Vous avez un problème avec l’égalité ?

Bon c’est pas tout ça les vacances, mais faudrait peut-être s’y remettre. Au-delà du petit carnet de voyage improvisé que je vous ai fait partager, il faut que je vous raconte. L’été, c’est un espace concentré de rencontres en tous genres. Des gens qu’on ne rencontre pas d’habitude. Soit ils habitent à l’autre bout de la terre, soit on a soigneusement fait en sorte de ne pas trop les croiser. Mais bon, là, c’est les vacances. Alors…

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Bref, entre le premier et le dernier contact (de nature aussi variée comme quand c’est les vacances quoi), il se passe plein de trucs passionnants. Et vous commencez à me connaître, au bout de quelques minutes, le mot obus, celui qui n’aurait pas dû s’inviter dans la conversation (d’après certain-e-s), vient interrompre un monde qui, jusque-là, tournait parfaitement rond : le féminisme.

« Ah, ouais non le féminisme c’est pas trop mon truc… »

Le militant-e-s féministes ne seront pas surpris-es. En général, le féminisme c’est « le truc » de pas grand monde. Ça surprend pas comme ça, pourtant on pourrait se dire : « ah toi, ton truc, c’est de piétiner les femmes ? » Mais on est (parfois) trop poli-e-s. Au-delà des réactions classiques que j’ai déjà décrites et qui sont une nouvelle fois apparues, j’ai quelques perles à vous offrir. Ce sont parfois des interrogations intéressantes, parfois de vrais horreurs. Je vous laisse juger.

  • « Le féminisme c’est juste du paraître, faire semblant d’être parfait. » 

C’est peut-être la moins stupide des interrogations. Même si ça révèle une connaissance très partielle du mouvement féministe. Est-ce que le féminisme est une police du comportement ? Pas vraiment. Mais une chose est certaine, nous avons toutes, et surtout tous, des comportements déterminés par la société patriarcale et qui relaient une certaine domination. Quand on est féministes, on essaye de les limiter. Et à l’inverse, quand quelqu’un a un comportement sexiste, on ne va pas se gêner pour lui faire remarquer. Hein ?!! Quand même ! Mais de là à réduire le mouvement féministe à ça…

  • « Mais t’es maso non ? »images

Evidemment : si je suis féministe, c’est parce que j’aime souffrir. D’ailleurs, j’ai hésité un moment entre le féminisme et fakir (non pas le journal, le mec qui s’allonge sur des pics et travers des allées de braises chaudes). Plus sérieusement, on a tous un avantage, en tant qu’être humain, à vivre dans une société féministe. Déjà parce que moins de domination c’est plus d’apaisement général et ensuite parce qu’on est aussi sacrément déterminés, en tant qu’homme, à avoir un comportement irréprochable de mâle dominant.

  • « J’ai rien contre les femmes mais… » et sa variante plus connue : « j’aime les femmes mais… »

Quelle horreur ! La suite de la phrase ne sert plus à rien, la première partie en dit déjà trop. Le « mais » qui conclut suppose en plus que ce qui suit va être encore pire. Vous savez, je suis le genre de mec qui ne cherche pas trop à avoir à tout prix un casier judiciaire (bon si c’est pour coup et blessure sur misogyne ce sera presque une médaille). Donc, par un élan pacifiste, mon cerveau bloque comme un fusible évite la catastrophe. Je tiens à ma santé merde. Bref, le mec (en général) en prend quand même pour son grade. Je ne suis pas sûr que beaucoup perçoivent que je me retiens, en plus.

  • « Mais y a des différences quand même ! »

Derrière cette remarque, se cache un grave problème de langue française. Bon, en réalité, c’est une rhétorique de mauvaise foi relayée par la propagande patriarcale. Défendre l’égalité, c’est combattre les inégalités. Egalité et inégalités, c’est le contraire (ne riez pas ce n’est pas si évident pour tout monde apparemment). L’inverse d’inégalité, ce n’est pas « uniformité ». Donc, tous les individus continuent d’être différents et bien plus d’ailleurs puisque le but et d’arrêter de les enfermer dans des rôles en fonction de leur genre.

