à la production d’énergie. Baissons les loyers en construisant et en réquisitionnant les logements vides. Construire, oui, mais pas n’importe comment. Pas ces quartiers dortoirs de bunkers à digicodes. Pas ces zones désertes de lien social et pourtant remplies de monde. Mettons de la culture partout et tout le temps, de la diffusion à la production car il n’y a rien de plus révolutionnaire que d’allumer l’étincelle de création qui sommeille en chacun-e de nous !

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Je m’arrête là. Le matraquage médiatique a transformé ce qui pouvait concrètement changer la vie des gens, en une espèce d’examen apolitique entre ceux qui ont plus d’affaires au cul que d’autres, et ceux qui sont censés être les sauveurs suprêmes, le FN. De tous les combats que je mène, l’arène politique est la plus dure, c’est celle où on prend le plus de coups car ceux qui tiennent les manettes sont prêts à tout pour ne jamais les lâcher. Ma campagne a été magique dans ses rencontres, dans le collectif que nous avons constitué, dans l’enrichissement intellectuel quotidien qu’elle a permis. Elle a été la plus dure car son sens a été noyé par la division, l’absence de débat et la désolation des nôtres.

Et pourtant…

Et pourtant pas de quoi s’en tenir à la ligne éditoriale officielle : débâcle pour la gauche, la droite en force, le FN triomphe. Le triptyque organise sciemment la disparition de l’alternative, largement aidé par les alliances à géométrie variable des directions communistes.

Nous devons reconnaître ce qui ne va pas. Dans les plus grandes villes, les scores ne sont pas mirobolants. Nous avons manqué d’audience, de clarté, peut-être de concret dans certains cas. Plus globalement, le tableau est loin d’être noir. 11% en moyenne pour les listes autonomes, 15% quand EELV en fait partie. Quand EELV est tout seul, sa moyenne est de 9%. C’est bien que eux comme nous, avons intérêt à ce rassemblement pour ne pas rester cantonnés à des positions minoritaires.

L’épreuve des faits donne raison à notre espoir : rassembler cette gauche allant des socialistes opposés à l’austérité jusqu’au NPA en passant par EELV. Cette alliance est possible et elle marche. Elle ouvre un boulevard à l’implication citoyenne qui n’a jamais voulu jouer les arbitres entre nous. De l’œil relativement neuf que j’ai en politique, la stupide division est ce qui conforte les socialistes les plus pourris le cul vissé sur leur fauteuil. À Grenoble nous sommes passé devant, à Rennes, notre poids est incontournable et oblige le PS à prendre des positions de gauche surprenantes. Dans de très nombreuses villes, la dynamique appelle au maintien et à la confrontation des idées jusqu’au bout.

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Des raisons d’espérer mais pas de triomphalisme, les positions des fascistes se renforcent, et la plupart des seigneurs locaux restent en place ou les échangent contre d’autres seigneurs gestionnaires. Dans les villes où nous prenons le bouillon, le PS en profite pour nous enfoncer, c’est normal. La bataille sera longue mais nos têtes sont dures et déterminées. Nous ne cherchons pas à marchander quelques places en échange d’une muselière, nous sommes libres et nous le resterons. Chaque victoire sera un point d’appui et montrera aux citoyen-nes désabusé-e-s qu’ils n’ont, cette fois, pas affaire aux pourris qui les gouvernent depuis 30 ans…

À nos postes de combat !

Romain JAMMES

crédit photo Askatom

Ce soir je rends ma carte…

Je ne vous parle pas tous les quatre matins de mon parti. Ce n’est pas que j’en ai honte, mais comme mon action et mes idées vont bien au-delà, j’essaye d’éviter le travers nombriliste qui caractérise beaucoup de militants. Pas tant de chez nous que d’ailleurs, vous savez, dans ces mastodontes qui pensent que la politique se résume à la vie de leur organisation.

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La politique, c’est un combat très dur. Il est très dur car il est au front, sur le champ des tirs nourris dès qu’une tête dépasse du rang. Il est dur parce qu’il est utile, parce qu’il bouscule et touche directement les places confortables de ceux qui nous confisquent le pouvoir. Il est dur et enthousiasmant, fait de hautes montagnes et de profondes vallées, comme un amour passionnel qui ne reste jamais en place.

