L’invention masculine du mois : la pornographie philanthropique

Ah qu’ils sont doués ces hommes. Je vous en parlais pas plus tard que la dernière fois, on a des idées lumineuses, mais le pire de tout ça, c’est qu’on les applique ! Loin de moi l’idée de nier un quelconque génie émanant de certains de mes congénères mais je me demande pourquoi aucun n’a pensé à inventer ce truc salutaire, cette petite conscience qui vous dirait « Non franchement arrête, t’es en train de faire de la merde ».

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Sauf que voilà : ça existe pas. Donc depuis le mec qui s’est pris pour le fils de Dieu, jusqu’à ces fins personnages coupant les clitoris pour ne plus qu’ils existent (et dire qu’on se moque de l’autruche) on a fait un sacré paquet de conneries. Et comme la domination masculine est une source inépuisable d’inspiration, on va pas s’arrêter en si bon chemin.

De l’exploitation caritative

Y’a un mec,… mais genre un mec malin tout ça, tout ça. Il a dû se dire : y’a des gens, ça doit être un peu des militants dans l’âme – genre je file un peu à une association, je signe une pétition – mais pas non plus bézef, juste ce qu’il faut pour se sentir bien dans sa peau. Mais à côté de ça, les conditions des femmes, ils en ont un peu rien à foutre. Et c’est vrai, y’en a un paquet, je peux pas lui retirer. Seulement le moment où le p’tit robot, s’il existait, aurait dû lui dire « non, là, abstiens toi » c’est quand il décide de créer un site porno… caritatif. La vidéo vaut son pesant d’or.

Alors évidemment, le porno ça fait débat. J’en ferai pas tout un plat bien sûr. Y’a ceux qui parlent de libre choix, d’autres qui invoquent la clause artistique. Quoi qu’il en soit, une partie écrasante du porno reprend les archétypes de la domination masculine dans les rapports sociaux. Les femmes sont souvent infériorisées socialement, soumises, voire brutalisées. Bien souvent elles disent non, mais l’homme insistant lourdement elle finit par s’y résoudre : quelle leçon ! Comment s’étonner d’une culture du viol avec ça.

On s’en douterait mais le schéma sexuel est largement centré autour du plaisir masculin. Le fameux triptyque fellation/pénétration/éjaculation sur une partie de la femme, fait souvent office de règle générale. Bref, tout ça ne sent pas le progressisme à plein nez. Mais pire encore, le site met en avant le « sexcam », en gros une femme qui se tord dans tous les sens comme dans une cage, entourée (virtuellement pour le coup), d’un paquet de mecs qui se soulagent pour l’occasion. Bref, une femme réduite en bête de foire, et une sacrée boule au ventre quand on est féministe.

Bref, déguiser cette exploitation derrière les dons à des associations, c’est quand même une sacrée hypocrisie. C’est comme si un site raciste proposait de faire un don au Planning Familial. Je sais pas pour vous mais moi j’aurais quelques doutes sur ses valeurs (euphémisme – Oui maintenant je fais un guide parce que certains ne saisissent pas toutes les figurent de style de ce blog).

Allons plus loin

Au fond, ce qui me dérange le plus, c’est pas qu’un illuminé ait eu cette idée. C’est que son truc, ça peut éventuellement fonctionner. Alors j’ai pas fait d’étude de marché, mais je vois un bon paquet d’abrutis, toutes tendances confondues qui, une fois le mouchoir plein, auront l’impression d’avoir fait une bonne action. Si c’est pas magnifique la vie.

Alors j’ai un pote qui me dit : « La prochaine fois ils feront ça à des prostituées ». Improbable ? Pas tant que ça : régularisation de la prostitution, quelques maisons closes et une concurrence féroce comme en connaissent quelques pays. En plus de tirer les conditions de travail vers le bas, ça peut bien créer des concepts originaux. Après Gauche-Rencontre et Benevidz, découvrez gauche-prostituée. Vous payez 30 euros votre gâterie ? 2 euros sont reversés pour faire un puits en Afrique ou soigner les pandas. (Quoi ? Non j’ai rien contre les pandas. Enfin, avouez qu’ils sont énervants… Non ?)

Tout ça pour dire que :

  • Le caritatif se fout parfois (on me souffle « toujours ») bien de la gueule du monde.
  • Qu’on a beau avoir le cœur sur la main, on n’en est pas pour autant féministe.

C’est à croire qu’il faudrait rappeler que les femmes sont des êtres humains…

Romain Jammes


Cachez ce clito que je ne saurais voir !

Ah c’est la rentrée, ces cartables, ces crayons, ces retours d’émissions débiles que tout le monde regarde, ces magazine sexistes qui font un rebirth d’enfer avec le complicité des potes du PAF et ces statistiques de l’UNICEF…

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Ah ouais, on vous a parlé de France-Géorgie (ce n’est pas pour critiquer les amateurs de foot, je serais surement devant mon écran comme un débile vendredi)… Je disais quoi ? Ah oui : on vous a parlé des ptits bleus mais pas des statistiques sur les mutilations génitales et les excisions. Allez, on va en vouloir à personne, après tout, le clito a l’habitude de rester dans l’ombre. Mais à L’Art et la Manière on est têtus et on s’est vite lassé de Pernaut. Du coup on va vous raconter une histoire…

