Sanofi : comme une envie de nationaliser

Je roulais à 180 km/h sur la troisième voie du périphérique toulousain. Grisé par la symbolique de mon acte irresponsable, je me suis mis à entonner l’air d’un chant révolutionnaire qui comptait la glorieuse histoire d’ouvriers voulant se saisir de leur outil de production. C’est alors que je fus brusquement interrompu par le ralentissement de la circulation. La révolution ne pouvant attendre, je me suis défoulé sur mon klaxon de la manière la plus courtoise que pouvait le permettre mon état d’excitation. Une fois mes ardeurs calmées par la berceuse que jouaient les véhicules immobiles, je me suis mis en quête des raisons de cet emmerdement. Et quelle quête ! Il me fut impossible d’obtenir la moindre information avant l’apparition d’une jeune femme qui déambulait à pied au milieu de la rocade. Les vitres de ma voiture étant ouvertes, elle me salua par un grand sourire puis me tendit un bout de papier. Elle me jeta brièvement à la figure : « On est là pour manifester contre le plan de restructuration chez Sanofric » et continua son chemin pour faire de même avec toutes les voitures qui daignaient s’ouvrir à son approche.

Un peu laissé sur ma faim par cette intervention éclair, je me suis alors penché pour ramasser le papier qu’elle m’avait gentiment offert . Je le lus et compris ce que cette femme avait voulu exprimer. Sanofric ( euh Sanofi) qui enregistrait 6 milliards de profit en 2011, était toujours décidé à supprimer des postes sur le site de Toulouse. Malgré le sourire imbécile d’Arnaud Montbourg en couverture du parisien magazine, l’avenir des salariés de Sanofi Toulouse était toujours incertain. Au mieux 200 emplois seraient supprimés par « un plan de départs volontaires ». « Volontaire » voulait dire : « Nous allons muter des salariés bien loin de chez eux et ceux qui refuseront l’exil, seront licenciés ». Ce qui était, selon le ministre d’un redressement productif à la dérive, une victoire comparé au plan social annoncé au début de l’été.

Docteur Jekill or Mister Hyde ?

Une fois sorti de ce bordel provoqué par la légitime colère des employés de ce grand groupe pharmaceutique, je pris l’initiative d’aller me renseigner sur cette histoire ubuesque. Comment une entreprise si soucieuse de la santé publique, pouvait-elle être aussi cynique ? Était ce philanthrope Docteur Jekyll où ce monstrueux Mister Hyde ? A première vue, le groupe Sanofi communiquait largement sur la responsabilité sociétale de son activité. En gentil colon, il formait des médecins pour des campagnes de vaccination en Afrique. En bon chrétien, il offrait avec charité son aide au Samu Social ainsi qu’à Médecin Du Monde pour sa lutte contre la pauvreté. Le comble de la bonté, il sponsorisait sans arrière pensée, bon nombre d’associations de patients. En somme c’était un beau conte de fées que m’offrait le site internet de Sanofi. Mais, il n’a pas fini en : « ils firent du fric et rendirent les gens heureux ».

Quelques recherches plus loin, et je tombais sur un article du Canard enchainé datant du 30 avril 2008. Celui-ci révélait que la direction de l’entreprise faisait circuler un document mentionnant la nécessité de « neutraliser la grande presse ». Le Canard parlait d’invitations au soleil, d’agréables cadeaux ainsi que nombreuses pages de publicité achetés par le groupe dans divers magazines afin d’éviter un scandale pouvant être provoqué par une petite pilule dénommée « Acomplia ». Sanofi avait alors trouvé la solution au problème de l’obésité grandissante. En effet le médicament provoquant de grave dépression, amenait certains malades jusqu’au suicide. Ce qui nous aurait permis de nous débarrasser de manière radicale des formes disgracieuses mouvant sur les trottoirs de nos villes. L’entreprise cherchait à dégraisser à n’importe quel prix pour pouvoir s’engraisser.

« Dégraisser pour s’engraisser » : un nouveau leit-motiv

 

Le problème, c’est que l’idée a dû inspirer Christopher Viehbacher qui est arrivé à la tête de l’entreprise en 2008. Et en bon fanatique de la compta, c’est ce qu’il fit. Il lança en 3 ans 2 plans d’économie et de restructuration, en coupant essentiellement dans la recherche et le développement. Là il vient d’attaquer son troisième plan de réduction des dépenses. Et même s’il prétexte d’un plan de rénovation de la recherche dans l’entreprise, le but est évidemment de maximiser les revenus des actionnaires qui n’en n’auront jamais assez. Cet abandon de la recherche et de l’innovation au profit d’une logique strictement financière pourrait alors nous paraître complètement stupide pour l’avenir de l’entreprise.

Mais il s’agit en réalité d’une stratégie d’externalisation de la recherche. Le groupe veut se concentrer sur ce qui fait le plus de fric. C’est à dire, les vaccins, les biotechnologies non réglementées et enfin les médicaments plus ou moins inutiles vendus sans ordonnance. Et puis tant pis pour les malades qui ne sont pas assez rentables, et tant pis l’avenir de l’entreprise, un actionnaire a pour but de faire le plus d’argent le plus rapidement. Et quand l’entreprise coulera, parce qu’elle aura tué des gens avec ses médicaments très chers qui ne servaient à rien, ou qu’elle n’aura plus les moyens d’acheter les brevets des autres, l’actionnaire se sera déjà carapaté des dividendes pleins les poches.

Mais attendez ! La recherche pharmaceutique ne serait elle pas d’utilité publique ?

 Oui vous savez, un truc qu’on fait sans en attendre une large contrepartie, juste parce que c’est nécessaire à la vie. Dans ce cas là, il serait peut être temps, après les petits problèmes du « Médiator » et d’« Acomplia », de considérer l’industrie pharmaceutique comme remplissant une mission de service publique. Son rôle pour la santé publique étant cruciale, nous ne pourrions laisser la gestion de ce genre d’entreprises aux taupes de la finance qui ne raisonnent qu’à court terme. Rappelons nous, qu’encore récemment les principales entreprises qui composaient Sanofi, étaient toutes sous contrôle public. Nationaliser Sanofi afin de créer un pôle public pharmaceutique, pourrait donc être la solution. Étant donné que les 150 millions d’euros de crédits d’impôt recherche alloués à l’entreprise, ne permettent pas de sauvegarder la recherche pharmaceutique dans les domaines qui ne semblent pas assez rentables pour la finance, cette oisive finance ne pourrait elle donc pas aller loger ailleurs ?

YAGOUBI Florian

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2 réflexions sur “Sanofi : comme une envie de nationaliser

  1. Florian, merci pour votre patience sur le périphérique et merci pour cet article qui est fort bien documenté, voire mieux que ceux produits par des journalistes de grands journaux qui ne font que reprendre des infos de l’AFP sans creuser plus
    Une salariée de Sanofi Montpellier

  2. Pingback: D’un vœu à l’autre, le temps d’un foutage de gueule « L'Art et La Manière

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