Pas touche à ma retraite !

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Voilà, on en est rendu à un des points les plus symbolique de l’hypocrisie gouvernementale. Celle où Mr. Hyde n’est plus caché du tout. Il parie peut-être sur la démobilisation qu’il a généré. Vous savez, cette douce désillusion qui fait rester dans son canapé un jour d’élection dans le Lot. Ou peut-être qu’il parie sur une amnésie collective. Depuis qu’on se tape des orages, y a bien un moment où, comme dans Men In Black, on a tous brutalement perdu la mémoire… Non ?

Parce que sinon je vois pas comment ça peut pas exploser…

Mais au fait, pourquoi une réforme des retraites ?

Ah ah ! Effectivement, c’est une bonne question ! (normal c’est moi qui la pose). Déjà il faut se rendre compte d’une chose : les retraites, c’est une abomination pour le capitalisme. Bon j’exagère, le système public par répartition est une horreur pour les marchés financiers. D’abord des gens sont payés à rien foutre. Oui, un peu comme les actionnaires, sauf qu’ils sont beaucoup, qu’ils sont pas riches et que c’est pas eux qui décident. Ensuite, ça coûte de l’argent au salarié à travers les cotisations, et, je vacille, aux patrons, pauvres victimes d’un État récidiviste en matière de matraquage fiscal tout ça tout ça… Enfin, un système public par répartition, c’est aussi un putain de gros manque à gagner. Imaginez tout cet argent dans des comptes privés dansant la nouba sur les marchés financiers. Au lieu de ça, il est dans un flux tendu entre ceux qui travaillent et ceux qui prennent leur retraite. C’est redoutablement peu rentable pour la finance.ret3

Donc, comme la « crise » c’est le moment où faut tout passer au rouleau compresseur à vitesse grand V, les retraites doivent aussi en prendre un sacré coup, histoire que tout rentre dans les rangs. Donc on lance la machine à faire flipper. C’est quoi au juste ? En 2010, c’était le déficit cumulé des retraite dans 50 ans. La grosse blague. Cette année, c’est moins gros, mais l’idée reste la même. Il y a un problème structurel de financement, donc il faut faire une grosse réforme qui va tout régler jusqu’à la prochaine dans 2/3 ans. Du coup vous avez le choix, et d’ailleurs ils ont fait un sondage : vous préférez travailler plus longtemps ? jusqu’à plus vieux ? Payer plus de cotisation ? ou avoir une retraite de misère ? C’est pas des blagues hein ! Ils ont vraiment fait ça.

Mais est-ce qu’il y a vraiment un problème ? Lequel ?

Vous savez, on vit plus longtemps (youhou !) donc faut en chier plus longtemps. Le message est assez clair. Comme tout le monde devient centenaire, les retraites des grabataires, ça plombe les comptes publics. Y’a plus de vieux quoi, c’est pas compliqué ! Sauf que si, c’est plus compliqué.

Plus de vieux ? Mouais, mais une espérance de vie en bonne santé qui baisse depuis 2008. Et surtout, c’est en partie grâce à la retraite à 60 ans qu’on vit plus vieux. Tout de suite ça calme. C’est cher ? Oui, mais on produit beaucoup plus qu’avant. Relativement à la population que cela représente, le prix est plus que modique.

Mais alors, ça vient d’où ce soucis de financement ? Le soucis, il est pas structurel, il est contextuel. Il y a un problème de financement qui est lié notamment au chômage et au gel des salaires depuis des années. Mais si c’est ça le problème, je vous laisse deviner la solution…

Les fausses solutions…

Les solutions proposées sont structurelles. Bah oui, forcément on n’a pas présenté le problème comme structurel pour s’attaquer à autre chose que le cœur du système des retraites. Donc voilà les solutions calquées sur la mauvaise (mais volontairement mauvaise) analyse du problème :ret1