Femmes, mamans, plaisir, tout ça…

J’en ai déjà parlé sur ce blog (mais la pédagogie du matraquage a un charme irrésistible), les hommes ont un certain nombre d’obsessions qui structurent pas mal leur comportement avec les femmes. Il y a la bite, ouais notre sexe, le truc qui pendouille entre nos cuisses (voir les trucs qui pendouillent en dessous puisque dès qu’on voit un poisson avec des dents on commence à flipper). Puis y a la génétrice, la moman, celle qui donnera la fière descendance : ces femmes que l’on réduit constamment à leur utérus.ex1

Alors le pénis d’abord, c’est un peu un mode de pensée structurant pour l’homme. On a construit des pénis géants en guise d’édifices et on généralise une espèce concurrence qui m’a tout l’air d’un « qui a la plus grosse ? » dans tous les domaines de la société. On a aussi structuré l’ensemble de la sexualité autour de cet étrange membre (et tous les comportements sociaux genrés, après tout, si un homme est « efféminé » c’est qu’il a été pénétré). Le pénis donc, c’est celui qui permet la pénétration, qui fait d’une fille une femme, c’est autour du plaisir masculin (et encore plaisir très hétéro-normé) que la sexualité a lieu, tout ce qu’il y avant est mis en bloc dans le panier des préliminaires. Évidemment celui qui a été le grand oublié de l’histoire, c’est le plaisir des femmes. Enfin c’est les femmes en général, et par conséquent leur plaisir. C’est sur qu’aujourd’hui il y a peu de demeurés qui iront jusqu’à nier le fait que les femmes prennent du plaisir au sexe, mais beaucoup sont encore persuadés qu’il se structure autour de leur phallus, et au moins autant n’ont qu’une vague idée de ce qu’est un clitoris. Et pour cause, il a longtemps été caché, enfoui voire censuré. Ah ces hommes.

Ce qui est marrant, c’est que ce phénomène est en étroite relation avec la 2e obsession : les femmes sont des mères. Un doux refrain qu’on entend plus ou moins subtilement au quotidien. Instinct maternel, sensibilité, patience, douceur et toutes ces conneries qu’on attribue aux femmes ne sont que des corollaires de l’équation sexiste femme =  utérus = mère. C’est bien simple, les hommes prennent du plaisir, les femmes font des enfants. Vision eucharistique du sexe assez tenace pour alimenter les manifs homophobes qui ont animé l’année dernière et ravivé ce qu’on travaille à enterrer dans les oubliettes réactionnaires de l’histoire.

Et donc ?

Et donc si ça s’arrêtait à quelques mots, une culture qu’on s’attache à combattre comme on peut, et quelques allumés dans des manifs. On en ferait pas tout un foin. C’est pas qu’on est du genre a laisser faire mais c’est que quand, en plus, les répercussions matérielles de ces visions primaires sexont effroyables, on a tendance à monter au plafond.

Parce que oui, l’homme ne se contente pas d’avoir de brillantes idées, il les met en application, le con. Donc le clitoris, comme il est inutile, vu que les femmes ont pas de plaisir, et bah on veut pas le voir. C’est un peu l’appendice de l’aine vous voyez ? Comme on voudrait qu’il arrive malheur à personne et que c’est une sérieuse entrée vers les portes de l’enfer, y a pas mal de bougs qui ont décidé d’ôter la face émergée de l’iceberg clitoridien. C’est arrivé un peu partout à toutes les époques, sauf que y a des endroits où ça reste. Et c’est sacrément bien ancré. Ainsi, le rapport de l’UNICEF a étudié plus de 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient. (Bon soit dit en passant, je ne doute pas que le phénomène existe toujours dans de nombreux autres pays, y compris en France). Dans ces pays, 125 millions de filles et de femmes portent les stigmates de mutilations génitales ou excisions. Ce sont 30 millions de filles qui risquent de subir la même torture dans les 10 ans qui viennent. Le tableau donne un aperçu de l’ampleur du phénomène. Il n’a rien d’anecdotique : c’est une culture traditionnelle qui accompagne la pensée et les représentations décrites plus haut. Une véritable honte pour l’humanité.

Mais ce que cette culture provoque dans ces pays, elle n’oublie pas de le faire aussi à la maison. L’excision a existé comme phénomène important en France, mais cette culture a aussi d’autres manières de s’exprimer qui sont dangereuses etex3 brutales. Ainsi, si une femme a pour principal destin d’être une mère, la contraception et l’avortement sont des enfants du diable. Ainsi nos petits soldats réactionnaires ont ici leur cheval de bataille qui, faute d’ôter le clitoris aux femmes, veut leur déposséder le droit à disposer de leurs corps, en somme leur droit d’être libre et de choisir leurs destin. On se contente de ce qu’on a, disent les plus sages, mais ce qui chagrine dans ce tableau, c’est que l’histoire leur donne de sérieuse raisons d’avoir le smile jusqu’à l’auréole. Entre 2002 et 2012, 180 centre IVG ont été fermés. Austérité et normes comptables du privé importé au système de santé sans doute. Mais néanmoins un répit bienfaiteurs pour ces connards qui vivent manifestement des douleurs qu’ils infligent aux autres.

Bref, réactionnaires de tous les pays, crevez !

Romain JAMMES

Vous avez un problème avec l’égalité ?

