Ces jeunes qui nous emmerdent

Je crois que mon installation à Toulouse, rue Pargaminière (oui vous savez la rue où tous les étudiants se rassemblent la nuit pour s’évader de leurs train-train par la consommation de stupéfiants plus ou moins légaux dans l’ambiance tumultueuse me rappelant mes tendres et sonores cours de récrée)… donc, cette rue m’a fait comprendre que les jeunes (tout comme moi) sont tout simplement des emmerdeurs. Au bout de deux semaines à ne plus dormir mes sept heures par nuits, je suis à bout, fatigué par ce bordel incessant. Alors voilà, c’est fini, il n’y a plus de langues de bois qui tiennent, je vais tout déballer le crasseux, l’indécent. Et même si pour cela, je dois m’opposer à cette société où la tolérance est devenue une marque de fabrique, je ne m’émerveillerai plus devant cette jeunesse bruyante et les nommerai « petits cons » comme il se doit. Il est grand temps de montrer du doigt cette catégorie de population particulièrement dangereuse car foncièrement irresponsable. Et s’il nous faut la discriminer, l’entraver voire la contrôler, « c’est bien évidemment pour son bien » comme me l’expliquait mon incroyable et misanthrope grand père tout en rajoutant «  tu le comprendras plus tard ». Et je t‘ai enfin compris Papi et c’est pour cela que j’ai décidé de m’opposer à cette société qui a fait de la jeunesse éternelle son porte drapeau pour justifier la consommation irresponsable.

Mais d’ailleurs ces jeunes qui picolent en bas de chez moi, n’ont ils pas de maison ? Et s’ils en ont une, nous pourrions peut être les faire rentrer chez eux ? Les faire s’affaler tranquillement sur leurs canapés qu’ils allument comme tout le monde leurs télévisions mais le son pas trop fort pour ne pas réveiller la grand mère du septième. Pour cela, nous avons su rivaliser d’ingéniosité afin d’écarter cette catégorie de population ayant une tendance naturelle à venir troubler la quiétude des espaces publiques et marchands. Dans cette optique, la Grande Bretagne a été capable d’incroyables innovations en matière d’anti-jeunisme. Poussée par le déferlement brutal d’une multitude de jeunes dénués de valeurs dans leur espace public en 2011, elle a su se munir de dispositifs visant à éloigner ces individus aux comportements nihilistes et parasitaires. Parmi les différents mécanismes nous connaissions déjà l’alarme Mosquito, émettant des sons suraigus seulement audibles par les humains de moins de 25 ans dans le but de les faire détaler comme de vulgaires chiens errants. Mais certains centres commerciaux ont eu la grandiose idée de diffuser de la musique classique afin de se débarrasser de ces agitateurs plus habitués aux musiques de voyous (solution alliant l’élégance et la noblesse d’une grande musique pour une incroyable efficacité ). Ainsi les jeunes renvoyés devant leurs télévisions sous la coupe de leurs familles n’entravent plus nos lieux publics. La famille devient alors responsable de tout comportement anti-sociaux, rendant la sanction de ces dites familles possible, magistrale idée capable de réveiller le plus sénile de nos sénateurs : Serge Dassault.

Mais alors s’ils n’emmerdent plus leurs mondes, que pouvons nous attendre de ces « petits cons »? Ou plus simplement, que pouvons nous attendre d’irresponsables ? C’est pourquoi il est très important de faire la distinction entre deux catégories d’irresponsables. Ne soyons pas négatifs, il y a des bons et des mauvais jeunes. Le bon jeune est beau, il sourit, il danse au rythme des sons endiablés des soirées du Macumba et surtout il ne pense pas, non monsieur, il ne pense pas, il consomme. Et si vous n’avez pas encore l’image en tête, je vous invite à regarder une des nombreuses séries de télé-réalité dans lesquelles évoluent quelques jeunes ingénu(e)s parfois aussi touchant qu’Amélie Poulain par la simplicité de leurs rapports au monde. Affublé d’une imbécile fraîcheur, le bon jeune est alors désireux d’obtenir un travail à n’importe quel prix, acceptant ainsi les offres les plus farfelues les unes que les autres tel que travailler à la communication de l’armée avec pour seul salaire : l’hébergement. Le jeune est ainsi capable de voir dans l’effrayante banalité d’un travail précaire, l’exceptionnelle possibilité de se sentir utile.

