Archive : Comment j’ai découvert le rap…

Parceque ?

Une fois n’est pas coutume, je ne parle pas de politique dans cette note. Quoi qu’il en soit toujours question d’une manière ou d’une autre puisque tout est doté d’un sens politique plus ou moins assumé. Il s’agit cette fois du nouveau numéro du magazine Parceque, dans lequel j’écris depuis quelques mois. Le thème était Les années collège.

Cette petite aventure collective  est vraiment intéressante. L’équipe de bénévole qui s’en occupe mérite toutes les félicitations et tous les soutiens pour ce petit bijou. Car le magazine est beau, bien écrit (sauf mes articles) et vraiment dépaysant. C’est drôle, c’est léger, ça parle de tout et de rien, donc ne vous en privez pas ! Je vous invite donc à aller jeter un œil sur le site (ICI !) pour y lire quelques articles. Si ça vous plait, alors commandez des numéros et abonnez-vous, car nous avons besoin d’un petit coup de pouce pour pouvoir continuer. Et évidemment, partagez autant que possible cet article et le site du magazine. L’article qui suit, c’est le mien, dans le dernier numéro. N’hésitez pas à donner vos impressions. Merci, Bonne lecture !

« Petit Frère

Les années collège sont celles des premiers baladeurs, des skeuds commandés à Noël, partagés en potes, puis gravés en lousdé. Le temps des premières playlists personnelles, une forme de crise d’ado musicale contre le Balavoine ou le Céline Dion familial. Cette rébellion, je l’ai connue au son des « poom, poom, tchak ! » derrière les voix posées des rappeurs français ou américains. Je vibrais en écoutant ces samples de toutes origines, de la cornemuse de Manau au synthé d’Eminem. J’y trouvais l’énergie que je déployais à découvrir le monde, le sentiment de malaise devant ses idées reçues et ses injustices. Je plongeais dans les rythmes East-Cost, héritages des sources jazz et hip-hop, me noyais dans le West-Cost plus funk et plus piqué.

J’étais immergé dans un phénomène de mode dont je n’avais pas conscience. Chaque phrase, chaque mot attisait mon attention. Les sonorités, les sens devenaient des jeux de gamin, j’y passais plus de temps que devant mes bouquins. Cette culture m’imprégnait en intraveineuse, elle avait l’accent de nos vies de banlieusards, l’affront de vouloir contrôler le monde, comme un défi lancé aux générations précédentes. Notre révolte portait des noms : IAM, NTM, 113, Sniper, Snoop Dogg, Disiz’ La Peste… Elle résonnait secrètement sous nos couettes au son des radios libres : Max sur Fun-Radio ou Difool sur Skyrock. Mais…

Mais comme tout le monde j’ai grandi. […]

Lire la suite sur le site de Parceque –> ici !

Romain JAMMES

Archive : Libérer la culture !

C’est la première fois que je tente d’aborder ce sujet que ce soit en le mettant en mots sur ce blog ou même de manière générale. Pourtant, je ne considère en rien la culture comme un combat secondaire. Elle est quotidienne dans la vie de chaque individu et dans la mienne particulièrement, puisque je participe à mon échelle à certaines productions. Mais notre combat politique est également, peut être même avant tout, un combat culturel. Cette dimension culturelle, au sens Gramscien du terme, se traduit par les mots que nous tentons d’imposer : les mots d’oligarchie, de  partage des richesses, de solidarité, qui sont notre ADN politique à plusieurs égards. De même, la droite combat avec les siens : la notion d’assistanat, les charges sociales plutôt que les cotisations ; le lien entre immigration, chômage et criminalité…

Ces exemples mettent bien en évidence que la culture n’est pas que là où on la nomme mais qu’elle irrigue l’ensemble des compartiments de la société. C’est dans cette idée que le Front de Gauche  conçoit son projet pour la culture. Loin des déclarations insensées des socialistes qui ne parlent que d’augmenter le budget, qui, au fond, sont du même ordre que celles de l’UMP qui se targue de l’avoir « sanctuarisé » (si c’est pas culturel ça ?) en période de crise. Ce qu’il faut, s’est remettre la culture à sa place et la libérer.

La bifurcation culturelle du monde

Je ne suis pas une spécialiste et je n’invente rien dans cette analyse. Néanmoins, les éléments que j’avance me semblent justes de là où je les vois. Ne les prenez pas comme un schéma exhaustif. On peut considérer qu’il y a une bifurcation culturelle du monde. Sans la dater précisément, on peut se dire qu’elle prend son essence dans un changement significatif du rapport au marché. Car la diversité du monde donnait un caractère aléatoire à la rencontre entre les besoins et les marchandises. L’analyse des besoins structurait la production et la distribution mais il restait une part d’inconnu et une démarche de la marchandise vers l’individu. La bifurcation culturelle change ce rapport car ce n’est plus la marchandise qui va à la rencontre de l’individu, c’est l’individu qui est poussé à la rencontre de la marchandise. Ainsi, comme prolongement de la production industrielle, a été pensée une production culturelle de formatage généralisé de l’être humain : de ses besoins, de ses goûts, de ses habitudes. C’est la culture dominante, qu’il nous arrive d’appeler également l’idéologie dominante. C’est le signe d’une bifurcation car dorénavant la production industrielle a besoin d’une production culturelle pour vendre sa marchandise. Les profits dépendent de la diffusion de la culture dominante, leur expansion de la sienne.

