On a testé pour vous : avoir un pote qui se marie…

Tout le monde s’est fait une sorte de rétro-planning de sa vie d’adulte un jour ou l’autre. C’était enfant quand on se demandait ce qu’on ferait quand on serait « grand ». C’était à nos premiers amours de récréation où on projetait notre vie familiale avec chien, chat et grosse voiture. C’était avec la première, allongés dans les hautes herbes à choisir les prénoms de nos enfants, et se raconter notre vie comme un conte de fée qui n’a jamais existé.

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Moi j’ai adoré, j’adore toujours d’ailleurs. Je me prends toujours à imaginer ce que je ferais quand je serais grand, à penser une vie de famille avec cette fille dont le souffle paisible et endormi soulève à rythmes réguliers les draps colorés de ma chambre. Le hic, c’est que j’ai 25 ans, et que cette fille, c’était pas la même la semaine dernière, et il y a toutes les chances pour que ce soit pas la même la semaine suivante. Jusque-là, tout va bien sauf que… j’ai un pote qui nous annonce :

« On va se marier !

Tout le monde – putain cool ! » Grand silence

Une pote : « merde ça fait flipper…

Tout le mondeGrave, c’est ouf’, on en est où nous ? »

Le grand flash-back

Ça fait comme un électrochoc, on s’imagine sur la table de réanimation avec Perry Cox de Scrubs qui vous dit « bienvenu dans la réalité chéri ». Le réveil est rude et la machine à (trop) penser recompose les éléments de ces dernières années. Cette fille, mon pote l’a rencontré à la fac, je m’en souviens comme de ma première cuite. Depuis ils se sont jamais quittés. On le voyait moins aux soirées, généralement pas seul, et il restait dans un état étonnamment correct. Ma copine de l’époque, j’ai dû la quitter parce que je voulais changer, ou parce qu’elle voulait m’accaparer et que j’étais pas vraiment prêt. C’est peut-être même pour des raisons 258996_4JGWSEGMXJHAXVOZQKH7K2B7QII7S7_1938_pd1_H193026_Lpurement sexuelles, quand ça colle plus ça colle plus non ? Eux, ils ont résisté à tous les tsunamis. Ils avaient p’tete raison en fait.

Depuis, nos chemins s’étaient séparés, un appart à deux, un master qui l’a éloigné, quelques « j’aime » sur facebook histoire de se rappeler que l’on s’oublie pas. Toutes ces années, le couple a survécu, j’en suis presque impressionné. Elle finit ses études, lui, a décroché son CDI il y a un an après des études sans accroc. Moi depuis, j’ai changé 3 fois d’orientation, j’ai vogué entre salarié étudiant, précaire, hyper-précaire, travailleur pauvre, chômeur ou volontaire en service civique… J’ai été le roi du mode Parisot : travail précaire et amour précaire. Les courants d’air sous ma couette me glacent soudainement les pieds. C’est que parfois j’aurais voulu qu’elles y restent, et que parfois j’ai été trop exigeant.

Avec cette claque j’ai l’impression d’être plus proche de la trentaine que de mes 20 ans. Ah putain ! Mais c’est le cas… Est-ce que je suis un vieux con ?

Avoir 25 ans et toutes ses dents

À 25 ans, j’ai vieilli à géométrie variable. J’ai fini mes études mais j’ai le travail en dent de scie. J’ai quitté y a bien longtemps le foyer familial, mais je suis toujours en colloc’ et j’ai emménagé à Toulouse sur un coup de tête. J’ai mon permis mais ça fait quelques mois, une voiture depuis quelques jours grâce à mon premier revenu au-dessus du SMIC. J’ai l’impression d’être le roi du pétrole, mais je sais que ça durera pas.

Des copines, j’en ai eu beaucoup, parfois ça a duré quelques mois, d’autres quelques semaines, souvent même ça n’a jamais vraiment commencé. J’arrive à m’imaginer des années avec certaines, les autres, j’espère qu’elles s’imagineront rien le lendemain. Les trentenaires m’ont souvent l’air de vieillards, les étudiants de gamins. Il m’arrive de proposer « ce soir on fait une bouffe tranquille à la maison avec des amis ? » Mais 3 fois sur 4 ça fini à 6h du mat’ sur Sexy Sushi. On met toujours la misère aux jeunes qu’on croise en soirée question endurance. Et j’arrive pas à prévoir mes fêtes plus de 3 jours à l’avance.quand_je_serai-51aa2

Bref, je sais plus vraiment ce que je suis, un vieux qui n’a pas grandi ou un jeune qui a déjà vieilli. J’ai 25 ans, l’âge qui ne veut plus rien dire. Et le mariage de mon pote me rappelle que je nage en plein océan sans savoir où est la côte.