Le mauvais jeune quand à lui est une véritable menace pour notre grande est belle société de la juste jouissance. Dealer, chômeur, communiste, parfois même adepte de cet art obscure qu’est la psychanalyse (liste évidemment non exhaustive), cette mauvaise graine n’accepte qu’à contre cœur les joies de l’angoissante précarité. On dit souvent qu’il arrive chez nous, qu’il est dans nos maisons et surtout qu’il n’est pas de chez nous. Les médias nous le dépeignent souvent comme fainéant, voir même un peu voleur ou obsédé ; à squatter nos cages d’escaliers casquettes à l’envers, le jeans laissant apparaître le scintillement de sa douce et heureuse lune. Alors qu’il pourrait tout simplement mettre son costard, voter à droite et gentiment fermer sa gueule. Pour tout vous dire, le problème : c’est que le mauvais jeune l’ouvre un peu trop. Il s’indigne, il s’insurge contre un ordre social qu’il ne trouve pas si sécurisant. Et c’est bien c’est revendication tonitruante sous-entendant une volonté d’égalité qui irrite les tenants du système. Ainsi toutes contestations, toutes revendications émanant de la jeunesse sont facilement discrédité et qualifié de « chahut de gamin ». La réaction paternaliste de la droite lors de l’implication massive des lycéens contre la réforme des retraites en 2010 nous en dis long sur la question. De cette manière Eric Zemmour expliquait à la jeunesse qu’elle était manipulée par de malfaisant syndicaliste et qu’en descendant dans les rues elle s’opposait à une réforme qui malgré les apparences étaient faites pour son bien. Enfin bon on en revient toujours aux même laïus : « c’est pour ton bien mon enfant » , « tu comprendras plus tard ». Mais en fait j’en ai ras les ovaires, alors je ne répondrais plus qu’une seule chose à ces pantouflards acariâtres, pédants voir incompétents : « dégagez les vieux cons ».

En réalité nous représentons une catégorie de nouveaux entrant dans le monde. Nous revendiquons le droit au travail et à la jouissance d’une vie au moins aussi paisible que nos aïeux. Et c’est donc naturellement que nous nous heurtons à la résistance de ceux qui sont déjà bien installés et qui ne souhaitent en aucun cas voir leurs situations contestées. La définition de jeunes et de vieux est alors complètement étrangère à la notion d’âge : le premier tente de s’intégrer à la société, le second refuse de partager le capital social et culturel qu’il a accumulé. La jeunesse est donc intrinsèquement liée à une remise en cause de l’ordre établi. L’idée de jeunesse est par conséquence liée à une évolution de nos structures sociales et donc à une sorte de « révolution ». Sortie des clichés nous représentant comme d’irresponsables hurluberlus, aux comportements anti-sociaux, nous sommes avant tout les acteurs d’un mouvement permettant à nos société de progresser. C’est donc pour cela que les jeunes « emmerdent tout le monde », et nous allons continuer. C’est pour votre bien, vous le comprendrez plus tard, si vous êtes encore vivant Monsieur Dassault.

YAGOUBI Florian

Photos de William Gonnet

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3 réflexions sur “Ces jeunes qui nous emmerdent

  1. C’est bien foutu et rigolo ton article Florian mais je vois pas trop en quoi les « petits cons » d’en bas de chez toi seraient seraient penseraient différemment que les « bons jeunes ». Je pense vraiment pas que cette « festivité » dénuée de sens politique ai quelque chose de compromettant pour le système (bon ok elle fait baisser la productivité des travailleurs qui se reposent mal et renouvellent peu leur force de travail…). C’est à regretter les situationnistes !

  2. “Où est le problème? Un exemple a été donné lors de la séance d’hier au sujet d’une enseignante stagiaire qui a placé sur un site de réseautage social une photo d’elle-même tenant une tasse en plastique avec la légende « pirate ivre ». Par la suite, elle n’a pas pu trouver un emploi comme enseignante car, surprise, ils ont tapé son nom sur Google, ont trouvé la photo et ont porté un jugement. Le dernier point est important, car comme l’a fait remarquer Wolfgang Kleinwaechter (professeur à l’université d’Aarhus au Danemark, et expert reconnu des questions de régulation de l’internet, ndlr), les normes changent.

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