Bon c’est pas tout ça les vacances, mais faudrait peut-être s’y remettre. Au-delà du petit carnet de voyage improvisé que je vous ai fait partager, il faut que je vous raconte. L’été, c’est un espace concentré de rencontres en tous genres. Des gens qu’on ne rencontre pas d’habitude. Soit ils habitent à l’autre bout de la terre, soit on a soigneusement fait en sorte de ne pas trop les croiser. Mais bon, là, c’est les vacances. Alors…

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Bref, entre le premier et le dernier contact (de nature aussi variée comme quand c’est les vacances quoi), il se passe plein de trucs passionnants. Et vous commencez à me connaître, au bout de quelques minutes, le mot obus, celui qui n’aurait pas dû s’inviter dans la conversation (d’après certain-e-s), vient interrompre un monde qui, jusque-là, tournait parfaitement rond : le féminisme.

« Ah, ouais non le féminisme c’est pas trop mon truc… »

Le militant-e-s féministes ne seront pas surpris-es. En général, le féminisme c’est « le truc » de pas grand monde. Ça surprend pas comme ça, pourtant on pourrait se dire : « ah toi, ton truc, c’est de piétiner les femmes ? » Mais on est (parfois) trop poli-e-s. Au-delà des réactions classiques que j’ai déjà décrites et qui sont une nouvelle fois apparues, j’ai quelques perles à vous offrir. Ce sont parfois des interrogations intéressantes, parfois de vrais horreurs. Je vous laisse juger.

  • « Le féminisme c’est juste du paraître, faire semblant d’être parfait. » 

C’est peut-être la moins stupide des interrogations. Même si ça révèle une connaissance très partielle du mouvement féministe. Est-ce que le féminisme est une police du comportement ? Pas vraiment. Mais une chose est certaine, nous avons toutes, et surtout tous, des comportements déterminés par la société patriarcale et qui relaient une certaine domination. Quand on est féministes, on essaye de les limiter. Et à l’inverse, quand quelqu’un a un comportement sexiste, on ne va pas se gêner pour lui faire remarquer. Hein ?!! Quand même ! Mais de là à réduire le mouvement féministe à ça…

  • « Mais t’es maso non ? »images

Evidemment : si je suis féministe, c’est parce que j’aime souffrir. D’ailleurs, j’ai hésité un moment entre le féminisme et fakir (non pas le journal, le mec qui s’allonge sur des pics et travers des allées de braises chaudes). Plus sérieusement, on a tous un avantage, en tant qu’être humain, à vivre dans une société féministe. Déjà parce que moins de domination c’est plus d’apaisement général et ensuite parce qu’on est aussi sacrément déterminés, en tant qu’homme, à avoir un comportement irréprochable de mâle dominant.

  • « J’ai rien contre les femmes mais… » et sa variante plus connue : « j’aime les femmes mais… »

Quelle horreur ! La suite de la phrase ne sert plus à rien, la première partie en dit déjà trop. Le « mais » qui conclut suppose en plus que ce qui suit va être encore pire. Vous savez, je suis le genre de mec qui ne cherche pas trop à avoir à tout prix un casier judiciaire (bon si c’est pour coup et blessure sur misogyne ce sera presque une médaille). Donc, par un élan pacifiste, mon cerveau bloque comme un fusible évite la catastrophe. Je tiens à ma santé merde. Bref, le mec (en général) en prend quand même pour son grade. Je ne suis pas sûr que beaucoup perçoivent que je me retiens, en plus.

  • « Mais y a des différences quand même ! »

Derrière cette remarque, se cache un grave problème de langue française. Bon, en réalité, c’est une rhétorique de mauvaise foi relayée par la propagande patriarcale. Défendre l’égalité, c’est combattre les inégalités. Egalité et inégalités, c’est le contraire (ne riez pas ce n’est pas si évident pour tout monde apparemment). L’inverse d’inégalité, ce n’est pas « uniformité ». Donc, tous les individus continuent d’être différents et bien plus d’ailleurs puisque le but et d’arrêter de les enfermer dans des rôles en fonction de leur genre.

  • « Mais les femmes elles aiment se faire dominer au fond ! »

Mon sang ne fait qu’un tour. Non, la personne que vous avez devant vous n’est pas en train de dire qu’il y a une intégration des valeurs patriarcales de la part de nombreuses femmes. Sinon, il serait le premier à dire qu’il faut d’autant plus combattre la culture dominante. En 2810720570_1général, elle se base sur des sérieuses idées reçues alimentées par une ou deux interprétations biaisées de son vécu relationnel (ou celui de ses proches). Est-ce qu’une femme aime se faire frapper par son mari ? Non. Est-ce qu’elle peut aimer devoir demander une autorisation pour sortir, travailler, avoir un compte en banque, des loisirs, bref, pour vivre ? Non. Est-ce qu’elle aime être dépendante d’un mari qui amène toute la tune à la baraque pendant qu’elle se tue aux tâches ménagères ? Non. C’est ça la domination pourtant. Je suppose que, dans certains esprits, elle se résume au fait que, parfois (et loin de moi l’idée que c’est anodin), elles aiment être plaquées brusquement contre le mur pour un baiser fougueux (ou plus), elles aiment ces jeux qui, à tout moment, peuvent s’arrêter ou se renverser. En somme, elles peuvent aimer ce semblant de domination qui cesse dès qu’elle dit « non ». Sauf que ça, ce n’est pas de la domination.

L’égalité, question de référentiel

Mais la plus régulière, et la plus chiante des réponses d’une certaine manière, c’est celle qui considère le féminisme comme un corporatisme d’activistes anti-hommes. Vous savez la vision à peine exagérée d’un groupuscule d’amazones qui errent dans les rues pour couper les couilles à ceux qui en ont encore. En fait, c’est la vision zémourienne de l’apocalypse.

