Quand est-ce que tout ça a basculé ?

Les événements de ces dernières semaines sont lourds de sens. Je suis plutôt un gars optimiste. C’est peut-être ça qui me fait tenir. Mais là j’avoue que j’ai la frousse. Tout arrive. J’ai les j’tons, mais aussi beaucoup de colère. Optimiste, ce n’est pas naïf, et si j’avais perdu toute illusion de voir l’oligarchie, et sa couche de protection médiatique, combattre les fascistes, j’ai pris comme une claque dans la gueule leur attitude depuis la mort de Clément Méric.

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« Nous irons cracher sur ta tombe »

Si cette déclaration avait été faite, elle aurait le mérite d’être sincère. Tout a été déchainé après ce meurtre. Plus que j’aurais pu le croire. Il n’a pas fallu longtemps pour transformer les coups mortels en rixe de faits divers ou en baston de comptoir qui a mal tourné. L’industrie médiatique nous a sonné le refrain des extrêmes qui se rejoignent. La bouillie merdique sans argumentation, balancée par petits ou grands bourgeois dociles et bien sapés. Leur maquillage propre et leur sourire satisfait, on aimerait les voir froissés à coup de latte en pareille occasion. J’enrage qu’on soit plus civilisés qu’eux.

Au fond le message a été clair. 2 bandes de merdeux se tapent : « jeux de main, jeux de vilain » dit Minutes, il a « provoqué et perdu » renchérit Zemmour. Qu’un nazillon ait buté un1 mec à cause de ses idées ça n’émeut pas les chiens de garde. Dans la foulée, les victimes sont mises dos à dos. Même violence, mêmrméthode. Les extrêmes c’est pareil, si ! C’est m’sieur Copé qui l’dit voyons. Enfin toute une ribambelle de connards avec. Au fond ce sont les mêmeS, comme Mélenchon et Le Pen tiens. Une thèse si peu contestée qu’elle fini par s’imposer comme un évidence à tout un arc politique. Faut dire qu’elle arrange pas mal de pourritures.

La pilule, forcément elle est pas évidente à faire passer. Donc tant qu’à y aller au marteau piqueur, autant inviter le président du groupe d’assassin pour défendre sa cause : Serge Ayoub. On lui tire des portraits romanesques, histoire de rappeler qu’au fond, c’est qu’un brave type qui défendait ses idées (certes un peu folklorique mais bon). Ça pue l’opération de rédemption. On en profite pour ôter tout soupçon sur le lien entre ces enfoirés et le FN. Qu’on fournisse des images qui disent le contraire, parfois issues des mêmes médias, n’y change rien. (Une mention du petit journal qui a fait le boulot cette fois ci). Barbier l’affirme avec aplomb, Le Monde fait semblant de ne pas savoir, et personne ne reprend la mère Le Pen ou Philipo quand ils nient l’évidence. Bref, un tweet de Mélenchon, ça indigne plus la presse que le lien étroit entre le FN et des organisation néo-nazi.

Manquerait plus qu’on dise que c’est de notre faute ! Ah bah vous savez quoi ? C’est ce qu’ils ont fait. L’ouverture du bal elle est de bonne guerre : c’est Serge Ayoub lui même qui accuse Mélenchon. Allez, ça on s’y attendait. Mais quand plusieurs journalistes reprennent la même analyse c’est autre chose. L’histoire commence à avoir un goût amer. Bientôt Vichy ce sera la faute du Front Populaire, ou Hitler de Rosa Luxembourg.

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Un sondage qui passe par là

Mais au fond, c’est pas comme si on était pas prévenu. On y a le droit depuis un moment du marche pied médiatique de la Le Pen. Le dernier en date est un exemple du genre. Un cas d’école comme on dit : le sondage sur les européennes !

Bon déjà, faut se dire entre nous que c’est de la daube ce truc. Ça vaut rien, nada, quedal, même pas un ticket restau ! Pourquoi ? Bah un an avant l’élection, avec un contexte politique qu’on ne connaît pas, des candidats qu’on ne connaît pas et une méthode de plus en plus douteuse tellement ils galèrent pour avoir des réponses, on peut se poser des questions. Le taux d’abstention ? On en sait rien. Les votes blancs ? On en sait rien. Bref, on sait rien du tout mais faut quand même le vendre. Donc on a des super commerciaux… euh des journalistes pardon… qui font le job.

Alors on prend nos ptites lunettes et not’ croyons pour y voir plus clair. Evidemment, il faut comparer avec la dernière échéance nationale, sans bien sûr oublier les dernières européennes pour pondérer mais bon…Le PS dégringole (15%), l’UMP aussi mais moins (19%), le FN prend 0,5% (18%), le FdG 4 points(15%). Des faits marquants ? Le FN 2e force passe devant le PS qui est à égalité avec le FdG.5

Alors vous qui êtes des citoyens éclairés qu’est-ce que vous titrez ? Moi je dirais : « dégringolade du PS » ou « La droite et l’extrême droite en tête », si je suis globalement de gauche « basculement à gauche » et pourquoi pas « Le FN 2e aux européennes ». Mais quand l’unanimité des titres se font autour de la « percée du FN » pour une augmentation somme-toute assez faible, il y a de quoi se questionner non ?

