Cachez ce clito que je ne saurais voir !

Ah c’est la rentrée, ces cartables, ces crayons, ces retours d’émissions débiles que tout le monde regarde, ces magazine sexistes qui font un rebirth d’enfer avec le complicité des potes du PAF et ces statistiques de l’UNICEF…

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Ah ouais, on vous a parlé de France-Géorgie (ce n’est pas pour critiquer les amateurs de foot, je serais surement devant mon écran comme un débile vendredi)… Je disais quoi ? Ah oui : on vous a parlé des ptits bleus mais pas des statistiques sur les mutilations génitales et les excisions. Allez, on va en vouloir à personne, après tout, le clito a l’habitude de rester dans l’ombre. Mais à L’Art et la Manière on est têtus et on s’est vite lassé de Pernaut. Du coup on va vous raconter une histoire…

Femmes, mamans, plaisir, tout ça…

J’en ai déjà parlé sur ce blog (mais la pédagogie du matraquage a un charme irrésistible), les hommes ont un certain nombre d’obsessions qui structurent pas mal leur comportement avec les femmes. Il y a la bite, ouais notre sexe, le truc qui pendouille entre nos cuisses (voir les trucs qui pendouillent en dessous puisque dès qu’on voit un poisson avec des dents on commence à flipper). Puis y a la génétrice, la moman, celle qui donnera la fière descendance : ces femmes que l’on réduit constamment à leur utérus.ex1

Alors le pénis d’abord, c’est un peu un mode de pensée structurant pour l’homme. On a construit des pénis géants en guise d’édifices et on généralise une espèce concurrence qui m’a tout l’air d’un « qui a la plus grosse ? » dans tous les domaines de la société. On a aussi structuré l’ensemble de la sexualité autour de cet étrange membre (et tous les comportements sociaux genrés, après tout, si un homme est « efféminé » c’est qu’il a été pénétré). Le pénis donc, c’est celui qui permet la pénétration, qui fait d’une fille une femme, c’est autour du plaisir masculin (et encore plaisir très hétéro-normé) que la sexualité a lieu, tout ce qu’il y avant est mis en bloc dans le panier des préliminaires. Évidemment celui qui a été le grand oublié de l’histoire, c’est le plaisir des femmes. Enfin c’est les femmes en général, et par conséquent leur plaisir. C’est sur qu’aujourd’hui il y a peu de demeurés qui iront jusqu’à nier le fait que les femmes prennent du plaisir au sexe, mais beaucoup sont encore persuadés qu’il se structure autour de leur phallus, et au moins autant n’ont qu’une vague idée de ce qu’est un clitoris. Et pour cause, il a longtemps été caché, enfoui voire censuré. Ah ces hommes.

Ce qui est marrant, c’est que ce phénomène est en étroite relation avec la 2e obsession : les femmes sont des mères. Un doux refrain qu’on entend plus ou moins subtilement au quotidien. Instinct maternel, sensibilité, patience, douceur et toutes ces conneries qu’on attribue aux femmes ne sont que des corollaires de l’équation sexiste femme =  utérus = mère. C’est bien simple, les hommes prennent du plaisir, les femmes font des enfants. Vision eucharistique du sexe assez tenace pour alimenter les manifs homophobes qui ont animé l’année dernière et ravivé ce qu’on travaille à enterrer dans les oubliettes réactionnaires de l’histoire.

Et donc ?

Et donc si ça s’arrêtait à quelques mots, une culture qu’on s’attache à combattre comme on peut, et quelques allumés dans des manifs. On en ferait pas tout un foin. C’est pas qu’on est du genre a laisser faire mais c’est que quand, en plus, les répercussions matérielles de ces visions primaires sexont effroyables, on a tendance à monter au plafond.

Parce que oui, l’homme ne se contente pas d’avoir de brillantes idées, il les met en application, le con. Donc le clitoris, comme il est inutile, vu que les femmes ont pas de plaisir, et bah on veut pas le voir. C’est un peu l’appendice de l’aine vous voyez ? Comme on voudrait qu’il arrive malheur à personne et que c’est une sérieuse entrée vers les portes de l’enfer, y a pas mal de bougs qui ont décidé d’ôter la face émergée de l’iceberg clitoridien. C’est arrivé un peu partout à toutes les époques, sauf que y a des endroits où ça reste. Et c’est sacrément bien ancré. Ainsi, le rapport de l’UNICEF a étudié plus de 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient. (Bon soit dit en passant, je ne doute pas que le phénomène existe toujours dans de nombreux autres pays, y compris en France). Dans ces pays, 125 millions de filles et de femmes portent les stigmates de mutilations génitales ou excisions. Ce sont 30 millions de filles qui risquent de subir la même torture dans les 10 ans qui viennent. Le tableau donne un aperçu de l’ampleur du phénomène. Il n’a rien d’anecdotique : c’est une culture traditionnelle qui accompagne la pensée et les représentations décrites plus haut. Une véritable honte pour l’humanité.