Le féminisme c’est uniquement défendre les femmes en s’en prenant aux hommes. Ce qui défend des valeurs universelles devient une jalousie du pouvoir masculin, voire une recherche de l’inversion du schéma de domination. Ça donne des conversations de cet ordre :

« – C’est trop anti-hommes quoi, ça veut juste le pouvoir des femmes.

– Bah non ! On défend l’égalité, ni plus ni moins.

– Bah, en tout cas, certaines sont anti-hommes.feminist1

– Moi je n’en ai pas rencontrées. Tu t’y connais surement plus. Tu parles de qui ?

– (réponse vague)

– Donc, non seulement, tu ne sais pas de qui tu parles, mais en plus tu réduits tout le mouvement féministe à ça ? Est-ce que tu ne te dis pas que, dans une société de domination masculine, dès qu’on demande l’égalité on a l’air de défendre uniquement les femmes ? »

Ça pourrait ne pas être si grave si, derrière, les médias ne se permettaient pas de dire que c’est un scoop de rencontrer « un féminisme qui ne veut pas émasculer les hommes » Bref, l’égalité c’est une question de référentiel. C’est au point que ça nous rassure quand quelqu’un-e nous dit qu’on exagère. C’est à ce moment qu’on se dit qu’on est sur la bonne voie.

Comme on dit, «  le féminisme est un mode de pensée extrémiste qui consiste à croire que les femmes sont des êtres humains… »

Romain JAMMES

On a testé pour vous : les sondages sexistes de ELLE !

Tadaam, c’est l’été, le soleil, il fait 35°C à Toulouse… mais quand le soleil se couche. Bref, la chaleur retrouvée donne des envies de baignades, de lezardage intense au bord des lacs de Haute-Garonne ou de la piscine Chapou. Mais comme la domination masculine ne fait pas de pause, Elle vous propose un numéro d’été pour bien garder les neurones en place.

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C’est quoi la pilule ce coup-ci ? Une petite enquête Ifop (en version détaillée ici), vous savez le genre de sondages où on vous explique ce que pensent la majorité des gens pour que vous compreniez que vous avez tord. Bref, ici, pas question d’opinion politique (c’est Elle quoi !) mais juste de savoir quel homme politique séduit le plus les Françaises…

Question de femmes ?

Déjà, ça commence pas super. Mais bon, on bien le droit de traiter de manière décalée nos dirigeants politiques. Ça fait pas de mal en soi (si y a la manière) et pour tout dire, une des premières formes d’expression populaire désacralisant le Roi était bien de se moquer de lui.

À la rigueur, on peut aussi se dire qu’il doit exister un sondage inverse genre « Les femmes politiques les plus séduisantes aux yeux des Français ». Petite recherche gogole tout ça tout ça… Bah c’est pas si évident. Ça existe dans certains recoins du web… Mais vous comprenez, les hommes c’est du sérieux, ça débat des idées etc… donc faut pas déconner. Je ne parle même pas des hommes politiques séduisants aux yeux des Français, ou des Femmes politiques aux yeux des françaises. Là, ça frise l’aversion !

C’est quoi être séduisant ?

Mais là où l’enquête est balèze, c’est sur le choix des questions. Après tout, c’est un vrai débat : c’est quoi un mec séduisant ? Accrochez-vous, messieurs hétéros, prenez des notes, on embarque dans le monde merveilleux de Elle et d’ Ifop.

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  • « Les hommes politiques avec lesquels les Françaises pourraient avoir une aventure estivale ». En gros, « lequel pour un plan cul au bord de la plage ». Question plutôt normale dans le contexte. Valls est premier (c’est vrai qu’il est beau gosse). Je n’apparaîs pas dans les statistiques (roh merde).
  • « Les hommes politiques auxquels les Françaises feraient confiance pour mettre l’ambiance ». T’es un boute-en-train, t’es sociable, tu fais la fête, du danse et/ou tu chantes. C’est vrai que ça séduit. Jusque-là rien à dire. Montebourg et Valls en tête ? J’ai du mal à imaginer, mais bon, les goûts, les couleurs, tout ça. (Je note que Mélenchon, seul que j’ai côtoyé en soirée est à 4 pts des premiers, faut voir son déhanché aussi.)

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  • « Les hommes politiques auxquels les Françaises feraient confiance pour les sauver en cas d’incendie ». Aïe, ça se gâte. Voilà qu’apparaît comme par magie le mythe du prince charmant qui va venir sauver la princesse dans sa tour en feu. L’homme qui brave les dangers, chevauchant sa monture immaculée. Bref, un des piliers des représentations sexistes. Manuel Valls est de loin le premier, mais c’est de la triche, il est Ministre de l’Intérieur, il a plus de moyens que moi. Cela dit j’imagine assez mal une femme se faire ce scénario dans la tête quand elle rencontre un homme : « Ah Manu, je voulais savoir par curiosité, tu as des habits ignifugés toi ? »

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  • « L‘homme politique auquel les femmes feraient confiance pour les consoler en cas de chagrin d’amour ». Et ça continue. Évidemment, les femmes sont émotives comme pas deux, elles fondent en larmes pour un oui ou pour un non et ce sont des amoureuses transies qui ont besoin du réconfort d’un homme dur et brave. Valls est encore en tête, décidément Manu… Je vais ptete racheter un costume moi.