Ma révolution fiscale

Ce dimanche on repartait au combat. Quand je dis « ce dimanche » ça veut dire, les semaines qui l’ont précédé. Les bonnets rouges monopolisaient l’actualité dans une critique réactionnaire de l’impôt. Un beau paquet cadeau tinté de patronat paternaliste, de députés UMP et les nazillons du FN en embuscade. Comme à son habitude, le gouvernement s’est couché, trop facile… Il n’a pas tenu une semainephoto 1er dec avant d’injecter quelques millions pour calmer les ardeurs.

Nous, nous ne voulions pas disparaître : la gauche, celle qui a autre chose à dire sur l’impôt que le « ras-le-bol » fiscal. Celle qui veut d’un impôt progressif, sans privilèges, sans niches, sans foutage de gueule des puissants qui copinent entre eux pour faire payer le plus grand nombre à leur place. Donc on se bat avec nos médias contre les rouleaux compresseurs audiovisuels, on va sur nos marchés, devant les bouches de métro, on frappe à des portes et on explique encore et encore.

Le jour-J le stress monte. Claire et moi décorons le camion que nous animons, dernière répétition des chansons, préparation de la playlist. Le car des Toulousains est arrivé tôt le matin. Les camarades ont collé des affiches tout le long du parcours dans le froid. La foule se rassemble doucement. On sait que rien ne va de soi. Un mouvement n’émerge pas tout seul, il faut d’abord que les gens le connaissent, qu’ils soient convaincus que c’est leur intérêt et que ça vaut le coup de se bouger le cul un dimanche. Dans l’océan de résignation que répand la politique de Hollande, chaque personne est précieuse.

La marche avance et le camion prend place, Claire et moi jouons notre rôle : chansons, danses, petites mises-en scène. Ça plaît, et l’énergie de la foule nous booste. Nous sommes derrière le carré de tête. À mesure qu’on avance sur le boulevard de l’Hôpital on prend conscience du nombre qu’on est. On n’en voit toujours pas le bout quand on bifurque au niveau 6d’Austerlitz ! Ma gorge se dénoue, le pari est réussi.

Derrière nous, le cortège de départ s’est fait déborder par des citoyens de partout. On voit au fond la banderole du Front de Gauche 31 qui s’est perdu dans la masse. Dans un autre contexte, ça aurait pu m’agacer. Mais la bonne humeur règne, une harmonie qu’on voit rarement dans les manifestations, une camaraderie qu’on croit presque tenir du bout des doigts dans les sourires complices, les regards tendres, les rires qui éclatent.

Quand je dois annoncer le chiffre j’ai le souffle coupé. Qu’importe la lutte arithmétique, là n’est pas l’important : on est bien plus que ce qu’on espérait ! C’est ça ma révolution fiscale, cette démonstration que notre camp est toujours prêt à se battre…

Coup de boutoir…

Sacré coup sur la gueule quand je regarde les infos après. Valls annonce 7000 participants. Le chiffre me fait rire quand je pense à la vue que j’avais quelques heures plus tôt. Mais je sais qu’il sera pris au sérieux, comme les chiffres « officiels » que la préfecture n’a pas le droit de donner d’après elle.

Ça fanfaronne un max, les socialistes se succèdent pour nous traiter de poujadistes… Eux qui ont brossé dans le sens du poil les « bonnets rouges » nous assimilent à un mouvement politique qui a fait émerger Jean-Marie Le Pen. Ces chiens n’ont plus de limites et les9 journalistes hochent la tête comme si c’était de bonne guerre.

La photo de l’interview de JLM tourne. Une photo avant la manif, avec une vingtaine de camarades pour faire le fond. Rien de très original, aucune manipulation, simplement un décor qu’on assume sur les réseaux sociaux. Mais rien n’y fait, les adversaires sont trop contents d’en profiter et de ressortir le refrain qu’ils vomissent à chaque fois qu’ils ont à parler de nous : « Vous n’êtes que 2 » disaient-ils en 2008 lors de la création du Parti de Gauche ; « Vous êtes un homme seul M. Mélenchon » crachait Cahuzac sur France-2 l’année dernière. Méprisants et corrompus… Mais ça marche, et moi, je vacille.

À bout de souffle

Arrêtons-nous un instant. Chère lectrice, cher lecteur… est-ce que tu sais ce qu’est la vérité ? Je me suis souvent posé la question. Est-ce que c’est quelque-chose qui existe, qui s’est passé ? Est-ce que la réalité a une existence si on ne la voit pas ? Du point de vue de l’humanité, ce qui existe, c’est ce qui est perçu. Ceux qui étaient là ont vu que nous étions plusieurs dizaines de milliers. Ceux qui étaient à leur fenêtre du boulevard de l’Hôpital, ou dans ce métro qui nous a salués en klaxonnant… ceux-là doivent savoir le mensonge qui se dessine derrière les chiffres de Valls.

