La Dépêche se lâche contre les femmes

C’est l’histoire d’un journal comme un autre. Croyez-moi, c’est sûrement ça le plus triste. Il est comme les autres mais il est tous les jours sur mon bureau. Donc, vaille que vaille, je le feuillette assez régulièrement sans l’illusion de croire que c’est la vérité. Avouez, avec du recul, que c’est un peu dommage d’en arriver là quand on ouvre un canard.

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Évidemment comme beaucoup de journaux, La Dépêche du Midi est un parangon de sexisme. Ce n’est pas un secret, d’ailleurs à mesure que je le lis, je pense que c’est assumé. Les éminences grises (quoi que, ont-elles vraiment quelque-chose entre les oreilles ?)… en tout cas les mecs qui tirent les ficelles doivent avoir un sérieux contentieux à régler avec leur organe interjambien.

La grande disparition !

Comme je l’avais déjà développé une fois. La Dépêche, c’est le Sylvain Mirouf de la PQR. Mais en plus fort hein, il s’agit pas de faux poignards ou de placards à double fond (désolé Sylvain j’ai glissé tes trucs par inadvertance), mais d’une disparition quasi totale de la moitié de l’humanité. J’y vais fort ? euh…

Ce jour là, pris au hasard, les hommes apparaissent sur 90% des photos, les femmes sur 27,5%. Dans la plupart des cas, les femmes sont donc accompagnées par des1 hommes, parce que FAUT PAS DÉCONNER NON PLUS ! Évidemment, dans les quelques photos de femmes seules, il y avait une publicité pour un site de rencontre (le grand classique), pour un produit de beauté et une photo d’un chantier où une femme avait glissé son nez dans l’angle de la caméra. La sournoise ! Tout ça pour pourrir les stats du torchon. Une féministe enragée je présume.

Bref, les lecteurs habituels ne seront pas étonnés. Pas plus que lorsqu’à quelques occasions on voit des femmes en UNE et bien en évidence. Oui il y a des concours de miss partout dans cette ville : miss Toulouse, miss Midi-Py, miss vieille peau, miss gamine, tout ça tout ça… Aaah je suis ivre de bonheur.

Restez chez-vous !

Ça tombe sous le sens, mais pour la dépêche, il n’y a pas le moindre lien entre cette réduction des femmes à leur physique, cette occultation à peine voilée, et les représentations d’infériorités ou les violences faites aux femmes. Pensez donc, c’est tellement tiré par les cheveux. Néanmoins, La Dépêche a de la suite dans les idées. Après une disparition dans les journaux, il va de soi que les femmes doivent également disparaître de l’espace public.

dep1Ainsi, pour une affaire de viol à Toulouse, le journal a copieusement décrit l’acte dans les détails, au point qu’on se demande quel en est l’objectif. Comme l’évoque le planning dans sa réponse, cette affaire, si elle correspond à un stéréotype des représentations du viol, répond en réalité à un phénomène très marginal. Mais bon, ça fait du sensas’ hein ! On va pas parler des viols quotidiens qui sont commis en très grande majorité par des proches des victimes. Au fond, qui ça intéresse ?

Mais le pire, que le planning relève également, c’est cette conclusion « Régulièrement, à Toulouse, des jeunes filles sont victimes d’agressions sexuelles la nuit. Il leur est conseillé d’éviter de se promener toutes seules. » Et bim ! La solution de la haute autorité masculine de ceux qui pensent mieux que les autres vous dit de rester chez-vous ou d’être accompagnée. L’éternel phénomène qui considère que l’homme structure son environnement et le modèle pour lui, mais que la femme s’adapte. C’est aussi une manière de dire « Non mais allô quoi ? T’es une fille et tu te promènes seule dans la rue ! ». En gros « qu’est-ce qui t’es passé par la tête, ça t’apprendra ! » Ou « Vous voyez ce qui arrive aux filles pas sages qui sortent le soir ? ».

Bref, le non-dit, c’est que c’est encore la femme qui est mis en cause. Et que la page d’après, on aura toujours des filles nues pour vendre des haricots verts et les connards pour s’offusquer des réactions des féministes. Oh bah que voilà donc ?

Une histoire de braise…

Et rebelote aujourd’hui d’ailleurs ! Une entreprise ô combien inspirée a dû recruter un chargé de com’ en intérim qui a eu une idée ultra originale ! « Pour vendre mon charbon, je vais foutre une bimbo en petite tenue dans une position allusive ». Et oui, ça tient du génie ce dep2genre d’idée. D’ailleurs, c’est pour ça qu’on en voit partout, c’est qu’avec les hommes, vous êtes sûr que l’esprit créatif est à son comble.