Ainsi, il y a un formatage de l’individu de manière globale à travers la représentation d’une typologie bien déterminée. Chaque personne est encouragée à adhérer à une de ces typologies, plus ou moins profondément. Elle détermine des normes, des règles, y compris celle de ne pas en avoir ou de rejeter les règles les plus légitimes au regard de la société. L’identification détermine également des goûts et des habitudes : l’écoute de telle ou telle musique, le port de tel ou tel vêtement, la préférence de telle ou telle nourriture ou boisson,… Cette culture est véhiculée par la publicité, le cinéma, la musique ou encore les médias de manière générale… L’avantage de cette typologie est qu’elle donne aux entreprises de production culturelle de masse un contrôle sur les besoins des individus, allant jusqu’à les créer de toute pièce. Sur ce point, la stratégie d’Apple est exemplaire. Le système économique peut ainsi composer une parfaite cohésion entre sa production et les besoins des individus à travers une production culturelle. Le bénéfice économique va sans dire. De même, la culture dominante érige en modèle le mode de vie bourgeois qui conçoit la réalisation personnelle comme l’accumulation matérielle : de la machine à laver dans les 30 glorieuses à la Rolex de Séguéla. Il faut une objectivation matérielle du bonheur, comme une preuve qu’on a « réussi sa vie ».

L’Ordre globalitaire dans la culture

Evidemment, cette construction culturelle et sociale des goûts et des habitudes n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est que la diversité des sources de production de la culture laisse progressivement place à un système globalitaire (le marché) qui veut contrôler tous les compartiments de la vie des individus. À cette ambition s’ajoute celle d’appliquer la logique du marché à toute la société depuis le brevetage du vivant à la plus simple mélodie marquée dorénavant au fer rouge. Comme corolaire, la production de la culture, devenue l’industrie culturelle, est soumise aux mêmes règles que toute autre marchandise : celles imposées par l’OMC et la commission européenne. De la même manière que dans d’autres domaines industriels, des oligopoles se forment et monopolisent la production ainsi que ses normes.

Mais la particularité de la culture c’est que chacun est potentiellement un producteur. Le formatage des individus et des codes culturels passe donc nécessairement par un assassinat culturel des masses. Le grand nombre est réduit au statut d’exclusif consommateur et non plus de potentiel créateur. C’est dans ce cadre qu’intervient l’isolement organisé du domaine de la culture dans la vie quotidienne. Un découpage étanche entre le temps que chacun dédie au travail et la culture de sorte que cette dernière est réduite aux loisirs et par là à la simple consommation de la production culturelle. Il y a une forme de contrôle de la production, laquelle ne peut plus être que reproduction du modèle dominant, de cette manière.

Autre forme de contrôle, la précarité dans laquelle sont plongés les professionnels de la culture. Le statut d’intermittent du spectacle en est un triste exemple mais également celui de la plupart des journalistes. Cette forme de travail à la tâche réduit toutes les marges de manœuvre des individus dans la création. La logique marchande les contraints à respecter les règles imposées par les oligopoles sous peine de rester marginaux. Cette précarisation a été rendue possible avec une certaine complicité des acteurs du champ culturel. Le processus créatif étant individuel, le créateur s’est  progressivement extrait du collectif auquel il appartient. C’est-à-dire le groupe de ceux qui ne profitent pas de la plus-value de leur travail : le prolétariat. Il a donc échappé à la protection collective et est devenue la feuille de brouillon de l’exploitation.

Libérer la création

Ce sombre tableau n’empêche toutefois pas la persistance de poches de résistances, elles sont nombreuses. Seulement la dynamique du système économique tend à les marginaliser ou les intégrer à ses logiques. C’est ce schéma que nous devons avoir à l’esprit dans la mise en place d’une politique culturelle du Front de Gauche. Car notre ambition doit pouvoir libérer la création culturelle à tous les niveaux. Il faut la libérer des contraintes que lui impose le marché, sans une autre forme de contrainte car la production culturelle ne doit pas souffrir de cadrage déformant. Il faut libérer la subversion dans l’art de manière à abattre la domination de formes culturelles sur d’autres. En bref, rendre la subversion légitime car c’est le bouillonnement qu’elle apporte qui fait avancer l’humanité.

Il faut libérer la force créatrice de tous en ne réduisant plus les citoyens à de simples consommateurs de culture. Je pense qu’à ce niveau, la campagne a révélé ce dont nous étions capables. Car nous avons permis à ce chacun s’autorise à créer pour ses idées. Il y a les commandos culturels composés de militants, qui jouent des pièces de théâtre à travers la France. Les chanteurs divers, nous y avions participé. Les montages photos amateurs, les affiches insolites, les centaines de vidéos, sont faites de manières spontanées. L’intelligence créatrice m’hallucine chaque jour, c’est comme des retrouvailles entre la politique et la culture. J’ai vu tellement de clips faux, de production lignardes sans âme, qu’avoir cette puissance est un bol d’oxygène…

Romain JAMMES

Archive : Les frustrés de la Bastille

Mais p***** de b***** de m**** !