Mais la vérité, ce n’est pas ça. La vérité c’est ce que le peuple croit savoir de ce qui s’est passé. Aux 100 000 personnes s’opposent les millions de témoins des moqueries constantes des médias de masse, les milliers de lecteurs des torchons qui expliquent sur tous les tons que c’était un échec. À ceux qui se sont arrachés pour ne pas que leur avis disparaisse dans l’océan de merde du débat politique, s’opposent ces belles personnes manipulatrices, qui en trois mots dénigrent l’essence du moteur démocratique.

4Je suis fatigué ce soir… fatigué de cette lutte. Usé de creuser à la petite cuillère ce que les autres remplissent à la pelleteuse. Abattu par le mépris qui frappe comme une enclume sur mes camarades et moi qui mettons tant de nous dans la bataille… Je veux m’évader dans un autre monde. Ne pas savoir, ne pas sentir, simplement me fondre dans les limbes. Parfois je veux prendre matériellement les armes, me dire qu’au fond la seule action efficace serait de leur coller une balle entre les deux yeux, ou un bon coup de batte derrière la nuque.

Ce soir j’abandonne, c’est trop dur. J’irai nourrir le marais stagnant de ceux qui n’agissent plus, je n’ai même plus envie d’y penser. Je suis déjà parti, loin, à jouir sans regarder l’après… Mon oreiller m’aspire, au revoir.

C’est un joli nom…

Ce matin je me réveille comme après trop de mauvais vin. Je patauge à demi-endormi jusqu’à ma salle de bain pour voir ma sale tronche. J’enfile quelques vêtements pour me réchauffer. Le café coule et fait émerger mes derniers sens.

La télé répète son refrain odieux. Éco-taxe, faits divers, inepties rageuses d’économistes libéraux qui en veulent toujours plus. On croirait des vampires assoiffés que rien n’arrête. J’aimerais qu’ils affrontent le regard de haine que je leur porte. Qu’ils osent tenir ces propos devant les conséquences des politiques qu’ils défendent. Les images d’hier reviennent à mon souvenir. Leur sourire narquois quand leur message est passé, leur satisfaction quand les mensonges font le buzz.1

J’enrage devant cet immonde Valls qui parle de racisme au moment même où il expulse à tour de bras. Je scotche sur ce débat inique entre deux députés censés être en opposition mais d’accord sur tout, l’un surenchérissant sur l’autre, à qui est plus austère, à qui saignera le plus la population, à qui supprimera le plus de fonctionnaires. Les journalistes font le joyeux deuil du repos dominical. Une ode à l’exploitation sans la moindre contradiction… Quelle horreur !

Je pense à tous mes amis de ce week-end, à leur joie de vivre, à leur lutte en chanson. Je pense aux slogans, aux « Résistance » qui à chaque fois frappent ma poitrine comme un défibrillateur. Je pense aux milliers de gens qu’on rencontre, au sens que la lutte donne à mon existence dans cette société qui me révulse. Je vois Claire et son bonnet phrygien, Manu et son sourire soulagé quand tout marche sur des roulettes. Je pense à ces femmes et ces hommes, plus vieux, qui affrontent Goliath depuis des dizaines d’années et qui étaient encore là dimanche. J’ai l’image de nos grands modèles qui ont offert leur vie à ce combat, qui n’ont jamais cessé, jusqu’à leur dernier souffle malgré les coups qu’ils subissaient encore et encore.

J’imagine la satisfaction de ces trous-du-cul quand un de nous lâche le drapeau. Depuis les carriéristes de l’UNEF qui m’ont traité de tous les noms avec condescendance quand j’étais étudiant jusqu’à ces fachos qui n’hésitent plus à agresser mes ami-e-s aujourd’hui.

Hier soir, j’ai rendu ma carte, ce matin, je la reprends et avec elle, le fanal de combat, toujours plus déterminé. Ils ne m’auront pas, ils ne nous auront pas. Je ne laisserais pas le champ de bataille aux pourris qui en tirent profit… Je comprends enfin, sûrement à ma façon, ces mots d’Aragon : « Je démissionne tous les soirs du parti communiste pour y ré-adhérer tous les matins. »

Il est 8h, la nuit a été courte. La journée sera longue, heureuse, combative… Je suis militant du Parti de Gauche.

