Le 5 mai pour une république féministe

Je trouve enfin le temps d’écrire quelques mots. J’ai l’impression de griffonner des notes sur du papier humide au fond d’une tranchée. On entend les obus siffler, le paysage politique est un champ éclaté et boueux, les gens y courent dans tous les sens. D’autres s’organisent, mais ce qui est perceptible c’est que la grande masse s’y perd.

Dans ce contexte, difficile d’avoir le cerveau disponible pour écrire. La créativité est aspirée dans la bataille, c’est une arme redoutable mais épuisante et c’est le blog qui en a fait les frais.

Le blog oui, mais pas son objet.

AgnesBihl

It happens again

Il se passe quelque-chose. On ne sait pas foncièrement quoi mais ça gronde comme un bruit sourd qui vient de partout. Un ronronnement qui fait monter la tension et alourdit l’atmosphère. On dirait ce silence avant le déluge, ce creux avant que la vague ne déferle et passe la digue. C’est comme la dernière inspiration avant l’effort.

Ce quelque-chose, ce n’est pas qu’une nostalgie de la Bastille du 18 mars qui refait surface comme un vieux film à la télé. C’est d’abord et surtout le fruit mûr d’un système politique qui a assit son identité en piétinant la souveraineté populaire. Gorgé de sucre, il n’a cessé de grossir durant ces années où un gouffre se creusait entre les citoyens et les élus, où la défiance grandissait à l’égard des institutions. Il s’est gavé de la sève d’une Europe autoritaire et brutale, parangon de la théorie du choc et des non-sens économiques. Trésor caché d’une poignée de financiers et d’élites politiques biberonnées au Friedman.

Il a grossit avec opulence narguant l’univers entier, pétrit de supériorité et de concupiscence. Convaincu de son invincibilité, le lourd poids de sa démence a cassé la branche qui le tenait. Maintenant, il chute en panique devant le destin qui se scelle.

De l’air !

On nous a souvent entendu dire que le pire n’était pas la crise, ce serait que nous n’arrivions pas à en faire un monde nouveau. Mieux, cela va de soi. Cette force qui monte des profondeurs n’est pas celle des timorés qui accrochent leur siège au train-train ministériel. Ce n’est pas celle de ceux qui grattent par-ci par-là des demi-demis (oui on dit quart)… je disais, demi-demi mesure en échange des plus grandes compromissions. Des logements contre la fin du droit du travail ? Quelques profs pour de syndicalistes en prison ?

Ce moment appartient à cette personne (nous tou-te-s) à qui trop de fois on a fait la promesse des lendemains qui chantent. Trop de foi moquée, méprisée, niée jusqu’à ne plus croire personne. Elle chie sur ces menteurs, et ces gestionnaires de force politique comme s’ils géraient un troupeau de chèvres à ne pas disperser.

Il faut de l’air ! Qu’ils dégagent. C’est son tir d’alarme qui sonne trop souvent comme un désespoir. Elle s’en est gorgée comme une biscote dans du café, dans l’anesthésie de la 5e République. Pas de pseudo moralisation, pas d’entente cordiale entre dirigeants politique sur des mesurettes de façade. Encore moins un référendum sur des questions bidons, vous y croyez vous ?

  • Êtes-vous pour la morale en politique ?
  • Est-ce que vous préférez que les politiques tiennent leurs promesses ?
  • Est-ce que vous voulez que les dirigeants politiques, bah genre ils s’occupent de vous ?

Non, il faut faire le ménage ! Et comme un symbole de l’asservissement domestique des femmes. Elles en sont des actrices centrales !

Une République féministe

La 5e République, c’est un peu le modèle familial patriarcal appliqué à la France. D’ailleurs la droite dit qu’il faut la « gérer en bon père de famille », c’est vous dire. Une poigne de fer, une logo_feminismegrosse paire entre les jambes et on essaye de garder la face quoi qu’il arrive. Mais pire que ça, c’est surtout une République d’hommes, en chaire et en os. Les hommes ont été et sont toujours omniprésents et inamovibles.  Ils cumulent 2, 3 ou 4 mandats, certains depuis 35 ou 40 ans. Ils sont entre couilles à l’assemblée, entre couilles au conseil des ministres, entre couilles dans les cabinets ministériels, entre couilles dans toutes les assemblées élues au suffrage uninominal. Les exécutifs importants sont des hommes, les présidents de conseil régionaux, conseils généraux et les maires sont des hommes. Les grands patrons d’entreprises publiques sont des hommes, les conseillers constitutionnels sont des hommes et j’en oublie.

Le coup de balai, c’est socialiser la richesse et socialiser le pouvoir. Foutre dehors ceux qui le tiennent depuis des années, imposer des scrutins qui permettent l’accession de femmes au pouvoir et globalement des institutions plus représentatives. Le coup de balai, c’est aussi prendre le taureau par les cornes et supprimer toutes les subventions aux partis qui ne respectent pas la parité, menacer toutes les grandes et moyennes entreprises de dissolution ou d’expropriation en cas de CA non-paritaire ou d’inégalités salariales. C’est sanctionner le sexisme ordinaire comme la publicité, aussi durement que le racisme. C’est refondre une école qui n’apprend pas un modèle de domination masculin ou hétéro-normé.

Faire table rase et refonder un monde nouveau, c’est l’affaire de tou-te-s donc c’est l’affaire des femmes !

Romain JAMMES

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos soeurs séparées.

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble, on nous opprime, les femmes
Ensemble, Révoltons-nous !