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  • « L‘homme politique auquel les femmes pourraient confier leurs enfants ». Enfin, celui auquel on peut s’attendre, le typique bagage accompagné sans lequel on ne peut entendre le mot « femme » : ce sont les enfants. Oui, forcément, une femme c’est un être dont le rôle premier est d’enfanter. Donc le critère des enfants ne peut pas être absent dans la séduction. Non mais allô ! Une femme qui ne veut pas d’enfant quoi ?!! Réveille-toi, reviens dans le monde réel, ce sont des utérus sur pattes. J’imagine encore une fois la femme demander « Et sinon Manu, tu sais changer les couches des bébés ? » Alors que tout le monde sait que les hommes, c’est pas leur truc… (ahem !)

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Bref, pour séduire une femme, faut être sociable et avoir du sex-appeal, pourquoi pas. Mais il faut aussi savoir les secourir quand elles sont en détresse et savoir les consoler de leurs intenses et incontrôlables émotions parce qu’après tout, ce sont de faibles créatures, c’est scientifique d’ailleurs. Enfin, il faut savoir s’occuper des enfants, au cas où, parce que bon en temps normal c’est elle quoi. Mais elle doit pouvoir vous les « confier », genre provisoirement, puisqu’ils sont indétectables de son identité de femme…

Voilà, fin prêtes pour l’été ?

Romain JAMMES

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Peut-on draguer sans être sexiste ?

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Je suis sexiste

Je vais vous faire une terrible aveu… Je suis sexiste. Attendez ! Ne fermez pas la fenêtre, ne « dé-likez » la page facebook et ne supprimez pas mon numéro en faisant une croix sur toutes les incroyables histoires qu’on aurait pu vivre ensemble (ahem !). Je ne suis pas un sexiste de conviction, je ne m’attache pas à organiser, penser et relayer la domination masculine. Je ne théorise pas l’inégalité entre les sexes ou n’essentialise pas des pratiques hautement culturelles comme le ménage ou la prostitution.

Au contraire d’ailleurs. J’analyse la société comme étant une société patriarcale qui organise à l’échelle de la famille, du monde du travail, plus largement dans l’ensemble des sphères de la société (publiques comme privées) la domination masculine. On pourrait se dire : « Bon ce type c’est bon, il est sur le bon chemin, y a plus à s’en occuper ». Bah en fait non. Je suis militant féministe, je suis même souvent le « féministe de service » qui fait l’attraction, sauf que voilà… je suis un mec.sex

Évidemment, une bonne partie des hommes lisant cet article sont déjà ulcérés. Forcément l’esprit de groupe qui unit le genre masculin a tendance à s’activer quand l’image qu’ils se font d’eux-mêmes est attaquée. Alors pour ceux qui sont toujours naïfs et qui se disent « Non pas moi, il peut pas généraliser comme ça ! » (c’est la version polie, dans tous les sens), je vais faire un signe de tête pour faire genre que vous, c’est pas pareil… Voilà maintenant que tout le monde est content on va avancer.

Être un mec

Je vous accorde que c’est difficile de se le dire : « je suis sexiste ». Mais franchement, une fois que le postulat est donné c’est beaucoup plus simple de tenter de résoudre le problème. Cela va sans dire, aucun comportement masculin n’est naturel. Y a plus rien de naturel dans notre comportement après ces 5000 ans carabinés de patriarcat. Seulement, j’évolue, je me socialise et j’ai été éduqué dans une société qui prône des valeurs patriarcales. J’aurais aimé avoir une éducation féministe, mais bon on choisit pas. Puis je suis surement loin d’avoir eu la pire. Alors être un mec, c’est avoir des représentations, un rôle, des attitudes et une place dans la société. Le but, quand on est féministe, en plus du combat collectif auquel nous devons participer comme tout-e féministe, c’est aussi de travailler à déconstruire nos innombrables réflexes sexistes. Ça passe par un petit travail d’humilité, ce qui ne fait de mal à personne.

Mais malgré tout ce travail, certains réflexes sont ancrés en soi. J’arrive sans mal à laisser la parole, à ne pas être condescendant, à accorder autant de crédit à une femme qu’à un homme, si ce n’est plus selon les situations. Je suis arrivé sans grosse peine à ne plus rire sex2aux blagues sexistes (d’ailleurs je ne les trouve plus drôle), si ce n’est nerveusement par dépit en me disant : « celui là il est irrattrapable ». En revanche, les codes culturels définissant si une personne est attirante physiquement ou non sont difficiles à évincer. Évidemment je ne suis pas une caricature du genre, et je suis loin du modèle anorexique des défilés mais l’attirance physique se fait manifestement sur des critères que la société approuve. C’est comme ça, au fond j’ai l’impression de rien y pouvoir si ce n’est de remettre ce critère à une place moins disproportionnée que le patriarcat l’a souhaité dans son « sois belle et tais-toi » qui est davantage un résumé qu’une caricature.

Est-ce que pour autant je me sens l’obligation de réduire les femmes à un bout de viande ?

Draguer c’est pas féministe ?

Dans l’article précédent, je décrivais le harcèlement quotidien que subissent de très nombreuses femmes pour le simple fait de se déplacer dans la rue. Un harcèlement qui va des intimidations physiques aux simples interactions verbales rappelant en permanence à l’intéressée qu’elle est surtout un bout de chair dans lequel ces messieurs peuvent se soulager. Comme d’habitude, des mecs sont montés sur leur grands chevaux, se sentant particulièrement concernés. Vent debout contre la privation de liberté qui les empêcherait de draguer dans la rue. Ces conneries sont bien jolies mais méritent donc une petite réponse.