Romain JAMMES

D’après une pas-si-vieille idée de mon ami Nathanaël !

À quoi sert la journée internationale de l’homme ?

C’est complètement dingue. On en apprend tous les jours. Y a le lot des bonnes surprises, qui vous donnent la niaque pour la journée, mais y a aussi le contrecoup parce qu’on choisit pas toujours ce qu’on apprend. C’est comme ça.

Bref, ce mardi de novembre, malgré le froid, un sourire scindait mon visage. Ma tête s’affairait déjà au travail devant la montagne de tâches à réaliser avant le grand soir, alors que mes jambes pédalaient frénétiquement sur le vélo-Toulouse rasant çà et là les automobilistes paniqués. Un matin normal quoi.

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Sauf que badaboum, errant avec mon café sur des sites très peu recommandables (oui les sites sérieux, objectifs, impartiaux tout ça tout ça), je tombe sur ce magnifique article. Qui m’apprend (oui, d’où le début de l’article. Ça va vous suivez ? Vous voulez du pop-corn ?)… Je disais, ce site m’apprend qu’il y a une « journée internationale de l’homme ». Quelle drôle d’idée…

Pourquoi ces journées ?

Bon de base, moi je pensais qu’on faisait des « journées internationales » pour des causes, quitte à ce qu’elles soient un peu naïves. On trouve la journée internationale de la paix, des migrants et des réfugiés, contre le cancer, le handicap, plusieurs maladies, la justice sociale…etc. Bref, c’est beau les oiseaux chantent.

Parmi ces journées certaines ont une histoire importante, une histoire de lutte par exemple. Au hasard, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, appelée avec mépris, « journée de la femme », est un héritage historique loin d’être folklorique comme le patriarcat aimerait qu’on le pense.1

Sauf que voilà, dans ma vision un peu angélique, j’avais oublié qu’on pouvait faire des journées de tout et n’importe quoi. Sûrement histoire de noyer ce qu’il y a réellement un sens universel. Alors nous avons par exemple :

  • 5 février : journée mondiale du Nutella, j’imagine que c’est une cause internationale…
  • 28 février : journée mondiale sans Facebook, autant faire une journée mondiale sans respirer…
  • 11 mars : journée mondiale de la plomberie, merci Mario Bross…
  • 24 mars : journée mondiale de la courtoisie au volant, la grosse blague…
  • 3 mai : journée mondiale du soleil, bon heureusement qu’il est là c’est vrai.
  • 21 juin : journée mondiale de la lenteur, oh s’il vous plaît, faites en un jour férié !!
  • 31 août : journée mondiale du blog, les blogs… quel intérêt ?
  • 26 octobre : journée mondiale des pâtes, je sais pas pour vous, mais moi c’est tous les jours.
  • 5 décembre : journée mondiale du Ninja, faites gaffe à vous quand même !

Et à tout cela s’ajoute, la journée de l’homme. Oui mais en fait, ce qui pourrait être une grosse blague comme la journée du Nutella (j’espère que je vais toucher un peu d’argent… à force), se transforme en espèce de frustration intestine de l’homme auquel, il faut avouer, on est plutôt habitués. La journée internationale des luttes des droits des femmes n’est pas le miroir de la journée de l’homme. Et ça, nos homo-phallus ont un peu de mal à l’accepter, donc ils décident de se plaindre… Bienvenue dans un monde fantastique…

Les tourments de l’homme moderne

Oh que c’est dur d’être un homme ! C’est en tout cas ce que nous dit Le Point. Des problèmes tout le monde en a. On pourrait s’en amuser, après tout, les problèmes de dominant ça existe. Sauf que ce que ne dit pas l’article c’est que les problèmes exposés sont exactement 3les axes stratégiques de communication des masculinistes. Ah tiens, on passe de la journée de l’homme à la journée contre les femmes… Voyez plutôt.

Il y a plus de suicide chez les hommes ? C’est vrai ! Pourtant, les hommes sont ceux qui subissent le moins de domination sociale et économique. Ce sont ceux qui, d’après leurs stéréotypes de genre, sont le moins exposés aux élans sentimentaux irrationnels. C’est peut-être que l’échec, chez les hommes, c’est un peu une négation de la virilité. C’en est à tel point qu’échouer à se suicider c’est la loose suprême.

  • Et oui, on vous a pas dit ? Les femmes tentent plus de se suicider, elles réussissent moins. Soyons sûr que la proximité des hommes avec les armes, dans leur volonté d’affirmation de leur pouvoir, n’y est pas pour rien.