Oooooooh le truc de malade ! Je vais pas passer par quatre chemins, je suis extrêmement déçu ! Toute la semaine j’avais reçu des SMS d’amis ou de connaissances me disant « Hey Romain, je vais à la Bastille dimanche on se croisera ! » J’étais assez euphorique vous comprenez ? J’avais perdu certains de vue depuis plusieurs années. Soit nos chemins s’étaient irrémédiablement séparés par le hasard de la vie, soit leur départ en province avait eu tendance à nuire à nos entrevues régulières. Depuis les vieilles connaissances de l’Université d’Evry jusqu’aux potes simplement rencontrés dans mes années geek sur des jeux en ligne, j’avais de quoi passer une bonne journée. Mais il se trouve que le hasard de l’histoire a voulu que les gens se soient un peu trop passé le mot. Alors comme 120 000 personnes ont eu la même idée, ben je n’ai croisé aucun desdis amis. Je vous laisse deviner à quel point je suis furax…

Enfin rassurez-vous tout de même. J’en connais qui l’ont plus mauvaise que moi et qui n’ont pas pu s’empêcher de faire leur petit commentaire. La mère Dufflot a récidivé à Europe 1. Elle a visiblement un petit problème avec le folklore révolutionnaire . Faut dire qu’elle est si bien installée que l’idée doit lui hérisser le poil. Elle souligne par exemple la nostalgie d’une époque où il n’y avait « pas de femme ». J’en conviens, Olympe de Gouge est un grand regret de la Révolution Française. Je précise cependant en passant que c’est sa candidate qui s’est fait huer lors de la soirée d’interpellation des candidats organisée par le collectif d’associations Feministes En Mouvement. Elle ajoute également que l’écologie est pour nous « quelque chose que l’on rajoute à la mythologie révolutionnaire ». C’est sûrement la raison pour laquelle ses militants viennent un à un nous rejoindre et que France Nature Environnement (qui rassemble plus de 3000 associations écologiste) a jugé nos propositions écologistes meilleures que celles d’Europe Ecologie Les Verts. Allez boude pas Cécile, tu l’auras sûrement ta circo. Le plus regrettable dans tout ça c’est que la VIe République pour laquelle tant de gens se sont rassemblés, c’est aussi une revendication des Verts. Alors à leur place, je féliciterais tous les participants, comme nous le faisons dès qu’une personne penche vers nos idées, plutôt que de garder son pré-carré. C’est la différence entre faire de la politique et jouer dans la cour d’école…

Mais passons, le plus frustré de tous, incontestablement, c’est notre ami Christophe Barbier pour qui la commémoration de la Commune rime avec les Goulags de l’URSS. Encore un que la 6e République doit faire pâlir. Après tout, les révolutionnaires de 1917 chantaient la Marseillaise et se voulaient héritiers historiques de la Commune de Paris. Donc, dans l’esprit d’un décérébré, révolution = république = socialisme = goulag. Allez tu repasseras quand t’auras pris des leçons d’histoire (et quand tu auras enlevé ton écharpe rouge qui me fait honte).

Je voulais ajouter Gérard Filoche au tableau de chasse. Mais finalement, je le trouve touchant de naïveté quand après un moment comme ça il appelle à l’unité. Il a peut-être oublié que le Front de Gauche reprend l’intégralité de ses revendications sociales et que François Hollande n’en reprend aucune, pas plus qu’il ne désire une 6e République. Un peu de cohérence camarade !

Définitivement, ces gens finissent par me convaincre que contrairement au candidat socialiste, nous sommes des types dangereux (pour la finance).

Bon et sinon ?

Et sinon c’était comment ? Bah c’était cool ! J’ai vu tellement de monde que j’ai vu trop peu de monde. On a chanté dans le train pour aller à Nation. J’ai participé à l’animation du cortège Front de Gauche de la culture. Je ne suis jamais arrivé à Bastille parce que la place était trop pleine. J’ai cherché en vain le cortège de Midi-Pyrénées. J’ai vu une ambiance fraternelle hallucinante, une joie de vivre et un espoir qu’on ne voit jamais avec autant d’intensité dans les manifestations. J’ai vu la Gauche dans son cœur, avec toutes ses idées et toute ses valeurs autour d’une revendication : une constituante pour une 6e République ! En bref, une révolution !

Pour le reste, je vous laisse imaginer le trésor d’inventivité des militants. Je suis surpris chaque semaine par ce que nous produisons. Cette ébullition intellectuelle et artistique montre la mesure de ce que nous sommes en train d’accomplir. Hier c’était un de ces moments historiques que je raconterai à mes petits enfant. Je dirai : « J’y étais », juste avant « vous avez qu’à lire mon blog sales gosses ! » Je vous livre la dernière vidéo que j’ai vu, et qui vaut de l’or, pour conclure cette note !

Romain JAMMES

Archive : Pourquoi je fraude les transports…

Après plusieurs discussions avec des amis nous avons pris l’initiative d’écrire ensemble cet article. Aujourd’hui, pour une grande part des jeunes, la fraude des transports publics est devenue un acte banal. Il l’est à ce point que nous n’en sommes plus à ne pas nous offusquer d’un tel acte mais plutôt à s’étonner chaque fois que l’un d’entre nous est dans la légalité.

Nous pourrions avec la plus grande habileté en faire un geste militant. Affirmer que c’est parce que nous considérons que le transport public doit tendre à être gratuit que nous faisons de la résistance civique. Mais pour être tout à fait honnête, ce n’est pas le cas. À y penser plus sérieusement, frauder un service public nous fend le cœur à nous, militants de gauche, alors que nous sommes les premiers à vouloir le défendre. Il faut donc trouver autre-part la raison de notre geste.

