UMP 31 : le problème de la prostitution, c’est le voisinage

On n’arrête pas le progrès. Vous savez, Toulouse, c’est la ville de l’aéronautique, voire même de l’aérospatiale en France. Des progrès spectaculaires ont été réalisés. Et là ça y est, alors que personne ne l’attendait, tous ces efforts ont permis à un groupe d’individus de franchir le mur du çon ! (ndlr : merci le canard).

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Ah on avait déjà quelques pistes des performances incroyables des membres de cette organisation. Son « responsable départemental » (ouais les titres tout ça), s’était distingué dans la discipline en réduisant le féminisme à un simple corporatisme. (Alors il faut dire que c’est nomé « féminisme » hein, donc ils ont dû croire je ne sais quoi. Mais bon c’est l’UMP, ils sont plutôt du genre à lire les titres que les bouquins hein). Donc, un coup de génie qui lui a probablement valu les félicitations de la fédération des demeurés de Haute-Garonne. Mais comme rien n’arrête un bourrin en pleine charge, la récidive a frappé encore plus fort.

La prostitution c’est mal… dans ma rue.

C’est une surprise pour personne : je suis abolitionniste. Je considère que la prostitution est un esclavage. L’organisation d’un viol de masse pour être plus précis. Mais au delà de ce débat qui traverse les mouvements féministes, chacun s’accorde à dire que quand il y a proxénétisme, c’est la prostituée qui en est victime, notamment à travers des contraintes physiques, sociales, ou économiques qui l’obligent à être prostituée. Ça c’est ok. Je veux dire que ça ne fait pas trop débat, c’est assez évident. Sauf que voilà, les « jeunes » (mouais) UMP 31 ont une autre version du phénomène. Elle vaut le détour.

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En effet, la prostitution déchaine ces enragés de fauteuils en velours. Ils sont prêts à tendre le poing et à agiter les banderoles : la prostitution révulse…le voisinage. Non vous ne rêvez pas. Ce ne sont pas les jeunes du PMU mais bien de l’UMP qui se sont fendus d’un communiqué vibrant sur les nuisances sur le voisinage liées à la prostitution. Un magnifique pamphlet de nombrilisme comme les hommes de droites savent le faire (souvent les hommes tout court quand il s’agit de féminisme). On les croirait presque victime d’une oppression.

Les conditions de vie des femmes, les violences, la précarité, la traite d’être humain ? Non, ça n’intéresse pas l’UMP. D’ailleurs, si on a parlé de pénalisation du client sous le mandat Sarkozy, on a surtout fait du racolage passif un délit. En gros, pour combattre la prostitution la droite a attaqué… les prostituées. Bravo ! Belle démonstration de la politique de l’autruche. Non pas celle qui court vite et fait des gros œufs, celle qui comme solution au problème veut cacher le problème.

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La misère discrète

Ce qu’il y a de bien avec ces gens, c’est la certaine cohérence qu’on retrouve. D’ailleurs au fond elle n’est pas si surprenante. Déjà en général, quand on est con c’est dans tous les domaines. Mais il y a aussi que la droite, c’est l’individu qui prime sur le collectif, c’est l’antinomie des droits humains parce que les libertés individuelles sont garanties par les structures collectives. Donc, quand on est individualiste et qu’on n’aime pas la misère, la solution la plus simple, pour s’en débarrasser, c’est de la foutre ailleurs. Changer le monde, améliorer les conditions de vie des êtres humains, tout ça tout ça, c’est des trucs de hippies.

Cacher la misère, pour la droite, c’est interdire de fouiller dans les poubelles comme l’a fait le maire UMP de Nogent-sur-Marne. C’est mettre tous les pauvres dans un quartier périphérique comme c’est dans toutes les grandes villes de France. C’est pousser les camps de Roms là où on les voit pas (ça le PS sait bien le faire aussi). Bref, s’il y avait encore de l’esclavage, l’UMP se plaindrait du bruit des chaînes.

Moi, moi, moi

La démonstration était si belle que l’article a été retiré au bout de quelques jours. L’ennui, c’est que cette approche de la prostitution, et cette approche des problèmes dans la vie quotidienne, c’est celle de beaucoup de monde. Nul doute que le matraquage culturel individualiste joue son rôle.ump4

Personne ne veut de roms dans SON quartier ou SA commune. On ne veut pas de mendiant devant SA porte ou SA banque. Pire, une fille de droite m’a soutenue à une soirée que les transports en commun faisaient venir des banlieusards dans SON quartier bourgeois et que c’était plus aussi sûr depuis. La résignation à trouver des solutions a conduit à une fuite à grande vitesse. L’envie de vivre hors sol. Pour se soulager de la culpabilité de croiser la misère en bas de chez soi, on se grillage dans des résidences privées, on « nettoie » des quartiers et bien d’autres choses.