Les pères sont les négligés de la justice dans les divorces ? Argument masculiniste typique. On voit des papas pleurer de chaudes larmes devant les caméras et monter couilleusement (ouais ça n’existe pas, bon) sur des grues ou monuments. Une stratégie qui n’a rien de spontané puisqu’elle vient directement des expériences étrangères en la matière (Canada, Angleterre,…)

  • Bon et sinon, sur le fond ? Dans les divorces/séparations, parmi les couples qui vont devant un-e juge des affaires familiales (pas tous donc), dans seulement 2% des cas il y a conflit autour de la garde de l’enfant. Il y a alors soit garde alternée imposée, soit garde maternelle ou paternelle imposée. La différence, dans ces cas, entre garde maternelle et paternelle représente 0,8% des enfants qui vivent la séparation de leurs parents. Pas bésef hein ?
  • 75% des pères ne veulent pas de la garde alternée, d’ailleurs, ça reflète bien le fait que ce sont en écrasante majorité les femmes qui s’en occupent. Mais voyez, la culture patriarcale enseigne aux hommes que les enfants sont leurs propriété. De là à changer leurs couches, leur faire à manger et les amener à l’école…2
  • Les lois que tentent de faire passer les masculinistes au sujet de la garde consistent essentiellement à conserver le droit à la garde alternée même en cas d’accusation de violences familiales ou d’inceste. Normal quoi…

Les garçons sont moins diplômés que les filles ? C’est vrai ! Mais ils poursuivent les études les plus valorisantes économiquement et socialement. Ils détiennent également les postes de direction dans tous les domaines économiques, y compris ceux qui correspondent aux stéréotypes féminins. Les masculinistes s’attaquent souvent au système scolaire comme étant construit pour la docilité des filles, qui, du coup, réussissent mieux. Ironique quand on regarde l’histoire de la scolarisation dans notre pays.

Bref, à la question que pose l’article « à quoi sert la journée internationale de l’homme ? », la réponse est « à combattre les droits des femmes ». J’attends avec impatience que dans sa folle clairvoyance, Le Point nous délivre également tous les tiraillements ultra-violents que subissent les riches. Détermination sociale à être brillant, choix cornélien entre Porsche et Ferrari, ou entre les Bahamas et Bora-Bora. La suite bientôt ?

Romain JAMMES

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On a testé pour vous : Marseille !

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Ah Marseille, la ville la plus vieille de France. Ça faisait longtemps qu’elle me murmurait à l’oreille comme une sirène. Son accent, le bruit inlassable de la mer qui vient frapper les rochers. Les couleurs vives de la Provence, le chant des cigales qui gratte les oreilles.

C’est la ville de mon club de cœur, peut-être le premier que j’ai vu devant la télé, encore tout gosse. La « ville phocéenne« , référence historique préférée (la seule peut-être) des commentateurs de foot. La ville de Pagnol dont les pièces alimentent encore mon imaginaire gourmand. Celle d’Akhenaton qui rythme le battement de mes souvenirs d’adolescent. C’est cette ville dont on dit tant de mal et qui est pourtant si attirante. Celle des fusillades mais aussi celle dont Jean-Marc Rouillan disait qu’elle était « la dernière ville libre de France ».

Alors Marseille, qui es-tu ?

Une concentration hétérogène

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Marseille, c’est d’abord du mélange. Quoi de surprenant ? C’est la Méditerranée : la mer du berceau de l’humanité. Elle est à la croisée des chemins depuis d’Antiquité. On se balade sur le Vieux Port touristique, les marchands vendent le poisson du matin, la musique anime les pas des badauds et les mats tanguent par dizaines sous le regard bienveillant de la Cathédrale La Major. On fait le tour avec un regard curieux, jusque-là rien de bien surprenant. Les marcheurs convergent vers le Fort Saint-Jean, longtemps inaccessible, puis vers le MuCem, symbole de la chape culturel de l’Europe cette année (bah oui quoi). C’est le tourment de la ville moderne : réhabiliter son patrimoine tout en le vendant aux grandes enseignes.

En marchand vers le Panier, la ville se teint un peu. On y voit les marques des quartiers populaires, la gentrification y pointe son nez mais déjà les têtes et l’ambiance ont changé. On y aperçoit les murs de graph et les places intérieures qui ont 1425766_10201849646818194_424606476_nvu des centaines de match joués et rejoués par tous les gamins du quartier. Quelques minutes de marche encore et on prend une nouvelle claque. Nouaille ouvre ses portes avec son marché permanent. On croirait avoir fait des centaines de kilomètres mais on est à deux rues des bouillabaisses pour Parisiens. Les bâtiments sont plus sales, abandonnés pour certains, un mélange savoureux entre Barbès sans les voitures et Arnaud Bernard un jour de marché. Les rues sont bondés, je souris.