Je comprend pleinement toute l’attirance physique que l’on peut avoir pour une personne. Je ne la juge pas illégitime. On peut croiser une personne et la trouver belle. Comme je disais, les critères peuvent être plus ou moins structurés par les normes dominantes mais je ne suis pas celui qui peut donner des leçons à ce niveau. En revanche, le fait de s’intéresser à une personne à partir de ce critère peut interroger. Là encore notre société se charge de bien nous éduquer de sorte qu’on attende surtout d’une femme qu’elle soit belle. C’est moins le cas pour les hommes, même si les choses évoluent. Ce qui est encore plus discutable, c’est qu’un homme se sente la légitimité d’aborder une femme non seulement parce qu’elle est belle, et en lui faisant remarquer qu’elle l’est.

Le minimum de la conscience féministe nous fait rendre compte qu’un certain nombre de femmes considèrent ça comme une violence. Les plus aveugles considèrent que c’est une poignée d’allumées, d’autres, plus à l’écoute, se rendent compte qu’ils sont très loin du compte. Les uns comme les autres perçoivent que, potentiellement, ils peuvent faire preuvesex4 de violence en abordant une femme, même avec « tact », à partir de son physique. C’est donc un choix délibéré. Il s’explique soit par le manque d’intérêt pour les femmes en question, après tout, si elle prend ça pour une violence c’est une névrosée, ou on s’en fout, elle en verra d’autres. Soit parce que certains mecs ont tellement intégré le mépris des femmes qu’il n’y a pour eux aucune autre manière de leur faire part de leur intérêt.

On en vient donc à l’idée que ne pas dire à une femme qu’elle est belle c’est priver l’homme d’une liberté (sans doute fondamentale dans son petit crâne) : celle de draguer. Mauvaise foi ou manque d’imagination ? Draguer ce serait nécessairement faire preuve de violence ? Sans que ce soit régulier, ça m’est arrivé, comme beaucoup de monde, d’engager un échange avec une inconnue parce qu’elle me plaisait. C’était parfois purement physique, ce qui je l’avoue, est largement discutable, ou simplement un ressenti général qui m’attirait. Quoi qu’il en soit, sans évoquer la question du physique j’ai toujours su aborder la conversation. Il faut jauger immédiatement si c’est opportun ou pas, ne pas insister, simplement ouvrir l’opportunité, et on finit même par avoir une belle aventure avec une fille à qui on a simplement demandé du feu, au départ.
Je suis loin de considérer que cette attitude, comme beaucoup d’autres que j’ai, est loin de tout reproche. Le simple phénomène de drague peut s’analyser comme une production culturelle du patriarcat. La difficulté sociale pour les femmes de faire ce pas là en est aussi une conséquence et je ne compte plus les filles dont j’ai découvert qu’elles cherchaient quelque-chose avec moi, sans avoir oser faire une démarche dans ce sens. L’essentiel est d’identifier au maximum là où il peut y avoir violence ou non. Et de remettre en cause ses propres certitudes de dominant. Mais ça, c’est un lourd travail…

Romain JAMMES

On a testé pour vous : le harcèlement !

J’ai un truc qui me démange, sur la langue un goût étrange, comme une crampe à la phalange. Hey ! Oui je me plains tout le temps. Déjà, il paraît que c’est un sport national,  ensuite, c’est quand même la base quand on est de gauche. Par ailleurs, c’est nécessaire, voire épidermique, quand on est féministe. C’est vous dire si j’ai des circonstances atténuantes.

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Alors je fais pas la tête dure pour faire genre. C’est que, quand même, nous sommes doués, nous les mecs, pour donner toutes les raisons aux féministes de monter au plafond. Je crois qu’on ne perçois pas la chance que l’on a que ne soit pas (encore) légale l’émasculation pour propos sexistes.

« Bon il s’est passé quoi (encore) ? » Bah ce qui se passe tous les jours pour des milliers de femmes. Le harcèlement quotidien, le matraquage pour les réduire à un bout de viande de la part des hommes, cette impression diffuse qu’il existe aucun refuge pour en échapper.

Une histoire banale

C’est l’histoire banale d’une jeune femme, Alex (j’ai changé le nom), dans les rues de Toulouse. L’histoire ne dit pas si elle est belle ou pas. Vous savez pourquoi ? Parce que ce n’est pas la question, malgré ce que certains s’obstinent à croire. Alex, comme toutes les toulousaines elle l’a un peu mauvaise qu’on ait eu un printemps de merde. Donc comme le soleil pointe son nez ces derniers jours. Ni une ni deux, elle a eu l’outrecuidance de sortir une jupe.

L’histoire ne raconte pas non plus la taille de la jupe. Vous savez pourquoi ? Parce que c’est pas la question, malgré ce que certains s’obstinent à croire. Pourtant, mettre une jupe c’est légal non ? C’est pas plus immoral qu’un short, ou qu’un jean. Ce serait une provocation, ça n’en ferait pas un argument pour ne pas en mettre, mais quand même, on est civilisés maintenant…

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Comme on s’y attend, cette femme se baladant dans la rue se prend des remarques qu’elle tente tant bien que mal d’ignorer. C’est dur, car ça fait mal. Étrangement, on pourrait croire qu’au bout d’un moment il y a une sorte d’anesthésie. Mais là non. L’histoire ne s’arrête pas là. Alex se fait soudainement agripper par un homme qui cherche à l’emmener quelque-part. Elle ne comprend pas, elle ne lui a rien fait. Il la tient fermement par le poignet, puis fini par lâcher prise, comme s’il s’étonnait qu’elle se débatte. Un flot d’insulte se déverse de sa bouche haineuse, Alex fuit la larme à l’œil. Dès l’instant la culpabilité la bouffe de l’intérieur. Elle se demande se qui cloche chez elle. Si elle n’envoie pas des signes à son insu.