Cette autre-part, elle n’est pas bien compliqué. Nous sommes jeunes, étudiant/salarié (à mi-temps) pour l’un, jeune précaire pour l’autre (également à mi-temps). Nous habitons non-loin de nos lieux de travail et d’étude et n’avons ni de voiture ni de permis. Et habitons en collocation à Corbeil-Essonnes. Cela plante le décor de l’état de nos revenus et explique certainement notre attitude. Car c’est bien pour des raisons économiques que nous ne voulons pas payer le train. De nombreuses rencontres, à travers nos études, nos emplois ou nos loisirs nous pousse à aller régulièrement vers Paris. C’est de plus en plus souvent le cas, d’autant que les activités manquent en lointaine banlieue, en semaine comme le week-end, pour des jeunes qui cherchent à s’amuser à moindre frai.

Actuellement, un billet de RER vers Paris nous coûte plus de 6€. Ce qui veut dire 12€ l’aller-retour. Une somme qui dépasse déjà le budget d’une soirée moyenne pour nous. Nous pourrions rester chez nous dans la légalité, uniquement voir nos connaissances locales. Nous pourrions venir les mains vides chez nos amis parisiens, sans bouteille à partager ou sans possibilité de prendre un verre au comptoir. Nous pourrions boycotter les nombreux concerts gratuits, les rassemblements festifs ou militants. Il n’est pas difficile de mesurer l’exclusion sociale regrettable que conduirait l’un de ces actes. Nous considérons comme un droit le fait de pouvoir circuler, s’épanouir et s’émanciper dans toutes ces activités.

Mais en toute considération cette situation ne peut plus durer. Voilà des années que plusieurs fois par semaine nous sommes des délinquants. Voilà des années que nous regardons derrière nous au moment d’enjamber les bornes. Des années à mentir aux contrôleurs, en leur donnant un faux nom, une fausse adresse : une humiliation pour des jeunes qui ne cherchent que la liberté.

Cette situation, nous la vivons comme des milliers de jeunes. Elle n’a pas de sens, la société ne doit plus être si hypocrite, elle ne doit plus cloisonner ainsi les espaces, rendre la mobilité difficile. Elle met en place toutes les conditions pour que chacun reste enfermé chez soi, ferme un à un les espaces de rencontre près de chez nous, en transformant nos villes en dortoirs, et en dressant des murs pour nous empêcher d’en sortir…

Une politique du transport doit donc pouvoir répondre à ce problème, soit en augmentant les salaires, soit en rendant les transports gratuits pour les plus modestes, et pourquoi pas pour tous. Ce n’est pas une question annexe, c’est un choix de société : permettre à tous de vaincre la barrière de la distance et l’enclavement de certains quartiers. C’est favoriser l’échange, l’éveil culturel et intellectuel et le lien social. Nous ne désespérons pas que cela arrive un jour chez nous…

Florian Yagoubi & Romain Jammes

Archive : Être de gauche…

Brouillage de piste

En cette période d’élection présidentielle (quoi vous n’avez pas remarqué ?), le débat public est en pleine ébullition. Pensez bien, nous n’y trouvons pas notre compte, l’actualité est suffisamment saturée de polémiques qui éclipsent le débat de fond. Toutefois, dans certains cadres, on voit poindre le nez de questions intéressantes et de tentatives d’éducation populaire de la part de certains candidats ou journalistes.

Mais, dans cette période, le brouillage des marqueurs politiques est particulièrement important. La droite emprunte des revendications traditionnelles de la gauche comme la taxe Tobin, celle-là même que la social-démocratie avait renoncé à mettre en place. La gauche emprunte à la droite ou entérine les reculs comme la suppression de postes de fonctionnaires ou le recul de l’âge légal de départ en retraite. D’autres, encore plus malins, disent simplement vouloir prendre le meilleur de l’un et de l’autre comme s’il ne s’agissait pas de 2 logiques antagonistes. Bref, entre les propositions ambiguës, les appels du pied, les déclarations nauséabondes ou les annonces tonitruantes, une question reste sur nos lèvres : « Être de gauche, c’est quoi ? ».

Allez un peu d’histoire (ça fait pas d’mal !)

D’abord, d’où vient ce clivage bizarre ? Comme beaucoup d’idées, de débats ou de traditions politiques dans notre pays et dans toute l’Europe, le clivage gauche/droite vient de la Révolution Française. Un débat fait rage pour la première constitution du pays, notamment la question du veto du Roi sur les décisions de l’Assemblée nationale. Le problème n’est pas anecdotique : il s’agit d’accorder un pouvoir important au Roi ou de donner tout le pouvoir au peuple à travers ses représentants, sans qu’une autorité paternelle ne vienne le contredire.

Ce n’est pas anodin, n’est-ce pas ? Le débat étant animé et le résultat serré, il fut alors décidé que chaque député étant favorable au veto se placerait à droite du président de l’assemblée, et chaque personne étant contre à gauche. Voilà ce sur quoi s’appuie le clivage, et il ne faut pas le prendre qu’au mot, c’est l’opposition entre deux philosophies : celle des Lumières, du progrès qui a fait éclater la monarchie absolue, et celle de la contre-révolution, animée par les grands aristocrates et en grande part par l’Eglise catholique. Pour la p’tite histoire, le 11 septembre 1789, c’est un droit de vote suspensif qui est donné au Roi. Un « compromis » largement favorable à la « droite » et qui sera à l’origine de la crise qui bloquera la monarchie constitutionnelle créée.