Là encore, on en est pas à la première. Le FN dans les médias, c’est Alice au pays des merveilles. Les journalistes gobent tout sur parole. La mère facho dit « je fais du social » les titres répondent à l’unisson, elle dit « regardez lui c’est un ancien coco qui est venu chez nous » le journaliste fait des grands yeux et écrit sa dépêche. C’est simple, on se demande parfois si les fiches de com’ que l’équipe de Le Pen lui fourni ne se retrouvent pas fortuitement sous les yeux de médiacrates. Le 1er mai est effarant à ce niveau. Les mobilisations ridicules des frontistes sont autant sinon plus couverte et encensées que celles des travailleurs. Sur BFM on aurait cru que c’était le grand soir à 3000 devant Jeanne d’Arc et la bérézina 10 fois plus l’après midi. Bref, la réalité de la mobilisation des syndicat, cette année, c’est pas de la folie, mais franchement, au FN c’est la débandade complète.

Là où le bas blesse c’est qu’ils n’ont pas besoin de cette mobilisation pour faire un score. Qui n’a pas de canton vers chez lui avec un candidat FN sans visage et sans militant mais avec un bon score ? Alors pourquoi ?

La bonne question

Pourquoi, c’est la bonne question, et tous les militants de gauche se la posent. Il y a la recette qui fait consensus. Une dose de désarrois politique liée à ce que les dirigeants ont montré leur impuissance (volontaire) devant le rouleau compresseur libéral depuis 20 ou 30 ans. L’uniformité du discours économique agace, et à la longue c’est un rejet épidermique de la politique qui s’accroit d’autant plus avec les affaires de corruption dont les Tapie/Cahuzac/Guéant sont les derniers fruits.

Dans cette recette, il y a aussi la désertion des services publics dans les quartiers populaires, les campagnes et certaines zone péri-urbaines. Il y a le manque de politique d’intégration, les ghettoïsations et la désastreuse politique de la ville dans son ensemble des années durant.

À cette recette s’ajoute la casse des digues politiques entre la droite et l’extrême droite. Durant ces années du pouvoir, la droite a fait peser les difficultés économiques et sociales à différentes catégories de la population : jeunes, immigrés, fonctionnaires, assistés, chômeurs,… Certains cumulant les « tares ». Un réveil d’une vieille méthode qui, ajoutée aux relents sécuritaires électoralistes, n’a pas tardé a donner un boulevard idéologique aux idées fascisantes. Le drame, c’est qu’une partie la gauche a plongé aveuglement dans le jeu. François Hollande a déclaré qu’il y avait trop d’immigration économique, et la politique d’expulsion de Valls accentue encore les chasses à l’homme intolérables. La simple équation immigration = chômage devient un refrain général qu’on entend sur toutes les ondes, y compris de la bouche de journalistes et de présentateurs.

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Plus polémique encore, l’utilisation du FN par le « parti dit sérieux » (comme dirait nath). Faute d’avoir des idées mobilisatrices, depuis 2002, la peur du retour de Le Pen au second tour, et celle de revoir la droite l’emporter avec éclat, est un argument d’autorité brandi par le PS. En plus simple on appelle ça le « vote utile ». Expression qui révèle un soupçon de mépris des électeurs, de la démocratie et de toutes les autres forces de gauche. Ah ces socialos, ces poètes. En conclusion, plus gros le méchant est, plus on en a peur. Et quand le vendredi avant le 1er tour des présidentielles de 2012, Libé fait sa UNE sur Le Pen, ce n’est pas autre chose qui se passe.

Enfin, accompagnant la banalisation politique ET médiatique des idées lepenistes, le trait égal tiré à longueurs de colonnes et d’analyses par les élus PS, UMP, MODEM, parfois même EELV, et par l’industrie médiatique, entre Mélenchon et Le Pen, plus largement entre le Front de Gauche et le FN n’est pas sans conséquence. Au delà de l’insulte au courant politique que nous sommes, l’immonde blessure personnelle que cela doit être pour Mélenchon, c’est d’une inconscience folle et ça fini de dire aux yeux du monde que Le Pen est comme les autres. L’étape d’après, avec la diabolisation de Mélenchon ces derniers mois, c’est de faire de cet homme quelqu’un de pire que la mère facho. Par extension faire du courant politique auquel il appartient un danger plus important que celui des fachos. Mieux vaut Hitler que le Front Populaire (2 point godwin non ?).