Question de modèle

Mais tout ça, c’est une question de modèle. La famille prend des nouvelles à chaque rendez-vous. « Alors, une copine ? » « Oui, non, peut-être, je suis pas sûr, ça dépend. » la réponse change à chaque fois et laisse tout le monde sur sa faim, moi compris. La pression est gentillette aujourd’hui, on sait que ça n’a pas toujours été le cas. Mais les cousins, cousines et petite sœur ont l’air de s’y conforter en bons élèves. Au fond on aimerait voir la fierté de nos grands-parents, leur offrir une certaine confiance sur notre avenir avant qu’ils n’aient plus l’occasion de le voir. On aimerait redonner l’amour qu’on nous a donné enfant, partir dans une nouvelle aventure qui rompt avec la boucle sans fin du jour le jour.

D’un autre côté, la vie nous lance le défi de l’insouciance. Le modèle qui fait sauter les cadres mais qui est parfois un cadre tout aussi oppressant. C’est l’enivrement de l’inconnu qui se renouvèle en permanence, l’anti-modèle de nos parents qui nous a semblé si ennuyeux des années durant. C’est se défouler jusqu’à l’aube, se lever après 2 heures de sommeil pour profiter de la journée et recommencer le soir même. C’est la tête qui 2009-04-26_lecrapaud-liniger_serai-vivanttourne quand on danse avec une inconnue, les rires à en pleurer avec beaucoup de nouveaux amis.

Mais c’est aussi se sentir seul dans une immense fourmilière, manquer d’appui en pleine montagne russe. Ne rien prévoir ce n’est pas qu’un choix, c’est aussi la contrainte du quotidien dans ce monde qui va à mille à l’heure, qui précarise tout et tout le temps, du monde du travail à la vie privée. Ralentir c’est risquer de tomber, voir le train passer, rester au bord de la route. Il y a l’horreur de cette hypocrisie quotidienne, ceux qui ne vivent que pour montrer qu’ils mordent leurs journées à pleine dent : le trip « m’as-tu vu ? » parfois plus conformiste que la famille catho-proprette. Elle se mêle à la peur du regret qu’on voit dans les yeux de beaucoup. Le regret d’avoir déjà cette vie derrière, de ne penser « au bon temps » qu’au passé et de s’aliéner au dépend de ces plaisirs si simples.

 

Le mariage de mon pote, c’est une merveilleuse nouvelle. Lui a trouvé sa voie et ça me fait vraiment plaisir. Plus que la liberté d’être au milieu de l’océan, j’ai l’impression que les jeunes d’aujourd’hui sont tiraillés entre deux modèles très restrictifs. Ils sont pris entre deux feux nourris et les prises de conscience sont déstabilisantes.

Finalement mes rétro-plannings ont eu tout faux. Mais c’est pas bien grave. Des déclics me feront bouger d’un côté ou de l’autre, des rencontres peut-être. L’essentiel c’est de kiffer ces repas entre une dizaine d’ami-e-s et ces soirées qui laissent de très vagues souvenirs sans compter ni les années devant, ni celles derrière. Mêlons les soirées Playstation, aux réunions interminables, les litres d’alcool avec les pièces de théâtre.

On a testé pour vous, avoir l’âge de ne pas en avoir.

Romain JAMMES

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=tvY7Nw1i6Kw]

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9 réflexions sur “On a testé pour vous : avoir un pote qui se marie…

  1. Putain ce que c’est beau, la plume de Romain Jammes…
    Et c’est vrai que çà fout les boules quand un ou des potes t’annonce qu’il se marie.

    Mais si l’amour rend aveugle, le mariage lui rend la vue…

  2. « tiraillés entre deux modèles très restrictifs »
    Tout à fait.
    Moi c’est la meilleure amie enceinte.
    Ça me fait peur parce que j’ai encore le temps de douter sur ma conception de l’amour, du couple, je sais que ça sera long et compliqué.
    Mais je veux un enfant, j’en veux un pas trop tard.

    J’ai choisi des options précaires. Je suis intermittente du spectacle.
    Je me sentirai toujours précaire dans mes relations.

    Comment voulez-vous faire un enfant dans un monde précaire, dans une génération précaire, quand vous êtes vous-même quelqu’un de précaire ?

    Vous avez 5 ans.

    J’admire les gens qui ont préféré construire. Payer le prix qu’il faut pour se barricader. Ceux qui ont réussi à tenir. A accepter de renoncer à tout le reste.
    Mais moi je n’arrive pas à renoncer. A faire quelqu’un chose qui ferrait que tout n’est plus possible.

    Ton billet résume en fait tout à fait ma névrose, tiraillée entre deux modèles très restrictifs.

