Devinette : Qui ose tout et va se prendre une claque dans la gueule ?

Ça y est, on a atteint un point de non-retour. Vous savez celui de l’anémie politique organisée, qui s’infiltre doucement dans vos esprits. À petits pas, il entre. Il ne dit pas son nom ni ne résonne comme les bottes des SS. C’est le moment où on peut dire tout impunément, sans esclandre social, sans qu’on se dise « bon là ça mérite un bourre-pif » ou « Tu pousses le bouchon un peu loin Maurice ».

coup de poing

On en avait déjà quelques démonstrations, entre les propos racistes de Hortefeux, l’homophobie hallucinante de nombreux députés ou les points Godwin récurrents quand tout ce beau monde parlait de Mélenchon. Je me disais qu’y avait déjà une anesthésie de la partie du cerveau spécialisée dans l’esprit critique, ou dans certaines notions de réalité. Peut-être une anesthésie générale des cellules grises de quelques élus. Je m’imaginais bien une invasion extraterrestre qui prenait d’abord soin de rendre débiles tous ceux qui nous dirigent. Je note pour mon prochain scénar catastrophe.

Mais pas de ça entre nous, non je connais bien les Alien et c’est des gens très sympa. Ce qui se joue, c’est un recul idéologique qui autorise certains à dire des choses comme ça…

Titan et ses chinois à 1 euro

Le patron de Titan, c’est celui qui veut laisser tomber la reprise de Goodyear. Vous comprenez bien, s’il veut abandonner c’est parce qu’il bouffe des pâtes depuis 2 ans et qu’il a du retard sur son loyer, donc il lui faut de l’ultra rentable à monsieur. Comme les salariés montrent les grosses dents et qu’ils commencent à converger avec d’autres dans la même situation, Montebourg la joue super-héros et envoie une lettre au dit patron en lui demandant d’essayer de trouver une solution « siteuplé ». La raclure (euh le Maurice Taylor)379216_164295097053694_317838092_n lui répond d’une lettre cinglante du genre qu’un ado pourrait écrire en pleine crise à ses parents.

En substance ça donne quelques phrases particulièrement intéressantes :

  • « J’ai visité cette usine plusieurs fois. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures »

Sur le coup ça fait peur. Sauf que ce qu’a découvert Maure Taylor, c’est le ralentissement de l’activité qui avait déjà commencé dans l’entreprise. En gros c’est comme si l’entreprise foutait au chômage technique ses employés, puis leur disait « de toute façon vous en branlez pas une » pour les mettre sur le carreau. Évidemment la presse hautement qualifiée ne relaye que cette partie là. De l’anti-syndicalisme de base, c’est toujours bon à prendre. Cependant on trouve aussi :

  • « Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. »

Au moins ça c’est dit. Vous me direz, on pourrait presque le remercier d’être honnête. Il reste que si le projet de Titan c’est de faire travailler des chinois à 1 euro l’heure, c’est pas les 35h, les congés payés ou les tickets resto qui lui posent réellement problème : c’est la dignité humaine. Alors plus que des normes bidon voire un petit protectionnisme timide, il seraitGoodyear temps de se dire qu’on pourrait tout simplement interdire ces marchandises en France. J’ai pas encore parlé de foutre le patron en prison mais bon…

Montebourg, un peu remonté, a répondu. Le discours sonne bien. C’est marrant, les gouvernements successifs passent leur temps à nous dire qu’on vit au dessus de nos moyens et que la France s’effondre. Ici, c’est un peu l’inverse, et on se demande si le coup du bureau des pleurs sur notre économie ça sert pas systématiquement à nous la mettre à l’envers. Il n’en conclut pas moins en félicitant l’accord MEDEF/MEDEF : c’est chou.

Un peu penaud, Maurice Taylor a calmé le jeu, il a dû retoucher terre quelques secondes. Mais derrière ces demi-excuses, reste un message clair qui illustre parfaitement la guerre de classe qui se joue dans cette affaire et le mépris des ouvriers :

  • « J’ai proposé une garantie sur 2-3 ans. Mais le syndicat est idiot. Il ne comprend pas que si j’investis des millions dans une usine, si je forme des équipes, ce n’est évidemment pas pour plier bagages deux ou trois ans après. » M. Taylor n’est peut-être pas au courant que ça fait quelque temps qu’on fait des promesses à de nombreux ouvriers, qu’ils en viennent à travailler plus, pour moins, et qu’au final ça change rien à leur siège éjectable.
  • « Le gouvernement aurait dû expliquer que le profit n’est pas un mot dégoûtant » Ah, mais manifestement les droits sociaux des salariés le sont : « Le problème est que les Français sont trop chers à cause notamment de leurs avantages sociaux »
  • « J’aime la France. J’aime les femmes françaises. » Même sa conclusion censée nous faire plaisir mérite une baffe. Non vraiment, on peut le laisser aux chinois.

