Carnet de voyage : de Séville à Lisbonne.

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C’était trop, c’était pas assez. J’en ai pris plein les mirettes. Non, en fait j’en ai pris plein pour tous les sens. Chacun a son petit bagage. Les découvertes culinaires, la chaleur de l’Andalousie, la brise marine de Lisboa, l’odeur de poisson qui colle aux doigts après la pêche ou encore les immenses œuvres humaines, pour le meilleur comme pour le pire.

Les souvenirs se bousculent comme un jour de soldes. Ils déballent leurs étalages de merveilles et me font des regards en coin. J’aimerais qu’ils restent tous gravés dans ma mémoire, comme une leçon mille fois apprise. Comme ces vers d’Aragon qui se récitent tous seuls dans ma tête sans qu’aucune volonté ne les commande : « Celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas ».

Voilà, je vous aurai prévenu-e-s, ce sera décousu, irrégulier et trompeur. Mais si les grosses marées ne vous font pas peur vous êtes les bienvenus sur le pont de mon premier récit de voyage.

Vamos a Sevilla

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Séville c’est loin. 1200 bornes de Toulouse au moins. On voit du paysage, seulement celui-là il est un peu particulier. Quelques kilomètres après la frontière, un immense désert se dessine. Mais pas genre le désert de la cambrousse franchouillarde, non non. C’est genre le désert avec des champs de blés arides et des cailloux à perte de vue. Rapidement ça devient du sable rocailleux et quelques oliviers épars. On se l’imaginait facilement, on a même tous vu sur nos écrans les immenses dunes sahariennes et on se dit que l’Espagne c’est de la rigolade à côté. Sauf qu’à voir en vrai, ça fait quand même un truc. On s’arrête sur une aire d’autoroute qui semble sortie de nulle part. On se croit au milieu de la route 66 sans voisin à 100 miles à la ronde. On croise des villes qui poussent au milieu d’un no-mans land, comme des oasis de vie qu’on ne s’attendait pas à voir.Ça fait longtemps que le vent me suggère d’aller voir
SONY DSCdu côté de Séville. Un appel de l’histoire, quand on sait tout ce qui s’y est joué. Une invitation au soleil, à beaucoup de soleil, une année où il a fait un peu la gueule en France. Bref, à Séville, on m’a pas menti : il fait chaud, on mange gras, on danse sur une musique qui fait *clap clap clap* (non pas une valse) et on trouve le savoureux mélange des cultures méditerranéennes.

On a testé pour vous, vivre à l’andalouse. La chaleur met une première claque, tout semble construit autour de ça. Les bâtiments ont des patios carrelés qui rappellent les palais orientaux, les murs sont blancs quand ce ne sont pas des villages entiers. Ça fait joli, mais une dame au détour d’une conversation nous explique qu’ à l’origine c’était pour éviter que les fourmis grimpent, Pas con. À Séville on vit le matin, la soirée et la nuit. On coupe son sommeil en deux. L’après-midi après le repas, le soir après la fête. Le soleil vous rappelle vite à l’ordre si vous avez eu la bonne idée de commencer votre rando à 14h00.

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On a testé pour vous, faire la fête à Séville, avec ses portions de tapas impressionnantes, ses 3, non 4, allez 5 shot d’absinthe histoire d’avoir à recomposer les vagues souvenirs de la soirée le lendemain. On se réveille avec un pochon mystère qu’on a négocié à moitié conscient, des traces étranges sur le corps et des photos venues du ciel à la Very Bad Trip.

On a testé pour vous le Flamenco. Celui qu’on nous avait conseillé. L’autre claque dans la gueule, c’est celle là. Le son des pas résonne dans mes tympans comme si j’avais été sous la scène. Le regard plein d’émotion de la danseuse, l’autre qui s’envole quand le rythme s’emballe. Cette voix chargée d’histoire et de douleur, qui n’a pas vraiment besoin de mot pour se faire comprendre. Ces claps si particuliers dans les mains accompagnant le guitariste qui nous remet à notre place. On en ressort vidé, comme une catharsis musicale.

On a testé Séville, ses églises magnifiques. Cette vie qui s’arrête pour des foutues chimères. Cette queue impressionnante pour aller embrasser la main d’une statue de Marie. On a vu ce minaret composer une partie de la cathédrale ou ce terrain de sable orange où se joue ce spectacle si particulier. On est parti.

Le charme de Lisboa

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Lisbonne c’est un poème. Une pointe romantique parisienne mais sans les parisiens et avec l’océan. C’est vous dire si j’ai kiffé. Les petites rues de l’Alfama regorgent de gueules spectaculaires. Elles sont marquées, comme une carte, elles racontent l’histoire du quartier, les vies de travail au port, la lutte encore fraîche de la révolution des œillets. Je crois y voir des amis d’ici. Ceux qui nous racontaient leur pays avec des étoiles dans les yeux. Ces couplets de la rue Kétanou parlant du Portugal.

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On a testé pour vous les ginjas et les pasteis de nata. Les escargots à la portugaise et les Mojito d’un litre pour 4€50. On a testé Bairo-Alto et ces bars qui oublient de vous demander de payer, la spontanéité et l’ouverture des portugais. On a testé la crise, ces boutiques fermées, ces centres commerciaux désertiques comme des cimetières d’éléphant. Les appels à un nouveau 25 avril et à la grève générale sur les murs de tous les quartiers. On a testé le tram, sa flopée de touristes qui en gâche le charme mais les vues époustouflantes depuis les hauteurs de Graça.

On a écouté du Fado, dans la rue et au musée, ce chant chargé d’histoire. Cette version lisboète du roman populiste. Il raconte la vie du peuple, des marins, de leur famille. La réalité SONY DSCdémontrant l’injustice, le Fado va être censuré, régulé, instrumentalisé par différents régimes. Il n’en reste pas moins une force politique en lui même, même folklorisé pour les visiteurs.

On a aussi testé la plage, sa chaleur et sa houle, mais surtout cette pêche au coucher de soleil. Un refrain quotidien qui dure depuis des dizaines d’années. Le fruit acheté pour une bouchée de pain, puis l’odeur interminable du poisson dans la cuisine. On a testé cet amour à double tranchant entre la ville et la mer : la fascination tueuse du grand large qui a séparé de nombreuses familles, la richesse du nouveau monde, cette force de l’être humain à pousser toujours plus loin ses limites.

Bref, on a testé pour vous… prendre des vacances, partir loin. Se reposer l’esprit avant de reprendre la bataille. Et elle va commencer ce 10 septembre.

Romain JAMMES

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2 réflexions sur “Carnet de voyage : de Séville à Lisbonne.

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  2. Je reviens d’une semaine au Portugal (Porto+Lisbonne). Et je confirme, c’est assez sensationnel. Par contre pour le dépaysement, on repassera. Il n’y avait pratiquement que des Français. 😉

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