Évidemment, des féministes réagissent, comme nous l’avions fait sur une autre pub, parce qu’on en a un peu ras-le-bol de ce genre d’images dégradantes pour les femmes. L’affiche montre une femme en décolleté, bas, mini-jupe et talons façon vieille pub des années 50 sur son barbecue. Enfin, le slogan est d’une richesse incroyable.

La Dépêche s’en fait l’écho sur un ton à couper le souffle. Les auteurs prennent parti avec la subtilité d’un ouragan sur la Nouvelle-Orléans. Le titre est déjà une blague potache qui donne le ton. L’analogie entre la braise et le feu qui pourrait mettre une femme en petite tenue est un classique des représentations machistes de la sexualité masculine (et plus largement du rôle des femmes dans la sexualité).

Le journal donne, dès l’introduction, un brevet d’affiche humoristique à la publicité. Il accorde  ensuite 3 lignes et demi d’explication aux féministes,  3 lignes à « d’autres femmes plus indulgentes » (notez que le mot indulgente est positif), puis la justification du directeur commercial (un homme si vous en doutiez) sur 12 lignes. Il précise d’ailleurs que des femmes faisaient partie de l’équipe et qu’elles en avaient apprécié « l’humour décalé ». Bref, un bulldozer de mauvaise fois accompagné d’un petit sondage orienté sur le site et de commentaires anti-femmes dont je vous fais un florilège :

  • « La raison première pour laquelle le féminisme parvient à présenter une image à la fois ringarde et détestable, c’est le manque d’humour des féminazies. »
  • « Encore des coincées du …, je ne vois rien de traumatisant sur ces affiches publicitaires. »
  •  « Ah ces minorités …. »
  • « Une femme capable d’allumer un barbecue ? Il n’y a pas dégradation mais revalorisation !!! Vous devriez être contente ! »
  • « 11eme commandement des doctrinaires féministes: tu ne banderas point! »

Ah, la poésie ! Opération masculiniste réussie pour La Dépêche. J’espère juste pour eux qu’il y aura une loi contre le sexisme avant qu’on réussisse à monter des groupes d’action chargés de défoncer la gueule à coup de barre de fer à ceux qui se permettent ce genre de chose…

Rien n’est perdu, l’histoire est lente !

Romain JAMMES

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10 réflexions sur “La Dépêche se lâche contre les femmes

  1. Je ne sais pas si tu as remarqué mais si un jour tu veux t’y coller, la Dépêche tient une rubrique blague sur son site internet (j’ignore si ces blagues sont publiées sur la version papier). Rien que cette rubrique vaudrait une bonne campagne de dénonciation pour en demander la suppression tant elle pue le sexisme.

  2. Merci Romain pour ce billet. Il est si difficile et tu le sais d’être féministe. On est tout de suite classée anti hommes. Un homme qui dénonce ce que ressentent les femmes est un vrai soulagement, et apporte plus de légitimité (si souvent remise en cause) à notre combat.
    Mais comment expliquer aux gens et aux femmes qu’être féministe c’est seulement une question d’égalité…
    Quand j’entends comme il a peu une femme faire un constat négatif sur une situation particulière féminine et se justifier en rajoutant « mais je ne suis pas féministe ».
    Etre féministe c’est caricatural ? Etre machiste c’est normal.
    la moitié de l’humanité écrase l’autre moitié et ceux qui s’en offusquent doivent se justifier ?
    Au secours « allo quoi t’es un humain et tu n’aimes pas l’humanité, allo » !
    Merci… à bientot sûrement

    Sylvie Vacher (pg33)

  3. Sous couvert de l’humour, les hommes et même parfois les femmes (ce qui est je pense le plus malheureux) véhiculent bien des messages sexistes et dégradant. Lorsque je vois par exemple que la publicité désigual qui a été censurée puisqu’on voyait un sextoy et que dans le même temps, bien d’autres spots qui transforment la femme en simple objet sexuel sont diffusés tous les jours sans le moindre problème, cela me choque.
    En étant soi disant dans une société où les mentalités évoluent, je suis étonnée que si peu de personne se rendent compte du machisme ambiant.
    Alors en plus lorsqu’on ose élever la voix comme tu le dis, on se fait directement traité de « féministe enragée emplie de haine envers les hommes » je trouve qu’il y a vraiment un poids deux mesure

  4. « J’espère juste pour eux qu’il y aura une loi contre le sexisme avant qu’on réussisse à monter des groupes d’action chargés de défoncer la gueule à coup de barre de fer à ceux qui se permettent ce genre de chose… »

    On se calme camarade. Ce genre de phrase décrédibilise ton propos (qui du fait de son manque de nuances est déjà pas très crédible). Alors du calme.

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