On a testé pour vous : Les femmes objets

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Peut être que quelques uns d’entre vous sont au courant mais la semaine dernière nous étions, avec Romain de retour sur Paris. Enfin « Paris », il faut le dire vite. Pour être plus précis, nous sommes retournés dans notre banlieue natale : l’Essonne. Comment vous dire ? L’Essonne c’est sympa, soit on profite du calme de sa campagne, de ses bois, de ses marais et on s’emmerde, soit on zone sur les avenues et les dalles pour s’emmerder aussi. Pas l’ombre d’une expo, d’une pièce de théâtre ni la rumeur d’un concert un peu rock’n’roll. Alors après avoir apprécié les retrouvailles familiales et leurs interminables repas, le seul espoir de trouver l’inspiration, la poésie, la muse pour nous accompagner dans notre lutte permanente, était de monter dans le premier omnibus.

Nous étions donc partis pour une journée Q. ulture (oui! Avec un gros Q) sur Paris. Au programme: l’expo Dali au centre Georges Pompidou. Frais et dispo pour accueillir dans nos encéphales les dégoulinantes peintures de Dali vues mille fois, nous marchions d’un pas décidé en direction du bâtiment aux gros tuyaux. Mais là, ce fut la désillusion. Nous avions oublié que dans la ville lumière, il fallait obligatoirement se farcir 3 heures d’attente et payer 10 euros pour voir une exposition sur artiste un peu reconnu.

SONY DSCPour la suite, je ne sais pas si vous avez vu la Haine de Mathieu Kassovitz mais ça ressemble un peu à ça. Nous déambulions comme trois banlieusards perdus dans cette ville à l’architecture bien plus chiadée que nos zones pavillonnaires et nos barres de bétons. C’est donc presque honteux que nous avons échoué aux Musée d’Art Moderne. Un coût d’œil au prix, trois euros. C’était raisonnable, nous sommes donc rentrés sans savoir ce qui nous attendait. Elle était là, au détour d’un escalier glauque tapissé par le visage de cette femme aux lèvres énormes. Il y avait une tête penchée et un de ces regards qui dérange. En fond sonore, pétardait une musique punk à nous jeter sur un trottoir comme de vulgaires objets. Le décor était planté, l’expo pouvait commencer.

Linder : femme/objet

Linder, c’est Linder Sterling une fabuleuse artiste âgée aujourd’hui de 59 ans. Femme/objet, c’est le nom de cette rétrospective des 35 ans de travail artistique et de lutte contre les représentations asservissant les femmes. Le concept est clair dés le début, il faut choquer, déranger pour nous faire réfléchir et remettre en cause nos propres représentations.

Un art subversif

Linder8Comme je vous l’ai dit, l’exposition démarre sur des chapeaux de roues. La musique de Ludus le groupe punk de Linder, à fond donne une allure tout à fait intéressante aux premiers clichés exposés. Des hommes et femmes du Dickens Bar, un club transformiste de Manchester, défilent le long d’un couloir complètement noir. Les sourires et les rires apparaissant sur les photos, les dessins de masturbation féminine et les cris de douleurs poussés par la musique, nous donne un cocktail assez explosif. Se déguiser, danser, chanter, se faire plaisir, devient alors à la fois un moyen de s’amuser, de se libérer et d’exprimer sa rage contre les représentations genrées que nous imposent la société patriarcale. Il devient important d’être ce que l’on veut, que l’on soit heureux ou malheureux sans être discriminé, exclus ou persécuté.

Linder1Au fond du couloir, sont exposées sous le regard d’une petite bourgeoise ballonnée par du cellophane, les pochettes des vinyles confectionnées par Linder parmi lesquels nous pouvons retrouver le jaune et rose du « never minds the bollocks » des sex pistols. A côté, des masques de carnavals un peu spéciaux sont placés sur des têtes de mannequins. Ces soutiens-gorges dans lesquels ont été fait des trous pour les yeux et auxquels ont été rajouté des chaines, symbolisent avec brio l’enchainement des femmes à leurs propres corps. Dans chaque sphères de la société, les femmes sont constamment réduites à de simples bouts de viandes. Dans l’espace publique, elles sont partout placardées nues pour nous vendre tout et n’importe quoi. Au boulot, elles sont sous-payés parce qu’elles peuvent pondre des chiards et passer leurs temps en congés maternités. A la maison, elles n’existent que pour enfanter, allaiter ou contenter les désirs d’un mari insatiable. Et c’est donc pour malmener cette image de la femme que de derrière le rideau d’où provient cette musique punchie, nous sont projetées les images d’un concert. Linder porte alors une robe de viande qu’elle finit par enlever pour exhiber un impressionnant gode-ceinture, faisant de cette manière un beau pied de nez à la phallocratie.