Elle pense à sa jupe, naturellement. Elle hésite, puis décide de rentrer se changer. Allez, ça suffit, si c’est pour passer une journée comme ça. Alex enfile un pantalon, et met une écharpe pour cacher son décolleté. « La prochaine fois ce sera un voile intégral ? » se demande-t-elle. Elle a conscience que c’est capituler, mais elle veut aussi la paix, pouvoir se promener tranquillement.

Mais ce que l’histoire n’aurait pas dû dire non plus c’est sa tenue. Vous savez pourquoi ? CADA JOUEParce que ce n’est pas la question. Et oui, couverte « bien comme il faut » Alex pensait être convenir aux codes cette société patriarcale. C’est sous-estimer l’oppression masculine. Un peu plus tard dans la journée elle se fait suivre pendant un certain temps par un homme. Paniquée, elle fini par le perdre en entrant dans un métro de justesse. Sur place, un autre vient rapidement l’aborder. Cette fois c’est trop ! Alex rentre en sanglot se coucher. Il est 16h00.

C’est quoi ton problème ?

Alex appelle un ami, elle cherche du soutien. Elle sait que ce n’est pas normal, mais elle se sent physiquement illégitime à s’habiller comme elle veut, à marcher même en public. On lui fait comprendre que ce n’est pas sa place. Elle est bien à la maison quoi.

Pour partager sa colère, Alex post un statut facebook. Un mec lui répond « Tu es trop jolie Alex, c’est pour ça ». Elle tombe des nues. Que dire, que faire ? Même ici un mec vient la réduire à son physique. Elle éteint son ordinateur, se tait et s’endort. Son silence, c’est celui de la colère et de l’impuissance. Ce n’est pas qu’elle n’a rien à dire. Dans sa tête sa réponse se compose toute seule

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« Petite Merde » (NDLR : En général, les 2 premiers mots d’un conversation sont particulièrement adaptés à une mise en situation. Cela permet d’être assez clair quand au ton utilisé pour l’échange. Ici on devine facilement l’hostilité du propos qui va suivre) « C’est quoi ton problème putain ? T’as que ça à foutre ? Est-ce que comprend ce que tu es en train de dire ? Je me fais harceler, à la limite de l’agression, je me fais suivre et aborder à longueur de temps. Et toi, ton explication dans ton petite crâne de mec c’est que je suis trop jolie ? Ca veut dire que le problème il est pas dans ces connards il est à trouver chez moi ? C’est à moi de m’adapter, d’être « moins belle » ? J’en crois pas un mot. Ou est-ce que vous avez des pulsions animales irrépressibles ? Foutaises.

Alors rigolade, compliment ou pas j’en ai rien à foutre, tu as pas à dire ça. D’ailleurs, message à tous les vieux cons libidineux sur Facebook qui font des commentaires mielleux et à vomir sur mes photos dès que j’en ajoute. Allez vous faire foutre. Allez lécher d’autres culs, vous êtes les premiers à aimer mes publications féministes, dès que c’est dans la pratique, y a un truc qui bloque, comme une testicule qui s’est glissée dans un canal de réflexion primaire et qui empêche l’utilisation de 90% de votre cerveau. »6

Solidarité

L’histoire ne dit pas si le mec en question aurait compris. Ce qu’elle dit, c’est qu’il n’était pas forcément mal intentionné. Il pensait peut-être sincèrement réconforter Alex. Pourtant il est complice de la même violence globale à laquelle participe ceux qui ont harcelé la jeune femme toute la journée. Seulement voilà, cet homme ne le comprend pas, il ne veut pas le comprendre. Pour lui c’est un compliment, un simple compliment. Il aimerait bien qu’on lui dise à lui, au fond.

Consciente ou non, la solidarité existe avec les agresseur et elle se fait à différents degrés et différentes échelles. C’est cet homme qui réduit l’affaire au physique d’Alex, c’est ceux qui vont dire que le problème c’est l’accoutrement : il faut pas provoquer non plus. Plus loin, il y a ce mec (véridique) qui va t’expliquer qu’au fond les petites tenues c’est aussi une forme de violence à l’égard des hommes. Il y a La Dépêche qui va minimiser un viol, ou qui va conclure qu’il faut rester chez soi. Personne ne nie le problème, mais chacun s’attache à démontrer qu’au fond, c’est surtout les femmes…

Romain JAMMES

PS : C’est un histoire vrai, et si j’écris ça, c’est en partie pour soutenir cette amie qui le mérite…

On a testé pour vous : le tweet sexiste de l’UMP !

Ooooooh ça faisait longtemps qu’on avait pas eu des nouvelles du machisme ambiant à l’assemblée. Pourtant faut dire qu’on en a des belles. Entre les remarques machistes en pleine séance sur les tenues des ministres et des députées. Le mépris à peine voilé ou le dédain fièrement brandi de ces hommes qui ont l’habitude de se partager le pouvoir entre couilles.

Là c’était tellement gros qu’on pouvait pas passer à côté. Tellement énorme qu’on se demande parfois ce qui se passe par la tête d’un demeuré sur ces bancs, pour tweeter un truc pareil sur la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem : « #NVB suce son stylo très érotiquement ». L’histoire ne dit pas si Hugues Foucault (l’auteur du tweet) est parti aux toilettes de l’hémicycle pour se finir mais nous pouvons au moins faire une petite analyse de ce qui est loin d’être anodin dans notre joyeuse société patriarcale…

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Pourquoi Hugues Foucault a pensé ça ?