Finalement cet article est un révélateur de ce à quoi aspire la droite. La dissociété qui détricote la solidarité, et répand la peur de l’autre mais qui accepte les violences et l’exploitation. Au final, le mur du çon, y a un paquet de gens qui le passent. Et si je dois trouver un sens à l’engagement collectif c’est bien de renverser la vapeur.

Romain JAMMES

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8 réflexions sur “UMP 31 : le problème de la prostitution, c’est le voisinage

  1. (C’est moi où j’ai décelé une réplique Kaamelottienne bien placée ? :p)

    Sinon, que dire à part ça que c’est prévisiblement pathétique…

    Cette réaction me rappelle un documentaire intéressant sur l’extrême droite (« Mains Brunes sur la ville », pour ne pas le citer). Où le maire d’Orange coupe les bus qui desservent les quartiers populaires pendant l’été, pour bien séparer la racaille du touriste chic (et blanc)…

  2. C’est la réplique exacte de la politique sarkozyste concernant la prostitution, soit l’interdiction du racolage, dont je ne me rappelle plus s’il dit passif ou non dans les textes.

    Niveau moralité c’est très très léger. Et vous avez raison, l’ennui majeur c’est que ce type d’approche est celle d’une grande majorité de personnes. Réfléchir, aller aux fonds des choses, avoir un projet de société (plus juste, plus égalitaire) c’est trop demander à certains parties politiques de nos jours..
    Et on peut toujours compter sur eux pour faire preuve du cynisme le plus crasse…

  3. En matière de système prostitutionnel, ne pas être abolitionniste est assurément moche, et masculiniste.

    Et manifester pour réclamer que la libre activité économique de travail du sexe cesse de contrarier ses voisins avec ses nuisances et ses atteintes aux bonnes mœurs conjugue avec une rare harmonie la laideur, l’ignominie, la bêtise la plus large et l’égoïsme le plus étroit.

    Mais il y a peut-être pire, humainement, que de simplement, grossièrement, ne pas être abolitionniste, que de ne pas parvenir à éprouver d’empathie pour les victimes du système prostitueur, que de se comporter en grossier agent du masculinisme, satisfait d’y faire partie des dominants, ou de penser comme eux, que de le justifier par de grotesques arguties libérales.

    En matière de système prostitutionnel, il se trouve aussi de pauvres « abolitionnistes » qui parviennent à être fiers de ce qu’ils prostituent eux-mêmes leur empathie: et qui passent le mur du çon en venant faire de la réclame pour un parti sur le dos des victimes du système prostitutionnel.

    Mais ce qu’il y a de bien avec ces gens, c’est la cohérence dont ils font preuve. D’ailleurs, cela n’a rien de surprenant. Quant on s’aveugle à sa propre inhumanité en se regroupant pour détailler complaisamment l’ignominie crasse du groupe voisin, en s’auto-félicitant de ne pas en faire partie, quand au sein de son petit groupe, on s’utilise les uns les autres comme autant d’œillères pour contrôler le champ de vision de chacun, on le fait dans tous les domaines où ignominie et aveuglement peuvent exercer leurs bienfaits.

    Donc, quand on prostitue son empathie, on la prostitue tout azimuts: et nos compatissants, au prétexte de dénoncer et combattre les tristes individus qui justifient et théorisent les hiérarchies et les rapports de domination existant, viennent faire ici leur propre réclame sur le dos des victimes de tous les esclavages qui leurs tombent sous la main.

    • Bonjour,

      Même si je n’avais pas l’impression d’être concerné, je crois comprendre que la critique s’adresse à moi.

      Tout d’abord si je fais partir d’une organisation collective (un parti, le PG) je ne vois pas en quoi écrire en mon nom propre serait nécessairement en lien. Je suis quelqu’un de libre et ce qu’il y a écrit sur ce blog n’engage que moi. Je parle assez rarement de mon parti, d’ailleurs ici je n’en parle pas du tout. Donc l’idée selon laquelle je serais un pion d’une organisation qui utilise l’exploitation des femmes pour mettre en valeur mon organisation est un pur fantasme.

      Ensuite, quand bien même ferais-je l’apologie du PG (je pense que les articles auraient beaucoup moins de succès), c’est bien mon droit. Si j’y suis c’est que je pense qu’il a un rôle dans un changement profond de société, et y compris dans la lutte contre le patriarcat. Ce ne serait pas prostituer mon empathie, ce serait partager mes idées aussi simplement que ça.