Des photomontages pour déconstruire les représentions de la femmes qui nous sont imposés


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nsuite, on change un peu de décor. Les photomontages pour lesquels Linder Sterling est devenue célèbre, sont exposés sur des murs d’une éclatante blancheur. La musique surexcitée s’estompe petit à petit, mais les œuvres restent tout aussi chocs. Des corps de femmes dont les têtes ont été remplacés par des objets de vie courantes, nous rappelle qu’encore aujourd’hui 80 % des taches ménagères sont effectuées par les femmes. Ces corps mutilés ou tout simplement entravés comme de vulgaires rôtis, sont tout aussi terrifiants qu’ils témoignent avec justesse de l’horreur des violences que subissent quotidiennement les femmes. L’effet est immédiat sur les spectatrices et spectateurs de ce cirque des curiosités, des « Oh mon Dieu » et des « Quelle horreur » surgissent des bouches ridées des couples d’octogénaires. Le pari est réussi pour Linder.

Les photomontages suivants sont beaucoup moins trash, au grand bonheur des petits vieux. Les corps loin d’avoir été violentés correspondent en tous points au corps idéal vendu dans les magazines « féminins ». Mais sur les têtes, ce sont des fleurs ou d’énormes lèvres pulpeuses qui y sont collés cette fois ci. Une série de clichés attire particulièrement l’attention du public. Linder s’est encore mise en Linder 2scène. Devant l’objectif du photographe Tim Walkers, celle-ci pose en ménagère parfaite. Son costume, des sous-vêtements transformés en habit du quotidien, ses accessoires (aspirateurs etc..) et les collages de roses remplaçant tour à tour sa tête, ses seins et son sexe, révèlent dans ce coton de couleurs pastelles ce que nous imaginons de la vie des femmes dans leurs foyers. Cette légèreté de vie tournant autour des romans à l’eau de rose, du ménage et de la satisfaction de combler un mari, nous sussure à l’oreille, sans choquer, cette forme d’aliénation pouvant être complètement intégrés par ces femmes.

En faisant s’accoupler différents magazines et des négatifs récupérés dans les poubelles, Linder reconstitue avec son scalpel un véritable puzzle. Ses photomontages sont un moyen de déconstruire la manière dont d’autres nous imposent leurs visions du monde et de la femme dans ce cas précis.

Un portrait de nos productions pornographiques

Malheureusement pour les octogénaires, l’exposition ne s’arrête pas là. La suite, comment vous dire ? Elle est hard-core. Rien que d’y penser, j’en n’ai encore des haut le cœur. Je ne suis déjà pas fan de pornographie, ni de gâteaux à la crème et encore moins de zoophilie, alors les trois mélangées je vous laisse imaginer. Les scènes proposés doivent d’ailleurs ressembler de près ou de loin aux fantasmes du footballer M’villa friand de prostituées de 16 ans. Les visiteurs divaguent entre d’immenses photos de femmes nues recouvertes de crèmes et d’image de cobras sortant des vagins, mais ne s’attardent pas trop. C’est dommage, car beaucoup on dû raté l’accouplement effectué par Linder entre Elle et Playboy montrant la similarité des représentations véhiculés par les deux magazines.

Au final, c’est dans une salle obscure où les derniers photomontages pornographiques sont rétro-éclairés à la manière des affiches publicitaires de Pigalle, que l’on comprend ce qu’est Linder. Linder, c’est un témoignage plein d’humour de notre société de consommation complètement pornographe. C’est une subversion brillante d’une vision kitch et misogyne de la femme. C’est le portrait de notre aliénation et des dérives de notre société mélangeant capitalisme et patriarcat.

YAGOUBI Florian

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3 réflexions sur “On a testé pour vous : Les femmes objets

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