  3. salut mec,
    J’ai 25 ans et je suis plutôt précaire sur le plan personnel et professionnel.
    juste un petit message pour te dire que tes textes et surtout celui ci colle bien à ce que je vie. C’est donc un plaisir renouvelé que de te lire.

  4. Ha ha! Un peu tristounet ce billet.

    Selon moi, la construction n’est pas une voie à chercher ou à trouver, ce n’est pas un but à atteindre. La construction se constate.
    « Je me pose aujourd’hui, je regarde où j’en suis et ce que j’ai construis en me disant: Hey c’est déjà pas mal tout ça. »
    De la construction, il y en a toujours, dans tous les domaines, il suffit de ne pas mettre derrière ce terme un certain modèle de vie mais surtout de ne pas la penser, tout simplement.

  5. Eh ça va pas non ! A 25 ans, l’avenir est devant et tout à construire et TOUT est possible. Carpe diem, bordel ! Faut pas courir après le vent, on ne le rattrape jamais, faut vivre le temps présent à pleines dents. Ca fait des émotions et des souvenirs à chaque pas. On engrange et ça construit. Ca grandit quoi !

  6. Bonjour ,
    je découvre votre site sur lequel j ‘ avais déjà donné un coup d ‘ œil : très sympa – et plutôt assez lucide – ouf , tout espoir n ‘ est pas perdu ! –
    Enfin des gens qui s ‘ intéressent à la culture – Là c ‘ est effectivement une sale histoire , patron !!! – effectivement , tant qu ‘ on ne libèrera pas la culture , on ne saura pas pour quoi on se bat / et pas seulement pourquoi on se bat ! – La situation est en effet assez critique !! Le paysage culturel est livré à la quasi seule marchanderie , et bien tenu en mains par les tenants de cette histoire abjecte – Et tous les punks , rockers ,et révoltés , etc , du coin ne font guère que dire pourquoi ils se révoltent – mais quère pour quoi !!
    Il faut dire que tout est encore tellement non dit !!!
    Comme cette histoire de mariage-or-not-mariage –
    Je n ‘ ai pas à faire le malin : il m ‘ aura fallu attendre 55 ans pour y voir un peu sereinement ce méli-mélo ! –
    A mon sens cette noble (?) institution cache – car elle ne l ‘ exprime que si pauvrement – le simple désir d ‘ une relation d ‘ amour et de désir exclusive et  » éternelle  » –
    Encore faudrait-il dire les conditions et les rêves d ‘ une telle relation –
    Là dessus le dit-mariage est d ‘ un silence assourdissant –
    Tout au + parlera-t-il de  » pour le meilleur et pour le pire  » , ce qui est déjà une erreur fatale : le pire ne pouvant être que  » le pire pour le meilleur  » –
    Et que dire de la jalousie ? de son corollaire indispensable la Liberté ??
    Je ne développerai pas ici ce qui est indispensable de lucidité sur ces questions capitales , pour peu qu ‘ on soit concerné par ce mode d ‘ Amour , mais voilà , je le dis , et il y a d ‘ autres dimensions à tout çà , et , aussi , n ‘ en doutons pas , d ‘ autres façons de vivre –
    Je glisse entre 10 lignes le lien vers mon très modeste petit site , qui vous apportera peut-être 2 ou 3 éléments de + .
    http://mondeindien.jimdo.com/
    ( et je serai heureux si vous me retournez quelque avis ) –
    J ‘ en profite enfin pour vous livrer mon avis sur la question des Femen :
    bien qu ‘ ayant lu comme tout-un chacun dans la presse leurs faits d ‘ armes , je n ‘ ai pas approfondi la question et je veux bien croire ce que vous dites de la superficialité de leur engagement –
    Pour autant je sais qu ‘ il ne faut pas laisser gratuitement aux détenteurs de la marchanderie ce que nous avons chacun,e de sexualité : si ces derniers utilisent notre merveilleuse sexualité à fins mercantiles , viles , notre vie et passion sexuelle , restent merveilleuses – et non-mercantiles –
    Les Femen recherchent sûrement ces buts-là aussi –
    En fin ,
    parlons aussi de ce qui n’ es t pas que le sexe , je veux dire , l ‘ amour ( qui est aussi le sexe ) –
    On appelle ça aussi l ‘ affection –
    Dans notre culture Française , et peut-être dans toutes cultures , nous dissocions facilement le sexe et l ‘ amour –
    ( bon , j ‘ arrête , affaire à suivre / je vs en dirai + )

  7. Bonjour! Juste pour te dire que je trouve ton blog vraiment sympa. Les artciles sont rédigés avec bcp de soins et sont la pluspart du temps très pertinents.. j’aimerais bien avoir la même inspiration 🙂 J’édite moi aussi un blog .. a bientôt, Julie

  8. Pingback: Je ne donne plus mon sang… | L'Art et La Manière

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