On monte encore jusqu’à La Plaine et ses bars colorés. Les murs sont d’immenses toiles et les artistes se bousculent. Le soir l’ambiance est inimitable. Les groupes passent de bar en bar, puis se posent simplement sur la place avec de quoi fumer et une guitare. Enfin, bifurcation vers le Sud, au pied de Notre-Dame de la Garde, où les vieux boulistes, pipe au bec, croisent les1457762_10201849648578238_30092837_n jeunes du city-stade d’à côté. La vue depuis les hauteurs nous rappelle où nous sommes. Déjà la taille de la ville impressionne. Et ce n’est qu’un début…

Un p’tit coin de paradis

Marseille c’est 50 kilomètres de côtes. De quoi avoir le vertige. Comme on ne peut pas tout faire en un jour, on décide de prendre la corniche depuis le sud du Vieux Port. Petite halte au Vallon des Auffes, on salive devant chez Fonfon, les poches un peu trop vide. On admire ce coin hors du temps à deux pas de la fourmilière citadine. On longe la côte sous un doux soleil, on envie ces belles baraques, s’imaginant au petit déjeuner devant l’horizon turquoise. On admire les monuments tournés vers la mer et les peuples qui la partagent.

Plus loin, c’est le Prado et le souvenir qui l’accompagne, ce 10 avril, noir (et rouge) de monde pour venir écouter 1456729_10201849656978448_1371051614_nMélenchon. Nous étions quelques-uns sur le pont de 3h30 du mat jusqu’à la fin du rangement. Une petite musique nostalgique bourdonne dans nos oreilles. Puis nous filons encore plus au Sud.

Marseille, c’est la jungle urbaine et des lieux magiquement calmes. Les madragues défilent devant nos yeux curieux. Petits villages de pêcheurs s’imagine-t-on. Il n’y a plus que de petites maisons serrées, les rochers prédominent progressivement, jusqu’à séparer de minuscules ports éparses comme les Goudes ou Callelongue. On y croit à peine. Un coin de paradis dans la 2e ville de France. On se croirait il y a des siècles quand on oublie les voitures. On prend un verre dans un silence admiratif. On profite d’un instant, comme si on avait soudainement fait irruption dans un tableau de Monet et qu’il fallait, pour l’occasion, garder la pose…

Ces fameux quartiers nord

Le retour est rude, la nuit arrive et la brume tombe entre les mâts blancs et les petites ruelles. L’occasion de voir l’autre Marseille. Le côté que la presse adore mettre dans les gros titres pour casser la baraque. Un tour en voiture nous montre cet envers du décor. Quelques camps de Roms en pleine ville. Des femmes et des hommes installés dans des rues pour attendre l’ouverture matinale d’un marché de fortune. On garde la place au chaud, elle vaut cher.11149_10201849650378283_1348223880_n

On longe la Castellane, le quartier a un air de déjà vu. Finalement, Banlieue parisienne, Toulouse, Marseille, elles se ressemblent toutes. Est-ce qu’il y aurait une internationale urbaniste ? L’atmosphère ne change pas d’un poil, elle est aussi figée que le petit port des Goudes. On écoute Iam et on se dit : « merde, ça fait presque 20 ans et ça a pas changé. » Des vigies sont à chaque entrée pour surveiller les entrées et sorties. La tension est palpable, mais tous les Marseillais-es nous l’assurent : « si tu fais rien contre eux, ils feront rien contre toi ». Entre Plus belle la vie et le JT catastrophe. On a testé la réalité, et on vous la conseille.

Bref, Marseille, une ville magnifique pour son tout. Magnifique pour sa population à l’image du mélange méditerranéen, magnifique pour son histoire, sa population et ses conflits. La « dernière ville libre » a de quoi être fière, elle résiste au rouleau compresseur qui écorche les territoires, celui qui découpe tout ce qui dépasse, la nouvelle internationale urbaniste qui construit la ville contre la « commune ».

Avant le départ, je rencontre Sophia. Encore un nom qui respire Notre-Mer. Vous en entendrez parler bientôt… très bientôt ! *musique de suspens, tout ça tout ça*

Romain JAMMES