Les 35h ne sont pas un tabou : c’est encore trop !

Franchement je suis un type bien. Je dis pas ça pour me jeter des fleurs, au fond je suis la dernière personne de qui j’attends des compliments. Là, c’est un élément objectif qui me fait dire ça. Tu sais, un truc factuel, comme une dépêche AFP ou un décret papal.

Le truc c’est que tout me laisserait penser que Jean-Marc Ayrault, en lançant son ineptie libérale sur les 35h, participe à une offensive contre le code du travail.

« – Qu’est-ce qui me laisserait penser ça ? Tu poses sérieusement la question là ? (Oui je me parle à moi-même, comme vous tous, avouez le enfin)

   – Bien sûr que je pose sérieusement la question, il est de la même couleur que ceux qui ont foutu ces 35h normalement ce gouvernement.

    Ouais ça se tient. Mais voyant que ce ne serait pas la première fois que des responsables du parti s’y attaquent j’ai des doutes. D’autant que la ligne politique qui semble s’appliquer depuis quelques temps c’est pas du Mélenchon, c’est plutôt du Valls. 

    En même temps, ne serait-ce qu’un raisonnement logique devrait dissuader ce gouvernement de s’y attaquer.

    C’est peut-être ce postulat qui flanche. Je dis ça…» (fin de conversation avec moi-même)

Et pourtant malgré toutes ces raisons je laisse le bénéfice du doute à la grosse bourde. Qu’est-ce que je suis naïf ! Alors on va peut-être s’expliquer posément pour comprendre de quoi il s’agit…

Réduire le temps de travail met en péril notre économie ?

Et oui, c’est l’argument qu’on entend depuis 200 ans (non sans rire) de la bouche du patronat. On l’a entendu tout au long des conquêtes ouvrières si bien qu’on se demande si on se fout pas de notre gueule. Entre les 16/18h de travail par jour de certains ouvriers au XIXe siècle et les 35h plus congés payés aujourd’hui, le monde s’est écroulé quelques dizaines de fois. Pourtant on peut pas dire qu’au MEDEF on crève la dalle… Alors c’est quoi le truc ?

Le truc c’est que dans la production, il y a comme qui dirait des gens qui produisent, et des gens qui profitent de ce que ces gens produisent. Alors les gens qui produisent, ils aimeraient bien avoir une vie et puis un salaire pour qu’elle puisse être autre-chose qu’un roman de Zola. Les gens qui profitent de ces gens qui produisent, moins les gens qui produisent profitent de leur production, plus ce sont eux qui en profitent. Donc pour ces gens, mettre en péril l’économie, ça veut en fait dire mettre en péril leur portefeuille.

Mais il y a un truc qu’oublient ceux qui profitent de ceux qui produisent. C’est que ceux qui produisent ce sont des êtres humains. Par conséquent, ils leur arrivent des trucs vachement humains du genre : moins ils travaillent, mieux ils travaillent. Ce serait peut-être bien grâce aux 35h qu’on aurait la meilleure productivité horaire du monde… Et figurez vous que ça marche aussi avec le salaire. Parce que les gens qui produisent, ils s’appliquent plus sur ce qu’ils font quand ils gagnent correctement leur vie. Mais ça, ça dépasse ceux qui profitent de ceux qui produisent, eux ils veulent gagner plus tout de suite. Alors, augmenter la durée légale de travail, comme ça va réduire le salaire de ceux qui produisent et permettre qu’ils produisent plus longtemps, ceux qui en profitent pensent qu’ils vont grave en profiter. Sauf que c’est pas vrai quand on regarde pas le bout de son nez !

Coût du travail et richesse actionnariale

Bien sûr pour ceux qui profitent de ceux qui produisent, le salaire de ceux qui produisent c’est un coût. Pour la société c’est plutôt une richesse, ça permet de consommer, de payer des impôts, de vivre correctement, de s’émanciper et d’être en condition d’exercer son devoir de citoyen. Mais qu’importe, le gouvernement semble aussi penser que c’est un coût… Va savoir pourquoi. Ce dont profitent ceux qui profitent de ceux qui produisent (ce qu’on appelle communément dividendes), ça n’a aucune utilité sociale ou économique. Ça s’en va dans le capital, dans des paradis fiscaux, au mieux dans le financement de quelques délocalisations. Techniquement ça devrait être un coût, mais non, c’est considéré comme une richesse. On se demande qui fixe ce genre de règles…

Alors tout cet argent dont profitent ceux qui profitent de ceux qui produisent il ne se retrouve pas dans les investissements, pas dans les salaires de ceux qui produisent et, bien souvent, pas dans l’économie tout court. Donc il ne permet ni de produire plus, ni de produire mieux, ni de vivre dans de meilleures conditions. Il sert à faire de l’argent en bourse pour ceux qui profitent de ceux qui produisent en pariant sur les variations relatives des devises entre-elles. Comme ça, pour profiter, ceux qui profitent de ceux qui produisent n’ont même plus besoin de ceux qui produisent… C’est magique !