Tout pour le peuple ? (bah oui!)

La gauche de l’assemblée a donc défendu que TOUT le pouvoir devait aller au peuple. Il ne s’agit pas uniquement d’une définition tautologique de la démocratie, encore qu’à cette époque bien peu de monde parlait de suffrage universel. Ce qui se cache derrière cette idée est bien plus étendu et se trouve toujours au cœur de ce qu’on peut aujourd’hui qualifier de gauche.

Tout le pouvoir au peuple c’est d’abord donner la possibilité à chaque citoyen de voter, plus largement d’agir dans l’espace public, en conscience de l’Intérêt Général et en fonction de sa raison. J’ai en tête ces mots de Condorcet qui m’ont toujours beaucoup marqué : « S’il reste des hommes qui n’obéissent pas à leur raison seule mais reçoivent leur opinion d’une raison étrangère, alors en vain toutes les chaînes auraient été brisées : le genre humain serait divisé en 2 parties, celle de ceux qui savent et celle de ceux qui croient ; celle des maîtres et celle des esclaves. » Il faut donc une école qui forme le citoyen, qui le rende indépendant et conscient de son environnement. L’école doit être laïque car aucun dogme ne peut être placé au dessus de l’esprit critique, elle doit être gratuite et obligatoire car universelle ! N’est-ce pas toujours de gauche de dire ça ? L’école n’est évidemment pas la seule en jeu ici. C’est plus largement l’éducation populaire qui doit permettre non seulement l’accès le plus large possible à la culture mais également l’éclatement de la hiérarchie culturelle unilatéralement définie par l’élite. Et devinez quoi ? C’est justement ce que proposait le Conseil national de la résistance (CNR) sous l’influence des communistes.

Mais l’indépendance du citoyen ne s’arrête pas à l’émancipation intellectuelle que peut apporter l’école. L’expérience de 1848 est éloquente à ce niveau. De toute évidence, l’insuffisance (c’est peu dire) de l’éducation civique a été déterminante dans le résultat de la première élection du Président de la République au suffrage universel masculin (parce que ça restaient des machos). Mais ce n’est pas un hasard si ce sont les prêtres et les bourgeois qui ont emmené par la main les ouvriers et paysans voter contre leurs intérêts. L’indépendance doit aussi être matérielle. L’État doit donner la possibilité à chaque citoyen de vivre correctement de son travail et doit être un rempart à la dépendance du salarié vis-à-vis de son employeur. Le code du travail, la protection sociale, les minimas sociaux, l’allocation chômage et plus largement le droit au travail, à la formation et au logement SONT des corollaires de « tout le pouvoir au peuple » ! C’est aujourd’hui l’armature d’un programme de gauche qui se vaille !

Cette indépendance matérielle, et donc la liberté d’action et de vote du citoyens, s’opposent également à de trop grandes disparités sociales. L’égalité politique demande une relative égalité économique ! C’est pourquoi la protection sociale doit être financée par une répartition des richesses et les acquis sociaux par un système solidaire organisé… Vous connaissez sûrement cette phrase de Lacordaire : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».

J‘en reste là pour ce chapitre, mais voyez que cette idée qui est l’essence de la Gauche – donner tout le pouvoir au peuple – est finalement bien plus large que certains ne voudraient le croire. C’est un marqueur qui a toujours son empreinte forte dans ce qui fait la gauche aujourd’hui. Il doit servir à dessiner les lignes à ne pas franchir, les attitudes à adopter. Oh ! bien sûr, la construction philosophique et sociale de la gauche ne fait que commencer en 1789 et continue jusqu’à aujourd’hui. Chaque tendance du mouvement ouvrier va y apporter une richesse : le marxisme, les penseurs libertaires, les républicains, les résistants, les mouvements écologistes, féministes, LGBT… Plusieurs événements historiques vont y apporter également, qu’il s’agisse de la révolution russe ou de la guerre d’Espagne. Mais le socle est là et définit une frontière, comme deux côtés d’une barricade.

Et aujourd’hui ?

Les marqueurs définissent la rupture disais-je. La concrétisation dans les programmes politiques que nous avons devant nous, j’ai commencé à l’évoquer dans ce qui devait structurer un programme de Gauche. Le reste se vit et se ressent, s’interprète à partir de ce que chacun estime être en phase avec cette genèse et la philosophie à laquelle elle participe. L’Intérêt Général, par exemple, est avant tout celui de la conservation du seul écosystème qui permet la survie de l’humanité. L’écologie est fondamentalement républicaine à ce titre. Elle s’oppose de fait au système de production capitaliste qui génère et s’alimente des inégalités : elle est donc fondamentalement de Gauche. Le Présidentialisme concentre plus de pouvoir dans les mains d’un individu auquel on donne un chèque en blanc (ici pendant 5 ans). Il s’oppose à un parlement plus divers, plus représentatifs des opinions des citoyens et, en toute logique (pour une personne normalement constituée), plus enclin à créer le débat et à le faire vivre.