      Bref, si ton commentaire se contente de dire que je n’ai pas le droit de parler de ce sujet je trouve ça affligeant. Parce que c’est en créant le débat qu’on permet la prise de conscience. Et si tu veux te convaincre que mon parti n’est pas le coeur de ce blog, je t’incite à lire d’autres articles (je crois que tu l’as fait) =)

  4. « c’est bien mon droit » […] « je n’ai pas le droit de parler »

    A vous lire, et à lire le ton sur lequel vous m’avez répondu, le libéralisme, son légalisme et son système politicien, qui est un système prostitueur d’un autre genre, structurent profondément la pensée des auteurs de ce blog.
    Ce qui en soit n’a rien de surprenant, étant donné le monde, et l’époque, où nous survivons tous.

    Je ne sais pourtant pas auquel de vos « droits » pourrait bien porter atteinte le simple fait de constater qu’ici votre abolitionnisme et votre empathie (dont je ne mets pas en doute la sincérité) ont pour l’essentiel servi à accabler quelques-uns de vos lamentables concurrents en matière de politique politicienne. Et à concevoir la question de l’exploitation sexuelle, comme celle d’autres formes d’exploitation et de domination incontestablement dignes d’être combattues, au travers du seul prisme de cette concurrence, et de vos affrontements particuliers.
    Mais il n’y a rien de surprenant à ce que vous peiniez à concevoir autrement qu’en termes d’atteinte à vos droits un propos radicalement contradictoire.

    Il est possible, par contre, que le fait de qualifier cette forme de prostitution de l’esprit humain puisse nuire un tout petit peu à l’efficacité de cette pratique, si libérale et contemporaine, qui consiste pour les êtres libres qui s’efforcent d’être de bons citoyens à ne jamais considérer le politique que sous le seul angle de la politique.

    • Me voilà repeint en libéral.

      Très sincèrement, si j’abordais la question de la prostitution ou du féminisme en général, uniquement sous l’angle de la lutte politique m’opposant à mes adversaires, j’entendrais qu’on puisse y voir une certaine manipulation. Or c’est très rarement le cas, au point d’ailleurs qu’il me semble que c’est la première fois que je l’aborde sous cet angle.

      Ce que je comprend de votre critique c’est que la position que j’occupe (dans un parti) transforme nécessairement mon propos en simple estocade contre l’UMP. Donc vous critiquer sinon mon droit au moins ma légitimité à reprocher à cette force politique ses propos sous prétexte que ce sont aussi mes adversaires politiques.

      Quoi qu’il en soit, il me paraît d’autant plus dommageable de ne pas réagir quand on réduit la prostitution à une nuisance de voisinage. Je pense, pour le coup, que les mécanisme libéraux sont au cœur de cette conception plus qu’au cœur de ma pensée. Mais j’imagine qu’en coupant les cheveux en 4 on peut transformer n’importe qui en n’importe quoi.

      • Me voilà bien embêté.

        Je découvre que vous ignoriez jusqu’ici le caractère éminemment libéral des idées républicaines. C’est que j’avais un instant pensé trouver un peu de culture et de conscience politique sur ces pages.

        Une telle ignorance est certes commune de nos jours, et depuis quelques temps déjà, j’en conviens. Les citoyens-électeurs se satisfont amplement de distinguos bien trop superficiels pour entrer à ce point dans ce qui leur tient lieu de pensée politique. Ils ne tiennent assurément pas à couper les cheveux en quatre. A vrai dire, leur pensée ne toucherait pas à un cheveu de quoi que ce soit: il leur suffit de pouvoir tous voter de temps à autre, comme un seul homme ou une seule femme, mais pas tous pour le ou la même. Le lendemain, tous ceux de ces esprits fermes et résolus qui sont employés retournent sagement bosser. La gueule de bois vient seulement un peu plus vite aux perdants.
        A la lumière de cette banale ignorance, je conçois bien ce qu’un propos comme le mien, refusant de s’en tenir aux prémisses libérales – et à leurs couples d’ irréductibles opposés individu/collectif, public/privé et j’en passe – comme à la petite collection de prêts-à-penser qui en découle – disponibles en plusieurs coloris: centre, gauche, droite, et leurs extrêmes respectifs, dans la petite boutique politicienne de la citoyenneté – peut avoir de radicalement illisible.

        J’aurais bien pris congé en vous présentant mes excuses pour le dérangement.
        Mais quelle idée, aussi, de vous mêler de parler du politique avec autant d’inconséquence?

        (pour la question initiale que je soulevais, vous avez gagné. En l’état, je renonce à essayer d’expliciter plus avant son dévoiement de la critique des rapports de domination de genre et de leurs méfaits, à une pensée qui se tire toute seule une balle dans le pied en prétendant trouver, à la faveur d’une poignée d’exemples heureusement choisis, justement entre la droite et la gauche, LA ligne de partage entre les agents du masculinisme et les alliés de la critique féministes. Mais je peux vous garantir que nombre de féministes vous auraient dit ça beaucoup plus vigoureusement.)

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