Le Cynisme de l’Élysée

Bon les grands patrons c’est une chose, mais le drame de notre époque, c’est que les gouvernements aussi sortent des énormités. Le pire, c’est qu’ils ne s’en rendent pas compte. Hollande vient fanfaronner en Grèce alors que s’ouvre une énième grève généraleathenes_grece_acropole_garde911 contre l’austérité. Là-bas, la misère se répand, la colère se mélange à l’écœurement de voir tout un pays tomber en ruine. À contrecœur de nombreuses familles partent : c’est du jamais vu.

Pourtant les méthodes ne changent pas : coupes budgétaires, gel des salaires, suppression d’acquis sociaux, et privatisation. Au final, le remède rend plus malade, mais on le prend toujours en exemple. C’est la vieille méthode de la saignée. Vous êtes malade, une petite saignée ! Vous êtes encore malade, c’est qu’elle n’était pas suffisante.

Dans ce contexte là, Hollande vient en charognard quémander les marchés publics. Ça on aurait l’habitude, mais c’est clairement annoncé, comme un défi lancé aux grecs :

  • « Ah vous pensiez qu’on venait pour vous aider ? Ah non mais y a un gros malentendu, on vient pour s’occuper de vos restes ! »

tweet

Le tweet de l’Elysée est symptomatique : « La Grèce a décidé d’un programme de privatisation. Les entreprises françaises seront présentes, car elles ont l’expérience du service public. » Il faut oser non ? Il y a 3 éléments importants dans ce tweet et ça dit tout :

  • « La Grèce a décidé… » Déjà c’est faux. C’est la troïka qui impose l’austérité à travers des menaces, et des contournements très clairs des mécanismes démocratiques.
  • « Les entreprises françaises seront présentes » Donc ça c’est le côté charognard, genre « Laissez m’en une part putain ! »
  • « Elles ont l’expérience du service public » Evidemment, nos entreprises avec cette expérience elles doivent savoir gérer comment on démantèle un service public. Ca me rappelle Alliot-Marie qui proposait à Benali nos forces de l’ordre et leur expérience.


Bref, qui c’est qui va se prendre une claque à force de dire (et faire) des bêtises ? Ces grands patrons et ces gouvernements. Car l’autre point de non retour c’est la rage que vous concentrez : vous êtes les responsables, les organisateurs de la misère ! Tout le monde le sait, votre pouvoir ne tient qu’à l’illusion qu’il n’y aurait pas d’alternative, qu’à l’exacerbation de l’individualisme alors que vous combattez groupés et en ligne.

La claque viendra et elle frappera fort.

Romain JAMMES

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6 réflexions sur “Devinette : Qui ose tout et va se prendre une claque dans la gueule ?

  1. aaah, ça fait du bien de lire tout ça. On se sent moins seul.
    Entièrement d’accord avec vous, on espère que la claque pour le pouvoir actuel viendra vite et forte, rouge et verte.

    Merci pour votre blog qui redonne des forces.

  2. Beaucoup de gens sur twitter ont salué la lettre de Montebourg en réponse à au patron de Titan. Mais personne n’a relevé que Montebourg ne prend à aucun moment la défense des ouvriers et des syndicats insultés par ce patron. Sans compter que Montebourg, du coup, ne rétablit même pas les faits concernant leur situation dans l’entreprise. Ce qu’il aurait dû faire, au minimum.

  3. Dire que « mauricio » nous dit que, temps que de syndicat peuvent dire NON ! Il ne travaillera pas avec des « gens comme ça ! » (communistes etc…)
    Donc l’extrémiste de l’exploitation de la misère (chinois a 5€/J) nous donne des leçons de vie et l’on apprends qu’il s’appel Maurice grâce ( ou à cause !) Maurice Chevalier !
    Ça laisse rêveur sur la vision américaine du monde non ?!

  4. Juste une petite erreur : c’est pas Lagarde qui proposait ses services à Benali, c’est Alliot Marie, mais bon, on s’en fout, c’était les mêmes merdes !

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