Donner le plus largement le pouvoir au peuple c’est avoir une conception ouverte de la citoyenneté. La nation se compose d’une communauté de citoyen unie par un destin politique et par leur volonté d’y appartenir. C’est la république qui crée la nation et non l’inverse. Cette vision s’oppose à une essence culturelle, voire cultuelle pour les plus illuminés, de la nation qui écarte d’emblée une partie des individus et réduit donc le champ de la citoyenneté. Ce rapport différent à la culture détermine en toute logique le rapport de la gauche avec les mouvements féministes, gays, lesbiens, bi et trans. Plus largement, le progressisme entend qu’aucune tradition ne fait autorité parce qu’elle est une tradition, tout doit être remis en cause et passé sous le crible des valeurs républicaines.

C‘est aussi ce pourquoi la Gauche est internationaliste. Rien ne justifie la division entre les peuples. Au contraire, la droite a été pourfendeuse de communautés au nom d’autres. Elle a été anti-dreyfusarde, vichiste pour une part, aujourd’hui elle s’attaque au musulman, à l’immigré, au pauvre aussi, et certains cumulent… La Gauche c’est la solidarité et le partage plutôt que l’individu : le système par répartition plutôt que par capitalisation, l’impôt progressif, la prévention, l’éducation et l’échange plutôt que la répression, le cloisonnement et la division.
Aujourd’hui, elle défend la vie plutôt que l’austérité, le droit au bonheur plutôt que l’effort permanent. Consciente que le travail est une souffrance pour beaucoup, elle veut une réduction du temps de travail plutôt qu’un acharnement aveugle : travailler moins, mieux, tous, et avec un revenu décent permettant de consommer plus mais surtout mieux !

J‘arrête là, je pense que vous pouvez faire le reste vous même. Le travail qui reste à faire, c’est de voir qui répond à ces critères de gauche : quel programme, quel parti, quel candidat, quel élu local ou national ? Si nous disons que nous sommes au cœur de la gauche avec le Front de Gauche, ce n’est pas par plaisir nombriliste ou par sectarisme. C’est que ces idées sont les bases de notre programme, elles cimentent les différentes tradition de Gauche et donnent avec cohérence le chemin vers une autre société ! C’est ça la gauche aujourd’hui ! Pas les galimatias hésitants, les « on ne sait pas », les « peut-être mais pas trop » mous de certains. Toutes ces foutaises n’ont pas leur place dans le combat que nous menons. Être de gauche c’est vouloir la rupture avec le système dominant ! Je suis de gauche ! Et vous ?

Romain JAMMES

Archive : Entre le marteau et l’enclume

Quand le pied quitte le sol, il n’y a plus de retour possible. Les souvenirs se bousculent dans l’esprit, comme un troupeau paniqué. Dans cet instant, pas de place pour quoi que ce soit de rationnel, c’est à celui qui arrivera le premier, avant qu’il ne soit bousculé par le suivant. Tout le corps se met à bouillonner, comme s’accrochant dans un dernier effort à se nourrir du moindre détail pour se rappeler qu’il est vivant.

C’était un lundi, il s’en souvient comme si c’était hier. Il y a de quoi. Ce jour là, il avait enfin vu la vie comme elle était. Il avait retiré ces lunettes qui ne le faisaient voir qu’en noir et blanc, la profusion de couleur l’avait ébloui comme jamais. Elle s’appelait Sandrine. Croiser ses yeux avait fait battre son cœur à 100 à l’heure. Il en avait du mal à parler. Le « bonjour » hésitant avait esquissé un sourire chez la femme : un nouveau coup de poignard dans le cœur, il avait failli suffoquer. Quand, quelques semaines plus tard, il goûta ses lèvres, c’est tout son corps qui sembla fondre. Jamais il n’avait ressenti quelque chose d’aussi fort. Le couple se le rappelait encore par nostalgie quelques-fois. Tout avait été très vite à l’époque, ce mariage, un des plus beaux jours de sa vie, ses enfants, qui donnaient tant de sens à son existence. Des éclaircies dans un monde parfois un peu morose. Mais au fond il s’en fichait, ce qui comptait c’était qu’il soit près d’eux. Quoi qu’il arrive en dehors, ce coin de paradis en était préservé. Enfin, c’est ce qu’il pensait.

C’était un mardi du mois de mai, quelques jours avant son anniversaire. Comme à l’accoutumée, il allait le fêter avec ses sœurs et ses parents le week-end qui suivait. Mais, ce jour là, Sandrine l’avait accueilli avec un sourire de malice, ses yeux pétillaient, elle était magnifique. Elle l’avait emmené avec son panier dans le parc à quelques centaines de mètres. Ils étaient montés main dans la main sur une colline boisée, ils y installèrent un pique-nique et mangèrent en amoureux. Le vin, les bougies et la nuit tombant donnaient un côté surréaliste à l’instant. Epris de désirs, ils finirent par se jeter l’un sur l’autre. Elle le déshabilla avec ce qu’il faut de douceur et de fermeté, chaque contact décuplait l’excitation, il se sentait trembler comme si c’était la première fois. Il ne l’avait jamais autant aimée que ce soir-là. Un plaisir sobre, un instant magique.

C’était un mercredi, il était fatigué. Il faut dire que son boulot lui pesait parfois, mais il s’en habituait. L’ambiance n’était pas mauvaise, en général, mais parfois le boulot s’accumulait. Cependant, il avait incontestablement de la chance, il le savait. Son diplôme en poche, il avait très vite été embauché par cette grande boite d’informatique. C’était l’époque où ça marchait d’enfer. Il avait gravi des échelons, avait une place honorable. Ses employeurs lui faisaient confiance et lui donnait quelques responsabilités. Il en tirait une immense fierté. Mais à responsabilité s’associe investissement. Et parfois, au grand désespoir de Sandrine, il ne comptait pas ses heures. Il y voyait un sacrifice pour leurs conditions de vie ; elle, un abandon, parfois.