Je suis pas très psychologie de comptoir. Je laisse à Freud l’immense plaisir d’expliquer le monde entier dans la relation avec notre caca. Mais sans parler des excréments, tweetés ou non, de notre sujet, la première explication du « pourquoi ce mec à penseça ? » se trouve dans la question : parce que c’est un mec. (Je laisse 5 secondes de blanc pour que les nombrilistes habituels s’insurgent au nom de leur exemple personnel irréprochable blanchissant ipso facto tout la gente à 2 couilles).

Évidemment, ce n’est pas parce que c’est, naturellement un homme, entendons nous bien. C’est parce que c’est culturellement un homme. Par conséquent, pour lui, tout objet qui a de près ou de loin une forme allongée est une bite. Un saucisse est une bite, une banane est une bite, un doigt est une bite, une bouteille est une bite, un concombre est une bite, les twins towers étaient deux majestueuses bites de béton et de verre.5

Bon, comme je vois votre moue, je veux bien concevoir que quand vous voyez les twin-towers, vous pensez peut-être d’abord aux attentats du 11 septembre. De même que vous pouvez être un homme parfaitement normal et penser « stylo » en voyant un stylo. Seulement voilà, ce stylo devient une bite dans la tête de ce demeuré quand Madame Vallaud-Belkacem le met à la bouche. Sans vouloir présumer, je doute que la ministre ait eu besoin demimer un acte sexuel en plein milieu de l’assemblée pour que cette pensée effleure l’esprit du Maire UMP. C’est donc simplement le contact de la bouche d’une femme qui transforme comme par magie le stylo en pénis.

Mais pourquoi ? Sans avoir toutes les réponses. On ne peut nier l’influence notoire de la sexualisation permanente des femmes dans notre société. Tout coin de l’anatomie peut être utilisé, dans la publicité ou dans le cinéma (par exemple) comme un objet évoquant du sexe. Au point qu’on sexualise les femmes pour vendre tout un ensemble de produit qui n’ont strictement rien à voir. Évidemment dans les représentation que les hommes ont des femmes ça joue. Les normes culturelles font le travail, et les réac’ sont surement particulièrement consentant, of course, ils les produisent eux-même également. Tout ça pour dire que si un homme tenait son stylo comme ça, l’idée ne serait probablement pas passé par la tête de Hugues. L’ingéniosité qu’ont déjà déployé les hommes pour se faire sucer en dit long sur l’importance que cela revêt pour eux. Qu’on se le dise, une bouche, une langue, des lèvres : c’est une pipe. Tout autant qu’un stylo est une teub.

Pourquoi Hugues Foucault a tweeté ça ?

Arrivé là, je ne m’étonnerais pas qu’un paquet de mecs aient eu la même pensé un jour dans sa vie. Moi aussi très probablement, pour un stylo ou autre chose. Nous sommes des produits culturels, même quand on essaye de combattre son côté machiste. Je suis même sûr qu’en d’autres circonstances, il doit passer des idées peu religieuses dans l’esprit de nombreuses filles, devant 3un scène ne mimant pas explicitement un acte sexuel. Le phénomène n’est pas le même, du fait de son échelle et du contexte culturel dans lequel ça s’intègre, mais ça mérite d’être noté pour la raison suivante.

Entre toutes les personnes ayant ce genre de pensées. Pourquoi ce sont les mecs qui les expriment ? Que Hugues Foucault soit excité par la ministre le regarde, c’est explicable comme je l’ai dit, mais si l’histoire s’arrêtait là. Mais quand le Maire l’exprime publiquement, le phénomène est tout à fait différent. Il renvoie directement Najat Vallaud-Belkacem à sa condition de femme, et son statut, à ses yeux, d’objet sexuel. Il la qualifie ainsi publiquement ! (Bon ce ne sont pas ses mots mais c’est le sens du tweet). Il y a donc bien un contexte qui, dans la tête de ce mec, légitime que sa remarque soit entendu par la terre entière. A contrario si sa pensée n’était pas sexiste mais raciste, il aurait bien identifié que le contexte ne rendait pas légitime sa remarque (parfois ça ne les arrête pas ces cons).2

Est-ce qu’il y a une légitimité à réduire les femmes à un bout de viande en public ? Oui et mille fois oui. La drague, lourde ou pas, s’appuyant sur des attraits physique en est un bel exemple. Des femmes harcelées dans la rue, à celle à qui on dit simplement qu’elles sont belles alors qu’elles ne sont pas des décorations, toutes subissent une forme de violence (qui parfois ne les atteint pas) lié à la légitimité que se donnent les hommes à caractériser leur physique au grand monde.

Donc, pourquoi il tweet ça ? Parce que la société patriarcale l’y autorise.

Mais c’est qui ce Hugues Foucault ?

Bien-sûr ce mec est un connard. Mais un fois que j’ai conclu ça, je n’ai rien fait. Les phénomènes massifs ne peuvent pas s’expliquer par la somme d’actes individuels. Du moins la droite anti-intellectualiste analysait la société comme ça à une certaine époque. Sans retirer une responsabilité individuelle, on ne peut s’empêcher de remarquer que Hugues Foucault est surtout le produit d’une société patriarcale qui l’encourage à penser d’abord que le monde tourne autour de son sexe, et ensuite qu’il a le droit de réduire une femme à un objet sexuel en public.

Bref, y a du taff !

Romain JAMMES