Dernier refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !

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9 réflexions sur “Le 5 mai pour une république féministe

  1. Effectivement, Romain, tu tardais un peu, mais tu es tout pardonné avec ce bel article posté. D’une ignorance crasse, je ne connais pas le chant qui clos l’article. Quel en est l’air?

  2. « Jouissons sans entraves » oui , et aussi aimons sans entraves –
    ( qui sait encore aimer ? )
    Respectons sans entraves , vivons en paix sans entraves , rions sans entraves , soyons mortels sans entraves , partageons sans entraves –
    Ce n ‘ est pas que le chant des femmes , celui des hommes aussi –
    Soyons masculinistes sans être machistes , fémininistes sans être féministes –
    Hétéros ou homos en nous réjouissant de la diversité –
    Faisons cette société que nous désirons sans ces cons et connes qui n ‘ y comprendront jamais rien , ne le voudront jamais et n ‘ y auront jamais leur place –
    LovE –

    • C’est un peu long, mais tant pis ! je t’envoie ce texte qui fait partie (qui fera peut-être un jour partie!) d’un ensemble que j’intitulerai « le temps de l’agir ». Il me semble être une des réponses aux « cons et connes qui n’y comprendront jamais rien » parce que je pense qu’il suffit souvent qu’Un ou Une trébuche et se relève, et regarde, et décide de jeter le cri qui réveille.

      Le souffle du refus

      Ils marchent – têtes baissées – du même pas traîné
      Seuls.
      Dans une clameur de cris qu’ils n’entendent pas.
      Prisonniers assourdis
      Seuls dans leurs corps.
      Inconscients de l’autre, inconscients d’eux-mêmes.
      Rien n’existe hors leur marche – lasse, lente –
      Rien ne vit, pas même ces corps qui marchent.

      Seul le rythme régulier
      Du pas tiré au pas traîné.

      Un cri plus fort, plus clair. Audible ?
      Un seul mot
      Non !

      Et l’un sursaute, rate un pas
      Etonné.
      Ce corps-là s’arrête ; bousculé aussitôt. Et tombe.
      Deux, vingt s’écroulent.
      Des pieds, des mains, simples mécaniques animées sans conscience,
      Relèvent les corps qui reprennent la marche
      Têtes baissées, du même pas traîné.

      Seul un !
      Les pieds, les mains mécaniquement animés, il reste accroupi.
      Le mot de nouveau fuse
      Non !
      Non ! murmure celui qui vient d’entendre
      Comme en écho, simple souffle.
      De vie !

      Il se redresse lentement, bousculé, retombe, et se relève encore.
      Il reprend la marche, les yeux ouverts, étonnés.
      Lentement il glisse vers le bord de la longue file.

      Il est là. A la limite, entre les corps, et rien.
      Rien ? Ou plutôt, l’ombre, le brouillard,
      Mais aussi la certitude que l’ombre peut s’éclaircir
      Que le brouillard cache à peine la lumière
      Qu’il peut tendre le bras. Et toucher !

      Maintenant, il entend les cris qu’il ne comprend pas.
      Il comprend l’appel, sans déjà l’entendre.
      Il sait que là, à côte, une autre marche existe
      Qu’il ne voit pas.
      Une marche de vivants. Dont la tête est droite, le regard voyant.

      Il entend. Il écoute. Il apprend.
      S’il suit la marche, c’est que, désormais, il le veut désormais. Il le doit.

      Fatigue, pierres, embûches
      Peu importe, il avance dans cette marche parallèle.

      Il devine l’horizon par-delà les hommes en marche.
      Il suit la promesse de lumière.

      Il avance.
      Jusqu’au bout de sa force.

      Dans un ultime souffle de vie
      Serein – il s’arrête
      Si près de la foule étrangère dont il était hier.
      Dans un dernier effort, il regarde ceux qui marchent têtes baissées.

      Et il hurle
      Non !

      La tâche est accomplie
      Dans la foule inconsciente, un homme a entendu.

      Josiane Romero
      Juin 2008

      • Merci pour ton beau texte –
        Mais t ‘ inquiètes , je pense pas du tout qu ‘ il y a que des cons – Il y en a heureusement de vraiment merveilleux-ses !!
        Quant aux autres , c ‘ était juste pour dire que je suis persuadé qu ‘ il y a des gens qui ont et auront toujours des valeurs totalement différentes ( des vrais méchants-tes , comme il y a des vrais gentils-lles ) et qu ‘ avec eux,elles , il ne sera JAMAIS possible de construire le monde que nous voulons –
        Comment espérer une démocratie avec des gens qui ne veulent pas et ne voudront JAMAIS partager ?????
        ( et ils-elles sont légions ici en occident !! )
        Je veux bien qu ‘ on m ‘ explique . . . . . .

  3. Les femmes du MLF ne manquent pas d’humour, y compris à leur égard, ou plutôt à l’égard de leur propre discours. Ainsi, cette « complainte » qui reprend le style de la complainte traditionnelle, nombreux couplets et sujet mélodramatique. Qui en est l’auteur ? Selon certaines, c’est l’écrivaine Christiane Rochefort, très active dans le MLF dès ses débuts. Elle retrouve là, dans les AG, les réunions, les discussions un écho à sa révolte et à celle des personnages de ses romans. Selon d’autres, l’entreprise aurait été plus collective. Quoi qu’il en soit, cette « complainte » reste un morceau d’anthologie qui mêle réalisme, humour, auto-dérision !

  4. Pingback: L'art et la manière | Pearltrees

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