C’était un jeudi, en vacances, une journée qui avait commencé comme les précédentes. Le soleil du printemps chauffait la tente, le plein air faisait tellement de bien. Sandrine avait prévu une randonnée familiale, les enfants n’étaient pas emballés pour tout dire. Quand le téléphone a sonné, il savait que ce n’était pas une bonne nouvelle. « Le boulot ? », demanda la femme en voyant sa tête. Pourtant, c’était la première fois. Il avait répondu, maintenant il le regrettait, il aurait voulu fuir la réalité un jour de plus. Au fond, ce n’était pas grand chose, mais cet événement l’avait marqué comme le début d’une autre époque. Celle où son entreprise avait cessé d’être la petite famille dans laquelle il avait commencé. Celle où les mines concentrées de collègues accomplis dans leur boulot s’étaient éteintes et marquées du stress et du déclinisme permanent. C’était le début de nombreux licenciements, il n’en faisait pas partie mais en était choqué.

C’était un vendredi, la nouvelle est tombée comme une enclume. Il s’y attendait, on lui avait déjà suggérée. Pas de licenciement possible pour lui, trop d’ancienneté pour que l’entreprise puisse se le permettre. Mais, quand il n’y a plus de boulot, il n’y a plus de boulot. Être relayé à faire un travail de technicien ne l’enchantait guerre. Mais il ne s’attendait pas à ce que ça prenne de telles proportions. « Plus que 10 ans et c’est la retraite », se disait-il, avant que ce ne soit plus. S’il avait perdu ses responsabilités, le rythme de travail, ne s’était pas amélioré pour autant. Il ne prenait plus aucun plaisir, une boule lui pinçait le ventre chaque matin, comme un trou noir aspirant un à un tous ses organes. Ses collègues ne rendait pas la chose plus agréable, emportés dans ce même tourbillon beaucoup avaient démissionné, ou n’affichait plus que des mines déconfites, vides, d’une pâleur mortelle. Une stratégie bien rodée par la direction pour ne pas avoir à payer des indemnités de licenciement.

 

Ce samedi là, il ne verrait toujours pas sa famille. Les déplacement se multipliaient. Il fallait faire l’assistance informatique de tout un bâtiment, le boulot était répétitif, harassant, mais pas le choix. Leur durée était variable, parfois même, il pouvait rentrer chez lui le week-end. Cette situation, Sandrine n’a jamais réussi à l’accepter. Il comprenait au fond, mais son existence semblait lui avoir échappé. Chaque jour semblait durer une année, chaque année une vie entière, la perspective du repos s’écartait à mesure qu’il avançait. Il en pleurait de douleur ou bien était-ce d’impatience, il ne savait plus trop ; de désespoir sans doute. À l’humiliation de la dégradation de son statut s’ajoutait celle, quotidienne, de ses supérieurs. Eux n’en manquait pas une pour rappeler que le travail n’était pas bien fait, que le client n’était pas entièrement satisfait. Une culpabilisation méthodique, pensée pour faire travailler toujours plus et toujours plus vite disaient certains de ses collègues. Mais les faits étaient là, il était au bout du rouleau.

Cette fois c’en était trop pour Sandrine. La vivacité de l’homme qu’elle aimait avait disparu. Chaque sourire était une lutte, sa mauvaise volonté à tout faire, malgré ses efforts, avait atteint un seuil critique. Il était fatigué en permanence, pas tant physiquement que psychologiquement. Il avait besoin d’aide, elle n’avait plus d’énergie pour en donner. Le couple se crispait, il fallait un électrochoc. Plusieurs fois elle l’avait supplié de démissionner, ils s’en sortiraient sûrement, malgré le crédit à rembourser. Au fond, elle savait que c’était faux. Les prises de bec de plus en plus régulières achevaient le tableau, un Van Gogh délavé, sans couleur, morne ; un mauvais film de Ken Loach, une tragédie lourde dont elle ne tirait aucune catharsis. Elle avait voulu le faire réagir, elle était partie. C’était un dimanche, c’était hier.

 

Aujourd’hui, il avait hésité à aller au boulot, il s’était dit que ça lui changerait les idées. Chaque seconde, il pensait à Sandrine, il n’y croyait pas, elle allait revenir. Il commençait à s’en apercevoir, il avait été trop loin. Toutes ses années à la faire souffrir, cette lâcheté quotidienne dont il faisait preuve doublée de son incompétence finie au travail. Que pensaient ses enfants qu’il aimait tant ? N’était-il pas un mauvais père, ringard et inexistant comme tant d’autres ? Un mari absent, un ami vaporeux, triste, qu’on évite et à qui on ne demande plus de nouvelles ? Depuis combien de temps n’avait-il pas vu ses sœur ? À quand datait sa dernière balade en forêt ? Son dernier foot avec ses voisins ? Il aurait voulu retourner 10, non 20 ans en arrière pour tout changer. Maintenant c’était trop tard. Le regard méprisant de chef de service, ce matin encore, ce « bonjour » plein de reproches l’avait convaincu : c’était un boulet tant pour la société que pour ses proches…

La terrasse était vide, la bruine décourageait les quelques fumeurs. Son pied quitta le sol du 6e étage. Quelques dizaines de mètres fatals qui bousculent ses idées, annoncent ce soulagement tant attendue. Il n’est plus un poids, à mesure que le sol se rapproche. Cette pression permanente allait enfin cesser de le broyer. Il est libre, l’instant d’après il regrette. Peu importe, il s’appelait Francis.