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Le tableau n’est pas beau à voir hein ? J’ai la frousse comme je vous disais au début. J’ai la frousse mais surtout je me pose maintenant cette question, un peu comme si c’était trop tard. La même question que les maquisards ont du se poser un jour.

Quand est-ce que tout ça a basculé ?

Romain JAMMES

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11 réflexions sur “Quand est-ce que tout ça a basculé ?

  1. Moi, je ne me la pose pas la question… J’ai commencé à bloguer lorsque Sarko est arrivé au pouvoir. C’est la réponse. Depuis, j’ai acheté une bombe lacrymo, au cas où… Même pas pas peur.

  2. Article bien ciselé avec une analyse de la situation percutante, à diffuser !
    N’ayons pas peur, c’est justement leur stratégie de choc de nous mettre la tête dans la baignoire pour entretenir la résignation, la division et détruire toutes les résistances face à la libéralisation, la déréglementation, la baisse des prestations.

  3. Pardon mais on s’en fiche un peu de quand ça a basculé (à la rigueur, depuis que la droite est durablement au pouvoir, tout bêtement) ; la vraie question c’est qu’est-ce qu’on va faire pour que ça change, oui !

  4. Il est facile de mettre tout sur le dos de la droite. Petit rappel, Mitterand n’a pas tué le ver dans l’œuf alors qu’ il pouvait… Hollande n’a rien dit quand les fachos se sont excités sur des personnalités défendant le mariage pour tous. On ne les entends pas les socialistes quand des horreurs sont dites à l’assemblé. Si la droite se sent décomplexer car personne ne les contredit quand on fait les amalgames entre immigrés légaux/ clandestins, violence/immigrés, effondrement de la moral /gays. Nous sommes revenu dans les années trente, une gauche faible et honteuse de ses idées, une minorité à combattre ( en l’occurrence deux les méchants immigrés ou assimilés et les pédés) et une droite qui regardent les avantages électoraux à s’allier avec toutes ses idées nauséabondes

  5. Et une gauche « extrême » ou extrémiste, inclus un courant communiste, qui perd son temps et notre énergie à s’attaquer à la gauche radicale et à assimiler Mélenchon aux socio-libéraux (voire aux socio-traitres). Oui,il y a une gauche fière de ses idées et dont la force de conviction finira par l’emporter, c’est le Front de Gauche. Et oui, on en a du travail ! Je viens de revoir « Les nouveaux chiens de garde ». Nous avons basculé de laisser faire, certainement après les revirements de 83-84, quand le PS entonne ouvertement le refrain du pragmatisme. Quand Rocard écrit son petit livre blanc sur les retraites, en particulier, sans que le peuple de gauche se soulève !

    • Bien raison camarade ! Les ennemis du peuple n’ont plus qu’à trembler, d’extrême droite ou gauche, s’ils ne sont pas avec nous, c’est qu’ils sont contre nous…

      Sinon, d’accord avec romain, le « vote utile », c’est un bel oxymore, quel que soit le parti…

  6. Monsieur le Président, et à tous les Politiques, Vous avez été élu pour la France, mais de changer les villes de France, demandez d’abord aux concernés, c’est-à-dire aux citoyens des villes, villages, ou bourg où les gens ont choisis de vivre. Vos ‟Métropoles”, moi-même vivant à Miramas, déjà que l’on fait partie du SAN à Istres, qui nous met suffisamment de bâtons dans les roues, pourquoi nous imposer – Marseille : NON. Nous devons déjà faire avec leurs déchets, cela suffit largement ! Le Maire de Marseille, ferait mieux de mettre sa ville en état, poubelles, trottoirs, normes aux handicapés, logements insalubres, etc… Car à part la ‟Culture” c’est tout ce qu’il a vraiment fait ! Même avec les tunnels, il y a toujours des Bouchons, pire qu’a Paris ! Le mot EGALITE et LIBERTE sur les mairies devraient disparaitre du fronton des bâtiments publics, puisque l’on passe dans une Politique de passage en force et de dictature ! Ceci est mon opinion, ainsi que ma pensée de Citoyenne sans étiquette politique.

  7. y’a pas eu de basculement, tout se fait petit-à-petit. Faudrait quand même pas créer de contre-réaction trop forte.
    Ceci dit, avec l’arrivée de Sarkozy au ministère de l’intérieur en 2002, se moquant des « droits-de-l’hommistes », on a donné un coup d’accélérateur. Depuis, c’est l’effet domino.

    • Oui il y a des paliers mais la question est un peu rhétorique. C’est le coup de la grenouille dans la casserole ou du silence des pantoufles. Mais effectivement y a une accélération parce que même connaissant cette tendance je suis étonné des proportions qu’elle prend ces derniers temps…

  8. Pingback: Le bruit des bottes | L'Art et La Manière

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