Mais ce que cette culture provoque dans ces pays, elle n’oublie pas de le faire aussi à la maison. L’excision a existé comme phénomène important en France, mais cette culture a aussi d’autres manières de s’exprimer qui sont dangereuses etex3 brutales. Ainsi, si une femme a pour principal destin d’être une mère, la contraception et l’avortement sont des enfants du diable. Ainsi nos petits soldats réactionnaires ont ici leur cheval de bataille qui, faute d’ôter le clitoris aux femmes, veut leur déposséder le droit à disposer de leurs corps, en somme leur droit d’être libre et de choisir leurs destin. On se contente de ce qu’on a, disent les plus sages, mais ce qui chagrine dans ce tableau, c’est que l’histoire leur donne de sérieuse raisons d’avoir le smile jusqu’à l’auréole. Entre 2002 et 2012, 180 centre IVG ont été fermés. Austérité et normes comptables du privé importé au système de santé sans doute. Mais néanmoins un répit bienfaiteurs pour ces connards qui vivent manifestement des douleurs qu’ils infligent aux autres.

Bref, réactionnaires de tous les pays, crevez !

Romain JAMMES

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12 réflexions sur “Cachez ce clito que je ne saurais voir !

  1. Merci pour cet excellent billet et merci d’y avoir intégré les statistiques qui font vraiment froid dans le dos. Et merci d’avoir mis en relation dans un même billet les MSF et la menace qui pèse en France sur le droit à l’IVG. La culture machiste et réactionnaire fait un vrai retour en force en ce moment.

  2. Juste un petit commentaire… La phrase suivante « Le pénis donc, c’est celui qui permet la pénétration, qui fait d’une fille une femme » m’a un peu interloquée… Sachant que l’idée de « défloration » est un mythe destiné à accorder de l’importance aux hommes encore une fois!

    Sur le sujet, visionnez ceci, c’est top! 🙂

    • Yseole, c’est justement ironique, dans la suite logique de ce que dit Romain: il reprend ici un cliché éculé selon lequel la sexualité féminine n’existerait qu’en fonction de la sexualité masculine, résumée à la pénétration.

  3. Pingback: Cachez ce clito que je ne saurais voir. | Mes coups de coeur

  4. Le patriarcat n’a pas besoin du clitoris! Au contraire, il le dérange. Une femme n’a pas besoin d’orgasme pour être une reproductrice ou un objet sexuel.
    L’orgasme féminin est certainement un marqueur d’égalité femmes-hommes dans un pays donné.
    Et souvenons-nous, en effet, que l’excision, parmi d’autres horreurs, fut pratiquée en Europe au 19ème siècle pour soigner l’hystérie féminine, due, d’après ces médecins, à la masturbation…

    « l’homme ne se contente pas d’avoir de brillantes idées, il les met en application, le con. » Non, pas « con » c’est insultant pour le sexe féminin de donner un de ses noms (pas le meilleur) à un foutriquet 🙂 Je propose « le bitard ».

    Merci pour ce billet et vive le plaisir partagé. Parce que dans le plaisir sexuel, il y a aussi le plaisir du plaisir du l’autre et réciproquement 🙂

  5. Mais pourquoi ? Sans avoir toutes les réponses. On ne peut nier l’influence notoire de la sexualisation permanente des femmes dans notre société. Tout coin de l’anatomie peut être utilisé, dans la publicité ou dans le cinéma (par exemple) comme un objet évoquant du sexe. Au point qu’on sexualise les femmes pour vendre tout un ensemble de produit qui n’ont strictement rien à voir. Évidemment dans les représentation que les hommes ont des femmes ça joue. Les normes culturelles font le travail, et les réac’ sont surement particulièrement consentant, of course, ils les produisent eux-même également. Tout ça pour dire que si un homme tenait son stylo comme ça, l’idée ne serait probablement pas passé par la tête de Hugues. L’ingéniosité qu’ont déjà déployé les hommes pour se faire sucer en dit long sur l’importance que cela revêt pour eux. Qu’on se le dise, une bouche, une langue, des lèvres : c’est une pipe. Tout autant qu’un stylo est une teub.

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