  • Allonger la durée de cotisation : En France, nous sommes déjà un des pays européens qui cotise le plus longtemps. C’est pourtant pas bezef apparemment. Allonger la durée de cotisation c’est obliger à travailler plus vieux, sauf que 2/3 des travailleurs sont déjà au chômage. En gros, on transfert le coût du système de retraite vers celui des allocations chômage. Brillante idée. Puis comme les femmes on des carrières en dent de scie, c’est elles qui en chient.
  • On recule l’âge légal de départ : Le problème est le même que le précédent, mais à cela s’ajoute l’inégalité que cela crée entre les travailleurs peu/pas diplômés qui vont devoir travailler 45 balais parce qu’ils commencent plus tôt. En gros, on fait bosser plus longtemps un ouvrier qu’un cadre.
  • On baisse les pensions des retraités : évidemment, les retraités roulent sur l’or, donc on va les appauvrir. 1 retraité sur 2 vis avec moins de 1000 euros, et les 2/3 sont des femmes. Pour augmenter cela, les bons samaritains vont devoir plonger vers des complémentaires privées. Le rêve des financiers.
  • On augmente les cotisations : Pas patronales évidemment, on ne fait que les baisser depuis des années. La magnifique idée c’est d’augmenter les cotisations salariales, donc de baisser le salaire net, le pouvoir d’achat et donc d’ajouter à la crise économique en amputant la consommation. Corolaire direct : augmentation du chômage et donc baisse des cotisations. On voulait pas les augmenter ?

Les autres solutions

Allez, nous, on est des bons gars. On se dit, réformer les retraites ? Allez on est partant. On propose quoi ?

  • La retraite à 60 ans à taux plein à 75% de taux de remplacement. Parce qu’on vit pas pour bosser, donc même si on vit plus longtemps, comme on peut se le permettre on peut bosser moins. Allez, 55 ans tiens.
  • Pas de retraite en dessous du SMIC, (et SMIC à 1700 euros). Si c’est pour bouffer des pâtes et vivre dans 15m² autant rester étudiant toute sa vie.
  • Prendre en compte des années de formation. C’est pas inutile comme temps, si ?
  • Départs anticipés pour pénibilité
  • Retour au 10 meilleures années comme indice de référence.
  • Lutter contre le temps partiel imposé.

Et pour financer ça ?

  • Relancer l’activité économique : Smic à 1700, augmentation des minimas sociaux, salaire et revenu maximum, protectionnisme social et écologique, relocalisation de l’économie,…
  • Taxer le capital, au moins comme le travail (100 milliards en poche)
  • Une vraie politique d’égalité salariale (5 milliards de cotisation en plus en 2015, 10 milliards en 2020)
  • Suppression des exonérations et double modulation des cotisations « patronales » (10 milliards)
  • Élargissement de l’assiette des cotisations à l’épargne salariale et les primes (10 milliards)
  • Mise en contribution du revenu financier des entreprises (avant qu’il existe plus) (20 milliards)

Le gouvernement cherchait 20 milliards d’ici 2017… Je crois qu’on a dépassé. On va pouvoir se faire plaisir.

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Bref, ça risque de chauffer, le zèle aux marchés financier a une limite. Le gouvernement se fout du monde et si c’est pas le Front de Gauche qui a été élu, personne n’a voté pour se faire sacrifier sur le billot de la commission européenne.

Seulement voilà, la limite à l’exploitation c’est la résistance à l’exploitation. Alors si même au grand jour Mr Hyde se sent pousser des ailes impunément, on risque de s’en mordre les doigts. Quand on y sera jusqu’au cou, ce sera plus le temps de se dire, « on aurait pas dû… ». Donc Hollande, Tar’ ta gueule à la récré…

Romain JAMMES

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2 réflexions sur “Pas touche à ma retraite !

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  2. Les Rapaces anticipent, Le Merdef vient de faire un ultimatum au gouvernement, c’est du Sellier dans toute sa grandeur, sauf que là c’est Gattaz probablement un pestiféré encagoulé  » Maréchal nous voilà  » une mise en demeure avant les négociations sociales, le menu est pret on a pu qu’a se mettre à table pour fermer notre gueule….

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