Romain JAMMES

«Une flaque de pleurs, une vague de peur, la bague du bonheur
Fruit de l’amour, fauché par le tranchant d’une dague de
Malheur, c’était pas l’heure de partir, il ne lui avait pas tout dit
Tant pis, ce sera au paradis
Et des remords de la racine, s’élève un arbre
Et de l’arbre pousse des fleurs délicates qui viennent caresser le
marbre » Un cris court dans la nuit, Iam

Archive : 2012, la fin de LEUR monde ?

Parceque ?

Je vous en parle assez régulièrement. Tous les 2 mois en fait. J’écris dans un petit magazine qui porte le doux nom de Parceque. C’est un joli projet de graphistes et d’amoureux de la plume que je vous conseille très fortement de bouquiner et encore plus fortement (avec menace tout ça tout ça…) de soutenir soit en achetant les numéros soit même en vous abonnant. Tout ça c’est possible depuis le site !

En attendant voici mon article pour le dernier numéro : La fin de leur monde ?

« De quel monde 2012 sonnera-t-elle la fin ? Celui dont IAM attendait la chute en composant cette chanson il y a quelques années ? Ce rêve dont on brise l’échine chaque jour dans la masse des média ? Ou peut-être de l’écosystème, aujourd’hui pris à la gorge par un système mortifère qui asservit de l’autre main l’humanité pour une poignée d’oligarques… Mais ne sont-ils pas grands parce que nous sommes justement à genoux ?

2012 est une année fatidique. Elle cristallise les tensions dans notre beau pays des droits de l’Homme depuis l’Armaggedon maya jusqu’à l’élection présidentielle. Une bonne cure d’obscurantisme nous attend donc car à bien des égards le carrefour de l’Histoire est truffé de faux sens uniques. Nous sommes au milieu de crises sans précédent. La crise économique, qui inonde nos ondes d’inepties libérales, et la catastrophe climatique dont l’origine n’est, au fond, pas si différente. Car quoi qu’on en dise, le slogan des manifestants de Copenhague, repris par Hugo Chavez à la tribune des chefs d’Etats, sonnait comme une vérité dans les conscience du monde entier : « Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé ».

Le bruit sourd qui gronde dans les rues pointe bien la cohérence d’un système qui marche sur nos têtes. La recherche absolue du profit mène à une course généralisée pour produire toujours plus et toujours à moindre coût. À payer toujours moins les salariés, écouler une telle marchandise devient un défi en soi. Le matraquage publicitaire et la multiplication des crédits le révèlent d’ailleurs à merveille. La vie de nos concitoyens se voit ainsi instrumentalisée et réduite à une somme de consommateurs sans conscience ni projet. La grande majorité de la population mondiale est asservie pour permettre à une poignée d’Occidentaux de vivre dans l’opulence. La production n’a cure non plus de son impact sur l’environnement, les déchets s’amassent, s’enfouissent et se jettent à la mer. Les lobbys du pétrole et du nucléaire mènent une guerre idéologique sans équiv alent pour conserver leur toute puissance sur le marché de l’énergie. Le greenwashing en prime, l’industrie de destruction prend chaque jour du poil de la bête et « le mangeur d’âme à chaque repas s’abreuve de nos rancoeurs » (Iam, La fin de leur monde, 2006)).

Comme un cercle sans fin, la boucle productiviste nous emmène vers un précipice. Elle phagocyte avec une efficacité étonnante toutes les mesurettes électorales qui font mine de se dresser comme des solutions miracles. Kyoto a accouché d’accord minimums, puis d’un marché des droits à polluer sur lequel la spéculation s’est jeté pour enrichir une caste de financiers. Copenhague n’a pas fait mieux, sinon mettre sur la place publique les désaccords géopolitiques qui entravent toutes les avancées écologiques. Le Grenelle de l’environnement n’a pas longtemps fait illusion et aujourd’hui même le premier parti à Gauche n’a pas le cœur à lier le système de production à la destruction méticuleuse de notre écosystème.

Pour autant consommer moins, mieux, produire autrement et engager une ré elle transition énergétique n’est pas un rêve d’enfant. L’illusion d’un horizon indépassable est en soi la première arme du système pour se considérer comme immuable. Seulement si les dominations sociales peuvent, d’expérience, durer des centaines d’années, le calendrier dans lequel nous projette l’écologie est tout autre. Aussi, comme je le disais, 2012 est une année fatidique. Ce sera la fin du monde si rien ne change, ou la fin de leur monde si enfin le peuple décide de faire prévaloir l’écosystème sur le profit.

C’est donc entre vos mains que tout se décide. Non seulement dans le bulletin que vous insérerez dans l’urne en avril prochain mais aussi dans votre capacité au quotidien à tenir tête à la marche de l’Histoire. Mettons un coup d’arrêt au libéralisme effréné, ne prêtons pas l’oreille aux faux-semblants, à ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent et qui ne cherchent qu’à nourrir leur petit feu sur leur petite popote. Votons et engageons-nous en mettant les deux pieds dans le plat car le changement n’attend pas les timorés…

Romain Jammes »