  • « Mais les femmes elles aiment se faire dominer au fond ! »

Mon sang ne fait qu’un tour. Non, la personne que vous avez devant vous n’est pas en train de dire qu’il y a une intégration des valeurs patriarcales de la part de nombreuses femmes. Sinon, il serait le premier à dire qu’il faut d’autant plus combattre la culture dominante. En 2810720570_1général, elle se base sur des sérieuses idées reçues alimentées par une ou deux interprétations biaisées de son vécu relationnel (ou celui de ses proches). Est-ce qu’une femme aime se faire frapper par son mari ? Non. Est-ce qu’elle peut aimer devoir demander une autorisation pour sortir, travailler, avoir un compte en banque, des loisirs, bref, pour vivre ? Non. Est-ce qu’elle aime être dépendante d’un mari qui amène toute la tune à la baraque pendant qu’elle se tue aux tâches ménagères ? Non. C’est ça la domination pourtant. Je suppose que, dans certains esprits, elle se résume au fait que, parfois (et loin de moi l’idée que c’est anodin), elles aiment être plaquées brusquement contre le mur pour un baiser fougueux (ou plus), elles aiment ces jeux qui, à tout moment, peuvent s’arrêter ou se renverser. En somme, elles peuvent aimer ce semblant de domination qui cesse dès qu’elle dit « non ». Sauf que ça, ce n’est pas de la domination.

L’égalité, question de référentiel

Mais la plus régulière, et la plus chiante des réponses d’une certaine manière, c’est celle qui considère le féminisme comme un corporatisme d’activistes anti-hommes. Vous savez la vision à peine exagérée d’un groupuscule d’amazones qui errent dans les rues pour couper les couilles à ceux qui en ont encore. En fait, c’est la vision zémourienne de l’apocalypse.

Le féminisme c’est uniquement défendre les femmes en s’en prenant aux hommes. Ce qui défend des valeurs universelles devient une jalousie du pouvoir masculin, voire une recherche de l’inversion du schéma de domination. Ça donne des conversations de cet ordre :

« – C’est trop anti-hommes quoi, ça veut juste le pouvoir des femmes.

– Bah non ! On défend l’égalité, ni plus ni moins.

– Bah, en tout cas, certaines sont anti-hommes.feminist1

– Moi je n’en ai pas rencontrées. Tu t’y connais surement plus. Tu parles de qui ?

– (réponse vague)

– Donc, non seulement, tu ne sais pas de qui tu parles, mais en plus tu réduits tout le mouvement féministe à ça ? Est-ce que tu ne te dis pas que, dans une société de domination masculine, dès qu’on demande l’égalité on a l’air de défendre uniquement les femmes ? »

Ça pourrait ne pas être si grave si, derrière, les médias ne se permettaient pas de dire que c’est un scoop de rencontrer « un féminisme qui ne veut pas émasculer les hommes » Bref, l’égalité c’est une question de référentiel. C’est au point que ça nous rassure quand quelqu’un-e nous dit qu’on exagère. C’est à ce moment qu’on se dit qu’on est sur la bonne voie.

Comme on dit, «  le féminisme est un mode de pensée extrémiste qui consiste à croire que les femmes sont des êtres humains… »

Romain JAMMES

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8 réflexions sur “Vous avez un problème avec l’égalité ?

  1. Ça me rappelle des souvenirs…
    Tu oublies le, comme tu es un homme, « mais c’est juste pour draguer les filles? », ce qu’on m’a dit plusieurs fois comme première réaction quand je parlais d’un féministe 😉

    Pour l’argument anti-homme, je n’ai également rencontré que des féministes égalitaristes. On veut faire passer une minorité en majorité (le lundi à 7h50 sur France inter par exemple) seulement pour nous décrédibiliser.

    Il y encore des progrès à faire en tout cas, mais on y croit, on y arrivera à cette égalité!

  2. Y’a aussi le merveilleux « […]je n’ai rien contre les femmes.Dans le cas contraire, je plains d’ores et déjà ma future épouse[…] » d’Alexandre Chombeau. A rapprocher du fameux « je suis pas raciste, ma bonne est noire ».
    Parce qu’à son avis, les types qui battent leur femme ils le font sur qui ? Sur leur…? Femme, ouii, c’est bien !

    Par rapport au référentiel aussi, ceux qui disent qu’ils ne sont pas pour que la femme prenne le pouvoir et que donc il vaut mieux être humaniste… me laissent sans voix. Ça témoigne d’une sacrée méconnaissance du combat féministe.

  3. Dans la catégorie « anecdotes de vacances » : j’évoque devant des « néophytes » l’article des femrad « Le vagin n’est pas un organe sexuel ».
    Réaction : « Bah quoi, elles la veulent dans l’cul ? »
    -_-
    Je n’ai pas la patience d’éduquer de telles personnes, j’avoue…

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