Sauf que mon p’tit doigt, il me dit que la société elle a quand même besoin de ceux qui produisent pour fonctionner. Alors quand ceux qui profitent de ceux qui produisent ne veulent plus de ceux qui produisent pour continuer tout de même à profiter, bah c’est la merde.

Charges sociale et fainéantise

Le truc le plus injuste pour ceux qui profitent de ceux qui produisent, c’est qu’en plus du salaire de ceux qui produisent il faut payer des « charges sociales ». Vu le nom, pour ceux qui profitent de ceux qui produisent ça a l’air d’un coût. Les charges sociales, en fait, ceux qui produisent appellent ça des cotisations sociales. Ça sert à les payer quand ils sont malades, quand ils ont un accident du travail, quand ils sont handicapés, quand ils ont une famille nombreuse, quand ils veulent mieux se former. En somme ça leur facilite grandement la vie. Ceux qui produisent, ils sont plutôt content de ces « cotisations sociales ». Faut dire que c’est fait pour eux. Mais à bien y regarder, avoir des gens qui produisent qui sont en bonne santé et bien formés, c’est aussi une bonne chose pour ceux qui profitent de ceux qui produisent. Mais ça ils ont un peu de mal à le comprendre parce qu’ils veulent profiter toujours plus immédiatement…

Ensuite, pour la société, réduire le temps de travail ça permettrait de créer de l’emploi comme les 35h qui en ont créé 400 000. Ça permet d’augmenter les salaires de ceux qui produisent car ça augmente leurs heures supplémentaires s’ils restent à 35 ou 39h de fait. Alors comme le chômage ça permet à ceux qui profitent de ceux qui produisent de mettre la pression sur ceux qui produisent en leur expliquant qu’ils sont remplaçables, ça les arrange pas vraiment. Quant à la qualité de vie de ceux qui produisent, c’est le dernier souci de ceux qui profitent.

 

Alors mon p’tit doigt il me dit qu’il faudrait augmenter les « cotisations sociales » en fonction des besoins, réduire le temps de travail, et réduire le coût de l’actionnariat en le limitant dans la loi et en taxant bien comme il faut. Ça permettrait de produire mieux, de produire plus (et différemment), avec ceux qui produisent en meilleur santé, mieux formés et vivant dans des meilleures conditions. Mais pour ça, mon p’tit doigt me dit qu’il faudrait un gouvernement qui veuille le bien de ceux qui produisent plus que de ceux qui en profitent. Il faudrait…

Romain JAMMES

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4 réflexions sur “Les 35h ne sont pas un tabou : c’est encore trop !

  1. Petit point à préciser tout de même : les cotisations, qu’elles soient salariales ou patronales, ce ne sont pas des charges, c’est du salaire. Un salaire socialisé, qui permet d’assurer aux salariés des conditions de vie décentes, afin qu’ils puissent continuer de travailler pendant des années, traverser avec le moins de heurts possible les périodes de chômage, puis jouir d’une retraite bien méritée.
    Le fait d’avoir nommé cela « cotisations » a permis de retirer du vocabulaire courant ce que les patrons considèrent toujours comme un gros mot : le verbe socialiser.
    Le découpage entre cotisations salariales et cotisations sociales leur a permis de prétendre qu’une partie de cet argent serait le leur, et pas celui du salarié, qu’il a gagné en échange de son travail.
    Le changement de nom de ces cotisations, qu’ils appellent « charges », leur permet désormais de faire croire qu’il s’agit d’un impôt.
    La prochaine étape, c’est de rendre à l’employeur cette partie du salaire, et de la compenser avec une taxe qui touche tout le monde : la TVA. Autrement dit voler aux salariés une partie de leur salaire pour le donner aux patrons, et les contraindre à financer leur protection sociale avec ce qu’il restera.

    Mais puisqu’on vous dit que la lutte des classes appartient au passé !

  2. Oui 35h, c’est trop. J’ajouterais un argument d’ordre républicain cette fois: travailler moins permet de libérer du temps pour apprendre, s’informer, débattre, voter dans une république démocratique… Bref, libérer du temps pour être un citoyen. Les conquêtes sociales peuvent donc se justifier à la fois d’un point de vue social et écologique, mais aussi républicain. Youpi!

  3. Pingback: La rénovitude » Blog Archive » Réunion de section au Parti socialiste de 2012

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